Libr-critique

23 décembre 2008

[Livre-chronique] Une fiction méga-moderne : Alessandro Mercuri, Kafka Cola

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 10:27

  Alessandro Mercuri, Kafka Cola : sans pitié ni sucre ajouté, éditions Léo Scheer, 2008, 144 pages, 12 €, ISBN : 978-2-7561-0156-9.

Une fois n’est pas coutume, nous vous proposons de tester pour Noël un produit 2 M = méga-moderne…

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23 septembre 2007

[Revue-chronique] Europe, Dossier Blanchot/Volodine

europe_revue.jpgEurope, n° 940-941 : « Maurice Blanchot/Antoine Volodine », août-septembre 2007, 384 pages, 18,50 € ISBN : 978-2-351-50009-5

euro.jpgOn ne peut que saluer le dernier numéro d’Europe, que l’on peut placer à l’enseigne du déshumain (Pierre Fédida) : les planètes Blanchot, Volodine et Kafka nous invitent en effet à sortir de l’humain pour en explorer l’être-autre. Les trois figures marquantes qui jalonnent cet itinéraire anthropoclaste constituent les principales entrées d’une livraison avoisinant les quatre cents pages : le Dossier Maurice Blanchot, le plus important (quelque 190 pages encadrées par Evelyne Grossman), précède celui sur Antoine Volodine (52 pages coordonnées par Frédérik Detue et Anne Roche) et la longue étude de Marc Weinstein, intitulée « Le Monde et l’Immonde. La dém(arist)ocratie de l’être selon Franz Kafka » (50 p.), qui vient clore logiquement le diptyque puisque les deux premiers auteurs s’inscrivent en droite ligne de Kafka.

L’une des tâches de la critique étant de reconsidérer périodiquement une oeuvre en fonction des mutations que connaissent les champs de production et de réception littéraires, la réouverture du dossier Blanchot (1907-2003) est la bienvenue, quatre ans après sa mort. Indépendamment des « ferventes célébrations » ou du « retour d’anciennes polémiques » (p. 3) suscitées par le centenaire de sa naissance, il s’agit d’abord ici de mettre en pratique l’aphorisme derridien, « C’est grâce à la mort que l’amitié peut se déclarer » : loin de toute complaisance, la perspective choisie consiste à tendre vers un être-avec la part inventive, étrange et étrangère propre à l’écrivain et critique. D’où le recours à une démarche endogène, empathique ; ainsi, contrairement à l’approche poéticienne qui fait du texte un objet de savoir, Christophe Bident invoque-t-il une lecture subjective qui fait prévaloir « la qualité d’une expérience » (102).

Pour ce qui est de la réévaluation, il se pourrait que Thomas Régnier ait raison : « Il se pourrait pourtant que l’inactualité de Blanchot aille de pair avec un autre mode de présence qui, s’il n’est pas visible, n’en est pas moins réel » (18). Ce qui est certain, c’est l’importance de Blanchot pour Leslie Kaplan, auteure de L’Excès-L’Usine (P.O.L, 1987), ou encore les échos de cette oeuvre chez quatre écrivains d’Amérique latine, Juan Villoro, Macedonio Fernandez, Salvador Elizondo et Mario Bellatin. Au fil des articles, cette oeuvre est du reste mise en relation avec celles de Mallarmé, Kafka, Bataille, Paulhan, Malraux, Beckett… Plus précisément, ressort des études sur l’érotisme (Karl Pollin) et l’écriture fragmentaire (Leslie Hill, Annelise Schulte Nordholt), des analyses comparatives ou portant sur des textes particuliers (Evelyne Grossman, Christophe Bident, Jonathan Degenève, Jean-Louis Jeannelle, Curt G. Willits, Ayelet Lilti), l’entre-deux qui régit l’ écriture blanchotienne : entre vie et mort, lumière et obscurité, puissance et impuissance, sensibilité et abstraction, masculin et féminin, possible et impossible, oeuvrement et désoeuvrement, pensée et travail de la langue, discours et écriture, liaison et déliaison…

Quant au dossier sur Volodine (né en 1950), qui paraît peu après, non seulement son seizième livre (Songes de Mevlido, Seuil, août 2007), mais encore le volume collectif dirigé par Anne Roche et Dominique Viart (Écritures romanesques : Antoine Volodine. Fictions du politique, Caen, Lettres Modernes Minard, vol. 8, 2006), la première monographie (Lionel Ruffel, Volodine post-exotique, Nantes, éditions Cécile Defaut, 2007) et le premier colloque international (Frédérik Detue et Katia Dmitrieva, « Le Post-exotisme d’Antoine Volodine », Moscou, avril 2006), il se concentre sur la littérature post-exotique, qui, selon Pierre Ouellet, « est la géopolitique imaginaire de cette claustration généralisée, de cette incarcération universelle même à ciel ouvert, de cette séquestration totalitaire même à l’air libre, bref, de cet emprisonnement à la fois réel, onirique et mnésique de l’homme et de la femme dans un monde et une histoire en apparence sans issue » (214). Dans un entretien de 1999, l’écrivain lui-même donnait cette définition : « le post-exotisme, c’est concrètement, écrire des livres qui surgissent comme d’une langue étrangère, mais sans référence à une terre situable sur la carte » (L’Humanité, 7 octobre 1999). La puissance d’attraction de l’univers volodinien est due à son étrange familiarité : s’il a pour horizons l’Histoire récente et la littérature de genre (la science-fiction en particulier), en revanche il met en place un inquiétant « système d’humanité-animalité » (242) qui fait penser à Novarina ou Desportes. Reste à s’interroger sur la portée d’une telle oeuvre : l’inventivité onomastique et la virtuosité narrative suffisent-elles à rendre la langue étrangère, à la faire délirer, pour le dire en termes deleuziens ? – plus radicalement : peut-il y avoir littérature étrangère dans une langue classique ?

9 avril 2007

[Recherche] Poésie et vérité, Jean-Claude Pinson

pinson.jpgPoésie et vérité
(Concept et métaphore dans la poésie contemporaine)
[Jean-Claude Pinson est Maître de conférence à l’Université de Nantes ]
[télécharger le PDF]
Parce que son médium est le langage au sens propre, c’est bien, comparativement aux autres arts, dans la poésie, dans son « discours », que concept et métaphore sembleraient devoir se rencontrer en un sens lui aussi propre (et non pas figuré). Ils apparaissent pourtant aujourd’hui plutôt comme deux écueils majeurs du « jeu de langage » (plutôt que « discours ») de la poésie : le concept (le discours conceptuel), parce qu’il déporte le poème du côté de la « poisse du sens », alors que la poésie aspire, comme la peinture moderne, à devenir « composition picturale pure » ; la métaphore, parce qu’elle participe de l’illusion métaphysique – parce qu’aussi elle contribue à la « vieillerie poétique » quand vient à s’user l’imagerie surréaliste.
Pas plus que n’importe quel autre « jeu de langage », la poésie n’échappe à la variabilité historique. Parmi d’autres traits, on peut dire que c’est en se dégageant de l’emprise du concept et du discours, en se « poétisant » pleinement, en se dépouillant de ce qui venait altérer sa « pureté », qu’elle se constitue comme moderne : on se souviendra ici de la remarque fameuse de Mallarmé à Degas : « ce n’est pas avec des idées mais avec des mots qu’on écrit de la poésie ». Il se peut qu’elle soit aujourd’hui au commencement d’une nouvelle époque. Il se peut même que le regain de vitalité dont témoigne son activité multiforme soit l’indice de ce que véritablement elle recommence. Mais si elle le fait, c’est assurément autrement, parce que, dans ce recommencement, comme le note Jean-Luc Nancy, elle semble paradoxalement se « dépoétiser ». Or, cette tendance à la « dépoétisation » prend tout particulièrement la forme, dans la poésie telle qu’elle s’écrit et se réfléchit aujourd’hui, d’un renoncement à la métaphore au profit d’un régime de langue qui privilégie les formes diverses de la littéralité.

L’existence et le parti pris de sa « part maudite »
Le moderne désenchantement du monde (l’Entzauberung de Max Weber) signifie pour l’humanité la fin d’un (hypothétique) âge poétique (mythique, fabuleux, religieux) et le règne sans partage du Logos au détriment du Muthos. Le premier romantisme allemand, en cherchant les voies d’un réenchantement, allume néanmoins un contre-feu où la poésie (la littérature) se voit conférer une place éminente. Et ce contre-feu sera d’autant plus durable que le devenir-science de la Raison triomphante conduit au positivisme le plus borné, en même temps que son devenir-monde donne lieu, comme le montrera Adorno, à une dialectique où sont tour à tour démentis les idéaux issus du siècle des Lumières.
C’est dans tel contexte, celui donc du positivisme, que se répand la critique du concept, jugé mortifère, et que le philosophe est perçu avant tout, selon le mot d’Anatole France, comme un « poète triste ». Ce moment correspond grosso modo à ce qu’Alain Badiou a appelé « l’âge des poètes » (de Hölderlin, « vigie anticipante », à Celan). Il a pour contrepoint une critique récurrente du système hégélien, menée, selon des modalités multiples (d’Adorno à Bataille), au nom d’une existence dont il rendrait impossible qu’elle soit portée au langage en sa réalité toujours singulière. L’argument de cette critique pourrait être, quant au langage, ainsi reconstitué : d’une part toute diction est déjà « malédiction », dire boiteux, dans la mesure où tout langage est « cimetière des intuitions » (Nietzsche) et du même coup suppressio veri (Adorno) ; mais d’autre part le concept redouble cette malédiction (le malheur du langage de n’être ni adamique ni johannique), dans la mesure où, par principe, dans son usage philosophique, il tourne le dos à la réalité simplement particulière. Non seulement, dira en substance Adorno, il ne saisit, ne transit plus rien (au sens fort, spéculatif, du begreifen hégélien), mais il manque et mutile le réel, sa contingence irréductible.
On retrouve plus près de nous une semblable critique de la rationalité philosophique chez deux auteurs, Georges Bataille et Yves Bonnefoy, qui ont en commun d’avoir forgé leur pensée propre au double contact du surréalisme et de l’hégélianisme (dans la version du moins qu’en a fournie Kojève) et de sa critique. Mais si l’un et l’autre opposent bien l’existence au concept, c’est pour en tirer des « poéthiques » bien différentes. Pour Bataille, s’il y a une insuffisance du concept et de la raison, c’est d’abord au regard d’une « part maudite » de l’existence dont la raison signifie l’« annulation » et que l’homme ne peut atteindre qu’à travers une « expérience intérieure » qui est « voyage au bout du possible », égarement du côté du non-sens et de l’idiotie. Dans cette perspective, Bataille oppose à la voie tautologique du système, qui toujours rapporte l’inconnu au connu, celle, hétérologique, extatique, « nesciente », de la poésie qui, elle, fait « incessamment glisser la vie dans le sens contraire, allant du connu à l’inconnu ». Par là elle rejoint la mystique pour s’affronter à l’extrême et à l’impossible, un « impossible » que Bataille oppose à la science et au « monde réel de l’utilité ». Mais c’est une mystique athéologique, non « confessionnelle », une mystique « noire » où la poésie (la poésie « véritable ») est d’abord un autre nom pour la perte de soi dans un « impossible », auquel on ne peut accéder qu’au moyen de ces opérations « souveraines » (i. e. échappant à la logique de l’utilité) que sont aussi bien l’expérience de l’horreur que celle de la « fureur voluptueuse ».

6 décembre 2006

[NEWS] Nouvelles des éditions Hermaphrodite

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — rédaction @ 6:49

Tout d’abord les éditions Hermaphrodite viennent de republier Viva la merda! de Jean-Louis Costes :
arton19-2.jpg« Attention âmes sensibles, esprits non avertis et personnes mineures, passez votre chemin, car ce livre n’est pas pour vous…
Viva la merda ! est un livre mythique, rare et peu connu de Jean-Louis Costes. Publié en 2003 par les éditions Hermaphrodite, son tirage avait été rapidement épuisé. Ce titre est à nouveau disponible, toujours aussi dévastateur et subversif.
Le livre : Viva la merda ! est un road-movie scatologique auquel rien ne résiste, un livre-performance, un livre-référence. Il est à la littérature ce que Brain Dead est au cinéma, remixé à la sauce Sodome et Gomorrhe. Un  » film  » Z échoué dans des mots. Costes est cet explorateur solitaire des lettres qui s’aventure dans les limbes de la fiction, entre nauséabond, folie pure à base de sang, de gore, d’exorcisme, et de poésie dégénérée. Il rajoute malicieusement des moustaches de merde à la Joconde, et recouvre l’idole d’une myriade de bites et d’un océan de sperme. Viva la merda ! se fout du propre, du décent, de la morale et du  » respect « . C’est de la merde ! »
En effet, Viva la merda!, pousse, non pas le langage dans ses extrêmités, mais la possibilité même de supporter ce qui y est dit, et ceci dans l’écriture la plus dépouillée qu’il soit, à savoir la plus folle.

Ensuite, Jean-Marc Agrati dédicacera à la librairie Scylla Le chien a des choses à dire, livre de nouvelles que la rédaction de Libr-critique.com a toujours beaucoup aimé, entre un imaginaire à la Bukowski et une écriture à la Kafka, nette et précise, sans fioriture, des récits étranges et parfois dérangeants, qui montrent à quel point la fiction conserve une force unique.
La dédicace de Jean-Marc Agrati qui aura lieu samedi 9 décembre à partir de 18H à la librairie Scylla (8, rue RIESENER, 75012 Paris, Métro Montgallet (ligne 8), tél : 06.24.64.22.08.).
Pour l’occasion et par amitié pour la librairie Scylla et le Cafard cosmique (webzine d’actualité des littératures de l’imaginaire), qui ont été parmi les premiers à soutenir ardemment Jean-Marc Agrati et son livre Le chien a des choses à dire, les éditions Hermaphrodite vous invitent à découvrir en avant-première le nouveau livre de Jean-Marc Agrati, Ils m’ont mis une nouvelle bouche, qui ne sera en vente et disponible en librairie que fin du trimestre 2007.

Et enfin, pour les lillois, il sera possible de découvrir aussi bien la revue Hermaphrodite que les livres publiés par cette édition, dont la réédition de Viva la merda! de Jean-Louis Costes, au salon Les escales hivernales, le dimanche 10 décembre 2006, à partir de 14H, à la CCI, Place du Théâtre à Lille. Trame-Ouest aura un stand, et y présentera aussi les revues Talkie-Walkie, Fusées, la revue Incidents, et encore d’autres éditions.

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