Libr-critique

13 octobre 2020

[Chronique] Jean-Marc Baillieu, Nichane tout droit, par François Huglo

Jean-Marc Baillieu, Nichane tout droit, avec un dessin de Frédérique Guétat-Liviani et une postface à la trilogie maghrébine, Fidel Anthelme X, Marseille, septembre 2020, 44 pages, 7 €.

  

Valse, jazz, blues, dialectique, dissertation, donnent au ternaire une dynamique, une ouverture, qui dialoguent et dansent aussi dans les neuf petits livres, empreintes bien terriennes d’une démarche très aérienne, qui composent les trois trilogies de Jean-Marc Baillieu : Humanité (L’éparpillement des sites, 2000, L’inconstance, 2008, Dévoilement, 2012), À contre-pied (Arras ou la rectification du Pas-de-Calais, 1999, La Bienséance, 2006, L’Oublie, 2012), Trilogie maghrébine (Trik chemin, avec CD, bilingue arabe, 2014, Abrid chemin, bilingue berbère, 2018, Nichane tout droit 2020). La première phrase de la postface à la troisième trilogie rejoint les trois thèmes de la première : l’un, l’autre, la nature, qui peut-être recoupent la deuxième topique de Freud : ça, moi, surmoi – en lacanien : réel, imaginaire, symbolique. « L’un, l’autre et la nature, soit la définition de l’humanité selon Antonio Gramsci. Voilà les trois thèmes qui se retrouvent dans ce que j’ai écrit ». La genèse d’un internationalisme discret, sans pesanteur discursive, d’autant plus authentique et actif, se donne à lire en cette postface, texte précieux : à la fois « comment j’ai écrit certains de mes livres » et « la vie mode d’emploi ».

L’aventure, le voyage, l’ouverture à l’autre, sont d’abord linguistiques : l’allemand un peu parlé par le grand-père qui l’a appris en captivité, puis étudié au collège avec l’anglais et le latin, l’anglais pop rock parlé par un correspondant, l’espagnol des vacances estivales. Non linguistiques mais culturels : l’attrait pour le Japon au lycée, puis pour « l’Extrême-Orient (idéogrammes, modes de penser et d’être) », les essais sur le Japon, la Chine, la Corée, et de nombreux ouvrages d’auteurs étrangers, parfois des films. Une année passée par le père en Algérie, alors occupée, puis un séjour au Maroc, le mariage d’une cousine avec un Kabyle rencontré lors d’un festival international de chant choral, ont donné le goût du Maghreb. Celui du Moyen-Orient remontait au catéchisme (vie de Jésus). Franchissant – d’un pied léger, toujours – les clôtures et hostilités identitaires, chaque « communauté » se sentant persécutée par toutes les autres, un universalisme concret ose encore s’improviser : « humains, nous sommes toutes et tous habitants d’une même Terre, au-delà de notre diversité, de nos particularités, et les livres, via ou pas les traductions, ont permis l’échange, les échanges, depuis longtemps. (…) Je ne fais qu’entr’ouvrir des fenêtres (…). Je ne suis qu’un (petit) passeur inter-culturel ».

Le Maghreb est une trilogie : Tunisie (opuscule avec CD), Algérie (« en privilégiant la partie berbère », avec des échantillons de la langue et de l’écriture amazigh), Maroc. Ne craignons pas l’altérité, semble dire Abdellatif Laâbi cité en exergue : « Il n’y a pas de nuit / qu’on ne puisse affronter / Il n’y a pas de ténèbres / sans ligne d’horizon ». Ce poète revient dans les pages intitulées Agdal-Toubkal : « Le lieu / si tant est qu’on puisse / le désigner ainsi / atteste une présence ». Confrontée au titre du recueil dont elle est extraite, L’habitacle du vide, cette citation impose un paradoxe genre théologie négative, celui d’une présence du vide. Le nomadisme prend une forme ludique : « Déplacer des cailloux de cupule en cupule, un jeu de bergers, ou des crottes de chèvres pour l’un et des cailloux pour l’autre, ce qui différencie les joueurs ». Ce qui ressemble à des jets de dés dans le vide inscrit aussi une formulation oraculaire, « année à venir sèche ou humide par exemple ». Écriture géographique : des « bornes gravées » en « écriture libyque » signalent les « voies de transhumance ». Le mot agdal désigne la régulation du pâturage commun. Il signifie aussi : « interdit, sacré ».

La géographie est à la fois physique et humaine : les précipitations modifient les zones de pâturages et les mouvements des campements. Déplier la couverture en trois volets permet de lire une carte. Les trois fragments imprimés en vert sont aisément lisibles. Sur le reste, les noms sont écrits à la main et inversés, comme dans un miroir ou à l’envers d’un calque. Les cartes tracent la géographie (reliefs, cours d’eau) et l’histoire (frontières, légendes). De Tanger à Fez, Rabat, Casablanca, Volubilis, Marrakech, Meknès, le poète nomade goûte mets et mots, sans oublier de saluer les nombreuses espèces chassées : « Notre dite « oeuvre » de pacification ».

5 août 2015

[Entretien] Sandra Moussempès ou la poétique de l’audio-poème, entretien avec Jean-Marc Baillieu

Suite à la parution du CD Vidéographia – disponible en édition limitée notamment chez les librairies Texture, Tschann (Paris) et l’Odeur du temps (Marseille) -, Jean-Marc Baillieu s’est entretenu avec l’auteure sur sa poétique de l’audio-poème. De ces quatre pistes émane une impression d’inquiétante étrangeté : murmures, boucles sonores, musique d’outre-tombe, voix lancinante et spectrale traduisent avec brio une envoûtante "pensée de rêve"… Aussi, de la même façon qu’à la lecture d’un texte de la poète, toute analyse devient spectrographie. /Fabrice Thumerel/

Sandra Moussempès, Vidéographia, performance sonore autour d’héroïnes filmiques, déplacements de corps et de voix, Violet Reason Record [violetreasonrecord@yahoo.fr], 2014, 10 €.

 

Sandra Moussempès est connue et reconnue pour soigner particulièrement et singulièrement ses lectures ou plutôt ses « dispositifs sonores » en public, dans des lieux dédiés à la poésie, mais aussi dans des structures d’art contemporain. Elle vient de publier Vidéographia chez Violet Reason Record, un CD qu’elle dit être « la bande-son matérialisée de Sunny Girls » un livre (coll. Poésie / Flammarion, 2015) unanimement salué par la critique. /Jean-Marc Baillieu/

 

J-M B. : A propos de votre pratique de l’oralité : existe-t-elle dès la conception des textes ou vient-elle (ensuite) comme une interprétation de la partition-texte ?

SM : En fait, il existe une musicalité intrinsèque à la création poétique, mais je ne peux pas vraiment parler d’oralité, plutôt de quelque chose qui m’échappe, se compose, s’écrit, avec une rythmique propre à la poésie ou ce qui pour moi fait sens poétique, des superpositions et des associations de pensées. L’oralité à proprement parler intervient bien après la fabrication du poème, lorsque du texte je décide de faire un nouvel objet, sonore cette fois-ci, que je nommerai audio-poème. Mais il y a des poèmes qui ne peuvent qu’être lus silencieusement ou de façon simple à voix haute.

Lorsque j’ai entrepris de composer le CD d’audio-poèmes Beauty Sitcom (inclus dans Acrobaties dessinées, éditions de l’Attente, 2012) en utilisant ma voix chantée, murmurée, distordue, stratifiée en écho à l’énonciation du poème, je souhaitais faire le lien entre ma pratique initiale du chant et mon travail d’écriture, avec sa jonction d’interface : les référents cinématographiques, ma relation aux films qui s’intègrent à l’énonciation du poème.

Je chante depuis 1984, je publie des poèmes depuis 1992, et je développe ce travail d’audio-poèmes depuis bientôt cinq ans, il a donc fallu tout ce temps pour que le lien entre ces deux pratiques fassent sens, pour que mon univers poétique puisse se matérialiser en une bandeson annexe, à écouter sur CD ou lors de lectures performées. Le dispositif sonore s’articule exclusivement autour de ma voix (je devrais dire mes voix), afin de coller au plus près de mon univers. Je souhaitais projeter le texte vers l’auditoire différemment car les lectures publiques où l’auteur se contente de lire son texte de façon linéaire m’ennuyaient un peu.

Dans Beauty Sitcom, la matérialisation des textes (enquêtes, fiction sentimentale, héroïnes filmées dans un environnement inquiétant, atmosphère vintage), s’incarne sous forme de bandeson annexe et autonome. C’est avant tout un travail sur la lecture augmentée vocalement, proposition qui n’est ni théâtre, ni concert, encore moins chanson. Central, le poème n’est jamais chanté. Mon chant crée une atmosphère filmique en bandeson annexe. Ce sont des Résurgences momentanées des sensations visuelles (poème et audio-poème inclus dans le CD Beauty sitcom, nouvelle version augmentée dans Vidéographia), en lien également avec des voix féminines qui ont pu m’influencer indirectement depuis l’enfance. Le chant est une réflexion du poème, un miroir sans tain.

La plupart de mes livres (principalement dans la collection Poésie / Flammarion, mais aussi aux éditions Fourbis et de L’Attente) questionnent la notion de temporalité et les sensations de déjàvu, à travers les façades sociales, les stéréotypes notamment autour du féminin, d’icônes cinématographiques mais aussi le paranormal, le sacré. De façon assez autobiographique, les expériences physiques et psychiques s’enchaînent en pensées plus ou moins rythmées. La forme est donc une préoccupation autant que le contenu, je compose une pièce sonore et vocale de la même façon qu’un poème. En cela l’oralité s’inscrit comme une interprétation de la partition-texte. J’ai toujours créé des mélodies, des onomatopées. J’ai ce besoin de travailler mes différentes voix, certains y retrouvent le côté japonisant de princesses manga, la voix éthérée-atmosphérique de Liz Fraser ou de Kate Bush, les bruitages de Meredith Monk ou encore l’opéra (il se trouve que mon arrièregrandtante Angelica Pandolfini était cantatrice). Tous ces référents m’ont effectivement influencée sans doute d’une façon inconsciente ; après l’écriture d’un livre, j’ai besoin de sensations plus organiques et tout peut me stimuler pour composer : un film, un dessin animé, des photos retrouvées, de la musique sacrée, du dubstep de Miami, conduire des heures la nuit sur l’autoroute. J’aime ce qui me perturbe, m’inquiète et m’envoûte. Les films que j’évoque dans Sunny Girls comme Zabriskie Point, Spring Breakers, Code inconnu, Sans soleil, … me correspondent, je les évoque, ainsi que des icônes pop, dans Vidéographia, bande-son matérialisée de Sunny Girls.

 

J-M B. : La collaboration avec un musicien fait-elle bouger les lignes ?

Oui bien évidemment, pour Beauty Sitcom il y a eu plusieurs collaborations, l’album s’est fait sur deux ans, s’est construit au fil des rencontres avec plusieurs musiciens sound designers venant de de la musique contemporaine et de l’electro. Ce CD de 9 titres m’a demandé beaucoup de travail car je ne suis pas productrice ni ingénieur du son, et je me suis retrouvée avec toutes ces casquettes à la fin du projet : devoir retravailler le son du mastering avec des audio-poèmes déjà mixés ou en impro, j’ai donc dû faire un travail méticuleux de rééquilibrage des basses, des aigus. Mais il est certain que la collaboration avec un musicien ou designer sonore est précieuse, les bases d’un son naissent à ce moment-là. J’amène mes mélodies de voix et l’idée générale du morceau, puis le musicien propose quelque chose, une façon de faire tourner en boucle un fragment vocal, donne une structure ; c’est le même travail que je fais en solo sur certains audio-poèmes que j’ai composés seule (Récipient de métal vert en duo avec Kristin Prévallet et Etudes d’interception dans Beauty Sitcom). Mais cela donne un son particulier à l’ensemble. Puis j’intègre les textes écrits, cela peut être toute une section ou seulement quelques mots, avec le musicien nous sélectionnons des boucles vocales qui se superposent avec mes autres voix off, les mots ainsi dits ou murmurés, stratifiés, s’extraient naturellement du poème comme une colone interne. J’aime bien alterner travail solo et collaborations musicales, aussi bien en lectures que sur mes CD. Mon nouveau CD Vidéographia (dont les textes sont extraits de Sunny girls paru récemment chez Poésie/Flammarion) a été entièrement réalisé en collaboration avec le musicien DJ Fred Daclon. Il a su donner une continuité à mon univers poétique dans son design sonore de ma voix de façon à donner une atmosphère un peu envoûtante ou perturbante. Et certains audio-poèmes de Beauty sitcom que j’ai composés et produits entièrement sont plus minimalistes, tout en gardant ce contraste entre douceur et effroi.

J’apprends de plus en plus à me débrouiller avec l’aspect technique de l’enregistrement, des logiciels. Sur scène, dans un dispositif avec un musicien sound designer, il y a une part d’improvisation, de dialogue entre nous (ce fut le cas notamment au festival Actoral 12 à Marseille) autour de la structure prédéfinie par avance, tandis que seule avec mon ordinateur et ma pédale d’effet, je suis un peu femme-orchestre. Le dialogue se fait autrement, avec l’auditoire plus directement. Je sais rapidement dans un lieu ou un événement les morceaux que je choisirai, si je lirai davantage de poésie (simplement à haute voix) ou si au contraire le contexte se prête davantage à chanter, par exemple à Paris, ma lecture performée à la Fondation Louis Vuitton dans un lieu si lumineux amenait une autre intensité que la soirée autour de mon travail à la Maison de la Poésie, plus intimiste, ou encore dans l’amphi-théâtre de l’ENSBA de Lyon devant les étudiants en conclusion d’un worshop, et lorsque j’interviens dans des endroits style usines désaffectées, c’est encore autre chose, selon l’acoustique aussi. Chaque partenaire musicien apporte en outre sa touche sonore à l’enregistrement et sur scène. Il faut qu’il y ait une sorte d’alchimie. Un peu comme dans un groupe de rock ou un duo, c’est ce qui se passait lorsque je faisais de la musique dans les années 80 et 90, je chantais sur des projets et avec des groupes, en France (Jay Alanski, Marc Collin) et en Angleterre (The Wolfgang Press sur le label 4AD, Kinky Roland sur label de Boy Georges More Protein), et je composais ou j’interprétais des chansons, avec un couplet, un refrain, des paroles qui collaient à la musique, ou encore je faisais des featurings comme avec The Wolfgang Press ; avec la poésie sonore je sens encore plus de liberté. C’est la différence avec la pop ou le rock, en poésie sonore je peux détourner la structure d’une mélodie, comme rester sur un silence là ou on attend une reprise, ou encore poser un fragment de vocalises de musique concrète puis enchaîner sur quelque chose d’atmosphérique, voire de "sacré" comme dans le rituel d’une cérémonie. Toutes ces expériences passées m’ont vraiment appris à trouver ma voix justement, c’est aussi à force d’avoir travaillé en studio avec des gens talentueux comme le producteur de Cocteaux Twins qui officiait sur le dernier album de The Wolfgang Press, ou Adrian Sherwood producteur british de dub, que je me suis passionnée pour tout ce qui est enregistrement et travail de la voix.

Cela étant dit, la musique, comme le dessin ou la photographie que je pratique aussi nourrissent mon travail mais le poème reste au centre. C’est le travail d’écriture qui est essentiel pour moi, livre après livre, dans la constitution de mon univers propre.

14 février 2013

[Chronique] Jean-Marc Baillieu/Jean-Louis Fidenza, Lister [Espitallier : Libr-Java – 6]

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 11:48

Mon ami Jean-Louis Fidenza est décédé en mai dernier ; dans ses papiers manuscrits j’ai trouvé cela dédié à Jean-Michel Espitallier, c’est brut de décoffrage, probablement incomplet, voire inachevé, il ne me paraît pas incongru de le livrer comme tel, pour Jean-Michel et en mémoire de Jean-Louis (Jean-Marc Baillieu).

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15 janvier 2007

[Chronique] Jean-Marc Baillieu, La Bienséance

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 22:43

[lire la présentation]
bailleu1.jpg Tout pourrait commencer, par cette phrase extraite du texte : « Les formes en général n’ont de sens pas seulement comme des résultats ou des empreintes de l’action humaine mais plutôt parce qu’elles expriment des processus ». Par cette phrase semble se condenser ce texte de JM. Baillieu.Chaque fragment du texte apparaît comme un micro-moment de notations. Comme des fragments de réel épars, sans autre causalité entre eux que les titres qui les réunissent [Couleurs passés des vieux vêtements d’été, Méthode ? …]. Texte qui est dans un processus, celui de l’existence, du regard, qui dépose dans les mots ce qu’il voit : ce qu’il désigne.

bailleu2.jpg En effet, il s’agit bien dans le travail de JM. Baillieu de désignation. Dans Gu Wei Jin Yong, publié aux éditions Le bleu du ciel, le fragment numéroté 205. exprime parfaitement cela : « Désigner, rien que désigner », et corrélativement de nombreux fragments se tiennent dans cette désignation, l’homme regardant et annotant ce qu’il voit, de sa position, de sous son toit : « Avant tout un grand toit. L’absence de mur préserve la présence de la nature. » JM. Baillieu est un observateur, quelqu’un qui regarde, qui découpe dans la matière observée. Mais non pas selon une angularité statique, mais selon une dynamique, un processus :

Déposer, déposer.
Thé/thé vert, à l’initiative de. Répondre, retrait des économies, midi.
– Combien ?
Retour, bonne affaire, causer/téléphoner
argent liquide / espèces, avoir une idée en
tête, addition, emprunter, mère.

Les micro-traces qu’il décrit, les infimes indices qui se juxtaposent sans ordre apparent, sont de petites dynamiques, décrivant aussi bien des scènes extérieures, que des jugements intérieurs, sorte de petits aphorismes éparpillés :  » — Qu’est-ce qui dans l’éveil, doit devenir connexe ou annexe ? A priori l’activité professionnelle, qui permet de boire, manger, dormir; à accomplir donc avec un détachement pondéré ». Et tel qu’il l’écrit dans Gu WeiJ in Yong : « – J’écris, j’impose un ordre(des choses) à qui me lira ».
C’est bien ici la poésie que propose JM. Baillieu de petites observations,qui semblent être ordonnées comme sur un carnet, des traits d’attention qui surgissent, et qui scrutent la manière dont se réalise les choses, dont s’agencent les gestes. Il témoigne en un certain sens de cela en parlant de l « Esquisses d’arbre : des milliers, mais dessinés sans s’y attarder moins d’une minute en moyenne, juste saisir ». Le monde qui se crée au fil de ses notes est comme lacunaire, fait d’esquisses, de traces infimes, d’empreintes peu appuyées.
Et tel semblerait être interrogativement la méthode qu’il énonce en dernière page de son texte :  » (une sorte de modèle où enfin se reconnaître) non un fruit saisonnier vu sous cet angle à l’instant même, même sous cet angle à l’instant même ». Car ce fruit en cet instant, en cette saisie éphémère est déjà habitée par les milliers d’autres esquisses de perception qui tendent se réalité, qui la volumisent. En ce sens ce qui est vu, l’est du fait de la possibilité de la conscience de s’ouvrir à cela et non pas plutôt à autre chose.

[Livre] Jean-Marc Baillieu, La Bienséance

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , , — rédaction @ 22:39

La Bienséance de Jean-Marc Baillieu [version augmentée], publié par l’association Autres et pareils, 19. p. ISSN: 2-916252-05-3 // ISSN: 1263-9729, 4 €
[site de l’association]
4 ème de couverture :
« Des heures durant, voire des jours et des nuits, des mois peut-être, ne réfléchir que ces deux citrons et cette orange déposés dans une coupe de fruits sur un sachet en polyuréthane diaphane. »
Jean-Marc Baillieu est l’auteur, entre autres, de Ma résille aux éditions Spectres Familiers/CIPM, collection le refuge [1998] ; L’éparpillement des sites aux éditions Spectres Familiers [2000] ; Poudre de riz sonore ainsi que Gu Wei Jin Yong aux éditions Le Bleu du ciel en 2001 et 2004. En 2007, il publiera L’inconstance aux éditions Spectres Familiers. La Bienséance [augmentée] est le deuxième livre que publie Contre-Pied après ARRAS ou La rectification du Pas-de-Calais en 1999.

Premières impressions :
[lire la chronique]

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