Libr-critique

19 juillet 2017

[Chronique] Guillaume Decourt, Le Cargo de Rébétika, par Christophe Stolowicki

Guillaume Decourt, Le cargo de Rébétika, LansKine, juin 2017, 56 pages, 12 €, ISBN : 979-10-90491-53-3.

Enchâssé de vécu le temps se tient en embuscade. Serpent d’amer se profile un cargo de « bananes bonnes à bonnir », baleinier mythomane, vaisseau fantôme d’Errant. Par clair de codage comme de lune en son premier quartier, entre politesse et insolence, voire méchanceté, et dandysme élémentaire, éclectisme à nul escient, une poésie subtile, agile, égrène des anecdotes en instantané d’années. Damnées et salvatrices, si peu. Du grand train d’être une poésie délasse en de petits souliers. Railleur, peu galant, toujours prêt à actionner le siège éjectable de ses amours en feu, multipliant les variantes de faire cattleya en frisant la pornographie, en vers d’un sophistiqué prosaïsme aux antipodes de l’autofiction, en énigmes bien timbrées à mots simples que relève un frémissement érudit, lyre basse flamberge en dedans – Decourt fait exception dans le paysage de la poésie contemporaine, son style calibré reconnaissable entre mille. Tout en rejets d’enjambements tournant court, jeune (encore) fauve s’ébrouant à la ligne (de flottaison), à la différence d’Oscar Wilde qui choisissait soigneusement ses roses, il porte un cargo à la boutonnière. Ce style, dont il est rare de qualifier un rhapsode, relâche sa tension dans le dernier poème, « berceuse » ironique rimant têtu.

30 décembre 2016

[Livre] Guillaume Decourt, 9H50 à l’Hôtel-Dieu, par Christophe Stolowicki

Guillaume Decourt, 9 h 50 à l’Hôtel-Dieu, Passage d’encres, « Trait court », décembre 2016, 28 p., 5 €, ISBN : 978-2-35855-125.

De rejets à jet continu, contenu, en enjambements de sept lieues de continent à contenant d’une enfance adolescence secouée au gré des affectations d’un père ambassadeur, de Mayotte à Berlin – en décrochages sages la vie la vie est un poème que Guillaume mène grand train dans l’entre-deux amantes, « la Juive » et la Grecque. Appendant ses dizains à la contrainte tournante d’agencement de rimes insolites en tierce que quarte enlace, embrasse, suspend, assouvit ; en décamètres fendant vocable pour que s’accorde « po/ sséder une telle en son sexe clair » avec « tremblais un peu beaucoup leur peau / noire me semblait inviolable » ; de « 10 » en « prémisses » infiltrant rubato sa pianistique jeunesse de corps nus en alambic tandis que les amours s’en vont de Vienne à Sao Paulo ; en instantanés repêchés dans le détroit, en anecdotes légères de leur pesant d’ombre désarmée la gravité en son centre ; érudite de port une franchise timbrée de l’océan, une gourmandise de vivre (sérieux, il a bientôt trente ans) fait trébucher sonner le bon aloi.

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