Retrouvez Laure Gauthier cette semaine à Paris (vendredi et samedi)… Vous pouvez encore vous inscrire au précieux Colloque de Cerisy sur la revue Critique… Entre autres RV de ce mois de juin : Ivy writers, Ciné08-19, Plans-reliefs à Lille….
► Mardi 11 juin à 19H30 :

â–º Du 14 au 21 juin 2019, Colloque de Cerisy / LA REVUE CRITIQUE : PASSIONS, PASSAGES
Direction : François BORDES, Sylvie PATRON, Philippe ROGER / Comité scientifique : Per BUVIK, Patrice CANIVEZ, Éric MARTY, Claire PAULHAN, Thomas PIEL.
C’est l’une des grandes revues de la seconde moitié du XXe et du début du XXIe siècles. Ce fut aussi pendant longtemps la plus discrète. En juin 1946 paraît le premier numéro de Critique, revue générale des publications françaises et étrangères. Après des débuts difficiles, marqués par deux changements d’éditeurs et une interruption d’un an, elle trouve son équilibre aux Éditions de Minuit. Dirigée par Georges Bataille, assisté pendant quelques années du philosophe Éric Weil, puis par Jean Piel, le beau-frère de Bataille, et à partir de 1996 par Philippe Roger, Critique se propose de recenser les ouvrages les plus importants parus en France et à l’étranger, dans tous les domaines de la connaissance. Ce faisant, elle permet, dans des proportions encore modestes au vu des évolutions ultérieures, la diffusion de la pensée allemande et anglo-saxonne de l’après-guerre, et accompagne les premiers développements des sciences humaines en France. Elle contribue ensuite à l’émergence du « nouveau roman » et de la « nouvelle critique ». Elle encourage le projet intellectuel d’auteurs comme Roland Barthes, Michel Deguy, Michel Foucault, Jacques Derrida, Michel Serres, et connaît son heure de gloire avec l’avènement du structuralisme. Année après année, elle réunit les éléments d’une « encyclopédie de l’esprit moderne » (Georges Bataille). Selon les mots de Philippe Roger, son directeur actuel, « [é]chappant tout à la fois à l’urgence inhérente au journalisme culturel et à l’inévitable spécialisation des revues savantes, Critique est un instrument d’information et un espace de réflexion plus indispensables que jamais ».

Cette rencontre s’inscrit dans la lignée des colloques de Cerisy consacrés à des revues (Tel Quel, Change), mais y ajoute une dimension historique. Elle propose une réflexion partagée autour de Philippe Roger, des membres du conseil de rédaction actuel, des figures de Georges Bataille et de Jean Piel, ainsi que de la revue Critique en tant qu’expression de la passion des livres et des idées. Elle réunit des chercheurs de différentes spécialités et de toutes les générations ainsi que des témoins des différentes époques de Critique. Au-delà des spécialistes, les lecteurs de Critique et toutes les personnes intéressées sont invités à élargir les débats qui suivront les communications, les tables rondes ou les témoignages d’intellectuels et d’écrivains.
Informations complémentaires et inscription obligatoire sur le site.
► Vendredi 14 juin à 20H :

► Samedi 15 juin à 19H, Soirée poésie à l’Achronique avec Laure Gauthier et Katia Bouchoueva (42, rue du Mont Cenis 75018 Paris).
Elles liront à deux voix je neige (entre les mots de villon) (LansKine, 2018) et Alger Celeste (Publie.net, 2019).

â–º Vendredi 21 juin, de 9H30 à 12H30, Séminaire ANR Ciné08-19 / Université Paris-Est Marne-la-Vallée, sur le site de la Centrif’.
9h30-10h : Espace de co-working
Ouverture par Gilles Roussel, Président de l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée
10h-11h : Salle de conférence
Carole Aurouet : La mise en abîme du cinéma en France entre 1908 et 1919
11h-12h : Salle de conférence
Laurent Véray : Les mots et les lettres d’admirateurs reçus par Musidora pendant la Grande Guerre. Une source précieuse pour l’étude du succès d’une actrice qui passe de la scène à l’écran
12h-12h30 : Salle de conférence = Discussion

* « La mise en abîme du cinéma en France entre 1908 et 1919 », par Carole Aurouet (Maître de conférences HDR à l’UPEM – Membre du consortium du projet ANR Ciné08-19).
Si le cinéma dans le cinéma est un sujet bien appréhendé pour la période hollywoodienne, il ne l’est en revanche que très peu entre 1908 et 1919 en France. Pourtant, cette mise en abîme est fréquente : 80 films de fiction ayant été exhumés à cette date pour ces onze années. Ce copieux corpus constitue une matière passionnante dont l’analyse permet de mettre en exergue trois points saillants : une valeur testimoniale qui contribue à éclairer l’histoire du cinéma, un processus habile de valorisation, donc d’institutionnalisation, et la question d’une stratégie auto-promotionnelle délibérée.
« Les mots et les lettres d’admirateurs reçus par Musidora pendant la Grande Guerre. Une source précieuse pour l’étude du succès d’une actrice qui passe de la scène à l’écran », par Laurent Véray (Professeur à l’Université Sorbonne nouvelle – Paris 3 – Porteur du projet ANR Ciné08-19).
L’examen de la carrière de Musidora, entre 1915 et 1919, montre que le
processus d’identification à une actrice, sur lequel repose le cinéma populaire hollywoodien, était déjà présent en France au milieu des années 1910. Après ses rôles de femme gangster dans Les Vampires (1915) et Judex (1917) de Louis Feuillade, sa célébrité ne cessa de grandir. Une jeunesse tomba toute entière amoureuse de la sulfureuse Irma Vep, écrira plus tard Louis Aragon. De la scène à l’écran, du mélodrame patriotique au serial à la mode, on reconnaît son style de jeu, son allure, sa mimique, sa sensualité effrontée. Cela aboutit en pleine guerre à la construction d’une forme de vedettariat unique en son genre. Une source exceptionnelle d’environ 300 lettres récemment retrouvées atteste d’un succès public hors du commun. Ces lettres adressées à Musidora disent combien son impact fut alors considérable, à l’avant comme à l’arrière du front.
â–º Jeudi 27 juin au Palais des Beaux-Arts de Lille :

en tête des classements des poètes préférés des Français, il reste méconnu. Son œuvre douce ou rêveuse est aussi rebelle et virulente, anticléricale et antimilitariste, crue et corrosive. À l’occasion des quarante ans de la disparition de Prévert, cet ouvrage qui fait suite au
partir des œuvres de Lou Tchimoukow et de Fabien Loris
imaginaire enfantin , les détonations poétiques sont avant tout liées à la fête, c’est-à -dire aux feux d’artifice de la vie comme de l’art. Dans cette optique, rien de plus détonant que les bals populaires, les attractions foraines, le cirque… Consubstantielle aux éclats de bonne humeur, à la ronde et à la chanson, la fête, au propre comme au figuré, est omniprésente dans l’œuvre poétique. […]
privilégié d’expression de l’intériorité ; les avant-gardes s’en emparent pour transgresser les frontières esthétiques et accéder à l’art total. Il devient rapidement populaire, parce que "c’est au cinéma que le désir d’amour est le plus chargé de pathétique et de poésie" (Desnos, "Amour et cinéma, 1927). Il fascine surtout parce qu’il offre "la palpitation de toutes choses" (Jarry), le "monde stupéfiant des rayons et des ombres" (Desnos), "la vision d’un œil, d’un œil mécanique, d’un œil extra-humain", celui-là même qui révèle "ce qu’il y a d’étranger en vous. Le singe" (Cendrars)… Blaise Cendrars, précisément, qui a écrit sur Charlot pendant quarante ans, y voit son "hydrothérapie". Également admiratif devant Charlot, cet "homme accéléré" qui lui inspire le personnage de Plume, Henri Michaux est ce "glouton optique" (Mourier) qui conçoit son travail de poète et de peintre en termes de cinématique ; aussi, outre l’usage métaphorique qu’il fait du cinéma pour exprimer le maelström d’images qui le submerge sous les effets de la drogue, il cherche dans cet art du mouvement "un style instable, tobboganant et babouin", et par là même à échapper aux contraintes des autres arts, à leur statisme. Son rêve : condenser toutes ses visions en cinquante secondes. Son ambition : « La caméra, pour être au plus près de ces productions de l’imagination, n’a plus qu’à se substituer à la conscience hallucinée et devenir "le regard intérieur du haschisé". » D’où sa déception après la réalisation du film documentaire avec Éric Duvivier, Images du monde visionnaire (1963), qui ne pouvait qu’être trop lent, manquer de fulgurance par rapport à l’œuvre rêvée.
Les surréalistes ne sont pas en reste, voyant le parti qu’ils peuvent en tirer ; et comme toujours ils placent la barre très haut : "Un film n’est surréaliste que s’il détient la force émotionnelle et commotionnelle d’un mythe" (G. Sebbag, p. 77). Envoûté par la puissance hypnotique de cet art qui stimule l’imagination et dont il souhaite à tout prix que soit préservée l’autonomie, Desnos produit de nombreux ciné-textes, qu’il convient d’intégrer dans l’œuvre pour leur rapport au merveilleux et leur créativité : il tente en particulier de transposer les figures de rhétorique dans l’écriture cinématographique. D’abord enthousiaste, Max Jacob est l’un des rares à se montrer rapidement très critique : "Ce n’est pas faire de l’art cinématographique que de mettre de la poésie, fût-elle moderne, en images. La poésie est justement le contraire des évocations par trop concrétisées".
l’illustre écrivain qui était fasciné par les burlesques américains et par Fantômas : les ciné-textes des années 20-30, son cinéma visible (les grands films des frères Prévert et de Carné/Prévert) et invisible ("scénarios détournés", c’est-à-dire qui n’ont pas abouti à des films tournés). Humour et détournement surréaliste au programme ! Sans oublier que Carole Aurouet a su faire revivre pour nous tout un monde fascinant.
En tête des classements des poètes préférés des Français, en tête des traductions et des ventes avec son recueil de poèmes