Carbone n°4, CONTAMINATIONS, éditions Le mort qui trompe, 124 p. ISSN : 1953-681X // ISBN : 978-2-916502-05-2 // Prix : 8 €. [site des éditions]
29 novembre 2007
[revue] Carbone n°4
4 octobre 2007
[Livre] Esteria de François Richard
François Richard, Esteria, ed. Le grand souffle, coll. Atom poésie. 181 p.
ISBN : 9782-916492-17-9. Prix : 14,8 €
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4ème de couverture :
« Je suis guitariste. La musique est la vibration primordiale. Après sept ans d’anorexie, la vie s’est insurgée dans ma vie. Tout s’est accéléré en des jours étranges. Des lignes de vitesse, des intensités ont traversé l’espace nouveau de mon être. La vie, la parole, petite sueur vibrant, toujours témoin du premier instant. Puissante musique intérieure enceinte, orage électrique, boréal, Esteria : une chanson pour la parole. »
Il y a dans l’écriture de François Richard, qui a déjà publié Vie sans mort, le signe mystérieux d’un poète futur d’aujourd’hui, l’intuition ardente d’une jeunesse qui fait advenir un autre monde du son dans le langage humain. C’est pourquoi Esteria inaugure la collection ATOM du Grand souffle.
Notes de lectures :
Tout d’abord signalons et saluons la naissance de cette collection poésie aux éditions Le grand souffle, dont nous avions parlé lors de la sortie de Avril-22 ceux qui préfèrent ne pas sous la direction d’Alain Jugnon [ici]. En ces temps de questionnements fréquents et parfois angoissés sur le devenir de l’édition, qui plus est des éditions de poésie, cette collection, montre une nouvelle fois l’intérêt pour les recherches poétiques.
Avant de parler brièvement d’Esteria, je voudrai tout d’abord exprimer le plaisir que j’ai de lire ce texte. François Richard n’est pas en effet pour moi, seulement l’éditeur dirigeant Caméras Animales en association avec son frère Mathias [cf. entretien ici]. Certes nous nous sommes revus à cette occasion. Mais la découverte de cet écrivain date de quelques années auparavant, de l’année 2000, moment où je dirigeais une petite collection de poésie pour l’association Trame-Ouest. François Richard, en cette époque-là , m’envoya plusieurs manuscrits, aux langues transgressées, aux rythmes souvent frénétiques et accidentés, en bref de qualité remarquable. Sans doute effrayé par la longueur de certains de ceux-ci, sans doute résigné à une certaine forme de lâcheté éditoriale, tout en lui répondant et en lui témoignant de mon admiration, je refusais de publier chacun de ses textes. C’est pourquoi depuis sa publication chez Richard Meyer dans la collection Vents contraires, c’est une joie de pouvoir le voir diffuser sa langue.
François Richard, indéniablement, explore une langue, ou plutôt la langue le provoque à l’écriture, car on ressent bien que c’est le flux de la langue qui le pousse, qui se propulse dans l’écriture, et ce n’est pas d’abord un choix délibéré. La langue lui souffle ainsi la parole.
Esteria pourrait être le récit de cette parole qui s’immisce dans l’existence. Esteria est le récit d’une forme de rédemption, d’une terre retrouvée après son oubli. D’emblée, il l’écrit : « Il rescapa le jour d’un poème ». Sortie d’une forme de naufrage, sans doute geste qui passe par la possibilité enfin de la parole. De dire, et tout d’abord dire son propre être, se remettre à proximité de celui-ci.
Esteria, au niveau poétique, est une composition complexe (les parties étant placées pour 2 d’entre elles (chiffre de 1 à 7, et les lettres de o à m) en ordre décroissant) où la langue si elle se laisse aller à la métaphore, pourtant ne construit pas son réel à partir de celle-ci. La beauté de la langue de François Richard ne tient pas aux déplacements opérés par la représentation métaphorique, ou bien encore aux télescopages des images, mais à sa manière de lier ce premier travail, classique, à un autre celui d’une effraction de la langue, d’une torsion, de coupures sans sutures qui viennent l’accélérer, l’accidenter, la provoquer au sens.
Il est ici nécessaire de remarquer que François Richard, avec quelques autres, rares, est un inventeur d’idiolect. Invention d’idiolect qui s’échappe pour une grande part justement des avancées de TXT et de sa succession, que l’on retrouve à travers certaines poésies carnavalesques où le calembour et les jeux de mots dominent. Tout au contraire, l’incise de et dans la langue se déploie non pas à partir de ce type de logique, mais souvent en relation avec une réflexion quasi-philosophique de la langue, qui me fait penser par moment à Derrida./Philippe Boisnard/
30 septembre 2007
[émission vidéo live] News de la blogosphère
Après une interruption d’une semaine due à un problème de hotspot sur Nancy. Nous reprenons aujourd’hui le fil.
Sommaire de l’émission :
[1] News du web littéraire — retors.net — Dim O’Gauble [flash site] — la librairie litote en tête — c-box de Marc Veyrat
[2] Les livres reçus — Sombre Ducasse de Lucien Suel /ed. Le mort qui trompe/ — Etre touché de Bernard Andrieu /ed. La maison close/ — Un bâton de Pascal Leclercq/Jac Vitali /ed. La Dragonne/ — Esteria de François Richard /ed. Le grand souffle/
[3] Dossier — touch[er/é] et littérature — A partir d’une ouverture problématique que nous ferons en liaison au livre de Bernard Andrieu qui pose parfaitement la question des déplacements du touch[er/é] dus aux médiations technologiques, nous nous interrogerons sur la manière dont le sens du monde [cf. Jean-Luc Nancy] est touché, ou bien touche. Quelles sont les rapports entre le geste poétique et littéraire en tant qu’il tente de mettre le doigt sur des aspects de notre monde et ce monde lui-même ?
12 juin 2007
[NEWS] Lectures pour la sortie de Raison basse, le 16 juin
Samedi 16 juin 2007, à 19h30, Galerie Mycroft, lectures pour la sortie de Raison basse aux éditions Cameras Animales, avec :
Nikola Akileus, Philippe Boisnard, Elie Delamare-Deboutteville, Pierre Escot, HC Jones, Gilles Maté, Joachim Montessuis, Ner, Didier Ober, Tristan Ranx, François Richard, Mathias Richard, Christophe Siébert, Charles Simon, Denis Soubieux, Thierry Théolier.
[lire l’entretien avec François et Mathias Richard]
[lire la présentation du livre]
7 juin 2007
[ENTRETIEN] Mathias & François Richard, à propos de Raison Basse
[Mathias et François Richard dirigent la maison d’édition Caméras Animales, dont nous avons déjà parlé à propos du livre de Thierry Théolier Crevard baise Sollers. Ils viennent de publier Raison basse, que nous avons déjà présenté sur Libr-critique [ici]. Cet entretien tente de montrer certains enjeux littéraires et critiques de ce livre collectif [30 auteurs], qui entrecroise une diversité d’expériences littéraires.]
1/ De quelle manière vous est venue l’idée d’explorer les variations possibles de l’écriture en rapport aux variations psychiques humaines ?
François : Je crois qu’il y a deux niveaux de réponse : par rapport à la création des éditions Caméras Animales, et par rapport à la nouveauté en particulier, Raison basse.
Pour la création des éditions, je ne sais pas si on peut appeler « une idée » quelque chose d’aussi viscéral. C’était une envie qui ressemblait fort à un besoin. Quelque chose qui semble être arrivé dans l’ordre des choses. En 2003 cela faisait des années que Mathias et moi, après avoir pris des chemins de traverse différents à partir de l’adolescence, cheminions parallèlement dans les recoins sombres de la vie créative du pays, du côté des musiciens et du côté de ceux qui écrivent. C’était aussi bien sûr les années d’initiation, et les années où nous sommes chacun rentrés dans nos voix d’écriture propres (la mienne, au début, était influencée par celle de Mathias, que je suivais lointainement, qui me fit entrer dans l’immensité de l’univers lecteur), des voix qui pour nous deux avaient le point commun d’être très sismogrammiques, très différentes tant d’aspects mais tendant toutes deux spontanément vers une pulsation des entrailles, tractile et ductile en séquences inconnues, laquelle nous est apparue a posteriori, intuitivement, comme la marque d’une voix de vérité nue transconsciente. Impossible de dialectiser davantage quelles traces sont d’elle et quelles traces ne sont pas d’elle, ce que nous savons, c’est que lorsque nous la rencontrons nous la reconnaissons, nous nous reconnaissons sous d’autres visages. Sa particularité est d’être insituable, de se développer sous tous les modes connus et possibles. Elle est l’adn de l’intensité térébrante, de la mise en abyme soudaine du corpus.
Notre projet d’éditions, c’est de montrer la pluralité et la dissemblance apparente des corps porteurs de cette trace, et de dégager en même temps l’essence magmatique commune.
Le projet de Raison basse, c’est de condenser le projet des éditions en un seul livre, une conjugaison à tous les corps, à tous les états et humeurs de son infrascience, « vision de paysage de voix en reliefs, prises d’airs et plongées en profondeur, en fondu-enchaîné ».
Mathias : L’espèce humaine a exploré les terres, les mers, le ciel, et attendant de pouvoir mieux explorer le cosmos (comme beaucoup j’attends de pouvoir voyager dans l’espace), nous explorons les pensées, les subjectivités. C’est notre « Go, West ! » intérieur, notre bois sacré, notre mystère à percer et notre « toujours plus loin ».
Pour paraphraser Punish Yourself, si l’avant-garde est morte alors nous sommes les zombies ! D’ailleurs certains, comme Charles Pennequin, explorent brillamment l’écriture-zombie.
Et qui dit zombie dit vaudou.
Et qui dit vaudou dit sacré, créolisation, magie, doubles en soi, mort, vie jusque dans la mort, résistance à l’oppression par déplacement et subversion de codes inculqués, langues mêlées, recréées, rituels, transe, rétablissement impossible d’une tradition coupée (détruite) par la violence du monde (en l’occurrence la traite et l’esclavage), mais portée par la vitalité du sacré, bref, hybridation, mutation.
Qui dit zombie dit aussi machine, machinisme, robot, androïde. Et non loin du zombie gît métonymiquement la figure du vampire.
Ce n’est pas un hasard si les figures privilégiées de ce que j’appelle le « mutantisme » sont le robot, le golem, le mutant, l’androïde, le métamorphe, l’alien, l’extra-terrestre, le mal-formé, le surdoué, l’inadapté, le freak, le monstre, le super-héros/vilain, le réplicant, le cyborg, l’ordinateur, la bête, les différents règnes vivants (animal, végétal, fongique, bactériologique… bientôt informatique, peut-être), le vampire, le lycanthrope, le zombie, le caméléon, l’hybride, le frankenstein, le cobaye. Toutes formes expérimentant des sèmes différentiels, par soustraction, addition, mélange, émulsion, réaction, cristallisation de devenirs contemporains.
Au moins autant que le résultat, au moins autant que la résolution en une figure, ce qui m’intéresse est le processus, l’anomalie, le différentiel d’un point à l’autre, l’« entre » (le santre : l’antre, le ventre, l’entre et le centre) et le « vers » (nexus : l’Entre des Vers (rires)). On peut imaginer 2 directions parmi les Å“uvres mutantistes : l’œuvre hétérogène dans laquelle on voit la mutation opérer à l’intérieur de l’œuvre (Å“uvre en plusieurs temps), et l’œuvre-bloc issue de la mutation.
L’un de nos mots-clé, effectivement, est l’exploration. La volonté d’exploration du possible, de l’exprimable, du pensable, du dicible, du sensible, du pensible, du poussable, du langageable. La connaissance comme plaisir pur ; et la lectriture, la lecture-écriture, comme moyen/outil de connaissance, de voyage, de traversée. (Ces activités me font entrevoir l’étendue de l’intelligence possible, et la faiblesse de mon cerveau.) L’exploration de tous les angles possibles, la connaissance de l’humain, du non-humain, de la pensée possible, de toutes les formes de pensée possible, a toujours été un aspect de la littérature (le dérèglement de tous les sens de Rimbaud, par exemple), c’est ce qui la sauvera de tout. La littérature n’est pas qu’un générateur de fictions, d’« histoires », de scénarios, même si beaucoup la cantonnent à ça, ce qui la tue. Cette spécialisation la tue, car le cinéma (et bientôt le virtuel) fait ça mieux qu’elle, avec plus de moyens, de puissance.
Ce qui sauvera ce qu’on appelle la littérature est qu’elle peut être un relevé sismique des pensées, des états nerveux, des pulsions humaines : un moyen de connaissance. Son intérêt est autant littéraire que scientifique. Elle constitue un moyen biotechnologique de témoignage et connaissance du vivant, de la pensée humaine sous forme langage.
Issue de la théologie, la littérature devient ainsi une subdivision de la neurobiologie.