Une fois posé le problème et dressé l’état de « la crise des revues (et) de (la) poésie » (première partie), il importe d’examiner de près le spectre des postures aquoibonistes.
10 octobre 2008
[Manières de critiquer] « À quoi bon encore des revues de poésie ? » (2)
28 février 2008
[Livre + chronique] TUE, Christof Migone
Christof Migone, TUE, éditions Le Quartanier, 206 p. ISBN : 978-2-923400-14-3, Prix : 14 €.
15 septembre 2007
[Vidéo-lecture] JAVA is not dead – lecture de Jacques Sivan avec Cédric Pigot
Troisième vidéo de la soirée JAVA is not dead – JAVA’s music qui s’est déroulée le 10 juin 2007 au Point Ephémère à Paris.
Jacques Sivan et Cédric Pigot ont travaillé pour la première fois lors du performance vidéo et sonore (dans laquelle Philippe Boisnard avait fait la vidéo) qui a eu lieu à la galerie éof en mai 2006 dans le cadre de Leurres, et autre sournoiseries (event organisé par Talkie-Walkie, LO-MOTH et le Tube Opoétique). On peut entendre ici une poursuite de cette rencontre entre l’écriture moléculaire de Sivan et les nappes sonores de Pigot, dont l’intensité poétique et vibratoire a été tout à fait remarquable, l’air était traversé matériellement par les mots et le son, le texte de Sivan résonnait de façon étonnante et neuve, à la fois immergé dans des couches finement modulées du son, et se détachant granulairement tout en éclat et résonance. Il y a vraiment eu une alliance magique entre le travail poétique de Sivan et celui de Pigot, qui se sont poussés l’un et l’autre à explorer la matérialité du langage, qu’il soit sonore ou littéraire. Et il se dégageait une noirceur dans la poésie de Sivan, une noirceur lumineuse qui a toujours été présente chez lui, mais qui a émergé de façon plus prégnante grâce à la musique.
Pour la présentation de l’ensemble de la soirée, lire ici
10 septembre 2007
[Vidéo-lecture] JAVA is not dead – lecture de Jean-Michel Espitallier
La revue JAVA est terminée, vive JAVA ! La soirée JAVA is not dead – JAVA’s music qui s’est déroulée le 10 juin 2007 au Point Ephémère à Paris dans le cadre des Périphéries du Marché de la Poésie prouve bien cette assertion.
Car ce n’est pas parce la revue s’est achevée en 2005 que ses trois animateurs Espitallier/Maestri/Sivan en ont terminé avec la poésie. Au contraire, ils sont bien vivants, et continuent à développer leur travail poétique si singulier et exigeant, à travers livres et lectures, ou en croisant leur pratique d’écriture avec des artistes, et des musiciens. Cette soirée fait partie pour moi des plus belles soirées de lecture/performance que j’ai pu voir (et de surcroît à Paris!), et une des plus convaincantes quant à la relation entre poésie et musique. Elle a rassemblé sur scène, outre les trois de JAVA, le groupe Prexley?, dans lequel Espitallier joue de la batterie, Cédric Pigot, et Kasper T. Toeplitz. Et elle fut véritablement une lecture-performance-concert, formant un ensemble trés cohérent, bien rythmé, d’une durée de plus de deux heures, mais il n’y eut pas une seconde d’ennui ou de lassitude, car l’enchainement des différentes prestations, toutes excellentes, s’est faite toute en glissement et en alternance, lecture et musique s’interpénétrant, passant du rock parodique de Prexley?, aux listes absurdes d’Espitallier, du cut’up scizophrène de Maestri aux nappes bruitistes de Pigot, le son et le texte ayant la même valeur, et devenant indispensable l’un à l’autre.
En effet, alors qu’il semblerait y avoir une certaine mode depuis quelque temps à croiser son/musique et littérature, et alors que les trois JAVA sont avant tout des poètes, qui, même si on les dit « sonores » du fait de leur pratique de lecture, ne travaillaient pas en relation avec le son (contrairement à des gens comme Emmanuel Rabu, ou d’autres, qui ont dés le début de leur travail imbriqué son et poésie), cette soirée a développé ce qui me semble être un véritable travail poétique réfléchissant sur la dimension sonore, musicale qu’il pouvait avoir, et un véritable travail musical, réfléchissant à ce qu’un texte pouvait impliquer dans le son, à ce qu’est créer une écriture sonore ; on était donc loin d’une juxtaposition entre musique et lecture, ou d’un habillage sonore pour un texte, comme c’est souvent le cas, le son n’était pas un artifice, ni un élément décoratif, ou un faire-valoir du texte. Ce n’était donc plus une lecture « amplifiée » ou une performance musicale, mais autre chose. Espitallier, Sivan et Maestri ont déjà travaillé avec du son et des musiciens, mais je n’avais jamais trouvé trés convaincants les résultats de ces expériences, leurs textes se suffisant à eux-mêmes, étant assez riches, complexes pour ne pas avoir besoin d’un son n’apportant finalement pas grand chose de plus. Le son pouvait même parfois opacifier le texte, lui enlevant ou atténuant la force qu’il avait seul. Mais durant cette soirée, le son a opéré dans le travail de ces trois écrivains une véritable révélation, les poussant jusqu’au bout de ce qu’ils pouvaient être, accentuant des dimensions du texte, étant comme un révélateur (photographique) du sens et des potentialités de leur poésie, faisaient apparaître et entendre de façon étonnante les reliefs de leur écriture.
Vous pourrez donc voir des extraits de cette soirée dans plusieurs vidéos, la qualité du son n’étant hélas pas la même que celle dans la salle (l’enregistrement ne s’est aps fait à la source), vous en aurez cependant un aperçu. Et pour commencer, cette première vidéo d’une lecture de Jean-Michel Espitallier.
Nous parlerons plus précisément du travail de Vannina Maestri avec Florent Nicolas, et de celui de Jacques Sivan avec Cédric Pigot, dans les prochains vidéo-podcasts.
7 juin 2007
[News] Soirée « JAVA is not DEAD »
Dans le cadre des Périphéries du 25e Marché de la Poésie à Paris, une soirée à ne pas rater : JAVA is not dead, au Point Ephémère à 18h le dimanche 10 juin – entrée libre.
La revue Java s’est arrêté l’année dernière, mais pas le trio qui la dirigeait. Jean-Michel Espitallier, Vannina Maestri et Jacques Sivan continuent leur exploration des formes poétiques, aussi bien à travers le livre, la lecture, la performance, que le son ou la vidéo. L’après JAVA se fait en musique, rock, electro, expérimental, textes et sons, Petit Robert et grosse caisse, cordes vocales et électricité. En programmant des musiciens venus d’horizons différents et en mêlant leurs voix aux voix de l’électricité, du rythme, des riffs, les trois poètes vont déplacer une nouvelle fois les territoires de la création poétique.
On pourra voir des performances de Jean-Michel Espitallier et Vanina Maestri , écouter Prexley, groupe punk rock et alentours, crée par Laurent Prexl, et dans lequel Espitallier joue de la batterie, ainsi que Kasper Toeplitz, l’excellent compositeur et bassiste, qui oscille entre rock et musique contemporaine. On pourra aussi découvrir le travail de Jacques Sivan et Cédric Pigot, musicien de la scène expérimantale qui développe une ambiant bruitiste et des paysages sonores envoûtants, ils s’étaient rencontrés autour de la création de Koundri [Jacques Sivan, vidéo Philippe Boisnard, son Cédric Pigot] lors de la soirée Leurres, SourNoiseries et autres Stratégies, organisée par la revue Talkie-Walkie et LO Moth à éof en mai 2006. La poésie moléculaire de Sivan a rencontré la musique granulaire et vibrante de Pigot, pour créer une poésie sonore mouvante, sombre et palpitante de toute beauté.
24 avril 2007
[Chronique] Vingt ans de « revue des revues »
La Revue des revues, n° 39, numéro spécial 20e anniversaire : 1986-2006, mars 2007, 128 pages, 15,50 € ISBN : 978-2-907702-45-4
Site : www.entrevues.org
Lors des « États généraux des revues » (Caen, 10-11 octobre 1997), organisés un an après le dixième anniversaire de La Revue des revues, Olivier Corpet, son directeur, plaide une cause qui semble perdue d’avance puisque les revues « ont toujours mauvaise presse ou – plus prosaïquement – pas de presse du tout. Ni visibilité réelle, ni reconnaissance suffisante » (n° 25, 1998, p.8). S’il défend « la cause (é)perdue des revues », c’est que dans cet organe de l’Association Ent’revues qui collabore avec l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine (IMEC), il s’agit de prendre partie en faisant prévaloir la spécificité de la forme-revue et l’originalité des pratiques, en martelant ses revendications et en appelant à la mobilisation. C’est dire que le pari de La Revue des revues est de privilégier le discours communautaire, qui représente des intérêts collectifs (au double sens de goûts et de bénéfices symboliques) : la forme-revue doit passer avant l’appartenance disciplinaire.
Ce trente-neuvième numéro, numéro spécial 20e anniversaire (1986-2006), n’oublie pas de se faire également l’écho des difficultés que rencontrent les revues pour obtenir des subventions, être diffusées, médiatisées…et lues, tout simplement, le trop petit nombre d’abonnés étant, selon Monique Pourkat, « le mal sourd des revues »… Aussi, ce « passeur de revues » qu’est Serge Safran ne peut-il que déplorer la réduction de l’espace réservé aux revues dans la presse actuelle : « voilà le principal problème, dramatique à mes yeux en raison de la diversité assez impressionnante des revues et de leur nombre paradoxalement toujours en augmentation » (p. 92). Et non seulement ses notices n’ont plus qu' »une simple valeur informative », mais en plus il lui est impossible « de citer des auteurs rares ou quasiment inconnus d’un supposé large public » (p. 93).
Mais surtout, entre la couverture qui arbore une mosaïque bigarrée d’anciens numéros et l’hommage à cet « homme de revues » qu’était Pierre Vidal-Naquet, qui avait accordé un entretien peu avant sa disparition à la fin de cette année 2006, l’Avant-propos récapitule les quatre fonctions d’une revue : « anticiper sur les questions du monde » ; « cueillir à leur naissance les écritures et oeuvres nouvelles » ; prendre du recul pour offrir sur l’événement une réflexion plus approfondie ; « constituer à l’infini ce « dépôt de savoir et technique », pour reprendre un titre de Denis Roche, qui deviendra archives quand elles seront ces mortes précieuses et éloquentes dans les mémoires de nos bibliothèques ». Au reste, cette livraison exceptionnelle rappelle aussi la raison essentielle de faire et de lire des revues : ne « rien manquer de notre temps », comme le préconisait Sartre lors du lancement des Temps modernes en octobre 1945. On trouvera encore divers témoignages sur l’intérêt des revues. Béatrice Mousli : « Le monde de la revue est le reflet de celui des hommes : imprévus, retournements, surprises, coups de théâtre sont au rendez-vous de chaque numéro ou presque » (p. 29) ; Emmanuel Laugier (L’Animal) : « il importe d’être saisi, interrompu, nous aussi, par des textes, des auteurs, de ré-inventer une passion de la transitivité, soit ce qui permet même au contemporain de s’envisager à nouveau comme résistance à toute clôture (Laurent Jenny) » (p. 61)…
A l’occasion de ce vingtième anniversaire, la rédaction ayant eu la bonne idée « de faire table ouverte ou plutôt pages offertes à d’autres revues », il nous est possible de réfléchir sur un échantillon assez représentatif : une vingtaine de publications, dont l’histoire, inachevée pour la plupart, est plus ou moins longue (entre un et cent cinquante ans). On notera au passage que les nouvelles venues, emboîtant le pas à leurs aînées, rivalisent d’ingéniosité dans le choix de leurs titres. Le Canard en plastic, « objet littéraire et graphique de navigation libre » qui se singularise par « le regard en biais, parfois espiègle » et l' »espace de création sauce coin-coin » qu’il propose (pp. 107-108) ; Monsieur Thérèse, dont la couverture, réalisée par Guillaume Meiser, exhibe une langue sous toutes ses aspérités, si l’on ose dire…Ou encore : Boudoir & autres, Bunker. Revue hétérogène sans protection, Le Chasse-patate…
A ne considérer que les seules revues littéraires, quelques distinctions s’imposent, qui sont également valables pour l’ensemble des revues dont on (re)découvre avec plaisir les reproductions au fil de la centaine de pages qu’atteint le dossier, sur les bandeaux de gauche et de droite. Outre le modèle de la revue intellectuelle généraliste (Études), se trouvent représentées les revues multipolaires (Pleine Marge, L’Animal, Passage d’encres…) et les revues spécialisées : poétique (Java), philosophique (Le Philosophoire), dramatique (Cassandre), surréaliste (Infosurr)…Et force est de constater que le mode de fonctionnement avant-gardiste – selon lequel la publication est l’expression, esthétiquement et idéologiquement définie, d’une chapelle, d’un groupe assez homogène – est bel et bien relégué au second plan : la revue élective, nucléaire, a cédé le pas à la revue, sinon éclectique, du moins polynucléaire. Par ailleurs, en cette période de mutation, les revues qui affichent leur parti pris de « tenir au papier » (Cassandre), se focalisant sur les caractères matériques spécifiques (couverture, qualité du papier et des reproductions, mise en page…), contrastent avec toutes celles qui s’ouvrent au multimédia.
Enfin, l’aventure de Java (1986-2006), « revue de mauvais genre » qui, assumant un héritage critique des avant-gardes historiques, s’est voulu lieu d’expérimentations multiples, permet de mettre en évidence quelques règles du champ revuiste.
1. Une revue naît pour « donner un support à une communauté virtuelle qui demandait à exister réellement », selon la formule de Vincent Citot (Le Philosophoire).
2. Elle s’arrête lorsque ses responsables se recentrent sur leur propre écriture, que l’innovation fait place à la gestion et qu’il est temps de laisser le champ libre à la plus jeune génération, à d’autres expériences en tout cas. A ce propos, la déclaration de Jacques Sivan est tout à fait révélatrice : « La revue papier ne suffit plus, à elle seule, à inventer la multiplicité de lieux capables, de par leur spécificité (blogs, sites internet, affiches, vidéos, etc.), de poursuivre ce travail de détournement, de réactivation de situations les plus diverses et les plus inattendues. Voilà pourquoi, me semble-t-il, il était nécessaire de laisser la place à une véritable constellation de petites structures très réactives et offensives (…) » (p.35).
3. « C’est quand une revue s’arrête qu’elle peut se mettre à tracer le périmètre des espaces sur lesquels elle a opérés » (Jean-Michel Espitallier, p. 33).
3 janvier 2006
[revue] JAVA n°27-28
JAVA revue n°27-28
60 pages , ISSN : 2-909951-13-6, 18€
pour commander le numéro :JAVA 116 avenue Ledru-Rollin – 75011 Paris
4ème de couverture :
« JAVA’s not DEAD » Gilles Cabut
Premières impressions :
Il semblerait que cela soit le dernier numéro de JAVA, légendaire revue qui a traversé toutes les années 90, sous la direction d’un trio de choc : Jean-Michel Espitallier, Vannina Maestri et Jacques Sivan. Ayant accompagné les dernières annnées du XXème siècle, ils auront permis à de très nombreux auteurs d’apparaître, et de se démarquer de certains hééritages convenus de la modernité. Leur travail sans aucun doute restera comme l’un des plus importants au niveau des revues pour la poésie.
Dans ce dernier numéro : trois dossiers à ne pas manquer : Julien Blaine au superlatif; Joël Hubaut le bonhomme parodie et De la poésie suédoise contemporaine. Ces dossiers entourés tant de textes créatifs (Castellin, Courtoux, Manon, Helissen, Suel, Sivan, Pagès) que de textes théoriques (notamment Christophe Hanna).
Ce numéro s’achèvera sur une énigme, en quelque sorte une private-joke pour les initiés : un texte de Michalski, qui ressemble à s’y méprendre à un texte de Christophe Fiat. Quel est le mystérieux inconnu qui se cache derrière ce nom ? Est-il réel ? est-ce un simulacre ? est-ce une variation génétique de Christophe Fiat, un clône qui aurait mal tourné ? Une invention du professeur Tournesol (K$$Ddi E. Rabu), conçue comme arme poétique de destruction masive (APDM) ? Qui le saura, l’enquête continue, n’hésitez pas à nous contacter pour nous donner vos informations.