Libr-critique

28 mars 2021

[News] News du dimanche

On se plongera d’emblée dans un objet poétique inventif : Éclectiques Cités de Laure Gauthier… On découvrira ensuite une sélection de 8 livres essentiellement parus en mars… avant de goûter un épisode loufoque comme on les aime des « nouvelles aventures d’Ovaine »…

UNE : Laure Gauthier, Éclectiques cités

► Laure Gauthier, Éclectiques Cités, un album transpoétique, Livre (140 x 200) de 92 pages + CD + Livret de 24 pages, Acédie58, mars 2021, 19 € TTC (commander), ISBN : 978-2-492760-00-6.

« Les textes que j’écris articulent les attaques menées par la société capitaliste tardive
contre l’individu, son corps, sa langue, sa pensée,  donc sa singularité
et sa capacité à déjouer les assignations » (p. 17).

Entre la performance, le document et la poésie sonore, voici un objet poétique singulier, Éclectiques Cités. Sur Libr-critique, on lira/écoutera/regardera : Transpoèmes 1/2 ; Transpoèmes 2/2 ; « Rodez blues, 1/2 : De la relativité du silence » ; « Rodez blues, 2/2 : Ceci n’est pas un voyage autour de ma chambre ».

Éclectiques cités : Porto, Naples, Paris, Pompéi. Lieux : paysages naturels divers ; musées ; maisons… On reviendra bientôt sur l’architecture subtile du livre ainsi que sur l’invention d’un tel objet multipolaire.

26.03.21 Transpoèmes sur Radio Canut

Baptiste Caruana programme plusieurs transpoèmes sortis de l’album transpoétique Eclectiques Cités (Acédie58, 2021) dans l’émission POEZZ E CHRONIK sur Radio Canut. Ecouter : https://radiocanut.org/emissions/poezz-e-chronik/

♦ Rencontre radiophonique avec Laure Gauthier et l’équipe éditoriale d’Acédie 58 présentée par La Bibliothèque des Grands Moulins de l’Université de Paris en direct sur DUUU Radio de 17h à 18h30 le vendredi 2 avril entre les lignes / les mots / les signes / chaque matière…

Comment l’écriture devient-elle un vecteur de de métamorphoses, où chaque lieu traversé donne lieu à un glissement de sens ? Comment lire et interpréter ces transformations ? Quelle entaille creuse l’environnement dans le poème et que nous dit cet écart entre la voix de la situation et celle du texte. Quelles questions nouvelles émergent alors ?

Avec Laure Gauthier, poète et artiste transdisciplinaire, qui écrivait déjà « entre les mots de villon » (je neige (entre les mots de villon), LansKine, 2018), seront abordées ces questions à travers sa pratique de poète et ses recherches universitaires en se concentrant particulièrement sur son nouveau recueil et album transpoétiques Eclectiques Cités qui vient de paraître chez Acédie 58.

Comme Gauthier souligne dans la préface de Eclectiques Cités, « J’appelle transpoèmes des poèmes transgenres qui mutent et migrent. Passent d’une rive poétique à l’autre. Ce sont des segments que je prélève de mes textes publiés ou en cours d’écriture et que j’enregistre à l’aide d’un zoom audio ou de mon smartphone dans différentes situations et différents lieux.
Parler de transpoésie est bien sûr un clin d’œil en sympathie adressé aux travaux sur le genre. Les nouvelles avancées scientifiques et militantes sur le genre nous montrent la plasticité de celui-ci. Les transpoèmes entendent plaider pour la plasticité du genre poétique. Ni poésie sonore ni poésie écrite ni même poésie mixte mais une poésie dont le genre se modifie en fonction des situations. Hors sol, hors livre, ils prennent alors un autre sens…La voix est le carrefour béant entre le sens du texte et le corps du poète qui a fait l’épreuve secrète de ce texte en l’écrivant…Le transpoème est un carrefour naturel : l’écart entre la voix sous le texte et la voix sonore y est vivant et imprévisible. »

Lire entre l’auteur·trice et son texte, entre son corps et ses mots, entre le sens, le son et ses trajectoires…

Libr-8 (reçus et quasiment tous parus en mars 2021)

â–º Des écrivains à la bibliothèque de la Sorbonne – 3 : Hubert Haddad, Line Amselem, Christian Prigent, Mona Ozouf, Laure Murat, éditions de la Sorbonne, automne 2020, 196 pages, 5 €.

► Élisabeth ROUDINESCO, Soi-même comme un roi. Essai sur les dérives identitaires, Seuil, coll. « La Couleur des idées », mars 2021, 288 pages, 17,90 €.

♠♠♠

► Aurélia DECLERCQ, RIKIKI, préface de Pierre Alferi, éditions de l’Attente, mars 2021, 92 pages, 12 €.

► Lionel FONDEVILLE, La Péremption, éditions Tinbad, mars 2021, 162 pages, 18 €.

► Typhaine GARNIER, Configures, éditions Lurlure, mars 2021, 96 pages, 15 €.

► Laure GAUTHIER, Éclectiques Cités, un album transpoétique, Livre (140 x 200) de 92 pages + CD + Livret de 24 pages, Acédie58, mars 2021, 19 € TTC (commander).

► Ryoko SEKIGUCHI, 961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent), P.O.L, avril 2021, 256 pages, 19 €.

► Florence TROCMÉ, P’tit Bonhomme de chemin, Lanskine éditions, mars 2021, 56 pages, 14 €.

Les nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Felix/

Alertée par la présence énigmatique de son loup, Ovaine, depuis très peu, s’est affectée au comptage des absents.

Les disparus, 37%, les pas là, 14%, les pas là non plus, 29 %, les invisibles, 17%, les morts, 6%, les décédés, 10%, les exfiltrés, 22%, les enlevés, 32%, les ôtés 11%, les suicidés, 13%, les morts-nés, 9%, les en voie d’extinction, 0,1%, les exclus du comptage, – 0,1%, les non voyants, +0%…

… Ce qui fait tout de même 200 absents sur 100 personnes non présentes au compteur.

Il urge de retrouver les 100 manquant à l’appel.

Après enquête sur une île déserte auprès des suspects, Ovaine remet son rapport : « Une population inquiétante d’absents prolifère en toute impunité. »

Décision est prise à l’unanimité de sonner l’heure de la dispersion.

25 mars 2021

[Création] Joël Hubaut, Épidémik (28)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 8:52

Pour mai 2021, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire/voir le vingt-septième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

..… Carbone d’urine se collant à la paroi les membranes déchiquetées par la touffe des tuyaux du projecteur dans la poche cancérigène du stimulateur de réalité filtrée par coïncidence avec le laser romantique instable l’épidémie appliquant la topographie du cinéma à la lettre fond négatif hurlement des morpions torturés dans la touffe vidange grappe déviation flottement des étoiles dans la crème peinture mélangée dans le sang avec les poils de lapin lettres phosphorescentes dans la cervelle avec gélules particules pilules molécules crachant les signaux épidémiques dans la transe des cris animaux du clapier invasion des lapins sauvages révolutionnaires anti-lapins domestiques serviles contaminant aussi les vaches pour traire les déesses avec fromage coulant dans biberons……

Répulsion des lapins stupides domestiques à la moutarde civet étron populo respirant dans les bouteilles avec les tubes de plastique fixés aux tablettes de commandes fixées à l’ordre nouveau militaire morale des lapins/ moutons esclaves volontaires dans le confort du foin gratuit des zones de sécurité du travail garanti avec la soupe dans les taudis de merde avec les bagnoles de merde et la télé de merde et les progénitures de merde pour les allocations de merde avec la retraite de merde et les vacances de merde dans les taupettes de merde de pavillons hideux avec le foot de merde pour une armée de lapins collabos apprivoisés soumis couchés et totalement anti-lapin d’Alice sautillant dans la luzerne imaginaire renouvelée par les rêves et les désirs vigoureux contre-lapins à clapier pour décoller dans les réseaux des machines à rêves anti-peigne-cul……

« Bee-Bee » (série artsecticide épidémik), dessin/collage, 50 cm x 65 cm. Joël Hubaut, 1975.

21 mars 2021

[News] News du dimanche

On pourrait avoir envie de raconter une fable intitulée « Le Coq confine ses ouailles en liberté surveillée »… Mais las, il n’est que trop de fabulistes…
Commençons plutôt par découvrir le Livre de la semaine (Marche-frontière), avant de retrouver les « nouvelles aventures d’Ovaine » (Tristan Felix) et de noter les Libr-événements à venir en ligne…

 

Le livre de la semaine /Fabrice Thumerel/

► Ahmed SLAMA, Marche-frontière, éditions Publie.net, mars 2021, 130 pages, 13 €, ISBN : 978-2-37177-607-4.

« … le piège c’est la plainte, pas la complainte » (108).

« Devenir le sujet de ses pensées, non plus subir » (109).

Marche-frontière… tout le contraire du garde-frontière, donc : trou(v)er / for(c)er un passage, une ouverture dans un monde que les nationalismes et identitarismes ont cadenassé.

Qu’on se remémore ce passage de Candide dans lequel Dieu est comparé à un capitaine pour qui les hommes du navire n’ont pas plus d’importance que les rats de la cale… Aujourd’hui, ce sont les occidentaux qui considèrent comme des rats les migrants, ces êtres qui sont assignés à l’entre-deux, ni vraiment émigrés ni vraiment immigrés, entre deux pays et deux langues – ce dont rend compte le texte de cette épopée rédemptrice par une écriture du flux qui troue le français de mots arabes.

L’identitarisme est un luxe de propriétaire : contre l’Autre, il exhibe son identité, son patrimoine, son Histoire ; comme le Salaud sartrien, il possède des droits, un permis d’exister, une nécessité – savoir,  une justification qui l’extirpe de sa contingence. Mais un migrant, qui plus est malchanceux, sans patrie ni papier : pas de papier, pas de travail ; pas de travail, pas de justification sociale et donc pas de permis de séjour… telle est la spirale déshumanisante.

L’angoisse que l’étranger éprouve n’a rien de métaphysique : il se sent vraiment en trop. La confrontation au miroir révèle son aliénation, lui qui est à ce point dépossédé de soi par l’incorporation physique et mentale des représentations dominantes qu’il va jusqu’à s’identifier à un rat. Voici la façon dont il se perçoit comme autre dans le miroir :

« […] raciste envers moi-même et les autres, pas ce racisme radical de la hiérarchie des êtres, non le racisme inconscient, insidieux, […] je refuse la couleur de ma peau, en me regardant comme ça, me suis dit que non, ça cadre pas, ces mots qui sortent, ils ne cadrent pas avec la couleur de ma peau, la forme de mon nez, non, le phrasé, mon phrasé, les tournures, les mots parfois recherchés, comme si cette pigmentation, elle m’obligeait à parler « petit nègre », des mots et des expressions simples. D’où ça pourrait venir ? les représentations, enfin je crois. La télé, la presse, les discours. Partout, tout le temps et des deux côtés de la Méditerranée. Représentation de l’africain et de l’arabe. Une éponge, j’ai tout absorbé. L’africain et l’arabe, manutentionnaire ou violeur. Le nord-africain et l’algérien, footballeur ou terroriste. Le berbère ou le kabyle, sauvage et sans raison. Indigène sans cervelle. » (p. 105).

Rien… l’étranger n’a rien et n’est rien. Dépossédé de tout, et même de son Histoire par les biais culturels propres à l’arabe standard comme au français. D’où un patient travail sur soi et en soi pour se libérer, au moyen d’un parler populaire propre et d’une méthode : « Répertorier, catégoriser les discours, les images, les délires qui ont infléchi et fléchissent le comportement » (111).

Les Nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Felix/

â—Š Sur la route, Ovaine distille ses pensées à un degré si élevé qu’elle doit repasser son permis pour conduite en état d’ivresse. L’agent  est formel.

Alors, avec un fer à repasser elle s’applique à bien déchiffonner son document, sous l’oeil vitreux de son alcoolyte de loup.

De retour dans son auto, elle appuie sur le champignon si fort que le bolide bondit d’un bond tandis qu’Ovaine, restée sur place, médite sur le sens de la vie.

L’agent furibond, du fin fond de l’horizon, revient en traînant une carcasse fumante.

Ovaine lui tend bravement son permis tout neuf.

L’agent, confondu, prend place à coté d’elle et, comme il a déjà de la bouteille, lui interdit le champignon à tout jamais.

 

◊ Ovaine s’est entichée d’un revenant haut comme un dieu et maigre comme une feuille.

Devant le poids de la tâche, Ovaine se réfugie sous une pile de matelas.

Elle attend qu’expire son émoi lorsqu’elle sent au-dessus d’elle un poids démesurément lourd.

Ce ne peut être que le roi, au soir de sa vie, venu tout mouillé reposer son vieux corps couvert de velours.

En effet, c’est le roi, mangé de rides, avec ses mains tremblantes et ses dents qui chicotent.

Ovaine, pour s’assurer que c’est bien lui, le prend en photo et (je vous jure que c’est vrai), au déclic, le voilà qui se transforme en petit pois.

 

◊ Ovaine sait fabriquer de l’eau déshydratée (voir son casier judiciaire) pour alléger ses évasions.

Mais pour pétiller dans le désert où nul ne la pourra retrouver, elle rêve d’eau gazeuse.

Comment donc mettre les gaz sous vide ?

Rien de plus simple : elle cesse de respirer et les bulles serrent les fessons. Un truc de récidiviste.

Arrivée dans le désert, où transhument les âmes galeuses, Ovaine sent qu’il y a comme de l’eau dans le gaz.

Elle fait alors appel du jugement dernier et la condamnation du Juge fait pschitt…

 

◊ Coiffée d’un casque à nattes, armée d’une lance et d’une cotte en alu, Ovaine se présente au Concours National d’Hallucinations.

Au moment d’entrer en lice, elle croit n’en pas croire ses oreilles tant la voix qui retentit fait comme du tonnerre :

Dieu lui parle en personne : elle doit brouter les Anglais hors de France.

Elle a beau rétorquer que ça a déjà été fait, Il insiste.

Sans hésiter, elle fonce alors droit devant elle, nattes au vent, si vite que son cheval a peine à la suivre.

Illico recalée pour avoir cru Dieu sur parole, elle s’en retourne rallumer ses visions à la lueur de son bûcher.

 

Libr-événements

► Avec ses Données du réel (parues aux éditions Ni fait ni à faire), Johan Grzelczyk dresse le constat d’une réalité (politique, esthétique, sociale mais aussi sensible, autobiographique…) en même temps qu’il tend à la déstabiliser en subvertissant la langue. La performance qui en est issue donne à entendre les soubresauts de notre époque sous la forme d’un flux remis en cause à mesure qu’il s’énonce, chaque expérience du monde affirmant sa singularité et sa tonalité propre.
Cette lecture est organisée dans le cadre du 23e Printemps des Poètes.
L’événement aura lieu en ligne, retransmis en direct sur pod.uphf.fr > Directs > Bibliothèque universitaire.
L’accès est libre et gratuit, sans inscription, pour tous.
Pour toute question : anim-bu@uphf.fr

 

► 8 et 9 avril 2021, Les écrits du numérique #5 : Télé/graphie(s) (Alphabetville et La Marelle, en partenariat avec l’observatoire Leonardo, l’Ensad, l’IRI).

Les « Ecrits du numérique » sont des temps de rencontres, d’échanges et d’information sur ces pratiques, dont l’objectif est de : transmettre autour des expériences récentes de création et publication numérique ; considérer l’actualité et les perspectives technologiques des supports d’édition numérique ; découvrir les formes littéraires numériques avec des auteurs et/ou développeurs informatiques…

La crise sanitaire due au virus COVID-19 a généralisé un fait déjà très répandu – notamment apparu depuis le processus de numérisation et l’accès public au web, accru par le développement exponentiel de ses applications et via nombre d’objets techniques -, qu’est le rapport récurrent aux écrans, les activités et les relations par télétechnologies. Ce dans un flux presque ininterrompu, incessant, promu par le capitalisme 24/7 analysé par Jonathan Crary, et le tout récent « screen new deal » dénoncé par Naomi Klein.

Cette tendance technique de la téléactivité et de la réticulation (anti-)sociale a conduit « à une nouvelle augmentation du temps passé devant des écrans de toutes sortes », dont les fonctions se sont redéfinies et élargies « à mille activités, notamment professionnelles » (Bernard Stiegler, La Technique et le Temps III), mais aussi domestiques, indifféremment, et parfois confusément, publiques et privées. Et générant un commerce et une économie des in-existences, absorbées, désincarnées et disloquées par le temps et l’espace machiniques des réseaux numériques, installant une spectralité, qualifiée par Jacques Derrida d’« hantologie », une « logique de la hantise », sans réelle opposition entre présence et absence, « non-présence », « vie et non-vie », dont les télétechnologies seraient la production sous forme de simulacre, et dont les formes d’inscription produiraient une « spectrographie » (Jacques Derrida, Spectres de Marx).

Or, ce« pan-écranisme » semble devenu un espace et un temps subis, calculés, formatés, dans un ordre soumis à la computation, de tout et en tout, c’est-à-dire de toutes nos actions et de leurs traces, inscrites en tous medias, englobées dans les mémoires de ces organes artificiels réticulés, « technologies relationnelles » qui nous relient autant qu’elles nous délient, capturant et capitalisant nos actes et nos pensées, nos affects et nos psychismes, nos organes et leur sensorialité, notre amicalité et ses signaux, dans une instrumentalité « déjà-là et déterminée ».

Ici, sera pris en considération le contexte de la grammatisation (technique de reproduction) numérique telle qu’elle discrétise gestes et symboles sous le paradigme du traitement automatique et calculatoire de l’information, et où toute écriture, naturelle (geste) ou artificielle (symbole), est donc engrammée et transmise numériquement.

Des télé-grammes donc, ou de l’extension du domaine de la télégraphie, accomplie par le temps de la pandémie et de la distanciation sociale, temps maladif, retiré, isolé, confiné, où l’attention est transformée, l’action appareillée et la relation médiée, ou non immédiate, liée à une machinisation, ou machination : où toute écriture, naturelle (geste) ou artificielle (symbole), est engrammée et transmise numériquement.

Du grec ancien télé, loin, et graphein, écriture, c’est à ce(s) mode(s) de transmission à longue distance que nous nous intéresserons lors de cette cinquième édition des Ecrits du numérique, en tentant d’actualiser les aspects de leurs formalisations autant que le sens de leur performativité.

Lors de cette édition seront proposés des dialogues entre praticiens (auteurs, artistes, metteurs en scène, designers…) et théoriciens (philosophes, historiens, critiques…) afin de donner des perspectives critiques, autant pratiques que théoriques, face à nos conditions médiatiques et immédiates, provoquant choc, désorientation et incertitude. Nous proposons ainsi de tenter de panser ce que nous faisons.

14 mars 2021

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (27)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 21:27

Pour le printemps 2021, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire/voir le vingt-sizième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

….. Bactéries broyées dans les couilles du metteur en scène de la vie filmée en permanence dans l’espace invisible greffé aux bobines électriques du tableau de bord fragments collés à la mue du film métamorphose du film précipité avec les déchets contagieux vieillissement des péloches grasses de film dans la matrice cinématographique viscérale astrale tropicale dévorée par les insectes gloutons robotisés grouillement des micros-bestiaux mécaniques sur l’écran pullulement dans le hors champ mixte des films mélangés dans le film invisible mixte…………………………

Abeilles collées comme des actrices de cinéma dans le circuit imprimé pré-digestion des tickets musique broyée concassée avec le hurlement de quelques poètes en combinaison de centrale nucléaire bruit des poèmes projetés à la bombe étranglement du souffle éclaté dans la bouche concentrée par la muselière la langue perforée par les lacets de caoutchouc bouche fourrée de mousse et d’écume les dents fracassées dans l’enclume avec les batteries invasion des microbes dans la sculpture de jambon vaporisation du parfum gazeux liquide avec débris de corps morcelés dans le boîtier électrique comme une panse flottant dans le paradis envahi d’extra-terrestres gris clair luisant avec l’enregistrement des défécations quotidiennes comme opé-rat futur entre diarrhée et constipation piano fortissimo allégro rythmé rigoureusement par une chasse d’eau comme tempo d’évacuation concrète avec le transit émotionnel des flux de la vie comme musique cool de déchet vital qui coule de source …………………………………………………………………….

Expulsant les signaux croix croix croix gonflant le tube imprimé dans la peau arrachant le slip des stars avec le dé-serre-joint enfonçant les triangles dans l’espace visuel avec les cartouches bourrées de fourmis magnétiques téléguidées dans les rainures des ongles les tuyaux s’enfonçant dans la moquette avec les vers grouillants dans l’infinitude la pâte coulant dans les yeux iris noyés dans la buée universelle convulsions des champignons vampires en cercle le cœur crachant du sang vachement vert fluorescent nacré les triangles de la peau se détachant laissant apparaître des boudins d’inox creux reluisants comme des sardines fraîches volantes dans une nappe sonore de Tangerine dream avec l’overdose d’images que tu crois crois crois voir en expulsant les signaux sons…..

(Suite du poème « envahissement des pellicules de réalité dans la brèche souterraine épidémique »), Volcanville – Joël Hubaut, 1976

Visuel (EPIDEMIA Radio-Activity ) Central épidémik, Joël Hubaut, 1977.

6 mars 2021

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (26)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 19:30

Pour le printemps 2021, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire/voir le vingt-cinquième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

….. Manger les noyaux du film de la vie suçant les atomes mouillant dans l’anus de l’orbite de tes larmes cinématographiques spectre supérieur dans le musée avec les animaux vivants installés sur les socles comme des sculptures avec la série des mâles et des femelles mélangées sur les grands socles avec les gamelles moulées dans les képis pour faire laper les bêtes sur les socles avec les chaînes et l’abreuvoir programmé dans la centrale téléphonique du zoo de l’art vivant avec le caca dégoulinant autour des socles l’odeur de l’art vivant dans la galerie avec la pisse bestiale exposée dans la lumière rose pour tous les marsupiaux bagués sur les socles pleins de pâtée et de théorie de contamination attaquant les crabes au marteau piqueur avec un sommeil hyper calculé au médoc…………………………………

Émission stimulée par l’invasion des projecteurs planant les barres émises aux niveaux 47 émettant l’information pourrie dans la cuvette avec le dégueulis de vinasse coulant sur l’écran dans la fente explose percute le caisson épidémik augmente l’intensité de chaleur du film spontané avec les bobines embobinées aux neurones contigus bec fouillant le fond de l’orifice branché sur les batteries de tissus réticulé décharge l’écriture vernaculaire sur l’écran avec la lumière calquant les signaux parasites comme une onde dans le rayonnement des mouches pissant avec le jus qui dégouline nouilles holographiques encore molles dans le fond du trou avec les insectes qui avancent dans le tube fluorescent écran détruit par l’explosion du tourbillon invasion des virus violets envahisseurs pellicule infra rouge avec croix cercles flèches carrés gravés sur la monnaie blanchie ……………………………

Les gaz des branchies avec la graisse et la mémoire attaquée par les cellules infectées épidémie des plantes roses du cinéma spécial bouche à bouche par répétition des répétitions des films en temps réel avalant le poisson-chat aspirant la pisse par le trou de bite avalant les algues épidémiques accrochées au drapeau bleu blanc rouge couvert de pustules envahissantes avec les têtards qui jaillissent des camemberts du gouvernement anti-synthétiseur avec les renseignements généraux et les fantômes d’indiens reproduisant la démangeaison sur les étiquettes …………………………… (suite du poème « envahissement des pellicules de réalité dans la brèche souterraine épidémique »)

Joël Hubaut, 1976 …..

Amulettes épidémik de protection. Joël Hubaut, 1976

28 février 2021

[News] News du dimanche

On découvrira en UNE le programme à venir de Metaclassique, conçu par David Christoffel, puis les « Nouvelles aventures d’Ovaine » (Tristan Felix) et nos Libr-brèves… Mais d’abord un édito libr&critique de circonstance…

 

ÉDITO : En Marche Hunique… (2)
/CUHEL, Heirman et Thomas-Roudeix/ 

Voici les dernières analyses de l’Observatoire des Forces néo-libérales (FNL) en fRANCE.

1/ Pour que les Marcheurs aient un maximum de Suiveurs – comme au Bon-Vieux-Temps ! –, il faut et il suffit de faire diversion et de crier haro sur un baudet quelconque : sous Pétain, ce bouc-émissaire se nommait judéo-bolchévisme ou judéo-maçonnerie ; aujourd’hui, il s’agit de l’islamo-gauchisme.
Telle est la panoplie rhétorique de tout Pouvoir Autoritaire (PA).
La seule Éducation nationale qui marche d’ailleurs en fRANCE, c’est la pédagogie du gouverdément : vive la néo-maïeutique, cet art de coucher les esprits à tout prix.

La question est simple : Pourquoi ça marche ? Quelle sécurité les sujets de Micron 1er croient-ils obtenir pour sacrifier à ce point leurs libertés ? Quelle Égalité croient-ils obtenir pour renoncer à ce point à la Fraternité ?

2/ À quel degré d’infantilisation les sujets de Micron 1er sont-ils parvenus pour croire à sa Toute-Puissance ? Il faut dire qu’on n’arrête pas le Progrès : le pouvoir magique du souverain ne s’attaque plus aux écrouelles, mais aux virus. Micron 1er est notre Grand-Pseudémiologiste ! Il faut dire que Micron 1er est un Grand-Magicien qui manipule avec une grande dextérité choses et chiffres.

© Bernard Thomas-Roudeix

3/ Pour ses excès, le monde en-saignant sera soumis au programme « PUNIR & SURVEILLER », qui lui infligera les dix plaies d’EGIPT (Enseignement = Gauchisme & Islamisme Pour Tous).

  1. Les en-saignant, ex-professeurs, devront désormais suer sang et eau pour éduquer les sauvageons poussés selon la méthode GAFA (Gavage à l’Animosité, aux Fakes et aux Amuseries).
  2. Les en-saignant, ex-professeurs, devront désormais assumer leur liberté d’expression et de manifestation : le Corps des Indomptables Crapauds (CIC) veillera au Respect de l’Ordre.
  3. Les en-saignant, ex-professeurs, seront désormais inscrits systématiquement aux stages de l’organisme « Un pays qui se tient sage ».
  4. Les en-saignant, ex-professeurs, sont désormais promus au grade de GAC 40 (Grands Animateurs Cuculturels avec moins de 40 élèves par cours).
  5. Les en-saignant, ex-professeurs, comme tous les autres membres du cheptel étatique hormis les chiens-de-garde, seront désormais labellisés et pucés.
  6. Les en-saignant, ex-professeurs, seront désormais inscrits systématiquement au FIS (Fichier des Individus Suspects) après avoir souscrit au Devoir de Soumission (DS).
  7. Les en-saignant, ex-professeurs, bénéficieront désormais d’équipements, de primes et revalorisations inscrits au Registre des Calendes Grecques.
  8. Les en-saignant, ex-professeurs, seront désormais soumis au régime des TAS (Tracasseries Administratives Sophistiquées), auxquelles ressortissent les PIP (Programmes In Progress).
  9. Les en-saignant, ex-professeurs, seront désormais soumis à la Loi RAR (Retraite au Rabais).
  10. Les en-saignant, ex-professeurs, seront désormais envoyés sur le Front Sanitaire (FS) avec le zèle pour seule arme.

© Joël Heirman

UNE : Metaclassique de David Christoffel

On (re)découvrira l’extraordinaire Metaclassique, conçu par David Christoffel, dont voici le programme en mars :

Mercredi 3 mars 2021 – Metaclassique #109 – Rattraper

Pendant la dictature franquiste, la vie musicale a bel et bien continué. Si certains compositeurs sont quelquefois taxés d’avoir collaboré, leur position est souvent plus ambivalente. En privilégiant une reconnaissance internationale, ils ont pu épanouir leur musique en s’approchant des musiciens des grandes capitales musicales européennes, mais en imaginant l’Espagne en retard par rapport à elles. Entretien avec Igor Contreras, auteur de « Tant que les révolutions ressemblent à cela… » L’avant-garde musicale sous Franco aux éditions horizonsd’attente et Jean-Noël von der Weid qui a publié Luis de Pablo, bâtisseur d’essentiel chez Aedam Musicae.

Mercredi 10 mars 2021 – Metaclassique #110 – Mouiller

Objet de fascination musicale et de curiosité scientifique au siècle des Lumières, l’harmonica de verre sert aussi bien à encenser Franklin qu’à condamner Mesmer. Là où la musique au doigt mouillé porte des sons cristallins qui charment salons et loges maçonniques, elle cristallise des théories plus ou moins rationnelles sur les effets des sons sur l’organisme. Rétrospective historique des grandeurs et misères de l’instrument avec Mélanie Traversier qui signe aux éditions du Seuil, L’harmonica de verre et Miss Davies.

Mercredi 17 mars 2021 – Metaclassique #111 – Mirer

Symétriques face au clavier, les deux mains du pianiste sont en miroir l’une par rapport à l’autre. Mais quand il se regarde dans le miroir de la loge avant d’entrer en scène, le pianiste peut se regarder de travers, avec une attention particulière pour son profil droit, le seul qu’il va montrer au public. En miroir, le pianiste Alexandre Tharaud et le poète et compositeur Jacques Rebotier se prêtent au micro de Metaclassique à des souvenirs partagés, des lectures de textes en miroir et un blind test de musiques renversées.

Mercredi 24 mars 2021 – Metaclassique #112 – Mensualiser

Pour entrer dans le printemps, Metaclassique traverse les douze mois des Saisons de Tchaïkovsky en compagnie de deux interprètes. De variations poétiques sur les dictons saisonniers en débats sur la puissance tchaïkovskienne de l’héroïne Martine ou la difficulté à être l’homme du mois quand on travaille à trois entre le violoniste Boris Borgolotto et le violoncelliste Marc Girard Garcia qui, avec le pianiste Ian Barber, forment le Trio Zadig.

Mercredi 31 mars 2021 – Metaclassique #113 – Claironner

La musique qui claironne veut sortir l’auditeur du sommeil. Elle veut aussi se faire entendre. Et les sirènes nous apprennent que le désir d’être entendu est solidaire du désir de se laisser bercer, attirer par l’oreille.  « La musique adoucit les moeurs qu’elle prépare à la guerre. » Entretien avec Philippe Beck, auteur du Traité des sirènes et de La Berceuse et le clairon (aux éditions Bruit du temps).

♦ On ne manquera pas d’écouter l’émission d’une heure, intitulée « Mordre », consacrée à Meta donna de Suzanne Doppelt.

 

Les nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Félix/

♦ A la petite aube, Ovaine herborise. Elle aperçoit bientot des herbes qui s’arrachent de là.

– Vous êtes folles ! Où allez-vous ?
– Où il fera bon vivre, le temps  nous est compté.

Elle les voit qui s’extirpent de la terre si dure et rampent en traînant leur robe de racines.

Montée en graine, Ovaine les escorte et, de peur qu’elles ne sèchent, les humecte d’un peu de rosée.

Son troupeau d’herbes est si grand devenu que les ovins, défrisés, cessent de brouter à leur passage.

Ovaine, épuisée par cette transhumance, n’ose caresser l’idée d’une tisane.

 

♦ Pour ne rien rater du spectacle du monde, Ovaine dépose ses yeux un peu partout et, le soir, les relève.

La pêche est miraculeuse: une huître dans les bras d’un poulpe, un duo de soles mineures, une course de pétoncles, parfois même un pêcheur endormi dans le ventre de son poisson.

Il arrive que sa vue se trouble: un duo d’huîtres court après le pétoncle qui s’endort sur le ventre du pêcheur.

Hum, c’est égal, Ovaine n’est pas difficile et tout passe à la casserole.

Au moment de déguster, elle hésite un brin : et si tout finissait dans le ventre du pêcheur ?

Alors, elle remet tout à l’eau et lance ses yeux encore plus loin.

 

Libr-brèves

► Actualités Annie ERNAUX :

– Un numéro des Cahiers de L’Herne est en préparation sous la direction de Pierre-Louis Fort.

– Le printemps prochain devrait voir enfin la sortie du film Passion simple (2020), de Danielle Arbid, avec Laetitia Dosch, Sergei Polunin, Lou-Teymour Thion. [Bande-annonce]

– Devrait ensuite paraître (automne prochain ?) L’Événement (2021), d’Audrey Diwan, avec Sandrine Bonnaire et Pio Marmaï.

– Enfin, un film documentaire est en cours de réalisation, de David Ernaux, à partir des films tournés en famille (en super 8 !) dans les années 70 – avec un texte écrit par Annie Ernaux elle-même.

 

â–º Du 1er au 5 mars 2021, Festival Bruits de langues à la faculté de Lettres et Langues de l’Université de Poitiers, dans la Salle des Actes. Les rencontres seront également retransmises en ligne sur UPTV.

Lundi : Contes et catastrophes
13h30 → Ouverture.
14h-14h30 → Lectures scéniques – extraits d’Ali Zamir et Natacha Appanah.
14h30-15h30 → Rencontre avec Ali Zamir.
15h30-16h30 → Rencontre avec Laurine Roux.
16h30-18h → Paroles de conteuses avec Michèle Bouhet & Monique Burg.
Mardi : Histoires vraies et jeu de rôle
14h-15h → Rencontre avec François Beaune.
15h-16h → Rencontre avec T.H. Gabriel.
16h-17h → Rencontre avec Frédéric L’homme.
17h → Jeu de rôle (en ligne).
Mercredi : Mémoires et politique
14h-15h → Rencontre avec Maria Luiza Tucci Carneiro (en ligne).
15h-16h → Rencontre avec Eric Pessan.
16h-17h → Rencontre avec Frédérique Cosnier.
17h-18h30 → Rencontre avec Alfonso Zápico et Toni Fezjula (en ligne).
18h30-19h30 → Vernissage virtuel avec JKal.
Jeudi : Observation et résistance
14h-15h30 → Kathrin Röggla (en ligne) en dialogue avec Lucie Taïeb.
15h30-16h30 → Rencontre avec Régis Lejonc.
16h30-17h30 → Rencontre avec Maylis de Kerangal.

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (25)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 13:42

Pour le printemps 2021, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire/voir le vingt-quatrième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

….. les bactéries grouillant dans la cave avec la morve du film de réalité comme un jet scriptural projeté dans la moule factice de la factrice qui ne porte jamais de petite culotte et les hélices giclant dans la masse hyper réelle peau écaillée sur-réelle avec les vergetures des lettres fourrées dans la lumière des néons plantés dans le ventre du projecteur les poils électriques claquant le rythme tempo po po po clignotant comme une enseigne dans le ventre du rythme des poils ail ail ail avec la lumière noire de la viande qui se répand han han han dans les flaques des timbres par avion en léchant les enveloppes hop hop hop pour la factrice qui pédale dans la campagne avec le vélo bandant auto-vibreur dans les côtes pour l’écologie de l’amour horripilateur des martiens qui jaillissent des yaourts en pleine nuit illuminée de pores d’où jaillissent les gros vers luisants extensibles ……………………………………………

Des bobines de mots tamponnés reluisant par saccades crachats éparpillés dans poussière de rêve tumeur d’image de neige éblouissante dans le blanc du lait écran vierge sacrifiée sur l’écran souillé écran blanc sur fond d’écran blanc sale convulsion des illusions au travers des lunettes rock n’ roll spirale poupée en cuir avec grosse moto plastique vroum vroum dans l’armoire à glace faux symptôme de liberté artificielle entre les housses en écoutant chanter les hippocampes électriques bande-image crachant sur la pyramide de fiole bourrée de fœtus……………………..

L’uranium qui s’échappe de l’organe la lèvre ouverte queue enflée dans trou trou écarté bave panse sperme radio actif couilles de neurones vésicules fistules tentacules testicules mandibules visuelles désintégrées dans le faisceau avec ton amour dans la répulsion électrique des robots en mutation dans la peinture des actionnistes avec pinceaux de reproduction poils-haschich automatique directement injectés dans les tubes acryliques pour calquer les images décollées dans la masse du réseau des artistes créateurs de cicatrices esthétiques au cutter avec cette image d’anglais descendant du car ferry avec des cheveux-balayette raides comme une torche vive sur le crâne avec épingles nourrices plantées dans la joue et vieille odeur de thé rose amoniaqué du cowboy sale ……………………. (suite du poème « envahissement des pellicules de réalité dans la brèche souterraine épidémique »)

Joël Hubaut 1976…..

Visuel = CROIX  de sable avec Colette de Lacroix. Joël Hubaut, 1976.

21 février 2021

[NEWS] News du dimanche

D’abord, vu l’état d’un petit état nommé fRANCE, on lira l’ÉDITO libr&critique signé CUHEL, avec les dessins extraordinaires de Joël HEIRMAN et Bernard THOMAS-ROUDEIX ; retrouvez ensuite vos « nouvelles aventures d’Ovaine » (Tristan Felix) et vos Livres reçus… Et préparez cet événement des Enjeux littéraires contemporains 13

 

ÉDITO : En Marche Hunique…
/CUHEL, Heirman et Thomas-Roudeix/

© Bernard Thomas-Roudeix

Il faut être réaliste, la vraie Liberté est illibérale,
puisqu’elle permet de mener la Vraie-Politique sans aucune entrave :
peut-il y avoir une Opposition quand la difféRANCE a trouvé son incarnation ?

Une voie libre est une voie dégagée : déblayons nos avenues
et nos universités de ceux qui ont peur de la difféRANCE et de l’adversité !
Tous les obstacles seront déclarés nuls et non avenus.
Une fois la route bien damée, les fausses routes bien damnées,
vive la Voix hunique, celle de la Raison néolibérale –
de l’immondyalisation du monde par hunification !  

À bas la culture de l’Excuse !
Il faut être réaliste : il y a les dominants et il y a les dominés.
Et quelle excuse pourraient avoir ces derniers de trahir leur condition ?
Tous ceux qui contestent la Raison illibérale sont INTOLÉRANTS.
Pourquoi ceux qui ne suivent pas la Vraie-Voie auraient-ils voix au chapitre ?

En régime Hunique, un seul Salut :
Travaillobéissez et consommobéissez !

© Bernard Thomas-Roudeix

Après avoir mis hors d’état de nuire toutes les pièces à gauche de l’échiquier français et contrôlé celles de droite, il reste aux forces ultralibérales une dernière manœuvre pour faire triompher la difféRANCE : l’annexion de l’espace extrémo-droitiste.

Et pour faire une OPA sur cet espace extrémo-droitiste, quoi de mieux, en CA (Comité pour l’Annexion), que l’adoption des mesures prophylactiques adéquates ? Une bonne campagne de désinfection islamo-gauchiste ! Par temps de disette, la chasse aux sorcières c’est comme la chasse aux loups, ça marche à tous les coups !

Tel est le dernier avatar du karmapitralisme*, l’autoritaro-libéralisme. Sa dernière carte : libérer et intensifier la toute-puissance des Bienfouteurs de l’Homonculité pour assurer l’avènement… de la fin des temps.

© Joël Heirman

* KARMAPITRALISME. Religion innoculée par la secte Çaprofite selon laquelle le Capital est l’opium du peuple.

Virus caméléonesque qui, depuis deux siècles, s’est développé, adapté, transformé et renforcé pour devenir invincible.

Il faut être réaliste, le Karmapitralisme est l’avenir de l’Hommoderne, c’est notre destin.

 

DKANALOGUE

  1. Enfin le monde se fit Un.
  2. Enfin le monde se fit Un.
  3. Enfin le monde se fit Un.
  4. Enfin le monde se fit Un.
  5. Enfin le monde se fit Un.
  6. Enfin le monde se fit Un.
  7. Enfin le monde se fit Un.
  8. Enfin le monde se fit Un.
  9. Enfin le monde se fit Un.
  10. Enfin le monde se fit Un.

 

Les nouvelles aventures d’Ovaine /Tristan Félix/

â—Š Ovaine, en réinsertion, vient de postuler pour un poste d’intégration au compost.

Constellée de pustules, elle rampe parmi les lombrics et numérise l’humus.

Un long ver en sueur, le visage décomposé, l’accoste mollement :

– Je suis à bout, ma mie,  la terre est basse et je suis bien trop long pour mon âge.

Ovaine  en un clin d’oeil le numérise, l’exhume délicatement puis, compatissante, le relève  de ses fonctions.

Dès lors le ver, de toute sa hauteur s’élève au-dessus de la terre rejoindre les âmes seules.

 

♦ Tout au bord des trottoirs, accrochés dans les cheveux, tombés  d’un  cabas, d’une poche ou même des nues, errent des mots en peine, oubliés.

Ovaine les stoque dans un sac : capsule, Acapulco, criquet, polenta, grutier, rat… Il y en a pour tout l’égout.

Elle installe son stand à la sauvette en pleine rue, au pied d’un hospice en ruine.

Viocs et djeuns queutent jusqu’à très loin pour retrouver le bon mot, récupérer le monde.

Les affaires d’Ovaine vont si bon train qu’elle est obligée d’en inventer dans l’urgence, certifiés faux : clapute, alpagure, corlique,  polpita, agruti, rostamalek…

On se les arrache. On prend commande. La maladie d’Elsemeur devient un labo de souvenirs et d’envies merveilleuses.

Libr-événement

Survivez avec l’un des rares événements importants en ce premier trimestre 2021 :

Enjeux 13 « Survivre« , initialement prévu du 2 au 5 décembre 2020 a été reporté du 4 au 6 mars 2021 au Théâtre du Vieux-Colombier Comédie-Française.

Avec Santiago Amigorena, Paul Audi, Jean-Christophe Bailly, Yoann Barbereau, Ugo Bienvenu, Luc Boltanski, Johann Chapoutot, Emanuele Coccia, Eric Dussert, Jean-Michel Espitallier, Claire Fercak, Hélène Giannecchini, Sylvie Germain, Hélène Gaudy, Guka Han, Rémy Jannin, Laurent Jenny, Frédéric Joly, Nathalie Quintane, Charif Majdalani, Sandra Moussempès, Marie-José Mondzain, Baptiste Morizot, Valérie Mréjen, Jean-Luc Nancy, Anne Pauly, Lionel Ruffel, Antoinette Rychner, Emmanuelle Salasc (Pagano), Leïla Sebbar, Vanessa Springora, Barbara Stiegler, François Sureau, Pierre Vinclair, Antoine Volodine.

Et les auteurs des Extensions : Marianne Alphant, Bruno Bonhoure, Jean-Paul Demoule, Sylviane Dupuis, Jean-Pierre Ferrini, Hélène Frappat, Alain Jaubert, Vincent Message, Laurent Olivier, Carlo Ossola, Emmanuel Ruben, Esther Tellermann, Camille de Toledo.

TELECHARGER LE PROGRAMME DE l’EDITION EN LIGNE DU 4 AU 6 MARS 2021.

Libr-6


â–º Le Magasin du XIXe siècle, n° 10 : « Réseaux », éditions Champ Vallon, hiver 2020-2021, 308 pages, 25 €. [Christian PRIGENT a accordé un entretien à cette revue publiée par la Société des Études Romantiques et dix-neuviémistes : « Langagement » – où il est question de Hugo, Rimbaud et Jarry… et aussi du réseau revuiste…

► Christophe ESNAULT, Lettre au recours chimique, éditions Æthalidès, à paraître en mars 2021, 112 pages, 16 €.

► A. C. HELLO, Koma Kapital, Les Presses du réel, coll. « Al dante », à paraître, 112 pages, 12 €.

â–º Samira NEGROUCHE, Traces, Fidel Anthelme X, coll. « La Motesta », Marseille, février 2021, 46 pages, 7 €. [commander : Librairie TRANSIT 45 boulevard de la Libération 13001 Marseille]

â–º Marius Loris RODIONOFF, Procès-verbaux, Les Presses du réel, coll. « Al dante », à paraître, 104 pages, 12 €.

► Ahmed SLAMA, Marche-frontière, éditions Publie.net, février 2021, 130 pages, 13 €.

20 février 2021

[Création] Joël Hubaut, Épidémik (24)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 12:55

Pour le printemps 2021, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire/voir le vingt-troisième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

….. la vision toujours plus enfoncée vers le fond sans fond avec les vibrations de l’écho des images miroitantes hors de l’écran avec le bruit des effets hors-vue claquant les tempes à l’extrémité des tubes d’illusion comme-si les images invisibles étaient plus bruyantes dans la non-visibilité avec le rugissement des stérilets du studio coinçant les vulves d’illusions dans la sous-couche des plans mobiles plongeant dans le champ des caméras vidées dans la gélatine avec les transistors harnachés aux tétons flash-back avalant la bouillie de merde grise mécanique dans le cadrage contre plongée bourré d’épissures et de microscopes parlant le langage des molécules ivres…

Images panoramiques éclatées au-dessus des bidons explosifs plan-séquence épidémique avec la mousse visuelle dans le travelling bobine buccale dégoulinée dans le hasard des séquences-cul pellicule épidémique entre les jambes dans les viscères boulonnées avec les anneaux écartant la chair dans les images écartées rongeant la langue sexe révoltée dans les raccords provocation du metteur en scène dans le ventre de la star révolutionnaire qui se fait enculer par un cheval du parti communiste sur le bureau du ministre attaché culturel se branlant à vif dans un torchon support surface travaillé à la rondelle de concombre tamponnée en monotype bleu espadrille pétanque béret français enregistrement des hurlements de la gonzesse qui se fourre avec le téléphone….. (suite du poème « envahissement des pellicules de réalité dans la brèche souterraine épidémique »)…

Joël Hubaut, 1976

Visuel « Portrait-mutation en lapin » (photo de P. Victor, rehaussée à la gouache par Joël Hubaut)

31 janvier 2021

[News] News du dimanche

Après notre édito libr&critique (« Les aplatis »), vous retrouverez avec plaisir une nouvelle aventure d’Ovaine et découvrirez notre sélection de Livres reçus

Édito : Les aplatis

Dans son article publié vendredi dernier dans AOC, « Parole et pollution », Marielle Macé dresse ce constat : « l’actualité récente a souvent révélé, s’il en était besoin, quelque chose comme des états pourris de la parole, pourris à force de déliaisons, de rétrécissements, d’inattention, de bâclage, de négligence, de morgue, de dédain. Des états pourris de la parole politique, de la parole médiatique, et de nos propres échanges, c’est-à-dire des phrases que nous mettons dans le monde et entre nous, dans la rue, dans le travail, sur les réseaux, dans les tweets, ces « gazouillis » ». Comme si l’accumulation des déchets qui polluent notre planète allait de pair avec rien de moins que la déchéance de l’humanité…

Et ce n’est pas tout : ce pourrissement accompagne l’aplatissement de notre Terre, « par la masse énorme, qui grandissait sans cesse, et qu’on n’arrivait absolument pas à éliminer, dont on n’arrivait absolument pas à se défaire, de bêtises, stupidités, imbécillités, idées reçues, clichés, tautologies, discours vides, mots creux, bref de platitudes, le terme s’imposait, oui, de platitudes  qui s’échangeaient à chaque instant et finissaient par avoir un effet »… D’où la situation qui est encore la nôtre selon Leslie Kaplan (cf. ci-dessous) : confinement, évaluations, ennui, « régression générale »… Question : quel avenir pour les aplatis ?

 

Les nouvelles aventures d’Ovaine, par Tristan Felix

Au village, las! plus un seul son de cloche. « Fondues pour faire du chocolat ! »,  soupçonne-t-on avec un soupçon de bave.

Pour résister à la tentation, Ovaine décide d’élever trois cents coqs, avec alarme et tic tac intégré. 

Sous le kiosque enguirlandé, elle les entraîne à sonner du gosier toutes les trois heures.

A vêpres, armé d’un silencieux, un homme osseux soudain s’approche.

D’un coup de glotte pétante, Ovaine déclenche l’alarme. Et tous le coquailler de retentir à toute volée pour couvrir le bruit du silencieux.

Les poules en cacao, gloussantes de ferveur, défilent alors avec leur truc en plumes.

 

Livres reçus (présentations éditoriales)

► Alexander DICKOW, Déblais, Louise Bottu, Mugron (40), janvier 2021, 104 pages, 14 €.  

L’aphorisme (peu importe comme on le nomme) peut être l’image en tout petit du grand système, le « hérisson » de Schlegel ; pourtant il bée aussi vers d’autres fragments, chacun ouvert puisque sériel, un-parmi-les-autres, indéfinitif. Voici un recueil qui essaie de dire des choses vraies, simplement, depuis cette perspective mienne. J’échoue nécessairement, j’espère non sans quelques splendides faux-fuyants. /AD/

 

► Frédéric FORTE, Nous allons perdre deux minutes de lumière, P.O.L, en librairie le 11 février 2021, 80 pages, 13 €.

Nous allons perdre deux minutes de lumière est une phrase entendue par l’auteur à la télévision, prononcée par une présentatrice météo. Frédéric Forte l’a aussitôt perçue comme un titre de livre potentiel. Et plus qu’un titre, comme modèle, matrice d’autres phrases et de vers. Ce livre est ainsi un travail sur la phrase comme objet poétique familier, pour faire du poème une expérience à la fois intime et partageable, une parole à laquelle chacun peut s’identifier. L’idée était bien de confronter cette phrase matricielle à ce qui fait un quotidien, à « l’infraordinaire » cher à Georges Perec, au processus d’écriture même.

La forme du poème est déterminée par la structure même de la phrase (sept mots, douze syllabes), avec sept chants, et chaque chant composé de sept strophes, chaque strophe de douze vers, chaque vers de douze syllabes (dodécasyllabes).

Chaque chant est déterminé par le mot qui lui correspond dans la phrase-titre, de « Nous » à « lumière ». Nous : la communauté humaine ; allons : le déplacement, le mouvement ; perdre : l’échec, la désorientation, la mort ; deux : le couple, la dualité ; minutes : le temps ; de : la provenance, l’association ; lumière : la vue.

Pour les titres de chaque chant, ces mots ont été cryptés en « braille », référence à la perte de lumière mais aussi à une anecdote familiale évoquée dans le chant final.

 

► Leslie KAPLAN, L’Aplatissement de la Terre, suivi de Le Monde et son contraire, P.O.L, en librairie le 18 février, 238 pages, 15 €.

« Tout le monde s’en souvient : ce matin-là au réveil la nouvelle tournait en boucle, quelqu’un était tombé en dehors de la Terre. Pas dans un trou, pas dans une crevasse, pas dans un abîme. »

Ainsi commence le nouveau conte politique, drôle et cruel de Leslie Kaplan, L’aplatissement de la terre, dans la même veine que Désordre. Un ensemble de cinq textes sur le même thème : le monde dans lequel nous sommes est un monde devenu « plat », aplati par le système dominant. Leslie Kaplan imagine, de façons différentes, plusieurs réponses à ce monde, à la recherche d’une « issue » pour reprendre un terme de Kafka. On peut se servir de rêves, de films, ou de livres, de musiques, on peut faire des rencontres, comme cette femme qui « sort du cinéma », ou au contraire se laisser envahir par un « ennemi invisible ». Mais le possible et le commencement sont là, et c’est toujours « encore une fois le monde ».

Le Monde et son contraire est le monologue d’un acteur qui joue le personnage de Kafka, et qui, comme lui, « se bat ». Ce monologue est adapté au théâtre par Elise Vigier, mis en scène notamment à la Comédie de Caen au printemps 2021.

► Ana TOT, Nique, Louise Bottu, Mugron (40), disponible début février, 198 pages, 15 €.

30 janvier 2021

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (23)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 14:51

Pour le printemps 2021, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire/voir le vingt-deuxième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

Avalement de la projection avalant l’air par les poches des hernies blessant la moelle des nuages d’ADN géo-imprimés en aplat cinématographique avec des taches géométriques noires et des contre-reliefs raplatis sur l’écran avalé dans les nuages d’ADN entre les taches noires du cinéma avec l’ombre blouson noir des grilles sous-cutanées tordues comme du Mondrian ramolli par la bio-chaleur des micros entortillant l’écran avec les couleurs méningées des décibels qui explosent débordant des cloisons de l’hypophyse du cadrage du film épidémique orange vert rose doré dans la vitesse supersonique des méthodes de prolifération artificielle de l’or… La peau greffée au ventilo téléguidé attaquant les rebords de l’écran avec le couteau à cran d’arrêt des hommes noirs automatiques qui traversent l’écran avec les super gonzesses pupilles rimmel vulve mouillante épilation absolue grandes lèvres imberbes gros bébé fille chatte géante enfouie entre les cuisses odeur de réséda chewing gum pisse clito jusqu’au bas des jambes translucides avec bottines en skaï rose argenté envahissant les surfaces lisses anémiées du cinéma pour sucer loin comme la crème fraiche de Normandie dans la bouche en inoculant le brouillage avec la musique de Varèse et de Nino Rota dans le four électrique blanc… Le grouillement polluant des signes grafo-cytoplasmiques tatouant les ventricules du cervelet vacillant frottant glissant fracassant la marge pariétale pour se répandre sur les photographies radiographiées en mordant les images / ovaires dans l’épaisseur de la vision radiographique jusqu’à entamer les sous-couches en rognant les strates glissant dans le vide du fond des images au rayon x sans fond à perte de vue dans la non-vue plus lumineuse que la vue-vue ultra violette hors-écran où le renoncement des images induit des images absentes décalottées dans la vision cinématographique plus profonde encore vers le non-fond total absolu de l’espace sans fond à perte de vue de l’imaginaire mycosé sans limite dans les bas fonds du fond sans fond radiographié en copulant dans la vaisselle avec les furoncles qui coulent dans l’embrayage avec les 47 scarabées …………. (suite du poème « Envahissement des pellicules de réalité dans la brèche souterraine épidémique » )…

Joël Hubaut, 1976

« Brindilles épidémik sur neige » : Photo, Jean-Pierre Chambon. /Joël Hubaut, 1976/

    « Brindilles épidémik sur neige » : Photo, Jean-Pierre Chambon. /Joël Hubaut, 1976/

24 janvier 2021

[News] News du dimanche

LIBR-CRITIQUE n’a pas vocation à aligner sempiternellement les mêmes chroniques pseudo-libres et pseudo-critiques sur les mêmes livres dans l’aire du temps, mais, en tant qu’outil dans la mêlée, se doit de s’interroger et de prendre part à son temps, par le prisme de pratiques exigeantes. D’où notre nouvel Édito et la suite des « nouvelles aventures d’Ovaine » – avant notre dernière Libr-rétrospective

Édito : Des « mots du pouvoir » au « pouvoir des mots »/FT/

Dans la lignée d’un excellent numéro de Lignes, on commencera par s’interroger sur les mots du pouvoir. Les forces néo-libérales ayant envahi quasiment tout l’espace public, ils ont en effet remporté la lutte sociale pour la conquête de labels valorisants : innovation versus conservation ; réforme vs conservatisme ; moderne vs archaïsme ; humanisme vs anti-humanisme ; anticonformisme vs conformisme ; individualisme vs étatisme ; libéralisme vs totalitarisme… C’est ainsi que se sont progressivement imposés les nouveaux mots du pouvoir qu’ont d’abord analysés les sociologues ayant participé à l’ouvrage collectif dirigé par Pascal Durand (éditions Aden, Bruxelles, 2007), puis les intellectuels invités par Michel Surya dans le numéro 62 de Lignes (août 2020).

Dans le monde de plus en plus complexe qu’est celui de notre modernité, il faut saluer l’avènement de la société de la connaissance, et donc faire confiance à nos compétences, nos performances, notre compétitivité, notre créativité, en un mot à notre excellence*, pour favoriser la transparence, le bien-être et le vivre-ensemble. Maintenant que prédomine le sociétal – c’est-à-dire « le social moins le conflit » (P. Durand) –, il nous faut faire collectif*, faire preuve de bienveillance* (Jacob Rogozinski souligne que désormais même les sanctions et licenciements sont bienveillants !) et encourager la résilience (en couverture d’un magazine cuculturel millésime 2021 : « Soyez heureux, soyez résilients » !)… Jacques Brou avance cette explication : « Nos vies sont des lignes qui ne mènent nulle part et s’emmêlent assez vite pour former de curieux dessins et de vilains signes. C’est pourquoi régulièrement nous traduisons nos vies dans le langage de l’entreprise, dans la langue de la TV et du JT » (Lignes, p. 34).

Aussi notre rôle consiste-t-il à proposer des fictions et réflexions pour empêcher de tourner en rond cette langue dominatrice. On terminera donc par cette double définition qui détourne un tout nouveau mot du pouvoir :

Séparatisme :
1. Fait de subordonner l’intérêt général aux intérêts particuliers. Concerne essentiellement les gens de pouvoir et de finance.
2. Fait de faire prévaloir les activités humaines sur les activités planétaires.

* Les astérisques ajoutés aux mots en italiques renvoient au numéro 62 de Lignes, les autres étant traités dans le volume de Pascal Durand.

 

Les nouvelles aventures d’Ovaine, par Tristan Felix

♦ Un jour de pénurie, Ovaine observe le monde par le petit bout de la lorgnette.

Elle le voit qui tout au bout la lorgne intensément. Elle se demande si elle n’a pas fauté.

Son petit loup de la borgnette l’apaise d’un cliquetis de dents.

Pensivement lucide, elle déducte qu’elle est matée par ce qu’elle voit.

Avide alors d’éberluer, elle se lance dans un street-peas qui l’écosse intégralement.

Son loup tout en pudeur picore ses pois qui dans la rue pleine de monde roulent leurs petits yeux verts.

 

â—Š Depuis qu’Ovaine respire une fois sur deux, elle vit deux fois plus longtemps.

Du coup, les fleurs se retiennent de faner, le soleil de se coucher, et même les petits de naître.

Le monde vit au ralenti comme dans le rêve d’une anémone de mer.

Un jour, un danseur, immobilisé dans son saut de biche, demande à Ovaine d’accélérer sa respiration. Il voudrait finir sa figure.

Mais elle a peur qu’il tombe.

Alors son collant finit par tomber en poussière et les grands yeux des biches restent ouverts toute la nuit.

Libr-rétrospective 2020 (4)

â–º Chroniques : Ahmed Slama, « Juliette Mézenc, Journal du brise-glace«  [> 6 000] et sur Yoga de Carrère [1 500 vues] ; Fabrice Thumerel, « L’univers réticulaire selon Bernard Stiegler »Â et « Libr-5 » [> 1 500 vues] + sur Album photo de Jérôme Game ; Jalil Bennani sur R. Gori, Et si l’effondrement avait déjà eu lieu ; Christophe Stolowicki sur Pages de Philippe Jaffeux ; Guillaume Basquin sur Covid 19(84)… de Michel Weber…

â–º NEWS : « Poésie et humour : Tristan Felix et Daniel Cabanis à la MPP » ; « News du dimanche du 15/11 » [1 000 vues] ; Les Tourbillons de Valère Novarina…

â–º Créations : CUHEL, « Bienvenue à USINAREVA ! »

17 janvier 2021

[NEWS] News du dimanche

Ces premières NEWS du dimanche de 2021 donnent d’emblée le ton : offensifs l’édito et les textes de CUHEL comme de Tristan Felix ! Suivent, en ce temps de médiocre rentrée-de-janvier, notre sélection rigoureuse (LIBR-6), nos Libr-brèves et notre avant-dernière Libr-rétrospective de 2020

Édito

♦ On n’arrête pas le Progrès : des files d’attente et de la flicaille partout, couvre-feu*, angoisse devant un Ennemi invisible… ça nous change la vie : c’est vrai quoi, ça met un peu de piment dans les vies monotones de nos démocraties-molles…  Et puis, c’est inédit au moins, non ?!

* La seule différence avec 1942, c’est que cette fois il concerne tous les (néo)pétainistes – et pas seulement les juifs…


♦ Pour mieux deviner où va cette « France en Marche », on lira l’édito du n° 6 de COCKPIT voice recorder (novembre 2020), signé Christophe Fiat : « Si au printemps, lors du premier confinement, on nous encourageait à faire les Robinson Crusoé : « Robinson Crusoé ne part pas avec de grandes idées de poésie et de récit. Il va chercher dans la cale ce qui va lui permettre de survivre » a-t-on entendu lors d’une visioconférence en direct de l’Élysée, nous n’avons pas d’autre choix, à l’occasion de ce second confinement, que d’être des Don Quichotte. Voilà, le délire du personnage de Cervantès en quête d’aventures tout azimut nous semble plus « adapt頻 – terme d’une Novlangue inépuisable – à la réalité de notre époque que la clarté zélée du personnage de Defoe »…

♦ Pour bien commencer l’An neuneuf, chantons avec La Vie manifeste :

« L’Etat noie, noie l’Etat
il n’y a pas d’argent magique, il n’y a que de l’argent tragique

Déboulonnons le récit officiel
Police abolie, bientôt le paradis
Etranglons les étrangleurs
Télétravail pour les CRS »…

CUHEL, Ode au Coronnard 

Ô Coronnard le Combinard
toi qui n’es pas né de la dernière pluie
MERCI de nous rappeler que nous sommes cuits
Toi l’ultra-libéraliste tu aimes la Liberté
de circuler
pour nous parasiter
tu chéris l’Égalité (et surtout son Boulevard !)
et la Fraternité
pour mieux nous parasiter

Ô Coronnard le Vicelard
qui nous mène la vie hard
tu es le meilleur coach de l’apocalypse
ô vice oh hisse au supplice !

Ô Coronnard le Cognard
tu vas nous débarrasser de tous les nullards
qui nuisent à la sécurité des démerdards
qui empêchent de tourner en rond
notre immonde où seul compte le pognon
un pognon de dingues

Ô Coronnard
toi qui as grandi sur la litière de nos idéaux
sur le terreau de l’immonde expansion des néo-fléaux
toi l’avant-garde des néo-libéraux
pour rassurer les secturitaires
tu vas ramener l’Ordre sur la Terre
l’Ordre en Marche
celui des marchands
à qui profitera le Grand Réchauffement
À bas les sans-dents !
Et vive le Résident de la Réputblik
décoré de l’Ordre du ÇaProfite !

 

Les nouvelles aventures d’Ovaine, par Tristan Felix

Pour prouver son innocence, Ovaine braque une baraque à frites, en plein soleil. 

Le fritier, désormais client, s’enquiert :

– Où en est ton procès ?
– État stationnaire. Preuve que j’ai rien fait. Et toi ?
– Bah, j’ai pas de preuves que tu m’as tout piqué.
– Veux-tu que je témoigne en ta faveur ? J’ai tout vu, tu sais.
– Tu seras inculpée pour faux témoignage, laisse tomber.

Ovaine, émue, lui double sa dose de mayo.

Transporté par ce vent de solidarité, il demande une barquette géante.

Et de sa langue prélève les cristaux de sel éclatant d’une vérité nouvelle.

 

Libr-6 (Livres reçus : hiver 2020-21)

► Jean-Pierre BOBILLOT, Dernières répliques avant la sieste [notes sur le risible – II & III], éditions Tinbad, coll. « Poésie », 88 pages, 14 €.

► Sophie COIFFIER, Tiroir central, éditions de l’Attente, 88 pages, 11,50 €.

► Suzanne DOPPELT, Meta donna, P.O.L, 80 pages, 13 €.

► Anne KAWALA, Les Aventures d’Orphée Foëne à Dos Romeiros, Série Discrète, 64 pages, 12 €.

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cassandre à bout portant, Flammarion, coll. « Poésie », 174 pages, 18 €.

► Patrick VARETZ, Deuxième mille, P.O.L, 528 pages, 32 €.

Libr-brèves

► On retrouvera ici la visio-lecture de La Sauvagerie qu’a donnée Pierre Vinclair mercredi dernier 13 janvier dans le cadre de Station d’arts poétiques (Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon).

â–º Peu après la publication du volume collectif issu du Colloque international de Cerisy sur son œuvre, Valère Novarina : Les Tourbillons de l’écriture, le poète, peintre, dramaturge et metteur en scène vient de recevoir le Grand Prix Paul Morand de l’Académie française, destiné « à l’auteur d’un ou plusieurs ouvrages remarquables par leurs qualités de pensée, de style, d’esprit d’indépendance et de liberté » – et doté de 45 000 €.

Libr-rétrospective 2020 (3)

â–º Créations : Joël Hubaut, « Ã‰pidémiK » [n° 1 ; série à terminer en 2021] ; Philippe Jaffeux, « John Coltrane » ; Julien Blaine, « (Y) » ; Laure Gauthier, « Transpoèmes »Â ; Tristan Felix, « Le Mâle dit de fine amor »

â–º Chroniques : Ahmed Slama sur Ivar Ch’vavar, La Vache d’entropie ; Patrick Beurard-Valdoye, « Fléau et théâtre social »Â [> 3 000 vues] ; Fabrice Thumerel, « Julien Blaine : fin de partie ? » [> 3 500 vues]…

â–º NEWS : Poesie is not dead, « Urgences poésies » [> 5 000 vues] ; « News du dimanche du 17/05 » [> 2 500 vues]…

► Entretien avec Christophe Fiat pour le lancement de la revue Cockpit voice recorder

1 janvier 2021

[News] Libr-fêtes (3)

En ce premier jour de l’année et même de la décennie, on pourra se laisser entraîner par nos « Libr-divagations » – qui au passage évoqueront des nouvelles parutions -, découvrir « Les Nouvelles aventures d’ovaine » par Tristan Felix et aussi le tout prochain livre de Sandra Moussempès…

Libr-divagations sur l’An neuneuf…

2020/2021 : Bis repetita ejecta est [On ne pourra pas dire qu’on ne vous avait pas prévenus pour 2020…]

Année 2021 dans tous ses états… dans tous ses éclats !

Bonne Année… gnagnagna… 
Les traders aux abois !?encore

Bref, de Charybde en Scylla, c’est la Bérézina…

Derechef, en 2021, Ah muse toi !

(Et va écouter le CD de Bruno Fern, dont on saluera la virtuosité dans la contrainte formelle : A dans tous ses états, Guillaume Anseaume à la guitare, Petit Label 2020)


♦ Je ne fais de voeux qu’au pieu, qu’il me dit… Mais ça ne se dit pas, hein ?

♦ Je consulte Maboule de tristal : 2021 commence bien, il faut prévoir au moins 10H pour regarder un résumé du Grand Bêtisier national 2020 (MERCI à notre gouverdément !)…

Allez la fRANCE, encore un effort en 2021 : le gouverdément vient de recevoir les félicitations du parti d’extrême-droite allemand AFD pour sa loi sur le séparatisme !

♦ Je consulte les 192 miroirs de Wilfrid Rouff pour janvier 2021 et tombe sur ces cascades de Daniel Cabanis : « […] tonnes de déchets par habitant tant va la cruche à l’eau alopécie galopante pente glissante […] entropie opinion publique lycanthropie » (Petits pains & concaténations)…

♦ Jupiter oblige, consultons le SOLEIL dans le tarot de Marseille, via Patrick Varetz :

« (?) te voilà bien avancé ton 
écorce transparente à tout
montrer avec certitude toi

qui ne crois ni au miracle ni
à la puissance de l’esprit à
tout montrer toi qui doutes

encore de pouvoir ériger des
remparts contre la barbarie
quand ce sont les barbares

qui dressent leurs barrières »

(Patrick VARETZ, Deuxième mille, P.O.L, décembre 2020, 1458).

♦ Et si l’on proposait une année-zéro = zéro temps / zéro tourment / zéro importun… Qu’en penses-tu Ovaine ?

Les nouvelles aventures d’Ovaine, par Tristan Felix

Après s’être versé une double dose d’Ovaine treize ans d’âge à 360 degrés, Ovaine demande à Jésus de nos Arêtes si elle peut le remplacer dans le calendrier. Elle le met au jus :
– C’est pour m’épater la galerie. Et pis, t’as une petite mine. Je peux te faire un mot, s’tu veux.
– Ah non ! Jure-moi de rien dire à Dieu. Il ne croirait plus en moi.
– Tope là, mon frère !
Tandis que Jésus sirote le reste de la bouteille, c’est l’avainement d’Ovaine.
En zéro avant Ovaine, rien n’était qu’un lent désœuvrement.
Pile au moment d’Ovaine, tout s’envenime. Zorro, ressuscité, surgit dans la nuit, transperce de son épée le cadavre du temps et emporte Ovaine, épatée.
En zéro après Ovaine, tout bascule dans l’Historie Collective, portée par des centaines de milliards de Riens enfin débarrassés de leur zéro (Jésus se pince pour y croire).

 

LIBR-CRITIQUE attend avec impatience…

Sandra Moussempès, Cassandre à bout portant, Flammarion, coll. « Poésie », parution le 20 janvier 2021, 160 pages, 18 €.

Présentation éditoriale. Cassandre à bout portant poursuit cette quête obstinée de Sandra Moussempès des objets féminins non identifiés à travers les clichés de l’imaginaire contemporain (celui des séries américaines en particulier), détournés avec une ironie teintée de tendresse. Le ciel s’est éclairci dans l’univers de l’autrice, l’humour semble désormais maintenir à distance les monstres du passé. Ce qui n’ôte rien à l’étrangeté des images que son écriture parvient à susciter, avec une innocence qui n’exclut pas un soupçon de perversité. Jusqu’où peut aller une pin-up assortie à sa fourchette, endormie sur le sol d’une maison hantée ? Telle est l’une des questions que pose ce livre grave, joyeusement décalé.

31 décembre 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (22)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 16:33

Après avoir franchi le cap de 2021, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le vingt et unième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

… Envahissement des pellicules de réalité dans la brèche souterraine épidémique……………………………..
A travers les lunettes noires qui se déportent vers la lumière future le chaos des images tisse une paupière artificielle transparente qui irise la vue intégralement dans les croisements en glissant entre les faisceaux de la réalité déchiquetée dans l’angoisse des réalités artificiellement hyper réelles et croisées….
L’obscurité crucifiant les images falsifiées dans l’angoisse allume le fond sans fond du monde angoissant d’une lueur parodique merveilleusement enchantée glaçant la monotonie du quotidien dans le noir entre les faisceaux artificiels du cauchemar dans une flaque saignante ignoble puis la pâleur du fond sans fond s’illumine sur un trou mixte béant jaune électrifié avec des vitesses inouïes de super chaos lumineux et joyeux éclatant en lambeaux jaunes dans l’artifice de la lumière réelle arrondie par le miroitement larvaire des os de poussins jaunes nivelés dans la bouillie de nicotine jaunie des pertes blanches des nymphes en chaleur….
Eclatement du rideau du jour et de la nuit sordide morose étouffante convenue en giclant par tous les spots de la pensée frénétiquement récalcitrante et furieuse loin du cloaque terminal noir suicide monotone fade banal amère tiède mou insipide de l’angoisse déportée expulsée de la paupière pour étaler la vue à plat avec les flashs dans l’écho des galaxies gonflées de néons lasers et injectées de rêve de lumière flash éclaboussant les étoiles du crâne allumé avec les bonbons du rire en décollant à fond hors du fond nyctalope………………………………………………………………………..
Vision à fond d’une épidémie broyant la normalité comme une écume polynucléaire du langage contaminé par des virus envahissant le ciel propulsé dans l’abîme avec les becs des voyelles et les griffes de toutes les lettres mutilées concassées recollées découpées recousues ébréchées combinées avec les alvéoles progressives de l’alphabet et les pinces graphiques et les tétines d’enzymes s’enfonçant lentement dans les gouffres pour faire jaillir des mots nouveaux comme des masou toïvôcche pruri claire hràüttùtes bübrhquaê jô bô ùbô näaàcjjeytù dehgà kkevâ bsùût cfjô ahsgè ettërdfs jûfùt avec d’autres mots encore plus recollés comme jegsûe büb bdgaàts hdfj guëerin jkïskà bô ü üzeïnskldsd lé lé suïè zuzôoù siéhïfn bô siéhïfn bô jnvèuû lélédaâ aqskl bô bô iëtttè kxi kxk-kqôpz jà ôoifgs lélé ùxvbcrè jsuûè jjxôîsyàô zyäfm fopo jjàénï ràtjbtùf zbô bôchre àî ght ght équïètt bvdh ôù bcù àjduebdô bnaé jjfureùlfh duènléûgf enbe hùùlf jaos gxx fqsgwwb xhsh ê xxùeô nckdh zôbbb ffsfk aga aga ……….
alors l’épidémie est une guerre de la pensée bio-chimique qu’il faut étendre à l’infini en s’infiltrant atomiquement dans tous les blocs nucléaires de l’ordre établi pour une action vive bariolée imprévisible et épidémique…..

Joël Hubaut 1976 …………………………………

Visuel  « Feux épidémik » ( photos-tranchées épidémik de fioul, dessin crayon sur papier, écriture) : Joël Hubaut, 1976.

29 décembre 2020

[Chronique] Christophe Manon, Testament (d’après François Villon), nouvelle édition, par Bruno Fern et Fabrice Thumerel

Christophe Manon, Testament (d’après François Villon), nouvelle édition revue par l’auteur (première parution : Léo Scheer en 2011), illustrations de Anne Van Der Linden, avec un CD (voix de l’auteur, musique de Thierry Müller), BISOU records / Dernier Télégramme, décembre 2020, 106 pages,  18 €, ISBN : 979-10-96324-05-7.

 

Suivant scrupuleusement le fil du Testament de François Villon (les numéros des strophes de l’original sont indiqués en marge et les pièces intermédiaires – ballades et autres – sont également reprises), Christophe Manon en garde les principales thématiques (la mort omniprésente, bien sûr, mais aussi l’amour et la critique politique et sociale) et, des ballades branquignolesques à la « Ballade des poivrots », le ton général où dominent le burlesque et l’ironie, y compris envers lui-même. Qu’on goûte un peu la satire de ces cibles du XXIe siècle : « aussi aux humanitaires de tous pays / aux compagnons d’Emmaüs / du Secours Cathodique de l’Unicef / qu’ils soient de la Croix-Rouge ou du Croissant / je fais don de sacs de riz / puis quand les télés seront parties / qu’ils s’entretiennent de charité »…

En outre, il insère de nombreux fragments du texte d’origine et en reprend certains traits stylistiques (par exemple, en attribuant des patronymes ridicules à ceux auxquels il fait des dons qui ne le sont pas moins : Félix Popotin, Edmond Tenlèr, Jean Profite, Clotilde Vagalam, Margot Quintal, Michel Trouduc). Utilisant un lexique le plus souvent trivial et opérant un travail formel à première vue minimaliste (ainsi, la quasi-totalité des vers relèvent d’un simple découpage syntaxique) qui veut peut-être faire écho aussi bien à la pauvreté affichée par Villon qu’à une volonté d’être lisible par le plus grand nombre (sans sombrer pour autant dans la platitude de la langue communicationnelle), le poète moderne, se proclamant mauvais garçon comme son modèle (branleur j’ai été et je demeure), s’approprie à sa façon la démarche du poète médiéval en y faisant résonner sa vie et notre époque.

Même si les passages les plus réussis sont sans doute ceux où les deux voix se mêlent étroitement (tel le glissement de Triste, failly, plus noir que meure [mûre], à triste maigre plus noir / qu’immigré clandestin ou bien celui des fils de rois / et conçus en ventres de reines à ceux qui ont été conçus / par des ovules de dictatrices), l’ensemble est plutôt vivifiant et, à travers de multiples décalages, l’auteur parvient indéniablement à retrouver une certaine tonalité villonesque : entre autres illustrations, la Vierge devient Rouge comme il se doit (Dame du ciel, régente terrienne > dame rebelle esprit de la Commune) et les souffrances amoureuses sont toujours les mêmes qu’au 15ème  siècle, à quelques détails près :

aimez donc tant que vous voudrez

traînez dans les soirées et les boîtes

à la fin vous n’y gagnerez rien

et n’obtiendrez qu’une gueule de bois

les amours fous rendent les gens bêtes :

Rimbaud se fit tirer comme un lapin

Woody Allen en perdit ses lunettes

heureux qui n’en a pas

Comme on le voit, la veine drolatique l’emporte largement et, même si ce Testament s’achève inévitablement sur les obsèques du pauvre Manon et les injonctions forcément fatales que le destin lui adresse (résigne-toi Manon), ce dernier, en bon viveur devant l’Eternel, adresse dans le texte en supplément (L’épitaphe de Manon ou Ballade des poivrots) un ultime pied de nez à la Camarde :

 camarade Whisky qui sur tous a maistrie

garde que Cirrhose n’ait sur nous seigneurie :

d’elle n’ayons que faire ni que foutre

poivrots il n’y a point ici de moquerie

mais pissez dru pas dans un dé à coudre

Reste à insister sur ce qui vient enrichir cette édition : les dessins pop art d’Anne Van Der Linden, qui renouvellent la dimension drolatique des danses macabres ; un CD dans lequel les tons et tempos variés de la musique composée par Thierry Müller (synthétiseurs, guitares, samples) mettent en relief la voix chaleureuse de Christophe Manon.

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