Libr-critique

5 octobre 2007

[Recherche]Forum SGDL : L’avenir et le contenu de l’oeuvre de création par l’écrit [II/ Médium et modalité de diffusion]

bandsgd.jpg Dans la première partie de ses analyses [en vue du forum de la SGDL du 8 octobre], j’ai tenté, brièvement, de mettre en évidence 1/ en quel sens le rapport à l’écriture repose pour une part sur la modalité du lecteur, et 2/ quelle pouvait être la variation intentionnelle de la lecture en rapport aux nouvelles modalités de diffusion.
Dans cette seconde partie de réflexion, je vais tenter de cerner plus spécifiquement les modalités d’écriture en relation aux modalités techniques de support de l’écrit et de dégager en cela certains principes typologiques de création/diffusion de l’écrit. Ma troisième partie portera sur les expériences novatrices d’écriture et en quel sens la médiation technologique du web et plus largement du numérique ouvre des possibilités d’écriture encore très peu exploitées au niveau du web-littéraire français.
Ici s’engage davantage la question de l’avenir de l’écrit, l’avenir de ses contenus.

Comme je le précisais d’emblée en me référent aux feuilletons dans les journaux, qui ont eu une grande importance, l’écriture ne se donne pas essentiellement comme s’il y avait une vérité de l’écriture métaphysiquement déterminée qu’il fallait alors incarner, mais toujours historiquement selon des conditions qui tiennent aussi bien à la langue (sa variation historique, ses mutations) qu’aux strates sociales où sont produits les textes (éducation de l’écrivant, etc), qu’aux supports de sa diffusion… L’écriture est en ce sens impure toujours engendrée selon des conditions qui lui sont extérieures. Ce constat n’est pas nouveau, Platon dans la 3ème partie du Phèdre, consacrée à la naissance de l’écriture liée à Theuth, amorçait cette question. De même que stratégiquement, sachant cette impureté et le relativisme de toute écriture en rapport au temps, il prenait garde de séparer ce qui a lieu dans le dialogue du dialogue lui-même : non pas artifice littéraire, mais le dialogue indirecte (transmission d’un dialogue toujours déjà passé) est relié à la relativité de l’écriture et à sa situation historique.

Ainsi, face aux alarmistes, face à ceux qui clament haut et fort que la littérature est en péril, que le livre serait la proie des maux les plus graves, à savoir de l’emprise sur l’individu des dimensions web (tel encore dernièrement Beigbéder comme l’explique parfaitement Maud Piontek sur son très bon blog), il est nécessaire de prendre une certaine forme de recul, pour saisir sans a priori ce qu’implique le web, de part sa technologie, au niveau de l’écriture.

Tout d’abord, comme je l’avais analysé il y a déjà quelques années dans une conférence faite à St Etienne lors du colloque E-formes à l’invitation d’Alexandra Saemmer, il est nécessaire d’examiner ce support au niveau ontologique, et de le comparer à ce que représente le livre, pour saisir précisément en quel sens se produit 1/ une logique de déplacement de l’espace d’écriture, nécessité par des conditions économiques, 2/ se constitue la possibilité de nouveaux types d’écriture spécifiquement liés au net.

1/ Ontologiquement, il y a une différence stricte entre la médiation technologique du web et le livre ou la page matérielle. Le support web n’est pas une page matérielle, à savoir lorsque l’on regarde l’écran, et que l’on voit s’afficher un texte, ce texte, en-dehors du geste intentionnel de le faire apparaître, n’existe pas en tant que tel, il n’est qu’un ensemble de codes programmés qui en puissance peut s’actualiser ainsi sur mon écran. Ce code du texte est la traduction numérique du langage naturel. Le code n’est pas lu par le lecteur, mais il reste en retrait, pouvant être activé de tout autre lieu et produire indéfiniment ce même texte dans des géolocalisations distantes, des moments distincts. Alors que le livre que j’ai face moi, est un étant, il est déterminé matériellement, la matrice qui a servi à le composer (imprimerie) n’opère plus quand je le lis. Quand je pose le livre, si certes il n’est plus qu’un tas de papier et d’encre demandant l’actualisation d’une intentionnalité lisant, il n’en reste pas moins pour moi un livre, là, matériellement présent, ne s’absentant pas, ne disparaissant pas.
La logique du livre obéit à la logique du médium. Un livre peut se composer de plusieurs médiums d’ailleurs, mais ils sont associés, et parfois seulement juxtaposés. Si je peux associer et fondre l’image au texte, je ne peux que juxtaposer le son ou la vidéo au livre et ceci en incluant d’une manière ou d’une autre un autre médium : une rondelle de plastique.

pure-data1.1/ La logique de la médiation technologique du web se compose tout autrement : le médium n’est autre que le code numérique, à savoir ce qui est le résultat du programme. Ce code est homogène quelque soit les contenus. Ce qui est remarquable quand on commence à s’intéresser au code, c’est que l’on peut produire aussi bien du son que de l’image, que du texte [l’image que je donne ici à côté de ce texte, est issue d’une programmation en pure-data [performace [bod code project]] : la programmation génère du son + de l’image en 3D + du texte, en dépliant une structure filaire schématique]. Ainsi, on ne juxtapose pas des contenus, mais on déplie et on organise un espace virtuel. Virtuel au sens strict, à savoir qui est en puissance d’être actualisé, mais qui n’est pas actualisé. De fait ce qui obéissait à des médiums spécifiques appartient à un médium global. Par conséquent la différence qui s’actualise à l’oeil, est surtout le résultat pour nous d’une liaison analogique à des expériences de médiums spécifiques, alors que, comme je l’avais démontré lors d’un conférence au Collège International de philosophie, il s’agit surtout d’abstract.
La différence médiumnique est un trompe l’oeil au sens platonicien du terme [ref. République X, sur la hiérarchie des imitations]. Je crois voir de la vidéo, alors que fondamentalement ce n’est que du code informatique diffusé par paquet au même titre que le texte, le son, les images non animées.

2/ Cette analyse ontologique a des conséquences précises au niveau du rapport économique que l’on entretient à l’écrit.
Le médium papier obéit du fait même de sa matérialité à des coûts de production qui sont liés aussi bien à la stricte matérialité, qu’à la production de chaque livre, qu’à sa diffusion (répartition dans l’espace géographique). Si on fait une matrice pour tous les exemplaires d’un livre (ce que l’on nomme le flashage) toutefois, chaque exemplaire devra être produit et ensuite diffusé, c’est-à-dire acheminé selon une répartition géolocale (l’exemplaire implique un coût propre en tant qu’unité produite). Depuis Adam Smith, on connaît le fonctionnement de ce type d’économie et en quel sens il n’est pas possible de diminuer indéfiniment les coûts d’une telle production. Un tel mécanisme lié à la matérialité a permis l’instauration d’une certaine forme de hiérarchisation aussi bien des maisons d’édition que des auteurs.
Sans même parler de qualité de maisons d’édition, ce qui me paraît souvent obscur en ces temps-ci, le désir de l’auteur (à savoir la maison d’éditions désirée) est souvent celle qui a une des meilleures diffusions au niveau géographique, médiatique, etc… A savoir celle qui peut assumer un coût important dans la production/diffusion et permettre potentiellement de toucher le plus de personne.
En ce sens, les petits éditeurs, qui sont nombreux en France, telles les éditions Hermaphrodite qui ont publié mon roman Pan Cake, sont immédiatement limités quant à leur possibilité de production/diffusion, quelque soit leur volonté. La limite est d’abord ontologique du fait de la matérialité de la chose, et consécutivement économique.

30 septembre 2007

[Interview vidéo] William Guyot des éditions Hermaphrodite

bandguyot.jpg Cet interview aurait du avoir lieu lors de l’émission News de la Blogosphère n°4, en direct de Nancy. Faute de hotspot, nous diffusons cet entretien ce dimanche [30-09-07], en parallèle de l’émission que nous faisons.

Nous parlons avec William Guyot tout d’abord de la création de la maison d’éditions en rapport avec leur revue, puis sur l’économie alternative possibe pour rendre viable économiquement un tel projet. C’est en ce sens que William Guyot présente Le Cartel diffusion (cartel.eu) structure qui relie quatre maisons d’éditions : La maison close, Le mort qui trompe, Maelström et Hermaphrodite.

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12 mars 2007

[livre] Pan Cake de Philippe Boisnard

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pancake_demo-2.jpgPan Cake de Philippe Boisnard, éditions Hermaphrodites, 168 p., publié avec l’aide du CNL. ISBN : 978-2-9519565-7-5 Prix : 16 €
[site de l’auteur]
[le commander sur Rezolibre]
4ème de couverture :
Pancake
Déf. 1 : Gâteau anglais, très apprécié en Amérique du Nord et ressemblant à une crêpe épaisse ou à une galette.
Déf. 2 : Fiction poétique hypnotique qui mêle le fantastique et l’oralité en décrivant le vertige fascinant d’un homme avec un trou dans le ventre qui ne cesse de s’agrandir.
« Un trou, une fois qu’on a enlevé les contours, c’est ce qui ne peut plus être enlevé ». Livré à un monde cannibale qui n’a de cesse de le dévorer, le narrateur vit en mode macro ce déchirement prométhéen. Tour à tour, à travers son viol, son divorce, les tentatives avortées pour travailler, la décision de devenir le cannibale de lui-même puis de faire manger aux autres ce que son corps ne cesse de reconstituer, jusqu’à l’exportation planétaire de ses organes en plats cuisinés, se dessine l’irréductible enfermement d’un homme dans lui-même et la perte de tout rapport réel aux autres humains.
Pan cake est en ce sens très proche d’une chanson de geste, remaniée à la sauce technoïde, car il s’agit bien de suivre l’exploit d’une survie, d’un effort absolu contre une altération irrémédiable et absurde. Un songe paranoïaque qui mènera le lecteur jusqu’aux profondeurs insondables de l’existence dans un big bang crunch du plus bel effet.

Premières impressions :
Chloé Delaume [source Cloedelaume.net] :
« Dans la série si un manuscrit vaut le coup, la patience finit par payer, je demande Pan cake de Philippe Boisnard. La première version de ce texte, je l’ai eue dans les pattes en hiver 2001. J’ai tenté ci et là de le caser en vain, j’y tenais assez, ça me frustrais. Je trouvais ça injuste, aussi, de voir un tas de conneries qui se faisaient éditer et qu’on me dise toujours non, trop formel, trop bizarre, trop difficile, voire oui ok c’est bien mais on va en vendre cent on ne peut pas se le permettre. Les éditions Hermaphrodite viennent de sortir ce roman expé, ça me fait vraiment plaisir. Quand j’ai vu l’objet sur le stand, c’est con, mais je crois que j’étais émue. »
Critique de Romaric Sangars dans Chronic’art #33 mars 2007 :
« Après avoir sévi comme activiste poétique et performer du web, Philippe Boisnard livre un premier roman, Pan Cake, qui se révèle être une charmante mixture kafkaïenne excitée de délires formels. Un homme se fait violer par d’autres un 25 décembre sur une aire d’autoroute. Commence alors une longue descente aux enfers corrélative à l’élargissement incessant d’un trou qui perce son ventre. Fantastique, trash mais sans fausse provocation, Pan Cake met en scène un personnage aux prises avec son délitement intérieur, paranoïaque, se désadaptant au monde, foré par le vide, dans un style haché et accéléré dont l’urgence et l’oralité portent les expérimentations syntaxiques ou typographiques transversales. Un texte convaincant qui, parfois, fait songer à la performance d’un actionniste viennois. »

14 décembre 2006

[News] L’hécatombe se poursuit !

Le Tiers-Livre de François Bon et Poezibao de Florence Trocmé l’annoncent, les éditions Farrago, ex-Fourbis, dirigées par Jean-Pierre Boyer et sa femme, viennent de déposer le bilan.

Tel que l’énonce François Bon, après Al Dante, la fin de Lignes, l’arrêt des diffusions Leo Scheer et donc la mise en danger aussi bien de maison d’édition comme Comp’act ou des revues comme Fusées, c’est encore une nouvelle triste qui touche le milieu des littératures contemporaines et engagées.
Mon souvenir de Farrago restera attaché, c’est évident à la découverte de Chloé Delaume, que certes je connaissais avant sa première publication, mais qui m’aura marqué notamment et surtout avec Le cri du sablier. Mais il y aura eu aussi, avant cela, la découverte de Michel Surya et de Olivet, découvert d’abord sur scène monté par Christophe Bident puis dans le texte lui-même.
Farrago explorait les langues, de Maïakovski et son Universel reportage à Josée Lapeyrère et sa Grammaire en Forêt, et savait éditorialement nous faire partager cette exploration avec des essais de très grande qualité.
Ce soir je suis un peu las face à ce tournant dans l’édition, tournant au sens où ce sont bien des maisons d’éditions indépendantes qui chutent ainsi, ou qui sont en difficulté, quelle que soit ensuite les promesses faites par des grands éditeurs [et si je peux me réjouir de la nouvelle collection poésie du Seuil à paraître en mars, car des amis sont concernés, reste que la cuisine dont on m’a parlé ce week-end et l’auto-promotion voilée de certains auteurs montrent la nécessité de maisons totalement indépendantes et dirigées surtout par des lecteurs et non des écrivains comme c’était le cas avec Al dante ou bien avec Farrago].
Certes heureusement de nouvelles éditions se montent, telle celle du dernier Télégramme dont je parlais ce matin dans ma chronique sur Lucien Suel, ou bien les éditions Ragage dont je parlais avant hier à partir de Virgile Novarina, ou bien encore Le quartanier à Montréal. Et d’autres se poursuivent comme les éditions è®e, ou bien les éditions Hermaphrodite qui m’éditent fin février 2007 Pan Cake.
Mais cela ne saurait me faire oublier à chaque fois la fin de celles qui disparaissent et qui m’ont donné tant de plaisirs en tant que lecteur.

6 décembre 2006

[NEWS] Nouvelles des éditions Hermaphrodite

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Tout d’abord les éditions Hermaphrodite viennent de republier Viva la merda! de Jean-Louis Costes :
arton19-2.jpg« Attention âmes sensibles, esprits non avertis et personnes mineures, passez votre chemin, car ce livre n’est pas pour vous…
Viva la merda ! est un livre mythique, rare et peu connu de Jean-Louis Costes. Publié en 2003 par les éditions Hermaphrodite, son tirage avait été rapidement épuisé. Ce titre est à nouveau disponible, toujours aussi dévastateur et subversif.
Le livre : Viva la merda ! est un road-movie scatologique auquel rien ne résiste, un livre-performance, un livre-référence. Il est à la littérature ce que Brain Dead est au cinéma, remixé à la sauce Sodome et Gomorrhe. Un  » film  » Z échoué dans des mots. Costes est cet explorateur solitaire des lettres qui s’aventure dans les limbes de la fiction, entre nauséabond, folie pure à base de sang, de gore, d’exorcisme, et de poésie dégénérée. Il rajoute malicieusement des moustaches de merde à la Joconde, et recouvre l’idole d’une myriade de bites et d’un océan de sperme. Viva la merda ! se fout du propre, du décent, de la morale et du  » respect « . C’est de la merde ! »
En effet, Viva la merda!, pousse, non pas le langage dans ses extrêmités, mais la possibilité même de supporter ce qui y est dit, et ceci dans l’écriture la plus dépouillée qu’il soit, à savoir la plus folle.

Ensuite, Jean-Marc Agrati dédicacera à la librairie Scylla Le chien a des choses à dire, livre de nouvelles que la rédaction de Libr-critique.com a toujours beaucoup aimé, entre un imaginaire à la Bukowski et une écriture à la Kafka, nette et précise, sans fioriture, des récits étranges et parfois dérangeants, qui montrent à quel point la fiction conserve une force unique.
La dédicace de Jean-Marc Agrati qui aura lieu samedi 9 décembre à partir de 18H à la librairie Scylla (8, rue RIESENER, 75012 Paris, Métro Montgallet (ligne 8), tél : 06.24.64.22.08.).
Pour l’occasion et par amitié pour la librairie Scylla et le Cafard cosmique (webzine d’actualité des littératures de l’imaginaire), qui ont été parmi les premiers à soutenir ardemment Jean-Marc Agrati et son livre Le chien a des choses à dire, les éditions Hermaphrodite vous invitent à découvrir en avant-première le nouveau livre de Jean-Marc Agrati, Ils m’ont mis une nouvelle bouche, qui ne sera en vente et disponible en librairie que fin du trimestre 2007.

Et enfin, pour les lillois, il sera possible de découvrir aussi bien la revue Hermaphrodite que les livres publiés par cette édition, dont la réédition de Viva la merda! de Jean-Louis Costes, au salon Les escales hivernales, le dimanche 10 décembre 2006, à partir de 14H, à la CCI, Place du Théâtre à Lille. Trame-Ouest aura un stand, et y présentera aussi les revues Talkie-Walkie, Fusées, la revue Incidents, et encore d’autres éditions.

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