Libr-critique

27 mai 2018

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de mai, Libr-parole à la Librairie CHARYBDE ; puis, quelques Libr-brèves : Rancière, "Ut declamatio poesis", Salon de la revue de théâtre, Béatrice Brérot, Marina Skalova…

Libr-parole : La Librairie CHARYBDE vous invite…

Mercredi 30 mai, nous recevrons Olivier Rolin pour évoquer plusieurs jalons-clé de son oeuvre, son obsession pour la géographie, son tropisme russe et ses interrogations sur l’histoire et les utopies. Une belle soirée en perspective.

Le jeudi 31 mai, nous accueillerons à nouveau avec joie Dov Lynch pour fêter la parution de "Hauts-fonds" aux éditions du Seuil (note de lecture par Charybde 2 ici), où l’on suit la trajectoire de Klem, ex-policier revenu des camps avec son certificat de dénazification, quittant précipitamment Vienne par le Danube en avril 1945 alors que la ville tombe aux mains de l’Armée rouge. Après le remarquable "Mer noire" qui avait à la fois conquis Charybde 2 (note de lecture ici) et Charybde 7 (note de lecture ), "Hauts-fonds"  épouse les codes du roman d’espionnage pour mieux s’en dessaisir et révéler, de la bascule d’un camp vers l’autre, ce qui reste de la vie d’un homme bringuebalé par l’histoire, les souvenirs, la détresse et l’espoir.

Le jeudi 7 juin, si vous avez envie de découvrir à quoi ressemble le corner Charybde de Ground Control et l’émission de radio qui y est associée, nous recevrons sur place (au 81 rue du Charolais, à 400 m de notre librairie), dans le cadre de la semaine Slow Food qui s’y déroule, le géographe Gilles Fumey, étonnant spécialiste de la géopolitique de l’alimentation, à partir de 18 h 00.

Enfin, le vendredi 8 juin, dans le cadre du Paris des Libraires, nous fêterons le retour en littérature de François Muratet, pour son ouvrage "Tu dormiras quand tu seras mort" récemment paru aux éditions Denoël. L’auteur était pour notre plus grand regret resté silencieux depuis son magistral et prémonitoire "La révolte des rats" paru chez Serpent Noir en 2003 et nous nous réjouissons particulièrement de ces retrouvailles.

Le jeudi 13 juin nous recevrons Tarik Noui dont le "À nos pères" nous avait tant réjoui il y a quelques années, pour fêter la publication de son superbe  "Et seuls les chiens répondent à ta voix" (note de lecture par Charybde 2 ici), une étonnante anthropologie poétique du pouvoir de la voix comme de son impuissance, avec les éditions sun/sun.

Le mercredi 27 juin Nicolas Jaillet, que nous connaissions entre autre pour son roman "La Maison", mais qui est également parolier, musicien et chanteur nous fera l’honneur d’un petit concert.

Libr-brèves

â–º Mercredi 30 mai à 19H30 : rencontre avec Jacques Rancière, "Les Temps modernes", Librairie Le Merle moqueur (51, rue de Bagnolet 75020 Paris).

â–º Vendredi 1er juin à 18H30 : dans le cadre de la Périphérie du Marché de la poésie (#22), "Ut declamatio poesis" = exposition Michel Goulet ; Julien d’Abrigeon en poésie-action… (Ut pictura poesis 45, rue de la Folie Méricourt 75011 Paris).

â–º Les 2 et 3 juin : salon de la revue de théâtre, organisé par la revue Frictions et La Générale Nord-Est…

â–º Jeudi 7 juin à 19H, Béatrice Brérot aura le grand plaisir de partager les textes de "splAtch !" (paru fin août 2017) et ceux de "la suite infinie du monde est dans le colimaçon" (mai 2018)…
Librairie le Bal des ardent s: 17 rue Neuve 69001 Lyon (04 72 98 83 36).

â–º Samedi 9 juin à 19H : Marina Skalova à la Maison de la poésie Paris :

24 septembre 2017

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche automnal, retour sur les livres reçus en été que recommande LC (et pas encore recensés), puis nos premiers Libr-événements d’octobre : Novarina ; F. Smith, L. Giraudon & J. Game ; S. Moussempès & A. Boute.

Libr-critique a reçu cet été, a lu et vous recommande (20 titres)

♦ Julien d’ABRIGEON, P.Articule, Plaine page

♦ Véronique BERGEN, Gang blues ecchymoses, Al dante ; Luscino Visconti. Les Promesses du crépuscule, Les Impressions Nouvelles ; Hélène Cixous. La Langue plus-que-vive, Honoré Champion

♦ Patrick BEURARD-VALDOYE, Le Vocaluscrit, Lanskine

♦ Jean-François BORY, Terminal Language, Plaine page

♦ Béatrice BRÉROT, SplAtch !, Color Gang

♦ Fabrice CARAVACA, Mon nom, Plaine page

♦ Laurent CAUWET, La Domestication de l’art. Politique et mécénat, La Fabrique éditions

♦ Jacques DEMARCQ, Suite Apollinaire, Plaine page

♦ Kadhem KHANJAR, Marchand de sang, Plaine page

♦ Sandra MOUSSEMPÈS, Colloque des télépathes, éditions de l’Attente

♦ Nadège PRUGNARD, M.A.M.A.E & autres textes, Al dante

♦ Sophie SAULNIER, Le Massicot, éditions Le Lampadaire

♦ Sébastien RONGIER, Les Désordres du monde. Walter Benjamin à Port-Bou, Pauvert

La Poésie motléculaire de Jacques Sivan, Al dante

♦ Frank SMITH, Le Film de l’impossible, Plaine page

♦ Nicolas VARGAS, A-vanzar, Plaine page ; V.H.S (Very Human Simplement), Lanskine

♦ Martin WINCKLER, Les Histoires de Franz, P.O.L

Libr-événements

â–º Samedi 7 octobre, Collège des Bernardins (20, rue de Poissy 75005 Paris) : Une poétique du devenir / Valère Novarina. Réservations : frederique.herbinger@collegedesbernardins.fr

Si l’art n’est pas d’abord considéré en tant que création d’œuvres d’art mais comme manière d’être au monde, intéressant tout homme et toute société, si la foi n’est pas seulement considérée en tant que doctrine mais comme vérité vécue, capable d’illuminer et de transformer le monde, alors, loin d’être seulement en rapport d’interaction, d’interdépendance ou de ressemblance, l’art, la foi et le politique sont une même dynamique, une unique réalité vivante.

La présence de jeunes artistes réunis autour du thème du devenir, et celle de l’écrivain, metteur en scène, peintre et dessinateur, Valère Novarina, donneront un tour concret à la réflexion de ce colloque qui vient conclure deux années de recherche du séminaire Esthétique et théologie.

PROGRAMME

Matin – Centre Sèvres

  • 10h30 – 11h15 La théologie, l’art, le politique : quelle question ? Quelle recherche ?
    Alain Cugno
    , philosophe, professeur au Centre Sèvres, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
  • 11h15 – 12h Le sens tactile de la théologie
    Patrick Goujon
    , professeur en théologie spirituelle et dogmatique au Centre Sèvres
  • 12h – 13h Présentation de l’exposition Devenir au Collège des Bernardins en mars 2018
    Sophie Monjaret
    , artiste
  • 13h – 14h30 Pause déjeuner

Après-midi – Collège des Bernardins

Comment l’œuvre littéraire de Novarina, parce qu’il sait être un "inactuel", parvient à se dégager des sujets brûlants de l’actualité pour les inscrire dans un mouvement plus vaste, et ainsi à faire le pari d’un renouvellement des images de l’homme. Laure Née

  • 14h30 – 15h15 L’unité dynamique de la théologie, de l’art, du politique : ce que créer veut dire
    Jérôme Alexandre
    , docteur en théologie, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
  • 15h15 – 16h Valère Novarina : le pari du devenir
    Laure Née
    , agrégée de Lettres et docteur en littérature
  • 16h – 16h15 Pause
  • 16h15 – 17h15 Projection, « Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire  ». Film de Raphaël O’Byrne sur Valère Novarina
  • 17h15 – 17h45 La parole ouvre la pensée
    Table ronde autour de Valère Novarina
      Avec :

    Jérôme Alexandre, docteur en théologie, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
    Dominique de Courcelles, directrice de recherche au CNRS au sein du centre Jean Pépin-École normale supérieure Ulm
    Alain Cugno, philosophe, professeur au Centre Sèvres, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
    Laure Née, agrégée de Lettres et docteur en littérature
    Valère Novarina, écrivain, metteur en scène, peintre et dessinateur

â–º Vendredi 13 octobre à 20H, RV à la Maison de la poésie Paris :

â–º Maison de la poésie Paris, Lecture-performance vendredi 20 octobre – 20h : Sandra Moussempès & Antoine Boute, « Paranormal & Biohardcore »

Dans Colloque des télépathes Sandra Moussempès nous plonge dans une ère victorienne aux accents gothiques avec les sœurs Fox qui communiquent avec les esprits. En parallèle, l’auteure convoque un autre ère, tout aussi étrange, celle des années 69-71 à Hollywood, temple des sectes hippies et des starlettes en devenir.
Dans Opérations biohardcore, Antoine Boute décrit une galerie de personnages hétéroclites sur le point de faire la révolution “biohardcore”. Ces personnages créent des utopies loufoques temporaires, et tentent tous de réveiller le chaman qui sommeille en eux.
Ce soir, ces deux poètes et écrivains proposent une lecture croisée mêlant chants, performances et audio-poèmes autour des liens étranges entre états modifiés de conscience, communication avec les esprits et nécessité de tendre vers le noyau dur du vivant, “le hardcore de la vie”.
À lire – Sandra Moussempès, Colloque des télépathes & CD Post-Gradiva, éd. de l’Attente, 2017 – Antoine Boute, Opérations biohardcore, éd. des Petits Matins, 2017.
tarif : 5 € / adhérent : 0 €

16 mars 2017

[News] Libr-news

Après un spécial Lucien SUEL, quelques Libr-brèves :Les Bruissonnantes, Delaume/Yargekov…

Pleins feux sur Lucien Suel

Les RV à ne pas manquer :

BAPAUME, le samedi 18 mars toute la journée, pour le Salon du Livre à l’espace culturel Isabelle de Hainaut

ABBEVILLE, le dimanche 19 mars de 10h à 18h, pour le Salon du Livre à l’espace culturel Saint-André, rue du Moulin Quignon

LILLE, le jeudi 23 mars, à 10 h dans les studios de France 3, l’invité de Christelle Massin, pour l’émission en direct « Les bonnes pages de Christelle »

PARIS, le dimanche 26 mars, au Salon du Livre, Porte de Versailles, sur le stand de la région Hauts-de-France, de 13h à 18 h, avec les éditions Cours toujours et les éditions de La Contre allée

PARIS, le jeudi 30 mars, de 19 h à 20 h, à La Maison Rouge, 10 Bd Bastille, pour une rencontre autour de mon activité d’éditeur des revues StarScrewer et Moue de veau, partie prenante de l’exposition « L’esprit français, Contre-cultures 1969-1989 »

GRAND LEMPS (Isère), le samedi 1er avril, à 15 h à la Médiathèque pour une lecture en compagnie de Rufo Quintavalle et Ian Monk (écrivain en résidence)

AMIENS, le vendredi 5 mai, pour deux rencontres-lectures-dédicaces en librairie, chez Pages d’encre en fin d’après-midi et au Labyrinthe en soirée, avec les éditions Cours toujours

HAZEBROUCK, les samedi et dimanche 13 et 14 mai, pour les Bouquinales, sur le stand du Marais du Livre

ECQUES (Pas-de-Calais), le dimanche 21 mai, de 10 à 18 h pour le 1er Salon du Livre

BETHUNE, le mardi 30 mai, toute la journée au lycée Blaringhem pour des rencontres avec les élèves

SOISSONS, le vendredi 9 juin, à 18h, à la librairie L’Arbre généreux pour une rencontre-dédicaces avec les éditions Cours Toujours

SAINT-JANS CAPPEL, le dimanche 25 juin, toute la journée à la Villa Yourcenar, un parmi les vingt auteurs invités pour le vingtième anniversaire de la Villa, avec l’après-midi une signature sur le stand de la librairie Le Marais du Livre

MERLIEUX, les samedi et dimanche 9 et 10 septembre pour La Fête du Livre

D’autres rencontres auront certainement lieu à Lille au Bateau-Livre, à Roubaix aux Lisières, et d’autres pourraient être programmées par Escales des Lettres, centre littéraire d’Arras. L’agenda sera mis à jour sur ces blogs Silo-Académie23 et Lucien Suel’s Desk

 

LES NOUVEAUX OUVRAGES :

Ni bruit ni fureur, aux éditions de La Table Ronde, second volume de l’anthologie de son œuvre poétique : http://www.editionslatableronde.fr/ouvrage.php?id_ouv=I23507 16

4ème de couverture : Après Je suis debout, paru en 2014, voici le second volume de la poésie de Lucien Suel. Les formes toujours variées (prose poétique, haïkus, tweets en cent-quarante signes, vers arithmogrammatiques…) se mêlent au cœur d’un triptyque planté sous le ciel changeant du Nord pour célébrer l’enfance, les jardins, les disparus.

Angèle ou le Syndrome de la wassingue, aux éditions Cours toujours dans la collection « La vie rêvée des choses », roman accompagné d’un carnet de curiosités en couleurs. 14 €

4ème de couverture : Angèle est une petite fille un peu étrange, qui s’imprègne de son quotidien, s’imbibe du bien et du mal et se noie dans ses rêves, sans parvenir à extraire, exprimer, essorer…

Roman sur l’enfance et l’innocence, ode à la vie et à la nature, Angèle ou Le Syndrome de la wassingue est aussi un récit d’apprentissage dont le chant monte crescendo, du murmure à l’envol lyrique, pour accompagner son merveilleux personnage sur un chemin onirique et libératoire.

Il n’y avait que Lucien Suel, poète minutieux et orfèvre de la langue, pour sublimer ainsi la prosaïque serpillière du Nord…

Autre livre récent disponible :

Après Les aventures de la limace à tête de chat, un autre livre aux éditions du Téètras Magic, A la recherche du taon perdu, superbe album en couleurs de mes dessins idiots, 17 €, à commander sur le site de l’éditeur http://www.teetrasmagic.com/edit37.html

 Libr-brèves

â–º Sur Tapin : Luc Benazet, "Incidents" – entre autres…

â–º Les Bruissonnantes // 6e édition, du 16 au 18 mars 2017 au théâtre Le Hangar

Les Bruissonnantes est un festival dédié aux écritures contemporaines mises en voix, en espace et en mouvement par leurs auteurs. Il vise à faire de la poésie contemporaine la plus exigeante une expérience sensible à partager.
Organisé dans le cadre de la manifestation nationale le Printemps des PoeÌ€tes, il se déroule au théaÌ‚tre Le Hangar aÌ€ Toulouse trois soirées durant et donne aÌ€ entendre « le » poeÌ€me dans une grande diversité de formes : performances, poésie sonore, lectures intimistes, écritures vocales et musicales.

SOIR 1 // jeudi 16 mars
21h :
• Catherine Froment poeÌ€te performeuse (Paris) | poésie d’action
Laura Vasquez poète (Strasbourg) | lectures
• Laurent Avizou guitariste (Toulouse) | guitare préparée

SOIR 2 // vendredi 17 mars
19h :
• Table ronde avec les artistes du festival et diffusée par la radio partenaire Canal Sud.
21h :
• Les Parleurs quintet poématique (Toulouse) | récital de poésie
• Julien d’Abrigeon écrivain poeÌ€te (Paris) | poésie sonore
• Claire Bergerault accordéoniste-vocaliste (Poitiers) | solo improvisé

SOIR 3 // samedi 18 mars
19h :
• Conférence performée par Yves Le Pestipon sur le theÌ€me France Afrique Poésie
21h :
• Sébastien Lespinasse poeÌ€te performeur (Paris) | poeÌ€me récif
• Vincent Barras & Jacques Demierre (Suisse) | poésie sonore
• Anne Choquet fluÌ‚tiste aÌ€ bec (Toulouse) | reprise de répertoire de J.-S. Bach


Tarifs de 5€ à 7€ • PASS 3 soirs 15€
Réservations par téléphone au 05 61 48 38 29 ou par mail à contact@lehangar.org

Pour plus d’informations sur les artistes programmés et le festival, c’est sur notre site : http://lehangar.org/lehangar/programmation/bruissonnantes.html

â–º Nina Yargekov 2-cHB-1 / Delaume © Hermance Triay c

Lectures et entretien avec Guénaël Boutouillet, vendredi 17 mars 2017, à la Maison de la poésie de Paris

Soirée proposée par remue.net (www.remue.net), en partenariat avec la Scène du Balcon — ne pas oublier de réserver, au (Tel) 01 44 54 53 00 du mardi au samedi de 15h à 18h ou bien, par mail : accueil@maisondelapoesieparis.com

â–º Aden Ellias sera présent sur le stand de la région Ile-de-France pour dédicacer Hyperrectangle et répondre aux questions des lecteurs.
Comme il l’écrit si bien au tout début de son roman (il s’agit même de la première phrase) "La veille au soir, je m’étais donné rendez-vous très tôt le lendemain matin pour écrire un très grand livre ou quelque chose comme ça." Ce "très grand livre", vous l’aurez entre les mains samedi 25 mars entre 15h30 et 16h30.

17 décembre 2016

[Chronique] François Rannou, Poésie et livre électronique : une question d’espaces

Voici le deuxième volet du dossier consacré à François Rannou. Voir le premier : ici.

Le livre électronique (ou livre numérique) est un support neuf qui n’a, jusqu’à présent, pas été beaucoup investi par les poètes. On trouve surtout les livres de poésie numérisés — classiques ou contemporains, dont les fichiers PDF reprennent la forme traditionnelle du livre papier. Il est d’ailleurs à noter que le PDF se justifie souvent par la volonté justement de respecter scrupuleusement la mise en page de l’auteur — faisant ainsi du livre numérisé la simple copie-écran du livre papier[1] sans réfléchir véritablement à la spécificité du nouveau support. C’est à cette différenciation et à ses implications que je m’attacherai tout d’abord. Je tenterai ensuite de montrer ce que le livre électronique, dans ses formes possibles, doit aux recherches des poètes, surtout à partir du 19ème siècle. Enfin, je ferai état de réalisations, de propositions ou projets que je mène actuellement dans le cadre de mon travail d’auteur et éditeur (aux éditions Publie.net[2] et comme directeur de la revue Babel heureuse chez Gwen Catala éditeur).

Livre papier et livre numérique n’offrent pas le même espace, ne s’intègrent pas dans les mêmes dimensions, c’est une évidence.

La page du premier implique un format défini, un équilibre des blancs, une aération, une matière, un toucher, une lisibilité dont se soucient tout particulièrement les poètes pour qui ces éléments jouent un rôle essentiel. Mais c’est par analogie qu’on tourne les pages du livre numérique. En fait, la page a disparu au profit de l’écran, espace multimodal ouvert dont les dimensions s’adaptent aux divers objets qui, quelle que soit leur taille, permettent de lire un ebook (je peux ainsi avoir accès au dernier ouvrage de Virginie Gautier[3] sur mon smartphone, mon Iphone, ma tablette, mon Ipad ou ma liseuse ; sans que la dimension de l’écran restreigne l’apparition du texte).

Alors que le livre papier intériorise l’espace de la parole, le resserre dans un cadre accessible par le recueillement, la concentration — ce n’est qu’à cette condition qu’il peut se déplier chez le sujet-lecteur —, il en va tout autrement pour ce que peut être un livre électronique de poésie qui, lui, extériorise cet espace en l’ouvrant à ce qu’on peut appeler (avec Patrick Beurard-Valdoye) les arts poétiques : vidéo, musique, performances, peinture, danse, etc. En effet, ce nouveau support permet, par sa caractéristique multimédia, d’intégrer des éléments sonores, visuels qui ne doivent pas être considérés comme des suppléments ou des documents venant enrichir, presque de manière décorative ou illustrative, l’ouvrage. Le livre numérique devient ainsi un objet cohérent à la fois clos et ouvert, ayant sa propre autonomie, lisible à tous les sens (ou presque) immédiatement (on est loin de ce que tente[4] le livre papier lorsqu’il est accompagné d’un CD qui n’est trop souvent que la trace mémorielle de ce qui est écrit). Dès lors, il s’appréhende d’un seul tenant, différents temps créant leur jour dans la simultanéité légèrement différée de la lecture. L’ouvrage s’écrit à une ou plusieurs mains, confronté à des nécessités techniques exactement dans l’esprit des collaborations entre musiciens ou artistes et poètes.

Ces derniers d’ailleurs sont, pour ainsi dire, à l’origine de ce qui se dessine plus haut par leurs recherches, le livre numérique les rendant réellement possibles, enfin, dans la variété de leurs intuitions. Il ne s’agit évidemment pas de retracer ici une histoire des avant-gardes, par exemple, mais de montrer comment, avec une constance soutenue et éclairante, certaines personnalités, certains mouvements ont voulu que le livre s’affranchisse de son espace clos afin que le monde, notre réel, la pensée, le langage, le corps, puissent être portés par le lieu ouvert d’un liber[5] aux frontières explorées et renouvelées. Le livre électronique s’avère alors, il suffit de le constater, une possibilité résultant de la coïncidence entre une évolution poétique caractérisée par la richesse, l’inventivité de ses tentatives et expériences, et une évolution technologique à laquelle les poètes, en premier, se sont intéressés parce qu’elle leur permettait d’envisager une autre solution que le livre à leur souci de renouvellement poétique — techniques et machines sont vues d’un œil de bon augure comme des nouveaux moyens d’impression, autrement que mais pas contre le livre traditionnel.

Autrement, oui, car cette recherche d’espace autre (plus vivement présente dès la fin du 19ème siècle et durant tout le 20ème, parallèle, remarquons-le, à l’essor technique, scientifique et aux nouveaux supports qui en découlent) implique la prise en compte de dimensions jusque là mises en réserve : ce sont les dimensions sonore et visuelle.

Que l’oralité soit figurée dans le poème par la ponctuation (chez Corbière[6] par exemple) ; que son rythme soit perçu non plus seulement par le vers libre étendu mais par l’unité nouvelle qu’est, chez le Mallarmé du Coup de dés[7], la double page ; que la lettre même puisse révéler sa sonorité enfouie (du futurisme de Marinetti[8] à la poésie sonore d’Henri Chopin[9] sans oublier les expériences de poésie phonétique, tels le morceau dit par Hugo Ball[10] au Cabaret Voltaire en 1915, la Ursonate de Kurt Schwitters[11] composée entre 1921 et 1932 ou encore la trop oubliée musique verbale de Michel Seuphor[12] dès 1926) ; que la simultanéité des sensations et des traits divers du monde apparaisse audible, voilà ce qu’il faut désormais faire à nouveau entendre — autrement. Que l’aspect visuel voire pictural du poème ait été recherché grâce à l’agencement typographique ou aux collages (de Schwitters encore à Pierre & Ilse Garnier en passant par Cobra pour citer quelques phares seulement), voilà ce qui devrait inspirer l’écriture poétique pour le livre numérique.

On pourra aussi considérer entre autres comme précurseur, en ce qu’il allie dimensions visuelle et sonore, le livre du constructiviste El Lissitzky, Dlia golosa[13], composé par des créations typographiques et des poèmes de Maïakovski à lire à voix haute, les images typographiques guidant l’intonation de la lecture. Ou écouter Apollinaire appeler de ses vœux cette poésie novatrice à l’écoute des arts naissants de l’époque :

« Il eût été étrange qu’à une époque où l’art populaire par excellence, le cinéma, est un livre d’images, les poètes n’eussent pas essayé de composer des images pour les esprits méditatifs et plus raffinés qui ne se contentent point des imaginations grossières des fabricants de films. Ceux-ci se raffineront, et l’on peut prévoir le jour où le phonographe et le cinéma étant devenus les seules formes d’impression en usage, les poètes auront une liberté inconnue jusqu’à présent.

Qu’on ne s’étonne point si, avec les seuls moyens dont ils disposent encore, ils s’efforcent de se préparer à cet art nouveau (plus vaste que l’art simple des paroles) où, chefs d’un orchestre d’une étendue inouïe, ils auront à leur disposition : le monde entier, ses rumeurs et ses apparences, la pensée et le langage humain, le chant, la danse, tous les arts (…) »[14]

 

Or, si cet enthousiasme d’il y a 100 ans a permis que des voies nouvelles en poésie soient tracées, on peut observer que chacune d’elles, sans doute en apparence à l’exclusion des autres, en est arrivée à se spécialiser, générant une histoire particulière, séparée, afin d’en manifester la valeur. C’est sans doute ignorer les ponts qui pourraient naturellement s’établir dès l’instant où la recherche poétique en ce sens aujourd’hui ne peut être que plurimodale et multimédia grâce à ce que le livre numérique peut techniquement créer. On n’en est plus au phonographe d’Apollinaire, aux cinémas muets de Pierre Albert-Birot[15] ou Max Jacob, aux bandes magnétiques des premiers magnétophones de Bernard Heidsieck. Cependant, dès 1929, Bob Brown a l’idée d’une machine à lire (Reading machine). Il écrit : « Pour continuer à lire à la vitesse d’aujourd’hui, je dois avoir une machine, une machine de lecture simple que je peux porter ou avec laquelle je peux me déplacer, brancher à n’importe quelle prise électrique »[16]. Mais cette machine qui fut un temps imaginée reste à l’état de projet expérimental. On peut en trouver néanmoins, je crois, des traces actuellement, même lointaines, dans les œuvres de poésie informatique (dont Jean-Pierre Balpe est le représentant emblématique) ou de poésie cinétique dont Julien d’Abrigeon ou Alexandra Saemmer[17] sont parmi les plus intéressants poètes à l’œuvre[18].

En somme, on voit que, loin de tomber d’une autre planète, le livre numérique, dans toutes ses potentialités, est préparé par l’imagination des poètes qui l’ont précédé.

Une fois ces jalons posés, je tâcherai d’effectuer un point sur tous ces enjeux tels qu’ils se posent maintenant en tant qu’éditeur, auteur et collaborateur d’une équipe directrice[19] dont la réflexion et la pratique s’aiguisent au fur et à mesure qu’elle les rend possibles matériellement.

Pour ce faire, je pars d’un constat critique réalisé à partir de mon travail poétique — il faut, entre parenthèses, souligner qu’outre les ouvrages papier à tirage courant, j’ai participé de près à l’architecture de livres en collaboration avec des artistes, prenant des formes diverses liées aux techniques utilisées, notamment un livre-installation avec le plasticien Yves Picquet et le vidéaste Gilbert Louet[20] ; j’ai également organisé des lectures polyphoniques avec mise en espace de voix, des performances-interventions sur la voie publique, des vidéos, des enregistrements sonores. Victor Martinez écrit ceci à propos de Contretemps paradist[21], mais cela peut s’appliquer de manière plus générale à mes autres ouvrages : « Toute écriture ouverte dépossède du sens et engage invariablement dans une varappe de la langue. Chaque mot est une prise et chaque ligne, horizontale ou verticale, conduit à une croisée à la faveur de laquelle le lecteur conventionnel, avec ses appuis culturels, apparaît comme une hypothèse ancienne. Lire est s’immerger à mains rentrées dans la page, dans le littéral, hors du masque des ressemblances et des analogies. Il faut entendre à la lettre Contretemps paradist comme le contre-rythme du contre-dist ou de la contre-langue. La langue poétique dégrammatise la langue prosaïque en puisant au blanc et en faisant appel à un protocole de lecture nouveau, où l’on doit choisir le sens directionnel, sensible et sémantique, de chaque moment de lecture, dont ni le mot (coupé), ni la ligne (tramée et sectionnée), ni la page (volatilisée hors de ses limites) ne constitue une unité »[22].

Ce « protocole de lecture nouveau » m’amène à étendre mon questionnement et ses implications au domaine du livre numérique. Il n’est pas possible, compte tenu des caractéristiques techniques de ce dernier, de vouloir simplement y transposer ce à quoi j’aboutis — temporairement — par le livre papier. Il faut penser l’écriture sur ce support d’une autre manière, en fonction de ses spécificités.

C’est ce qui se dessine, par exemple, déjà en 2011, avec le livre de Jean-Yves Fick il y a le chemin[23] comme l’explique aux lecteurs François Bon : « On reconnaîtra le travail de voix et d’images que Jean-Yves Fick mène depuis Strasbourg sur son site Gammalphabets. Alors, comment rendre ce travail avec les ressources du livre numérique ? Les images n’illustrent pas le texte, elles sont plutôt un voyage, qui s’amorce depuis des points précis du texte, passeront par une mosaïque qui les rassemble toutes, vous permettant de resurgir depuis l’image vers un autre point du texte. Et c’est ici peut-être, que cette poésie à l’épreuve du réel, se minéralisant comme lui, devient ce rêve qui nous emmène sans plus savoir d’où nous voyageons, ente la carte des images (création epub Gwen Català) et l’arborescence des mots ».

Plus proche de ce qui voudrait être atteint par le livre numérique de poésie, la revue D’ici là[24] est présentée par son créateur Pierre Ménard de la façon suivante : « L’idée de cette revue est de jouer la carte d’une lecture écran, et de former (…) un ensemble éditorial où se confrontent l’image, le texte et le son. (…) Des graphistes, dessinateurs, peintres, illustrateurs, photographes, sont (…) invités (…) à envoyer leur travail. La revue est accompagnée d’une bande son qui forme une approche du thème au même titre que les textes et les images ».

C’est tout à fait l’horizon que je cherche à explorer dorénavant. D’une part, lorsque je publie de Virginie Gautier Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire[25] : espace de création pour écran comprenant texte, images fixes, vidéos, fichiers sonores[26]. D’autre part, quand je m’avance dans la réalisation d’un projet d’écriture pensé en ces termes comme un livre d’artiste pour écran réalisé à plusieurs mains. 

Aussi doit-on considérer le livre numérique comme un livre en plus et pas comme un livre contre — le livre traditionnel, s’entend ; cette opposition, exprimée fréquemment, n’ayant plus lieu d’être. Ou alors, si, contre ; mais contre la tendance grandissante à faire du livre numérique un déversoir accéléré de mots aveuglants qui remplissent les poches de diffuseurs hégémoniques obéissant à la seule logique d’un capitalisme de gavage « culturel » anesthésiant toute pensée ou révolte. Car, pour le poète ici encore, il s’agit d’aller là-contre[27], de façonner un espace de ressaisissement du langage qui de notre monde permette de percevoir la vitesse, de comprendre la puissance et la fascination des images qu’il impose ; dans la simultanéité des perceptions, cette saisie crée l’endroit où le corps et l’esprit se tiennent ensemble en des points de tension (qu’elle n’a pas charge d’élucider mais de soutenir) qui permettent au muet, au vif, d’advenir.

Tenter de saisir le furtif (ce que Derrida reconnaît comme la marque du voleur), le prendre de cours, s’inscrire lucidement dans son rythme subliminal qui emporte — et nous fait entendre/voir/lire ce qui a l’opacité du réel dans la langue, dans notre parole comme son fondement ignoré : terre non vue que le poète, seul, tel le Kolomb de Hölderlin, invente.

En surface et en profondeur, d’ici là (couches superposées, sédiments, archéologie des savoirs et du sujet & extensions géographiques et temporelles de notre mémoire à venir), l’espace de découverte se déplie, polyphonique selon un contrepoint où contradiction, juxtaposition, croisement, confluence permettent une parole vivante toujours à naître, à renaître.

Concrètement, ce doit être l’espace que doit conquérir et inventer le livre numérique.



[1] Par souci parfois de diffuser plus largement le livre au-delà de la contrainte financière de l’impression sur papier.

 

[2] On peut découvrir, chez cet éditeur, la collection de poésie L’Inadvertance à l’adresse suivante : https://www.publie.net/categorie-produit/linadvertance/ (parmi les auteurs publiés : Hélène Sanguinetti, Armand Dupuy, Jacques Ancet, Philippe Rahmy, Nathalie Riera, Dominique Quélen entre autres…). Les titres sont la plupart numériques et « papier » (deux mises en page donc…).

 

[3] Virginie Gautier, Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire

Publié en septembre 2014 aux éditions Publie.net. En voici la description que j’ai rédigée : « Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, de Virginie Gautier, est le long poème d’une ville traversée qui serait toutes les villes ensemble : métamorphoses d’un monde flottant dont il s’agit de repérer les traces d’ombres. Que le tunnel dont il est question dans le livre soit celui du métro, celui qu’empruntent les « clandestins » pour traverser la Manche, ou la grotte dans laquelle nos « ancêtres » ont dessiné leurs premiers repères, il est surtout le lieu de confluences entre le dessous et le dessus de toute ville. Entre les mémoires accumulées, inscrites, gravées, recouvertes, effacées presque, disparues, retrouvées et l’élan vers ailleurs, vers autre chose à venir qui doit se délester du passé. Lieu mouvant où les déplacements créent une identité toujours fuyante. « On dit je suis d’ici. On est d’un autre temps, qui échappe. Autant dire d’ailleurs, autant dire de plus jamais. » Avec ce titre, se poursuit une nouvelle série de la collection L’Inadvertance, déjà amorcée par Ma mère est lamentable de Julien Boutonnier. Chaque ouvrage comprend un texte, des images fixes, des fichiers sonores et des vidéos courtes ainsi que des liens.

Deux versions disponibles : l’une enrichie, et l’autre interopérable qui comporte des liens vers les morceaux audio et vidéo hébergés sur notre site. »

 

[4] Mais il faut louer ce travail éditorial fait par quelques-uns, je pense notamment aux éditions de l’attente et à Al Dante.

 

[5] Livre en latin…

 

[6] « Lire la poésie de Corbière, c’est entendre un bruissement de voix multiples », déclare Elisabeth Aragon dans « Tristan Corbière et ses voix » (in Jean-Louis Cabanès dir., Voix de l’écrivain : mélanges offerts à Guy Sagnes, Presses Universitaires du Mirail, 1996, p. 179). Et, dans son travail de recherche sur L’Antipoésie dans les œuvres de Tristan Corbière, Alfiya Enikeeva explique : « Corbière souligne cette interaction des voix entendues comme l’opposition d’attitudes et de points de vue par la ponctuation abondante, les interjections, les parenthèses, par les ruptures de syntaxe, l’arythmie, l’usage des blancs » (Mémoire de recherche en littérature dirigé par Monsieur Gerard DESSONS, professeur de l’Université Paris-VIII, et encadré par Monsieur David RAVET, enseignant de littérature au CUF de Moscou, 2015).

 

[7] « Mallarmé a laissé deux brouillons de préface pour le coup de dés (version de Cosmopolis, Pléiade (édition Marchal) I, p. 403) ; et non seulement l’« Observation » finalement publiée ne découle pas de ces brouillons mais elle peut même sembler les contredire. Ces deux très brefs brouillons posent, pour l’essentiel, l’antériorité de l’oralité sur l’écrit : « ainsi, la poésie est d’abord une parole et dans l’éventualité où l’on a besoin de coucher la parole sur le papier, il faut développer des moyens d’adapter l’imagerie d’une poésie orale au medium imprimé », écrit Nicolas Wanlin dans son commentaire au livre de Michel Murat, Le Coup de dés de Mallarmé. Un recommencement de la poésie, Belin, « L’extrême contemporain », 2005 (cf. « Pour revenir sur la "musicalité" du Coup de dés et le récent livre de M. Murat », Acta fabula, vol. 6, n° 2, été 2005).

 

[8] Je pense notamment aux « cinq synthèses radiophoniques » de Marinetti dans son manifeste de 1933 La Radia (Un paysage entendu, Les silences parlent entre eux, Combat de rythmes notamment).

 

[9] « Au milieu des années 1950, Henri Chopin, prenant acte des expériences des musiciens concrets, s’arme d’un micro et d’un magnétophone (suivront table de mixage et amplis) et décide de sortir la poésie de la page. Il travaille avec sa voix, la transforme, libère la phonétique, produit des sons particuliers et donne naissance à Pêche de nuit, l’un de ses premiers enregistrements. Le micro placé sur les lèvres, il suggère et restitue, au-delà des mots, le ressac, le vent et le bruit d’un bateau de pêche faisant route sur zone, initiant là ce qu’il répètera plus tard pour la toundra puis dans bien d’autres lieux explorés d’abord par la voix puis par le corps (vibrant) tout entier », écrit Jacques Josse le 22 février 2008 sur remue.net.

 

[10] « J’ai inventé un nouveau genre de poésie, la « poésie sans mots » ou poésie phonétique » écrit-il.

 

[11] « Dans un rythme libre, les paragraphes et la ponctuation sont utilisés comme dans la langue, pour un rythme rigoureux, les barres de mesure ou les indications de mesure apparaissent par la division proportionnée en sections spatiales égales de l’espace typographique, mais pas de ponctuation. Donc ,. ;!?: ne sont lus que pour la tonalité », écrit Kurt Schwitters dans sa revue Merz n°24. Pour en écouter un fragment lu par Schwitters lui-même, ce lien est disponible : Ursonate lue par Schwitters.

 

[12] « Le biographe de Mondrian, Michel Seuphor, invente, en 1926, la musique verbale qui, au lieu de transmettre un texte, exploite la puissance évocatrice de la voix et du phonème, c’est-à-dire du son en-dehors de tout sens ; quatre ans plus tard, il accompagne sa poésie phonétique avec le Russolophone, instrument inventé par Russolo, une sorte de piano dont les touches actionnent des bruits tous disparates, les uns métalliques les autres obtenus à partir de vaisselle brisée. On pense à ce que seront, plus tard, les pianos préparés de John Cage », précise le Centre Georges Pompidou…

 

[13] Voici quelques liens qui permettent de découvrir ce travail : Lissitzky 1, Lissitzky 2, Lissitzky 3, Lissitzky 4.

 

[14] Guillaume Apollinaire, L’Esprit nouveau et les poètes, in Mercure de France, Paris, n° 491, 1-XII- 1918, p. 385 à 396.

 

[15] Sur Pierre-Albert Birot, Marianne Simon-Oikawa, « La Poésie idéographique de Pierre Albert Birot », in RiLUnE, n. 8, 2008, p. 145-164.

 

[16] D’autres textes publiés dans la rubrique « The Revolution of the Word » privilégient une expérimentation sur la plastique du mot, tels les « Readies » dont Bob Brown, jeune Américain exilé en France, présente le principe dans le numéro 18 de novembre 1929. Le terme est forgé à partir de « talkies » : de même que les « talkies » représentent le cinéma moderne, les « readies » sont la quintessence de la littérature moderne. Partant du principe que le livre est un médium ancien, inadapté au monde moderne, Bob Brown met au point une machine permettant de lire plus vite et dans de meilleures conditions. La « machine à lire » [« reading machine »] permet de faire défiler à la vitesse désirée un texte spécifique (le « readie »), tapé linéairement sur un long ruban. Les avantages liés à cette nouvelle méthode de lecture sont nombreux, selon son inventeur : possibilité d’agrandir le texte grâce à un système de loupe, économie de papier, économie de main d’œuvre (le « readie » ne nécessite pas d’être relié), économie d’encre grâce à la loupe. Comme l’écrit Bob Brown, inscrivant par là même son invention dans le cadre de la « Révolution du Mot » : « Révolutionnez la lecture et la Révolution du Mot se fera sans verser d’encre » (traduit de t19-20, p. 171). Mais le principal avantage de la machine est de permettre une lecture plus rapide : l’œil n’a plus besoin de se déplacer puisque c’est le texte qui défile. Plus que la machine, rapidement abandonnée par son inventeur, c’est le « readie » qui intéresse Bob Brown : « La machine de par son existence même rend nécessaires de nouveaux mots et en efface d’autres trop usés » (traduit de t19-20, p. 171). Il suggère en particulier une condensation de la phrase, réduite à ses composants les plus expressifs, à savoir les noms, verbes et adjectifs. Il s’agit également, pour le jeune exilé, de travailler à un « Art Optique de l’Écriture » (t19-20, p. 167). Contrairement à la « machine à lire », restée à l’état de concept, l’idée du « readie » se concrétise sous la forme de deux anthologies, tirées chacune à trois cents exemplaires, Readies (1930), modeste volume d’une cinquantaine de pages, et Readies for Bob Brown’s Machine (1931), plus imposant avec ses quelque deux cents pages. La typographie joue un rôle décisif dans cet « Art Optique de l’Écriture » que Brown appelle de ses vœux. La linéarisation du texte, en particulier, entraîne des recherches typographiques. Dans l’anthologie de 1931, Laurence Vail utilise des tirets entre les mots, James T. Farrell faisant pour sa part le choix des points de suspension. La contribution de William Carlos Williams, le court poème « Readie Pome », fait également preuve d’originalité dans ce domaine : « Grace – face : hot – pot : lank – spank : meat – eat : hash – cash : sell – well : old – sold : sink – wink : deep – sleep : come – numb : dum – rum : some – bum  21. » Ainsi, sans être directement publiés dans transition, les nombreux « readies » regroupés dans Readies et Readies for Bob Brown’s Machine correspondent à une lecture, médiatisée par Bob Brown, de la « Révolution du Mot ». Les nombreuses coïncidences entre la liste des participants à la seconde anthologie et celle des collaborateurs de transition révèlent d’ailleurs l’étroitesse des liens qui unissent ces deux expériences : sur les trente-huit collaborateurs à Readies for Bob Brown’s Machine, vingt-trois sont publiés par transition », explique remarquablement Céline Mansanti dans son ouvrage La revue transition (1927 – 1938) : le modernisme historique en devenir, Presses Universitaires de Rennes, 2009.

Le lien suivant permet de découvrir cette reading machine

 

[18] Il faut mentionner aussi la poésie animée avec un poète comme Ernesto Manuel de Melo e Castro, fondateur également en 1968 de la vidéopoésie, qui écrit ceci : « La page n’existe plus, pas même en tant que métaphore. L’espace est maintenant équivalent au temps et l’écriture n’est plus une partition mais une réalité de dimension virtuelle ».

 

[19] Je pense particulièrement à Roxane Lecomte, Guillaume Vissac et Philippe Aigrain de Publie.net et à Gwen Catala, devenu éditeur à son compte (gwencatalaediteur ).

 

[21] François Rannou, Contetemps paradist (épuisé).

 

[25] Op.cit.

 

[26] Fichiers accessibles sans recours nécessaire à l’espace extérieur d’internet ou en y ayant accès — pour des raisons de format — dans la version interopérable qui comporte des liens vers les morceaux audio et vidéo hébergés sur le site Publie.net.

 

11 décembre 2016

[Livres] Libr-kaléidoscope de fin d’année (1)

En ce moment où ce n’est tout de même pas encore totalement has been d’offrir des livres, Libr-retour sur des œuvres remarquables que nous n’avons pas eu le temps, hélas, de recenser – ou que nous n’avons pu que signaler… Et comme ces deux dernières années ont été foisonnantes, nous vous offrons plusieurs livraisons d’invitations au voyage livresque (ordre chronologique).

â–º Laure GAUTHIER, La Cité dolente, éditions Châtelet-Voltaire, Cirey-sur-Blaise (52), printemps 2015, 72 pages, 8 €, ISBN : 979-1-09019-832-6.

"J’admire le poète qui
agonise en quelques mots, hors de soi, à sec.
Toujours sur les rails d’à côté, crève en mode travelling permanent" (p. 29).

 

Entre prose et poésie, ce texte constitué d’éléments syncopés ou montés que regroupent sept chants (en plus de l’"avant-dernier" qui clôt le recueil) fait évidemment écho à la Divine comédie de Dante pour nous plonger dans notre propre enfer – celui de notre labyrinthe intérieur comme celui d’un monde spectaculaire dans lequel "tuer en période de soldes coûte moins cher" (38)…

 

â–º Béatrice JOYEUX-PRUNEL, Les Avant-Gardes artistiques : 1848-1918. Une histoire transnationale, Gallimard, "Folio/Histoire (inédit)", hiver 2015-2016, 976 pages, dossier iconographique central de 22 illustrations, 9,70 €, ISBN : 978-2-07-034274-7.

Partant de la définition sociologique de l’avant-garde comme positionnement de rupture afin d’imposer à un champ conflictuel ses valeurs d’"originalité", de "jeunesse", d’"indépendance" et de "rejet du public", Béatrice Joyeux-Prunel – qui a également participé au volume collectif sur la vie intellectuelle en France (cf. ci-dessous) – montre comment cette tendance moderniste s’est émancipée du champ politique pour gagner en visibilité et triompher dans l’ensemble de l’espace social. L’intérêt de cette somme est de combiner les perspectives diachronique et synchronique, synthétique et analytique, pour rendre compte à l’échelle internationale des avatars d’une mouvance polymorphe. En particulier, l’auteure excelle dans l’analyse des crises (celles du post-impressionnisme, de la Belle-Époque, ou encore liée à la montée des nationalismes) et des stratégies (par exemple, Odilon Redon conquiert sa notoriété par un double excentrement, international et littéraire – grâce à ses illustrations de nombreux livres).

 

â–º Christophe CARPENTIER, Le Mur de Planck, P.O.L, tome I, janvier 2016, 576 pages, 22,90 €, ISBN : 978-2-8180-3746-1.

Vous prendrez bien des nouvelles des Terriens, des pauvres humains ? Ces "acteurs du Sordide", qui vivent dans un monde où "Internet est un formidable amplificateur de la bêtise humaine", vont être purifiés grâce/à cause de Particules Baryoniques, atomes dispersés devenus pensants… Ce roman critique qui ressortit aussi bien à l’apologue plein d’humour qu’au roman SF nous fait franchir cette barrière théorique qui nous sépare de l’originel : le mur de Planck… Suite en janvier prochain, qui verra la parution du tome II !

 

â–º Annie ERNAUX, Mémoire de fille, Gallimard, mars 2016, 151 pages, 15 €, ISBN : 978-2-07-014597-3.

"Faire de l’écriture une entreprise intenable" (p. 38).

"Et qu’en est-il de la honte d’avoir été amoureuse folle d’un homme,
de l’avoir attendu derrière une porte qu’il n’a pas ouverte,
d’avoir été traitée de siphonnée et de putain sur les bords ?" (p. 110).

À quoi ressemble Annie jeune fille ? Sûrement pas à la Brigitte, jeune fille, héroïne vertueuse qui ouvre la série moralisatrice que publia Berthe Bernage de 1928 à sa mort en 1972 : jeune fille volage et aliénée, frigide et fragile, perdue et désespérée… Celle qui n’est jamais sortie de son trou a besoin de trou(v)er son être : il n’y a pour elle de transcendance que dans l’extase, c’est-à-dire dans l’évidement de soi. Cette expérience de dépossession de soi qui oscille entre Eros et Thanatos est tellement intense que sa mise au jour par l’écriture a pris plus de vingt ans (on en trouve des traces dans les manuscrits dès la fin 1993) : "C’est le texte toujours manquant. Toujours remis. Le trou inqualifiable" (p. 17).

 

â–º Julien d’ABRIGEON, Sombre aux abords, Quidam éditeur, septembre 2016, 148 pages, 15 €, ISBN : 978-2-37491-052-9.

"C’est la loi du travail, la vie qui travaille" (p. 105).

En dix chants regroupés en deux parties ("face à" / "beside"), ce livre de prose et de poésie explore les possibles narratifs/sociologiques d’un panel de jeunes gens : "Sales sols stériles", "En gueulant comme Adam engueulant Caïn", "Quelque chose dans la nuit", "Candice, sa chambre", "Rodéos" ; "La promesse d’une terre", "Cimenterie", "Flambent les rues", "À l’épreuve la nuit", "Sombre aux abords de la ville". À cette organisation structurelle et textuelle empruntée à l’album Darkness on The Edge of Town, de Bruce Springsteen, s’ajoutent de multiples clins d’œil artistiques qui font de Sombre aux abords un texte-carrefour multitonal qui fait écho à d’autres époques pour sonder le quotidien désenchanté de la génération qui arrive à l’âge adulte.

 

â–º Christophe Charle et Laurent Jeanpierre dir., La Vie intellectuelle en France, Seuil, septembre 2016 ; volume I : Des lendemains de la Révolution à 1914, 660 pages, 38 € / vol. II : De 1914 à nos jours, 918 pages, 40 €.

Voici enfin une histoire de la vie intellectuelle en France qui ne se réduit ni à une suite de monographies, ni à une simple histoire de la littérature et des idées franco-française : sans viser l’exhaustivité, mais en étant toutefois fort complète, cette somme polyphonique de quelque 1600 pages pour deux siècles aborde de façon structurée les arts, les sciences et sciences humaines, la vie sociale et politique, dans des synthèses bien informées – qui évitent les formules simplistes et essentialistes comme "L’ère de …", "Naissance de l’intellectuel", etc. – et des encadrés analytiques passionnants ("La Querelle des machines", "Le Rire moderne", "La Bohème, mythe et réalités", "Les Revues dans la vie intellectuelle", "Université et domination masculine, un combat fin de siècle", "Le Motif de la crise de civilisation dans l’entre-deux-guerres", "Mesurer l’intelligence", "Les Tendances utopiques des avant-gardes modernistes", "Une nouvelle Europe des intellectuels dans l’entre-deux-guerres ?", "La Critique des technosciences", « La "Nouvelle Droite" », "Penser les cultures populaires"…).

 

â–º François MITTERRAND, Journal pour Anne 1964-1970, Gallimard, octobre 2016, 494 pages, 45 €, ISBN : 978-2-07-019723-1.

Indépendamment de la nostalgie qui pourrait s’emparer des 50-80 ans ou de tout citoyen face à la médiocrité des hommes politiques actuels – emblématique de l’époque, assurément ! -, ce Journal pour Anne qui nous livre un autre aspect de l’ancien président (Mitterrand en collagiste lyrique !) est un passionnant voyage dans la France gaullienne, dans la vie sociale, politique et culturelle des années 64-70. Et comme l’édition est des plus soignées (c’est bel et bien un beau et grand livre illustré que l’on offre en période de fêtes), notre lecture n’en est que plus savoureuse.

 

16 octobre 2016

[News] News du dimanche

Avant que de revenir sur la polémique du Nobel de littérature dans une chronique appropriée, voici la Libr-humeur de CUHEL… Suivent nos Libr-événements : RV avec Julien d’Abrigeon ce mercredi, puis à la Maison de la poésie vendredi soir autour de Spoon River.

 

Libr-humeur /CUHEL/

Il le fallait, Dylan.

Et pourquoi le fallait-il ? Pour faire la nique à Philip Roth… faire le buzz auprès des endormis… Faire plaisir aux membres du jury : vous comprenez, ils sont de la même génération, vieux mytheux, faut les comprendre… Et même Antoine Compagnon, le lendemain sur la ROC (Radio Officielle de la Culture), de confirmer : faut les comprendre… lui qui a fait un bout de route avec eux, il les connaît, il les comprend… Lui l’Antimoderne il comprend le post-postmoderne : faut bien jeter un pavé dans la mare – qu’est-ce qu’on se marre ! -, faut bien touiller dans la marmite des valeurs établies, vive le métissage, le grand brassage du Bric & du Broc… et vive le cap’tain Ad Hoc !

Pour faire braire les Finkielkraut et consorts, certes. Mais aussi les ZinzinActuels, docteurs ès sciences des vents, qui rejettent les z’akadémismes : c’est vrai quoi, faut sortir du livre, faut dépoussiérer la-littérature… Le prix Nobel de littérature doit être hors littérature, c’est sa raison d’être… Et puis d’abord, c’est quoi la "littérature" ? Quelque chose qui ne se vend même plus… Le jury du Nobel n’allait quand même pas inventer un prix du meilleur songwriter… Faut lutter contre les archaïsmes et les conservatismes, éradiquer de la littérature ce qu’il lui reste de littérature, comme il faut débarrasser le libéralisme de toute liberté individuelle et l’humanisme de toute trace un tant soit peu humaine…

 

Libr-événements

â–º Mercredi 19 octobre à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) : rencontre avec Julien d’Abrigeon pour son dernier livre – que nous présenterons très bientôt sur LC -, Sombre aux abords (Quidam éditeur).

â–º Vendredi 21 octobre 2016, Maison de la poésie Paris, 20H.
Dans chacun des 243 poèmes de Spoon River Anthology, chef-d’œuvre de la poésie américaine dont on fête le centenaire, s’exprime un mort inhumé dans le cimetière du village, révélant ses souvenirs, rancœurs, désirs… Ce chœur des passions et des caractères valut un immense succès à son auteur Edgar Lee Masters, encensé par ses pairs comme un nouveau Whitman. Les récits distillés dans le recueil dessinent une petite société de l’Illinois au tournant des XIXe et XXe siècles, microcosme de l’humanité.

Célèbre dans le monde entier, Spoon River a connu en France deux traductions, par Kenneth White et Michel Pétris puis Patrick Reumaux, épuisées. La présente version, signée de la nébuleuse Général Instin et parue aux éditions Le nouvel Attila collection Othello, se veut la plus fidèle à l’original. Mais ce livre est davantage qu’une traduction : des cahiers à part proposent des cartes ainsi que des poèmes ajoutés, esquisse d’un cimetière universel.

http://www.lenouvelattila.fr/spoon-river/
Lire l’article de Lise Wajeman sur Mediapart : un trésor poétique exhumé, https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/300916/spoon-river-un-tresor-poetique-exhume et l’enthousiasme du Triangle masqué, blog de libraires http://letrianglemasque.blogspot.fr/2016/07/spoon-river-catalogue-des-chansons-de.html

Avec François Athané, Patrick Chatelier, Antoine Dufeu, José Morel-Cinq-Mars, Cécile Portier, Lucie Taïeb, Benoît Virot & Frank Williams (musicien).
Soirée proposée par remue.net en partenariat avec la Scène du Balcon et la Maison de la Poésie de Paris.

La soirée se terminera avec la dégustation d’une cuvée spéciale Spoon River du domaine de l’Ostal (Lot).

Tarif : 5 € / adhérent : 0 €

Réserver : http://www.maisondelapoesieparis.com/events/spoon-river-dedgar-lee-masters/

10 avril 2016

[News] Poésie & subversion

Dans la perspective de la rencontre qui aura lieu ce jeudi à la Maison de la poésie Paris, et suite au lancement du tuto "SubversionTM", voici quelques éléments d’information et de réflexion.

La rencontre à la Maison de la poésie Paris

Jeudi 14 avril à 20H, Maison de la Poésie Paris, "Poésie & subversion" : Bernard Desportes en conversation avec Fabrice Thumerel. [Vu le nombre de places limité, il est conseillé de réserver au plus vite : 5 €]

dans les chaos d’un monde où la violence est partout
où la barbarie menace
tandis que le réel n’en finit pas de se dissoudre
et que le devenir de l’homme semble toujours plus lui échapper
la poésie peut-elle quelque chose ?
quelle place, quel sens sont-ils les siens ?

Les différentes mouvances de la modernité la voulaient subversive : qu’en est-il
en un temps d’affrontement des conservatismes et des transgressions ?

Soirée proposée par Remue.net, en partenariat avec la Scène du Balcon : conférences, entretien, lectures, débat.

À lire – Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, coll. « Manières de critiquer », Artois Presses Université, 2008. Et aussi, plus récemment : "De l’abîme à l’éternité" (long entretien de B. Desportes avec F. Thumerel, 2014).

 

 Avant-rencontre

« Tous ceux qui cherchent à en remontrer du point de vue prétendu de la subversion
sont forts à soupçonner de jouer le jeu de ceux pour qui celle-ci est tenue
pour absurdement obsolète » (Michel Surya, Portrait de l’intermittent du spectacle en supplétif de la domination, éditions Lignes, 2007).

« Le subversif n’est que dans le présent et dans son impossible satisfaction.
[…] la force subversive d’une écriture réside justement dans sa capacité
à subvertir chez un autre une pensée soumise à la représentation commune,
et donc désingularisée, du monde, du présent » (Bernard Desportes,
Le Présent illégitime, La Lettre volée, 2011).

« La poésie, si elle est prise au sérieux, est dangereuse pour l’ordre,
les règles et les normes non seulement de la grammaire
mais aussi de la société » (Alessandro de Francesco, « La Poésie comme processus cognitif et subversif », décembre 2013).

« Le refus (textuel, aussi bien) de toute politique directe va si bien aux auteurs
post-modernes que cela peut leur ouvrir grandes les portes de l’institution,
à tous les sens du terme, sans que ça leur pose de problèmes insolubles
– puisqu’ils sont dans la "subversion" des signes »
(Sylvain Courtoux, "Slash’ n’ burn – poésie-sur-brûlis" (entretien avec F. Thumerel), 2014).

« Les révoltes aussi ont leurs conformismes :
tout comme il y a des banalités bourgeoises, il y a des banalités révolutionnaires.
La subversion, comme l’industrie textile, fabrique son prêt-à-porter,
ses éléments standard que l’on enfile sans qu’il soit besoin de les retravailler,
tout au plus d’y coudre un revers, d’y ajuster une longueur de la manche
et les effets qu’elle autorise » (Mathieu Larnaudie, Notre désir est sans remède, Actes Sud, 2015).

« Tremblez salopards, la poésie menace » (Julien d’Abrigeon, "La peste soit du fat", Sitaudis, 2016).

 

Cette rencontre s’inscrit dans le prolongement d’un work in progress que nous avons lancé il y a cinq ans, et dont voici la présentation.

Les avant-gardes, et plus généralement la modernité, nous ont transmis ce mot d’ordre qui nous paraît "naturel" aujourd’hui : il faut absolument être SUBVERSIF !

En ces temps où la fin du paradigme révolutionnaire a eu pour corollaire la dissociation entre subversion éthique/esthétique et subversion politique ;
où l’autorité s’est disséminée dans des formes impersonnelles et fluctuantes de pouvoir ;
où l’ordre symbolique régi par un système axiologique a cédé la place à une société anomique ;
où les frontières entre
mineur et majeur sont devenues poreuses ;
où la machinerie spectaculaire-marchande a annexé ces fondements mêmes de la subversion modernes que sont les notions d’"avant-garde", de "réforme", "changement", "nouveauté"…

En ces temps de ludisme généralisé où "l’art subversif" est subventionné ou sponsorisé, en ces temps de "subdiversion" et de "subdivertissement" où il n’y a rien qui ne soit détourné/retourné/renversé (énoncés, discours, images ou musiques), que peut-il bien rester de la subversion ? Peut-on et doit-on encore subvertir ? Cette notion est-elle totalement galvaudée ? Quelle est désormais sa portée ? Toute posture d’imprecator ou de "poète maudit" est-elle réellement subversive ? Quelles pratiques se révèlent-elles encore subversives aujourd’hui ? Est-il possible de distinguer de nouvelles formes de subversion ?

â–º On pourra (re)lire/voir les 21 posts publiés à ce jour, dont ceux-ci : Bernard Desportes, "Les failles d’un livre ambigu : retour sur Retour à Reims de Didier Eribon" ; Bruno Fern, "Sub" ; Cyril Vettorato, "Les États-Unis et la culture de la subversion – le syndrome Frankenstein" ; Jérôme Bertin, "Le grand amour de Karl Klause" ; Alexander Dickow, "Statut Liberté" ; Sébastien Ecorce, "Mécanique(s) de rupture(s)" ; Sylvain Courtoux, "Poète, c’est crevé" ; Romain le GéoGrave, "S.I.F (Sans Identité Fixe)" ; CUHEL, "ZAL / Near to Death Experience".

 

♦♦♦♦♦

Ce work in progress sur la subversion est lui-même à mettre en relation avec l’opération Libr-@ction, entamée en 2013.

 

Libr-lecteurs, forces vives,
allons-nous laisser le privilège aux seules puissances destructrices – qu’on les nomme capitalisme, fanatismes, racismes ou autrement – de provoquer des cataclysmes ? La littér@ction n’est-elle pas avant tout cataclysme ? La crise, n’est-ce pas à nous de la déclencher ?

Libr-lecteurs, forces vives,
qu’est-ce qui vous empêche de Libr-@gir ? En créant, criant, crisant…

Pourquoi la littérature ne serait-elle pas/plus apocalypse ? L’apocalypse, c’est maintenant. Toujours maintenant. Dans le présent illégitime (Desportes).

 

Pour peu que la littérature échappe aux cirques (merdiatique, spectenculaire) et aux circuits (éditorial, institutionnel),

à la lissetérature (Meens) des doctes et des schnocks, des ambitions et des nominations, du business is business, du cequilfaut/commilfaut/quantilfaut, du buzzing-hobbying-lobbying-marketing-advertising,

 

la littérature peut être éprouvante, galopante, dévorante…

ou plutôt inéchangeable, inqualifiable, incaractérisable…

ou plutôt dans le bord et le débord, l’infection virale, l’épidémie, la cancérisation… littér@ction…

 

Libr@ction vise à partager des ém@ctions, produire des électr@ctions, des manifest@ctions…

 

En clair, nous vous proposons des cré@ctions à télécharger, faire circuler, mettre en voix, en musique, en scène…

Distribuez-les, déclamez-les, activez-les où bon vous semblera (rues, zones, scènes, prisons, no man’s lands… sorties des établissements  acacadémiques/admisinistratifs/commerZiaux)…

 

â–º On pourra (re)lire/voir les 22 posts publiés à ce jour, dont ceux-ci : vidéos diverses ; Didier Calléja, "Je dors" ; Thomas Déjeammes, "… le lendemain, presque le même…" ; CUHEL, "Pourrissez vos enfants !" ; Marinella, "Gugusse a le chapeau V." ; Bernard Desportes, "extrait de Baal" ; Thierry Rat, "Canal libéral" ; Fred Griot, "Je ne me tairai plus" ; Edith Msika, "Tous ces trains tous ces rail" ; AnnaO, "D’après I don’t speak english / féroféroce" ; Alain Marc, "Je crève, je crie…" ; André Gaches, "Bauches (extrait)" ; Laura Vazquez, "Tout tombe" ; Romain le GéoGrave, "Lisse !"

 

27 mars 2016

[News] News du dimanche

En ce jour de Pâques, on pourra commencer par relire la chronique de Bernard Desportes sur un revenant dans l’actualité : Mgr Barbarin… Notre UNE, quant à elle, portera sur l’état d’urgence intellectuel que met en exergue le dernier numéro de la Revue du Crieur ; enfin, nos Libr-événements : festival Déklamons à Rennes, rencontre au Bateau Livre de Lille avec J. Liron et D. Vazemsky, RV au N’a qu’un œil de Bordeaux et à la Maison de la poésie Paris (Emmanuel Régniez ; Annie Ernaux ; Bernard Desportes avec Fabrice Thumerel)…

UNE : État d’urgence intellectuel /F. Thumerel/

Selon l’édito du dernier Crieur, si état d’urgence il y a il est bien d’ordre intellectuel : « Pour que la déflagration du 13 novembre ne se transforme pas en une "stratégie du choc" tissée d’hystérie sécuritaire, de régime d’exception et de replis identitaires, il est essentiel d’ouvrir grands les yeux sur la césure révélée par un tel moment ».

Sont ainsi étudiés l’apparition d’une pseudo-science humaine, l’islamologie, pour répondre à la demande sociale et sécuritaire (L. Dahkli) ; l’idéologie wahhabite, puritanisme extrême élargi par le salafisme, qui ne conduit que rarement au radicalisme terroriste (L. Bonnefoy et S. Lacroix) ; la résurgence du nationalisme culturaliste dans une France qui voit l’essor de l’identitarisme (B. Wilfert-Portal) ; la stratégie de l’EI pour fédérer les humiliés (M. Benraad)…

L’état d’urgence est d’autant plus de mise que ce ne sont plus seulement les professeurs qui sont devenus des techniciens du savoir pratique (Sartre) : les philosophes s’assurent de nouveaux débouchés – des plus rentables ! – en s’engageant dans les think tanks libéraux ou en répondant favorablement aux propositions des entreprises (entre 5 et 10 000 € la conférence pour les Serres, Ferry, Comte-Sponville, ou encore R. Enthoven !).

Revue du Crieur, Mediapart – La Découverte, n° 3, mars 2016, 160 pages, 15 €, ISBN : 978-2-7071-8863-2.

Libr-événements

â–ºLectures Performances festival Déklamons à l’Université de Rennes 2.

 Mardi 29 mars / 19h30 / auditorium Le Tambour : Maxime H. Pascal, Pierre Parlant, Thomas Desjammes.

Informations pratiques

Maison de la Poésie de Rennes (allée Armand Rebillon)

Le Triangle (Boulevard de Yougoslavie)

Maison des associations (cours des alliés)

La Péniche Spectacle (Quai Saint Cyr)

Auditorium Le Tambour (Campus Villejean-Université Rennes 2)

â–º Mercredi 30 mars à 19H, Librairie Le Bateau Livre à Lille (154, rue Gambetta), rencontre avec Jérémy Liron, peintre et écrivain, et Dimitri Vazemsky, éditeur et auteur à la Nuit Myrtide. La discussion se fera autour de l’ouvrage Récits de paysages : une somme de textes écrits par une bande de 18 auteurs autour, avec, et dans les paysages peints par Jeremy Liron.
On évoquera aussi le bricolage en Art, en partant notamment d’un autre livre de Jeremy Liron paru chez Nuit Myrtide: L’humble usage des objets.

"Au début était donc l’image. L’image par-devant l’inconcevable abiÌ‚me du monde sans nous. Logique alors ensuite que l’histoire continue sous l’égide des images. Les Nouveaux Imagistes donc, puisque Williams, Pound et quelques autres avant. La paternité pourrait en revenir aÌ€ Vazemsky qui a lancé les premieÌ€res phrases avec l’idée de faire groupe. En suivra cet ouvrage aÌ€ quatre teÌ‚tes sur les images d’Olivier de Sépibus. Puis l’envie de collaborer de nouveau, en Imagistes. Cette fois Liron fournira les images, invitant Vazemsky, Vinau, Siaudeau aÌ€ écrire depuis elles les récits qu’elles pourraient leur suggérer, puisqu’on le dit – elles suggeÌ€rent.
Et l’envie d’inviter encore parce qu’entre nous on se lit et, par laÌ€ meÌ‚me, s’accompagne. Le monde se déploie aÌ€ proportion de ce qu’on le peuple. On laisserait aux images le soin de faire colonne vertébrale quand les textes, autonomes, libres, diffracteraient un récit plus vaste en fragments disjoints. Les échos entre eux, au hasard laissés, enfantent une forme plus libre de nécessité.
Ainsi sont nés ces récits, des paysages."
Jérémy Liron.

Avec les textes de Pierre Bergounioux, Léa Bismuth, François Bon, Anne Collongues, Marie Cosnay, Emmanuel Delabranche, Armand Dupuy, Sabine Huynh, Arnaud Maïsetti, Eric Pessan, Béatrice Rilos, Dominique Sampiero, Joachim Séné, Guillaume Siaudeau, Fabienne Swiatly, Dimitri Vazemsky & Thomas Vinau, sur des paysages de Jérémy Liron.

â–º Jeudi 31 mars à 20H, Maison de la poésie Paris : Emmanuel Régniez, Notre château. Lecture par Lucie Eple, Julien Jolly (composition, synthétiseurs) & Sébastien Maire (contrebasse).

Tarif : 10 € / adhérent : 5 € RÉSERVER

Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre-ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une de ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa sœur dans un bus de la ligne 39. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer.

On pourrait penser aux films Les Autres de Alejandro Amenábar, Shining de Kubrick, ou à La Maison des feuilles de Danielewski. Emmanuel Régniez reprend à son compte l’héritage de la littérature gothique et l’épure de certains auteurs du nouveau roman. La lecture musicale nous plongera dans cette atmosphère étrange et hypnotique.

Une rencontre avec l’auteur suivra la lecture musicale. À lire – Emmanuel Régniez, Notre château, Le Tripode, 2016.

â–º Samedi 2 avril, 22H, Librairie-maison d’édition N’a qu’un œil à Bordeaux (19, rue Bouquière) : Claro, Julien d’Abrigeon, Bruce Bégout, Patrice Luchet et Laura Vazquez.


â–º Lundi 11 avril à 19H, Maison de la poésie Paris, rencontre avec Annie ERNAUX animée par Michel Abescat.

Tarif : 5 € / adhérent : 0 € RÉSERVER

« J’ai voulu l’oublier cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et  son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue. » Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux replonge dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S. dans l’Orne. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années. S’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient implacable entre hier et aujourd’hui.

À lire : Annie Ernaux, Mémoire de fille, Gallimard, à paraître en avril 2016.

â–º Jeudi 14 avril à 20H, Maison de la Poésie Paris, "Poésie & subversion" : Bernard Desportes en conversation avec Fabrice Thumerel. [Vu le nombre de places limité, il est conseillé de réserver au plus vite : 5 €]

dans les chaos d’un monde où la violence est partout

où la barbarie menace

tandis que le réel n’en finit pas de se dissoudre

et que le devenir de l’homme semble toujours plus lui échapper

la poésie peut-elle quelque chose ?

quelle place, quel sens sont-ils les siens ?

 

Les différentes mouvances de la modernité la voulaient subversive : qu’en est-il

en un temps d’affrontement des conservatismes et des transgressions ?

 

Soirée proposée par Remue.net, en partenariat avec la Scène du Balcon.

À lire – Fabrice Thumerel, Bernard Desportes autrement, coll. « Manières de critiquer », Artois Presses Université, 2008.

 

6 mars 2016

[News] News du dimanche

Qui dit mars, dit vraiment "printemps-de-la-poésie" ? Ah que NON, répond Julien d’Abrigeon ! Pleins feux sur Annie ERNAUX ; puis, RV avec le festival POEMA, Eric Pessan, Sandra Moussempès…

Pohérésie – Le parti pris de Télérama

Deux raisons valant mieux qu’une (et le printemps-de-la-poésie et le 50e anniversaire de la collection "Poésie" chez Gallimard), Télérama – filiale du Monde – s’intéresse à un autre grand groupe, celui de Gallimard : et voici un panorama de plus d’un siècle de poésie qui repose presque uniquement sur des auteurs maison (Gallimard et ses filiales, P.O.L et Mercure de France – mais, bien entendu, entre autres, il manque Novarina et Prigent…)… Et le tout orchestré par un André Velter dont la lucidité ne peut que laisser coi : les poètes d’aujourd’hui ? "Franck Venaille le capitaine de nos peurs, Serge Pey le chaman aux bâtons, Jacques Darras l’outrepasseur, Jean-Paul Michel qui vise au style éternel, François Cheng qui réveille le vide et actionne le non-agir…" Excusez le peu – le vide, a-t-il dit. /FT/

♦ Julien d’Abrigeon : « Mars, c’est toujours le mois du combat. A cause de cette sacrée plaie de "Printemps (à la con) des poètes (à la con)", on va se retrouver avec des récitations, avec le ton, de Saint-John Perse, des acteurs qui font leur blé de l’année avec des animations poétiques, du Prévert à en vomir, des trucs RATP à chier, du "poétique" de partout, de la poésie (presque) nulle part, une nuit Enrico Macias sur France Culture, des regards plissés, des yeux fermés, des CD "Natures & découvertes" en fonds sonores, des lectures nulles accompagnées de jazzmens nuls, du Petit Prince qui n’a rien à foutre là, du Maurice Carême illustré par le petit, du "vaz-y-que je te souffle du Jean-Pierre Siméon dans un tube dans ton oreille avec mes miasmes de fin d’hiver", du slam bien rimé par le petit jeune du quartier qui a lu Baudelaire l’an dernier et qui est gentil, tu vois, du poète maudit qui est maudit parce qu’il boit trop de Villageoise et qu’il fronce le front en disant "merde, sperme, société", de la pré-vielle bab qui lit ses trucs sur la glaise, l’ocre et le givre en offrant le thé, de l’article sur la poésie contemporaine jusqu’à 1952, de Sapho lit Jacques Bonaffé ou l’inverse, je ne sais plus, du "ah mais, c’est pas de la poésie, ça", du "Heidsieck, connais pas/c’est froid"…
Bref, c’est le mois où on s’énerve, on s’arme, on déploie, on attaque, contre-attaque, jusqu’à épuisement ! Courage les amis ! LA POESIE MENACE ! »

 Tweet de Julien d’Abrigeon, fondateur de tapin2, qu’on pourra aller visiter sur le champ : "Pas de printemps pour. La poésie, à l’instar des pizzas, c’est 4 saisons. Misère du croutonisme velterosiméonien dans le HS de Télérama"…

Pleins feux sur Annie ERNAUX

â–º Mardi 15 mars, 12H-14H, Université Paris XIII-Villetaneuse. Dans Les Années, l’histoire individuelle rencontre l’histoire sociale de la seconde moitié du XXe siècle. Annie Ernaux répondra aux questions d’Anne Coudreuse au sujet de cette autobiographie et plus largement de son œuvre. C’est aussi l’occasion d’évoquer son prochain livre, Mémoire de fille, à paraître aux éditions Gallimard en avril.

L’entretien sera suivi d’une séance de dédicaces et d’un buffet. Inscription conseillée : serviceculturel@univ-paris13.fr

â–º Lundi 11 avril à 19H, Maison de la poésie Paris, rencontre avec Annie ERNAUX animée par Michel Abescat.

Tarif : 5 € / adhérent : 0 € RÉSERVER

« J’ai voulu l’oublier cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et  son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue. » Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux replonge dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S. dans l’Orne. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années. S’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient implacable entre hier et aujourd’hui.

À lire : Annie Ernaux, Mémoire de fille, Gallimard, à paraître en avril 2016.

 Libr-événements

â–º

â–º Du 9 au 13 mars, festival POEMA Nancy-Vandœuvre, avec notamment Bernard Noël, Frédéric Forte, Julien Blaine, Patrick Dubost, Liliane Giraudon, Christophe Manon, Eugène Savitzkaya, Vincent Tholomé… Le 18 mars, ce sera à Bar-le-Duc avec Dominique QuélenProgramme complet (les manifestations se prolongent jusqu’en juin).

â–º Mardi 15 mars, Sandra Moussempès sera au Mamco de Genève pour une lecture-performance Beauty Sitcom ; le lendemain elle interviendra dans le cadre d’un workshop avec les étudiants de la Head Genève.

16 mars 2014

[News] News du dimanche

Avec le printemps qui arrive cette semaine, c’est le moment de tapiner et de foutre le BoXon avec Julien d’Abrigeon – surtout si comme lui vous pensez que la littérature a existé avant et existera après le livre. Après notre Libr-Net, place aux deux Libr-événements majeurs : le RV Electrochocs et le festival Poema.

 

Libr-Net : le nouveau tapin est arrivé !

Julien d’Abrigeon nous fait savoir qu’il "ne sera pas au salon du livre. Sera dehors. Au salon hors du livre. En extérieur. Ou du moins, pas dans le salon. Dans le couloir du livre, à la cuisine du livre, ou, plus vraisemblablement, aux chiottes. Aux chiottes du livre. Ou dans le jardin du livre. Ou sur la route du livre. Bref. Pas dans le salon en tout cas, j’ai pas de patins. Juste un tapin deux, hors du livre. Sur les autoroutes de l’information du livre. Une voie rapide du livre. Ou un truc dans le genre du livre"…

Et le lancement de ce tapin2 est un véritable événement : Totalementotale Action Poésiepoetrypoesia Internationalementinadmissible et Nouvellenappe v.2.0

Pensez donc, vous y retrouverez – mais plus vraisemblablement compléterez votre collection – la totale de la déjà mémorable revue BoXon (28 numéros et deux CD compris)… Déjà 71 auteurs en ligne qui poétapinent : de D’Abrigeon à Weiter, en passant par Agostini, Blaine, Bobillot, Boute, Braichet, Bret, Cabut, Chaton, Courtoux, Espitallier, Fontana, Hassomeris, Heidsieck, Justamante, Limongi, Manon, Pennequin, Prigent, Quintane, Rabu, Richard (Mathias), Tarkos, Tholomé, Torlini, Vassiliou, Vazquez…

 

Libr-événements

â–º Electrochocs / concert acousmatique / performance sonore : mardi 18 mars 2014 à 19H, Cité de la musique à Marseille (4, rue Bernard du Bois).

* Pauline Parneix
Mirage – 3′ (extrait)
Entre l’illusion et la réalité, il y a un mirage.

* Adeline Debatisse
Monophonisme en E – 3’00
Contrainte de l’OULIPO, un monovocalisme est un lipogramme d’où sont bannies toutes les voyelles, sauf une. Et si on s’intéressait aux sons qui font E ?
EUH ?!? ( …)

* Delphine Fouquou
COSMOS – Etoiles Mortes – 3’00
Si elles ne s’effondrent pas sur elles-mêmes, c’est parce qu’elles sont chaudes.

* Nicolas Lebar
Étude aux mouvements – 3’00
L’auditeur est entouré de choses variées qui passent autour de lui.

* Jérémie Bourgeois
Tromploreï – 3’33
Et c’est demi-rage son or, il eut Zionzo’ dit Yves Fata Morgana…

* Jérémie dessertine
Duvaldor – 6’30
"L’immersion dans le sommeil, c’est le moment où le sur-moi, le douanier dort. C’est ce douanier qui fait le tri dans la zone subconsciente entre ce qui peut affleurer à la conscience et ce qui, trop chargé d’affect, trop douloureux, trop immoral, ne peut franchir ces filets. Le sommeil est la meilleure hypnose, tous les souvenirs émergent tels des chevaux sauvages, jusqu’aux souvenirs archaïques de la petite enfance.
Je trouve que les sons se prêtent bien à ce sentiment de "conscience libre". Voici la cartographie d’une conscience, libre à vous d’y cheminer à votre gré.
J’assume et ajoute que toute œuvre porte le poids de sa propre psychanalyse, on n’y échappe pas !"

* François Wong
En attendant la guerre – 6′
J’attends. Une guitare à la main.
Autour du poème "La grande guerre" de Nicolas Bouvier.

* Pauline Gervais
À quoi tu joues ? – 3′
Le dé dans la main droite, les cartes dans la main gauche… et la mécanique du jeu se met en place.

* Laura Vazquez
Minute – 2’00
Autour du silence.

* Sand, Terra incognita (vidéo sonore) – 4’16
"Qu’est-ce que le temps? Un mystère! Sans réalité propre, il est tout puissant. Il est une condition du monde phénoménal, un mouvement mêlé et lié à l’existence des corps dans l’espace , et à leur mouvement. Mais n’y aurait-il point de temps s’il n’y avait pas de mouvement? Point de mouvement s’il n’y avait pas de temps? (…) Le temps est-il fonction de l’espace? Ou est-ce le contraire? Ou sont-ils identiques l’un à l’autre? (…) Le temps est actif, il produit. Que produit-il? Le changement. "A présent" n’est pas "autrefois", "ici" n’est pas "là-bas", car entre les deux il y a mouvement. Mais comme le mouvement par lequel on mesure le temps est circulaire, refermé sur lui-même, c’est un mouvement et un changement qui l’on pourrait aussi bien qualifier de repos et d’immobilité; car l’"alors" se répète sans cesse dans l’"à présent", le "là-bas" dans l’ "ici"." (Extrait tiré du roman La montagne magique de Thomas Mann).

* Laurence Grobet
Chimes – 7′
Inspirée par le bazar des sons estampillés Nature et Découverte, j’ai choisi d’entrer dans la danse en jouant avec les résonances hypnotiques d’un carillon pour ouvrir dans un deuxième temps un espace méditatif d’un genre nouveau qui pourrait s’intituler Fake Fengshui Music.

* Jean-Henry Ferrasse
Extrait la porte close – 2’05
Si vous entrez, n’abandonnez pas toute espérance.

* Laure Latronche
De l’eau sous les ponts – 4’30
Avec la participation de Laurence Grobet, in et out.
Depuis la nuit des temps l’Homme n’a cessé de s’interroger sur son devenir.
La parole des Femmes aujourd’hui forme une matière intense.
L’eau n’a pas finit de couler sous les ponts.
Je travaille depuis quelques années sur la manière dont la voix, les mots, le langage humain peuvent faire alliance avec des sons fabriqués par la magie de l’abstraction électroacoustique.
Dans le langage humain, je m’intéresse à ce qui se loge en creux, dans les suspends, les tics de langage et la manière dont l’esprit, la pensée joue au prestidigitateur entre deux jaillissements de mots. En amputant le discours de son contenu sémantique, subsiste le résidu de langage qui devient la matière même de cette composition sonore. Je provoque ainsi des déviations auditives vers les non-lieux du discours, que je télescope avec des montages hybrides, des chimères sonores et quelques nappes en circonvolution qui sont autant de chemins se perdant dans la nature infinie de la pensée humaine. La voix des femmes est à mes yeux aujourd’hui essentielle dans le jaillissement d’une liberté de parole acquise depuis peu. Les profondes amputations que je fais subir à cette voix de femme, m’évertuant vainement à la rendre anecdotique, n’en révèlent que la force profonde posée sur le chaos du monde.
Laurence Grobet, comédienne et personnage principal de cette pièce, intervient parfois en direct et au milieu du public lors de la diffusion.

* Clara de Asís
Pêche de nuit – 4’00
Introduction.
En cours de composition.

* Gérard Ninauve
À la manière de "François Bayle: Jeîta" – 2’48

* Jeîta, ou murmure des eaux
L’oeuvre originale de François Bayle est inspirée des grottes de Jeîta, près de Beyrouth (Liban). Lors du concert inaugural pour l’ouverture des grottes au public, le 11 janvier 1969, fut joué Nadir, première version de Jeîta, pour ensemble et bandes.
Jeîta, ou murmure des eaux, est une suite concrète composée pour le disque, à partir de sons naturels de la grotte.
A la manière de "F. Bayle: Jeita" est un essai didactique de reproduire l’œuvre à partir de son étude, un peu comme font les peintres en recopiant les tableaux des grands maîtres.

* Laure Latronche
Marge – 03’00
Cette pièce est une extension vocale sur partition graphique de la pièce électroacoustique "De l’eau sous les ponts".

* Clara de Asís et Laura Vazquez
Maintenant le chevalier (Guitare préparée et voix) – 7’00
Maintenant le chevalier est une lecture performée avec guitare préparée, qui naît de la volonté d’exploration du processus d’écriture compositionnelle de deux champs connexes : la création textuelle et la création sonore. À partir de l’idée de variation de la langue dans l’acte de performation poétique en interaction avec les sonorités plurielles de la guitare préparée, nous interpréterons cette pièce dans la totale interdépendance des supports acoustiques et phoniques. Considérant les substrats de la langue poétique sonore : le souffle, l’intensité du son de la voix, les rythmiques phonatoires, etc., comme autant d’éléments sémantiques intégrables et nécessaires à la création sonore.

 

â–º POEMA-festival réunit comme partenaires : le CCAM – Scène Nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy, l’Université de Lorraine et la librairie L’Autre Rive à Nancy.

Jeudi 27 mars :
Librairie L’Autre Rive, Nancy
18h30 / Lecture de Dominique Maurizi et de Marie Huot
à l’invitation des éditions Isolato

Vendredi 28 mars :
Faculté de lettres de Nancy
14h30 / Table ronde "Existe-t-il une poésie de plateau ?", organisée en partenariat avec l’Université de Lorraine.
Il semble acquis, pour le monde du théâtre contemporain et de la presse culturelle, qu’il existe une catégorie de spectacles que l’on peut qualifier de « poétiques ». Qu’est-ce au juste que ce « poétique » ? Un raccourci commode ? Une véritable catégorie esthétique ? La manifestation d’un usage particulier des signes scéniques, que l’on pourrait nommer « poésie de plateau » ?

Animée par : Yannick Hoffert et Florence Fix
Intervenants : Marie-Noëlle Brun – metteur en scène…, Estelle Charles – metteur en scène, Aurore Gruel – danseuse et chorégraphe, Fred Parison – plasticien et scénographe, Valérie Suss et, journaliste

CCAM – sc ène nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy
19h / Lecture de Charles Pennequin
20h30 / Fo Biné de Jean Dubuffet
compagnie Le Théâtre 27

Samedi 29 mars :

11h / Lecture de Sébastien Lespinasse suivie d’un apéro
14h – 16h / Table ronde "Poésie en questions"
Cette rencontre vise à déchiffrer le paysage de la poésie contemporaine, à ouvrir des pistes et tracer des lignes d’horizons propres à témoigner de l’éclectisme des pratiques et des formes poétiques actuelles.

Animée par : Frank Smith, écrivain et producteur d’émissions radiophoniques

Intervenants :
Claude Ber, poète et dramaturge
Jean-Pierre Bobillot, poète et maître de conférences à l’Université de Grenoble
Christian Prigent, poète, romancier et critique littéraire

16h30 / Lecture de Anne Kawala
suivie de la commande POEMA à Aurore Gruel, Amandine Truffy et Emilie Weber
18h30 / Lecture de Frank Smith
20h30 / Lecture à deux voix de Christian Prigent et Vanda Benes suivie de la commande POEMA à Loris Binot et Denis Jousselin
22h30 / Lecture-performance de Sebastian Dicenaire

Dimanche 30 mars :

11h / Lecture performée de Lucien Suel et lecture de Bernard Noël, suivies d’un apéro
14h – 16h / Table ronde "Diffuser la poésie aujourd’hui"
De l’édition traditionnelle à la publication en revue, de la médiation à l’événement culturel, de la poésie écrite à la poésie performée, quelles sont aujourd’hui les voies offertes à la poésie pour exister, accéder à la visibilité et aller à la rencontre du public ?

Animée par : Anne Cousseau, maître de conférences à l’Université de Lorraine

Intervenants :
Magali Brazil, directrice de la Maison de la Poésie de Nantes
Yves di Manno, poète et directeur de la collection Poésie/Flammarion
Frédéric Jaffrennou, éditeur (éditions Isolato) et libraire
Jean-François mani er, éditeur (Cheyne éditeur), ainsi qu’un représentant du C.N.L. (Centre National du Livre)
17h / Lecture de Cécile Mainardi
suivie de la commande POEMA à Jean-Philippe Gross , Romain Henry et Lætitia Pitz
Entrée libre pour la librairie L’Autre Rive

Du 28 au 30 mars au CCAM : pass week-end 3 jours : 30€ tarif plein / 20€ tarif réduit ou, chaque jour, entrée payante à partir de 16h30 / de 4 à 13€.

6 janvier 2012

[Revue] BOXON, n° 27 : « Bounty divine », par Alain Helissen

BOXON, n° 27 : "Bounty divine", automne-hiver 2011-2012, 48 pages, 3,50 €. Commander à BOXON chez Gilles Cabut, 13 quai Pierre Scize 69009 Lyon (20 € l’abonnement annuel) ; association Glottes en stock = BOXON + Tapin] / gilles.cabut@gmail.com

Le collectif BOXON n’est pas prêt de s’aligner sur le « poétiquement correct », comme en témoigne cette 27ième livraison de sa revue.

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13 novembre 2011

[News] News du dimanche

En cette mi-novembre, l’actualité littéraire est des plus denses : après un Libr-Prigent concernant son arrivée dans les sujets de concours, la réédition de son Professeur et sa participation au premier numéro du Cahier Bataille, un Libr-divers centré sur Isabelle à m’en disloquer de Christophe Esnault, et des Libr-événements divers : revue Vacarme, colloques "Historicité de la littérature contemporaine" et "À quoi ça tient ? Montages et relations", festival INTON’ACTION à Databaz, soirée JAVA, "La Vie en Je" sur France Culture, RV à Caen avec Bruno Fern.

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17 janvier 2010

[News] News du dimanche

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , , — rédaction @ 20:52

Après la rubrique LIBR-FÊTES – que vous avez été nombreux à suivre -, retour de nos News du dimanche, avec nos Livres reçus (Astrid DUPARC-LYNG, 2.25 ; quatrième livraison de la collection "Le Répertoire des îles" : précieuse réédition de MERCIER, L’An 2440) et nos Libr-brèves (divers rendez-vous à ne pas manquer). /FT/

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16 décembre 2009

[Livre-chronique] Julien d’ABRIGEON, Le Zaroff

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — Philippe Boisnard @ 14:07

Julien d’Abrigeon, Le Zaroff, Léo Scheer, 122 p. 15 €, ISBN : 978-2-7561-0213-9.

Cela fait longtemps que l’on attendait ce livre. Tel que me le rappelait récemment Julien d’Abrigeon, une des premières lectures de ce qui n’était à l’époque qu’un travail non encore achevé en livre, fut à Arras, il y a pas mal d’années, dans le cadre des lectures que nous organisions avec l’association Trame Ouest. C’est donc avec un immense plaisir que je retrouve maintenant Zaroff publié.

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29 octobre 2008

[LIvre + chronique] Matamore n°29 de Alain Farah par Julien d’Abrigeon

  Alain Farah, Matamore n°29, ed. Le quartanier, 224 p. ISBN 978-2-923400-48-8, 16 €.

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