Libr-critique

31 mai 2020

[News] News du dimanche

Tandis que les forces du désordre raciste ont chargé hier dans plusieurs villes made in USA…
que les forces du désordre néolibéral ont lancé leur offensive restauratrice…
que les librairies réelles viennent de rouvrir avec des destinées plus ou moins tragiques…

On trouvera ci-dessous une Libr-sélection de 12 livres à ravir (Libr-Printemps), des Libr-brèves pour les curieux… et la dernière grille de cette première série de mots-croisés insolubles (Marcel Navas) !

Libr-brèves

â–º On méditera grâce au récent article de Sébastien Ecorce et Thomas Branthöme (Diacritik, 29 mai), « De l’idée de reconstruire un état »

► Découvrez sur YouTube les émissions au regard libr&critique de notre contributeur Ahmed Slama : Littéralutte, tout un programme !

â–º Écouter le 2e ciné-poème de Christophe Manon, « Poèmes pour les temps présents #2 » / Ciclic.

 

Libr-12 (printemps 2020)

â–º Patrick BEURARD-VALDOYE, Le Purgatoire irlandé d’Artaud, dessins de Jean-François Demeure, éditions Au coin de la rue de l’Enfer, Saint-Etienne-les-Orgues (04), 68 pages, 13 €.

â–º Julien BLAINE, Introd@ction à la performance, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 84 pages, 9 €.

► Anne-James CHATON, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, P.O.L, 248 pages, 18,90 €.

► Éric CHEVILLARD, Monotobio, Minuit, 176 pages, 17 €.

► Dominique FOURCADE, Magdaléniennement, P.O.L, 192 pages, 21 €.

► Andrea INGLESE, Mes adieux à Andromède, Art&Fiction, Lausanne, 88 pages, 12 €.

â–º Isidore ISOU, Antonin Artaud torturé par les psychiatres, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 144 pages, 13 €.

► Petr KRÁL, Déploiement, éditions Lurlure, Caen, 80 pages, 15 €.

â–º Arnaud LABELLE-ROJOUX, Récits de la vie de Michelangelo Merisi, dit « Le Caravage », Les Presses du réel, coll. « Al dante », 72 pages, 8 €.

â–º Clemente PADÍN, Horizons ouverts, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 96 pages, 10 €.

â–º Jean-Claude PINSON, Sur Pierre Michon. Trois chemins dans l’Å“uvre, Fario éditeur, 108 pages, 14 €.

â–º Poesiue, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 64 pages, 8 €.

 

Mots-croisés insolubles de Marcel Navas
Problème n° 6

Horizontalement

  1. Si seulement elles avaient dit la vérité ! – II. Innocent qui n’a pas que les mains pleines. Il a fait une belle chute mais c’est d’un accident qu’il est mort. – III. Complications qui surgissent quand Dieu se met à faire le malin. – IV. Il a réussi à s’enfuir comme un dératé. Assistance respiratoire. Jamais à sa place. – V. Il n’y a rien de profond chez lui, surtout pas le sommeil. En poudre ou en granulés. – VI. Un moment de distraction qui dure longtemps. Machine à fabriquer des trucs en série. – VII. À force de fréquenter tout le monde et n’importe qui, voilà le résultat ! – VIII. Elle a perdu sa table. Fleurit quand les autres fanent. On a vu pire. – IX. Victimes de blagues désopilantes. Visibles derrière des écrans de fumée. – X. Introuvable pour cause de pénurie. Quand on l’a pris on ne peut plus le rendre, et on risque un châtiment. Il a la vocation du sacrifice et en abuse. – XI. Ce n’est pas un mauvais cheval mais il est incapable de faire les courses. – XII. Plus on leur crache dessus plus ils se croient indispensables.

Verticalement

  1. S’il est généreux, c’est bien pour se faire plaisir. – 2. Toile de fond dont on n’a pas fini d’explorer les motifs. Figure de rhétorique assez fumeuse. – 3. Décision généralement suivie d’effets malheureux. Dans le plus pur style néogothique. – 4. Difficile de lui couper l’appétit, mais après tout s’il a faim ! Porté en triomphe. – 5. Attentat à la pudeur. Pour faire trempette et pour faire signe. – 6. Ce n’est pas à la poubelle qu’on les jette. À la baguette ! Il n’a jamais raison, ni jamais tort. – 7. Elles n’ont pas la moindre idée, encore moins d’idées fixes. – 8. Parfois elles n’attendent rien dans la salle d’attente, elles sont simplement là. Surpris en plein vol. – 9. Les éponges y font bon ménage. Complète sans rien ajouter. Il n’a plus assez de dents pour mâcher ses mots. – 10. Enveloppe sans timbre. D’autant plus facile à découvrir qu’il est le seul immobile du crime. – 11. Moteur qui produit des bananes à plein régime. La moitié d’un âne, et même un peu plus. – 12. Il a d’autant plus besoin de gardes du corps que son esprit se dédouble à son insu.

7 septembre 2018

[Chronique] James Sacré : prolégomènes à une consistante défaite, par Jean-Paul Gavard-Perret

James Sacré, Une main seconde, dessins de Jacques Clauzel, Fario éditions, été 2018, 36 pages, 13,50 €, ISBN : 979-10-91902-45-8.

Grâce aux « gribouillis » de Jacques Clauzel, James Sacré comprend non seulement l’archéologie et l’art mais la généalogie de sa propre écriture. Chaque brouillon devient une poulette près du mur de l’œuvre à construire. Père dur, mère oubliée elle picore des graines comme sterne pique. Et il y a de quoi soudain ou peu à peu envisager autant la question de la sexualité primordiale que l’agencement du poème où Déesse et Dieu sont parfois dans un même lit comme pécheresse et coquin.

Les dessins de Clauzel servent donc au poème de beaux draps à sa propre propédeutique. Et Sacré cultive le mérite de la proposer non en début (où l’on ne sait rien ou si peu) qu’en fin de parcours. Cela permet d’éviter d’enculer des mouches poétiques et même de se passer des trous à joie que les tailleurs de pierre se plaisaient à enfiler, après les avoir farcis de suif de bÅ“uf tiède au XIIème siècle et comme il en existe encore dans l’église monolithique d’Aubeterre – la bien nommée. Avec James, le poète n’est plus un pauvre bougre devant une telle guérite, mais un monstre tel de Clauzel pour sa part a appris à dessiner et scénariser.

A priori le poète n’a pas choisi d’être là. Il aurait préféré aller au cinéma ou se faire masser chez une bougresse. Il y aura été parfois comme les premiers héros de l’artiste. C’est pour le poète comme pour de tels personnages une manière de faire abstraction de l’œil du Dieu qu’on dit bon. C’est aussi la preuve qu’en art comme en poésie que ce qui commande n’est pas l’être suprême. Par leurs « brouillons » les créateurs construisent leur propre autel ou hôtel de passe.
Les Å“uvres préparatoires, pour peu qu’elles ne soient pas raides comme des piquets, traquent les alentours de nulle part – et de traiter ce qui sort des entrailles de l’inconscient. « L’âme à tiers » chère à Lacan devient dessin ou texte qui permet non d’attendre la suite mais d’aller voir ailleurs et de se fiancer avec l’impossible, l’invisible, le non dit.

Platon sort ainsi de sa caverne. L’artiste pense avec sa main, le poète avec son cœur pour entrer dans les parenthèses et les greniers du silence. Souffle et esprits délavés, « sac à moi » troué, plus besoin d’ascenseur pour s’envoyer en l’air. Tout est affaire de travail afin que, les consistantes apprises défaites et leurs dentelles relevées, le créateur entre dans un autre monde que l’abstinence. Sa tête dans le ciel tourne comme une bétonnière et son moteur.

Bref, par les gribouillis premiers, le monde est ramassé, déplacé, inventé, retourné (au besoin), égaré loin de toute frugalité, pour peu que l’artiste ou le poète soit un garnement qui possède de l’habileté lorsqu’il agite sa crécelle et qu’il sache de quoi le plaisir comme la douleur est fait. Peu à peu l’œuvre picturale ou poétique ne ménage rien : elle s’approprie le monde pour un feu d’artifices aux multiples spirales. Lacets défaits, l’art et la poésie permettent de connaître l’animal jusque là étranger. Ce n’est pas mal pour une première approche que les brouillons induisent, mais peu à peu avec reprises, repentirs et ouvertures du passé empiété naît ce que ni Sacré ni Clauzel avait imaginé ainsi.

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