Henri Lefebvre, Les unités perdues, (réalisation H. Lefebvre, voix David Christoffel, image et montage Frédéric Dumond, avec la participation de Johan Tramer-Morael), ed. Incidences, col. "Le point sur le i". ISSN : 1950-7690, 20 €.
17 juin 2008
[DVD] Les unités perdues de Henri Lefebvre
24 novembre 2007
[Entretien écrit] Giney Ayme, à propos de la vidéopoésie
Alors que la collection Le point sur le i, sort ses cinq nouveaux DVD[+] L’EXP. TOT. de Dominiq Jenvrey
[+] Inside Dance de Roselyne Frick
[+] Des unis vers de Franck Laroze
[+] L’A-Venue de Louis-Michel de Vaulchier
[+] Ceci n’est pas une légende ipe pe ce de Jérôme Game, nous vous proposons un entretien avec Giney Ayme, qui est l’un des seuls en France à se préoccuper de la diffusion de la création de la vidéo-poésie sous la forme de DVD, avec les éditions son@rt de Jacques Donguy et la revue Doc(K)s de Philippe Castellin.
17 février 2007
[Chroniques] Des vidéo-poésies au Point sur le i – Frédéric Dumond et Olivier Gallon
Il faut tout d’abord saluer le travail de Giney Ayme, conducteur d’Incidences, qui a monté une collection multimédia « le point sur le i« , un des seuls labels en France — avec son@rt de Jacques Donguy — de vidéo-poésie, qui publie des travaux croisant l’écriture et la vidéo, l’écriture et l’art numérique. Actuellement sort le 9ème DVD, « Portrait de Richard« , excellent portrait de l’écrivain Richard Morgiève réalisé par Nicolas Barrié. Mais nous allons d’abord présenté ici les n°7 et 8, sortis fin 2006.
Le n°7 est une oeuvre de Frédéric Dumond (texte) et de Mathieu Foulet (animation), ce travail de poésie cinétique, qui utilise les potentialités de l’animation numérique, prend la forme d’une galaxie de lettres en suspension qui, telles des atomes, se regroupent pour former un fragment de phrase puis se dispersent en éclatement, pour former peu à peu dans ce mouvement de contractation/dispersion tout en fourmillement un texte en mouvement perpétuel. Des descriptions de processus, d’événements, de transformations de choses du monde, à moins que ce soit des traces clignotantes et mobiles de phénomènes mentaux, sensoriels, ou physiques, sont ici donnés à voir dans leur apparition même au creux du langage, dans l’immanence de « l’inframince » pour reprendre ce que dit Ph. Boisnard sur la quatrième de couverture. Se tisse alors toute une architecture fluide et en perpétuel reconfiguration qui tente de montrer, de rendre visible au sein de la matérialité du langage ce que pourrait être une dynamique poétique de pensée et d’apparition des choses au monde dans une temporalité ouverte … Mais on regrettera peut-être que ce travail, qui contient de nombreuses potentialités poétiques et plastiques non exploitées, n’aille pas plus loin, autant dans sa durée que dans sa forme …
Le DVD n°8, celui d’Olivier Gallon, écrivain et réalisateur, est plutôt décevant. « Pensée ajoutée à l’air » alterne la captation d’une jeune femme dans un cimetière en contre champ de la pierre tombale de Joseph Brodsky, quelques phrases d’aprés ce poète apparaissent de temps en temps sur les images. C’est « une digression sur l’air », ou tentative de saisissement de l’insaisissable, à savoir l’absence, la mort, l’autre incarné dans une jeune femme ; un jardin, une femme, un poète mort, cela fait beaucoup de clichés, qui, même finement agencés et transposés en vidéo, n’en sont pas moins des poncifs de la poésie qui renouvellent en rien l’expérience poétique que l’on pourrait attendre dans une vidéo-poésie.
Sur la deuxième vidéo, en plan fixe, une fenêtre ouverte sur la mer, de jour, puis d’un seul coup le noir, entre les portes de la fenêtre, le gouffre noir de la nuit, puis à nouveau le jour, alternance qui pourrait nous faire basculer dans une dimension irréelle, la fenêtre comme espace mental de rêverie, ouverture onirique… mais la « vision » (comme il est dit sur la présentation du DVD) qui survient, sorte de flamme qui traverse la fenêtre, puis halo vert d’une lumière, ne parvient pas à nous emmener plus loin que le cliché de la fenêtre comme interface bi-dimensionnel entre l’extérieur et l’intérieur. De plus, se rajoute à ce lyrisme de l’image deux phrases en transparence sur la mer (« on dirait que c’est toi à l’intérieur que tu filmes », ce qui nous donne tout de suite la clé de la vidéo) et dans le ciel (« pas là pour la pluie », là on comprend moins), procédé qui décidément ne fonctionne vraiment pas, la vidéo-poésie ce n’est pas des phrases qui surtitrent des images.
On se dit alors qu’Olivier Gallon est un vidéaste qui cherche à travailler sur la durée des images, à explorer la question du temps, mais la question du temps n’est justement pas seulement une question de durée et de fixité du plan, ni encore moins un plan de la mer. Le temps, ce n’est pas une simple étendue de durée, mais plutôt stratification, labyrinthe, circonvolutions, mouvements, dimensions qu’explorent des cinéastes comme Kiarostami, ou des vidéastes, ou des artistes numériques qui travaillent sur l’aléatoire (cf. Chatonsky, ou le DVD aléatoire de Ph. Boisnard, Data History.X). Chez Olivier Gallon, point d’épaisseur du temps, mais plutôt flottement, et esthétisation du vide, en effet, ça s’appelle « une vidéo pour rien » …
Ainsi, s’il y a vidéo-poésie, c’est bien plus chez Frédéric Dumond et son travail dans la matière visuelle et dynamique du langage, face auquel, malgré sa lenteur et sa dimension minimale, on ne s’ennuit pas une seconde, car le déroulement du temps apparait dans ses circonvolutions pleines de phénomènes et d’événements. Tandis que chez Olivier Gallon, le temps suspendu n’ouvre sur rien d’autre que sur lui-même, nous plongeant trés rapidement dans l’ennui …
30 janvier 2007
[News] WAH! le journal du monde qui va bien
Les éditions ère et mycroft ont lancé depuis hier une aventure éditoriale trés intéressante en lançant WAH!, un journal « quotidien, souple, et gratuit », sous forme de feuille A3 recto verso distribué tous les soirs du 29 janvier au 2 février au commerçants parisiens, à la sortie du métro Parmentier, Oberkampf et en téléchargements en pdf sur le blog WAH !
WAH! le journal du monde qui va bien publie « les bonnes nouvelles du jour », dénichées « du flux de futilités artefactualisantes du quotidien informationnel », par des « écrivants » comme Chloé Delaume, Baron, Patricia Duez, Bernard Joisten, Jérôme Mullot, Florent Ruppert, Frédéric Dumond, Emily King, Hugues Jallon, Dominiq Jenvrey, Jean-Charles Massera, Jean Perrier, Philippe Vasset, Eric Arlix & Mycroft. Ces rédacteurs font une relecture de l’actualité bien réelle sous un angle à la fois critique, humoristique et créatif. Entre détournement et questionnement des événements de ces derniers jours, leur vision se veut positive et enthousiaste, optimisme qui cependant ne cache pas une déconstruction ironique plutôt hilarante de l’information, en témoigne les articles trés fins et drôles de Chloé Delaume sur le renouveau du culte de Zeus à Athènes, celui de Dominiq Jenvrey sur la possibilité de créer des chimères, ou encore celui plus coléreux de Fréféric Dumond sur la fermeture d’une usine dans le Nord …
Mais ce n’est pas seulement dans le contenu que réside la pertinence de cette « expérience anti-presse », mais dans l’adéquation entre contenu et support, d’où son mode de parution et de diffusion, presque similaire à celui des journaux gratuits qui inondent désormais quotidiennement les rues et les métros des grandes villes de France. Tiré à mille exemplaires, et diffusé dans la rue, action littéraire concrète à saluer, en ces temps où beaucoup de monde parle de performativité de la littérature et du discours en général, il constitue un geste politique qui, on l’espère, produira quelques petits effets … on imagine ce que ce serait si ère avait plus de moyens et que WAH! était tiré à 50 000 mille exemplaires comme 20min ou Métro …
Initiative à suivre donc cette semaine, pour les Parisiens, et les internautes … et merci à l’équipe de Eric Arlix pour toutes ces bonnes nouvelles !
24 janvier 2007
[DVD] text de Frédéric Dumond
Text, de Frédéric Dumond – DVD – ISBN : 02-916282-01-1
7ème DVD de la collection « le point sur le i », chez Incidences, dirigée par Giney Ayme, Frédéric Dumond, écrivain et plasticien, nous donne ici à voir un très beau travail de poésie numérique.
4ème de couverture :
« Ses travaux, majoritairement traversés par la problématique de l’écriture dont le processus est saisi comme donnée structurelle, suggèrent, par l’activation de leur dispositif, une certaine contingence du sens ». (Aurélie Noury)
Pour commander : Association Incidences – 1, rue St Mathieu – 13002 MARSEILLE – www.incidences.info
4 décembre 2006
[revues] La revue Livraison
Malgré son ambiance plutôt morne et son ronron poussiéreux (triste absence de Al Dante, Boxon estropié, car Gilles Cabut était grippé et Georges Hassoméris absent, résurrection de Nioques cadavre plutôt fantomatique que phénix, nouvelles jeunes revues déjà vieilles et peu sexy…heureusement qu’il y avait la joyeuse folie d’un Franck doyen et de 22(M)dp, ainsi que l’enthousiasme de Giney Aime et d’Incidences), nous avons découvert lors du Salon des revues trois revues stimulantes, qui existent déjà depuis quelque temps mais mieux vaut les découvrir tard que jamais : MU, Action Restreinte et Livraison. Nous parlerons tout d’abord de cette dernière, publiée par Rhinocéros, dirigée par Nicolas Simonin, (qui dirige aussi la structure de diffusion R-diffusion), et plus particulièrement du dernier numéro, le n°7, coordonnée par Manuel Daull et Chloé Tercé.
Livraison, revue d’art contemporain, n’est pas une revue littéraire, mais une revue d’art et d’écritures, de très belle facture, couverture glacée, 190 pages, sans être un objet lourd, mais au contraire souple, à l’intérieur en couleur, au graphisme épuré, efficace, et tout est bilingue anglais-français. Chaque numéro de la revue est thématique, et ce numéro 7 parle de « bribes / ratures / fragments ».
« « Notre situation postmoderne est caractérisée par la fragmentation ».
On peut regretter la fin des certitudes produites par des grands récits, des identités stables, des formes totales. On peut aussi faire le pari inverse : lâcher les gros mots et les métathéories globales — parce qu’elles sont inadéquates — et utiliser les fragments comme lieux pour des bribes de sens, pour de modestes tentatives d’empêcher la reconstruction des tentations totalitaires. »
Voilà comment débute cette revue. En effet, pas de défense d’une théorie unifiée et unifiante ni d’une pratique, ni d’une école chez Livraison, mais véritablement exploration transmédia d’un thème et confrontation des différentes pratiques de créations actuelles. On retrouve donc à l’intérieur artistes plasticiens, architectes, écrivains, musiciens, graphistes, photographes, ainsi qu’une pluralité de pratiques et de créations. Chaque participant a peu de pages, les travaux sont assez courts, et semblent fonctionner comme des fragments, des traces des œuvres des participants. Malgré les différences importantes entre les médias utilisés et les réalisations, cette multiplicité de pratiques est pourtant très cohérente, le thème est exploré de toute part, jamais de façon démonstrative ou illustrative, mais bien problématique ; et il est intéressant de voir les convergences et les divergences sur le sujet entre les artistes. Le rapport aux médias est intéressant, car il y a un véritable brouillage des genres et des appartenances, la question ne se pose alors plus, et l’exploration de la thématique en sort renforcer. Des architectes font de la photo, des plasticiens de l’écriture, des écrivains des oeuvres visuelles…
Le thème donne donc lieu à des travaux d’écriture sans pour autant être strictement littéraires, et à des travaux plastiques qui questionnent l’écriture. Le texte de Frédéric Dumont, « Condensations pour n décimales de PI [fragment.1.] », est en fait plusieurs blocs de chiffres dans lesquels on distingue à l’intérieur des fragments de phrases. Langage émergeant de l’informulée abstraction, suite de nombres elle-même fragment d’une suite infinie, qui est pris dans ce magma numéraire, pour un faire un matériau poétique au même titre que les lettres. Questionnement du rapport entre structure du langage, de l’écriture et celle du monde, de l’espace, de la matière, que l’on retrouve dans son petit livre Monde. On pense alors au travail d’Espitallier dans son Théorème. Le texte de Manuel Daull, dans une veine/verve proche de celle de Pennequin dans la première partie, est très différent dans la seconde, il crée une déstructuration du prénom John (renvoyant à Steinbeck, Cassavetes, Cage…), par une fragmentation rythmique du texte, comme ayant subi un bug informatique ou ayant été scandé mécaniquement pour en faire une sorte de partition qui appellerait une expérience sonore.
On trouve ensuite encore deux autres textes qui puisent chez les poètes contemporains, celui d’Emmanuel Adely, qui fait un agenda de ses achats avec prix, dates, lieux, dans une logique très proche de celle de Anne-James Chaton, et celui de Jean-Louis Py, qui entoure et barre des phrases dans un texte préexistant, technique du cut bien connue, que pratique notamment de la même façon depuis longtemps Lucien Suel dans ses « poèmes express ». Hugo Pernet donne un texte sibyllin, seuls quelques mots et traits sur des pages d’autant plus blanches et silencieuses, travail énigmatique, qu’il faudrait développer pour en comprendre la cohérence. Seul le texte de Christophe Grossi, poème assez lyrique et narratif sur le corps, se détache des autres travaux littéraires par son classicisme.
Moins littéraires, et plus tournés vers l’interrogation de l’écriture, il y a le texte de Christophe Fourvel qui fait un « portrait de femme magnifique », celui de « Magdalena, dans la Dolce Vita », description romanesque de cette femme fascinante selon une formule assez facile, alors que le texte de Vivien Philizot, « Iconographie de Steven Seagal », lui aussi dans l’écart-rapport entre littérature et cinéma, est plus drôle et intéressant. Il y a aussi des fac similés de listes de courses de Hervé Roelants, ready made du quotidien, jolie visuellement, illustrant bien le thème, mais que dire d’autre ? et les écritures-dessins de Matthieu Messagier sur la notion de rature, sujet mieux exploré chez Charles Mazé, qui nous montre des extraits, des fragments de ses « exTraits », tracés produits par des machines qu’il a lui-même conçu pour produire des dessins aléatoires en grands formats, sorte de sismographies, presque musicale dans leur mouvement, qui semblent retranscrire de multiples vibrations ou intensités, on pense à Michaux mais à un Michaux mécanisé.
Pour les travaux plus plastiques ou autres, il faut souligner les « captures » de Toeplitz, partition pour ses créations sonores et chorégraphiques qui sont de véritables poèmes visuels, graphiques, dommage que les reproductions soient si petites. Ou encore la très belle suite photographique de Thierry Genin, qui a photographié toujours de la même façon les activités de jardinage sur son balcon de son voisin d’en face, durant toute une saison, ce qui produit une sorte de BD muette, mais dans laquelle on peut lire toute une histoire…
Ainsi, si les travaux littéraires ne sont pas très étonnants, ils n’en sont pas moins de qualité, et l’ensemble de la revue est vraiment très bien élaboré et intéressant ; les pratiques plastiques, littéraires, visuelles, se répondent, s’interrogent, et on en arrive presque à se dire qu’il y a plus de littérature dans certaines propositions plastiques ou visuelles que dans des travaux poétiques de certains revues littéraires.
Livraison est véritablement une revue transdisciplinaire, qui relie et confronte de façon très stimulante des travaux hétérogènes sans être dans la dispersion ou la juxtaposition, ou comment la différence et le fragmentaire crée néanmoins de la cohérence et du continu.
NB sur Rhinoceros :
En cette période de reconfiguration des structures éditoriales et des espaces de production artistique, il nous paraît intéressant de parler de la structure Rhinoceros, basée à Strasbourg, association artistique qui organise, met en relation, diffuse des travaux et pratiques d’arts contemporains, mais qui est aussi ouverte aux nouvelles écritures.
Leurs activités, qui ont débuté en 1996 par des expositions dans un atelier, sont l’organisation d’events, de rencontres, de conférence, d’expositions, mais aussi l’édition. Ils publient la revue Livraison, ainsi que des livres et ouvrages d’art, des catalogues réfléchis d’expositions, comme Trouée, perforations, laps de Dominique De Beir + Eric Suchère (2004), des badges créer par des artistes (projet PIN-UP~badges by artists). On peut noter chez eux ce souci de trouver pour chaque œuvre, objet, idée un vecteur spécifique de présentation, d’exposition, de diffusion et « de créer à chaque fois une économie nécessaire à [nos] actions » disent-ils dans un entretien pour le Matricule des Anges.
Comme il est écrit sur leur site, « il n’y a pas d’artistes labellisés rhinoceros, aucune écurie de galerie stable, pas de galerie d’artistes, juste une histoire de réactions en chaîne – que des praticiens ou des acteurs, ou des amateurs du monde de l’art, de passage en quelque sorte, dans un temps et une rencontre donnés. Il n’y a pas de définition possible de rhinoceros si ce n’est la liste des gens qui y participent d’une manière ou d’une autre de façon durable ou pas, même si l’on peut parler de structure d’art associative qui cherche à adapter constamment ses réflexions et ses supports d’apparition en fonction d’un propos – qui crée chaque fois l’économie nécessaire à ses actions autant que leur diffusion, une structure qui cherche à être d’utilité publique, je crois, indéfinie tout simplement »
Cette structure ouverte qui privilégie l’hétérogénéité des croisements à la défense d’une ligne nous semble intéressante ici car elle met en relation la littérature, avec d’autres formes d’écritures, plastiques, vidéos, etc… qui viennent des arts contemporains, et car elle réfléchit à l’économie particulière qu’il faut développer pour défendre de façon pertinente et efficace tel ou tel type d’objet dans l’état actuel
Nous parlerons aussi bientôt des éditions ère et PPT, qui nous semble être dans cette même dynamique de création et de réflexion sur la littérature/l’art, ses supports, et ses vecteurs de diffusion et de circulation.
19 octobre 2006
[entretien video] Interview de Frédéric Dumond, à l’ENSCI
>> Avant de présenter plus longuemennt la soirée du 17 octobre à l’Ensci, soirée où intervenaient Dominiq Jenvrey, Amanda Stewart/Jean-Luc Guionnet et Philippe Boisnard, afin de mieux poser le cadre de ces soirées lectures/performances qui ont lieu depuis 3 ans, nous donnons à entendre ici un interview de Frédéric Dumond. Cet interview porte à la fois sur le travail d’écrivain/vidéaste de Frédéric Dumond et sur son organisation des soirées lectures dans le cadre de cette école de création industrielle.
Frédéric Dumond autrement sera présent
28 septembre 2006
[chronique]Mond e de Frédéric Dumond
[Nous inaugurons ici une présentation de livres rares, ou au tirage limité. La littérature contemporaine, et c’est un constat, est loin des grands tirages. Si pour une part il y a des éditeurs, qui parviennent à publier des livres à quelques centaines d’exemplaires, voire quelques milliers pour les éditeurs nationaux, tel Verticale ou bien POL, force est de constater que beaucoup ont des tirages à moins de deux cents exemplaires. Ces présentations s’intéresseront non seulement à ces petites tirages, mais aussi à leur élaboration, à la manière dont ils sont été conçus, à l’inventivité éditoriale dont elles témoignent comme je vais essayer de le montrer dès cette première présentation]
mond e, de Frédéric Dumond, Les cahiers de la Seine éditions Henri Lefebvre, 2005, 150 exemplaires, 15 €.
Présentation :
Ce livre, non paginé [30 pages], s’élabore comme la description poétique d’un univers en expansion qui serait l’otage d’un futur déjà annoncé, dès le commencement, dès la première page :
à un moment, quelque chose se contractera
pour retourner à sa singularité
et ceci sera aléatoirement déterminé, ceci sera systématiquement effectué. Et c’est justement dans cet écart , celui de la finitude, que l’écriture se donne, tant qu’il n’y a pas eu encore cette rétractation, tant que nous sommes dans la possibilité physique de la dissémination. L’écriture, ce qui est aussi en jeu là , donne alors à voir, à sentir — et ceci intuitivement — comment se réalise les processus de fragmentation de l’ordre, de dispersion, de causalité impossible, de déstructuration de toute possibilité de tenir une pure tension de cosmos, un ordre qui serait infragmentable. Car dans ce monde, celui des corps, et celui de l’écriture, tout se donne par transversalité, mutations, par des brisures.
Et c’est là que se joue la part graphique du livre : avec un insert calque d’une oeuvre ouverte : « intervention dans x décimale de Ï€ ». Cette intervention est répartie sur l’ensemble des 150 exemplaires. Fragments d’un infini, qui jamais se répète, toujours devient dans l’exponentiel de sa différence. L’ordre mathématique se déborde. Je ne peux m’empêcher de penser à Drowning by numbers de Peter Greenaway, à l’image qui inaugure le film et que si peu aperçoive, tellement elle est rapide, tellement elle ne semble pas appartenir au film lui-même. Elle représente une grille de 100 nombres (le carré de 10) duquel s’échappe en se noyant la silhouette stylisée d’un homme. Ce qu’indique Greenaway par là , c’est que la vie, la singularité dépasse le cadre mathématique. Ici, Dumond ouvre par un même mouvement, l’infini turbulent et insaisissable de Ï€ se dérobe, non seulement mathématiquement mais de chacun des livres, pour entrer en écho avec ceux qui sont dispersés ailleurs.
Ce petit livre, assurément, indique les pistes de Frédéric Dumond, en donne le sens : l’exploration des formes d’accidentalité qui expansent de l’intérieur, les ordres qui constituent le monde.