Libr-critique

28 août 2020

[Chronique] Juliette Mézenc, Journal du brise-lames, par Ahmed Slama

Juliette MÉZENC, Journal du brise-lames, éditions Publie.net, printemps 2020, 160 pages, 15 €, ISBN : 978-2-37177-584-8 ; version numérique, avec jeu vidéo.

 

« On dirait que le brise-lames de Sète tient son journal » : pas qu’une impression, il se déploie tout au long de la centaine de pages qui le composent, c’est dense et ça danse. On ouvre et l’on retrouve quelques illustrations du jeu-vidéo accompagnant la parution du livre ; un tétrapode placé ici, le plan du brise-lames là. Façon de nous immerger dans cette œuvre particulière qui allie littérature et jeu-vidéo ; oui, le journal du brise-lames est disponible en version vidéoludique, développée par Stéphane Gantelet. Mais d’abord cette question, certes un peu bête, c’est quoi un tétrapode, un brise-lames ?

Devenir brise-lames

L’écriture de Juliette Mézenc vaut plus que n’importe quelle définition, être brise-lames ; ressentir ce qu’est le brise-lame ; de l’intérieur du brise-lame. Expérience singulière que seule la littérature et l’écriture peuvent porter. À sa manière et en son temps – chaque temps ayant ses manières – Claude Simon avait opéré des tentatives de restitutions, avec deux de ses premiers romans du côté des éditions de Minuit, à tel que point que le premier qui y parut devait porter le titre : Tentative de restitution d’un retable baroque[1] ; ce Journal pourrait être alors tentative de restitution de la manière d’être un brise-lame.

« L’air de rien, je respire. Le vent circule dans mes tuyaux. Sans ces voies d’air je le sais, je ne résisterais pas à la pression de la mer. Chaque vague propulse l’air du large dans les boyaux qui me trouent de part en part, à intervalles réguliers, et c’est de cette façon simple et très involontaire que l’air et l’eau font de moi leur instrument. (…) Par gros temps, le vent et l’eau se disputent mes vides. C’est violent. Et beaucoup moins inquiétant. »

Pas une question ici de compréhension ou d’utilité du brise-lames, on est brise-lames, et pas n’importe lequel celui de Sète, par quelques flashs successifs, on traverse son histoire à lui, à ce brise-lames qui déjà, comme les enfants qui existent avant même leur naissance dans et par le prénom qu’on leur destine, le brise-lames il nous confie :

« À mes débuts, 1673, j’étais hébergé dans le cerveau de l’ingénieux La Feuille. Mais de la conception à la réalisation, il y a des pas de fourmis et de géants, de travers en arrière, je vais pas tout vous refaire (…) : le 21 mai 1821, première pierre, façon de parler, au début on n’a rien vu. À la sortie de l’eau : un mur en arc de cercle assorti de deux musoirs circulaires (…). Élégance, efficacité. »

Membres et parties extensives

Deux adjectifs aisément transposables au Journal du brise-lames, tant on glisse sur cette personnification filée. Jour après jour, chaque fragment du journal étant daté, et parcelle par parcelle on est brise-lames dans et par l’écriture de Juliette Mézenc. On scrute ses membres à lui, le moindre de ses recoins, lui dont « la structure se renouvelle constamment ». On y adjoint ces blocs de béton qui le prolongent, parties extensives de l’être brise-lames afin qu’il résiste mieux aux remous des vagues, et s’installe alors cette poétique des blocs de béton– appelés tétrapodes ou accropodes – où tout est saisi, et leur entremêlement avec les éléments, et les stigmates qu’ils subissent.

« Si le tétrapode est doux c’est pour mieux rouler [la vague] et la renvoyer au large, sans même trembler. Et que dire de l’accropode (…) plus dense encore, plus résistant (…). Eux aussi pourtant seront rattrapés par la mer et les gens, tout comme les blocs, c’est forcé, à moins que les gens disparaissent bien avant les accropodes, c’est probable. »

 

Le vivant autour et dedans

Pas disparus les gens, enfin pas encore. Ils sont là et parcourent le brise-lames, portent leurs histoires à elles, à eux. Mosaïque d’histoires qui s’agence autour de celle du brise-lames de Sète, histoires que condense d’abord cette anaphore de six pages. Chaque paragraphe commence par ce « Il y a : » et qui nous plonge instantanément dans un fragment d’histoire. Un tableau subreptice et quotidien du brise-lames.

On les suit ces gens, habitant·es de Sète ou d’ailleurs, leur existence et leur vie qui ne font qu’un avec celle du brise-lames, le port de Sète ou la plage. Ça va de « Mathilde [qui] se nourrit de sel et de rats » à Mamadou, Kindezi, Abbas ou encore Shatterjee. De celles qui squattent un temps le brise-lames et ses abords, ceux qui y viennent l’été ou le printemps à celles échouent à côté ; immigré·es et émmigré·es. Et qui n’est pas sans nous rappeler par certains aspects La Double Absence du regretté Abdelmalek Sayad.

« C’est pour te dire que l’immigré c’est la honte, c’est la honte deux fois : la honte d’être ici parce qu’il y a toujours quelqu’un pour te dire et te faire dire – te faire dire à toi-même, c’est ainsi que je l’ai ressenti toute ma vie – pourquoi, pour quelles raisons tu es là, tu n’as pas à être là, tu es de trop ici. (…) La deuxième honte, c’est là-bas, c’est d’être parti de là-bas, c’est d’avoir émigré. Émigrer reste toujours une faute. »

Position paradoxale de l’immigré·e, émigré·e, ici et ailleurs, là et pas vraiment là, position instable et floue qui recoupe, par certains aspects, celle du brise-lames lui-même.

« Je suis un être hybride à la proue de la ville, issu du croisement entre l’homme, l’industrie lourde et les éléments naturels, eau, vent, sel, un peu la terre mais très peu et puis le feu… »

 

Un livre et un jeu-vidéo

Position du Journal du brise-lame l’œuvre : le livre et comme nous l’avons évoqué le jeu-vidéo. Œuvre hybride donc, à la proue de l’expérimentation, issu du croisement entre expérience vidéoludique et littérature.  Le jeu se présente comme un FPS littéraire [First Person Shooter, jeu de tir à la première personne], première personne qui recoupe celle que l’on (re)trouve dans les pages. Et dans les pixels du jeu, on parcourt ce brise-lames, il y a cette petite boule que l’on roule, et qui n’est pas sans rappeler Beautiful Katamari (Namco, 2007).

Ici quelques touches – que l’on peut configurer avant de lancer le jeu – servent à se déplacer, à parcourir le brise-lames. On (re)découvre le texte sous une forme spatialisée. À la dimension du temps, les dates dans le journal qui se succèdent, s’ajoute la dimension spatiale. On peut s’amuser à reprendre les lieux évoqués dans le journal. S’immerger dans la mer, aux abords du brise-lame par exemple, et on les voit les blocs de bétons, et on l’entend, le texte, la poétique des tétrapodes et accropodes. Et ainsi de suite pour l’ensemble des lieux dans et autour du brise-lames ; on peut se prendre au jeu de la navigation – ce fut mon cas – prendre le jeu, non pas comme un FPS, mais comme Point’n click (pointer et cliquer) et voir, éprouver, entendre ce qu’est être brise-lames, celui de Sète.

 

[1] Jérôme Lindon trouvant le titre peu approprié lui préférant le simple Le vent (1957).

12 juillet 2020

[Livres] Libr-vacance (1), par Fabrice Thumerel

Le printemps 2020 ne fut ni celui des auteurs, ni celui des éditeurs pour cause de crise sanitaire : avant la saturation de la fameuse Rentrée-littéraire, c’est vraiment le moment de faire le vide pour lire-méditer-écrire… Voici donc notre première livraison de LIBR-VACANCE : non pas un temps de loisir cool-et-ludique, mais un temps d’évidement salvateur…

 

â–º Mathieu BROSSEAU, L’Exercice de la disparition, Le Castor Astral, juin 2020, 134 pages, 10 €, ISBN : 979-10-2780-075-9.

« La vraie question est là : quel est le nom de notre absence ? »
(Mathieu Brosseau,  Et même dans la disparition, éditions Wigwam, 2010).

« L’écriture comme démarche ou comme transe n’a aucune socialité.
Comme le drogué est isolé dans son rêve, l’écrivain  vit dans l’alcôve
mortelle de ses jaillissements . Il écrit sa vie et, dans ce maelström, il
est cette coque de noix, il joue des humeurs de la mer et de son courroux :
il apprend à comprendre les flux » (L’Exercice de la disparition, p. 14).

L’Exercice de la disparition a pour point de départ un préambule paradoxal aux pages noires, en forme de faire-savoir, qui en appelle à la destruction des mythologies dominantes de l’espace, de la sincérité et de la transparence, de la propriété et de l’identité, celles des dualités innocence / culpabilité, dedans / dehors, Éros / Thanatos… D’où la résistance du poète à ce mal du siècle que constitue toute forme d’attachement, y compris et surtout l’enracinement dans « la médiocrité du sol » (55)…

Ce moment négatif vise l’avènement d’ « un temps nouveau, qui n’est plus humain, post-historique, un espace sans mémoire de part en part, un temps formé dont on sait l’origine et la fin, qui appelle la clairvoyance et qui pourtant est plus mobile que la lumière, dans son intérieur et son extérieur vibrant, c’est une forme obscure, une lumière noire, corps solaire brûlé à son éclipse »(25).

L’expérience de la disparition : faire sans pour faire sens.

 

â–º Philippe JAFFEUX, Pages, éditions Plaine page, coll. « Calepins », été 2020, 56 pages, 10 €, ISBN : 979-10-96646-30-2.

Donner à ouïvoir un voyage musical dont les étapes sont des créateurs et Å“uvres célèbres, voire des instruments (saxophone, cornemuse, xylophone), tel est le projet de Philippe Jaffeux dans son dernier opus – dont on trouvera deux extraits sur Libr-critique : « John Coltrane » ; « Ornette Coleman ».

On ne peut qu’être admiratif devant l’inventivité de cette poésie visuelle qui est à la fois formelle et spirituelle. Les aficionados du poète retrouveront son attention au hasart et sa passion de l’alphabet.

Sans nul doute, vous vibrerez au Poème de l’extase de Scriabine tel que Philippe Jaffeux en décrit les résonances…

► Juliette MÉZENC, Journal du brise-lames, éditions Publie.net, printemps 2020, 160 pages, 15 €, ISBN : 978-2-37177-584-8 ; version numérique, avec jeu vidéo.

Journal du brise-lames : tout sauf confiné… Ouf !

Donner la parole à un brise-lames a cet avantage indéniable de se libérer de l’humain, trop humain : « Les humains, c’est fâcheux, ont tendance à tout ramener à eux, à des figures connues, identifiées » (p. 19)…

Cette distanciation permet de porter un regard trouble sur notre monde – aux antipodes de notre sacro-sainte transparence, donc. Faire fi de la mimèsis, c’est trouer le monde-réel qu’impose l’idéologie dominante pour faire place à un Ailleurs : cap vers ce lieu « où les rêveurs restent le temps nécessaire pour se reconstituer puis repartent affronter ce qu’ils appellent « le monde tel qu’il est »Â Â» (87) !

 

 

29 août 2019

[Livres] Libr-vacance 4

Pour terminer en beauté cet été 2019,  une dernière invitation à méditer-rêver-pester de façon libr&critique à partir de sept livres publiés en 2018-19 et signés Bobillot, Brérot, Chaton, Mézenc, Nowak-Papantoniou, Taïeb et Vipaldo… L’occasion de présenter l’essentiel de ces Å“uvres remarquables dont nous n’avions guère pu parler encore. [Libr-vacance 3]

â–º Jean-Pierre BOBILLOT, Prose des rats. Textes pour la lecture/aXion, Atelier de l’Agneau, St Quentin-de-Caplong, 2e édition revue & augmentée, coll. « Architextes », 96 pages, 17 €, ISBN : 978-2-374280-22-6.

Le [Ra] dans tous ses états… Quel Rat-fût ! C’est « comm’ le Réel sans les fiXions »…

Le texte est un accélérateur de particules lexicales sur l’axe paradigmatique afin de créer des calembours tous azimuts : « Mot-rat… toire / Mot-rat… tomique / Mot-rat… via / Mot-rat… Venise / Mot-rat… vagine… Mot-rat… crédit / Mot-rat… lité »… Ce poètàraz-du-rat est par ailleurs grand amateur de litanies – ah lITANIE ! (Cf. « Poème trop long » : « C’est comm’… »).

Avec ces bobillards, vive l’oRATlité poétique !

â–º Béatrice BRÉROT, La Suite infinie du monde est dans le colimaçon, Barjols (83), éditions Plaine page, coll. « Calepins », 2018, 98 pages, 12 €, ISBN : 979-10-96646-16-6.

mais la po.é.sie
elle vit
putain
la po.é.sie
elle vit
ailleurs que dans les salons
la po.é.sie
elle explose la langue
les sons
la respiration
la poésie
c’est un corps
la poésie
c’est un corps caverneux
surgi du chaos
elle branle l’univers (p. 91).

Pour celle qui écrit « dans le beat / de notre génération » (90) et qui allie poésie & musique, la suite infinie du monde est dans le colimaçon poétique qui en inventorie les éléments par télescopages de blocs compacts, nuages de mots ou litanies. Nous sommes transportés sur le bord du vivant par une vision cosmologique du corps et du monde humain.

« ce corps / où tu manges / où tu bois / où tu marches / où tu nages / ce corps / où tu glisses / où tu lâches / où tu parles /où tu froid / ce corps / ton corps / tu y tiens » (49).

Dans ce monde aliénant, par la poésie réinventons nos « cartographies intérieures » (17).

â–º Anne-James CHATON, L’Affaire La Pérouse, P.O.L, printemps 2019, 160 pages, 16,90 €, ISBN : 978-2-8180-4723-1.

On savait le poète attiré par le narratif/fictif depuis Elle regarde passer les gens (Verticales, 2016), superbe fresque historique multibiofictionnelle. Avec L’Affaire La Pérouse, Anne-James Chaton procède un peu à la manière de Pierre Bayard, alliant ludique et théorique. Narrer, n’est-ce pas toujours (s’)interroger ? Le texte hypothétique atteint son summum de loufoquerie dans l' »Addendum n° 2″ : comme s’il avait suffi au célèbre explorateur français d’adopter un tas de précautions aussi farfelues les unes que les autres pour se prémunir des dangers qui l’ont fait disparaître en 1788… Un exemple de loufoque, dès la page 39 : « Une fois identifié, le suspect sera soumis à un interrogatoire dont les questions ont été élaborées avec le concours du poète Charles Baudelaire« …

Pour son plus grand plaisir, le lecteur se perd dans un dédale de références et d’hypothèses (22 exactement, de l’accident au suicide) et ne peut qu’apprécier un exercice de virtuose consistant à mêler tons, styles et modes/modèles narratifs (de l’épique au dramatique… S’y rencontrent chansons, genre policier, robinsonnade…).

â–º Juliette MÉZENC, Des espèces de dissolution, éditions de l’Attente, printemps 2019, 168 pages, 16 €, ISBN : 978-2-36242-080-1.

En un temps où ressurgit le discours eschatologique, où la disparition des espèces fait l’actualité – de toutes les espèces, y compris l’espèce humaine –, vite de l’air… c’est bon, c’est beau… de l’air ! Dans une dernière partie qui constitue un hymne à la vie, la scriptrice en vient à ce qui s’appelle vraiment découvrir, non pas l’existence tel le Roquentin de La Nausée, mais la respiration : « pour la première fois de ma vie je respirais, mais respirer c’est l’affaire de toute une vie, respirer c’est l’affaire, la grande affaire de la vie, ce n’est pas rien , c’est phénoménal, c’est la merveille des merveilles, et personne pour s’extasier, ou même s’étonner, personne pour consacrer une fresque ou même une trilogie ou ne serait-ce qu’un roman, un court roman, à la respiration, j’en étais stupéfaite […] » (p. 140).

Ce punctum est l’aboutissement d’une ascèse cosmologique : disparition / rumination / absorption mentale / « puits d’espace-temps » (82)… Alice ultra-moderne, je/il/elle traverse, non pas le miroir, mais diverses strates de réalité virtuelle : nul lapin blanc dans un paysage virtuel tout droit issu des jeux vidéos, mais « un panneau qui parle », Miss Fluo, des « femmes-chevreuils », des « femmes-marmotes »…
Allez, rendez-vous au mont Mézenc (cf. p. 104) !

â–º Stéphane NOWAK-PAPANTONIOU, Nos secrets sont poétiques, Presses du réel/Al dante, printemps 2019, 64 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-060-5. [Écouter « une déclinaison sonore de Nos secrets poétiques« ]

Celui qui préfère l' »histoyr » à l’histoire ne va pas nous faire le coup du roman, mais nous proposer une poétique du secret, lequel se révèle par ailleurs politique et érotique : « Le secret se raconte mais le secret n’est pas un spectacle. Il ne se raconte pas comme une histoire avec une dissimulation et une révélation. Ça c’est pour les polichinelles, les détectives ou les psychologues » (p. 23). Cet inventif agencement répétitif est animé par une série de tensions entre masque et révélation, visible et invisible, mensonge et vérité, lisible et illisible, jusqu’à nous perdre dans un espace voilé/dévoilé – érotique, donc.

► Lucie TAÏEB, Peuplié. Fragments Fredinand, suivis du Cahier de Liesl Wagner, éditions Lanskine, printemps 2019, 136 pages, 15 €, ISBN : 979-10-90491-85-4.

Le peuple y est-il ?
« le peuple n’y est pas » (p. 103).

« Ma poésie s’est peupliée ? » Le peuple déplié dans un arbre à Paroles… Une histoire d’amour tragique aussi.

Ça commence comme au bon vieux temps, par un « Liminaire » indiquant la provenance des fragments et du cahier d' »Ã©crits post-mortem & posthumes ». Suivent des textes qui attestent que nous sommes des « héritiers de la déraison hölderlinienne » (66), mais aussi d’inventifs axiomes, et même un drôle de « nopéra furtif » (47-49)… Terminons par une phrase extraite de la lettre au « cher Fritonnant », car elle pose un problème poétique central : « Ã  quoi bon avoir lu et digéré les avant-gardes du siècle passé pour en finir avec ces platitudes » (122)…

► Jules VIPALDO, Le Banquet de plafond, éditions Tinbad, 2018, 148 pages, 18 €, ISBN : 979-10-96415-11-3.

« Quels lecteurs espérer dans  un futur analphabète
(un futur de « trous du cul ») ? » (p. 23).

Ce Banquet de plafond est évidemment bas de caisse – au niveau du plancher des rats et des souris. Et tant pis pour la « RATputation » d’un auteur « anti-confort triste » que l’on apprécie pour « son rythme de scieur effréné, ses ruptures de ton inopinées », « ses phrases qui déraillent, son fatras fantaisiste », « ses formules gauches, ses proverbes à la noix, ses aphorismes claudicants, sa littéralité glissante et gauloise, et, plus généralement, de son envahissante culanthropie ! »

31 mars 2019

[News] News du dimanche

Après notre sélection Libr-10 du premier trimestre 2019, quelques Libr-événements pour bien commencer avril, où Philippe Boisnard et moi-même aurons le plaisir de vous retrouver à la Maison de la poésie Paris (le 10 !).

Libr-10 (1er trimestre 2019)

â–º Balzac, l’invention de la sociologie, sous la direction d’Andrea Del Lungo et Pierre Glaudes, Garnier, 346 pages, 39 €.

► Pierre-Albert Birot (1876-1967). Un pyrogène des avant-gardes, sous la direction de Carole Aurouet et de Marianne Simon-Oikawa, Presses Universitaires de Rennes, 252 pages, 24 €.

â–º José Vicente ANAYA, Hikuri, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 72 pages, 10 €.

â–º Anne-James CHATON, L’Affaire La Pérouse, P.O.L, 160 pages, 16,90 €.

► Tristan FÉLIX, Ovaine. La Saga, Tinbad, 228 pages, 23 €.

â–º Michèle MÉTAIL, Portraits robots, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 105 pages, 10 €.

â–º Juliette MÉZENC, Des espèces de dissolution, éditions de l’Attente, 168 pages, 16 €.

â–º Angéline NEVEU, Synthèse Désir, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 224 pages, 17 €.

â–º Stéphane NOWAK PAPANTONIOU, Nos secrets sont poétiques, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 64 pages, 10 €.

► Louise RAMIER, Partition, éditions Louise Bottu, 130 pages, 14 €.

Libr-événements

â–º Mercredi 3 avril, rencontre avec Jean Esponde à L’Autre Livre (13, rue de l’Ecole Polytechnique (75005 Paris) :

â–º Jeudi 4 avril à 19H, Bibliothèque de Bordeaux : en Avant-première de l’Escale du livre 2019, Pâture de Vent à l’auditorium de Meriadeck, avec Christophe Manon et Frédéric D. Oberland.

► Vendredi 5 avril, Patrick VARETZ à Lille :

► Vendredi 5 avril, 19H30 à la Librairie Texture (94, avenue Jean-Jaurès 75 019 Paris) : rencontre avec Cristina de Simone et Michèle Métail.

La rencontre est proposée par Emmanuèle Jawad :
– autour du livre de Cristina de Simone, Proféractions ! Poésie en action à Paris 1946-1969 (Editions Les presses du réel) et d’une lecture-performance de Cristina de Simone et de Sylvain Kassap.
– lecture-performance de Michèle Métail dont les dernières parutions sont : Quelques portraits-robots en pied rehaussés de couleurs véritables et Le cours du Danube : en 2.888 kilomètres, vers l’infini (Editions les presses du réel). Sera aussi présenté le livre Michèle Métail : la poésie en trois dimensions, sous la direction d’Anne-Christine Royère (Editions Les presses du réel).

â–º RV avec Christian PRIGENT le 16 avril :

3 janvier 2019

[Entretien] MASSERA, guide de l’utilisateur (Entretien de Jean-Charles Massera avec Fabrice Thumerel, 2/2)

Impressionné depuis longtemps par le projet artistique de Jean-Charles Massera – des plus libr&critiques ! -, comme toujours dans ces cas-là, j’ai pris le temps de le laisser me hanter… Le moment est venu – et j’en suis ému – de m’entretenir directement avec son auteur… Entretien dont voici la seconde partie, centrée sur la posture critique. /FT/ [Première partie]
[Pour les amateurs de biographie : ici]
[Regarder « Tu sais j’crois que j’vais pas pouvoir ».]

FT. Quels que soient les sujets traités, les formes et les supports choisis, ce qui est frappant c’est ta posture critique, et souvent même politique – sans vouloir évidemment ici reparler d’ « art engagé »… En fait, l’évolution esthétique que tu viens de retracer n’a-t-elle pas quelque chose à voir avec la volonté de mieux saisir ton objet ?
Dans un monde postpolitique où les effets politiques sont annexés par la sphère spectaculaire, quelle marge de manœuvre reste-t-il au créateur ?
Quel regard portes-tu sur le retour progressif du politique dans le microcosme poétique, notamment au travers de la déconstruction du discours médiatique, des problématiques de la guerre, de la domination économique, des flux migratoires, etc. ? (Que l’on songe à des auteurs d’âge et de poétiques différents comme Patrick Bouvet, Jean-Michel Espitallier, Claude Favre, Christophe Hanna, Emmanuèle Jawad, Sébastien Lespinasse, Juliette Mezenc, Marina Skalova, Frank Smith…).

JCM. Je me souviens d’une table ronde avec Paul Otchakovsky-Laurens, Jean-Jacques Viton, Marie Darrieussecq et Jean Rolin à Marseille organisée à l’occasion des vingt ans des éditions P.O.L. Pour présenter une des particularités de mon travail (je cite de mémoire, ce ne sont pas les termes exacts), il disait (en substance donc) que ce qui l’avait intéressé dans mes livres, c’était ma manière de saisir le politique avec une forme singulière, la relation entre la forme et le politique… En gros 🙂 Une fois la table ronde terminée, il m’avait demandé si ça m’avait ennuyé qu’il ait présenté mon travail sous cet angle en évoquant cette dimension politique (il savait que je commençais à être agacé par le fait qu’on m’invite souvent à la radio pour parler de cette seule dimension en gommant ce qui faisait l’essentiel du travail… Ce qui me fera dire des années après que pour We Are L’Europe, j’avais plus été invité pour l’Europe que pour « We Are »). Je lui avais répondu qu’à partir du moment où l’on soulignait ce qui constituait la dimension majeure du processus d’écriture, ça ne me dérangeait évidemment pas. Au début des années 2000, à ces questions tournant autour de mon supposé engagement politique, je répondais en insistant sur trois aspects : D’abord si les écrivain(e)s avaient encore quelque chose à dire et si elles et ils avaient (encore) les moyens d’être entendu(e)s comme ça pouvait être le cas dans la première partie du vingtième siècle, ça se saurait. J’avançais ensuite l’argument que grosso modo mes livres n’apprenaient rien à personne d’un point de vue politique, que tout lecteur, toute lectrice de gauche lambda ne pouvait qu’être d’accord avec ce qui était raconté dans France guide de l’utilisateur ou United Emmerdements of New Order, que le travail se situait ailleurs, dans le dispositif de mise à distance de l’objet raconté, dans la manière de faire – vivre – avec, de le remettre à sa place, de représenter les mécanismes et les logiques qui le produisent, etc. Je travaillais (enfin j’essayais) les processus, les logiques de production de ce sens visé, de ces instrumentalisations mises en Å“uvre par des logiques économiques, financières, politiques, idéologiques… un travail au cÅ“ur du langage donc, mais au sens large, pas au seul sens littéraire (le paradigme de celui-ci m’intéressant au fond assez peu dans le sens où le littéraire n’est qu’un outil pour Å“uvrer sur quelque chose qui l’excède). Enfin et surtout, je répondais en disant que si l’un des enjeux du travail consistait à représenter les conditions d’être ici et maintenant, à travailler ce qui nous anime et nous constitue, à représenter, à critiquer, à mettre à distance et en perspective le sens de nos existences, alors il fallait opérer avec les logiques, les conditions, les dimensions, etc. qui sont à l’œuvre dans ces mêmes existences, ces mêmes conditions… qu’on ne les choisissait pas, elles étaient là… c’est une donnée, point (et là d’utiliser la fameuse image du « miroir qui se promène sur une grande route » de Stendhal).

Mais il y a quand même d’autres raisons, plus lointaines, moins intellectuelles qui sont certainement à l’origine, non pas de l’importance que j’ai souvent accordée au politique dans mon travail, mais au moins à l’origine de certaines obsessions qui touchent à des questions politiques… Ces raisons sont familiales et elles remontent à mon enfance. Déjà, je passais presque tous mes mercredis après-midi et une grande partie de mes vacances d’été entre une grand-mère ultra-catho et une grande tante qui avait été proche des Croix-de-Feu et qui avait une idée assez particulière de l’éducation qu’il fallait dispenser aux enfants, comme celle qui consistait à me confisquer mes jouets pour me mettre en main des récits illustrés des exploits coloniaux de Lyautey afin que j’apprenne à lire tout en apprenant l’histoire de « la France » (le tout en ayant pris soin de me briefer quelques jours avant mon entrée au CE2 où les enseignants sont « tous cocos » que si plus tard j’étais comme elle ça serait bien, mais que si j’étais « coco », elle me « mettrai[t] en tôle »… Parfois, le samedi, mon père me ramenait à la réalité contemporaine en m’emmenant sur des chantiers de terrassement pour le voir tutoyer « ses » ouvriers nord-africains en bon paternaliste blanc occidental sûr de l’évidente supériorité de sa culture (alors que depuis que j’étais entré au collège du Val Fourré (Mantes-la-Jolie) mes potes étaient majoritairement les enfants de ceux à qui mon père parlait mal ou que ma grand-tante nostalgique de la France telle que la concevait Lyautey désignait par des termes immondes)… Dans ces mêmes années, j’ai également progressivement pris conscience que ma mère remplissait toutes les cases de la non-existence et du refus de toute conscience de soi et de ses désirs pour répondre à la seule loi de l’effacement, de la soumission et du sacrifice à (la carrière de) son mari et à (l’éducation de) ses enfants (mâles) voulue par l’Église. Dans la foulée, vous commencez à comprendre que l’absence de sentiments dans votre vie familiale tient uniquement à et par des codes, des choses qu’il faut faire et des choses qu’il ne faut pas faire, que tout ce qui occupe une journée est une succession de devoirs… que « c’est comme ça parce que c’est comme ça »… Et aussi, quand vous avez douze ans, en plus de voir ses ami(e)s du collège traité(e)s comme des moins que rien par votre grand-tante et grand-oncle d’extrême droite, c’est très dur d’observer chaque dimanche ses grands-parents maternels condamnés au silence et à des postures d’humilité en bout de table parce qu’ils viennent d’un milieu populaire où l’on quitte l’école à 14 ans pour aller travailler et que par conséquent ces deux grands-parents doivent être déjà contents d’être là et que de toute façon il et elle ne peuvent rien à avoir à raconter ou à dire qui puisse être digne d’intérêt pour des gens qui jusqu’à ce mariage problématique auraient au mieux pu être à leur service… Et que dire de ce jour où, jeune homme j’ai vu mon père parler « de » « sa femme » à un ami devant elle comme si elle n’était pas là et surtout n’était pas un sujet puisque la conversation tournait autour du fait que la femme de l’autre ami et « sa » femme à lui pourraient éventuellement se rendre visite… Au-delà de la honte et de la colère d’assister impuissant à ces scènes très représentatives d’un certain ordre du monde et de la connerie de la culture et des croyances qui ont failli vous former, cette accumulation d’expériences familiales vous forge très vite et sur un mode totalement épidermique une conscience politique de petit résistant certes, pas encore très équipé, mais fermement convaincu de l’urgence et de la nécessité d’en finir avec cet ordre et cette culture là…

Enfin, quand malgré certaines paroles et certains actes (commis par la faction d’extrême-droite de la famille) que vous jugez odieux à l’endroit de vos proches, de vos amis ou de vous-même alors que vous n’étiez encore qu’un enfant votre père vous demande de « respecter » la famille et faire profil bas parce que « la famille, c’est sacré », c’est clair que quand vous êtes en âge d’envoyer balader la famille et de vous barrer… vous vous barrez. Je me suis ainsi brouillé très jeune (avant le moment « normal » de la crise de l’adolescence on va dire) avec mes parents et une partie de ma famille pour des raisons essentiellement politiques, des raisons de forte opposition à leur idéologie catholique romaine, bourgeoise postcoloniale paternaliste que mon père incarnait terriblement et bêtement dans la transmission de la loi et ma mère dans son exécution sans la moindre conscience critique. Je les ai surtout vus comme pris dans des logiques, une culture qui les agissaient, les parlaient, écrivaient leur vie ; plus que comme des parents avec lesquels on entre en conflit sur des motifs intimes, familiaux, etc. En même temps, je peux être reconnaissant à cette famille de m’avoir évité quinze ans de psychanalyse… Et la lecture de Bourdieu…

FT. Mais tu viens là de parler en bourdieusien élémentaire, agi par sa langue… (rire)

JCM. Exact ! Disons que j’ai senti Bourdieu avant de le lire… 🙂 Bref, la nécessité d’intégrer dans mon travail la conscientisation de ces dimensions constitutives de l’aliénation ordinaire, de ce qu’elles produisent et ont produit sur nos imaginaires et nos pratiques de vie, vient certainement plus de ce que j’ai vécu enfant que de ma fréquentation des milieux militants d’extrême-gauche pendant mes années étudiantes.

Ensuite, pour revenir à l’évolution esthétique que j’ai retracée à grands (voire gros 🙂 traits, elle a effectivement à voir avec la volonté de mieux saisir mon objet, c’est même sa seule raison, son seul moteur. Je n’ai pas décidé de devenir artiste ou réalisateur ou je ne sais quoi… J’essaye toujours de trouver une forme juste, une forme nécessaire… C’est la visée qui justifie la forme, qui donne telle ou telle forme. C’est le rapport de nécessité qui fait art (ou « Å“uvre » pour reprendre un terme qui renvoie à une conception prémoderne de l’art, mot que je n’emploie évidemment pas, mais ça c’est une autre question). Une forme n’est jamais donnée, elle est toujours à trouver, non pas dans une logique qui consiste à trouver de l’inédit, de l’inconnu, de l’inouï ou je ne sais quel cliché de cette conception de l’écriture qui réduit une démarche artistique ou littéraire à une démarche formelle et décorative sans autre objet que sa propre apparition. Même lorsqu’au début des années 90 j’écris mon premier livre, en l’occurrence Gangue son, initialement publié par feu les éditions Méréal et récemment réédité par La Ville Brûle, alors que tout dans ce texte tend vers la volonté de faire des phrases inédites où le rythme et le son composent des fondamentaux, la visée consistait à trouver la forme la plus juste pour transmettre les sensations, les expériences et les idées formulées à propos de ce qui pouvait poser question dans certaines caractéristiques intimes, culturelles, sociales ou politiques de nos existences. Ce qui fera dire à Marcelin Pleynet à qui j’avais envoyé le manuscrit qu’il y avait trop de sociologie dans mon texte, que la littérature c’était des montagnes qui se parlaient, comme Heidegger et Céline [je cite de mémoire]… Si mon but n’a jamais été de dialoguer avec les géants (mâles) de l’histoire de la littérature (masculine) occidentale, j’avoue avoir cherché dans ce livre à travailler la langue, la sculpter… j’avoue avoir rêvé de phrases inédites taillées dans une gangue sonore… Sorte de naïveté certainement, mais qui me poursuit encore, surtout quand certains de mes proches ou ami(e)s découvrant ce texte des années après, me disent que c’était peut-être là un livre où j’inventais une langue… Je me demande toujours s’ils ou elles me disent ça par sympathie, provocation ou volonté de me dire que j’ai peut-être fait fausse route. En tout cas, Gangue son est un peu ma mauvaise conscience, mon Å“il de Caïn.

FT. Avec Gangue son, en quelque sorte, tu commences par où TXT finissait…

JCM. Je ne sais pas, je n’en avais pas la prétention en tout cas, même si Gangue son est alimenté ça et là d’extraits de textes ou d’idées de TXT – qu’il s’agisse de Christian Prigent ou de Jean-Pierre Verheggen. Ce qui reste certain pour moi, et j’ai toujours travaillé en ce sens : il n’y a pas de formes, de médiums ou de genres permanents, inscrits dans l’Histoire for ever. Pour reprendre Walter Benjamin que je cite souvent quand j’interviens dans des écoles d’art ou des universités, « À de grands intervalles dans l’histoire, se transforme en même temps que leur mode d’existence le mode de perception des sociétés humaines. La façon dont le mode de perception s’élabore (le médium dans lequel elle s’accomplit) n’est pas seulement déterminé par la nature humaine, mais par les circonstances historiques » [1]. De fait, une forme (de représentation, de questionnement ou une forme visant à la mise en Å“uvre d’un autrement) se construit – se cherche – dans une relation de nécessité avec le moment, la réalité qu’elle se donne pour objet (qu’elle travaille), le contexte, les conditions historiques dans lesquels elle s’inscrit. La première et seule question est donc de savoir ce qui peut constituer un enjeu sur le plan littéraire et esthétique aujourd’hui (qu’est-ce qui peut faire sens ici et maintenant en 2018 dans nos contrées et sociétés contemporaines ?). Après le travail commence.

Maintenant, pour répondre à la question « quelle marge de manœuvre reste-t-il au créateur ? », et même si comme je viens de le dire au sujet de mes travaux dans l’espace public, je rêve de questionnements critiques à visée émancipatrice que l’on emporte chez soi après avoir fait l’expérience de ces propositions… je crois en fait qu’il ne nous reste plus (beaucoup ?) de marge de manœuvre. Et je pense même que la plupart des passant(e)s sont passé(e)s… devant mes affiches sans les voir, sans vraiment « imprimer »… Pareil pour l’installation sonore à Auchan. Le principe de la masse d’informations noyant tout dans le bruit a gagné la partie contre l’art (critique) depuis longtemps. On peut toujours dire que l’on opère dans les interstices de la machine de l’ennemi, qu’on grippe un peu cette même machine le temps d’une intervention, mais bon… « dans tes rêves »:). D’abord ça n’a aucune efficace et ensuite, ça ne « touche » que celles et ceux qui sont déjà convaincu(e)s de la chose et vont chercher ce type de propositions critiques. Once again, si l’art pouvait changer le monde, ça se saurait.

Alors évidemment je continue à être particulièrement sensible au travail d’auteur(e)s que je suis depuis longtemps comme Espitallier, Bouvet, Pireyre, Brossard, Cadiot, Arlix, Lefebvre, Adely, Quintane, Jallon ou encore à ceux et celles que je découvre aujourd’hui, comme Skalova. Curieux aussi de ce que tentent, dans des registres auxquels je n’arrive pourtant plus à adhérer, mais qui me posent question quand même, des auteurs comme Desbrusses, Coupland, Bertina, DeLillo, Fiat, Ostende (d’autres encore, mais je ne cite là que ceux et celles dont je me sens proche dans certaines visées). Et je suis surtout heureux que ce type de travail existe et se poursuive encore (déjà parce que nous partageons souvent beaucoup de choses dans nos travaux respectifs… parfois à des années d’intervalle). Mais bon, ce que je vois c’est que nous sommes toujours peu nombreux et nombreuses en termes de lecteurs et de lectrices de nos travaux respectifs, que les « grands livres » français restent les livres des prix littéraires et vendus dans et par les médias (le nouveau P.A.F), que ce sont ces mêmes productions qui sont traduites et vendues à l’étranger comme « la littérature » française… Bref, que nous n’avons aucune force, aucune puissance… aucun respect surtout – et à terme aucun sens reconnu d’utilité publique 🙂 Nous sommes des clowns sympathiques et tristes (remplacés depuis longtemps par des « personnalités » qui parlent d’elles-mêmes entre elles et du monde au monde sans autres compétences que celle d’être connues) à qui l’on offre ici un coin pour exposer à l’ombre des regards qui pourraient être concernés, là un éditeur pour publier des livres qui se vendront à quelques lecteurs et lectrices assidu(e)s de nos pages Facebook ou des quelques rares pages critiques que les principaux journaux daignent encore accorder aux journalistes qui essayent de faire le job, mais qui doivent se battre pour placer un papier sur un travail pertinent au milieu du tout-venant commercial (spéciale dédicace aux très bon(ne)s essayistes, critiques, journalistes qui se reconnaîtront et que j’admire pour leur ténacité… Déjà parce qu’ils et elles liront peut-être cet entretien 😉
Reste que quand j’interviens dans une école ou une université et que je lis d’une traite sur le mode d’une quasi performance un passage d’un texte d’Emmanuel Adely ou la totalité d’un livre de Patrick Bouvet, que je donne à lire, à voir, quelques pages d’un livre de Nathalie Quintane ou d’Emanuelle Pireyre ou que je donne à voir une vidéo de Noémi Lefebvre dans le cadre d’un atelier d’écriture ou de théâtre et que je vois des regards soudain s’allumer, comme si quelque chose était passé (pour la suite de leur existence ?), ça me fait un bien fou… et ça me procure un plaisir bien plus fort que celui que j’essayais de repérer dans l’assistance quand je lisais mes propres textes à la fin des années 90 ou au tout début des années 2000.

FT. Le problème, c’est que dans le champ littéraire français l’étiquetage a la vie dure… Derechef, il est encore difficile pour un créateur de varier les formes, ça nuit à sa « visibilité »… Quelles que soient les formes choisies – livres, films, pièces sonores, performances, ou encore campagnes d’affichage -, je vois dans ton travail deux lignes de force, la première étant pour l’instant majoritaire : d’une part, la déconstruction des discours et représentations dominants ; d’autre part, la monstration de la parole des dominés à partir de prélèvements bruts, comme dans Under The Resultats. En tant que monteur/montreur, ton travail critique – souvent ironique – me semble plus proche des Modernes que des postmodernes, non ? (Cela dit, sans vouloir tomber dans des classifications et taxinomies rigides…).

JCM. Jusqu’à a cauchemar is born en 2007, la « déconstruction » des discours et représentations dominants est effectivement une tendance forte dans mon travail, mais ensuite – et on en revient à ce moment de rupture dont je parle plus haut – la question devient plutôt, « comment faire avec » ici et maintenant, dans les conditions qui nous sont données, imposées ou proposées (et non continuer à dire et redire que ça craint)… Il a donc fallu laisser de l’espace aux possibles, aux autres aussi… laisser de l’espace à l’usage… aux points de suspension… (ces questions à emporter dont je parle plus haut par exemple). Depuis We Are L’Europe (2009), cette déconstruction n’apparaît plus. Idem pour les prélèvements bruts (de paroles) que je rapporte effectivement dans une campagne d’affichage comme celle de la Biennale de Rennes en 2008, dans des documentaires fictions radio comme celui que nous réalisons en 1997 avec Vincent Labaume (La Vie qui va avec, France Inter 1997) et où nous mixons des paroles rapportées sur des expériences et pratiques de vie avec la maison individuelle, la voiture, l’alimentation, les animaux, les plantes vertes avec des paroles prélevées dans les représentations-projections publicitaires ou cinématographiques, les chansons, les reportages et bulletins d’informations, etc. J’ai retravaillé cette dimension une fois dans un film « documentaire de création », Call Me Dominik, film (qui je ne sais pas s’il sortira un jour en salles dans sa forme finalisée comme il en fut question à un moment donné) où je laisse parler de leur vie, de leurs rêves si elles en ont encore, les personnes travaillant dans des centres d’appel en France et au Maroc. Mais hormis ce film, là non plus je ne travaille plus cette dimension de la parole brute rapportée.

En fait, depuis la fin des années 2000, ce que j’essaye de travailler a plus à voir avec une esthétique du faire avec, une esthétique des possibles (ouvertures, appropriations, détournements à des fins d’émancipation, etc.). Comment on fait dans telle ou telle situation donnée pour vivre mieux la, les chose(s). Le tout, doublé – évidemment – de protocoles, de fictions (ou plutôt de reconstitution) de situations de mises à distance critiques des conditions et des logiques d’aliénation, des forces contraires de l’épanouissement possible on va dire. Par exemple, l’installation vidéo Ad Valorem Ratio (2015) – montrée pour la première fois au MAC VAL dans l’exposition « Chercher le garçon » – rejoue la manière dont les corps de cadres hommes et femmes se mouvant dans l’espace des bureaux, des couloirs d’entreprises et des salles de réunions, peuvent exercer, imposer, assouplir, jouer avec l’exercice du pouvoir. Cette double projection nous mettant face à une salle de travail ou de déplacement d’une entreprise où l’on voit évoluer un ou plusieurs cadres pendant qu’un autre écran sur le côté nous montre un hors champ, un « ce qui se passe ailleurs dans un autre endroit de l’entreprise pendant que… », tente par la manière dont elle dilate le temps de travail, d’insérer un temps de pause, ou plutôt de ralentissement du temps de production pour reprendre du temps à soi et pour soi (sur celui de l’entreprise). Le travail des quatre pistes sonores qui accompagnent la double projection amplifiant ou assourdissant certains bruits de bureaux, certaines rumeurs de paroles provenant des bureaux voisins, certains pas, certains rythmes de pas masculins ou féminins, des pas de décideurs ou décideuses, des pas d’exécutant(e)s, permet d’intérioriser cette appropriation, on va dire déformante, de l’expérience du temps de travail en entreprise. La possibilité de la sensualité et de la séduction entre deux temps de stress, de moments de production est également très présente dans cette installation. L’autre facette de cette proposition artistique étant l’usage de la métaphore des jouets « de petits garçons » (camions, tractopelles) et des attitudes de jeux de ces mêmes petits garçons transposés dans la vie professionnelle adulte où le rapport enfants maman vient troubler le rapport managers (hommes) N+1 femme… etc.


Ad Valorem Ratio, installation sonore et vidéo – 17 mn loop (Avec Emmanuelle Lafon, Emmanuelle Vérité et Pierric Plathier)

Si l’on prend l’exemple des dessins vectoriels (pensés pour la salle d’exposition ou l’affichage public), ceux-ci tentent de représenter des situations de vie, de travail où soudain, au milieu d’un moment où notre corps et notre concentration sont occupés par une occupation professionnelle ou une activité sociale, une phrase, un éclair de conscience viennent faire un trou dans la manière dont on vit habituellement ce moment en énonçant (conscientisant ?) une pensée philosophique critique (de base :), une pensée qui permettrait de vivre autrement ce moment, ou de le mettre à une place qui permette d’ouvrir d’autres places, d’autres rapports au monde auquel soit l’on n’avait jamais pensé, soit qu’on avait jamais osé envisager, etc. Ce travail qu’on pourrait appeler du trou critique dans un moment professionnel ou social (ou plus intime) est très présent dans ce que j’essaye de fabriquer actuellement.
Dans mes récentes séries de photographies (notamment Less Men is More – Le protocole de Pierric – 2016), la possibilité de se construire un corps moins projeté par les logiques et les besoins de l’entreprise, un corps plus « approprié » quand bien même il est en complet noir ou en veste de tailleur est également très présent. Ou encore ce mélange d’espoir et d’inquiétude d’une mère cadre voyant sa petite fille fascinée par les tours de verre de la Défense dans la série de photos Don’t tell me she… (the Child and the Towers), 2017 où l’espoir d’une émancipation (la petite fille plus intéressée par les tours de verre d’un quartier d’affaires que les tours d’un château de Princesse) laisse progressivement apparaître sur les traits du visage de la mère la peur d’une nouvelle forme de soumission à d’autres logiques.


Less Men is More (Le Protocole de Pierric) – MAC/VAL 2016

FT. Tu évoques parfaitement l’évolution concrète de tes pratiques, mais avec un certain refus du théorique… Moderne / antimoderne : ces concepts te paraissent-ils pertinents pour rendre compte de l’évolution de ton travail ?

JCM. Je crois surtout à la dimension d’historicité, c’est-à-dire à ce qui peut constituer un enjeu ici et maintenant. En fait, l’histoire et la succession, l’enchaînement logique ou non, des pratiques, des écoles, etc. je m’en fous totalement… dans la mesure où je suis fermement convaincu qu’une démarche artistique (littéraire, poétique or whatever) se mesure à sa pertinence au moment où elle essaye de s’énoncer et dans les conditions (historiques) de son énonciation, dans son rapport aux questions, aux objets (et à leur pertinence) et non par rapport à une histoire de l’art et de la littérature. Donc, le rapport anciens/modernes… I don’t know… ça ne me parle pas du tout. Tout comme la croyance dans un art intemporel et universel, relève me semble-t-il de la plus grande naïveté ou de la volonté gentiment réactionnaire de conserver le même ordre du monde, toujours, croire que les questions sont toujours les mêmes (au-delà des grandes questions de la mort et du sens de nos existences)… Ce rapport maladif au « grand art », aux « grands textes », c’est non seulement faire l’économie de la difficile question du qu’est-ce qui peut constituer un enjeu littéraire et esthétique aujourd’hui en rêvant de représentations de mondes et de manières d’être qui ne sont plus, qui n’existent plus que dans les mémoires (nostalgiques), mais c’est surtout manquer totalement l’époque, c’est refuser de voir que les conditions d’expérience du monde ne cessent de changer et qu’il faut à chaque fois chercher des formes et des outils ad hoc pour les appréhender… Pour prendre un exemple très simple ; m’intéresse plus ce que sont en train de produire dans ma conscience la modification de nos rapports aux animaux ou la prise en compte de ce que signifie être un homme cis blanc que ce que mon prochain opus pourrait apporter de plus par rapport à la poésie ou à la littéraire contemporaine. J’aime bien le bricolage et la technique, mais pour moi ce ne sont que des moyens pour… pas des fins.


Ad valorem Ratio

FT. Dans tes fictions, ton texte avait du corps – comme l’on dit d’un vin ! – grâce à la performance de l’écrivain. De tes performances et autres créations, quelle(s) fiction(s) se dégagent-elles ? Quelle pensée critique ?

JCM. Des performances, si on s’en tient à la définition, disons historique (celle du début des années 70 dans le champ des arts dits « visuels », avec les figures également historiques comme Marina Abramović, Chris Burden, Vito Acconci (cf. photo à gauche), Barbara Smith, Michel Journiac, etc.), il s’agit d’une forme basée sur la présence face ou avec un public qui ne se produit qu’une seule fois et qui se joue souvent sur le mode de l’improvisation… Donc, sauf à prendre l’aventure fictionnelle de Jean de La Ciotat dans l’espace réel (et l’imaginaire tout aussi réel) du cyclosport français et européen, je n’ai jamais fait de performances. En revanche, oui j’ai fait quelques solos ou duos écrits et joués avec ma propre voix préenregistrée ou exceptionnellement avec un partenaire (Pascal Sangla ou Yves Pagès)… Mais ces prestations scéniques sont rares et ce sont plutôt des minis spectacles où je chante aussi parfois… Bref, des plages de détente et d’émotion dans ma trajectoire, pas plus… Je ne mets donc pas cette partie de mon travail au même niveau que le reste. Seules les « performances » de mon corps de fiction, Jean de La Ciotat peuvent-être placées au niveau des propositions que je revendique comme faisant pleinement partie intégrante de mon travail. À l’origine, la reprise de la pratique cycliste de manière ludique et littéraire était une tentative de mise en crise de ce en quoi je croyais en tant qu’auteur dans les années 90 par une pratique critique en actes, physique et opérant dans un espace et une communauté non artistique, une communauté de pratique de loisir très éloignée des questionnements qui m’animaient en tant qu’écrivain. La première mise en crise était celle d’une croyance qui m’occupait beaucoup dans les années 90, celle qui considère qu’il n’y a plus d’expériences possibles en dehors des expériences de pensée, que le corps s’est déporté du côté de ses représentations spectaculaires… Mais quand vous êtes à la limite de la rupture avec une nuée de moucherons dans la gueule sur les derniers kilomètres du troisième col à plus de 2000 mètres d’altitude sur une pente à plus de 12 % de dénivelé dans une épreuve de 200 km avec la menace d’être repris par la voiture balais, c’est clair que le retour du corps dans votre vie, vous le prenez en pleine tronche. Plus sérieusement, toute cette aventure avait aussi à voir avec l’exploration d’une pratique et des imaginaires qui s’y agglomèrent dans un moment où la réalisation de soi et l’épanouissement dans le travail salarié sont désormais souvent perçus comme une fiction dans laquelle peu de personnes marchent, l’investissement se faisant alors ailleurs, notamment dans des pratiques de loisir.

Mais pour répondre plus précisément à ta question concernant la ou les fiction(s) qui se dégage(nt), il me semble qu’aujourd’hui l’un des enjeux d’un travail artistique, littéraire, cinématographique, whatever, est de travailler contre les fictions dont nous sommes saturés : fictions politiques, religieuses, idéologiques, collectives ou conçues à l’échelle de nos habitudes de vie ou de consommation, etc. Il s’agit donc surtout de ne pas produire une fiction de plus ou même de « contre-fiction » ! Dans le cours de notre entretien, je crois que j’ai trouvé, ou plutôt retrouvé le terme qui me convient le mieux… « retrouver » car je l’avais déjà employé quand j’avais réécrit une partie de La Société du Spectacle de Guy Debord dans La Leçon de Stains, le petit livre qui accompagnait l’exposition de l’installation The Third Memory de Pierre Huyghe en 2000 au Centre Georges Pompidou à Paris et à la Renaissance Society à Chicago, ce mot c’était « reconstitution », comme je parle plus haut de « reconstitution de situations ». Dire ici au passage que la fréquentation de Pierre Huyghe [2] et de son travail dans ces mêmes années est un moment très stimulant dans ma démarche et mon rapport à certains protocoles d’expérience du monde que lui travaille alors à merveille, avec une liberté que je ne me donne pas encore pleinement à l’époque. D’ailleurs dans The Third Memory, tout l’enjeu du travail proposé par Pierre à John Wojtowicz – l’auteur du premier casse médiatisé et suivi en direct à la télévision – dont s’était inspiré Sidney Lumet pour réaliser son Après-midi de chien, était de reconstituer une scène clé du film dans laquelle l’homme explique ses motivations que Sydney Lumet avait totalement occulté dans le film (John Wojtowicz avait fait ce casse pour que son compagnon d’alors puisse réaliser son rêve : se faire opérer pour changer de sexe). À l’époque du casse, des militants homosexuels étaient même venu soutenir John Wojtowicz, voyant en lui un porte-drapeau médiatique. En l’occurrence Pierre Huyghe lui offrait la possibilité de reconstituer la personne et une partie de son existence dont la fiction de Sydney Lumet (et le jeu de l’acteur jouant son rôle, Al Pacino) l’avait dépossédé. Donc là aussi, la fiction était plutôt la forme à combattre ! Aujourd’hui, la fiction – toutes les formes de fiction – sont des instruments d’aliénation auxquels il faut opposer des outils (d’émancipation) résolument autres.
Donc écrire, penser, imaginer, construire des formes, des moyens d’échapper à ce sempiternel besoin de fiction, de projection dans des croyances, des partitions, des projets, des trajectoires de vie qui nous dépossèdent de nos capacités à nous projeter ailleurs que dans des logiques servant des intérêts pensés à des échelles qui ne sont pas les nôtres et qui ne penchent en tout cas pas du côté de l’émancipation et de l’épanouissement, oui ! La fiction est certainement le pire ennemi de l’émancipation, de l’épanouissement, de la pensée de possibles autres que ce qui nous arrivent. On a besoin d’outils, pas de récits de sorties de soi (d’instruments de divertissement et de diversion), de fictions de prêt-à-vivre et penser sans passer par la case qu’est-ce qu’on peut faire ensemble, ici… qu’est-ce qui peut nous modifier dans nos croyances, dans ce qui continue de nous arriver, ce qui continue de faire en sorte que ce qui (nous) arrive est cet état du monde que nous combattons (les logiques de guerre ou de haines ; l’inégalité des sexes, les fonctions et les manières d’être genrées, etc.) ou qui se révèle soudain problématique (exploiter, tuer, manger les animaux)… Ce ne sont là que quelques exemples, mais ce sont là des enjeux d’être autrement plus signifiants que le confort (de la conservation de ce qui est) des fictions. Les pensées de l’amélioration, de la modification, de la possibilité d’autrement passent par des opérations de prise de conscience, de changements de paradigmes, de mises en crise de ce qui arrive, pas par des plages d’occupation du temps (libre) pour ne plus y penser (l’aliénation).

FT. Que cherchais-tu en reprenant le vélo avec la plume pour un diptyque sur les aventures de ton double, Jean de La Ciotat ? De ton point de vue, quelles interactions dynamiques perçois-tu entre écriture et performance, corps et plume, théorie et pratique, Moi et Autre ?

JCM. Certainement une réconciliation. Déjà d’un point de vue personnel et peu intéressant pour les lecteurs et lectrices (d’ailleurs ce point de vue n’apparaît que sous la forme de quelques détails dans les deux livres), c’est peut-être une mini – et très relative – réconciliation avec, disons, la part « sauvable » de mon père après sa mort, père avec qui je n’ai rien partagé ou ne voulais rien partager depuis l’âge de onze ans pour les raisons évoquées précédemment. Enfant, il avait été passionné par le Tour de France, ses mythes, ses coureurs de légendes… Ce rapport au mythe du Tour de France, nous le partagions. Aussi, autant il ne m’a pas soutenu dans mes études et mes choix de vie privés et professionnels qu’il méprisait, autant, adolescent il m’a accompagné et encouragé à pratiquer le cyclisme au niveau où je cherchais à le pratiquer. Mais c’est surtout une réconciliation avec ma part « non intellectuelle » qui est en jeu dans ces « aventures » de Jean de La Ciotat, cette part que j’avais délaissée au sortir du lycée pour vivre exclusivement dans une sphère sociale et professionnelle qui, pour le dire simplement, dénigre souvent ou ne considère pas du tout les pratiques de vie, les pratiques culturelles qui constituent le cadre de ce que vit et raconte Jean de La Ciotat. Au premier degré, c’était une façon de passer du côté de ou plutôt dans les posters qui ont décoré nos chambres d’adolescents… Au second degré, il y avait la volonté, à la fois de participer à une fiction collective (la vivre plutôt que l’écrire) et ensuite de la penser, de penser ce que cette participation modifiait. J’aimais aussi les ponts qui pouvaient se construire entre des imaginaires, des projets de vie aussi différents que ceux qui peuvent se croiser sur les routes un dimanche matin. Faire entrer Guy Debord aux côtés d’Antoine Blondin, écrire des devenirs-autres sur les routes du Tour de France, travailler la question de l’être-ici-et-maintenant-pleinement sur l’asphalte et de l’en-commun dans un moment de perdition sur des pentes très raides d’un col italien pour cause de fringale, c’était déjà quelque chose, mais aussi et peut-être surtout, avant de devenir un puis deux livres, ça a commencé à s’écrire sur un mode d’échanges collectifs sur des forums de discussion dédiés au cyclosport et au cyclisme (certains de ces échanges constituent des passages entiers du livre). Ce que j’écris ensuite dans Jean de La Ciotat confirme et Jean de La Ciotat, la légende c’est un peu la consignation (par écrit) de ces quatre années vécues en milieu cyclosportif, de ce que ce temps vécu différemment (à faire des milliers de kilomètres d’entraînement par an pour être capable d’arriver dans les délais à défaut d’être compétitif, à avoir une certaine hygiène alimentaire, à traverser la France et une partie de l’Italie, de l’Espagne ou de la Suisse pour aller finir souvent dans les profondeurs du classement, à aménager sa vie en fonction de ces « objectifs » relativement dérisoires en regard de ce qui m’animait dans ma vie d’écrivain, puis par la suite d’artiste). Mais la grande différence entre cette fiction à échelle 1/1 dans l’espace-temps « réel » et celles représentées, projetées et condensées dans les pages de l’espace littéraire, c’est effectivement d’abord une expérience de corps, et une tentative d’écrire des états de corps dans l’effort, des sensations… autres que celles que peut généralement nous offrir la littérature, plus tournée vers ce que ses auteur(e)s connaissent… donc des états de corps liés au sexe, au travail, à l’usage des drogues, à la déambulation, à la vie pratique mondaine, etc. En clair : le vélo et ce qui se joue dans le corps sur un vélo, c’est pas un sujet en littérature.

FT. Le corps comme support de pensée critique, c’est plus limité, non ? J’aime l’expression « trou critique »… N’y avait-il aucune trouée critique dans tes agencements répétitifs ?

JCM. Le « corps » qui a beaucoup occupé les écrivains mâles français (de Bataille à Sollers ou à Prigent) ne m’a jamais paru véritablement critique de quoi que ce soit de majeur. C’est un « standard » au sens d’un standard de Jazz qui a donné lieu à de belles compositions, mais pour la dimension critique je préfère l’usage véritablement critique qu’en ont fait des artistes dans le champ de la performance au début des années 70, notamment le corps féminin objectivé et assigné à résidence par le « male gaze » pendant des siècles d’histoire de l’art et de la littérature non émancipés. Là, le corps devient un espace, une forme, un organisme potentiellement et politiquement support d’une critique des plus pertinentes. Mais pour mon modeste Jean de La Ciotat, non, évidemment. Le corps est juste un médium (entre le réel et la conscience écrivante) et une forme d’expérience : celle qui consiste à repousser les limites de ce même corps et surtout les limites mentales. Il s’agissait pour moi de transcrire des expériences de corps et de mental, de raconter ce qu’elles modifient en nous, des expériences de corps et de mental que seul le sport pratiqué à une certaine intensité peut procurer. Nulle visée ou prétention critique ici ; simplement un médium ou un support au sens artistique du terme… l’interface entre un contexte et une conscience qui me manquait pour raconter « ça ». C’était aussi une façon de vivre aux côtés d’am(i)es rencontré(e)s sur les routes pendant quatre années. J’ai vécu de formidables moments, parfois très intenses sur les épreuves. Évidemment, au départ, penser qu’on va éprouver un grand bonheur dans une Pasta Party d’après course, c’est sûr que c’est pas gagné quand on est plus habitué aux dîners d’après vernissages. 🙂

FT. Même si tu ne te sens pas concerné au premier chef, quel regard portes-tu sur l’espace contemporain de la performance ?

JCM. Encore une fois, ma fréquentation du champ de l’art dit contemporain et mes rencontres avec des artistes majeurs de la scène nord-américaine du début des années 70 font que je n’arrive pas à nommer « performance » ce que je vois nommé comme « performance » sur la scène littéraire contemporaine, mais disons que j’ai pu prendre et prends encore un immense plaisir à écouter Noémi Lefebvre, Anne-James Chaton, Louise Desbrusses, Antoine Boute, Jean-Pierre Ostende, Emmanuel Adely, Thibault Croisy, Yves Pagès ou tout dernièrement Yoann Thommerel – dont j’ai découvert le travail à Nantes dans le cadre du festival MidiMinuitPoésie #18 – lire à voix haute des textes adaptés ou conçus spécifiquement pour l’exercice… peut-être parce qu’elles et ils nous disent à voix haute quelque chose sur certaines caractéristiques, certains aspects de notre aujourd’hui de manière drôle, avec une pertinence et une distance critiques qui « me parlent » et que je ne sais pas ou plus porter moi-même de manière aussi forte.

FT. Jean-Charles, et maintenant ? Des projets, des intuitions sur le devenir de ton travail en relation avec le devenir de notre monde ?

JCM. Ouais, mon producteur et moi attendons que les hautes instances du cinéma français acceptent de déplacer légèrement leur regard et leurs attentes quant à ce que doit être un film d’auteur(e) et nous donnent enfin une chance pour que je puisse tourner mon projet de long métrage Le verre et le sable (une sorte de comédie d’anticipation portée – entre autres – par deux petites filles qui tentent de faire ce que leurs prédécesseurs mâles n’ont jamais voulu, pu ou su faire… En attendant, je travaille sur Les personnes renouvelables (un film plus court avec Emmanuelle Lafont) ; Transition attentionnelle – Volet 1 L’enfouissement de la puissance (une exposition monographique au centre de la photographie de Genève), une installation vidéo pour « 100 artistes dans la ville » organisée par Nicolas Bourriaud à Montpellier. L’année théâtrale 2019 verra également la reformation de notre team avec Benoît Lambert pour une collaboration sur l’écriture et la mise en scène de How Deep is Your Usage de l’Art ?… Et puisqu’on en est au stade des confidences, cher Fabrice, disons que mon éditeur va peut-être (ten years after) pouvoir ouvrir sa boîte de réception avec des sortes de phrases assez courtes, isolées et posées sur et entre beaucoup d’espaces blancs, à assembler dans un livre…


Ad Valorem Ratio (vue d’installation) – 2017. Casino Luxembourg / Forum d’art contemporain

[1] « L’Å“uvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée », in Écrits français, Bibliothèque des idées, Gallimard, p. 143.

[2] Jean-Charles Massera avec Pierre Huyghe sur le tournage de The Third Memory dans les studios de Stains en 2000. © Christine Van Assche (Alors commissaire de l’exposition au Centre Georges Pompidou).

9 novembre 2017

[News] Festival Ritournelles #18

Le Festival Ritournelles (Libourne-Bordeaux) fait partie des lieux qui font découvrir la littérature en train de se faire, sans négliger les écritures exigeantes. La 18e édition se termine ce samedi 11 novembre.

6 lieux : Librairie Mollat / Espace Jeune de Libourne / Librairie Format Livre / Librairie La Machine à Musique / IUT Bordeaux Montaigne / Quartier Libre

Une trentaine d’invités : Didier Arnaudet / Joël Baqué / Eduardo Berti / Frédéric Boyer / Camille Bréchaire / Olivier Cadiot / Claude Chambard / Sophie Chambard / David Christoffel / Thomas Clerc / Patricia Cottron-Daubigné / Souleymane Dimanka / Sophia Domancich / Jean-Michel Espitallier / Manou Farine / Stéphane Gantelet / Bettina Ghio / Catherine Gilloire / John Greaves / Keurspi / Guillaume Laidain / Vincent Lafaille / J-M Martinez-Esnaola / Juliette Mézenc / Catherine Millet / Paul Otchakovsky-Laurens / Marc Pautrel / Valérie Philippin / Dominique Pinon / Anne Savelli / Didier Vergnaud / Antoine Volodine /

5 juin 2017

[News] Libr-poésie

Sans vous y perdre et sans être exhaustif, faites votre Marché de la poésie : avec Anne Savelli, Suzanne Doppelt, Philippe Jaffeux, Guillaume Basquin, Daniel Pozner, Juliette Mezinc, Frank Smith… les éditions Al dante, de l’Attente, Castor Astral… Et n’oubliez pas la Nuit remue #11 !

 

â–º Jeudi 8 juin à 19H, Bibliothèques de Montreuil (14, Bd Rouget de Lisle – 93) : Anne Savelli, Décor Daguerre

Paris, les années 70, la vie quotidienne et la vie d’artiste… Bienvenue à la bibliothèque Robert Desnos pour découvrir Décor Daguerre d’Anne Savelli, livre inspiré en partie par le documentaire d’Agnès Varda Daguerréoypes, dont nous verrons quelques extraits, ainsi qu’un passage de Stella, film de Sylvie Verheyde.

 

â–º Samedi 10 juin, rencontre avec Suzanne DOPPELT :

â–º Du 7 au 11 juin, Marché de la poésie, place St Sulpice à Paris : mercredi 7 juin de 14h à 21h30 ; jeudi 8, vendredi 9 et samedi 10 juin, de 11H30 à 21H30 ; dimanche 11 juin de 11h30 à 20h.

Éditions Al dante, de l’Attente, Nous : stand 110/112

Éditions du Castor Astral : stand 400

Éditions L’Atelier de l’Agneau (et revue L’Intranquille) : stand 614. La Passe du vent : stand 423 (Katia Bouchoueva, Laurent Fourcaut..) ; association Entrevues : stand 700 (avec la présence de François Rannou pour sa revue Babel heureuse).

â–º Vendredi 9 juin, de 16 à 18H stand 202 : Philippe Jaffeux signera et dédicacera à 16 heures son dernier ouvrage de théâtre expérimental, DEUX, qui sort le 10 juin chez Tinbad.
A 17 heures, au même endroit (stand 202, celui des éditions de Corlevour), Guillaume Basquin signera son (L)IVRE DE PAPIER, paru l’an dernier.

â–º À l’occasion de la parution de son dernier livre, À la lurelure, rencontre avec Daniel Pozner pour une séance de signatures au Stand de Propos 2 Éditions (508-512) : samedi 10 juin 2017 à 16h au Marché de la poésie, place Saint-Sulpice, Paris.

â–º Samedi 10 juin, de 18 à 20H : RV avec Juliette Mezenc pour une séance de signatures (Laissez-passer)…

â–º  La Nuit Remue #11, samedi 10 juin à 18h30,

Bibliothèque Marguerite Audoux, 10 rue Portefoin, Paris 75003 
Accès : Métro : Temple, République, Arts et Métiers  [
La Nuit remue 11 a été imaginée par Emmanuèle Jawad et Marie de Quatrebarbes, avec l’aide amicale de Mathieu Brosseau.]

Programme

18h30 Accueil du public

19h00 Premier round :

Stéphane Bouquet
Frédérique Iledefonse 
Emmanuel Laugier
Vannina Maestri
Jennifer k Dick
Franck Leibovici

20h00 – 20h30 Pause

 

20h30 Deuxième round :

Philippe Jaffeux
Emilie Notéris
Olivier Quintyn
Hortense Gauthier
Florence Pazzottu
Benoit Casas

21h30 Fin des réjouissances.

â–º Samedi 10 juin à Pantin, 15H30 : Frank Smith, Le Film des visages

ÉCRANS LIBRES
Les Écrans Libres donnent la parole à des cinéastes lors d’une séance qui leur est intégralement dédiée. Frank Smith est écrivain/poète, réalisateur et vidéaste. Il a publié une douzaine de livres, dont Guantanamo, sacré meilleur livre de poésie de l’année par The Huffington Post aux États-Unis. Il réalise également des « films-poésies ». Il est représenté par la Galerie Analix Forever à Genève.

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LE FILM DES VISAGES
Frank Smith – France, 2016, 50’
En s’appuyant sur une manifestation qui s’est tenue
à Alexandrie en juin 2010 pour protester contre le
régime du président Moubarak et la mort du jeune
militant Khaled Saeed, Frank Smith mène une réflexion
sur les visages de la révolte. En dépassant la dualité
entre foule et individu, Le Film des visages traque les
gestes d’un nouveau peuple en mouvement, et sonde
le visage comme surface sensible insurrectionnelle.
Une expérience dédiée à Chantal Akerman.

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PLUS D’INFOS : bit.ly/2rGwcyr
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INFOS PRATIQUES
Ciné 104
104 avenue Jean Lolive
93500 Pantin

Métro ligne 5 – Église de Pantin
Bus lignes 249, 170, 61
Station Vélib’ devant le cinéma

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TARIFS
Entrée : 5 €
Tarif réduit : 3,5 €
Pass festival : 15 €

16 mai 2017

[News] Libr-news

Les agendas sont bien remplis en ce mois de mai : RV à Nantes autour des éditions de l’Attente ; avec Aden Ellias pour son dernier roman ; avec Marie-José Mondzain à Aix-en-Provence ; à Bordeaux pour la soirée série Discrète / revue Muscle ; à Paris autour de Perec et pour la fameuse Nuit remue (#11 !)…

 

â–º Jeudi 18 mai 2017 à 19H30, Le Lieu unique à Nantes (Quai Ferdinand Favre) : les 25 ans de l’Attente, avec Juliette Mézenc et Stéphane Gantelet.

Nourris de la rencontre avec la littérature et la micro-édition américaine des années 90, Franck Pruja et Françoise Valéry fondent en 1992 les éditions de l’Attente. Attentifs à déverrouiller les a priori, voilà 25 ans qu’ils œuvrent à publier des livres à la limite de la poésie, de la philosophie, des écrits d’artistes, des essais, des traductions. Installée à Bordeaux, la maison produit avec grand soin divers formats (livres, livrets, plaquettes dépliantes, livres audio) traduisant la passion des éditeurs.

Entretien avec l’éditeur animé par Alain Girard-Daudon, suivi de Journal du brise-lames, jeu vidéo littéraire avec Juliette Mézenc (poète) et Stéphane Gantelet (sculpteur numérique)

Juliette Mézenc est une auteure en mouvement, son moteur étant à la fois son paysage, ses ressentis, ses vibrations, et aussi les ressorts qu’offre le numérique en matière de publication évolutive et d’écriture multi-média. L’écriture immersive de Juliette Mézenc s’apparente souvent à une géographie intime, un voyage à l’intérieur. Le lecteur visite, découvre, au fil des mots tantôt sautillants, flottants ou pointus et graves. Elle a publié aux éditions de l’Attente « Elles en chambre » (2014) et « Laissez-passer » (2016).
Stéphane Gantelet est un artiste qui explore la modélisation 3D. Ses réalisations sont souvent inspirées de motifs naturels, végétaux, organiques, et prennent corps dans des matériaux comme le papier, le bronze ou les résines, ou virtuellement dans ses réalisations numériques comme les jeux vidéos.

â–º Jeudi 18 mai à 20H, Librairie L’Éternel Retour (77, rue de Lamarck 75018 Paris) : rencontre avec Aden Ellias pour son roman Hyperrectangle.

Soirée cuboïde avec Albert Camus, alias Aden Ellias, l’auteur d’un roman qui parodie les procédés de l’"autofiction" : invention formelle et comédie sociale eu rendez-vous…

Plus d’infos : http://www.editions-mf.com/livres/hyperrectangle/

â–ºMardi 30 mai à 18H, Institut de l’image d’Aix-en-Provence : rencontre avec Marie-Josée Mondzain.

En 2015, Alphabetville, l’Ina Méditerranée et l’Institut de l’Image invitaient la philosophe Marie-José Mondzain à partager un temps de travail, fait de réflexions et d’échanges, autour du thème « L’image entre guerre et paix » : face au choc et aux questions que nous posèrent les premiers attentats de Paris en janvier de cette année-là, et qui furent suivis de plus terribles en novembre. Puis d’autres, en France, en Europe, dans le monde…

 

 

A l’occasion de la publication de son livre « Confiscation des mots, des images et du temps. Pour une autre radicalité » (Les liens qui libèrent, 2017), Marie-José Mondzain donnera une conférence, suivie de la projection du film L’anabase de Eric Baudelaire.

 

Nous vous remercions de votre attention et de bien vouloir informer votre public :

Le 30 mai à l’Institut de l’Image d’Aix-en-Provence

 

18h00

Conférence à partir de son livre Confiscation des mots, des images et du temps. Pour une autre radicalité, éditions Les liens qui libèrent, 2017

20h00

Projection de L’anabase de Eric Baudelaire

 

â–º Dimanche 21 mai, 14H-20H : La séance d’écoute #1 Georges Perec lit La Vie mode d’emploi.

 

Le 7 décembre 1977, Georges Perec (1936-1982) est venu lire au Centre Pompidou, avant publication, des extraits de La Vie mode d’emploi. Œuvre majeure dans l’histoire de la littérature, ce roman-puzzle qui se déroule dans un immeuble parisien et raconte les aventures de ses divers occupants, sera publié l’année suivante, en 1978, chez Hachette. Ce document exceptionnel est issu du fonds d’archives sonores du Centre Pompidou.

La durée de sa lecture est de 48 minutes.
Diffusion de l’archive sonore, en continu de 14h à 20h, dans Petite salle du Centre Pompidou, Forum -1

Contact : Aurélie Olivier / aurelie.olivier@centrepompidou.fr

 

â–º Dimanche 21 mai, 18H : soirée série Discrète / revue Muscle à Bordeaux.

â–º  La Nuit Remue #11, samedi 10 juin à 18h30,

Bibliothèque Marguerite Audoux, 10 rue Portefoin, Paris 75003 
Accès : Métro : Temple, République, Arts et Métiers  [
La Nuit remue 11 a été imaginée par Emmanuèle Jawad et Marie de Quatrebarbes, avec l’aide amicale de Mathieu Brosseau.]

Programme

18h30 Accueil du public

19h00 Premier round :

Stéphane Bouquet
Frédérique Iledefonse 
Emmanuel Laugier
Vannina Maestri
Jennifer k Dick
Franck Leibovici

20h00 - 20h30 Pause

 

20h30 Deuxième round :

Philippe Jaffeux
Emilie Notéris
Olivier Quintyn
Hortense Gauthier
Florence Pazzottu
Benoit Casas

21h30 Fin des réjouissances.

 

15 janvier 2017

[News] News du dimanche

En ce troisième dimanche de l’année, trois rubriques pour vos découvertes et RV : LC vous recommande ; Libr-brèves ; Libr-événements

Libr-critique a reçu et vous recommande… /FT/

â–º RIP, revue critique et clinique de poésie, 1.1 "Poésie va pas tous mourir", Paris, automne 2016, 15 €, ISBN : 978-2-9557237-0-8.

Antoine Dufeu et Frank Smith lancent cet objet littéraire bien conçu dont le support est mixte (parution annuelle en papier, puis sur le site), avec la volonté de riper poétique et politique. La fragmentation des textes – dans lesquels on navigue grâce à une architectonique subtile – est expliquée dans l’édito : "la littérature a valeur d’expérimentation, d’acte de création • pliage d’un texte sur l’autre"… Car "c’est à plusieurs que s’écrit le moindre poème"… En ces temps tragiques, voici une revue qui donne à penser – avec Deleuze en toile de fond, mais pas seulement.

â–º Corinne Lovera Vitali, Ce qu’il faut, Publie.net, novembre 2016, 184 pages, 17 €, ISBN : 978-2-37177-465-0.

Après les 39 fragments adressés au père dans 78 moins 39, avec Ce qu’il faut, nous entrons dans l’œil de ce cyclone ravageur qu’est la vie : de poésie lente, cet Agencement Répétitif Névralgique (ARN) se développe sans pathos autour de cette tache aveugle qu’est le deuil – celui d’un homme et d’un enfant aimés. On en sort bouleversé.

â–º Christophe Stolowicki, Rhizome, Passage d’encres, "Trait court", décembre 2016, 32 pages, 5 €, ISBN : 978-2-35855-127-4.

Voici des "brèves sans humour, à l’encontre du genre" (p. 17). Autant de lignes de fuite dans le paysage littéraire et artistique moderne. Avec la volonté de dépasser l’alternative entre poésie et prose : "La poésie, le roman tombés en inégale désuétude. Contractant le prosimètre, un genre mixte qui les relève ?" (p. 17). On terminera cette courte présentation destinée à vous mettre l’eau à la bouche par une citation qui rend compte du titre : "Affleure une neuve dramaturgie de longue patience étirant son rhizome, en quelques phrases contractant les années – celle qui a déserté le roman" (p. 21).

Libr-brèves

â–º Pour bien commencer une année, il faut bien se justifier… On écoutera donc "De la justification", que nous propose Sylvain Courtoux en cette première quinzaine de janvier 2017.

â–º Un événement que la réédition de Nous d’Antoine DUFEU : à ne pas manquer !

â–º Avant de codiriger le Colloque international de Cerisy en août prochain ("Jacques Prévert, détonations poétiques"), Carole Aurouet nous présente une bio-bibliographie synthétique du braconnier des Lettres : un parcours très vivant tout en poésie ("La poésie parlée", "La poésie filmée", "La poésie écrite", "La poésie chantée", "La poésie imagée"). Dès vendredi prochain 20 janvier, les passionnés – qu’ils ressortissent à un public large ou spécialisé – pourront se faire plaisir : Jacques Prévert. Une vie, Les Nouvelles Éditions Jean-Michel Place, en librairie le 20 janvier 2017, 224 pages, 10 €.

Libr-événements

â–º Vendredi 20 janvier à partir de 18h30, soirée de lectures, performances, concerts pour fêter un double lancement :

• Le lancement du 1er numéro papier de la revue Frappa, créée par A.C. Hello
• La publication du nouveau livre d’Antoine Boute, Inspectant, reculer, publié aux éditions Onlit

Le Monte-en-l’air
71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare, 75020 Paris

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Lectures, performances, concerts de :
• Julien Blaine
• Laura Boullic
• Antoine Boute
• Virginie Grahovac
• A.c. Hello – accompagnée de Thierry Müller (basse/guitare/électrosonic), Laurent Saïet (basse/guitare), Quentin Rollet (saxophone)
• Manuel Joseph, accompagné par motif_r
• Sébastien Lespinasse
• Igor Myrtille
• Elodie Petit
• Chloé Schuiten

+ exposition d’originaux ou reproduction des textes/dessins/photographies des auteur.e.s : Amandine André, François Audemar, Nikola Akileus, Stéphane Batsal, Véronique Bergen, Jérôme Bertin, Julien Blaine, Baptiste Brunello, Laura Boullic, Antoine Boute, Jean-Philippe Cazier, Ivar Ch’Vavar, Christophe Claro, Valentine Crémier-Garce, Robert David Elwood, Cédric Demangeot, Billy Dranty, Jean-Michel Espitallier, Sarah Fisthole, Liliane Giraudon, Virginie Grahovac, Martin Gosset, Benoit Grimalt, Marion Guillet, A.C. Hello, Hugo Hengl, Manuel Joseph, Charlotte Jankowski, Manuel Joseph, Éléonore Lebidois, Élinora Léger, Sébastien Lespinasse, Fabienne Letang, Laurent Cauwet, Bryan Lewis Saunders, Igor Myrtille, Charles Pennequin, Emmanuelle Pidoux, Élodie Petit, Popier Popol (Nathalie), Konrad Schmitt, Chloé Schuiten, Thomas Sidoli, Lucien Suel, Fanny Torres, Cécile Wautelet.

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REVUE FRAPPA

"Frappa a été conçu – rédaction, graphisme, maquette – par A. C. Hello , dont le Clavier cannibale a, il y a un peu moins d’un an, exploré le précédent livre, Naissance de la gueule. Frappa existait déjà en ligne, la voici donc sur papier, riche de 246 pages, pensée mais non préconçue, nullement attifée d’un thème mais parcourue de mille motifs. Comme l’expliquait A.C. Hello dans un entretien, quelque chose de l’ordre de la "bascule", paradoxalement, tient et relie ces textes:
"Ce qui – et encore une fois, c’est quelque chose dont je me suis aperçue bien après – manifestement les rassemble tous, c’est leur travail, peut-être inconscient, sur le basculement. Le mot est instable, la phrase est instable, ou même la pensée est instable, et c’est toujours à deux doigts de se casser la gueule. C’est un équilibre ténu, qu’ils aiment mettre en danger. Et si certains le font sérieusement, je veux dire sur un ton sérieux, la majorité produit ce basculement dans un joyeux désordre branque, même si bien sûr on sent une fêlure qui ébrèche, parfois, cette douce ironie" (entretien donné à Diacritik).
Pensée instable, phrase instable: rien à voir avec une fragilité feinte, bien sûr. Et force est de constater que les textes publiés dans cet impressionnant Frappa (ce fracas frappé?) brillent par l’intelligence instinctive de leur violence. Qu’ils soient signés par A.C. Hello, Martin Gosset, Amandine André, Antoine Boute, Lucien Suel, Charles Pennequin, Baptiste Brunello, Manuel Joseph, pour n’en citer que quelques-uns sur la multitude de participants à cette revue, tous les textes de la revue montent à l’assaut, tranchent, déplacent, résistent. Poésie sonore, mais surtout prise de poésie, prise de heurts, tensions. Une centrale surchauffée. Un état des lieux des affres, de l’égarement, de la résistance." — Christophe Claro.

Liens vers les 2 premiers numéros numériques de Frappa :

http://www.poesie-frappa.com/frappa-1.1/
http://www.poesie-frappa.com/frappa-1.2/

Entretien sur Diacritik :
https://diacritik.com/2015/12/07/la-poesie-frappa-entretien-avec-a-c-hello/

Spot publicitaire :
https://www.youtube.com/watch?v=6vPPD4XjncM&index=9&list=UUoNuEUi7DZ3Dt8y6IVzALig

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INSPECTANT RECULER d’Antoine Boute (Éditions Onlit)

Synopsis : Au lendemain de son mariage avec l’inénarrable Valéria, Freddo se retrouve seul et désemparé. Ça lui pèse tellement qu’il décide d’aller chez les flics: « Bonjour pardon de vous déranger mais ma femme a disparu le jour de notre mariage. ». Avec l’aide de l’inspectrice Karolien, il tente de résoudre cette inquiétante disparition. Or L’enquête, plutôt que d’avancer ou même de piétiner, recule au contraire jusqu’à prendre des dimensions cosmiques.

"Boute est un magicien décomplexé qui préfère extraire des chapeaux du lapin. Avec lui, on est embarqué, cahoté, aucune intimidation, ça marche à cent à l’heure, c’est salutaire, le texte bat la campagne, défriche, et surtout on rit, le texte rit, la syntaxe se marre, c’est un rire cosmique, un rire chamanique et contagieux. (…) C’est ce qui manque à la littérature française." — Christophe Claro.

Présentation du sommaire d’Inspectant reculer par Antoine Boute :
https://www.youtube.com/watch?v=Y_QDgqI_Ic0

â–º Vendredi 20 janvier à 18H30, Librairie L’Échappée Belle à Sète, rencontre-lecture avec Juliette Mézenc pour son dernier livre Laissez-passer (éditions de l’Attente).

â–º Dimanche 22 janvier 2017 à partir de 14h, American Gallery, visite exceptionnelle de l’exposition F. comme faille et Chevrotines : Ayme/ Blaine/Pazzottu
 
Lecture avec ponctuation sonore et déclar’action à 15h
F. comme faille et Chevrotines, deux livres d’artistes aux éditions Rencontres parus en 2016 dans la collection Tête à texte. Exposition du 4 décembre 2016 au 19 février 2017.
œuvres originales de Julien Blaine, de Giney Ayme, et (œuvres à quatre mains) de Florence Pazzottu et Giney Ayme.
AMERICAN GALLERY
54 RUE DES FLOTS-BLEUS 13007 MARSEILLE
bus 83 arrêt anse de la Fausse Monnaie
visites sur rendez-vous : 06 27 28 28 60

 

â–º Mardi 24 janvier 2017 à 19h30 Ivy Writers vous invite à une soirée de LECTURES BILINGUES avec les poètes :

MANUEL DAULL (France)
KATE NOAKES (UK)
et LAURENT GRISEL (France)

24th JANUARY from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poets Manuel Daull and Laurent Grisel alongside Welsh poet Kate Noakes with translations in French and English by Mary Reilly among others—let us know you are coming!

MARDI 24 janvier 2017 à 19h30
Au bar / 1er étage :
Delaville Café, 34 bvd Bonne Nouvelle 75010 Paris
M° Bonne Nouvelle (ligne 8 ou 9)

 

â–º La cie Stelisto de Tempo présente le vendredi 27 janvier à 20h au Théâtre Massenet (rue Massenet à Lille) // SANS FRONTIERES FIXES //

Réserver : https://goo.gl/forms/FIwAIninSSvba0cj1
Tarifs : 9/6/3 €
Mangez ou buvez un verre en bonne compagnie dès 19h30 !

“Sans Frontières Fixes” est un spectacle à plusieurs voix où nos colères et nos incompréhensions sonnent, où nos peines résonnent, où la poésie et la musique se mêlent et nous lavent, nous enlacent et nous livrent une lueur d’espoir et de Beauté. Les comédiennes Coline Marescaux et Céline Hilbich portent une furieuse envie de refuser les limites absurdes, ses frontières qui nous séparent et nous éloignent de l’autre. Accompagnées du multi-instrumentiste Dorian Baste, elles vous invitent à un concert poétique à la frontière du théâtre inspiré du recueil de Siméon.

"Parce que justement ça sert à ça la poésie, à mettre les pieds du poème dans le plat de l’existence." J-P. Siméon

30 octobre 2016

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’octobre, tout d’abord, notre Libr-agenda (Philippe Boisnard et Jean-Michel Espitallier), puis nos Libr-événements : RV avec AnnaO / Jacques Jouet & Mia You (Ivy writers) à Paris, à la fondation Vasarely d’Aix pour de drôles de drones… On terminera par un aperçu de ce qui vous attend sur LC en cette riche fin d’année…

Libr-agenda

â–º Philippe BOISNARD :

_ 2 novembre : performance de poésie numérique à l’école des Beaux arts de Montpellier : nouveau projet solo : poetry grows (ENSBAMA).
_ 3 novembre : conférence Université de Montpellier dans le cadre des Rencontres sur la poésie numérique : 4ème manifeste de la PAN (Poésie Action Numérique).
_ 9 novembre : vernissage du nouveau phAUTOmaton @ L’Espace Mendes France (Lieu Multiple) de Poitiers et l’EESI. (nouveau dispositif), en partenariat avec le festival acces)s(#16.
_ 14 novembre : vernissage de Paysage de la Catastrophe (After Fukushima) (création avec Jacques Urbanska et Philippe Franck) @ Ars Numérica (Bruxelles-Belgique)

â–º Jean-Michel ESPITALLIER :

•• 3 novembre (Festival Ritournelles, Bordeaux)
• 14h30. Archives Bordeaux Métropole. Table ronde « archives et création », avec Emmanuelle Pagano, Emmanuelle Pireyre, Philippe Artières, Didier Arnaudet, François Bon, Jean-Michel Espitallier.
• 20h30. Oara Scène Aquitaine. Création de « France romans » (Argol Éditions) par Cécile Delacherie (jeu, voix), Sébastien Sampietro (jeu, voix) et Franck Tallon (création image et son).
•• 4 novembre, 19h. CIPM, Marseille. Rencontre et lecture autour de Tanger (avec Eric Audinet et Pierre Parlant).
•• 8-10 novembre, Mac/Val, Vitry/Seine. Résidence de création, projet Has Been, avec Valeria Giuga et Roméo Agid (compagnie Labkine). Autour de l’expo de Jean-Luc Verna.
•• 17 novembre 14h. « Sur la poésie action ». Début d’un séminaire-atelier au lycée autogéré de Paris.
•• 27 novembre, Neuchâtel (CH), fondation Durenmatt. Rencontre et discussion autour de l’exposition de Jean-christophe Norman.

Libr-événements

â–º Le lundi 7 novembre 2016 à 18H, La Passerelle.2 vous invite à venir célébrer l’accrochage de l’œuvre peint « She was a Princess »*, qui sera accompagné d’un concert live de L’IMPOSSIBLE (guest : AnnaO)
+ ambiance musicale et tubes fluorescents – Eric Michel.

* Anne-Olivia Belzidsky, « She was a Princess », Peinture sur toile 160cm / 160cm – encre de chine, céramique à froid, feuille d’or et d’argent au bord du visible,
rose fluo, pigment pur en poudre – bleu de cobalt véritable, technique mixte
+ présentation de 4 bébés-toiles 9,5×15, technique mixte


She was a Princess / Painting remix
La Passerelle.2
52 rue Popincourt
75011 Paris

â–º Du 11 au 13 novembre, à la fondation VASARELY d’Aix-en-Provence : Drones – Images à risques ?
Coproduit par Colette Tron : http://www.alphabetville.org/, Benoît Labourdette: http://www.benoitlabourdette.com/, et l’office http://loffice.coop/

Les drones, machines de "vision embarquée", sont en train de se répandre de façon massive et modifient insidieusement nos représentations du monde.
Pour essayer de comprendre ensemble de quoi ils sont faits, voici des « rencontres apprenantes » sous forme d’ateliers, échanges, pratiques, questions et théories. Jeu de guerre ? Pilote automatique ? Réalité virtuelle ?
Les 11, 12 et 13 novembre, seront expérimentés les enjeux des ces machines-images, avec pour objectif la production de formes conceptuelles et pratiques pour en faire usage dans nos quotidiens, nos activités, nos métiers.
Un programme ouvert sous l’angle de la déconstruction, dans tous les sens du terme, afin de dépasser les idées reçues et comprendre ces fonctionnements algorithmiques : décortiquer, manipuler, raconter, monter et démonter réellement un drone, le désautomatiser, l’écouter… partager des points de vue et des images du et sur le monde.
Pour participer, ces rencontres sont à prix libre et conscient. Pré-inscription à youpi@loffice.coop.
Pour l’office cette "rencontre apprenante" est la première forme publique de "l’école flottante".
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Qu’est-ce que cette école flottante ? Un projet de l’office, né du besoin de résister à l’accélération, et en même temps, du désir de vivre intensément avec nos contemporains. Nous imaginons cette école comme une bulle, une parenthèse, un milieu propice à apprendre, à se construire un regard critique. Comment faire partie de ce monde liquide ? Être capable de surfer sur la vague avec élégance, de s’organiser collectivement pour hisser la voile ou bien de regarder la mer s’agiter de loin, bien ancrés à l’intérieur de nous-même ? C’est une question d’agilité…
L’école flottante de l’office est un dispositif ouvert auquel tous sont invités à contribuer. Toute les prochaines saisons sont encore à construire et un petit document d’invitation est en cours de rédaction.

â–º Mardi 15 novembre 2016 à 19h30, Ivy Writers vous invite à une soirée de lectures bilingues avec les Poètes :
JACQUES JOUET (France)
et MIA YOU (USA)

15th Nov from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poet Jacques Jouet alongside American poet Mia You—let us know you are coming!

MARDI le 15 novembre 2016 à 19h30
Au bar / 1er étage : Delaville Café, 34 bvd Bonne Nouvelle 75010 Paris
M° Bonne Nouvelle (ligne 8 ou 9)

Bientôt sur LC…

L’inventive biofiction de Véronique Bergen (Janis Joplin), la poésie utopographique de Christophe Manon (Vers le nord du futur), le combatif Film des visages signé Frank Smith, le symptomatique ready-made de Emmanuel Adely (Je paie), la bouleversante autopoéfiction de Corinne Lovera Vitali (Ce qu’il faut)… Blaine, Ernaux, Lucot, Mézenc, Pozner…

12 juin 2016

[News] News du dimanche

Fidèle en cela à ses fondements mêmes, LIBR-CRITIQUE vous propose en UNE de ces NEWS la belle et saine Libr-humeur d’Alain Jugnon. Suivent divers Libr-événements à ne pas manquer ; enfin, ne manquez pas la sortie du prochain numéro de la revue NU(e)

Libr-humeur : LA TERREUR DANS LES LETTRES, par Alain Jugnon

Les forces de l’ordre philosophique et catholique ont frappé hier matin sur France Culture dans l’émission de radio du journaliste et penseur de droite Alain Finkielkraut, Répliques ("Christianisme et modernité"). Rémi Brague, philosophe catholique français, démontra que l’être humain en tant que créature de Dieu ne mérite plus d’exister sur Terre et qu’il n’a plus aucune légitimité à représenter, en tant qu’espèce vivante supérieure, la Création divine. D’où l’appel à la fin de l’humanité athée de la part du philosophe chrétien : inutile désormais de procréer, impossible d’exister encore pour les hommes à la volonté libre, leur impiété est la cause de la solution finale à laquelle Dieu les condamne. Le professeur de la Sorbonne n’a pas encore expliqué dans ses nombreux livres de philosophie catholique et romaine comment les créatures devront entrer en guerre contre les incréés et les mécréants, mais on imagine bien comment au Vatican les théologiens politiques réfléchissent en ce moment à cette solution réellement finale (Voir : Daech, Croisades, Inquisition, KKK, Théocratie, Monothéisme).

Libr-événements

â–º Le 18 juin, Juliette Mézenc, Benoît Vincent, Nicole Caligaris, Benoît Virot, SP 38 et Elisa Briccorépondrai répondront à l’appel de Gênes du Général Instin : pour en savoir plus, c’est ici.

â–º R E N C O N T R E avec G R U P P E N organisée par le Marché de la Poésie et La Guillotine dimanche 19 juin 2016, à 16h, en compagnie de : Amandine André, Yann Beauvais, Pierre Déléage, Laurence Gatti, Laurent Jarfer et Ilan Kaddouch.
La Guillotine, 24 Rue Robespierre, 93100 Montreuil
M° Robespierre (9) — Entrée libre

â–º Le 23 juin, parution de 3 épisodes de "Laissez-passer" (textes de Juliette Mézenc choisis par Jean-Philippe Cazier) dans le numéro 88 de Chimères « Subjectivités en état d’urgence ». La totalité de la série "Laissez-passer" est à paraître à l’automne 2016 aux Editions de l’Attente.
 
â–º Le 28 juin, Cécile Portier, Mathilde Roux, Charles Robinson, ou encore Juliette Mézenc/Stéphane Gantelet interviendront à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville dans le cadre des Périphéries du marché de la poésie : "Cartographie & Poésie, espaces de transformation"
 

Souscription au numéro spécial de NU(e) sur Jean-Claude PINSON

La revue Nu(e), dirigée par Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio, espace éditorial où s’expérimente la poésie, consacre son prochain numéro à JEAN-CLAUDE PINSON.
Coordonné par Laure Michel, ce volume rassemble un entretien, des poèmes inédits, des dessins de Marie Drouet, des hommages, des études critiques :
• Jean-Claude PINSON, "Tresse chinoise" (inédit) ; • Marie DROUET, Dessins ; • Jean-Claude PINSON, "Pastorale surréaliste à Nantes" (inédit) ; • Fabrice THUMEREL, Jean-Claude PINSON, "Jean-Claude Pinson : poéthiquement impur. Entretien" ; • Jean-Claude PINSON, "Pages écartées. (Alphabet cyrillique)" (inédit) ; • Jean-Pierre MARTIN, "Nos vies sont poétiques" ; • Pierre BERGOUNIOUX, "Mon camarade chinois" ; • Yoann BARBEREAU, "Le petit maquisard des pins" ; • Arnaud BUCHS, "Une écriture pour la vie" ; • Stéphane BOUQUET, "Géographies de Jean-Claude Pinson" ; • James SACRÉ, "La Cabane Pinson" ; • Michel DEGUY, "De Leopardi au poétariat. Don de Zibaldone à Jean-Claude Pinson pour son numéro spécial" ; • Philippe FOREST, "Du recommencement" ; • Renée VENTRESQUE, Un « lent, très lent devenir-écrivain ». Jean-Claude Pinson « (i)n libris ex libris » ; • Michel COLLOT, "Sentimental et naïf ?" ; • Alexander DICKOW, "Les poéthiques de Jean-Claude Pinson (propos sur une notion multiple)"" ; • Michel BISHOP, "Jean-Claude Pinson et les mots de la tribu" ; • Laure MICHEL, "Un lyrisme free jazz".

Pour ce numéro de caractère exceptionnel, la revue organise une souscription.
Le volume peut être obtenu au prix promotionnel de 17 euros avant le 30 juin 2016, en renvoyant le talon ci-dessous. Après cette date, la revue sera en vente au prix normal de 20 €.
________________________________________________________________

Mme/M.

Adresse :

Souhaite … exemplaire(s) du numéro spécial de la revue Nu(e) sur Jean-Claude Pinson au prix de 17 € le numéro (+ 3 € de frais de poste) et paie ce jour le montant :
soit au total € à l’ordre de l’Association Nu(e), avec la mention : « Souscription Jean-Claude Pinson » :
• par chèque, c/o Béatrice Bonhomme, 29 avenue Primerose, 06000 NICE
La réception du paiement donne lieu de réservation.

5 avril 2015

[News] News du dimanche

La question s’impose en ces temps hypermodernes : êtes-vous au TOP ? (UNE). Suivent vos Libr-événements : rencontre avec Etel Adnan, RV avec les éditions de l’Attente, Dominique Quélen… RV pour les 20 ans de Cassandre/horschamp.

 

UNE : Au TOP ! /FT/

La société des égaux est bel et bien devenue celle des EGO, qui doivent se développer jusqu’à l’hypertrophie. Dans la société du simulacre, comme dans la téléréalité, place aux Top-EGO, à la trappe les losers !

Dans l’EGO-society, il faut être au TOP :
au TOP les sportifs,
au TOP les productifs,
au TOP les industriels,
au TOP les lunes-de-miel,
au TOP les commerciaux,
au TOP les fonds spéciaux,
au TOP les chercheurs,
au TOP les producteurs,
au TOP les animateurs,
au TOP les spéculateurs,
au TOP les popolitiques,
au TOP les anxiolytiques…

Tout au TOP, et sans hic…

Et tout consommateur, parce qu’il le vaut bien, a droit au TOP :
au TOP des produits,
au TOP du fortuit,
au TOP des spectacles,
au TOP des pinacles,
au TOP des voyages,
au TOP des mirages,
au TOP des livres,
au TOP délire…

Au TOP de toutes les listes, listages, listings…

Au TOP des lycées, nonobstant l’égalité des chances – comme de bien entendu. Et le Grand-Public plébiscite les listes qui guident ses envies en lui évitant les prises-de-tête : faut être réaliste, on va quand même pas se prendre  la tête à réfléchir sur les critères de sélection/promotion des bons-vins, des bons-livres, des bons-alcools, des bonnes-écoles…

Aujourd’hui, on a atteint
le TOP-nigaud !

Libr-événements

â–º Rencontre avec Etel Adnan le jeudi 9 avril à 19h30 autour de LÀ-BAS (conversation avec Jean Frémon).

Tschann Libraire 125 bd du Montparnasse
75006 Paris Tél 0143354205

librairie@tschann.fr

M° Vavin, Raspail, N-D des Champs RER Port-Royal Bus 68, 83, 91

 

â–º Du 10 au 12 avril, les éditions de l’Attente seront présentes à l’Escale du livre de Bordeaux, sur le stand L29 de 10h à 20h.

Vendredi 10, signature de Laurence de la Fuente et Bruno Lahontâa de 17h à 20h pour leur livre Performances éthologiques de Font.

Samedi 11, signature de Juliette Mézenc de 17h à 20h pour son livre Elles en chambre.

Dimanche 12 à 16h, rencontre "Une chambre à soi" à l’espace Comptoir des mots avec Juliette Mézenc autour de son livre Elles en chambre. Rencontre animée par Elsa Gribinski, critique littéraire.

♦ Juliette Mézenc, Elles en chambre, éditions de l’Attente, hiver 2014, 140 pages, 15 €, ISBN : 978-2-36242-049-8.

"Woolf nous ramène à l’évidence : la liberté intellectuelle dépend des choses matérielles.
La poésie dépend de la liberté intellectuelle
" (p. 54).

"J’ai besoin de cette espèce d’exosquelette qu’est ma chambre-bibliothèque", nous confie l’auteure. D’où cette interrogation, qui, à défaut d’être originale, a le mérite de déboucher sur une démarche personnelle : "quels liens entre chambre et création, entre conditions matérielles et productions littéraires ?" La visite se limite à quelques chambres d’écrivaines postérieures à Virginia Woolf : Danielle Steel, Sylvia Plath, Shahrnoush Parsipour, Monique Wittig, Nathalie Sarraute, Hélène Bessette, Gertrude Stein. /FT/

 

â–º IVY WRITERS PARIS vous invite à une soirée de lectures bilingues le 14 avril 2015 AU DELAVILLE CAFE avec les poètes :

Gillian Conoley (USA)
et Dominique Quélen (France)
accompagnés par Barbara Beck (traductrice, USA)

14 April from 19h30: Ivy Writers Paris says DELAVILLE is back and we are going to bask in the ambiance with fabulous readings by visiting American author Gillian Conoley and French poet who is making a special trek to Paris for us, Dominique Quélen. Barbara Beck will also share some of her translations of Quélen!

At : Delaville Café (1er étage—mais rdv au bar)
34 bvd bonne nouvelle
75010 Paris
M° Bonne nouvelle (ligne 8 ou 9)

Notre blog: http://ivywritersparis.blogspot.fr/
Notre groupe FB—rejoignez-nous ! https://www.facebook.com/groups/101898279922603/
Notre nouvelle page « Ivy Writers Paris communauté » sur FB : https://www.facebook.com/ivywritersparis?fref=ts

 

â–º Les 20 ans de Cassandre/Horschamp à la Maison de l’Arbre les 24-25-26 avril

Trois jours de partage artistique et de débats ininterrompus avec toute l’équipe de Cassandre/Horschamp et beaucoup d’invités
(illustration en arrière-plan ; voir le programme détaillé avec ce lien : http://www.horschamp.org/spip.php?article4467)

Réservation indispensable à resa2@horschamp.org

La Parole errante à la Maison de l’Arbre
9, rue François Debergue
93100 Montreuil
(Métro Croix de Chavaux – ligne 9)

1 mars 2015

[News] News du dimanche

En ce premier jour de mars, faisons le point sur les Libr-événements du mois : RV cette semaine avec la revue La Tête & les Cornes ; Juliette Mézenc ; Patrick Beurard-Valdoye. Par ailleurs, on ne manquera pas ces deux festivals : Concordan(s)e #9 et Sidération.

 

â–º Jeudi 5 mars 2015 à 18H30, soirée La Tête & les Cornes. En compagnie de Lucie Taïeb, Stéphane Bouquet et Andrea Inglese. Coordonné par Marie de Quatrebarbes et Maël Guesdon, à l’invitation d’André Chabin. [Voir affiche en arrière-plan]

http://la-tete-et-les-cornes.tumblr.com/
http://www.entrevues.org/

À Ent’revues
174 Rue de Rivoli, 75001 Paris (métro : Palais Royal)
Code porche : 9614
Code fond de cour : 8512 (puis 2ème étage).

â–º Suite à la parution de Elles en chambre (éditions de l’Attente), conversation de Juliette Mézenc avec Cécile Viguier à la librairie L’Echappée Belle de Sète le vendredi 6 mars à 18h30.

â–º Vendredi 6 mars à 20H, Maison de la Poésie Paris (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris), soirée Remue.net : Patrick Beurard-Valdoye, performance, conversation : à ne pas manquer, vraiment.

â–º Festival concordan(s)e #9 du 11 mars au 16 avril 2015 : une rencontre singulière entre un chorégraphe et un écrivain.

Fabrice Lambert (chorégraphe) & Gaëlle Obiegly (écrivain) – L’INCOGNITO
Yann Lheureux (chorégraphe) & François Beaune (écrivain) – BRUTALITY WILL PREVAIL
Julie Desprairies (chorégraphe) & Thomas Clerc (écrivain) – LA PAGE BLANCHE
Jonah Bokaer (chorégraphe) & Antoine Dufeu (écrivain) – MUSEUM OF NOTHING
Anne-Mareike Hess (chorégraphe) & Nathalie Ronvaux (écrivain) – SEULE A SEULE

MARS 2015

Lecture/ performance
Présentation d’un extrait du duo et discussion avec le public
 
Mercredi 11 mars – 18h30  / Librairie de Paris
Julie Desprairies / Thomas Clerc
7 Place de Clichy – 75017 Paris
01 45 22 47 81 / entrée libre
 
Jeudi 12 mars – 20h / Librairie Le comptoir des mots
Julie Desprairies / Thomas Clerc
239, rue des Pyrénées – 75020 Paris
01 47 97 65 40 / entrée libre

Vendredi 13 mars – 20h / Librairie l’Atelier
Jonah Bokaer / Antoine Dufeu
2 bis rue Jourdain – 75020 Paris
01 43 58 00 26 / entrée libre
 
dimanche 15 mars – 17h00 – Librairie Le Monte-en-L’air
Anne-Mareike Hess / Nathalie Ronvaux
71, rue de Ménilmontant / 2, rue de la Mare – 75020 Paris
01 40 33 04 54 / entrée libre

Mardi 17 mars – 19h30 / Librairie le Thé des écrivains
Yann Lheureux / François Beaune
16 rue des Minimes 75003 Paris
01 40 29 46 25 / entrée libre

Spectacles
 
Dimanche 15 mars – 15h30 / Parc culturel de Rentilly
Julie Desprairies / Thomas Clerc
1 rue de l’étang 77600 Bussy-saint-Martin
01 60 35 46 72 / entrée libre
 
Vendredi 20 et samedi 21 mars – 20h30/ Théâtre Le Colombier
Anne-Mareike Hess / Nathalie Ronvaux
Julie Desprairies / Thomas Clerc
Yann Lheureux / François Beaune
20 rue Marie-Anne Colombier – 93 170 Bagnolet
Tél. 01 43 60 72 81 / Tarifs 13€ – 9€ – 8€ – 6€

Dimanche 22 mars – 16h30 / MAC/VAL 
Julie Desprairies / Thomas Clerc
Jonah Bokaer / Antoine Dufeu
Place de la libération – 94400 Vitry-sur-Seine
01 43 91 64 20 / Tarifs 5 et 2,5 euros

Mercredi 25 mars – 19h / La Briqueterie – CDC du Val-de-Marne
(en partenariat avec la 18éme biennale de danse du Val-de-Marne)
Fabrice Lambert / Gaelle Obiegly
17 rue Robert Degert – Vitry-sur-Seine
01 46 58 24 29 / Tarif 5 euros

Jeudi 26 mars – 20h / Le Bal
Julie Desprairies / Thomas Clerc
6 impasse de la Défense 75018 Paris
01 44 70 75 56 / Tarifs 5 et 4 euros

Samedi 28 mars – 16h / Bibliothèque Robert-Desnos
(en partenariat avec le festival Hors limites)
Fabrice Lambert / Gaelle Obiegly
14 boulevard Rouget de l’Isle 93100 Montreuil
01 48 70 69 04 / entrée libre

En Région

Vendredi 13 mars – 19h / Médiathèque Hermeland
Yann Lheureux / François Beaune
rue François Rabelais – 44800 Saint-Herblain
02 28 25 25 25 / entrée libre

Jeudi 19 mars – 20h / Maison de la poésie 
Jonah Bokaer / Antoine Dufeu
Université / pôle Étudiant – chemin de la Censive du Tertre – 44000 Nantes
02 40 69 22 32 / entrée libre

Samedi 28 mars – 16h / Marathon des mots
Julie Desprairies / Thomas Clerc
Pavillon Blanc Médiathèque
4 place Alex Raymond – 31770 Colomiers 
05 61 99 64 01 / entrée libre
 

 
â–º Le festival Sidération met les artistes face à l’Espace. Pour sa cinquième édition consécutive, le festival Sidération, organisé, par l’Observatoire de l’Espace, se tiendra du 19 au 22 mars au siège du CNES (2, place Maurice Quentin 75001 Paris). Pendant quatre jours, le public pourra découvrir les créations d’artistes qui se sont confrontés aux « rêves, révoltes et révolutions » engendrés par l’aventure spatiale.

Sidération ouvre cette année ses portes à tous les champs artistiques. Le spectacle vivant est toujours au centre du festival avec trois jours dédiés dans la salle de l’Espace les 20, 21 et 22 mars. Danse, mise en scène, acrobatie, théâtre, musique, performance participative, ciné-concert sont autant de propositions qui contribuent à l’éclectisme et à la richesse du festival. Jeudi 19 mars aura lieu une soirée "arts et essais" avec des films d’artistes, emblématiques chacun d’un moment de rêve, de révolte ou de révolution lié à l’aventure spatiale. En accompagnement de la programmation de la salle de l’Espace, un grand « caravansérail de l’Espace » sera ouvert samedi et dimanche en accès libre et gratuit. Il accueillera des interventions de commissaires d’exposition, d’artistes, d’acteurs du monde spatial, de films, de créations sonores, de récits scientifiques, ou encore de lectures de textes historiques ou littéraires qui s’enchaîneront afin de plonger le public dans les multiples facettes du thème du festival. Les arts visuels seront également à l’honneur : quatre artistes inviteront le public dans" leur atelier " à découvrir leur travail en cours avec l’Observatoire de l’Espace.

Programme

Jeudi 19 mars

20h-minuit
– Art et essai
The Lebanese Rocket Society de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige
Story Musgrave de Dana Ranga
Notre siècle de Artavazd Pelechian

Vendredi 20 mars

21h-23h
– Scène
Sur un air de Charleston de Gaël Mevel et Jean-Luc Cappozzo sur un film éponyme de Jean Renoir
Nous croire…
de Bruno Meyssat
Des aveugles
de Clyde Chabot
Qui ne dix mots qu’on sonne,
de Xavier Garcia

Samedi 21 mars


14h-21h

Entrée libre et gratuite
Le Caravansérail de l’Espace et ses Satellites avec le collectif d’artistes associés kom.post David Blair, Marie Quéau, Romaric Tisserand et Anaïs Tondeur, plasticiens

21h-23h – Scène
Accès avec les pass jour ou festival
Volia Panic de Alexis Forestier et Itto Mehdaoui
Petites rêveries de Compagnie Manie
Le vent reconnaîtra la pointure de mes pieds de Florent Trochel
L’Intrus-Mental
de D’ de Kabal et Franco Mannara

Dimanche 22 mars

12h-18h

Entrée libre et gratuite
Le Caravansérail de l’Espace et ses Satellites avec le collectif d’artistes associés kom.post David Blair, Marie Quéau, Romaric Tisserand et Anaïs Tondeur, plasticiens

16h-18h – Scène
Accès avec les pass jour ou festival
Le café de l’univers d’ Isabelle Bats
P…que c’est beau ! de Nadège Prugnard
Tout ce qui monte
de Claire Rengade et Cheval de 3
Sun Song remix
de Puce Muse

 

28 décembre 2014

[News] News du dimanche

 En ce dernier dimanche de l’année, nous poursuivons notre Libr-2014 (sélection de livres parus en 2014 qui n’ont pas encore été recensés) ; mais auparavant, nos Libr-brèves (nouvelles du Net, de L. Grisel, de la Maison de la Poésie Paris)…

Libr-brèves

â–º – "Nous sommes tous des presqu’îles", FPS littéraire conçu par Stéphane Gantelet et Juliette Mézenc : le lecteur évolue en caméra subjective dans un environnement virtuel où lire/voyager fait gagner des points de vie. C’est donc un jeu vidéo d’un nouveau genre. Il n’est pas question ici de tuer des zombies (quoique, on y songe) mais plutôt d’arpenter un paysage, contempler, écouter ou lire des textes. "Nous sommes tous des presqu’îles" est une première étape d’un projet de FPS littéraire plus vaste qui s’intitule le Journal du brise-lames, en cours de création.

"Etant donnée de Cécile Portier". Cette fiction transmédia est une interrogation poétique sur nos traces numériques, qui prend la forme d’un projet artistique hybride : c’est une énigme à regarder jouer en performance scénique mêlant installations plastiques et multimédia ; c’est aussi une fiction  sur site web, où il est désormais possible de naviguer entre les textes, les « traces » des performances et installations, et bien d’autres dispositifs.
Il suffit de vous rendre sur le site et ensuite vous progressez dans l’œuvre en cliquant sur le petit bouton « plus », aussi simple, aussi sérieux, aussi grisant, aussi intelligent qu’un jeu d’enfant.

â–º RV à Paris avec Laurent Grisel. Le jeudi 8 janvier 2015 à 19H au CNL (53 rue de Verneuil), il donnera une lecture de Climats, un poème qui sera tout juste écrit, à l’invitation de Cécile Wajsbrot, pour le cycle du même nom. La lecture est présentée par Cécile Wajsbrot ; en réponse, elle lit un texte d’un auteur passé ou présent ; la soirée se termine par un échange entre toutes les personnes présentes. Le lieu n’est pas encore fixé…
Et le dimanche 11 janvier, à 15h00 à la Halle Saint-Pierre, à l’invitation d’Élodie Barthélémy ce sera une lecture de La Nasse. Dans un contexte très favorable à ce poème de discussion : une journée organisée par des artistes haïtiens sur leurs conditions de création et de diffusion. La lecture sera précédée d’un concert donné par Serge Tamas ; elle sera suivie d’un film sur l’artiste Guyodo, Grand Rue, Port-au-Prince ; ensuite, il participera à une table ronde avec Ronald Mevs, peintre, sculpteur, Eddy Jean Rémy, sculpteur, Ulysse Sterlin, historien de l’art haïtien et Serge Tamas.

â–º Lundi 12 janvier 2015, Maison de la poésie à 19H (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75 003 Paris) : Aurélien Barrau (astrophysicien), Hélène Cixous (écrivain) & Jean-Luc Nancy (philosophe)

Rencontre animée par Raphaël Bourgois, producteur à France Culture
Sur une proposition de Mathieu Brosseau

L’idée d’univers multiples apparaît comme une contradiction dans les termes. Pourtant, la science contemporaine, bien établie ou plus spéculatives, autant que les arts, leurs concepts et techniques, ouvrent aujourd’hui sérieusement cette possibilité. Dans ces autres mondes, non seulement les phénomènes, mais aussi les lois pourraient différer. Les représentations que nous avons aujourd’hui des mondes multiples ne peuvent que redéfinir ou réinventer nos perceptions sensorielles, comme notre réception fantasmatique d’un tel ailleurs selon un nouvel imaginaire riche d’emboîtements de mondes et de réalités à découvrir. Aujourd’hui, une nouvelle strate de diversité radicale se dessine pour nous, dans les possibles. Et la chose est jubilatoire.

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À lire : Jean-Luc Nancy, Le Philosophe boiteux, Franciscopolis / Presses du réel, 2014
Aurélien Barrau, Des univers multiples. À l’aube d’une nouvelle cosmologie, Dunod, 2014
Hélène Cixous, Ayaï ! Le cri de la littérature, Galilée, 2013

 

Libr-2014 /FT/

â–º Jean-Jacques Viton, Ça recommence, avec trois images de Marc-Antoine Serra, P.O.L, décembre 2014, 96 pages, 9 €, ISBN : 978-2-8180-2162-0.

"on s’attaque aux représentations de l’enfance
compare soupèse scrute les souvenirs" (p. 23).

Qu’est-ce qui recommence ? Le flux d’images, imaginaires et/ou remémorées – qui donnent parfois "une illusion de paysages mêlés". Contre l’oubli : "mes morts   les miens   ne repoussent nulle part".

Qu’est-ce qu’un poète ? Précisément, celui qui a "une vision de la vie" et "tente des équivalences", celui qui s’appuie sur "des pierres d’évocation"…

 

â–º Victor Martinez, À l’explosif, éditions de la Lettre volée, Bruxelles, 116 pages, 17 €, ISBN : 978-2-87317-427-9.

"Voici venir le temps de la forme directe" (p. 107).

Pour Victor Martinez, la poésie est "langue au travail", art des raccourcis… Poésie : "différences par niveaux de silence indistincts"… Travail à l’explosif : "détonateur logique   enchâsse des propositions étales autant que contrariées. dispositifs parcourent les surfaces lisibles, dystonies chassent sur l’agrégat"…

 

â–º Nioques, n° 13, automne 2014, 288 pages, 23 €, ISBN : 978-2-9541241-2-4.

L’aventure continue pour Nioques, qui maintient « l’exigence de l’expérimentation formelle, de l’intervention restreinte ou oblique, de la résistance passive "à voix intensément basse", de l’investigation objective, de pratiques aussi littéralement présentes que possible à ce qui nous entoure. »

De cette treizième livraison, on retiendra le "Spinoza in China" de Marc Perrin et les singulières "Bêtes noires" de Daniel Cabanis, auteurs que les lecteurs de LC connaissent bien maintenant ; le journal critique de Jacques-Henri Michot, dont le titre est emprunté à Beckett ("Terre ingrate mais pas totalement") ; le texte sur l’argent de Christophe Hanna, qui se situe ici aux antipodes de Tarkos, entamant un travail autobiographique par une enquête sur ce sujet tabou…

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