Annie Ernaux, L’Atelier noir, éditions des Busclats, automne 2011, 208 pages, 15 €, ISBN : 978-2-36166-009-3. [Lire le 3e volet du Dossier]
Reconnue au moment même où les études génétiques étaient en plein essor, comme bon nombre d’écrivains majeurs, Annie Ernaux prend soin de son patrimoine avant-textuel :
jusque La Place (1984), dont il ne lui reste que les feuillets non repris dans la version publiée et le roman commencé sur son père, elle ne garde pas ses manuscrits et brouillons ; depuis Une femme (1986), elle « conserve tous les brouillons, et depuis La Honte, premier texte saisi sur ordinateur, une grande partie des tirages » (entretien avec l’auteure). Un passage de L’Atelier noir, dans lequel le futur antérieur programme un effet de lecture, va nous permettre de saisir tout l’intérêt qu’il y avait pour elle à publier, après une partie de son journal intime (Se perdre en 2001, en plus de quelques fragments en revues), son journal d’écriture : « Ce qui sera bouffon, si on publie un jour ce journal d’écriture, en fait de recherche à 99%, c’est qu’on découvrira à quel point, finalement, la forme m’aura préoccupée. Bref, ce qu’ils appellent la littérature » (p. 125). Nous entraîner dans son laboratoire d’écriture, c’est souscrire à la définition flaubertienne – qui deviendra un canon de la modernité – de la littérature comme souci de la forme, et par là même répondre à ses détracteurs qui l’accusent de « facilité ».
Ayant eu accès à l’essentiel de ce journal de recherche qui couvre les années 1982 à 2007 (soit la période allant de 1989 à 1998 : p. 51-166 dans ce volume), j’ai pu analyser dès 2002 le processus scriptural propre à Annie Ernaux (cf. « Littérature et sociologie : La Honte ou comment réformer l’autobiographie », dans Le Champ littéraire français au XXe siècle, Armand Colin, 2002, p. 83-101). Du reste, les pages datées de 1989 et de 1998 ont paru en 2001 dans la revue Les Moments littéraires (Anthony ; p. 15-31). Cela dit, m’intéresse ici l’orientation de ce livre : cette chambre noire où se trouve gravé l’instant se concentre sur ce « passage » que constitue « l’histoire d’une femme de 1940 à l’an 2000 », c’est-à-dire Les Années (p. 137). Je tiens à remercier Isabelle Grell de m’avoir envoyé son texte en me proposant de me joindre à elle pour l’article. /FT/
[Première partie de l’entretien de Fabrice Thumerel avec Bernard Desportes, à propos de la sortie d’Irritation. Bernard Desportes expose, en liaison à une analyse de l’époque, en quel sens selon lui, l’écriture est faire "l’expérience vivante de l’impossible"]