Libr-critique

6 octobre 2019

[News] News du dimanche

Notre nouvelle sélection LIBR-10, après quelques Libr-événements : RV Ivy writers ; avec Maxime H. Pascal ; 29e Salon de la Revue ; Stéphane Bouquet à Lyon ; Soirée des Canulars à Lyon…

Libr-événements

► MARDI 8 OCTOBRE 2019 à 19h30 Ivy Writers vous invite à une soirée de LECTURES BILINGUES avec les poètes Heather Hartley, Pascale Petit et Françoise Favretto : Delaville Café (34 bvd bonne nouvelle 75010 Paris).

â–º Samedi 12 octobre, dans le cadre de la Fête de la science, lecture de Maxime Hortense Pascal à Barjols : L’Usage de l’imparfait (éditions Plaine Page).

â–º Du 11 au 13 octobre, au 29e Salon de la Revue, Espace des Blancs-Manteaux :

â–º Mercredi 16 octobre à 17H, Grand Amphi de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon : Stéphane Bouquet intervient dans le cadre d’une journée d’études de la Station d’arts poétiques, programme d’enseignement, de recherche et de création vers l’écriture poétique.

► Vendredi 18 octobre à 19H30, Lyon :
Libr-10 (automne 2019)
► Jacques BROU, La Histoire du Hommenfant, Tinbad, 144 pages, 18 €.
â–º Jacques CAUDA, Profession de foi, ibidem.
► Virginie GAUTIER & Mathilde ROUX, Paysage augmenté, Publie.net, sans numérotation, 12 €.
► Louis ROQUIN, Journaux de sons : 1998-2016, Les Presses du réel/al dante, 544 pages, 30 €.
► Jacques SIVAN, Notre mission, ibidem, 408 pages, 27 €.
â–º Marina SKALOVA, La Chute des comètes et des cosmonautes, L’Arche, 96 pages, 13 €.
► Christophe TARKOS, Le Petit Bidon et autres textes, préface de Nathalie Quintane, P.O.L, 224 pages, 9,50 €.
â–º Andrew ZAWACKI, Sonnetssonnants, traduit de l’anglais par Anne Portugal, Joca seria, 80 pages, 7,50 €.
► PLI, n° 10, 12 €.
â–º L’Écriture du Je dans la langue de l’exil, sous la direction de Isabelle Grell-Borgomano et Jean-Michel Devesa, EME éditions, Louvain-la-Neuve, 358 pages, 36 €.

23 octobre 2018

[Chronique] Jean-Luc Lavrille, Jetés aux dés, par Christophe Stolowicki

Jean-Luc Lavrille, Jetés aux dés, intervention graphique de David Christoffel, Atelier de l’Agneau, coll. « Architextes », septembre 2018, 90 pages, 16 €, ISBN : 978-2-37428-017-2.

Jeté aux dés dans la fosse aux « sons sans leçon » le lecteur respire, et d’aise Mallarmé dans son tombeau, pour une fois que le sollicite un poète de telles concision, densité, lucidité nourries d’emportements justes ; « creusant cratères critères d’écriture », « un objet forme de Dé perdant six fois la face » roule dans notre arrière-palais ce que la roulette verbale impaire passe dont notre manque s’amplifie et s’allège et s’abrège – de tant de dés qui roulent sur leur erre faut-il qu’on désespère, non.

Aux trois coups d’intertitres bi-syllabiques premiers (« a thée », « ô té », « thé ô ») levé le rideau, entrent en scène à brefs échos « l’étau / […] léthal / occis mort » de tant d’oubli que létal hache, « nuées de criquets cris et hoquets » que « plus jamais dieu / insidieux » de synérèse ne lâche comme la plaie de gypse. Avec Jean-Luc Lavrille prodigue d’oxymores, frayant, desserrant ses impasses en apories, le pas de deux n’ouvrage pas de littérature potentielle mais l’effective, la jointive, la dessoudée.

Au biplan réacteur de clichés surexposés, superposés, en butte au gel, en proie au sel (cum grano), au champ contrechant de pure poésie, celle culminant en cette pénultième fin de siècle qui « dérape par happés d’Europe » d’un coup de dés. De prince des poètes déprisant son art pour celui qui lui adviendrait à pic de ténèbres. De l’Autre qui faute d’avoir vécu a eu raison dans tous ses mépris, brassé son sang, d’outre-tombe sans commissions. Le cliché de destins croisés. De sépulcre en sépulture délasser culture.

Jean-Luc Lavrille hume et nourrit. De railler en vers décalés « pitoyable la pythie / et son / appeau long python / sans vie / sans pneu attique » fait bondir le lecteur de son starting-block à son trépied. Son « sas aux sciés tropes défigurés » fait fulgurer l’effet augure dont les fées n’ont cure ni les renoncules. Exaltant le sens occulte, exultant d’ « héliogamie / viol raptide », de gaîté fée rosse, de gaîté fait rostre d’un espadon, des gaîtés de l’escadron il ne conserve que la pointe sèche sapide. Fuyant « l’âme hélas la / mélasse », gréé de gai savoir, agréé pour créer aux grilles du non-sens un croisement, un métissage de terre-neuve et de terre sienne.

Souvent la poésie verticale, d’égrènement alenti, trahit son artefact, son conformisme narquois ou pénitent au mode dominant : prosaïque s’engonçant dans l’habit taillé sur mesure pour les touristes de Gomorrhe, quitte à retailler les pieds. Celle de Jean-Luc Lavrille, quand il y recourt (« une voix // off / poursuit / poussières et suies // l’image / soudain / de la // diphtonguïté sexuelle » dont une liesse, une hardiesse essuie le dimorphisme) se tronçonne par seule nécessité, rétrécissement aortique de ce qui ne s’avorte en ce jardin d’orties, hachures de virulence. Non vains jeux de langue spatiale mais son ressort mis à nu, à nue, annuités payées cash.

Paronomases en saccade appellent à présent la profération pleine page sans ponctuation ni blanc – à la lecture vive les sursauts d’impulsion ou de recharge dont à profusion Elvin Jones relance, propulse Coltrane. À bout d’étranglement programmé (« cramé macramé macule mon cul mon flux mafflu maladroit mon bras droit mon drame madame mon gros magot […] mon guignon maquignon ») la langue démêle à la feuille les nœuds gordiens de son histoire, de son sanctuaire de saccage et d’accords – quand le silence se fait elle glisse « // tes lestes scopies / ces lestes copies ».

L’abstrus (« hachoirs qui langagent », « plates plantes du pied / vestiges oedipeux ») d’un cran se dessert à chaque poème nouveau. La liberté de langue en ses retranchements, en son épanchement épand son miel de scories, son corps âme et lie au pays de cocagne, de qui pairs gagne. Improvisant chorus de « mer / déposséïdée déblousolée / décésarisée décalottée déculottée / désempalée dézeugmée désemparée / […] désanacoluthée désanalculottée / désanaphorisée désamphorisée / […] et de rerum naturae / déprobicandidée déchismée déchiasmée […] », bref. Mais non moins : démultipliée, déniée, déhiscente, démontrant qu’un coup de dés préfixe un renfort.

29 avril 2017

[Entretien] L’Intranquille Agneau, entretien de Françoise Favretto avec Fabrice Thumerel

Avant que de présenter quelques titres de la collection "Architextes", nous remercions la passionnée Françoise Favretto d’avoir bien voulu répondre à cinq questions sur les éditions de l’Agneau, leur revue L’Intranquille et leurs collections.

 

FT : On commencera par le commencement : pourquoi avoir choisi ce nom, l’Atelier de l’agneau ? Il est vrai que la Bergerie française de l’édition est envahie par les loups…

FF : N’étant pas à l’origine des éditions, je les ai reprises avec leur nom que je n’ai pas modifié. C’est dans l’ancien atelier d’un peintre que l’Atelier de l’agneau a vu le jour. Dans une rue au centre-ville de Liège, la rue de l’agneau. Je n’ai pas connu ce lieu mais je sais qu’il y avait une presse à gravure, des artistes, des écrivains, et comme figure fondatrice et unifiante Jacques Izoard. L’écrivain Eugène Savitzkaya fait partie des fondateurs, il devint assez vite un auteur reconnu publié chez Minuit et il apprécie que j’aie pu continuer les éditions.

 

FT : Pourriez-vous retracer votre itinéraire personnel, puis votre parcours au sein de cette maison ?

FF : Diplômée en littérature et linguistique, je n’ai enseigné que de façon sporadique, trouvant davantage de liberté dans le travail des revues (j’en ai réalisé 4), plus spontané, qui privilégie les échanges. J’ai donc commencé avec la revue 25. Puis l’édition. J’ai beaucoup écrit de critiques de livres et de revues, et je continue, lisant toujours un crayon à la main… Parler de lectures… Annoter les manuscrits… J’écris aussi des textes personnels, je dessine, voyage, photographie et crée des livres d’artistes… organise des lectures publiques. J’essaie de créer un espace pour la littérature exigeante.

 

FT : Sur votre site éditorial est indiqué que vous préférez des textes qui privilégient la « forme » … Qu’entendez-vous par là ? De quelle « forme » s’agit-il ?

FF : Je ne parle pas, bien sûr, des formes fixes comme le sonnet, la ballade… Par exemple, si j’aime les arbres, c’est surtout pour leur forme, ovale ou ébouriffée. Et leur ombre fantomatique dans la nuit, effrayante. L’impact, l’ombre, le contour… Je regarde d’abord cela et ensuite ce qu’ils produisent : des cerises, des kiwis…

De même pour les textes, la narration ne m’intéresse pas vraiment, n’étant pas lectrice de « romans ». La « forme » pour moi c’est au sens spécifique de gestalt en allemand, qui vient du verbe gestalten, « mettre en forme mais en donnant une structure qui donne du sens ».

La poésie n’advient qu’avec le travail de la forme, qui peut s’adjoindre le son. Qu’on me raconte n’importe quoi, je n’y suis sensible que si je vois/sens/entends une construction, un mouvement, une intention, un rythme. Quelque chose de structuré. En ce sens, cela peut être de la prose, je ne vois pas de grande différence entre ces genres s’il y a un travail de la pâte, soyez de bons boulangers…

A part quelques textes d’art brut, directs, tellement bouleversants, où l’on ne peut que s’incliner – mais ils sont très rares – je ne crois pas à la poésie spontanée, au « jet fulgurant ». Le poète doit trouver « sa » forme. Je dois parfois expliquer cela aux jeunes poètes : écrire est un travail…

 

FT : Le nom de votre revue, L’Intranquille, convient parfaitement à votre projet éditorial, non ?

FF : Agités du bocal, poissons rouges dans une écume blanche, rejetons de l’impossible, traducteurs du miroitement, décalés du corps et de l’âme, revisités à l’aune de l’intrépide, remués et remuants, troublés et troublants, les auteurs de l’intranquille vous saluent.

Le livre de l’intranquillité de Pessoa a donné son nom à la revue. On a aussi penché pour « Le sel des Garamanthes », symbole des longues marches des peuples du désert qui ne vivaient que de vente de sel. L’image âpre qui y était connotée révélait une nostalgie première et un peu trop ascétique, alors que « l’intranquille » dit bien l’époque. Des thématiques ont surgi d’emblée : « dégage » en 2011, « le triple A » (pour amuser les artistes visuels), « genres d’après », « servitude volontaire », « concrétisez ! » par exemple. Présenter de nouveaux poètes nous a semblé indispensable et aussi des traductions de tous pays : indiens d’Amérique (sioux), langue de Mauritanie, femmes d’Iran et tous pays européens. Une partie critique abondante termine le numéro après un passage dans l’histoire littéraire, du XVIIIe à nos jours, en essais ou journaux intimes (Michel Valprémy, Ford Madox Ford, Flaubert, Doris Lessing, etc.). Des artistes actuels illustrent ces 90 pages, surtout de dessins.

 

FT : Pourriez-vous maintenant esquisser l’archéologie de votre collection « architextes », qui a une place particulière dans votre maison ? Quel a été son fil rouge ? Quels liens établissez-vous entre des auteurs aussi différents que Edith Azam, Jean-Pierre Bobillot, Jacques Demarcq, Sébastien Dicenaire, Philippe Jaffeux, Marius Loris, ou encore Sylvie Nève ?

D’autres collections aussi : « transfert », « 25 », « Litté-nature » (Virgile, Rousseau, Thoreau, Reclus), « archives », « géopoétique », « ethnopoésie »…

Pour « architextes », donc : une annonce parue dans un journal comportait une coquille « cherche architextes » au lieu de « architectes ». Alors je me suis mise à en chercher… avec un pochoir (encore la forme), un critère : archi = excès, débordement…

J’ai établi une règle interne et personnelle que voici :

Les textes doivent déborder de la norme jusqu’au syntagme. Le mot doit donc être attaqué dans le procès de démolition de l’ordre langagier établi. A partir de cela, s’est formé (oui, encore la forme) un collectif de 29 auteurs, « ARCHITEXTES 2 », préfacée par Guilhem Fabre. Puis une collection du même nom : 26 livres à ce jour et plusieurs autres en cours.

Les auteurs que vous citez dans votre question remuent les mots, peuvent casser à outrance ou pas, mais s’activent dans la destruction/recomposition.

Azam est l’invention même, achoppe sur les mots, tourbillonne et refait. Demarcq à partir des bruits d’oiseaux retrace des itinéraires poétiques. Jaffeux qui scinde, troue et perce. Dicenaire imagine une « potentiologie » où la poésie peut sauver le monde. Marius Loris tend à l’excès dans la retranscription sonore de ses textes : les lisant, il dégrade les syllabes par sa vitesse d’élocution et finit sans plus pouvoir respirer…

Et Sylvie Nève qui a toujours joué du langage comme d’une scie, Bobillot, théoricien savant,  allant à l’extrême du verbe relooké…

De mon point de vue, ils ne sont donc pas différents. Tous passent par la voix, le sonore. J’en ajouterais quelques autres : les logorrhées surinvesties du si discret Denis Ferdinande (5 livres), le multilinguisme de Christoph Bruneel « ga’goes’ goet’ gro groins », les indépassables narrations de L.M. De Vaulchier envahies de dessins, Jandl et Mayröcker traduits par Lucie Taïeb pouvant passer allègrement de la collection « transfert » (traductions donc) à « architextes » tant les expériences comiques pour l’un, sensuelles pour l’autre, donnent modèle aux nouveaux auteurs.

 

 

3 février 2008

[VIDEO] Georges Guillain : directeur du Prix des découvreurs

  Interview, dans le cadre des Rencontres Boulevard Sainte-Beuve de la critique, de Georges Guillain, directeur du Prix des découvreurs, prix pour une oeuvre poétique. Cette année le prix a été décerné à Matthieu Gosztola et Ariane Dreyfus.

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