Libr-critique

11 novembre 2019

[Livres] Pour des livres irréguliers

Suite à l’Appel lancé hier matin par Guillaume Basquin, directeur des éditions Tinbad, et en ce jour où se termine le Salon de l’Autre Livre 2019 – qui regroupe de nombreux éditeurs indépendants -, il importe de réaffirmer la nécessité de circuits autres pour publier des livre irréguliers. Depuis 2006, LIBR-CRITIQUE les défend : vous en trouverez trois ci-dessous, parmi ceux reçus récemment (Profession de foi de J. CAUDA, Sablonchka de F. DOYEN et un diptyque du MINOT TIERS)…

► Jacques CAUDA, Profession de foi, Tinbad, septembre 2019, 144 pages, 18 €, ISBN : 979-10-96415-23-6.

« Moi cauda du latin cauda « la queue » car malsain de corps et d’esprit et malsain de queue dit cauda dit aussi le vénéneux moi qui ne crois qu’au mal car malsain de queue au bout d’un corps qui ne croit en rien ni au nom du père ni au sain d’esprit moi au nom du fiste je dis ici en toute innocence que je suis comme la flèche du Parthe décochée à cheval sur la queue du cheval c’est-à-dire en cauda forcément venenum » (p. 55)…

Cet extrait du Journal de l’auteur en date du 9 juillet 1988 fait du nom la métaphore de l’Å“uvre : celle-ci donne ainsi corps au patronyme, le fait parler en propre. D’où une écriture (é)jaculatoire, un phrasé du tonnerre-de-zeus, pour rendre compte d’un rapport sans queue ni tête au monde qu’il s’agit de peindrécrire : âpre, excessif, sexuel/sensoriel, souvent carnavalesque… Ça fait péter la bibliothèque comme les souvenirs, sortir la langue de ses gonds… De fil en poupée et en « ipomée », vive la métafisix !

► Franck DOYEN, Sablonchka, Le Nouvel Attila, en librairie le 15 novembre 2019, 110 pages, 12 €, ISBN : 978-2-37100-084-1.

Les symboles reproduits ci-dessus introduisent les lignes de force qui vont structurer cette dystopie originale : ici, les mutants ne sont pas les humains mais les animaux et les végétaux. Sans aucune virgule, essentiellement écrit à la deuxième personne du pluriel – histoire de nous interpeller -, le texte nous plonge dans un univers exotique jusqu’à l’étrange où nous découvrons les calquois, gloomkovs, carmignas, wombas, ou encore arglometchàs, entres autres espèces animales, et, pour les végétales, les juomlas, netarus, achaxars, ipecuamas, etc.

Nous sommes à la fin du XXIIIe siècle, en pleine post-humanité, « Ã  l’heure où les détenteurs du pouvoir richissimes entrepreneurs fanatiques réussissent ce tour de force de s’immiscer au plus près et au plus intime des vies et de contrôler de la naissance à la mort le moindre désir le moindre choix dans une apparence de totale liberté travestie en propriété et en consommation » (p. 65)… Demain, en somme.

► Le MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes, La Ligne d’erre, Orthez, printemps 2019, 200 pages, 13 € ; L’Oncle de Vanessa, La Ligne d’erre, Orthez, août 2019, 208 pages, 13 €.

À quoi avons-nous affaire ?

À l’histoire d’un écrivain – ce « meurtrier en puissance à qui l’on accorde le droit de vie et de mort sur ses sujets » (OV, 147) – qui est « pris au piège de [sa] propre fiction », torturé par sa propre créature (cf. OV, p. 11)…

À un récit métaleptique et métaphorique (cf. DMDA, p. 194), suivi d’un autre roman ludique, c’est-à-dire un autre miroir aux alouettes…
Récit métaleptique (hommage à Gérard Genette) : « Le narrateur est un chat, qui navigue de maisons en maisons, d’époques en époques, d’univers en univers et raconte ce qu’il voit » (DMDA, 122).
Récit métaphorique : « Son récit, métaphorique, illustre cette réalité d’un monde dont on ne connaît en fait qu’une partie, la plus visible. Éclairer ce qu’on ne voit pas, éclairer la nuit, voilà qui fait œuvre de romancier » (DMDA, 171).

Une narration tellement réflexive que le lecteur s’y perd comme dans un palais de glaces… Avec sa plus grande complaisance, et pour sa plus grande jouissance !

29 août 2017

[Livres] Libr-vacance (2)

On profite de la fin de l’été pour prendre le temps de faire le point : qu’a-t-on pu manquer ces derniers temps comme lectures importantes ?… Une Libr-sélection de 5 livres vous est d’abord présentée, puis 30 titres vous sont recommandés. [Libr-vacance 1]

Libr-sélection /FT/

â–º Jacques BARBAUT, H ! Hache ! Hasch !, Nous, Caen, 2016, 112 pages, 16 €.

On connaît l’attrait des Lettristes et des Oulipiens pour les lettres de l’alphabet. Dans cet opus plein de fantaisie, qui ressortit à la fois à l’ouvroir poétique, au dictionnaire de littérature, des formes et des symboles, l’auteur alterne divagations, graphismes et citations passionnantes et érudites.

â–º Guy BENNETT, Ce livre, traduit de l’américain par Frédéric Forte et l’auteur, éditions de l’Attente, 2017, 96 pages, 11 €.

À la suite des Poèmes évidents, Ce livre fonctionne de façon ironique, dévoilant les stratégies scripturales / éditoriales. N’est pas épargné « le monde de l’édition en ligne, où l’écriture se dit simplement "contenu", les écrivains "fournisseurs de contenu" et les plateformes d’édition en ligne […] "systèmes de gestion de contenu" » (35)… Vous y attend tout l’outillage moderne et contemporain : réflexivité, autoréflexivité, post-littérature, édition post-matérielle

â–º Jérôme BERTIN, Lettre à Nina, Atelier de l’Agneau, St-Quentin-de-Caplong (33), été 2017, 20 pages, 9 €.

Moins légère que les rimbaldiennes "Réparties de Nina", cette Lettre à Nina – Nina, "garçonne à cheveux corbeau" – qui commence par "Cher Amour" constitue un oasis azuré dans l’œuvre de Jérôme Bertin : le romantisme noir se fait bleu-rose et l’écriture tire un peu du côté du symbolisme, voire du surréalisme :

"que je vertige en ré mi
sol tranché par
ta pro-

messe masse noire
de tes che-
veux fous" (14).

â–º Paul de BRANCION, L’Ogre du Vaterland, éditions Bruno Doucey, été 2017, 120 pages, 14,50 €.

Où il est question d’un père "retors jusqu’à la fellation du monde", de "Ich" que ne peut supporter Léon Jacques S., d’une configuration familiale digne du conte – d’un récit qui dialogue avec des extraits des contes de Perrault. Un bonheur de lecture vous attend avec cette autofiction fantaisiste en double bande.

"Ich aimais Platon et Socrate car ces deux pédérastes-là ne trouvaient pas grâce aux yeux de Léon Jacques" (43).

â–º Laurent GRISEL, Climats, Publie.net, hiver 2015-2016, 88 pages, 9,50 €.

Voici "une épopée" du climat, avec chiffres, histoires et Histoire… Et ce type d’agencement répétitif pour mettre en évidence les mécanismes implacables : "la lutte entraîne la répression / qui entraîne la lutte / qui entraîne la répression / qui entraîne la lutte" (p. 13) ; "moins d’eau donc moins d’arbres / donc moins d’eau des nuages accrochée par les arbres / donc moins d’arbres / donc, de saison en saison / de moins en moins / d’eau" (27)…

Libr-critique a reçu, a lu et recommande

♦ Nadine AGOSTINI, Ariane, éditions Contre-Pied, coll. "Autres & Pareils", Martigues, automne 2015, 28 pages, 4 €.

♦ Jean-Luc BAYARD, P.O.L nid d’espions, P.O.L, été 2015, 222 pages, 16 €.

♦ Sereine BERLOTTIER, Louis sous la terre, Argol, 104 pages, 18 €.

♦ Jean-Pierre BOBILLOT et Sylvie NÈVE, Vers de l’âme-hors, Plaine page, Barjols, automne 2016, 54 pages, 10 €.

♦ Nicolas BOUYSSI, Décembre, P.O.L, printemps 2016, 496 pages, 22 €.

♦ Mircea CARTARESCU, La Nostalgie, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, P.O.L, février 2017, 496 pages, 29,90 €.

♦ Angela CARTER, Les Machines à désir infernales du Dr. Hoffman, éditions de l’Ogre, hiver 2015-2016, 356 pages, 23 €.

♦ Franck DOYEN, Collines, ratures, La Lettre volée, Bruxelles, automne 2016, 58 pages, 14 €.

♦ Virginie GAUTIER, Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, Publie.net [version papier + numérique], 2014, 84 pages, 12 €.

♦ Liliane GIRAUDON, L’Amour est plus froid que le lac, P.O.L, décembre 2016, 106 pages, 13 €.

♦ Rada IVEKOVIC, Réfugié-e-s. Les Jetables, Al dante, Marseille, été 2016, 88 pages, 13 €.

♦ Gabriel JOSIPOVICI, Infini. L’histoire d’un moment, traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, Quidam éditeur, Meudon, hiver 2015-2016, 158 pages, 18 €.

♦ Anne KAWALA, Le Déficit indispensable, Al dante, 2016, 152 pages, 17 €.

♦ Claudie LENZI, Elle t’enceinte, Plaine page, 32 pages, 5 €.

♦ Cédric LERIBLE, Giratoires, Plaine page, Barjols, printemps 2015, 70 pages, 5 €.

♦ Cécile MAINARDI, L’Histoire très véridique et très émouvante de ma voix de ma naissance à ma dernière chose prononcée, éditions Contre-Pied, hiver 2016-2017, 36 pages, 4 €.

♦ NATYOT, Je suis d’accord, Plaine page, "Les Oublies", été 2017, 28 pages, 5 €.

♦ Leopoldo María PANERO, Ainsi fut fondée Carnaby street, Le Grand Os, Toulouse, automne 2015, 88 pages, 12 €.

♦ Anne PORTUGAL, Et comment nous voilà moins épais, P.O.L, mai 2017, 124 pages, 13 €.

♦ Dominique QUÉLEN, Éléments de langage, Publie.net, coll. "L’Inadvertance" dirigée par François Rannou, automne 2016, 272 pages, 20,50 €.

♦ Jacques REBOTIER, Black is black, Plaine page, coll. "Les Oublies", 14 pages ([petit coffret original], 5 €.

♦ Jean Louis SCHEFER, Squelettes et autres fantaisies, Main courante 5, P.O.L, printemps 2016, 160 pages, 14 € ; L’Image et l’Occident. Sur la notion d’image en Europe latine, ibid., printemps 2017, 142 pages, 13 €.

♦ Patrick SIROT, Procès verbal, Plaine page, 110 pages, 10 €.

♦ Pierre-Yves SOUCY, Neiges. On ne voit que dehors, La Lettre volée, Bruxelles, hiver 2015-2016, 80 pages, 15 €.

♦ Juliana SPAHR et David BUUCK, Une armée d’amants, traduit de l’anglais (USA) par Philippe Aigrain, Publie.net, 2016, 150 pages, 15 €.

♦ Anne de STAËL, Le Cahier océanique, La Lettre volée, hiver 2015-2016, 160 pages, 19 €.

♦ Rudolf di STEFANO, Vive le cinématographe !, Al dante, hiver 2014-2015, 200 pages, 17 €.

♦ Jean-Jacques VITON, Cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra, P.O.L, hiver 2016-2017, 80 pages, 13 €.

♦ Julie WOLKENSTEIN, Le Mystère du tapis d’Ardabil, P.O.L, hiver 2015-2016, 384 pages, 23 €.

11 mars 2016

[Net] Redécouverte des éditions Terre Noire / Petit manuel de prostitution sociale, par Phiippe Boisnard et Fabrice Thumerel

Plutôt portés vers la BD indépendante/alternative, les Lyonnais de Terre Noire – dont le blog a été mis à jour jusque 2012 – proposent toujours sur leur site un catalogue subversif (avec possibilité de télécharger quelques titres gratuitement), avec en particulier la collection NO PRESENT (handmade by unemployed people), dont les diverses créations collectives (cut-ut, photomontages, romans-feuilletons et BD…) visent à déconstruire les discours dominants : Je ne suis pas un touriste, Lettre ouverte à cette génération qui refuse de vieillir, Détruire la pensée unique, Ceci n’est pas de la masturbation mentale… Avant de nous concentrer sur le meilleur d’entre eux (la patte de Franck Doyen !), signalons la série des "comics sociaux", BD dont l’objectif est de démanteler les rouages sociaux.

 

Manuel de prostitution sociale (à l’usage des travailleur précaires), Lyon, éditions Terre noire, 68 pages, 4 €.

Ce document poétique – au sens où l’entend Franck Leibovici – est un agencement répétitif qui intègre les éléments  prélevés dans l’univers discursif social au flux de parole anonyme d’un je/on/nous – une "viande froide en sursis" qui ne peut qu’énoncer des phrases non verbales puisqu’elle subit sa vie, interdite d’action en somme. Grinçant, absolu, savoureux, désespéré/rant, ce Manuel de Prostitution Sociale (à l’usage des travailleurs précaires) vous emmène là où vous n’auriez jamais cru aller : en plein retords de l’humain, cet être dit social tant que l’on peut exploiter l’autre – dans le monde des losers, pour qui il ne saurait y avoir d’ascenseur social, juste "un trou". Une introduction (à sec) dans la nécessité qu’est le travail précaire pour notre bonne, si bonne société post-industrielle.

Des pages très visuelles rayées de codes barres nous promènent de « envie sourde. / irrationnelle. / incontrôlable. / crever leurs yeux. » à « s’ouvrir les veines / se trancher la gorge. / s’immoler. / « allez remue-toi un peu ». De « au début, on se dit que ça se passera bien » à « chairs mortes. / espoirs désintégrés. / viande froide. / en sursis. / d’autres feront la même chose. / / finir comme une merde. / sur le trottoir. »

En pages de sortie, ce manuel nous propose quelques conseils pratiques de survie absolument indispensables :
« ne vous dites plus ça va aller : répétez-vous j’en ai assez. / Ne pensez plus j’ai tout raté, dites-vous je me fais baiser. / remplacez progressivement le sentiment de culpabilité par la colère. / Vous avez des capacités : luttez »…

6 septembre 2014

[Chronique] Franck Doyen, Littoral et Champs de lutte, par Emmanuèle Jawad

Franck Doyen, Littoral, Atelier de l’Agneau, coll. "Architextes", automne 2013, 90 pages, 15 €, ISBN : 978-2-930440-69-9 ; Champs de lutte, peintures de Aaron Clarke, éditions Æncrages & Co, été 2014, 72 pages, 18 €, ISBN : 978-2-35-439-066-2.

 

Multipliant les pratiques d’écriture, Franck Doyen développe différentes formes dans ses deux derniers livres, en lien avec l’oralité (Littoral) et le travail d’une langue mise en espace avec des peintures d’Aaron Clarke (Champs de lutte).

 

Dans l’écart, entre la lecture et la performance, se situe sur un axe expérimental, la composition des pièces sonores de Franck Doyen (en collaboration avec Sandrine Gironde, improvisatrice vocale) dont Littoral marque l’entrée textuelle. S’attelant à un travail des écritures sous un mode pluriel, Littoral en appelle à la lecture performée, trouvant avec sa mise en espace et son aspect graphique, visuel, la forme d’un texte qui serait partition.

Si le motif du corps se retrouve dans l’articulation des deux livres (corps démantelé, morcelé dans Littoral, l’érosion des corps dans Champs de lutte) ainsi que, sur le plan formel, la mise en place d’un vouvoiement, également présent dans l’un et l’autre livre, les préoccupations d’écriture s’avèrent différentes d’un livre à l’autre.

 

Dans Littoral, l’avancée du texte procède par boucles, progressions lentes, dans des reprises et des retours de phrases, jusqu’au martèlement parfois des formes syntaxiques.

La réitération de certaines phrases, avec modifications uniquement dans leurs terminaisons, rythme le texte. La répétition peut être celle immédiate de mots, dans une accentuation du propos, ou celle différée de segments de phrases, à intervalles plus ou moins réguliers, dans le corps du texte. Dans un travail phonétique tendant vers l’oralité, plusieurs fragments d’une langue inventée circulent dans certaines sections du texte ainsi que dans les titres donnés aux différentes séquences.

 

Dans Littoral, la composition du texte s’opère en l’absence de ponctuation, trouvant dans la mise en place de traits horizontaux, de diverses longueurs, sinon les signes d’une ponctuation, les marques d’un blanc, dans l’absence de mots portés par endroits, trouant le texte. Les traits, dans leurs allongements ou resserrements, espacent différemment les fragments de phrases. La surface du texte ainsi lignée, pouvant s’apparenter, sur un plan sonore cette fois, à la mise en place d’une respiration plus ou moins longue. Ainsi, « _______à chacun de vos pas vous vous enfoncez un peu plus dans le blanc_______ ». Le texte se partage, trouvant à la moitié de son ensemble, une page entière de traits, ainsi striée et dénuée de mots. La réitération de cette page lignée se produit également, dans l’avancement du texte, à la suite d’une « distance ainsi parcourue l’est dans l’absence ». L’effacement, sous sa forme radicale, se produisant au sein d’une même séquence (maïnawa psss), sur une page blanche recto-verso.

 

Dans Littoral, « la chair comme la chose écrite résiste ». Le corps souvent morcelé ou perçu dans le développement de ses gestes et ses rituels, s’inscrit dans une temporalité de la quotidienneté (lever/ coucher, chaque matin/ chaque soir). Il participe à la description sombre d’un « paysage liquéfié », une fin du monde ou « du reste du monde » jusqu’à l’évocation d’un corps mort, criblé, victime. Dans « l’exténuement même », on assiste à la résistance d’un monde, sous les signes de l’écriture et d’un lieu reclus. On songe alors, dans cette nécessaire retraite, à Cabane d’hiver de Fred Griot.

 

Sur un autre axe d’écriture, Champs de lutte développe un travail sur des formes brèves où l’occupation de la page, partielle cette fois, resserre les bords d’une cinquantaine de poèmes, densifiant les énoncés. Si le corps peut être « révolutionnaire », il apparaît dans sa découpe, « chair-viande », et dans son érosion, sa décomposition. L’énumération de ses parties, « des langues des peaux des os » (prégnance des os dans l’ensemble du livre) s’inscrit, tout comme dans Littoral, dans les marques d’une temporalité (« chaque matin »). Le motif du corps s’articule à celui du langage perçu ainsi « matière-corps », la langue comme structure (« charpente »), rugueuse (« du gravier de la langue »). Ou encore fluide. La réitération de mots, dans un lexique relevant du corps et de la destruction, en prise alors avec une thématique du langage, dans les « épaves du signifiant ».

 

Quatre peintures abstraites d’Aaron Clarke – dont on pourra voir les notes d’atelier sur son site -, dans de superbes trouées vertes émergeant de masses sombres, rythment l’ensemble du texte de Franck Doyen. Deux d’entre elles marquent doublement l’ouverture de Champs de lutte, se laissant voir, pour la première, partielle tout d’abord, sur la couverture du livre, par le truchement d’une perforation ronde s’apparentant à un hublot, et que l’on découvre dans son ensemble, après avoir soulevé la couverture. Puis la seconde peinture, à l’introduction même du texte, entre la page de garde et le premier texte. Tâches lumineuses resserrées qui se développent ensuite en marge d’une surface noire, la bordant d’une coulée tranchante, vive, avant de se réduire à quelques îlots verts, dans les deux dernières peintures, trouant la surface craquelée qui pourrait être celle d’un sol.

20 septembre 2007

[livre-chronique] éc’rire, au moment où, de Franck Doyen

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 17:07

fdoyen.jpgFranck Doyen, éc’rire, au moment où, éditions Atelier de l’Agneau, 96 p., ISBN 978-2-930188-36-2, 13 euros. Site des éditions : http://at-agneau.fr/

Un deuxième livre de Franck Doyen, poète « travailleur du lalangues » comme il se définit lui-même, animateur de la revue 22(Montée) des Poètes, édité par l’Atelier de l’Agneau dans un format original, à l’italienne, avec des spirales en guise de reliure, un deuxième livre, une suite, un développement de sa Lettre à ma première bosse au éditions PROPOS/2.

C’est un texte poétique, bien plus dense et profond que le précédent qu’il nous livre ici, une sorte de théorie pratique de l’écriture, divisé en quatres « moments » dont le dernier se veut « définitif« , qui développe dans un rire grinçant et affolé la question de l’écriture, de son inutilité et de sa dérisoire nécessité, de la joie et l’excitation qu’elle procure, tout comme de l’effondrement et la faille qu’elle ouvre en soi irrémédiablement en permanence. Mais loin d’être une réflexion autotélique et narcissique sur le travail d’écriture, loin d’être un texte qui se referme sur lui-même, comme le sont de nombreux textes qui parlent avec complaisance et prétention de cette fâcheuse manie de « tripoter la virgule », Franck Doyen se livre à une réflexion poétique furieusement drôle sur la langue, de cette furie du langage qui s’empare du crâne et du corps, transforme la vie et rend plutôt fou. Mais le rire présent dans ce texte est constamment renversé par l’autre face de Janus, au rictus angoissé, et l’on est pris en même temps dans des oscillations joyeuses et désespérées, d’un désespoir tenace, vaillant et acéré. Le rire étant aussi ce qui permet de ne pas tomber dans un pathos, il est ce qui vrille et fait rebondir, ce qui empêche l’épanchement.
« au moment d’écriture le sentier se rappelle à vous comme une vieille douleur longtemps oubliée qui revient maintenant que voulez-vous c’est l’âge mon bon ami et l’écrire n’arrange pas vraiment si vous empêche d’y penser sérieusement malgré tout vous pourriez éviter aux autres vos petites histoires vous lassez l’auditoire vous trafiquerez votre écriture au gré de la stabilité des plaques »

C’est un livre physique, un livre de combat, qui rend compte du combat que l’on mène contre soi-même dans l’écriture, et surtout comment l’on se débat, avec soi-même et avec le langage. Que faire avec tous ces mots, comment en faire quelque chose qui ne soit pas seulement la trace de notre propre désastre, comment ne pas se vautrer dans le déversement de soi-même ? Car une des questions du livre est bien de savoir ce qui permet de se tenir dans l’écriture, d’aller jusqu’à l’os, de se débrasser de sa couenne …
Et c’est par une langue orale et sonore que Franck Doyen répond à cette question, une langue sans ponctuation, rythmée par des ellipses, des sauts, de côté, en avant, des trépignements, des balbutiements, des accélérations … ; langue aussi trés visuelle, dont le traitement graphique marque la multiplicité des voix, leurs intensités et leurs tonalités, l’auteur se dédoublant, se regardant à distance, du coin de l’oeil, et riant de lui-même, de sa psychologie, se moquant de l’état dans lequel le met l’écriture, de l’état dans lequel il doit se mettre pour écrire, …
Cette exploration des méandres de l’écriture, de la spirale dans laquelle elle enferme le sujet, le dépossède de lui-même et du monde, n’est pas une plongée dans les affres de l’écrivain maudit, posture moquée joyeusement, mais au contraire une tentative de se sortir de l’écriture, par l’écriture elle-même pourtant, qui est à la fois désacralisée tout en possédant une importance vitale. L’auteur sait bien que l’écriture ne le sauvera de rien, « au moment d’écrire mettre à plat que l’écrire rend l’écriture inutile et feriez mieux de vous laver les mains de tout cela aucun secours ». « au moment de l’écrire chercher déséspérement l’accroche la prise pas trop friable qui supportera votre poids et son balancement votre mauvaise humeur chronique et dominicale votre goût pour les gâteaux détiétiques au sésame au moment se tenir éveillé plutôt se dire cela oui plutôt se dire cela que se répéter que chercher ce qui vous tient ainsi vous retient dans cet état à croire que »
Alors pourquoi persister ? Parce que l’acte d’écrire, « l’écrire », est à la fois ce qui permet de se tenir debout, dans le monde et les choses, et ce qui crée le désordre, l’instable, la pourriture, et donc la vie.
« Ã©crire jusqu’à écrire pour ne pas trahir ce que vous savez indénaiblement de vous »/ « croire éternellement avoir des choses à dire et qui plus est des mots pour cela alors qu’au fond on pourrait laisser les chaussettes sécher même de l’archi-duchesse écrire jusqu’au moment de rupture d’avec soi-même jusqu’au moment extrême d’incompréhension »

Cependant, chez Franck Doyen, la poésie ne vaut pas plus qu’un bon concert, ou que le jardinage , « n’est pas plus confiture que l’abricot la pêche le melon ou la framboise ». L’écriture est constamment prise au coeur de la vie, recouverte et déterrée par elle, emmêlée dans toutes sortes de faits et gestes quotidiens, et en même temps c’est elle qui semble aussi couper la vie d’elle-même, la séparer en son milieu, elle en est un versant, sur lequel l’auteur ne sait pas s’il doit se laisser tomber, car qui sait s’il pourra ensuite remonter pour repasser sur celui de la vie. La grande question se pose alors : comment être dans l’écriture et dans la vie ?
En étant dans l’instant, et dans le faire, « Ã©crire, ce « moment où ». En effet, il s’agit plutôt dans ce livre de l’acte d’écrire que l’écriture en tant que telle, comme le dit le titre, et comme il est répété tout le long du livre (« au moment d’écrire » est la phrase qui ouvre presque un paragraphe sur deux), dans quel état est-on lorsqu’on écrit, quel est ce geste, qu’est-ce que cela engage-t-il physiquement, dans le corps, dans l’être ? Comment écrire transforme le corps, la chair, les os ? comment cela transforme-t-il notre position dans le monde ?
« au moment d’écriture gratter la surface de la tête enlever délicatement le dessus de la peau du charnier si peu sous vos pieds soulever des pans entiers d’endémies et d’arbres couchés sur l’écriture c’est pour cela que vous continuez »
« au moment d’écriture tout arrêter se dire que le jour succède au jour et que chaque centimètre d’os le sait que chaque centimètre de peau se ressere déjà se replie comme au froid »
L’écriture est ce geste qui vous fait devenir « dromadaire », « pour la bosse qui vous pousse dans le dos à force de repliure au-dessus des feuilles », c’est ce geste qui vous fend, vous altère, vous décompose en morceaux …
Cette exploration du moment de l’écriture, de ce geste constamment répété, comme un geste sportif ou comme le geste du jardinier, qui ne peut se tenir que dans un perpétuel recommencement, ouvre sur la question de l’immanence dans laquelle l’écriture peut nous faire être. L’écriture pour Franck Doyen serait donc ce moment vibrant, en déséquilibre constant, qui nous ferait nous tenir vivant, palpitant au coeur même de la décomposition qu’elle produit en nous, mais la pourriture étant aussi ferment de vie, c’est dans la destruction même que l’écriture produit que l’on survit.
« cela devrait vous suffire cela devrait si l’écrire pouvait apaiser quoique ce soit se saurait écriture et pourriture donc revenir à cela sans détour mais traverser le propos avec des effets de crépi et petits mouchetés verts et petits mouchetés jaunes et petits mouchetés d’un autre vert vous enfoncer dans la perte ».

3 mai 2007

[livre] Lettre à la première bosse, de Franck Doyen

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — Hortense Gauthier @ 18:45

doyen211.jpgLettre à la première bosse, de Franck Doyen. Editions PROPOS/2, coll. propos à demi. ISBN : 978-2-912144-43-0. 9 euros. 73 pages. Couverture de Claude Yvroud.
4ème de couverture :
DECOR
:

marseile + hôpital + chambre + lit + murs (quatre ou cinq) + fenêtre (une) + blanc + draps + coussin + douleur à la jambe disparue + corbeille + panier + vitres sales + rues bruyantes + architecture assez bordélique ma foi + frites et khébabs + vision apocalyptique d’une prostituée nue courant dans une impasse + pneu + carrelage + carénage + bleu pâle + mistral + tians sales traînant distraitement sur le sol + gabians criards + fenêtre + lit + chambre + hôpital + marseille

Premières impressions :
C’est avec un grand plaisir que nous découvrons le premier livre de Franck Doyen, directeur de la revue 22(M)dp, organisateur de lectures et « activiste de ce lalangues qui nous travaille à notre insu travaille à notre issue ».

Ce petit livre de poésie est composé de 15 lettres qu’un « hypothétique aventurier » écrit à son seul et unique ami, un dromadaire, sur un lit d’hôpital pendant que sa jambe se gangrène. Face ce pourrissement et cette tétanie du corps répond une langue en lutte avec la matière morte, pour créer une langue qui se fait chair vivante, palpitante, crissante, rythmée par un cynisme joyeux. L’écriture ici permet de faire danser la chair, de la revivifier, à travers une poésie physique et légère qui joue avec l’absurde, dont le rire grotesque et halluciné brave les logiques mortifères qui enferment le corps.

« illougan cher illougan
mon corps
bancalé
bancalé trop bien trop
un demi-morceau
et portion de
RE peau muscle nerfs os qui
tout à l’éffrite qui
plus est
tellement moins
bref bref bref
: social : mon corps bancalé »

16 février 2007

[Entretien] Spécial 22(M)DP : entre(2)tiens avec Franck Doyen

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22mdp179.jpgentre(deux)tiens
exclusif et interactif

avec
franck doyen
Devant le nombre incalculable de questions soulevées par la formidable revue “22(Montée)des Poètes” – “22(M)dP” et l’extraordinaire diversité des ses actions/activités, dans notre absolue mensuétude nous avons décidé de proposer à nos lecteurs chéris (notre lecteur chéri ?) un interview exclusif et interactif avec notre Rédacteur en Chef adoré et vénéré, Franck Doyen.
Dans cet entre(deux)tien exclusif, vous pourrez, non seulement choisir vos questions posées à Franck Doyen mais, de plus, choisir les réponses de celui-ci. Votre tendance idéologique, politique, poétique ou sexuelle n’importe guère, faîtes dire à Franck Doyen ce qui plaira le plus à vos lecteurs, à votre directeur, à votre boulangère.

Amorce (soulignez votre choix) :
Après de longues tractations et plusieurs jours de marche nous avons enfin pénétré en territoire…
…rural / rebelle / d’outre-Grosne / poétique / viticole / sportif. Nous sommes arrivés…
…dans une forêt / une vallée / au bord d’une rivière / au lieu-dit La tuilerie d’Ouroux / dans un bar / une clairière / une cave / sur un terrain de tennis.
Là, nous avons trouvé…
…un poète / un emmerdeur / un coureur de fond / un buveur de café / de vin rouge / Franck Doyen.
En plus de mesurer 1,74 m au garrot, Franck Doyen est un homme… …blanc / noir / gris / marron / jaune / rouge / bleu / vert. Il est imberbe comme papa / il a peu de barbe comme papa / il est très barbu comme papa / il a une barbe éparse comme papa, ses yeux sont…
…noirs / marrons / verts / bleus / rouges / jaunes. Il se verse un café / un verre de Chirouble / de Morgon / de Brouilly / un Rhum-coco-gingembre en s’asseyant sur…
…un trône / une chaise / une cuvette de WC / une balançoire / le sol / un canapé
en moleskine / un tabouret de bar / un fauteuil de direction et après avoir…
…salué / menacé / embrassé / demandé l’heure / fait payer l’interview / proféré un chapelet d’injures / idem, mais avec d’autres insultes / baillé,

nous avons commencé l’entretien :
Journaliste (mettez vos initiales ou le nom complet ou celui de quelqu’un d’autre) : Franck Doyen, quelle est votre opinion sur Cuba ?
Franck Doyen : C’est…
…un paradis / une dictature / le ciel / l’enfer / les quatres choses à la fois / aucune de ces choses-là.

(initiales ou non) : Et quelle est votre opinion sur la poésie actuelle ?
F.D. : …mêmes réponses possibles.

(initiales ou non : ça y est vous commencez à comprendre, c’est bien) : Franck doyen, vous dirigez la revue “22(M)dP”, comment avez-vous choisi son nom ?
F.D. : par hasard / par erreur / en hommage à la Section 22 d’Oaxaca / un 22 septembre / j’ai toujours adoré la page 22 (particulièrement à Barjols) / Benoit XVI, c’était déjà pris.

( ) : Depuis quand existe le “22(M)dP” / “IdP éditeur” / depuis quand existez-vous ?
F.D. : Depuis toujours / Depuis le 19 mars 1970 / le 22 septembre 1998 / le 1er avril dernier / le 1er janvier 1994, à l’aube / à l’heure où blanchit la campagne.
( ) : A l’heure du numérique, vous tenez une revue papier. Pourquoi ?
F.D. : J’aime le papier / Je déteste les forêts / C’est quoi le numérique ? / Parce que le papier est un lieu (voir plus loin) / Parce que.

( ) : Franck Doyen, comment rencontrez-vous vos auteurs ?
F.D. : Au bar / au bordel / sur le net
(www.publiezmoisilvousplait.com, ndlr) / dans les grands magasins / dans les salons parisiens / dans les bouchons lyonnais / dans la jungle lacandone / dans les vestiaires / sous la douche.

( ) : Que pensez-vous de la recrudescence des festivals, foires et autres salons ?
F.D. : Il est grand temps que notre société devienne vraiment une société de spectacle / Il est grand temps que notre société devienne vraiment une société de vente / Il est grand temps que notre société devienne vraiment une société de tourisme / Il est grand temps que notre société devienne vraiment une société / une S.A. / une S.A.R.L.

( ) : Que pensez-vous plus particulièrement des nombreuses lectures publiques d’auteurs de poésies contemporaines ?
F.D. : C’est chouette, on se marre bien / une vaste bouffonnerie / une manière agréable d’allier mégalomanie, égocentrisme et onanisme / une nécessité dans la volonté de faire connaître les travaux actuels / une idée tellement contemporaine (et spectaculaire!!) / je préfère de loin les lectes et ures !

( ) : Franck Doyen, selon vous, quel est le support primordial de tout travail de poésie / de poésie sonore / de poésie lyrique / de poésie blanche / de poésie concrète / de poésie révolutionnaire / de poésie numérique / de poésie totale / de poésie totalement totale ?
F.D. : le livre / le disque / l’écran / l’exposition / la situation / la performance / la scène / le tiroir / la poubelle / les chiottes dames / les chiottes messieurs / le support total / le support totalement total.

( ) : Mais vous même et autour de la revue, vous organisez…
…des lectes et ures / des couscous géants / des dégustations de spiruline / des projections vidéo / bals folks / des tournois de tennis / des matchs de water-polo. Pourquoi ?
F.D. : Pour affirmer l’expérience humaine de la spacialité / Pour affirmer l’expérience humaine de la temporalité / pour la prolifération de l’hétérogène / afin d’endiguer la destruction des lieux en tant que lieux (trait pourtant fondamental de l’expérience humaine) / pour me faire des amis / pour me faire des ennemis / pour me faire bien voir / pour me faire inviter à mon tour / pour (re)créer une communauté virtuelle / invisible / temporaire / communautaire.

( ) : Comment parvenez-vous à faire venir des auteurs / rauteurs / mauteurs / plauteurs / etc… aussi talentueux / beaux / intelligents / modestes / souples sur jambes ?
F.D. : Je leur promets d’être publiés / Ils viennent parce qu’ils m’aiment (et je les comprends) / parce que je les paie grassement / par gentillesse / parce que la bouffe est bonne / pour boire un coup (ou plusieurs).

( ) : D’ailleurs, Franck Doyen, en tant qu’auteur / rauteur / etc…, vous courez aussi après les cachets / les filles / les garçons / les engagements / les dégagements / les ballons ronds / les ballons ovales / les petites baballes jaunes fluo…
F.D. : Je tiens à dire pour ma défense (pas chassés + orientation du buste + prise western de coup droit = passing-shot court, croisé et lifté) que j’ai des enfants à nourir / une femme à satisfaire / un chien à battre / et inversement.

( ) : Franck Doyen, après avoir dit les pires choses sur… …le C.N.L. / l’ARALD et la Région Rhône-Alpes / Thierry Renard / les organismes culturels dans leur ensemble, cela certainement par…
…sentiment de supériorité / par aigreur/ par inadvertance, voilà t’y pas que l’association éditrice recommence à… …démarcher ces organismes / faire des dossiers auprès du C.N.L. / traîner du côté de la Maison du Passage à Lyon / toucher des aides grâce à l’ARALD. Est-ce par schizophrénie / opportunisme / par mercantilisme / par erreur ?
F.D. : Je n’ai qu’un mot à dire / que deux mots à dire : merci / merci beaucoup.

( ) : Quels sont les projets du “22(M)dP” pour cette année 2007 ?
Franck Doyen : un site internet / une ligne de lingerie fine / une manifestation d’écritures et d’art contemporains en zone rurale / des lectes et ures à tous les étages / l’isolation du grenier / conduire un entrainement régulier en vue du semi-Marathon du Lac des Sapins / un Marché de la Poésie à Lyon / des parutions régulières (enfin : ndlr).

PS en forme de communiqué aux journaux du monde entier : ceux qui ont (encore) une culture internationaliste ne seront pas surpris d’apprendre que j’ai pompé l’idée de cet entre(deux)tiens interactif, et même une ou deux questions-réponses, à un certain Raphael Sebastiàn Guillén.

31 janvier 2007

[Texte] Spécial 22(M)DP : poésieencours : l’éditoto de Franck Doyen

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22mdp179.jpg22 (Montée) des Poètes, n°47/48 : poésieencours, 126 pages en deux livrets accompagnés d’un DVD de Claude Yvroud, ISSN: 0292-0794. 10 € commande : Franck Doyen / la tuilerie, 69860 Ouroux / revue.22mdp[@]wanadoo.fr


éditoto

ou spiruline for ever
Lecteur(s) bien-aimé(s) et néanmoins adoré(s),
Vous l’aurez tout de suite remarqué (votre oeil alerte et votre souplesse neuronale font toujours merveille) : ce numéro de votre revue préférée, le “22 (Montée) des Poètes” – “22(M)dP” pour les intimes dont vous faites dorénavant partie, est bien particulier. Disparu en effet le bel équilibre entre les “In et Dits”, les “Notes de Lecture” et les “Entre(deux)tiens”, ce corps n°47/48 n’est constitué que de travaux textuels. Ces travaux, regroupés sous l’appellation d’origine à peine contrôlée “poésies en cours” sont en fait issus d’une semaine passée chez Sofia Burns et Karim Blanc qui, du 23 au 30 juillet 2006, et en marge du festival “Voix de la Méditerranée”, nous ont accueillis dans leur atelier “L’Art en cours”, au 13 de la rue Noël Munuera à Lodève.

genèse de poésies en cours :
Pour le 22, il s’agissait de profiter honteusement de l’indécision de certains de ses auteurs qui se demandaient s’ils allaient cette année encore venir applaudir et/ou huer leurs petits copains – programmés, eux, officiellement sur le festival. Pour le 22, il s’agissait aussi de profiter de la présence nécessaire sur le Marché de son stand “lalangues en revues” (25 revues et éditeurs de poésies contemporaines) tentant (assez désespérément d’ailleurs) de combler par là un manque de plus en plus cruel et flagrant de ce côté-ci de la poésie autrement appelée poésies.

De profiter donc aussi, inutile de nier, d’un public acquis à la cause poétique le temps du festival, de le détourner de soirées plutôt show-biz censées faire rentrer suffisamment d’argent pour la pérennité des “Voix”, et donc de lui proposer, à ce public chéri, d’autres travaux – d’auteurs de la revue et donc forcément géniaux, beaux, intelligents, talentueux et souples sur jambes. Voilà : ça c’était l’idée de base : proposer un rendez-vous tous les soirs: même lieu, même heure, même combat ou presque : avec des travaux évolutifs, pouvant rebondir d’un soir sur l’autre (des works in week progress, donc et à peu près).

tentatives de définition de poésies en cours :
Le risque était grand évidemment de ne présenter qu’une scène de plus : un genre de truc un peu Off et donc, au bout du compte, assez In – le In et le Off constituant les deux branches du même arbre appelé Spectacle . Or, et vous commencez peut-être à le comprendre, il s’agissait bien d’une tentative d’autre chose. Un autre chose qui éviterait déjà la rectitude (et l’emmerdement qui va avec) de la plupart des lectures de poésies qui fleurissent un peu partout en notre beau pays. D’ailleurs peut-être serait-il souhaitable de se poser sérieusement la question et je vous la pose : Le système spectaculaire (scène / public ou table+bouteilled’eau+micro / rangées de chaises) est-il judicieux en matière poésies ? Si oui, dans quel(s) cas ? Développez, je ramasse les copies à la fin de l’heure.
Enfin, et puisqu’il s’agissait vraiment d’autre chose, mais de ce genre de quelque chose plus difficile à définir après qu’avant, cette semaine assez folle a bien pris les allures d’une semaine de résidence collective. Permettant en actes l’émergence de pratiques d’écritures (écrits et ures, donc) en relation même avec le texte en élaboration, en relation même avec son lieu d’énonciation(s) et avec le public.

22(m)dp + art en cours = poésies en cours :
Ce corps 47 “poésies en cours” est donc constitué des textes qui ont vécu et fait vivre cette semaine. Pas tous les textes – à regret, l’extensibilité de la revue ne le permettant pas – ni tous les auteurs, car il a bien fallu se concentrer sur ceux qui ont traversé de part en part cette semaine et/ou dont le projet d’écriture en a été modifié substanciellement. Alors remercions tout de même tous les auteurs qui nous ont fait confiance et nous ont rejoints dans cette aventure qui laissera de belles séquelles chez tous et dans la revue. Et, bien qu’ils soient absents de ces pages, nous n’oublions pas Wianney Qolltan’, Didier Bourda, Sylvie Nève, Jean Azarel, Béatrice Brérot, Raf Sarfati, Rébéka’s, Châane, François Sion.
A cela et en guise d’étrennes, nous avons inclu à ce numéro déjà dense des travaux vidéos de Claude Yvroud construits à partir de séquences filmées durant cette semaine (dvd “lodève 2006”).

Enfin, tout ce travail d’émergence textuelle (écrits / lectes et ures) n’aurait pas été possible sans l’accueil formidable que nous a réservé “L’Art en cours”. Un type d’accueil qu’on ne croyait plus possible (vous savez, ma bonne dame, de nos jours). D’autant plus que Karim et Sofia ont déjà fédérer et fidéliser autour de leur lieu un public d’une grande qualité de présence et d’écoute (qui n’était pas, contrairement à ce que j’ai laissé entendre plus haut, particulièrement acquis à la cause poésies).
Il y a fort à parier que “L’Art en cours”, qui venait d’ouvrir alors ses portes, va devenir très vite un lieu important dans l’activité culturelle de Lodève et dans la vie quotidienne de ses habitants – et c’est bien tout le mal qu’on leur souhaite. Car il aura certainement fallu beaucoup de patience, d’ouverture, de gentillesse, de café, de rhum et de spiruline à Sofia, Karim, Elodie, Charlotte, Perrine et les autres pour nous supporter du matin au soir – et même parfois du soir au matin. Merci donc à tous et à toutes.

Franck Doyen

29 janvier 2007

[Revue] n°47-48 22 (MdP) : poésieencours

22mdp179.jpgComme nous l’avions dit, au mois d’aout [ici], le festival de Lodève, en 2006, a vu une très belle expérience se faire : le off organisé par 22 (Montée) des poètes et la galerie art en cours, à savoir respectivement Franck Doyen et Sofia Burns/Karim Blanc. Pour marquer ce moment, Franck Doyen vient de consacrer un double numérode 22 (M)DP poésieencours, qui témoigne de cette semaine de lectures quotidiennes dans cette galerie de Lodève, devenue pour cette occasion un véritable laboratoire de poésies contemporaines, où de très nombreuses rencontres entre auteurs ont eu lieu.
Ce numéro de 22 (M)DP, n’est pas seulement la réunion de textes, mais il redonne aussi la joie créatrice qui caractérisa ces instants. C’est pourquoi ce numéro est vraiment incontournable.
22 (Montée) des Poètes, n°47/48 : poésieencours, 126 pages en deux livrets accompagnés d’un DVD de Claude Yvroud, ISSN: 0292-0794. 10 €
commande : Franck Doyen / la tuilerie, 69860 Ouroux / revue.22mdp[@]wanadoo.fr

Sommaire :
Livret 1 : Editoto de Franck Doyen, Questions pour un poète de Claude Yvroud, Combinations d’Hortense Gauthier, Coupe Gorge et À l’orée des villes de Sébastien Lespinasse, Barnaba [extrait] de Marie Delvigne, Bouche cousue d’Edith Azam, Corpus Delicti de Claude Favre et le DVD « Lodève 2006 » de Claude Yvroud.
Livret 2 : Entre(2)tiens avec Franck Doyen, Capital-Hôpital de Christian Malaurie, Ultimatum de A_K_S [Agence_Konflict_SysTM], Humaine et corrigée de Rachel Defay-Liautard, Ma vie d’après (chantier) d’André Gache, Wasschwing maschwing et zoofolies (air pariétal) de Stéphane Deloy.

31 octobre 2006

[Texte] Salons-nous de Franck Doyen

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vous placez la tête au sommet du crâne et regardez défiler non sans une certaine appréhension voire même une appréhension certaine ce que vous laissez derrière vous et vos pas derrière le cul du train dont le bruit n’est pas sans rappeler celui des pales d’hélicoptère en langue chiapanèque des pylônes de bosquets d’arbres de longues étendues plates et vertes de longues femmes plates aussi mais ouvertes quelques flèches bleues quelques lignes blanches quand sur chaque paysage informe la moindre parcelle de blé porte une étiquette comme s’il s’agissait encore là et ici et maintenant de la nécessité de dire ou de montrer ou de se rendre pieds et poings mais faudrait pas exagérer tout de même que la furtivité des territoires est un jeu de l’esprit bien qu’elle prenne aisément le pas sur l’accumulation des différentes couches sédimentaires qui reposent pourtant sur un nombre assez considérable de concepts malgré lesquels notez aussi l’apparition de nouvelles drogues sur les campus et entre les barres d’immeubles vous semblez toujours prêt pour le combat malgré tout et malgré l’assaut qui se dessine et malgré cette guerre-ci qui pointe sous de bonnes résolutions intenables et vous penseriez un jour avoir de la place dans votre vie d’écritures pour l’intervalle mais pour l’instant juste retrouver les cadavres de petits oiseaux saignants et de combattants et de footballeurs se mangeant les genoux sans escale et vers leur propre affranchissement

vous placez la tête au sommet du crâne et situez bien tout cela et pourtant n’avez fait aucune réserve ni vivre + ni munition + ni cahier + ni crayon vous sentez bien devant cette lente descente vers le chaos sentez bien tout cela arrive et se place et s’informe et se déplace et si besoin se cale le long des grands murs blancs avec de la brume dans le fond une brume qui erre entre les livres autrement appelés revues jonchant de petites tables blanches et qui tendent si bien à dissimuler si mal les grands débats internationaux sur les sanctions applicables aux petits pays sur la défensive

vous placez la tête au sommet du crâne bien que vous sachiez pertinemment tout cela bonne bien bonne rigolade autour d’un verre ou deux (morgon + cacahouètes + chips + olives) bien que vous sachiez avoir la tête plus dans les talons plus entre les doigts de pieds que derrière la table ou assis sur une chaise ou derrière un micro ou entre les jambes d’une femme

ous placez la tête au sommet du crâne vous qui résistiez si bien à la tentation vous qui regardiez les visages et les corps maniabilité des extrémités avant et après l’heure de l’apéro + agencement des cheveux en contre-point des pieds + balancement outrancier ou non des hanches + situation des jambes au moment juste où la conversation glisse lentement vers le scabreux comme s’il fallait s’y reconnaître et s’il fallait s’y reconnaître alors on pourrait construire tout un tas de relations belles très très et qui permettraient un quelque chose d’extraordinaire un quelque chose de formidable et de fort un font uni et de libertaire et de communautaire un quelque chose peut-être tiens oui de l’ordre de l’écrire dans l’écriture sous les grands arbres il s’agirait alors de nous sauver et de sauver ce qui peut l’être avant que tout spectacle nous prenne à savoir que chaque chose dite ou lue ou dite et lue chaque signe chaque image chaque bruissement de lèvres nous spectaculent mais oui mademoiselle monsieur nous spectaculent mais sans la douceur et l’humidité nécessaires à ces longues promenades en automne et en forêt

4 avril 2006

un entre(deux)tien avec Maïté Kessler de la revue Broch# par Franck Doyen

Filed under: entretiens — Étiquettes : , , — franck doyen @ 4:58

Dans le cadre du partenariat avec 22 (Montée) des poètes, nous publions l’entretien qu’a consacré Franck Doyen à Maïté Kessler dans le n°46

22(M)dP : « Maïté Kessler, depuis quand existe broch. # ? Et quelles y sont vos intentions?
Maïté Kessler : Ce projet est né en septembre 2004 et, au départ, je voulais faire quelque chose d’informatif surtout ( d’où la matière de la revue : photocop’, noir & blanc, de simples agrafes, du A4, brut de décoffrage !). Le rythme de publication idéal aurait été celui des semestres universitaires. Comme un enseignant, j’aurais fourni la matière première première, au lecteur ensuite de faire son travail, comme l’étudiant « traduit » les polycopes qu’il reçoit quotidiennement. L’autre chose importante dans ce projet est d’essayer de mixer : des auteurs connus, d’autres moins, d’autre nullement ; et mixer les médias, le texte et l’image notamment.
22(M)dP : Comment diffusez-vous broch. # ?
Maïté Kessler : Je n’arrive pas à prendre le temps et à m’organiser mieux pour la diffuser davantage. Il faut que cela change ! Pour l’instant je profite des événements existant comme le Salon des Revues, le Printemps des Poètes, etc, pour la diffuser, mais je dois arranger cela. Une autre chose intéressante était sa présentation lors du festival vidéo au Centre d’Art Contemporain d’Hérouville Saint-Clair. Hors contexte ou en tous cas confrontée à d’autres média, elle prenait une dimension toute autre, enrichissante ; telle un virus qui arrive à pénétrer plusieurs corps, à s’étendre à plusieurs champs. Et voilà d’ailleurs le texte qui accompagnait les brochures, imprimé en parallèle :
«Riche d’un ôte-agrafes horizontal, de plusieurs chargeurs de documents automatiques & manuels, d’une agrafeuse intégrée, exécutant plus de 50 photocopies à la minute, autant de recto/verso s’il le faut, le copieur Océ 3165 est le partenaire idéal des structures, petites ou grandes, dont le but est d’informer et de diffuser largement et pour un moindre coût tout type de connaissance.Riche de personnalités du monde de l’art, de personnalités évoluant dans des univers poétique et de boucherie, d’une extrême rigidité ou d’une souplesse sans bornes, doté d’un militaire, d’une pâtissière, d’un électricien, …, mon carnet d’adresse est mon partenaire idéal lors des moments de grande lassitude que je connais en ne fréquentant qu’un seul et même corps, ne labourant qu’un seul et même champ.Fatiguée de tourner en rond et, tel un mixeur Bosch, j’ai à élaborer un plat homogène, un tout, un même où se rencontrent mineurs & majeurs, bons, bruts, et truands, chacun restant bien dans son camp à tout prix; car c’est dans ce Même composé d’individus autonomes que vont se créer les différences qui en feront la richesse.Le résultat étant à la hauteur des moyens investis.»
22(M)dP : Vous souhaitez passer du support papier à l’événementiel. Où en êtes-vous?
Maïté Kessler : J’ai réussi pour le premier n° à organiser dans un atelier à Paris une soirée avec quelques participants, uniquement parisiens. Mais la chose devient compliquée ensuite lorsqu’il s’agit de faire venir des gens de province et de leur financer au moins leurs déplacements, logements, etc… Quand je reste seule à travailler là-dessus sans m’organiser pour recevoir des subventions; chose à laquelle je pense sans pour autant prendre le temps d’y travailler encore.
22(M)dP : Comment rencontrez-vous vos auteurs (et récipoquement) ?
Maïté Kessler : Les participants à la brochure font parti de mes environnements sonore,
visuel et gustatif. Il s’agit de personnes rencontrées lors de manifestations de poésie, d’expositions pour la plupart ; d’autres, trouvées en chemin pendant mes 6 années passées dans des écoles des Beaux-Arts ; des autres encore, vus, lus & entendus, sur disque & sur papier auxquelles j’ai dans un second temps envoyées des propositions de participations, comme celle-ci, à Serge Pey :
« Bonjour,
Nous ne nous sommes jamais parlé de vive voix mais je vous avais dejà ecrit il y a quelques années, pour un projet de bras de fer, d’un répertoire de poète ; je fabrique aujourd’hui une brochure en photocopie à laquelle a participé Georges Hassoméris ; il me semble qu’il vous l’a montré au dernier Marché de la Poésie, place Saint-Sulpice. Et je vous envoie aujourd’hui ce mail pour
1 – vous demander une adresse postale à laquelle vous envoyer un exemplaire
2 – vous proposer de participer au n° 3, cet automne.
J’espère que cela vous ira.
Maïté Kessler »
22(M)dP : Pouvez-vous nous en dire plus sur le prochain broch# (numéro 2 ettroisième du nom) ?
Maïté Kessler : Dans le troisième numéro, très en retard, il y a plusieurs éléments nouveaux : Laurence Dénimal, éditée chez Al Dante et rencontrée au Salon des Revues par l’intermédiaire de Georges Hassoméris ; Serge Pey donc, et une personne complètement extérieure aux autres, rencontrée ni dans un salon ni dans un festival mais lors d’un goûter et autour d’un verre de vin un dimanche après-midi, Jérôme Laperruque, musicien et auteur d’une chronique dans le magasine Chronicart, qui ne connait pas les autres participants, et la réciprocité doit pouvoir se vérifier. Je me dis qu’il participe bien à la richesse de l’ensemble, par sa nature d’étranger à tout cela ; ou peut-être pas et, cela ne réside peut-être qu’uniquement dans mon fantasme d’arriver à une mixité totale et assumée et perceptible.
22(M)dP : Avez-vous de l’événementiel en prévision pour 2006 ?
Maïté Kessler : Toujours cette volonté d’organiser quelque chose dans les locaux de l’Université de la Sorbonne; un possible qui engendrerait sans doute une confrontation intéressante entre le public et les auteurs. D’autres endroits seraient évidemment accessibles mais, comme je l’ai dis plus haut, je dois d’abord me résoudre à trouver les moyens financiers pour le faire au mieux.
Voilà. »

28 mars 2006

[Chronique] Manuel de prostitution sociale, par Franck Doyen

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , — franck doyen @ 7:13

Petit Manuel de Prostitution Sociale
(à l’usage des travailleur précaires)
éd. Terre Noire, 2 rue E.Millaud, 69004 Lyon, 68 pages, 4 €. www.chez.com/terrenoire
[partenariat Libr-critique et 22(Montée) des poètes]

Fuir fuir les livres glacés genoux dos carré collé sinon t’auras pas ta subvention plein le dos pas très carré les cervicales pas très calées des rayons bien léchés bien rangés des bouquins pas beaux pour de vrai pas cornés pas tripatouillés fuir fuir tout ceux-là cela et entrer au Grand Guignol rue de Sergent Blandan en bas des pentes à Lyon avec Loïc et Marco et réciproquement en total amateurs de bières vins rouges et librairie débordante de rayons de bouquins partout sur la tête alouette au plafond un jour des bouquins vrais de vrais tout à bouffer du bouquin pas galette galette mais disque compact et vinyle aussi et puis toujours un quelque chose en soirée.
Découvertes toujours dans les rayons toujours quelques de poésie + poésie + poésie = poésies tomber dessus entre debord hubaud molnar surya heidegger tomber sur ce « Petit Manuel de Prostitution Sociale (à l’usage des travailleurs précaires) », je n’ai pu que me jeter avidement dessus, non sans oublier de piétiner rageusement au passage mon prochain – concurrent à cette acquisition formidable.

« Petit Manuel de Prostitution Sociale (à l’usage des travailleurs précaires)» est publié par les lyonnais de Terre Noire, plutôt porté vers la BD indépendante/alternative, et chez qui il faut sérieusement aller voir creuser : ainsi dernièrement les deux très beaux ouvrages, faisant suite à un voyage au Vietnam, de Valérie Berge (« Vertiges & Nausées ») et Lionel Tran (« Cahier du Vietnam »).
Notons d’ailleurs de suite que ce petit manuel ne coûte que 3,50 euros et fait partie de la collection NO PRESENT (handmade by unemployed people) dans laquelle on trouvera aussi «Autobiographie» de Bernard Monti ou encore « Chronique de la guerre économique ».
Grinçant absolu savoureux désespéré et rant le « Petit Manuel de Prostitution Sociale (à l’usage des travailleurs précaires) » vous emmènera là où vous n’auriez jamais cru aller : en plein retords de l’humain, cet être dit social tant que l’on peut exploiter l’autre. Une introduction (à sec) dans la nécessité qu’est le travail précaire pour notre bonne si bonne société industrielle, mais non plus sans concession pour le travailleur précaire lui-même. Grinçant absolu savoureux désespéré et rant, allez-y c’est du bon bien en bouche en cuisse et goût poivré derrière le fruit du gouleillant raclures et l’après-fut avec coup de bambou inattendu derrière les oreilles.
Des pages très visuelles rayées de codes barres nous promenant de « envie sourde. / irrationnelle. / incontrôlable. / crever leurs yeux. » à « s’ouvrir les veines / se trancher la gorge. / s’immoler. / « allez remue-toi un peu ». De « au début, on se dit que ça se passera bien » à « chairs mortes. / espoirs désintégrés. / viande froide. / en sursis. / d’autres feront la même chose. / / finir comme une merde. / sur le trottoir. »
En pages de sortie, ce manuel nous propose quelques conseils pratiques de survie absolument indispensables :
« ne vous dites plus ça va aller : répétez-vous j’en ai assez. / Ne pensez plus j’ai tout raté, dites-vous je me fais baiser. / remplacez progressivement le sentiment de culpabilité par la colère. / Vous avez des capacités : luttez »

2 février 2006

[revue] Talkie-Walkie n°1, par Franck Doyen

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , , — franck doyen @ 13:36

Franck Doyen

Editions Trame-Ouest — 2005— 6€
site Talkie-Walkie
partenariat Libr&critique et 22(Montée) des poètes

Alors que sort ces jours-ci, le n°2 de la revue Talkie-Walkie, nous mettons en ligne, suite à la proposition de Franck Doyen, l’article qu’il avait rédigé dans 22 (Montée) des poètes (n°45), à propos du n°1. Découvrez le sommaire du n°2 et les publications on line de T_W [site T_W]

Éditée par les éditions Trame-Ouest de Philippe Boisnard, la toute nouvelle revue Talkie-Walkie vient de tomber dans les bacs et sur les téléscripteurs du paysage multitransdirectionnel et archétypectonique des tentatives revuistes.

C’est Hortense Gauthier et Juliette Decroix qui tiennent la barre et y assurent la direction assez triple. En effet, s’il s’agit bien d’une capsule / bouée / sac / trousse / bouteille / pneumatique / canot de « survie cognitive en milieu hostile » (A_K_S), celle-ci (de survie) reposera sur tois axes : le poétique, le politique et le pop. Tentative donc de mise en convergence et en synergie de la radicalité et du jeu dans le champ poétique. Energies politiques et impacts pop – la réciproque se devant d’être tout autant valable.

De plus dès sa naissance, Talkie-Walkie se veut une « plate-forme multimodale » : à la fois une revue pouvant s’afficher, un site internet, une carte poétique postale, un sticker. Détournant et s’appropriant par là les supports usuellement réservés à la publicité.

Bon alors, vous allez me dire, c’est bien joli tout cela ce sont de bien beaux mots, mais dans le dedans de la trousse, après le zip, mais sous le dessous, après le retournement de la peau, il y a du qui-que-quoi dont-où : et bien Christophe Fiat, Sylvain Courtoux, Philippe Castellin, Vannina Maestri, Joachim Montessuis, Franck Laroze et Philippe Boisnard. Donc, pour ronchonner, on pourrait dire qu’il y a peu de surprise quant au choix des auteurs. Dans quelques numéros, on verrra certainement des apparitions plus étonnantes.

Cependant les travaux sont d’une réelle qualité et tout à fait inédits. Ainsi l’affiche sur papier calque de Philippe Boisnard est particulièrement réussie, dérivant le tryptique regard / visage / écriture (« l’écriture fait partie des traits d’expressio du visage ») ; de même le texte de Sylvain Courtoux, Nihil Inc._3, qui trouve une formidable extension sur le site internet de Talkie-Walkie, fait preuve de l’épaisseur du travail de celui-ci. Le plus pop de cette transmission est au demeurant Franck Laroze avec sa ballade en Préservation – Sécurité – Avenir : ou comment passer d’un « Ensemble de Préservation pour la sécurité de l’avenir » à un « Ensemble d’ignorance pour la venir de la préservation » à un « Ensemble de destruction de la préservation de l’avenir » à l’ « Avenir d’ensemble pour la préservation de l’oubli ».

En dessert, une carte postale de Akenaton en forme de persistance rétinienne et un sticker signé des directrices de publication qui sera du plus bel effet collé sur votre frigo, sur le cul de votre 2CV, ou encore sur le front de votre facteur : « un réseau de communication homogène n’existe pas, les terrains sont toujours accidentés ».

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