Libr-critique

10 juin 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier jour du 36e Marché de la poésie, tout d’abord le Libr-20 des volumes (dont une revue) de/sur la poésie ; suivent quatre Libr-événements : RV autour de Bernard Noël et de Laurent Grisel à Paris, avec Griot/Manon dans la région parisienne, sans oublier Poésie civile #15…

Poésie : en ce dernier semestre, LC a reçu, a lu et recommande

♦ Olivier Penot-Lacassagne dir., Beat Generation. L’Inservitude volontaire, CNRS éditions, 2018, 392 pages, 25 €.

REV(u)E : 17, Un thé chez les fous, 2018, 230 pages, 30 €. [Un superbe collectif, avec pour exergue : "Tous ceux qui manquent d’imagination se réfugient dans la réalité"]

♦ Nikola Akileus, Éreintique, éditions Vermifuge, hiver 2017-2018, 140 pages, 15 €.

♦ Édith Azam, Le Temps si long, éditions Atelier de l’Agneau, Limoges, printemps 2018, 78 pages, 15 €.

♦ Gilles Bonnet, Pour une poétique numérique, Hermann, hiver 2017, 376 pages,  €. [Essai très stimulant !]

♦ Didier Bourda, Galerie montagnaise, Lanskine, 2018, 152 pages, 14 €.

♦ Patrick Bouvet, Trip machine, éditions de l’Attente, automne 2017, 132 pages,14 €.

♦ Sophie Coiffier, Paysage zéro, éditions de l’Attente, automne 2017, 144 pages, 14 €.

♦ Bernard Desportes, Le Cri muet, Al Manar, printemps 2018, 96 pages, 18 €.

♦ Dominique Fourcade, Improvisations et arrangements, P.O.L, mai 2018, 464 pages, 24 €.

♦ Emmanuel Hocquard, Le Cours de Pise, édition établie par David Lespiau, P.O.L, mars 2018, 624 pages, 23,90 €.

♦ Christine Jeanney, Yono Oko dans le texte, Publie.net, 2018, 176 pages, 16 €.

♦ Christophe Manon (avec Frédéric D. Oberland), Jours redoutables , Les Inaperçus, 2017, 72 pages, 14 €.

♦ Christophe Manon, Vie & opinions de Gottfried Gröll, Dernier Télégramme, hiver 2017-2018, 120 pages, 13 €.

♦ Véronique Pittolo, Monomère & maxiplace, éditions de l’Attente, automne 2017, 104 pages, 11 €.

♦ Daniel Pozner, À Lurelure, PROPOS2 éditions, 2017, 114 pages, 13 €.

♦ Dominique Quélen, Revers, Flammarion, 2018, 124 pages, 16 €.

♦ Olivier Quintyn, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €. [Essentiel pour qui veut comprendre la poésie contemporaine]

♦ François Rannou, La Pierre à 3 visages (d’Irlande), Lanskine, printemps 2018, 48 pages, 12 €.

♦ Pierre Vinclair, Terre inculte. Penser dans l’illisible : The Waste Land, Hermann, 2018, 204 pages, 22 €. [Une réflexion fondamentale sur l’illisibilité poétique à partir du célèbre poème de T. S. Eliot]

Libr-événements

â–º Lundi 11 juin 2018, Maison de la poésie Paris, 20H : Carte blanche à Bernard Noël. Avec Bernard Noël, Jean-Luc Bayard, Léonard Novarina-Parant, Jean-Luc Parant, Laurine Rousselet & Esther Tellermann.

Né en 1930, Bernard Noël signe son premier livre Les Yeux chimères, en 1953 et en 1958, Extraits du corps. Ce n’est que dix ans plus tard qu’il publie son troisième ouvrage, La Face de silenc. La publication de ces poèmes lui ouvre alors les portes de l’édition où il travaille comme lecteur, correcteur et traducteur.  À partir de 1971, Bernard Noël prend la décision de se consacrer entièrement à l’écriture. Il compose ainsi une œuvre majeure, (…)

â–º Climats de Laurent Grisel a été écrit sur une proposition de Cécile Wajsbrot, de janvier 2014, bien avant que la future « COP21 » de novembre-décembre fasse parler d’elle, à octobre 2015, et ses lecteurs eurent et ont de quoi déchiffrer le théâtre de cet accord international. Mais ce poème, cette épopée, vient de plus loin et va au-delà, ses  héros sont des ouragans, des peuples en lutte, des arbres, des scientifiques qui brisent les conventions de la décence académique, des montagnes et leurs glaciers, des galaxies, des paysans et des semences libres… 

La comédienne, diseuse, musicienne et chanteuse Anna Desreaux en donne son interprétation, qui est forte et belle, au café-théâtre de La Vieille Grille lundi prochain : le lundi 11 juin à 20h30, 1, rue du Puits de l’ermite 75005 PARIS / Métro Monge [Il est important de réserver au 01 47 07 22 11. Vous trouverez toutes sortes d’informations pratiques sur le site du lieu : https://www.vieillegrille.fr/tiki-view_articles.php?topic=13]

â–º Lundi 18 juin à 19H30, DOC (26, rue du docteur Potain 75019 Paris), Poésie civile #15 : où ça avance…

â–º Vendredi 22 juin à 20H, Parc de Rentilly (1 rue de l’étang 77600 Bussy-Saint-Martin) : Griot/Manon.

25 avril 2018

[Chronique] François Rannou, élémentaire (extrait)

Nous remercions François Rannou de nous avoir donné à publier sur le net un extrait de sa "lettre sur la poésie", parue en 2013 aux éditions La Termitière sous le titre d’élémentaire. [On pourra lire sur Libr-critique le dossier consacré à François Rannou, et en particulier l’entretien qu’il nous a donné : "Déplacements poétiques de François Rannou"]

Poète veut dire : se trouver dans une position irréductible à tout discours religieux, scientifique, politique (donc économique), parce qu’à la confluence de tous ces discours comme un étranger — qui en connaît parfaitement la langue mais dont la particularité est le souci « que l’expression vienne avant la pensée ». Comme le dit Francis Ponge, « il faut saisir l’expression avant qu’elle se transforme en mots ou en phrases ».
Il s’agit pour lui d’éviter le piège des mots remâchés, des pensées préfabriquées — paroles préparées, langage servile. C’est bien sûr celui que véhiculent les discours qui calfeutrent, ordonnent, cherchent à « arranger les choses » alors même, insiste Ponge, qu’ « il faut que les choses vous dérangent. Il s’agit qu’elles vous obligent à sortir du ronron ; il n’y a que cela d’intéressant parce qu’il n’y a que cela qui puisse faire progresser l’esprit » ("Tentative orale", in Méthodes, 1971).
Ainsi, me semble-t-il, tout poète se positionne — par rapport aux savoirs que portent tous les discours de maîtrise ou d’enseignement (sur l’homme, sur le réel) et au pouvoir qu’ils impliquent — d’une manière insolite. Il les capte et les traverse, les fait éclater de l’intérieur dans un mouvement de dépense dont son travail rend lisible les traits. Loin de capitaliser les savoirs, il les met à nu, il les disperse pour mieux les faire essaimer. Au vif du courant, debout, il soulève les pierres et les mots, sent le nerf du temps contradictoire. L’envers d’écrire (c’est le titre d’un livre de Dominique Grandmont) est le point de tension dont le timbre sonore résonne dans sa voix, dans son corps. De ce fait, quand on examine le rôle que notre société actuellement assigne aux pratiquants du savoir et de la culture (qui se confond, n’est-ce pas, de plus en plus dorénavant avec ce qu’on appelle les médias), le poète refuse de jouer le jeu, d’être à la place qu’on lui a réservée. C’est en ce sens que Ponge refuse l’étiquette de poète car sa « conception de la poésie active (…) est absolument contraire à celle qui est généralement admise, à la poésie considérée comme une effusion simplement subjective (…) » (Entretiens avec Philippe Sollers, 1970).

12 avril 2018

[Livre] Lettre de François Rannou à André Marcowicz à propos de L’Appartement

André Marcowicz, L’Appartement, photographies de Bérangère Jannelle, éditions Inculte/Dernière Marge, mars 2018, 157 pages, 16,90 €, ISBN : 979-10-95086-67-3.

 

Cher André,

 

terminé de lire ton "Appartement" et voici :

d’abord je ne connais pas ton travail de traducteur, je veux dire, il faudrait ne pas connaître ton travail de traducteur…

parce que tu en parles, tu nous dis que tu traduis bien sûr mais c’est une traduction bien plus essentielle et ombreuse qui est en jeuet là évidemment je pense aussi à une sorte d’être humain seul qui traduirait pour lui, pour exister, pour ne pas perdre pied, personne ne le saurait et c’est un peu au fond comme si ton travail visible, audible, il faisait comprendre aussi tout cet impossible à dire et à vivre qui se tapit sous tes voix… alors je comprends mieux…

Oui, à la fin, tu traduis la voix de cette femme qui vivait dans cet appartement que tu as voulu racheter à Pétersbourg… tu traduis "sa" voix… mais surtout c’est en français une belle voix, qu’on entend : récit, en vers, décasyllabe (plus vieux vers), une épopée, intime, et ça tourne autour du 10, et c’est remué, brinquebalé par ce qui pousse sous la langue, fait que l’accentuation de ta voix dans la voix essaie de se forger un rythme et puis c’est une longue phrase, seule longue phrase infinie, ça veut dire que ta phrase dans l’absolu, elle ne peut pas s’achever, elle continue à vivre une fois le livre fini, c’est une parole qui dit, pense, médite, songe, reprend, s’oublie, s’épanouit, s’écoule, se vivifie, se retrouve dans le puits de toute parole…

Et c’est la confluence (j’aime ce mot tu sais bien, Quimper, lieu de confluence, et qu’un père, moi qui en ai eu deux sans en avoir aucun) de ton russe, dont tu as reconnu toi-même l’héritage et de ta langue française travaillée par ça… et ça revivifie et ouvre la poésie française à ce qu’elle ne sait pas, comme si le passé et le plus extrême vivant du monde et de soi se trouvaient réunis l’air de rien, parce que l’air qu’on respire, on ne sait jamais qu’on le respire : il est là et on vit…

 

Et les voix des autres sont aussi ta voix, le poème des autres est aussi ton poème…

Je te lis et je vois tes gestes et l’appartement et ton ami oublié, comment vous vous êtes perdus, l’un l’autre, et le temps qui passe et se resserre, oui, tout cela sans pathos avec une sorte de confession libre pour mieux prendre une photo de sa vie mais une photo mouvante et sans maîtrise…

Alors même qu’on voudrait cette maîtrise, on voudrait comprendre mais il n’y a rien à comprendre…

 

Il y a des moments comme ça où la lumière est plus forte et crue, alors ton livre comme une respiration bienvenue,

m’accompagnant comme présence amicale et forte,

François Rannou

 

4 mars 2018

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de mars, RV avec deux festivals importants, EXPOÉSIE + "Camouflages" (organisé par Pan! à Limoges)… Mais tout d’abord, l’agenda printanier de Christian Prigent… Mais aussi : Mathieu Brosseau, Sandra Moussempès, François Rannou…

AGENDA printanier de Christian PRIGENT

â–º À lire, de Christian PRIGENT : "Sonnets Les Mâtines", revue Catastrophes ; "La Poésie sur place" (entretien avec Olivier Penot-Lacassagne), dans Olivier Penot-Lacassagne & Gaëlle Théval dir., Poésie & performance, éditions Cécile Defaut, février 2018, p. 175-187.

â–º A Dunkerque : le dimanche 18 mars, à 15 h, à lmoussema Halle aux Sucres, route du Quai Freycinet, Dunkerque (03 28 64 60 63). Lecture, avec Vanda Benes. Dans le cadre des « Dimanches des Arts Urbains ». www.halleauxsucres.fr  

â–º A Strasbourg : le vendredi 23 mars, à 17 h, à la librairie Kleber, 1, rue des Francs-Bourgeois, Strasbourg. Autour de Chino aime le sport (P.O.L, 2017). Lecture et discussion. Avec Vanda Benes. Dans le cadre du festival POEMA (03 83 25 26 45, cieescalier@free.fr)

â–º A Paris : le samedi 24 mars, à 17 h, à la bibliothèque universitaire Sainte-Barbe, 4 rue Vallette, 75005-Paris (01 56 81 76 00.) Lecture et discussion. Avec Vanda Benes. Dans le cadre de « La Poésie au corps ». Réservations : bsb-invit@liste.univ-paris3.fr

â–º A Binic : le samedi 31 mars et le dimanche 1er avril, au Festival « Les Escales », 2 Quai de Courcy, 22520-Binic (secretariatdesescales@gmail.com). Signature, lecture, discussion.

â–º A Paris : le samedi 07 avril, à 18 h, à la Maison de la Poésie de Paris, 157 Rue Saint-Martin, 75003 Paris (01 44 54 53 00). Autour de Christian Prigent, Trou(v)er sa langue, actes du colloque de Cerisy « Christian Prigent ». Table ronde avec Alain Frontier, Bénédicte Gorrillot, Christophe Kantcheff, Fabrice Thumerel. Lectures avec Vanda Benes et Charles Pennequin. Réservation : www.maisondelapoesieparis.com

 

â–º A Caen : le samedi 14 avril à 17 h, à l’Artothèque, Palais Ducal, Impasse Duc Rollon, 14000-Caen (02 31 85 69 73). Lecture et discussion. Avec Vanda Benes.

Libr-événements

â–º Du 7 au 24 mars 2018, 17e Festival EXPOÉSIE à Périgueux, dont vous trouverez ci-dessous l’essentiel du programme. Pour plus d’infos : ici.

07/03/2018
11 h 30
Lecture de Tita Reut
Librairie les Ruelles, Périgueux
07/03/2018
14 h 00
Cinéma jeune public : « Paul Éluard – 13 films-poèmes »
Cap Cinéma, Périgueux
07/03/2018
18 h 30
Conférence d’Emmanuèle Jawad + documentaire de Laurence Garret
Médiathèque de Trélissac, Trélissac
08/03/2018
12 h 30
« Jeudi du Musée » : rencontre avec Joël Ducorroy,
Musée d’art et d’archéologie du Périgord, Périgueux
08/03/2018
18 h 00
Vernissage de Carole Lataste + performance
Galerie L’App’Art, Périgueux
08/03/2018
19 h 00
Vernissage de Fred Lagarde + expo « créations poético-plastiques »
Centre culturel de la Visitation, Périgueux
08/03/2018
20 h 00
Soirée de créations poético-gastronomiques
Préfecture de la Dordogne, Périgueux
09/03/2018
10 h 00
« Cinexpoésie »
Lycée Jay de Beaufort, Périgueux
09/03/2018
14 h 00 – 19 h 30
Salon des Revues et des petits Éditeurs de Création + performances et animations
Musée d’art et d’archéologie du Périgord, Périgueux
10/03/2018
11 h 00 – 18 h 00
Salon des Revues et des petits Éditeurs de Création + performances et animations
Musée d’art et d’archéologie du Périgord, Périgueux
10/03/2018
19 h 30
« Bouche à oreille », cabaret de poésie gourmande
Guinguette de Barnabé, Boulazac
13/03/2018
20 h 00
« Paterson », film de Jim Jarmusch
Cap Cinéma, Périgueux
14/03/2018
17 h 30
Remise des prix Expoésie Jeunesse + lecture + vernissage
Médiathèque Pierre Fanlac, Périgueux
15/03/2018
19 h 00
« Noir », d’après Christophe Tarkos, par Flore Audebeau et David Chiesa
Galerie verbale Le Paradis, Périgueux
16/03/2018
16 h 30
Dédicace de Jean-Pierre Bobillot
Libraire la Mandragore, Périgueux
16/03/2018
18 h 30
Film : Bernard Heidsieck, la poésie en action
L’Arche, Périgueux
16/03/2018
21 h 00
Concert de Forever Pavot
Le Sans Réserve, Périgueux
17/03/2018
10 h 00
Rencontre avec Véronique Vassiliou
Château des Izards, Coulounieix-Chamiers
17/03/2018
14 h 00
« Poésie ville secrète »
Couloir de bus face à la Tour Mataguerre, Périgueux
17/03/2018
16 h 45
« Le journal du brise-lames » + vernissage de Hey!
Espace culturel François Miterrand, Périgueux

â–º Jeudi 8 mars à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) : rencontre avec Mathieu Brosseau pour son dernier livre, CHAOS.

â–º Du 9 au 31 mars à Limoges : Camouflages

â–º Dimanche 18 mars à 16H : lecture de Sandra Moussempès, organisée par la Kunsthalle Centre d’art contemporain de Mulhouse. Réservations : 03 69 77 66 47. La Fonderie | 16 rue de la Fonderie – Mulhouse

â–º Samedi 24 mars, 17H, à l’occasion de la sortie du prochain livre de François Rannou, La Pierre à trois visages (d’Irlande), RV à L’Anachronique :

19 novembre 2017

[News] News du dimanche

En cet avant-dernier dimanche de novembre, vos RV de la semaine : Emmanuèle Jawad et Tracie Morris à Paris ; Laurent de Sutter à Lille ; autour de Pierre-Yves Soucy à Paris ; Vincent Kaufmann et Gisèle Sapiro à la Maison de la poésie Paris ; le Festival des Non-Alignés à La Générale (Paris 11e)…

â–º A l’occasion de la parution Hard Korè, Poèmes de Tracie Morris aux éditions Joca Seria, et dans le cadre du colloque « Le corps du traducteur », Double Change et la Fondation des Etats-Unis vous invitent à une lecture de Emmanuèle Jawad &Tracie Morris : jeudi 23 novembre à 19h
Grand Salon de la Fondation des Etats-Unis
15 Boulevard Jourdan
75015 Paris
(RER Cité Universitaire / tram cité universitaire)

Entrée libre

Tracie Morris sera traduite en français par Abigail Lang, Vincent Broqua et les étudiants de Master de traduction littéraire de Paris Diderot

Emmanuèle Jawad sera traduite en anglais par Barbara Beck

La lecture est organisée par Double Change (www.doublechange.org) dans le cadre du colloque « Le corps du traducteur » (programme ci-dessous)

Tracie Morris lira également dans le cadre du festival MidiMinuitPoésie à Nantes, le 25 novembre 2017.

â–º Samedi 25 novembre : rencontres à Paris (15H-17H) et à Lille (17H30)

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â–º Samedi 25 novembre, Maison de la poésie Paris à 17H30 : Vincent Kaufmann et Gisèle Sapiro, Profession écrivain : ce que les médias font à la littérature

« Profession écrivain : ce que les médias font à la littérature »Dans son essai, Vincent Kaufmann développe une approche volontairement corrosive : si l’écrivain veut exister sur la scène littéraire, sommé de se conformer aux impératifs du spectacle, il doit accepter de comparaître devant les médias, d’avouer ce qu’il est, d’attester son authenticité. Or, ce choc culturel intervient au moment même où l’auteur se trouve « déprofessionnalisé » par l’émergence des réseaux sociaux et l’injonction qui lui est faite de se soumettre au jeu de l’interactivité. En contrepoint, la vaste enquête dirigée par Gisèle Sapiro et Cécile Rabot apporte une somme de renseignements sur les conditions d’exercice du métier d’écrivain aujourd’hui en France. Alors même que l’activité d’écrivain tend à se professionnaliser, les auteurs connaissent une précarisation. Pour subvenir à leurs besoins certains exercent un autre métier, d’autres multiplient les activités connexes : lectures, débats, résidences, ateliers… Ces activités impliquent des échanges avec d’autres médias, théâtre, cinéma, musique… Quel est le rôle de ces interactions dans le processus de reconnaissance littéraire ?

À lire – Vincent Kaufmann, Dernières nouvelles du spectacle – (Ce que les médias font à la littérature), Seuil 2017. Profession ? Ecrivain, sous la direction de Gisèle Sapiro et Cécile Rabot, CNRS éditions, 2017.

â–º Samedi 25 et dimanche 26 novembre : salon, discussions, débats, présentations, exposition, happening autour des pratiques artistiques non alignées.

  • La Générale, 14 avenue Parmentier 75011 Paris. A partir de 14h le samedi, jusqu’à 23h. Le dimanche de 10h à 21h.
  • Entrée libre
L’AN 0 du festival non-aligné(e)s [FNA] sous-titré Cellule(s) dormante(s), lève un coin du voile sur une partie immergée ou sous-exposée des pratiques symboliques contemporaines, pour autant qu’en effet, « seul peut se dire contemporain celui qui ne se laisse pas aveugler par les lumières du siècle et parvient à saisir en elles la part de l’ombre, leur sombre intimité et reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps. »
Ergo, poursuit Giorgio Agamben, la « voie d’accès au présent a nécessairement la forme d’une archéologie » qui, détourne intempestivement « la lumière, hors de sa fonction d’illumination du présent, vers l’assignation de l’infini, de l’invisible, de l’inatteignable », comme Jean-Luc Marion en convient lui aussi.Le [FNA] prend acte de ce que les institutions (et le marché dont elles dépendent sous peine de mort désormais), sont respectivement l’arbre et son ombre qui cachent la forêt. Le festival inventorie donc, dans un lieu coopératif par excellence, des pratiques artistiques, symboliques ou savantes, minoritaires ou dissidentes qui, inscrites à la limite de la lisibilité institutionnelle et/ou de la solvabilité marchande, s’avèrent indifféremment :
alternatives (an)alphabètes anaparachroniques – autonomes – émancipatrices – expérimentales – (im)personnelles marginales – singulières, &c.Le [FNA] veut ainsi rendre possibles des :
 agencements – complicités – dé(con)structions – perruques – sabotages – rhizomes – solidarités – subversions – &c.
qui, inactuels, inédits & cosmopolites, s’étendent à perte de vue quelque part dans l’inachevé ou dans l’ineffectué…

Une proposition mise en scène
par Jean-Charles Agboton-Jumeau, critique d’art,
& Laurent Marissal, peintre.

Aucun texte alternatif disponible.

avec :

Carla Adra
Amicale franco-chinoise Echanges
et développement (AFCED)
Edith Azam
Alexandre Balcaen
Luc Bénazet
Hervé Binet
Laurent Buffet
Markus Butkereit
Benoit Casas
Laurent Cauwet
Sandrine-Malika Charlemagne
Guillaume Clermont
Melissa Correia
Davyctoire
Pierre Déléage
Alain Deneault
Christian Edziré Déquesnes
Damien Dion
Pierre-Olivier Dittmar
Pierre-Evariste Douaire
Bruno Elble
Anais Enjalbert
Epos257
Et n’est-ce* &/et
Emmanuel Ferrand
Jérome Fino & Antoine Rivière
Free Fermentology Foundation (FFF)
Steve Giasson
Jérôme Gontier
Grosso Modo
AC Hello
Cathy Heyden
Isidore Isou
January 5-31, 2009
Benjamin Jean
Laurent Lacotte
Liu Jin’an
Djamel Kokene
Clara Lecadet
antoine lefebvre éditions
Lefevre Jean Claude

les lemms
Sébastien Levassort
Patrice Loubier
Christophe Manon
Tom Marioni
André Marissal
Carole Marissal & David Foucaud
Richard Martel
Emo de Medeiros
Antoine Moreau
Laura Morsch-Kihn
Muscle
Olivier Nourisson
Aurélie Noury
Joseph Paris
Pierre Phillibert
François Potier
François Poyet
Anne Querrien
Claude Queyrel & Pascale Stauth
Hubert Renard
David Renault
Research and Destroy
Alexandre Rolla
Evan Roth
Roland Sabatier
Aurore Scotet
Zalia Sékai
Marie Sénat
Bagayogo Souleymane
karen elaine spencer
Jean-Marie Straub & Danièle Huillet
Myriam Suchet
Tai-Luc & C°
Tian Hua
Mathieu Tremblin
Vladimir Turner & OndÅ™ej Mladý
David Vasse
Vincent & Feria
Moo-Chew Wong
Benjamin Chaignon Zariel

(liste non exhaustive à ce jour…)

26 mars 2017

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de mars, hommage à Serge DOUBROVSKY (1928-2017), puis Libr-brèves : revues Ouste et Babel heureuse, C. Aurouet sur Prévert, A. Dhée et A. Mouton, 12e Festival de Poésie et de Performance…

 

Hommage : Serge DOUBROVSKY, un homme de passage (1928-2017), par Fabrice Thumerel

"Serge Doubrovsky, dans un enregistrement récent, disait ne pas vouloir mourir mais être mort. Son souhait s’est réalisé jeudi 23 mars à 4 heures" (Isabelle Grell). Les obsèques se déroulent mardi 28 mars 2017 à 15 h 00 au cimetière de BAGNEUX Parisien (il y a deux cimetières à Bagneux : le sien c’est BAGNEUX Parisien), 45 avenue Marx Dormoy, 92220 BAGNEUX.

On pourra (re)lire le plus long article qui lui est consacré sur LIBR-CRITIQUE : "Sujet SD". Voici ma présentation de son dernier livre : 

â–º Serge DOUBROVSKY, Le Monstre, tapuscrit originel inédit, introduction et entretien par Isabelle Grell, Grasset, automne 2014, 1696 pages, 36 €, ISBN : 978-2-246-85168-4.

C’est le genre de livre dont on ne peut parler tout de suite, du moins si l’on veut souscrire à la déontologie critique : pensez donc, la Recherche de Serge Doubrovsky, le livre d’une vie, un tapuscrit originel qui comptait 2599 feuillets avant de devenir Fils (1977) par la force des choses, Gallimard ayant refusé ce monstre-là. Écrit entre 1969 et 1976, ce flux de conscience dédié à celle qui est sa substance – sa mère – est régi par le martèlement de la machine – dactylométré, en somme.

Cette somme monstrueuse est en fait la première autofiction : "Fiction d’événements et de faits strictement réels ; si l’on veut, autofiction, d’avoir confié le langage d’une aventure à l’aventure du langage, hors sagesse et hors syntaxe du roman, traditionnel ou nouveau". Ce qui intéresse les chercheurs de l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM), Isabelle Grell en tête : "un autofictionneur rédige-t-il ses textes autrement qu’un autobiographe ?" Mais surtout, allons à la question essentielle : pourquoi lire Le Monstre en plus de Fils ? Laissons la généticienne conclure : "Relu à la lumière des avant-textes, Fils refuse encore plus qu’avant d’être institué en une configuration de sens fini". /FT/

Libr-brèves

â–º On découvrira le dernier numéro de la revue OUSTE (Le Dernier Télégramme).

â–º Demain lundi 27 mars, de 15h à 16h, Carole Aurouet vous parlera passionnément de Jacques Prévert sur la Scène littéraire (M15) du Salon du Livre.

â–º Jeudi 30 mars, 18H30 à Ent’revues (André Chabin / 4, avenue Marceau, 75008 Paris) : présentation du numéro 1 de la revue Babel heureuse, dirigée par François Rannou, qui sera éditée par Gwen Catalá.


â–º Jeudi 30 mars, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012) : pour fêter la parution de La Femme brouillon d’Amandine Dhée et de Chômage monstre d’Antoine Mouton, aux excellentes éditions de la Contre-allée, rencontre avec les deux auteurs, dans le cadre du Parcours des Libraires du Festival Raccords 2017.



Cette soirée sera animée par Julien Delorme, éditeur et organisateur passionné de soirées littéraires mettant en valeur des maisons d’édition alternatives.

â–º Du 29 au 31 mars, il y aura du beau monde au XIIe Festival de Poésie et de Performance à Marseille :

 

17 décembre 2016

[Chronique] François Rannou, Poésie et livre électronique : une question d’espaces

Voici le deuxième volet du dossier consacré à François Rannou. Voir le premier : ici.

Le livre électronique (ou livre numérique) est un support neuf qui n’a, jusqu’à présent, pas été beaucoup investi par les poètes. On trouve surtout les livres de poésie numérisés — classiques ou contemporains, dont les fichiers PDF reprennent la forme traditionnelle du livre papier. Il est d’ailleurs à noter que le PDF se justifie souvent par la volonté justement de respecter scrupuleusement la mise en page de l’auteur — faisant ainsi du livre numérisé la simple copie-écran du livre papier[1] sans réfléchir véritablement à la spécificité du nouveau support. C’est à cette différenciation et à ses implications que je m’attacherai tout d’abord. Je tenterai ensuite de montrer ce que le livre électronique, dans ses formes possibles, doit aux recherches des poètes, surtout à partir du 19ème siècle. Enfin, je ferai état de réalisations, de propositions ou projets que je mène actuellement dans le cadre de mon travail d’auteur et éditeur (aux éditions Publie.net[2] et comme directeur de la revue Babel heureuse chez Gwen Catala éditeur).

Livre papier et livre numérique n’offrent pas le même espace, ne s’intègrent pas dans les mêmes dimensions, c’est une évidence.

La page du premier implique un format défini, un équilibre des blancs, une aération, une matière, un toucher, une lisibilité dont se soucient tout particulièrement les poètes pour qui ces éléments jouent un rôle essentiel. Mais c’est par analogie qu’on tourne les pages du livre numérique. En fait, la page a disparu au profit de l’écran, espace multimodal ouvert dont les dimensions s’adaptent aux divers objets qui, quelle que soit leur taille, permettent de lire un ebook (je peux ainsi avoir accès au dernier ouvrage de Virginie Gautier[3] sur mon smartphone, mon Iphone, ma tablette, mon Ipad ou ma liseuse ; sans que la dimension de l’écran restreigne l’apparition du texte).

Alors que le livre papier intériorise l’espace de la parole, le resserre dans un cadre accessible par le recueillement, la concentration — ce n’est qu’à cette condition qu’il peut se déplier chez le sujet-lecteur —, il en va tout autrement pour ce que peut être un livre électronique de poésie qui, lui, extériorise cet espace en l’ouvrant à ce qu’on peut appeler (avec Patrick Beurard-Valdoye) les arts poétiques : vidéo, musique, performances, peinture, danse, etc. En effet, ce nouveau support permet, par sa caractéristique multimédia, d’intégrer des éléments sonores, visuels qui ne doivent pas être considérés comme des suppléments ou des documents venant enrichir, presque de manière décorative ou illustrative, l’ouvrage. Le livre numérique devient ainsi un objet cohérent à la fois clos et ouvert, ayant sa propre autonomie, lisible à tous les sens (ou presque) immédiatement (on est loin de ce que tente[4] le livre papier lorsqu’il est accompagné d’un CD qui n’est trop souvent que la trace mémorielle de ce qui est écrit). Dès lors, il s’appréhende d’un seul tenant, différents temps créant leur jour dans la simultanéité légèrement différée de la lecture. L’ouvrage s’écrit à une ou plusieurs mains, confronté à des nécessités techniques exactement dans l’esprit des collaborations entre musiciens ou artistes et poètes.

Ces derniers d’ailleurs sont, pour ainsi dire, à l’origine de ce qui se dessine plus haut par leurs recherches, le livre numérique les rendant réellement possibles, enfin, dans la variété de leurs intuitions. Il ne s’agit évidemment pas de retracer ici une histoire des avant-gardes, par exemple, mais de montrer comment, avec une constance soutenue et éclairante, certaines personnalités, certains mouvements ont voulu que le livre s’affranchisse de son espace clos afin que le monde, notre réel, la pensée, le langage, le corps, puissent être portés par le lieu ouvert d’un liber[5] aux frontières explorées et renouvelées. Le livre électronique s’avère alors, il suffit de le constater, une possibilité résultant de la coïncidence entre une évolution poétique caractérisée par la richesse, l’inventivité de ses tentatives et expériences, et une évolution technologique à laquelle les poètes, en premier, se sont intéressés parce qu’elle leur permettait d’envisager une autre solution que le livre à leur souci de renouvellement poétique — techniques et machines sont vues d’un œil de bon augure comme des nouveaux moyens d’impression, autrement que mais pas contre le livre traditionnel.

Autrement, oui, car cette recherche d’espace autre (plus vivement présente dès la fin du 19ème siècle et durant tout le 20ème, parallèle, remarquons-le, à l’essor technique, scientifique et aux nouveaux supports qui en découlent) implique la prise en compte de dimensions jusque là mises en réserve : ce sont les dimensions sonore et visuelle.

Que l’oralité soit figurée dans le poème par la ponctuation (chez Corbière[6] par exemple) ; que son rythme soit perçu non plus seulement par le vers libre étendu mais par l’unité nouvelle qu’est, chez le Mallarmé du Coup de dés[7], la double page ; que la lettre même puisse révéler sa sonorité enfouie (du futurisme de Marinetti[8] à la poésie sonore d’Henri Chopin[9] sans oublier les expériences de poésie phonétique, tels le morceau dit par Hugo Ball[10] au Cabaret Voltaire en 1915, la Ursonate de Kurt Schwitters[11] composée entre 1921 et 1932 ou encore la trop oubliée musique verbale de Michel Seuphor[12] dès 1926) ; que la simultanéité des sensations et des traits divers du monde apparaisse audible, voilà ce qu’il faut désormais faire à nouveau entendre — autrement. Que l’aspect visuel voire pictural du poème ait été recherché grâce à l’agencement typographique ou aux collages (de Schwitters encore à Pierre & Ilse Garnier en passant par Cobra pour citer quelques phares seulement), voilà ce qui devrait inspirer l’écriture poétique pour le livre numérique.

On pourra aussi considérer entre autres comme précurseur, en ce qu’il allie dimensions visuelle et sonore, le livre du constructiviste El Lissitzky, Dlia golosa[13], composé par des créations typographiques et des poèmes de Maïakovski à lire à voix haute, les images typographiques guidant l’intonation de la lecture. Ou écouter Apollinaire appeler de ses vœux cette poésie novatrice à l’écoute des arts naissants de l’époque :

« Il eût été étrange qu’à une époque où l’art populaire par excellence, le cinéma, est un livre d’images, les poètes n’eussent pas essayé de composer des images pour les esprits méditatifs et plus raffinés qui ne se contentent point des imaginations grossières des fabricants de films. Ceux-ci se raffineront, et l’on peut prévoir le jour où le phonographe et le cinéma étant devenus les seules formes d’impression en usage, les poètes auront une liberté inconnue jusqu’à présent.

Qu’on ne s’étonne point si, avec les seuls moyens dont ils disposent encore, ils s’efforcent de se préparer à cet art nouveau (plus vaste que l’art simple des paroles) où, chefs d’un orchestre d’une étendue inouïe, ils auront à leur disposition : le monde entier, ses rumeurs et ses apparences, la pensée et le langage humain, le chant, la danse, tous les arts (…) »[14]

 

Or, si cet enthousiasme d’il y a 100 ans a permis que des voies nouvelles en poésie soient tracées, on peut observer que chacune d’elles, sans doute en apparence à l’exclusion des autres, en est arrivée à se spécialiser, générant une histoire particulière, séparée, afin d’en manifester la valeur. C’est sans doute ignorer les ponts qui pourraient naturellement s’établir dès l’instant où la recherche poétique en ce sens aujourd’hui ne peut être que plurimodale et multimédia grâce à ce que le livre numérique peut techniquement créer. On n’en est plus au phonographe d’Apollinaire, aux cinémas muets de Pierre Albert-Birot[15] ou Max Jacob, aux bandes magnétiques des premiers magnétophones de Bernard Heidsieck. Cependant, dès 1929, Bob Brown a l’idée d’une machine à lire (Reading machine). Il écrit : « Pour continuer à lire à la vitesse d’aujourd’hui, je dois avoir une machine, une machine de lecture simple que je peux porter ou avec laquelle je peux me déplacer, brancher à n’importe quelle prise électrique »[16]. Mais cette machine qui fut un temps imaginée reste à l’état de projet expérimental. On peut en trouver néanmoins, je crois, des traces actuellement, même lointaines, dans les œuvres de poésie informatique (dont Jean-Pierre Balpe est le représentant emblématique) ou de poésie cinétique dont Julien d’Abrigeon ou Alexandra Saemmer[17] sont parmi les plus intéressants poètes à l’œuvre[18].

En somme, on voit que, loin de tomber d’une autre planète, le livre numérique, dans toutes ses potentialités, est préparé par l’imagination des poètes qui l’ont précédé.

Une fois ces jalons posés, je tâcherai d’effectuer un point sur tous ces enjeux tels qu’ils se posent maintenant en tant qu’éditeur, auteur et collaborateur d’une équipe directrice[19] dont la réflexion et la pratique s’aiguisent au fur et à mesure qu’elle les rend possibles matériellement.

Pour ce faire, je pars d’un constat critique réalisé à partir de mon travail poétique — il faut, entre parenthèses, souligner qu’outre les ouvrages papier à tirage courant, j’ai participé de près à l’architecture de livres en collaboration avec des artistes, prenant des formes diverses liées aux techniques utilisées, notamment un livre-installation avec le plasticien Yves Picquet et le vidéaste Gilbert Louet[20] ; j’ai également organisé des lectures polyphoniques avec mise en espace de voix, des performances-interventions sur la voie publique, des vidéos, des enregistrements sonores. Victor Martinez écrit ceci à propos de Contretemps paradist[21], mais cela peut s’appliquer de manière plus générale à mes autres ouvrages : « Toute écriture ouverte dépossède du sens et engage invariablement dans une varappe de la langue. Chaque mot est une prise et chaque ligne, horizontale ou verticale, conduit à une croisée à la faveur de laquelle le lecteur conventionnel, avec ses appuis culturels, apparaît comme une hypothèse ancienne. Lire est s’immerger à mains rentrées dans la page, dans le littéral, hors du masque des ressemblances et des analogies. Il faut entendre à la lettre Contretemps paradist comme le contre-rythme du contre-dist ou de la contre-langue. La langue poétique dégrammatise la langue prosaïque en puisant au blanc et en faisant appel à un protocole de lecture nouveau, où l’on doit choisir le sens directionnel, sensible et sémantique, de chaque moment de lecture, dont ni le mot (coupé), ni la ligne (tramée et sectionnée), ni la page (volatilisée hors de ses limites) ne constitue une unité »[22].

Ce « protocole de lecture nouveau » m’amène à étendre mon questionnement et ses implications au domaine du livre numérique. Il n’est pas possible, compte tenu des caractéristiques techniques de ce dernier, de vouloir simplement y transposer ce à quoi j’aboutis — temporairement — par le livre papier. Il faut penser l’écriture sur ce support d’une autre manière, en fonction de ses spécificités.

C’est ce qui se dessine, par exemple, déjà en 2011, avec le livre de Jean-Yves Fick il y a le chemin[23] comme l’explique aux lecteurs François Bon : « On reconnaîtra le travail de voix et d’images que Jean-Yves Fick mène depuis Strasbourg sur son site Gammalphabets. Alors, comment rendre ce travail avec les ressources du livre numérique ? Les images n’illustrent pas le texte, elles sont plutôt un voyage, qui s’amorce depuis des points précis du texte, passeront par une mosaïque qui les rassemble toutes, vous permettant de resurgir depuis l’image vers un autre point du texte. Et c’est ici peut-être, que cette poésie à l’épreuve du réel, se minéralisant comme lui, devient ce rêve qui nous emmène sans plus savoir d’où nous voyageons, ente la carte des images (création epub Gwen Català) et l’arborescence des mots ».

Plus proche de ce qui voudrait être atteint par le livre numérique de poésie, la revue D’ici là[24] est présentée par son créateur Pierre Ménard de la façon suivante : « L’idée de cette revue est de jouer la carte d’une lecture écran, et de former (…) un ensemble éditorial où se confrontent l’image, le texte et le son. (…) Des graphistes, dessinateurs, peintres, illustrateurs, photographes, sont (…) invités (…) à envoyer leur travail. La revue est accompagnée d’une bande son qui forme une approche du thème au même titre que les textes et les images ».

C’est tout à fait l’horizon que je cherche à explorer dorénavant. D’une part, lorsque je publie de Virginie Gautier Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire[25] : espace de création pour écran comprenant texte, images fixes, vidéos, fichiers sonores[26]. D’autre part, quand je m’avance dans la réalisation d’un projet d’écriture pensé en ces termes comme un livre d’artiste pour écran réalisé à plusieurs mains. 

Aussi doit-on considérer le livre numérique comme un livre en plus et pas comme un livre contre — le livre traditionnel, s’entend ; cette opposition, exprimée fréquemment, n’ayant plus lieu d’être. Ou alors, si, contre ; mais contre la tendance grandissante à faire du livre numérique un déversoir accéléré de mots aveuglants qui remplissent les poches de diffuseurs hégémoniques obéissant à la seule logique d’un capitalisme de gavage « culturel » anesthésiant toute pensée ou révolte. Car, pour le poète ici encore, il s’agit d’aller là-contre[27], de façonner un espace de ressaisissement du langage qui de notre monde permette de percevoir la vitesse, de comprendre la puissance et la fascination des images qu’il impose ; dans la simultanéité des perceptions, cette saisie crée l’endroit où le corps et l’esprit se tiennent ensemble en des points de tension (qu’elle n’a pas charge d’élucider mais de soutenir) qui permettent au muet, au vif, d’advenir.

Tenter de saisir le furtif (ce que Derrida reconnaît comme la marque du voleur), le prendre de cours, s’inscrire lucidement dans son rythme subliminal qui emporte — et nous fait entendre/voir/lire ce qui a l’opacité du réel dans la langue, dans notre parole comme son fondement ignoré : terre non vue que le poète, seul, tel le Kolomb de Hölderlin, invente.

En surface et en profondeur, d’ici là (couches superposées, sédiments, archéologie des savoirs et du sujet & extensions géographiques et temporelles de notre mémoire à venir), l’espace de découverte se déplie, polyphonique selon un contrepoint où contradiction, juxtaposition, croisement, confluence permettent une parole vivante toujours à naître, à renaître.

Concrètement, ce doit être l’espace que doit conquérir et inventer le livre numérique.



[1] Par souci parfois de diffuser plus largement le livre au-delà de la contrainte financière de l’impression sur papier.

 

[2] On peut découvrir, chez cet éditeur, la collection de poésie L’Inadvertance à l’adresse suivante : https://www.publie.net/categorie-produit/linadvertance/ (parmi les auteurs publiés : Hélène Sanguinetti, Armand Dupuy, Jacques Ancet, Philippe Rahmy, Nathalie Riera, Dominique Quélen entre autres…). Les titres sont la plupart numériques et « papier » (deux mises en page donc…).

 

[3] Virginie Gautier, Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire

Publié en septembre 2014 aux éditions Publie.net. En voici la description que j’ai rédigée : « Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, de Virginie Gautier, est le long poème d’une ville traversée qui serait toutes les villes ensemble : métamorphoses d’un monde flottant dont il s’agit de repérer les traces d’ombres. Que le tunnel dont il est question dans le livre soit celui du métro, celui qu’empruntent les « clandestins » pour traverser la Manche, ou la grotte dans laquelle nos « ancêtres » ont dessiné leurs premiers repères, il est surtout le lieu de confluences entre le dessous et le dessus de toute ville. Entre les mémoires accumulées, inscrites, gravées, recouvertes, effacées presque, disparues, retrouvées et l’élan vers ailleurs, vers autre chose à venir qui doit se délester du passé. Lieu mouvant où les déplacements créent une identité toujours fuyante. « On dit je suis d’ici. On est d’un autre temps, qui échappe. Autant dire d’ailleurs, autant dire de plus jamais. » Avec ce titre, se poursuit une nouvelle série de la collection L’Inadvertance, déjà amorcée par Ma mère est lamentable de Julien Boutonnier. Chaque ouvrage comprend un texte, des images fixes, des fichiers sonores et des vidéos courtes ainsi que des liens.

Deux versions disponibles : l’une enrichie, et l’autre interopérable qui comporte des liens vers les morceaux audio et vidéo hébergés sur notre site. »

 

[4] Mais il faut louer ce travail éditorial fait par quelques-uns, je pense notamment aux éditions de l’attente et à Al Dante.

 

[5] Livre en latin…

 

[6] « Lire la poésie de Corbière, c’est entendre un bruissement de voix multiples », déclare Elisabeth Aragon dans « Tristan Corbière et ses voix » (in Jean-Louis Cabanès dir., Voix de l’écrivain : mélanges offerts à Guy Sagnes, Presses Universitaires du Mirail, 1996, p. 179). Et, dans son travail de recherche sur L’Antipoésie dans les œuvres de Tristan Corbière, Alfiya Enikeeva explique : « Corbière souligne cette interaction des voix entendues comme l’opposition d’attitudes et de points de vue par la ponctuation abondante, les interjections, les parenthèses, par les ruptures de syntaxe, l’arythmie, l’usage des blancs » (Mémoire de recherche en littérature dirigé par Monsieur Gerard DESSONS, professeur de l’Université Paris-VIII, et encadré par Monsieur David RAVET, enseignant de littérature au CUF de Moscou, 2015).

 

[7] « Mallarmé a laissé deux brouillons de préface pour le coup de dés (version de Cosmopolis, Pléiade (édition Marchal) I, p. 403) ; et non seulement l’« Observation » finalement publiée ne découle pas de ces brouillons mais elle peut même sembler les contredire. Ces deux très brefs brouillons posent, pour l’essentiel, l’antériorité de l’oralité sur l’écrit : « ainsi, la poésie est d’abord une parole et dans l’éventualité où l’on a besoin de coucher la parole sur le papier, il faut développer des moyens d’adapter l’imagerie d’une poésie orale au medium imprimé », écrit Nicolas Wanlin dans son commentaire au livre de Michel Murat, Le Coup de dés de Mallarmé. Un recommencement de la poésie, Belin, « L’extrême contemporain », 2005 (cf. « Pour revenir sur la "musicalité" du Coup de dés et le récent livre de M. Murat », Acta fabula, vol. 6, n° 2, été 2005).

 

[8] Je pense notamment aux « cinq synthèses radiophoniques » de Marinetti dans son manifeste de 1933 La Radia (Un paysage entendu, Les silences parlent entre eux, Combat de rythmes notamment).

 

[9] « Au milieu des années 1950, Henri Chopin, prenant acte des expériences des musiciens concrets, s’arme d’un micro et d’un magnétophone (suivront table de mixage et amplis) et décide de sortir la poésie de la page. Il travaille avec sa voix, la transforme, libère la phonétique, produit des sons particuliers et donne naissance à Pêche de nuit, l’un de ses premiers enregistrements. Le micro placé sur les lèvres, il suggère et restitue, au-delà des mots, le ressac, le vent et le bruit d’un bateau de pêche faisant route sur zone, initiant là ce qu’il répètera plus tard pour la toundra puis dans bien d’autres lieux explorés d’abord par la voix puis par le corps (vibrant) tout entier », écrit Jacques Josse le 22 février 2008 sur remue.net.

 

[10] « J’ai inventé un nouveau genre de poésie, la « poésie sans mots » ou poésie phonétique » écrit-il.

 

[11] « Dans un rythme libre, les paragraphes et la ponctuation sont utilisés comme dans la langue, pour un rythme rigoureux, les barres de mesure ou les indications de mesure apparaissent par la division proportionnée en sections spatiales égales de l’espace typographique, mais pas de ponctuation. Donc ,. ;!?: ne sont lus que pour la tonalité », écrit Kurt Schwitters dans sa revue Merz n°24. Pour en écouter un fragment lu par Schwitters lui-même, ce lien est disponible : Ursonate lue par Schwitters.

 

[12] « Le biographe de Mondrian, Michel Seuphor, invente, en 1926, la musique verbale qui, au lieu de transmettre un texte, exploite la puissance évocatrice de la voix et du phonème, c’est-à-dire du son en-dehors de tout sens ; quatre ans plus tard, il accompagne sa poésie phonétique avec le Russolophone, instrument inventé par Russolo, une sorte de piano dont les touches actionnent des bruits tous disparates, les uns métalliques les autres obtenus à partir de vaisselle brisée. On pense à ce que seront, plus tard, les pianos préparés de John Cage », précise le Centre Georges Pompidou…

 

[13] Voici quelques liens qui permettent de découvrir ce travail : Lissitzky 1, Lissitzky 2, Lissitzky 3, Lissitzky 4.

 

[14] Guillaume Apollinaire, L’Esprit nouveau et les poètes, in Mercure de France, Paris, n° 491, 1-XII- 1918, p. 385 à 396.

 

[15] Sur Pierre-Albert Birot, Marianne Simon-Oikawa, « La Poésie idéographique de Pierre Albert Birot », in RiLUnE, n. 8, 2008, p. 145-164.

 

[16] D’autres textes publiés dans la rubrique « The Revolution of the Word » privilégient une expérimentation sur la plastique du mot, tels les « Readies » dont Bob Brown, jeune Américain exilé en France, présente le principe dans le numéro 18 de novembre 1929. Le terme est forgé à partir de « talkies » : de même que les « talkies » représentent le cinéma moderne, les « readies » sont la quintessence de la littérature moderne. Partant du principe que le livre est un médium ancien, inadapté au monde moderne, Bob Brown met au point une machine permettant de lire plus vite et dans de meilleures conditions. La « machine à lire » [« reading machine »] permet de faire défiler à la vitesse désirée un texte spécifique (le « readie »), tapé linéairement sur un long ruban. Les avantages liés à cette nouvelle méthode de lecture sont nombreux, selon son inventeur : possibilité d’agrandir le texte grâce à un système de loupe, économie de papier, économie de main d’œuvre (le « readie » ne nécessite pas d’être relié), économie d’encre grâce à la loupe. Comme l’écrit Bob Brown, inscrivant par là même son invention dans le cadre de la « Révolution du Mot » : « Révolutionnez la lecture et la Révolution du Mot se fera sans verser d’encre » (traduit de t19-20, p. 171). Mais le principal avantage de la machine est de permettre une lecture plus rapide : l’œil n’a plus besoin de se déplacer puisque c’est le texte qui défile. Plus que la machine, rapidement abandonnée par son inventeur, c’est le « readie » qui intéresse Bob Brown : « La machine de par son existence même rend nécessaires de nouveaux mots et en efface d’autres trop usés » (traduit de t19-20, p. 171). Il suggère en particulier une condensation de la phrase, réduite à ses composants les plus expressifs, à savoir les noms, verbes et adjectifs. Il s’agit également, pour le jeune exilé, de travailler à un « Art Optique de l’Écriture » (t19-20, p. 167). Contrairement à la « machine à lire », restée à l’état de concept, l’idée du « readie » se concrétise sous la forme de deux anthologies, tirées chacune à trois cents exemplaires, Readies (1930), modeste volume d’une cinquantaine de pages, et Readies for Bob Brown’s Machine (1931), plus imposant avec ses quelque deux cents pages. La typographie joue un rôle décisif dans cet « Art Optique de l’Écriture » que Brown appelle de ses vœux. La linéarisation du texte, en particulier, entraîne des recherches typographiques. Dans l’anthologie de 1931, Laurence Vail utilise des tirets entre les mots, James T. Farrell faisant pour sa part le choix des points de suspension. La contribution de William Carlos Williams, le court poème « Readie Pome », fait également preuve d’originalité dans ce domaine : « Grace – face : hot – pot : lank – spank : meat – eat : hash – cash : sell – well : old – sold : sink – wink : deep – sleep : come – numb : dum – rum : some – bum  21. » Ainsi, sans être directement publiés dans transition, les nombreux « readies » regroupés dans Readies et Readies for Bob Brown’s Machine correspondent à une lecture, médiatisée par Bob Brown, de la « Révolution du Mot ». Les nombreuses coïncidences entre la liste des participants à la seconde anthologie et celle des collaborateurs de transition révèlent d’ailleurs l’étroitesse des liens qui unissent ces deux expériences : sur les trente-huit collaborateurs à Readies for Bob Brown’s Machine, vingt-trois sont publiés par transition », explique remarquablement Céline Mansanti dans son ouvrage La revue transition (1927 – 1938) : le modernisme historique en devenir, Presses Universitaires de Rennes, 2009.

Le lien suivant permet de découvrir cette reading machine

 

[18] Il faut mentionner aussi la poésie animée avec un poète comme Ernesto Manuel de Melo e Castro, fondateur également en 1968 de la vidéopoésie, qui écrit ceci : « La page n’existe plus, pas même en tant que métaphore. L’espace est maintenant équivalent au temps et l’écriture n’est plus une partition mais une réalité de dimension virtuelle ».

 

[19] Je pense particulièrement à Roxane Lecomte, Guillaume Vissac et Philippe Aigrain de Publie.net et à Gwen Catala, devenu éditeur à son compte (gwencatalaediteur ).

 

[21] François Rannou, Contetemps paradist (épuisé).

 

[25] Op.cit.

 

[26] Fichiers accessibles sans recours nécessaire à l’espace extérieur d’internet ou en y ayant accès — pour des raisons de format — dans la version interopérable qui comporte des liens vers les morceaux audio et vidéo hébergés sur le site Publie.net.

 

24 novembre 2016

[Création] François Rannou, Contretemps paradist : lecture polyphonique d’un extrait [Dossier 1/3]

En ouverture à ce dossier consacré à François Rannou, on découvrira la fascinante lecture polyphonique d’un extrait de Contretemps paradis – à savoir d’un texte ressortissant à la poésie spatiale -, paru en 2009 aux éditions de La rivière échappée.

Lire/écouter : ici.

24 juillet 2016

[News] Libr-vacance (3)

On profitera de la pause pour remonter la UNE (LC, c’est environ un post tous les deux jours – plus de 2 000 depuis 2006 !)… En attendant la reprise 2e quinzaine d’août, au sommaire de ce troisième LIBR-VACANCE : Jean-Charles Massera et Emmanuèle Jawad dans Libr-brèves ; F. RANNOU, A. DICKOW et M. RICHARD dans Libr-parcours d’auteurs.

 

Libr-brèves

â–º On découvrira le site de l’inventif Jean-Charles Massera, avec lequel nous préparons un Grand entretien afin de mieux faire connaître une œuvre multiforme : ici.

â–º Lecture passionnante sur Diacritik : le cycle d’entretiens lancé par Emmanuèle Jawad sur "création et politique", qui fait pendant à celui déjà publié sur Libr-critique.

 Libr-parcours d’auteurs

â–º Alexander DICKOW (écrivain et chercheur)

https://vimeo.com/157737960

plusieurs autres clips de la même soirée l’année dernière à la Maison de la Poésie de Rennes en compagnie d’Henri Droguet et de François Rannou, soirée d’ailleurs annoncée pour les dernières “Libr-vacance”: https://www.youtube.com/results?search_query=%22alexander+dickow%22$`

Rhapsodie curieuse (diospyros kaki), une oeuvre hybride, est à paraître chez Louise Bottu.

Un nouveau recueil, Appétits, est achevé et à la recherche d’un éditeur.

La traduction de la Horde du contrevent est en cours, avec bien d’autres projets.

♦ Passage d’un roman en cours: "Au passage de la Brume l’érosion délayait les rebords, étalait son fard suspect en brouillant la netteté, ôtait aux pas l’illusion d’un sol loyal ; elle flouait les sens, amuïssait les couleurs. Ses progrès imprévisibles exténuaient tantôt par la disparition subite, tantôt par touches à peine sensibles, par une imprécision d’abord introuvable de regard. Ici un monument avéré, un repère se voit en un jour biffé, ailleurs s’éternise l’effacement d’une fragilité déjà presque rendue au néant. Les corps exposés à la Brume souffraient de même, des corps de plus en plus ombrés, visibles à travers une cataracte de plus en plus opaque, un éloignement de moins en moins guérissable. Mais qu’untel soit fugitivement entouré de Brume, et il arrivait que cela suffise à le soustraire."

 

â–º Mathias RICHARD (écrivain, très présent sur Libr-critique)

En vrac :

La "reprise" de Muerto coco d’un de mes textes : https://soundcloud.com/muerto-coco/rien-ne-nous-empechera-detre-malheureux-page-volante

Cette "prenssée" récente : http://mutantisme.blogspot.com/2016/07/prenssee-k-ici-cest-loin.html

Une errance sur la corniche : https://www.youtube.com/watch?v=8V76T8nqXw0

Un bout de "concert" de "Sexport" : https://youtu.be/rEH2hLBMgPI

Ma lecture d’1h à France Culture : http://www.franceculture.fr/emissions/creation-air/mathias-richard-la-vie-n-attend-pas

 

â–º François RANNOU (poète ; directeur de revue et de collection)

Prépare une longue prose critique ("Le Nom est un geste"), le prochain numéro de la revue L’Étrangère (42), un entretien pour Le Français d’aujourd’hui

4 octobre 2015

[News] News du dimanche

Ne manquez pas des RV exceptionnels dans les 15 jours : MidiMinuit Poésie#15 ; Poésie à tous les étages ; Littérature, génération Y, etc. ; RV à Rennes (Droguet, Rannou, Dickow).

 

â–º Du 7 au 11 octobre, Festival MidiMinuit Poésie #15, Maison de la poésie Nantes : programme.

 

â–º Poésie à tous les étages, se tiendra, cette fois encore, à cheval sur deux ans, d’octobre 2015 à février 2016. Les poètes invités se nomment : Michaël Batalla, Patrick Beurard-Valdoye, Julien d’Abrigeon, Guillaume Fayard, Raymond Galle, Sarah Kéryna, Patrice Luchet, Cécile Mainardi, Lucien Suel, Nicolas Tardy, Jules Vipaldo et Véronique Vassiliou. Les lieux qui nous accueillent : le centre international de poésie Marseille, la galerie-librairie ARTS 06 (Nice), La Boutique (La Ciotat), la Maison des jeunes et de la Culture (Martigues), la médiathèque Boris Vian (Port-de-Bouc), la médiathèque Louis Aragon (Martigues), Le moulin à paroles (Méounes), montevideo (Marseille) et la Villa Saint-Hilaire (Grasse). [Programme]

â–º Du 12 au 17 octobre 2015, Lille-Roubaix : Littérature, génération Y, etc. Lectures, rencontres, courts-métrages, bande-dessinée, concert. Le tout farouchement vivant, ce qui est la moindre des choses. Toute la programmation sur : www.litterature-etc.com. Pour la soirée d’ouverture (à ne pas manquer : Antoine Mouton, Les Chevals morts), réservez rapidement vos places au Théâtre du Nord : 03 20 14 24 24. Libr-critique couvrira en particulier la soirée du vendredi 16.

SOIREE Fric, etc., à L’hybride.

19h Ouverture

20h PERFORMANCE inédite
Etude de marché, de Laura Vazquez et Benoît Toqué

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Extrait « Elles disent, ON vous attend. Les voix disent NOUS. Elles disent, NOUS circulons, NOUS vivons dans les villes, les banques sont dans les villes. NOUS ouvrons dans une heure, les banques ouvrent dans une heure. Notre chemise est fermée, boutonnée jusqu’au bout. NOUS allons à la banque. » Étude de marché est un texte écrit lors d’une résidence à Dunkerque. Un texte autour de l’argent, du NOUS de l’argent, de NOUS dans l’argent, du pouvoir, de l’écrasement.

 

â–º Dimanche 18 octobre à 17H, Maison de la poésie de Rennes (47, rue Armand Rébillon) : Lectures de poésie, avec Henri Droguet, François Rannou et Alexander Dickow.

 

29 juillet 2015

[Entretien] Déplacements poétiques de François Rannou, entretien avec Fabrice Thumerel

Avec les derniers livres reçus de François Rannou, s’est ouvert le livre de celui qui veut "être en perpétuel décalage" et pour qui "l’identité du poème vient de son itinerrance" – mot-valise intéressant emprunté à Patrick Beurard-Valdoye qui souligne à quel point l’écriture poétique ne tient pas tant d’un parcours balisé que d’un vagabondage par sons et par mots.

 

« bombine la poésie sur la vitre
lisse de nos mots-mots-mots »
(F. Rannou, Le Livre s’est ouvert, La Termitière, 2014).

 

« le réel / c’est / un trait / d’angle » (Rapt, ibid., 2013).

 

 

FT. Dans élémentaire (lettre sur la poésie) (La Termitière, 2013), vous décrivez ainsi le rapport du poète à l’espace social : « le poète refuse de jouer le jeu, d’être à la place qu’on lui a réservée » (p. 7).
Mais au sein de l’espace poétique, il joue le jeu, non ? Car la lutte des places y est âpre… C’est un milieu très ritualisé, hiérarchisé, souvent dominé par l’esprit de sérieux, non ?

FR. Je partage en grande partie votre remarque et en effet l’expression « milieu poétique », en ce cas, me paraît plus appropriée.
Je voudrais revenir, pour vous répondre, sur ce « refus de jouer le jeu » : qu’est-ce que ça veut dire ? Il existerait donc un jeu, avec des règles établies qu’il faudrait suivre et respecter pour espérer gagner sa place ? Est-ce que la démarche d’un artiste (et le poète en est un — mais j’utilise un terme un peu commode, sans doute insatisfaisant) a quelque chose à voir avec cela ? Est-ce son principal souci ? Le poète écrit-il pour ses pairs, cherche-t-il à s’installer dans un espace de reconnaissance, en se figeant dans une position repérable ? Alors là, il y a bien alors une similitude avec la volonté d’arriver à être quelqu’un socialement. Beaucoup (trop) de poètes (et je pense à de grandes figures, de tous temps jusqu’à aujourd’hui), une fois qu’ils ont peiné à trouver leur formule, leur voix ( comme on dit, d’ailleurs, toujours au singulier, je le souligne), s’y tiennent, s’y accrochent, s’établissent dans la répétition (avec des variations subtiles) de ce qui fait d’eux un point d’aboutissement, une conclusion sans l’énergie d’un départ. Ils creusent leur sillon, selon l’expression convenue, mais ne se posent plus les questions nécessaires, élémentaires : qu’est-ce que je sème et peux faire pousser qui se tournera vers la lumière, recevra la pluie, sera pris sous les vents ? Quels autres horizons, si je relève la tête, puis-je découvrir en me tournant ? Vers où puis-je partir ? Suis-je prêt à perdre ce que j’ai acquis ? En somme, suis-je vivant ?
Ainsi, il faudrait, pour user d’une métaphore sportive (qui fait écho au jeu dont vous parliez au départ), sur le terrain créer des zones de décalage, des intervalles, afin de rentrer dans le mouvement même du jeu tout en le faisant advenir à un autre mouvement qui l’exhausse. Court-circuiter l’esprit de sérieux qui fonde le désir de pouvoir et d’appartenance (à un groupe, à une chapelle, à un phalanstère quelconque). Et donc, ne pas accepter le rôle que la société, par exemple la nôtre aujourd’hui, veut donner au poète — l’inscrivant dans le tout venant culturel où le propos qu’il faudrait tenir, la position qu’il faudrait adopter tiennent lieu de pensée « instantanée » ancrée dans le temps mort d’une roue libre qui s’ignore. L’éternité, c’est-à-dire tous les temps traversés, offre la seule mesure pour éprouver sa pensée (id est création-action) en l’offrant au risque, à l’imprévu, à l’accident, au désir d’expériences inassouvi.

FT. Vous dirigez à la fois la revue La Rivière échappée et, sur Publie.net, la collection « L’Inadvertance » : quels liens faites-vous entre ces deux entreprises poétiques ? Quelle(s) ligne(s) directrice(s) pour chacune d’elle ? L’un des points communs élémentaires étant que vous y accueillez des écritures très différentes…

FR. Je voudrais apporter une précision : La Rivière échappée, qui fut une revue et une maison d’éditions à partir de 1988, n’existe plus que pour quelques livres à tout petit tirage. Je participe à l’aventure éditoriale des éditions de La Lettre volée avec Pierre-Yves Soucy (collection Poiesis et revue L’étrangère)1. Livres « papier » donc. Et je dirige effectivement la collection de poésie aux éditions Publie.net : ce sont livres électroniques et papier2.
Venons-en maintenant au cœur de vos questions. Le poète est avant tout un lecteur3 et en tant que tel il est à l’écoute. Cette question de l’écoute va avec la prise en compte de l’autre différant de soi, le constituant. Je n’aime pas aller dans la voie du rapprochement complice qui ne fait que fortifier mes propres certitudes, j’ai envie d’aller vers ce qui interroge ces convictions, les déplace potentiellement. Et puis il y a que je suis fait de plusieurs voix autres qui me fondent, me tissent, me travaillent, m’éclairent. La chance d’une parole vivifiante doit être préservée et si je m’enferme sur mes certitudes et ma « programmation » je deviens sourd et aveugle. Éditer, c’est faire naître en latin… Je ne suis pas éclectique mais ouvert4 et les contradictions qui me traversent peuvent apparaître sans craindre rien. Ce goût pour la liberté m’empêche de me fixer sur une ligne que je devrais suivre… ça ne m’empêche pas d’être exigeant et instinctif (il faut cet instinct qui sait deviner derrière un manuscrit un livre et d’autres à venir).

FT. Tout comme le terme « élémentaire » – « ce qui a l’opacité du réel dans la langue » (élémentaire (lettre sur la poésie), p. 19) -, celui d’ « inadvertance » est crucial dans votre poétique, non ? L’élémentaire et l’inadvertance contre les excès de l’avant-gardisme… Mais dans le même temps, il faut continuer de lutter contre « la vieille peau poétique » (Le Livre s’est ouvert)… Votre position, proche de ce que l’on a appelé la « modernité négative », semble réconcilier expérimentation formelle et réelisme – le mot « réel » revenant de façon significative dans vos textes…

FR. Le réel, dans le voile qui fait écran, fait toujours irruption, dépossède, heurte, il est singulier, irréductible à tout apprivoisement — c’est un accident, l’orage qui foudroie un homme dans un champ, cette pierre lancée à la tête, c’est aussi, bien sûr, la pensée ! Survenant à l’improviste, comment le comprendre en incluant l’irréparable qui le constitue ? Si on est poète, on voudrait que le poème se décide comme un événement — avec la même force, la même radicalité, la même évidence (et j’entends deux termes sous ce mot : évide & dense). Ce serait tellement bien s’il pouvait comme un témoin se passer de main en main, de voix en voix. C’est la forme du poème qui, en se trouvant, en se concrétisant, en se découvrant (de livre en livre parfois), permet d’inventer cela. En ce sens, l’invention formelle est belle parce qu’elle nous permet de découvrir un territoire nouveau du réel (extérieur/intérieur) — leçon de Rimbaud, Apollinaire, Ponge entre autres. Dès qu’elle devient « formule qui marche » pour répétiteurs-exploitants qui, comme Ali Baba, se contentent de redire : « Sésame, ouvre-toi ! », c’est du formalisme mort (je ne dis pas que ça ne puisse pas être digne d’intérêt et d’analyse ou d’enjeux pour les spécialistes littéraires, mais je situe ma remarque à un autre endroit, vous comprenez bien). C’est en ce sens aussi que la vieillerie poétique peut se trouver chez les lyriques ou les avant-gardistes ou ailleurs (si l’on veut absolument établir des catégories, ce qui ne me semble pas juste, au fond).
Je n’ai donc pas de « position » de réconciliation. Je travaille seulement dans l’atelier des jours, des mots et des langues (je traduis d’ailleurs non pas de l’allemand, de l’anglais, du catalan, de l’italien, du breton5 mais des poètes et pour m’en approcher au plus près, c’est-à-dire m’approcher au plus aigu des possibilités de ma propre langue). Horizontalement et verticalement, en surface et en profondeur (couches superposées, sédiments, archéologie des savoirs et du sujet6), un espace de découverte se déplie — polyphonique, selon un contrepoint où contradiction, juxtaposition, confluence, croisement permettent une parole vivante toujours à naître7. Concrètement, c’est l’espace du livre et celui de la voix, du corps, de la rencontre avec les autres arts (j’aime travailler avec peintres, sculpteurs, installateurs, vidéastes, musiciens, acteur, graphistes aussi et programmateurs pour réaliser des livres électroniques).

FT. On sent bien que votre écriture est dynamisée par divers champs de force, et vous savez vous renouveler d’un livre à l’autre. Je ne vise donc pas à vous enfermer dans telle ou telle catégorie – à vous accoler telle ou telle étiquette. (Au reste, il ne s’agit évidemment pas ici de tomber dans l’antinomie simpliste : réductionnisme du critique, docteur ès généralités abstraites et spécialiste de l’histoire littéraire versus singularité irréductible de l’auctor).
Pour le formuler autrement, disons que les diverses caractéristiques de votre écriture vous font dépasser les positions tranchées du champ poétique de ce dernier quart de siècle, même si à vous lire on songe à la « modernité négative » que j’évoquais (Du Bouchet, Grandmont, Tellermann…). Bien entendu, il me faudrait l’espace d’un long article pour vérifier et creuser cette hypothèse. Dans l’immédiat, je vais juste vous demander quel est votre rapport à l’œuvre d’André Du Bouchet…

FR. J’ai d’abord, très jeune, été saisi en découvrant chez Calligrammes (la librairie — maison d’éditions aussi — que tenaient Bernard et Mireille Guillemot à Quimper) Qui n’est pas tourné vers nous (1979). J’avais 16 ans, j’ai lu dans une sorte de fièvre mentale qui n’avait rien à voir avec le fait de comprendre ou pas ce qui se disait. Ça avait lieu, en moi. Je me suis senti tout de suite libre de respirer dans l’espace que ces pages proposaient. Bien des années après, en 95 ou 96 je crois, j’ai écrit à André du Bouchet pour réaliser un numéro de La Rivière échappée. À ma grande surprise il m’a répondu et m’a invité à venir rue des grands augustins — il m’a fait rentrer, m’a dit : «  mettons-nous au travail, voulez-vous ? »…
Mais je reviens à votre question. C’est une œuvre dans l’ensemble encore relativement méconnue. L’importance qu’elle a pour moi tient à ce que Du Bouchet crée un espace qui permet de faire entendre l’autre face de la langue : antérieur à la parole prononcée. Quelque chose de l’ordre de ce qu’il appelle le muet ou le dehors (même si les deux termes ne sont pas équivalents exactement, autres manières de désigner sans doute aussi ce que je nommerai le réel) au moment d’apparaître se voit capturé. Ce rapt s’inscrit dans l’intervalle qu’une parole de la langue imprononcée traverse, source résurgente, constituée de ce qui le rend justement imprononçable. Aucune transcendance, mais une immédiateté contre laquelle bute toute emprise, parole non assujettie à la langue, réfractaire. Le chant ancien n’est plus, le blanc est un espace d’énergie pure (rythme sourd), il renvoie à la voix dessous qui heurte, fait sentir l’abrupt. L’absurde qui a fait naître la douleur liée au sentiment de perte (Du Bouchet est bien l’enfant de la débâcle) se voit ressaisi. Se haussant au-delà de soi-même, au niveau également d’un sujet qui s’affirme avec netteté débarrassé de tout sentimentalisme (l’emblématique écrire le plus loin de soi-même). Étrangement, Du Bouchet accomplit ce que Ponge se fixe comme objectif : « plus loin et plus intensément je chercherai la résistance à l’homme, la résistance que sa pensée claire rencontre, plus de chance j’aurai de trouver l’homme, non pas de retrouver l’homme, de trouver l’homme en avant, de trouver l’homme que nous ne sommes pas encore (…) »8. Mais d’une manière telle que, par le processus de double négativité, il parvient à instaurer un nouveau rapport au monde au plus proche de sa fraîcheur nue, qu’il sait nous faire écouter. Il nous met sur le pas, et nous voilà en avant de nous-mêmes, avec l’énergie d’aller.

FT. Autre mot clé, celui d’ « aléatoire », qui renvoie à la lecture de Rapt et du Livre s’est ouvert…

FR. L’aléatoire est d’abord l’espace des possibles préparé et ouvert. Outre les retentissements intérieurs que ces simples mots induisent, c’est avant tout le jazz qui m’a marqué — exemplaire est pour moi le parcours de Michel Portal9 depuis son Chateauvallon.
J’ai développé en fait un travail sur la syntaxe plus que celui sur le mot — ayant pris acte de ce que le lexique avait vécu d’opérations grondantes, orageuses afin de pousser au plus loin l’expérimentation et la pensée de la nomination, du lien mots/choses. Syntaxe, oui, mais sans la forcer (sans une quelconque étrangeté de mise pâlement mimant telle ou telle tentative heureuse et neuve, en son temps, qu’il faut tenir pour exemplaire mais ne pas copier comme on le ferait d’une recette), plutôt en l’ouvrant à ses possibles : relations de complémentarité, d’opposition, d’ambiguïté, de retournement entre propositions, espaces visuel et sonore. J’ai sans doute également été sensible à ces dimensions assez tôt grâce à deux chocs : Artaud dans ses lettres à Rivière qui affirme, le 29 janvier 1924 : « Un quelque chose de furtif […] m’enlève les mots que j’ai trouvés, […] diminue ma tension mentale, […], détruit au fur et à mesure dans sa substance la masse de ma pensée, […] m’élève jusqu’à la mémoire des tours par lesquels on s’exprime et […] traduisent avec exactitude les modulations les plus inséparables, les plus localisées, les plus existantes de la pensée » ; et puis l’écoute, l’étude des premières polyphonies, la rencontre, dans ce sillage de l’œuvre de Guillaume de Machaut (musicien, poète). Quand aujourd’hui on lit mes livres, il faudrait le faire à haute voix aussi et à plusieurs en tenant compte d’un espace à trouver comme une chorégraphie intérieure/extérieure — et n’importe qui sait lire peut en faire l’expérience : je ne suis pas un performer solitaire : I’m not a lonesome performer

FT. Dans Rapt (La Termitière, 2013), précisément, il y a une formule que j’aimerais que vous explicitiez : « on abandonne la / poésie à / ses ″comme ça″ »…

FR. Ces trois vers concluent un texte dont le titre est Paris. Lui-même appartient à un ensemble intitulé 14 stelles qui sont autant de lieux dits par ce qui les enlève à leur présence-cliché. La « formule » que vous citez peut se comprendre dans ce cadre restreint alors, je pense, je ne suis pas sûr, je n’en sais rien après tout, je ne suis qu’un lecteur maintenant. Donc : critique du langage qui construit le souvenir positif et convenu de ce qu’on attend quand on voit comme titre Paris — or aucune indication de lieu, aucune description, aucune situation. Et critique, aussi, de la mémoire qui construit le récit imagé et cohérent d’une présence à soi, au lieu, au temps. Du coup, outil de déconstruction et aboutissement ; la poésie est abandonnée au littéral : « c’est comme ça ».
Au lecteur de choisir. Est-ce une fin, heureuse aporie de la finitude objective ; est-ce le résultat positif d’un démontage nécessaire ; ou l’élan neuf d’une comparaison — figure de style poétique s’il en est ?
Il y a derrière ces choix, ces possibilités, des itinéraires, des mémoires, des points de vue qui traversent l’histoire de la poésie mais surtout un questionnement distancié (ironique aussi sans doute parfois) sur le travail poétique d’aujourd’hui. Et plus généralement : comment s’en sortir avec le langage maintenant — est-ce d’ailleurs possible au point où on est arrivé ?

FT. Pour terminer, j’aimerais vous interroger sur un projet en cours. Votre esprit d’ouverture vous a lancé dans une aventure enthousiasmante avec Alexander Dickow (USA) : une anthologie des jeunes poètes français et américains. Pourriez-vous nous en dire plus : comment un tel projet a-t-il vu le jour ? Quels sont ses objectifs ?

FR. Oui, c’est un projet très motivant. Ce n’est pas vraiment une anthologie, c’est davantage la réunion de 24 poètes (12 français, 12 américains) prêts à tenter l’aventure du livre numérique en concevant un projet d’écriture en lien avec images fixes, vidéos et sons. C’est en cours et je remercie Alexander Dickow pour sa réponse enthousiaste dès ma suggestion lancée. Nous avançons, ce sera édité par Publie.net en 2016 en livre électronique et papier. Nous pourrons venir en parler plus précisément dès parution.

FT. Rendez-vous pris, avec le plus grand plaisir !

 

1 On peut découvrir la revue l’Étrangère en la feuilletant ici ou sur le site de l’éditeur, ainsi que la collection Poiesis.

4 C’est cette ouverture qui fait que Jacques Rivière devient le destinataire des lettres d’Artaud, qu’il publiera peu après.

5 On peut lire et écouter ma traduction du chant breton Ar Rannou ici, préfacé par Paol Keineg.

6 La dernière partie de rapt : notre âme ductile, le fait percevoir assez nettement je pense.

7 On peut, pour mieux se rendre compte de mon travail aller lire et écouter un extrait de Contretemps paradist, ouvrage aujourd’hui épuisé.

 

8 Dans Tentative orale, in Méthodes, Paris, coll. Idées, Gallimard, 1971, p.266.

9 Dans le collectif My Favourite things : le tour du jazz en 80 écrivains, dirigé par Franck Médioni, je renvoie à mon texte sur Michel Portal et son album Dejarme solo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 juillet 2015

[News] News du dimanche

Ce soir, 2e livraison de LIBR-VACANCE et présentation du colloque de Cerisy sur PONGE…

LIBR-VACANCE

Profitez de ce temps de "vacance" pour explorer un site riche de centaines d’auteurs et de deux milliers de posts / remonter la UNE…

Libr-vacance : chaque semaine, des infos et des idées de lectures. Pour ce dimanche, voici l’actualité et les (re)lectures de deux écrivains.

â–º Bernard DESPORTES (écrivain, collaborateur de Libr-critique) : est en train de travailler à la troisième version de son prochain roman (volumineux).

Lectures en cours :
Camoes : Les Lusiades – trad. Roger Bismut (Bouquins)
Isaac Babel : Œuvres complètes – trad. Sophie Benech (Le Bruit du temps)
Nicolas de Staël : Lettres (Le Bruit du temps)
Oe Kenzaburô : L’Ecrivain par lui-même, entretiens – trad. Corinne Quentin (Philippe Picquier)

Relectures :
Virgile : L’Enéide – trad. André Bellecourt (Bartillat)
Henri Michaux : Poteaux d’angle (Poésie/Gallimard)
Léon-Gontran Damas : Pigments / Névralgies (Présence Africaine)

Lectures :
Elisabeth Van Rysselberghe : Lettres à la Petite Dame (Gallimard)
Hermann Broch : Le Tentateur – trad. Albert Kohn (Gallimard)
Lao She : Gens de Pékin – trad. Paul Bady et autres (Folio)
Claude Lévi-Strauss : Le Regard éloigné (Plon)
Ingeborg Bachmann : Poèmes – trad. François-René Daillie (Actes Sud)
Claudio Magris : A l’aveugle – trad. J & M-N Pastureau (L’Arpenteur)

â–º François RANNOU (écrivain) : en plus de ses responsabilités chez La Lettre volée (Bruxelles) et sur Publie.net

  • En projet : lecture polyphonique d’un texte pour 40 voix (& écriture de la suite de La Chèvre noire + un essai décoiffant sur André du Bouchet). 

    Relectures : Marcelin Pleynet ; Le propre du temps & Devant le temps de Georges Didi Huberman…

  • Recommandations : Cité dolente de Laure Gauthier (qui vient de paraître aux éditions Châtelet-Voltaire)

    et la prochaine résidence du compositeur Aurélien Dumont à La Scène nationale de Quimper.

Colloque international de Cerisy – Francis Ponge : ateliers contemporains (24-31 août 2015)

En 1975, au Centre Culturel International de Cerisy, Philippe Bonnefis et Pierre Oster organisaient, en présence de Ponge, un colloque titré "Ponge inventeur et classique" (dont les actes d’abord parus en 10/18 ont été réédités par les éditions Hermann dans la collection Cerisy/Archives) qui éclairait la proximité de l’écrivain aux démarches des néo-avant-gardes de l’époque (de Tel quel à Digraphe) et abordait son œuvre selon les approches en vogue de la "nouvelle critique" (poétiques formalistes, d’inspiration linguistique ou rhétorique). Quarante ans plus tard, il paraît indispensable de faire le point sur la place de cet auteur majeur dans le paysage littéraire, artistique et universitaire contemporain.

En France, le climat théorique et critique a évolué, de même que la connaissance objective de l’œuvre, désormais accessible dans la Bibliothèque de la Pléiade et augmentée par les annexes précieuses des Pages d’ateliers (Gallimard, 2005) ou par le corpus assez large des correspondances publiées de Ponge (avec Camus, Mandiargues, Paulhan, Thibaudeau, Tortel). Ce corpus ne cesse de s’enrichir (Correspondance avec Prigent en cours de publication) et permet d’observer la "fabrique" d’une figure et d’une posture de poète (ou de non-poète) dans le champ clos d’un paysage (liens avec les confrères, les amis, les éditeurs, les revues, etc.). Il convient aussi de prendre la mesure de ce qui continue de faire signe — et parfois leçon — pour nombre de (jeunes) écrivains ou artistes (peintres, sculpteurs, musiciens), voire pour les acteurs toujours plus nombreux à mettre en scène ses textes.

À l’étranger, les traductions de Ponge se multiplient (notamment en Amérique latine ou au Japon) et imposent d’interroger les modalités nouvelles de la réception de cet auteur. Tout aussi remarquable est l’insertion de l’écrivain dans le corpus académique (utilisation systématique dans les "ateliers d’écriture" ou programmes scolaires). Ponge reste donc au cœur des ateliers les plus contemporains de la création et de la réflexion: il convient d’évaluer les raisons d’une telle actualité et d’en préciser les différentes modalités.

Comité organisateur :

Lionel Cuillé : Jane Robert Chair in French Studies, Webster University, Saint-Louis, USA – cuilleli@webster.edu

Jean-Marie Gleize, Professeur Émérite, École Normale Supérieure de Lyon – France – gleizejeanmarie@gmail.com

Bénédicte Gorrillot : Maître de Conférences, Université de Valenciennes- Composante de recherche CALHISTE – France – bgorrillot0474@orange.fr
(†) Gérard Farasse : Professeur Émérite, Université de la Côte d’Opale – France

Retrouvez le programme et le bulletin d’inscription ici

CALENDRIER PROVISOIRE (renseignements complémentaires) :

Lundi 24 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants

Mardi 25 août
Matin:
Situations (I)

Jean-Marie GLEIZE: Ouverture du colloque
Stéphane BAQUEY: Le colloque de Cerisy en 1975, actes: textualismes en présence du phénomène Ponge
Jean-Charles DEPAULE: Francis Ponge au travail – (re)tenir, lâcher prise

Après-midi:
Texte (I)
Michel COLLOT: Le parti pris des lieux
Sophie COSTE: "Par le mot par commence donc ce texte": une matrice à l’œuvre?

Texte (II)
Nathalie BARBERGER: Araignées
Thomas SCHESTAG: Fastigiée: au cœur du Soleil de Francis Ponge

Soirée:
Francis Ponge dans l’atelier des peintres
Présentation des œuvres exposées, par Christine CHAMSON et Frédérique NALBANDIAN

Mercredi 26 août
Matin:
Rhétoriques (I)
Marie FRISSON: De vers et prose(s): le prosimètre de Francis Ponge
Bénédicte GORRILLOT: Du proême antique aux proêmes pongiens

Après-midi:
Rhétoriques (II)
Jean-Marie GLEIZE: Poète pas très

Rhétoriques (III)
Jean-Luc STEINMETZ: Ponge en personnes: la formule et le lieu
Aziz JENDARI: Du premier Ponge au Parti pris des choses, jeux et enjeux de la satire

Jeudi 27 août
Matin:
Ponge / cinéma
Philippe MET: Ponge et Bresson, ou comment (ne pas) faire l’âne

Situations (II)
Elisabeth CARDONNE-ARLYCK: Émotions de Ponge
François BIZET: L’heure végétale

Après-midi:
À L’IMEC (Abbaye d’Ardenne, Caen)
Présentation des archives, par Typhaine GARNIER et Claire PAULHAN

Soirée:
À L’IMEC (Abbaye d’Ardenne, Caen)
Lectures, par Pierre BAUX et Jean-Marie GLEIZE

Vendredi 28 août
Matin:
Correspondances (I)
Benoît AUCLERC: Présentation: bilan sur les correspondances
Didier ALEXANDRE: Francis Ponge et Gabriel Audisio: réflexions autour de la correspondance de  Ponge
Pauline FLEPP: Francis Ponge-Jean Paulhan: l’échange épistolaire comme "jeu d’abus réciproque"

Après-midi:
Correspondances (II)
Alain PAIRE: Les Jardins-Neufs de Jean Tortel
Benoît AUCLERC: "Avoir assez vécu pour voir apparaître des gens comme vous": la correspondance avec Christian Prigent
Jean-Marie GLEIZE: La correspondance Ponge-Dupin: présentation du travail d’édition de Gérard Farasse

Soirée:
Lectures de textes et d’extraits de correspondances de Francis Ponge, par Pierre BAUX et Jean-Marie GLEIZE (avec le soutien de la Fondation d’Entreprise La Poste)

Samedi 29 août
Matin:
Ponge / Autres auteurs
Joëlle GLEIZE: Francis Ponge et Claude Simon: une "rectification continuelle"
Olivier GALLET: Jaccottet: la réserve Ponge
Michel MURAT: Ponge objectiviste?

Après-midi:
Ponge / étranger (I) – USA / Europe
Vincent BROQUA: Lectures anglo-américaines de Francis Ponge
Lionel CUILLÉ: Made in USA: écocritique de Ponge
Luigi MAGNO: Ponge et l’Italie. Hapax, détours

Dimanche 30 août
Matin:
Ponge / étranger (II) – Brésil
Adalberto MÜLLER: Ponge vu par les choses: réalisme spéculatif, perspectivisme, traductions
Marcelo Jacques de MORAES: Mange-t-on une figue de parole?

Après-midi:
Ponge / étranger (III) – Japon
Yu KAJITA: Ce que de l’œuvre de Francis Ponge révèle sa réception japonaise
Marguerite-Marie PARVULESCO: Ponge dans la perspective des kanshi japonais: écriture, lecture et traduction
Asako YOKOMICHI: Les traductions de Ponge en japonais

Lundi 31 août
Matin:
Lionel CUILLÉ, Jean-Marie GLEIZE & Bénédicte GORRILLOT: Conclusions

8 février 2015

[News] News du dimanche

 En ce deuxième dimanche de février, UNE sur l’un des livres les plus remarquables de ces derniers mois : Surplis de Frank Smith. Suivent nos Libr-brèves (Alphabetville, Didier Calléja, poésie et traduction…).

 

UNE /FT/

â–º  Frank Smith, Surplis, Argol, novembre 2014, 20 €, ISBN : 978-2-37069-006-7.

Avec ces mouvements de pensée-à-toi qui nécessitent le vide, la vie n’est pas tant dans les plis individuants ou les déplis objectivants que dans les surplis : les courts-circuits de l’intentionalité, les agencements spatio-temporels d’éléments sensibles, les compositions de rapports, les télescopages d’affects et de percepts, les superpositions de matériaux en devenir…

Au lecteur de composer avec ce "livre-plateau portatif", qui doit sa réussite à l’inventivité de l’auteur et, pour la mise en page, à la virtuosité de Julie Palat.

 

Libr-brèves

â–º Spécial Alphabetville
 
* Ressources en ligne

– Jean-Christophe Bailly

Dans le cadre des micro-résidences d’Alphabetville en collaboration avec le cipM, la Friche Belle de Mai et les Bancs publics (octobre 2014)
Entretien avec Emmanuel Moreira sur Radio Grenouille
Ecouter le podcast

 
– Bernard Stiegler

Dans le cadre du programme « Vers un art de l’hypercontrôle »
Conférence organisée par Alphabetville et l’Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence (décembre 2014)
Voir la vidéo
 
Dans le cadre du programme « Creative disturbance » développé par Leonardo
Entretien entre Bernard Stiegler, Roger Malina, Colette Tron
Ecouter les podcasts 
 
 
* A paraître
 
Textes inédits dans le prochain numéro de la revue MCD, « Art et politique », mars 2015
. Ars et inventions organologiques dans les sociétés de l’hypercontrôle, par Bernard Stiegler
. Armes et arts de la révolution, de l’électronique au numérique, par Colette Tron
. #OSJUBA, l’urbanisme ouvert dans la transformation post-conflit, par Stephen Kovats
 
 
Adhésion
 
Les activités et ressources d’Alphabetville sont en accès libre.
Pour soutenir l’association, vous pouvez adhérer grâce au formulaire à télécharger sur le site.
 
Alphabetville, Friche Belle de Mai, 41 rue Jobin 13003 Marseille 0495049623 ; alphabetville@orange.fr / www.alphabetville.org

 

â–º "Principe d’incertitude" : Improvisation Benoist BOUVOT (guitare) Didier CALLEJA /Didika Koeurspurs( texts objets sons) à la Machinante de Montreuil/ Re-mastering : Black SIFICHI + Improvisation avec les spect-acteurs et poète du festival poésie "gratte Monde" avec Carlos LAFORET.

â–º Vendredi 20 février 2015 à 20H00, La Lucarne des écrivains (115, rue de l’Ourcq 75019 Paris) : poésie et traduction, avec Isabelle Macor et François Rannou.

31 août 2014

[News] Libr-vacance (2/2)

Et si l’on prolongeait un peu ce temps de Libr-vacance, pour mieux résister au tsunami de la "rentrée littéraire" ? Prenez donc le temps de vous (re)plonger dans Esther Tellermann, Serge Pey, Philippe Guénin, Corinne Lovera Vitali ; les revues L’Étrangère et Place de la Sorbonne. [voir Libr-vacance 1/2]

 

â–º Esther TELLERMANN, Bruxelles, éditions La lettre volée, printemps 2014 : Nous ne sommes jamais assez poète, 208 pages, 22 €, ISBN : 978-2-87317-426-2 ; Carnets à bruire, 104 pages, 16 €, ISBN : 978-2-87317-425-5.

Qui ne crie / marche     rêve /      au front ?

Sensible à "la spatialité sonore du poème" (essai, p. 23), Esther Tellermann tire de ces répertoires de formes que constituent les carnets d’André du Bouchet (1924-2001) des poèmes "à ciel ouvert" (Carnets, 84) qui confrontent langue, matière et espace, conformément au principe esthétique exposé : "le poème comme la marche du vivant est passage où le sensible métamorphosé dans le prisme de la langue se complexifie dans un jeu de superpositions et de correspondances qui tout à la fois le réduisent à une épure, lui font perdre sa spatialité perceptive" (24).

Dans la lignée des Modernes, Esther Tellermann prend acte de l’inadéquation du langage au monde et, aussi proche de Rimbaud et de Bataille que de son ami Bernard Desportes, se concentre sur la quête de l’impossible. Pourquoi nous faut-il toujours être davantage poète ? Précisément, pour explorer notre part du feu, de l’inhumain, de l’extrême. D’où l’attention qu’elle porte, dans des textes plus ou moins concis qui attestent l’acuité de son regard critique, aux poètes de la modernité négative – à la poésie blanche ou surréflexive (Du Bouchet, Dupin, Royet-Journoud, Grandmont, Daive) -, mais aussi à Baudelaire, Mallarmé, Artaud, Glissant… On y retrouve par ailleurs avec plaisir ses articles sur Christian Prigent ("Tuer la mère") et Bernard Desportes ("La Langue de Vlad").

 

â–º Serge PEY, Agenda rouge de la résistance chilienne, Al dante, 2e trimestre 2014, 424 pages, 27 €, ISBN : 978-2-84761-774-0.

Aux propos d’Esther Tellermann dans son essai semble faire écho cette phrase extraite du "Journal de Miguel Enriquez", l’un des dirigeants du MIR (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire), assassiné le 5 octobre 1974 : "La poésie est la caractéristique de tout ce qui est humain et aussi non humain" (p. 21). Autres fulgurations : "La propriété est une maladie incurable. Le seul médicament possible contre cette maladie reste la poésie" ; "nous sommes des pohèmiens et non des militants" ; "La poésie dépasse la poésie des livres"…

Avec ce volume qui allie textes très divers écrits entre 1974 et 1986 (y compr, fais manuscrits), images et dessins (montages irrésistibles !), Serge Pey, ancien militant du MIR et partisan de l’art-action, nous livre un polyptyque poétique-politique qu’on laisse à portée de main pour savourer peu à peu.

 

â–º Philippe GUÉNIN, Anatomies du néant, éditions Dumerchez, printemps 2014, 110 pages, 15 €, ISBN : 978-2-84791-182-4.

Ressortissant à une poésie de négation, une cancérisation lyrique, Anatomies du néant s’érige à l’encontre du réelisme et du littéralisme, l’objectif étant de retrouver/renouveler le métaphorisme sans pour autant viser l’inatteignable réel ("la vie en soi"). Dialogue, polyphonie, cut-up, poésie spatiale, écriture sismographique s’alternent pour cancériser un monde sursaturé d’images et de discours – pour nous donner à voir/entendre de curieuses anatomies du néant… Voyez un peu : "OS DE CHAOS PERLE DERRIÈRE LES PORTES BATTANTES À Paris le bottin des courtisanes du gratin était plus épais qu’un annuaire de téléphone. 220 diamants dans l’estomac d’un homme interpellé à l’aéroport" (p. 15).

 

â–º Corinne LOVERA VITALI, Tout ce que je veux, les éditions précipitées (83), 2011, 28 pages + CD, 10 €, ISBN : 978-2-915971-18-7.

Retour sur un fascicule-cd de Corinne Lovera Vitali qui met en perspective les dernières créations que nous avons mises en ligne : avec en exergue une citation de Virginia Woolf ("Il me vient une idée délicieuse : / j’écrirai tout ce que je veux écrire") qui explique le titre, cet agencement répétitif-réflexif est mis en valeur par une fascinante diction naïve.

 

â–º L’Étrangère, éditions La Lettre volée, Bruxelles, n° 35-36 : "Théorie et poétique du fragment", été 2014, 224 pages, 15 €, ISBN : 978-2-87317-441-5.

"Indispensable si on ne veut pas tomber dans la représentation" (Bresson), la fragmentation est le propre de la (post)modernité : contre la pensée continuiste, la conception de l’œuvre et du monde comme totalité close et cohérente, elle permet de rendre compte de l’étrangeté du réel, fil rouge de cette revue majeure. Est ainsi examinée l’écriture fragmentaire des romantiques (Novalis, Schlegel, Baudelaire) à Deleuze et au cinéma expérimental contemporain, en passant par Nietzsche, Valéry, Benjamin, ou encore Cage.

Parce qu’elle est le lieu de l’intensité et de la fulgurance (cf. Pierre-Yves Soucy), la poésie est privilégié dans ce dossier indispensable : "le poème, seul, accepte les incohérences, les failles, les intègre en tant que telles, sans les résoudre parce que son mouvement fait sens au-delà et contre les sens donnés établis, il crée son sens, multiple, ouvert" (François Rannou, p. 88).

 

â–º Place de la Sorbonne, éditions du relief, n° 3, printemps 2013, 264 pages, 15 €, ISBN : 978-2-35904-049-4.

Saluons la troisième livraison de cette revue riche et élégante qui, sous l’impulsion de Laurent Fourcaut, se distingue surtout par sa rubrique "Poésie contemporaine de langue française" : pensez donc, l’éventail de textes d’auteurs très divers est accompagné de notices analytiques sans équivalent dans l’espace des revues français.

 

 

22 septembre 2013

[News] News du dimanche

En cet avant-dernier dimanche de septembre, deux livres reçus de premier plan : Véronique Bergen, Edie. La Danse d’Icare (Al dante) et Edouard Levé, Autoportrait (POL). Des Libr-événements majeurs : Festival d’automne à Paris ; rencontre autour de François Rannou à Quimper ; rencontre avec Serge Pey à Toulouse ; rencontre avec Suzanne Doppelt et Daniel Loayza à Paris ; INTON’ACTION #3 à DATABAZ (Angoulême) ; 23e salon de la revue à Paris. /FT/

Livres reçus

â–º Véronique Bergen, Edie. La danse d’Icare, Al dante, septembre 2013, 288 pages, 20 €, ISBN : 978-2-84761-789-4.

"J’ai toujours pensé que pour échapper au règne des hommes, il me suffirait de danser à un mètre du sol" (p. 84).

Vampirisée par un père fantasmé (Fuzzy), celle qui voit la mort dans son prénom ("die"/Edie) se gave de sexe et de drogue… se scarifie mais ne se clarifie pas… devient "danseuse hors père"… parle, parle et reparle… Eros et Thanatos, bios et graphein…

Vous ne pouvez pas ne pas lire cette incroyable biofiction trash sur une actrice et mannequin morte tragiquement d’une overdose à vingt-huit ans (Edie Sedgwick : 1943-1971). Vingt-huit chapitres, donc, alternant dialogues plus ou moins fantaisistes et récit à la première personne – récit "dépersonnalisé" tant la parole se fait parfois délirante : c’est à un véritable Bing Bang – des temps comme des signifiés et des signifiants – que nous assistons… À psyché instable, style tumultueux dominé en particulier par la translation (passage d’une catégorie grammaticale à une autre : "je babylone", "il me stromboliait", "Fuzzy titaniqua Salt et Pepper", "elle pavlovera", "stéthoscoper"…

â–º Edouard Levé, Autoportrait, P.O.L, 2005 ; rééd. septembre 2013, #formatpoche, 96 pages, 5 €, ISBN : 978-2-8180-1939-9.

Excellente idée que cette réédition soignée – et à prix réduit – d’un autoportrait un peu paradoxal : n’ayant lu dans sa vie que quatre biographies, Edouard Levé semble préférer le j’aime/je n’aime pas de Roland Barthes à l’autobiographie traditionnelle ("Décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps que la vivre"). À un début saisissant par sa condensation dramatique ("Adolescent, je croyais que La Vie mode d’emploi m’aiderait à vivre, et Suicide mode d’emploi à mourir") succède une accumulation de propositions qui se télescopent sans logique apparente : souvenirs personnels, lectures, considérations physiques, politiques, écologiques… linguistiques : « Je n’utilise pas les expressions suivantes : "Ça me parle", "À plus", "Il y a du désir", "Ça le fait", "C’est tip-top". »

♦ [Lire la présentation éditoriale de 2005]

♦ [Lire/écouter des extraits]

â–º La Revue des revues, Association Ent’revues, Paris, n° 50, automne 2013, 144 pages, 15,50 €, ISBN : 978-2-907702-62-1.

Pour le 23e Salon de la revue (cf. ci-dessous), paraît le 50e numéro de la revue qui, par delà les disciplines, considère la revue comme une forme à part entière. Entre autres, on notera le dialogue avec Jacqueline de Roux qui revient sur l’aventure des Cahiers de l’Herne (1960-1972) ; on s’arrêtera sur les vingt ans de la revue Art présence (fondée en 1992)… Y sont recensées par ailleurs les nouvelles revues présentées ici même au début de l’été : Aka et K.O.S.H.K.O.N.O.N.G.

♦ [Découvrir le sommaire complet, lire les résumés et certaines chroniques dans leur intégralité – et donc la fin de la mienne sur K.O.S.H.K.O.N.O.N.G.]

 

Libr-événements

â–º Du 25 septembre au 21 décembre 2013, 42e édition du Festival d’automne à Paris. Côté théâtre, on ne manquera pas Richard Wilson, l’Antithéâtre de Gwenaël Morin, Marthaler… [consulter le programme]

â–º Le Vendredi 27 septembre 2013 à 18H00, à la Médiathèque de Quimper (Médiathèque des ursulines, Esplanade Julien Gracq), rencontre autour des livres de François Rannou, La Chèvre noire (éds. Publie.net / Publie.papier) et Rapt (éds. La Nerthe/La Termitière).

â–º Vendredi 27 septembre, de 18H à 20H, Librairie des Ombres Blanches (50, rue Gambetta à Toulouse), rencontre avec Serge Pey autour de son dernier livre, Tombeau pour un miaulement.

â–º Jeudi 3 octobre 2013 à 19H, Librairie Michèle Ignazi (17, rue de Jouy 75004 Paris / 01 42 71 17 00), rencontre avec Suzanne Doppelt et Daniel Loayza pour Mouche. Une anthologie littéraire (Bayard).

â–º INTON’ACTION #3 _ rencontres internationales de poésie et d’art action du 4 au 27 octobre 2013 (DATABAZ, Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : 100, rue du Gond à Angoulême)

Pour sa troisième édition, DATABAZ poursuit son exploration des territoires audacieux de l’art action et de la poésie contemporaine, du sonore au numérique, de l’électronique au plastique, la performance sera explorée dans sa diversité et sa radicalité, durant deux jours de rencontres et un mois d’exposition.

Dans le sillage du Futurisme, de Dada et de Fluxus, les dix artistes présents artistes, qu’ils viennent d’Espagne, du Mexique, d’Italie ou de France, travaillent au coeur du contemporain, pour inventer un art actuel, une poésie en acte, dans l’action, en marche. Une parole debout, dans le corps, dans la voix, dans le geste …. Une poésie du faire, du vivre, vibrante et trépidante, qui prend le risque de l’instant, du moment, du contexte, qui travaille avec ce qui est là, ici et maintenant, debout, dans l’action du présent. Un art qui prend le risque du direct là devant, sans représentation, sans protection, un dire qui se donne dans la vie, pour faire, faire résonner, palpiter, ébranler, mettre en marche, en avant !

_ vendredi 4 octobre

DATABAZ – 20h30 – entrée : 5 euros // pass 2 soirées : 8 euros

/////// Pascale Barret (Belgique), Elvira Santamaria (Mexique), Eduard Escoffet (Espagne), Charles Dreyfus (France)

De la poésie sonore de Giovanni Fontana, grand poète italien, qui fait vibrer les sons et les mots en véritable maestro, à la poésie concrète du quotidien de Cécile Richard, en passant par le corps dansant et animal de Valentine Verhaeghe, et les install’actions du duo Akenaton (Philippe Castellin et Jean Torregrossa), en prise direct avec la matière et le politique, venez partager avec nous ces moments trépidants !

_ samedi 5 octobre

Marché des Halles et ses alentours – 11h

/////// performances dans l’espace public de Giovanni Fontana, Cécile Richard, Akenaton, Valentine Verhaeghe, Elvira Santamaria, Charles Dreyfus

DATABAZ – 20H30 – entrée : 5 euros // pass 2 soirées : 8 euros

/////// Pascale Barret (Belgique), Elvira Santamaria (Mexique), Eduard Escoffet (Espagne), Charles Dreyfus (France)

Deuxième soirée des rencontre INTON’ACTION pour découvrir l’art action et la poésie contemporaine, pratiques artistiques engagées et détonnantes, qui travaillent au coeur du réel et du corps. Des performances numériques de Pascal Barret qui interroge le corps cybernétique, à la poésie sonore percutante du catalan Eduard Escoffet, en passant par l’humour post-Fluxus de Charles Dreyfus et la force esthétique radicale d’Elvira Santamaria, venez vivre cette soirée performative et perforatrice!

Exposition////vidéos, poésie sonore et visuelle, installation et documents

Cécile Richard, Giovanni Fontana, Valentine Verhaeghe, Akenaton, Pascale Barret, Elvira Santamaria, Eduard Escoffet, Charles Dreyfus

du 4 au 27 octobre // vernissage samedi 4 octobre – 18h

horaires : du mercredi au dimanche – 15h – 19h + sur rendez-vous / entrée libre

Le festival sera retransmis en direct sur Internet sur Selfworld, motel numérique grâce à Ivan Chabanaud

â–º Espace d’animation des Blancs-Manteaux (48, rue Vieille-du-Temple 75004 Paris), vendredi 11, samedi 12, dimanche 13 octobre 2013, 23e Salon de la Revue

Mnémotechniquement, c’est facile : 11-12-13/10/13 ! Donc, le Salon de la revue 2013 aura lieu les vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 octobre 2013.

Vous pouvez retrouver tous les participants
Exposants
Revues présentes
Cette liste se complètera au fur et à mesure.

Voici le programme 2013, dans une version légère
Programme en bref
et dans la version définitive, complète et détaillée ici heure par heure.

 

   

9 novembre 2008

[News] News du dimanche

Cette semaine : les news du web, livres reçus et "Pleins feux sur les Singuliers d’Argol".

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