Libr-critique

15 novembre 2018

[Livre – News] Emmanuèle Jawad, [Carnets de murs], par Fabrice Thumerel

Après Faire le mur (2015) et En vigilance extérieure (2017), voici le dernier volet de la trilogie géopoétique publié aux mêmes éditions Lanskine, que l’auteure présentait ainsi en proposant un extrait : « Il y est donc questions des frontières, des murs, des contrôles et de la question du rapport texte/image photographique. Ce répertoire de photographies blanches a été écrit à partir de photographies (quasi blanches) de Bruno Boudjelal ».

► Emmanuèle Jawad, [Carnets de murs], éditions Lanskine, octobre 2018, 56 pages, 12 €, ISBN : 979-10-90491-70-0.

► Rencontres avec Emmanuèle JAWAD :
* vendredi 16 novembre au salon de L’Autre livre, 19h à 20h stand C29 des éditions Lanskine (Halle des Blancs-Manteaux : 48, rue Vieille-du-Temple 75 004).

* Lecture à la Librairie Texture le vendredi 23 novembre à 19h (94, avenue Jean Jaurès 75019 Paris).

« La nation n’est pas un titre de propriété,
c’est un ensemble de réfugiés déjà là« 
(Frédéric Leichter-Flack, Libération, 12/2015).

Il y a eu Sabra et Chatila, il y a aujourd’hui Ceuta et Melilla – clôtures sur lesquelles, depuis une vingtaine d’années, viennent se heurter des dizaines de milliers de migrants, ces nouvelles figures de l’Exclusion (trois dizaines depuis le début de l’année). Pour être moins visible que d’autres événements tragiques de l’Histoire, la situation dans cette zone de démarcation entre le continent africain et le mirage européen est toutefois innommable (les nombreuses victimes trouvent parfois un écho dans l’actualité occidentale)…

La mondialisation : passage des flux capitalistes / barrage aux flux migratoires. La société des flux sait se faire société de contrôle : « il est interdit de sortir il est interdit d’entrer une logique unilatérale sécuritaire et renforcée de nouveaux murs » (p. 15). Cette folie « muraliste » qui s’inscrit en droite ligne d’un réflexe sécuritaire vieux comme le monde est mondialement partagée : « 1998 Ceuta Mellila Espagne / Maroc 1953 Corée du Sud / Corée du Nord 248 km 1974 République Turque de Chypre du nord / République de Chypre 1975 Afrique du Sud / Mozambique 120 km 1991 Koweït / Irak 193 km 1999 Ouzbékistan / Kirghizistan 870 km 2001 Turkménistan / Ouzbékistan 1700 km Ouzbékistan / Afghanistan 209 km Israël / Territoires occupés 700 km 2004 Inde / Cachemire 550 km »… Cette énumération va, au fil des pages des Carnets, atteindre 26 références, pour quelque 15 000 km de murs.
Comme de bien entendu, pas plus que les autres, la Patrie-des-Droits-de-l’Homme n’a pas vocation à accueillir toute-la-Misère-du-Monde. L’hospitalité, c’est bon pour les humbles.

Contre un tel dispositif politique, un dispositif poétique efficace : dans cet Agencement Répétitif Neutralisant (ARN) constitué de télescopages singuliers, les effets de neutralisation sont liés à une écriture insidieusement objective, savoir à la façon dont les perceptions sont rendues dans leur immédiateté avec une froide objectivité qui fait songer aux objectivistes américains.

4 juin 2017

[Création] Emmanuèle Jawad, Poésie brutale (extrait des Carnets de murs)

En lien avec son dernier livre, En vigilance extérieure (Lanskine, 2017) – que nous présenterons bientôt -, Emmanuèle Jawad nous a donné cet extrait de ses Carnets de murs : "Ce travail en cours prolonge En vigilance extérieure paru il y a quelques mois chez Lanskine. Il y est donc questions des frontières, des murs, des contrôles et  de la question du rapport texte/image photographique. Ce répertoire de photographies blanches a été écrit à partir de photographies (quasi blanches) de Bruno Boudjelal".

à mesure des formes neuves l’endroit politique des écritures la question pose y aurait-il une distance où s’équivaut l’onde de choc initiale d’un point l’autre ligne d’un corps l’autre où la distance permet à mesure que les écritures rendent à distance égale toutes politiques y aurait-il qu’un point ligne ouvre à forme neuve ou qu’à mesure signale  comme neuf à mesure la table des auteurs un manifeste une contre-anthologie

la poésie brutale dure à mesure l’endroit des écritures plus politique

                            un plan fixe la durée au fur clair de l’ouverture l’image sonorisée un paysage sous hautes températures un désert la mer remonte les morts la distance à l’image mesure la distance du texte à l’image au texte remonte l’image sans un  paysage sans image les ajustements optiques règlent les écarts du texte une condensation visuelle un agencement de mesures les réglages écartent encore les distances ils ne sont pas là-bas ni ici

                            par la loi la mission de contrôle tous les flux par le mandat conféré par la loi le contrôle à l’entrée par des points non autorisés le contrôle de manière réglementée en des points autorisés la frontière est un demi-cercle 4 ports frontaliers terrestres on doit entrer par les points prévus il est interdit d’entrer irrégulièrement par des points non autorisés

                            la pâle empêche de se serrer contre car elle se rabat le système est anti-intrusion le contrôle s’effectue à l’entrée par des points non autorisés le contrôle s’effectue de manière réglementée en des points autorisés     

 

 

                répertoire de photographies blanches

 

 1.

 

1 écran d’où l’image rupture

 

 

: un brûlis blanc

 

 

des Harragas brûlent leurs papiers dans la zone intermédiaire

 

 

que tient pour défait on cherche le fond de l’image

 

 

La Harga = brûle des frontières

 

 

=

enfonce par excès très blanc (des paysages)

 

 

 

grille le Visa

 

 

               8. / 9.

 

une forme photographique  =  une situation sécuritaire il est impossible de filmer à l’arrêt on photographie en marchant on ne peut pas s’arrêter THE HARD WAY, THE ONLY WAY il faut marcher ne jamais s’arrêter un espace public compliqué la mer le désert : 2 barrières THE HARD WAY, THE ONLY WAY on voit du mastic sur l’embarcation la cartographie les tracés un carnet de route l’injonction des gardes côtes il faut s’arrêter il faut continuer à marcher il est impossible c’est flou le mouvement s’est décadré tout est blanc deux dispositifs *photographies au boitier **photographies au téléphone portable transférer le fuel photographier des captures de vidéos sur des territoires de transit transférer le fuel dans les bases 12 000 kilomètres 4 mois 132 jours les murs de ceuta et melilla les hélicoptères survolent loin la ville et répandent le parfum comme une pluie de parfum à Paris de là de Kaboul un parfum une pluie au matin chaque matin une croyance si fuel si parfum petit boitier petite caméra une lumière rouge à l’enregistrement le pouce dessus pour ne pas être repérés  remis sans moteur dans la mer Egée

26 juillet 2015

[Texte] Emmanuèle Jawad, En vigilance extérieure

En contrepoint à une actualité estivale dramatique, Emmanuèle Jawad nous offre cet extrait d’un travail en cours qui se révèle poétiquement/politiquement critique (comment la langue abstraite de la domination pourrait-elle demeurer indemne ?).

 

Orifice résiduel de l’obturation creux évanescent en plein

peu de porte au mur l’encoche battante migrants étirés du long

rasent rassemblés long dans la clôture où chutes on s’emmure

de six mètres plomb de ciel d’envergure l’effort plombé ciel

 

d’y mener embarcations légères à flottaison mal inondent

trempent côtes bleu d’oraison ciel à l’encombre

longuement tenu sombre étire les barques disloque

 

 

ligne de démarque versant double sens extérieur intérieur l’entre

frontière des lignes de front longe rallonge l’édifice mural porteur

des 37 caméras capteurs senseurs ultrasensibles thermiques

La Valla des Cebtis s’irise en fond l’hydre mural enfreint

 

des lignes de passage dans la repousse ouvre un mur d’équerre

plat d’angle où Ceuta soustrait Sebta l’aligne de fuite en champ

non libre réduit des espaces

 

 

frontaliers répare rares strates où derma mural désquamé

par endroits route à double clôtures de guet l’enceinte

à cette distance plan d’angle droit une fuite de points

verticale dresse en long tresse fils grilles l’entrelace

 

rouille au point d’absorption des nœuds hisse d’équerre

les angles chauds plus hauts vers l’appareil lacrymal vecteur

de gaz en fosses bas un revêtement retourne câblé

 

 

 

 

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