Libr-critique

16 mars 2011

[News] Quelques rendez-vous printaniers…

Avec le printemps, voici quelques rendez-vous littéraires à ne pas manquer : rencontre avec Jacques Barbaut (23 mars à Caen) ; ÉQUIVOXES (19 mars à Quimper) ; Le Grand Os ce soir à Montauban ; quelques RV au Salon du livre de Paris (18-21 mars).

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15 avril 2010

[Chronique] Christine Lavant, Un art comme le mien n’est que vie mutilée, par J.-N. Clamanges

Christine Lavant, Un art comme le mien n’est que vie mutilée. Poèmes choisis, présentés et traduits de l’allemand (Autriche) par François Mathieu. Éditions Lignes, décembre 2009, 208 pages, 25 €, ISBN : 978-2-35526-042-1.

Chronique de Jean-Nicolas Clamanges

Cette anthologie, dont le titre est tiré d’une lettre de Christine Lavant, inscrit avec justesse le lien indéfectible unissant dans son œuvre l’expérience de la souffrance et de la maladie avec la nécessité poétique comme affrontement à « Ce qui se dérobe ». Née en 1915, morte en 1973, cette autodidacte issue d’une famille de mineurs dans un village reculé de Carinthie, a sans doute beaucoup écrit et beaucoup brûlé (« littéralement et dans tous les sens » d’ailleurs). Ce qui nous reste n’est pas entièrement publié, il s’en faut de la moitié. Ses trois recueils principaux sont L’Écuelle du mendiant, Fuseau dans la lune et Le Cri du Paon, qui constituent le cœur de la présente anthologie. Christine Lavant est aussi l’auteur de deux récits : L’Enfant et La Mal-née, également traduits par François Mathieu et publiés chez Lignes-Léo Scheer. En dépit de son ignorance des grands courants de la modernité, elle n’a jamais été une inconnue dans la littérature contemporaine de langue allemande ; mais c’est Thomas Bernhardt qui l’a remise en lumière en publiant une forte anthologie de sa poésie (Suhrkamp, 1987) ; il la présentait comme « le témoignage élémentaire d’un être abusé par tous les bons esprits, sous la forme d’une grande œuvre poétique que le monde n’a pas encore reconnue à sa juste valeur ».
Et il avait parfaitement raison.

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25 mars 2010

[News] Faites votre Salon avec Libr-critique…

Salon du Livre de Paris : Porte de Versailles, Pavillon 1, Boulevard Victor, Paris 15ème. Métro : Ligne 12 / Porte de Versailles – Ligne 8 / Balard. Tramway : Ligne T2 & T3, arrêt Porte de Versailles. Bus : lignes 39 – 80, station Porte de Versailles.

Inauguré ce soir, ce 30e SALON ouvrira ses portes au public à partir de demain, et jusqu’au mercredi 31 mars 2010. Cette année se présente comme exceptionnelle en raison de ce trentième anniversaire : c’est pourquoi, en lieu et place d’un pays invité, seront à l’honneur 90 auteurs français et étrangers [lire le programme]. Comme l’indique Thierry Guichard, rédacteur en chef du Matricule des Anges à qui le Centre National des Lettres a demandé de proposer, non pas un palmarès, mais une sélection de trente auteurs : c’est " l’occasion d’affirmer, à contre-courant des idées reçues, combien la littérature française est ouverte sur le monde extérieur. Épinglée comme narcissique, repliée sur elle-même, notre littérature souffre en France comme à l’étranger d’un poncif qui lui colle aux couvertures comme un mauvais chewing-gum aux semelles du Capitaine Haddock. Afin de renvoyer la critique paresseuse à un peu plus d’acuité, la programmation met en évidence cette ouverture, sa richesse et sa variété. Débats, dialogues, lectures rythmeront les après-midi du CNL et François Salvaing livrera chaque jour une chronique du Salon aux petits oignons…"

Cette trentième édition est d’autant plus exceptionnelle que l’on n’est pas sûr que la trente et unième verra le jour, ou qu’elle ne sera pas doublée par une manifestation plus "professionnelle" et internationale…

Pour vous faciliter le cheminement littéraire, quelques suggestions…

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16 décembre 2009

[Livre-chronique] Julien d’ABRIGEON, Le Zaroff

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — Philippe Boisnard @ 14:07

Julien d’Abrigeon, Le Zaroff, Léo Scheer, 122 p. 15 €, ISBN : 978-2-7561-0213-9.

Cela fait longtemps que l’on attendait ce livre. Tel que me le rappelait récemment Julien d’Abrigeon, une des premières lectures de ce qui n’était à l’époque qu’un travail non encore achevé en livre, fut à Arras, il y a pas mal d’années, dans le cadre des lectures que nous organisions avec l’association Trame Ouest. C’est donc avec un immense plaisir que je retrouve maintenant Zaroff publié.

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20 avril 2008

[Livre + Chronique] Chut, de Raymond Federman

Filed under: chroniques,Livres reçus — Étiquettes : , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 9:08

  Raymond Federman, Chut, ed. Léo Scheer, col. Laureli, 223 p. ISBN: 978-7561-0122-4, 17 €.

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8 janvier 2008

[Recherche] Trois expériences de publication littéraire sur le net (publie.net, m@nuscrits de Léo Scheer et Inventaire/invention)

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , — Philippe Boisnard @ 13:24

François Bon, dans un entretien vidéo accordé à auteurs.tv, explique que si pour une part le monde ne se soucie pas de la littérature, à savoir n’éprouve pas le besoin de son déchiffrage ou de son frayage de sens pour en constituer son sens, toutefois, celle-ci permet encore certains types d’expériences, non pas "utiles", mais radicales, pour "nommer le monde". Cependant, si la littérature semble en crise quant à sa diffusion en livre, malgré l’augmentation de 9% en 2007 des ventes de livres, sa place devenant de plus en plus incongrue dans le réseau des librairies, comme nous l’avions souligné lors du colloque de la SGDL d’octobre, est-ce qu’internet pourrait devenir le lieu permettant sa diffusion ? En quel sens le déplacement de la diffusion pourrait offrir une possibilité aux textes — et à quel texte — de trouver accès à des lecteurs ?

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7 décembre 2007

[Vidéo] Entretien avec Laure Limongi : 2nde partie la collection Laureli

Filed under: entretiens,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 7:39

[2nde partie de l’enretien avec Laure Limongi. Cette partie concerne la rencontre avec Léo Scheer et la création de la collection Laureli. Laure Limongi explique sa rencontre avec Hélène Bessette, mais aussi son travail d’éditrice. ]

17 novembre 2007

[NEWS-AFP] La saison des prix littéraires souffle son « vent mauvais » sur la Toile par Zoé Balthus

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — rédaction @ 18:23


La saison des prix littéraires souffle son "vent mauvais" sur la Toile
Par Zoé BALTHUS

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16 septembre 2007

[News de la blogosphère #10 émission du 16 septembre]

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 9:20

blogosphere.gif En parallèle de l’émission, les news de la blogosphère vous permettent de retrouver les sites dont nous parlons pendant le direct, mais aussi les titres de livres ou des liens complémentaires.

[+] L’actualité du web littéraire :
_ Pierre Assouline et la question de la surveillance des dictionnaires [lire ici].
_ Pour en revenir, en quelque sorte à la revue Livraison#, mais indirectement, un article de François Bon, sur la question de la traduction sur internet, la question de l’authenticité des oeuvres que l’on trouve en téléchargement.
_ Christian Fauré : Pourquoi post-on ? L’arrêt de la relation d’auto-publication, comme mutilation de soi. Lire aussi mais dans un autre genre l’article de Pisani sur le suicide des avatars.
_ Babelo et son widget de livre découvert sur le site de La feuille.
_ Ce qu’il ne faut surtout pas faire comme site : scribeos.com.
_ Le site d’Anne Kawala. Un travail remarquable de création, non pas en tant que site, mais du point de vue des cartes d’invitation qu’elle élabore.
_ P. Burgaud développe une oeuvre limitée sur le web, l’oeuvre est téléchargeable à 100 exemplaires, à partir de ce matin 11H [ici].

[+] Les livres reçus cette semaine :
_ Jérôme Gontier, Continuez, ed. Léo Scheer
_ Emmanuel Tugny, Corbière le crevant, ed Léo Scheer
_ François Bon, Bob Dylan, ed. Albin Michel
_ Chloé Delaume, La nuit je suis Buffy Summers, ed. è®e
_ Emily King, Watashi Tachi, Nous au Japon, ed. e®e
_ Fusées n°12, ed. carte Blanche
_ Europe n°940-941, dossier Maurice Blanchot / Antoine Volodine
_ Res poetica n°3, ed. New al dante.

[+] Discussion de la semaine :
L' »affaire » Camille Laurens. Entre-guillemet, le mot affaire. Entre-guillemet, à savoir : à prendre avec des pincettes, celles d’une forme de suspension de la phrase, suspension du sens de cette expression, suspension de notre jugement. Car s’agit-il de prendre parti, comme cela a été fait à maintes reprises depuis maintenant une vingtaine de jour ?
Flash back : tout débute par l’annonce, le texte n’étant pas encore disponible, d’un texte de Camille Laurens portant sur le dernier livre de Marie Darrieussecq — Tom est mort — sortant chez leur éditeur commun POL. Ce texte de CL devant être publié dans La revue Littéraire n°32 des éditions Léo Scheer. La rumeur enfle au point que Léo Scheer décide de mettre en ligne, en fichier PDF le texte incriminant/incriminé. De là, les réponses fusent dans les journaux, l’affaire devenant le buzz de la rentrée littéraire, devenant plus important même, que la sortie programmée du Yasmina Reza sur Sarkozy.
Nous nous questionnerons sur les enjeux de cette affaire. Sur la manière d’appréhender aussi bien la démarche de Marie Darrieussecq que de Camille Laurens.
lire en complément :
Une réponse de Paul Otchakovsky-Laurens au texte de Camille Laurens parue dans Le monde
La chronique de Patrick Kéchichian dans Le monde des livres, qui met en perspective de très bonnes questions.
La chronique de Philippe Lançon dans Libération.
La réponse de Marie Darrieussecq dans Libération.
Lire le texte de Anne-Marie Garat sur le blog des éditions Léo Scheer.

14 septembre 2007

[Entretien] Léo Scheer

Filed under: entretiens,UNE — Étiquettes : , — Philippe Boisnard @ 9:30

leo_scheer.jpg [Entretien qui a été réalisé fin aout, début septembre. Cet entretien permet d’éclairer le parcours de Léo Scheer et d’apercevoir les enjeux qui sont les siens à travers les éditions qui portent son nom. Site des éditions]

1. Vous avez fait des études de sociologie (doctorat en 1972), et quand on observe votre parcours, vous vous êtes spécialisé dans la question des médias aussi bien professionnellement (groupe Havas, développement du projet canal+ et TV6 entre autres), qu’au niveau de vos propres recherches qui apparaissent dans vos essais (La démocratie virtuelle, ed Flammarion 1994, Pour en finir avec la société de l’information ed. sens & Tonka 1998 entre autres). En quel sens cet axe de recherche relié à la sociologie et aux médias ont-ils préparé, sous-tendu, initié, la création des éditions Léo Scheer (2000) ? Qu’est-ce qui a déclenché pour vous cette nécessité d’en venir à l’édition et de sortir des médias télévisuels auxquels vous avez à de nombreuses reprises participé, par exemple en produisant pendant 2 ans l’émission Haute Curiosité en collaboration avec Nathalie Rheims ?

[Léo Scheer] Pour comprendre mon entrée en édition en 2000 il faut remonter plus loin. Quand je suis nommé Directeur du développement du Groupe Havas en 81, j’ai 33 ans et je travaille déjà depuis 12 ans dans la fonction publique. Durant cette période très riche des années 70 j’ai dirigé un programme de recherche en sciences humaines qui a été le point de départ de ce qui m’a conduit à l’édition. En 69, avec ma licence de sociologie je suis entré comme chargé de mission au Commissariat Général du Plan. Une des retombée du rapide passage de Chaban Delmas à Matignon et de son projet de « Nouvelle Société » a été de dégager des fonds importants pour financer la recherche et aider les grands corps de l’état à s’adapter à l’évolution de la société. J’avais obtenu une dérogation à la Sorbonne pour que Gilles Deleuze, qui enseignait à Vincenne, soit mon directeur de thèse. Avec lui, je découvrais les activités du Cerfi animé par Felix Guattari qui regroupait une centaine de chercheurs. Durant cette dizaine d’années j’ai financé des groupes tels que le Cerfi et d’autres mouvances des penseurs qui ont marqué cette époque, Foucault, Lyotard, Baudrillard etc. Mon rôle était d’être un intermédiaire entre ces mouvements de pensée et tout ce qui pouvait leur permettre de s’encrer dans la réalité, soit par l’action de l’état (J’enseignais à l’époque à l’ENA,à Polytechnique et à l’Ecole des Ponts et chaussées, et j’animais des séminaires pour les grands corps), soit par une diffusion plus large, ce qui m’a conduit à aider l’édition de leurs ouvrages et à fréquenter des éditeurs comme Actes Sud ou Galilée.
C’est là que j’ai commencé à m’intéresser à l’édition dans la mesure où mon métier consistait, d’une certaine façon à financer des à-valoir pour des publications futures. J’ai gardé de cette période des relations et des amitiés (par exemple Baudrillard ou Lyotard) qui m’ont accompagnées durant la période 80/90 ou j’étais dans des fonctions d’entreprise. J’ai toujours continué à animer des groupes de réflexion qui débouchaient souvent sur des publications. (Par exemple ce séminaire à la Maison Européenne de la Photographie avec Pierre Klossowski autour de la Monnaie Vivante et avec Baudrillard sur L’échange impossible.)
D’autre part mes activités chez Havas ne sont connues que pour l’audiovisuel (cf. Canal+) alors qu’en fait j’avais élaboré un plan de développement qui concernait bien d’autres domaines comme la CEP, qui pendant cette période a racheté Nathan et Larousse, point de départ de ce qui deviendra le groupe d’édition Vivendi. Mais il me faudrait trop de place pour expliquer tout ça, mais pour résumer, c’est plutôt l’audiovisuel qui est un détour dans mon itinéraire, né sous l’impulsion des recherches que je menais avec mon ami Yves Stourdzé sur la dérégulation des télécom, l’édition et la recherche étant mes axes professionnels permanents.

2. Quel constat faîtes-vous sur le monde médiatique actuel ? En quel sens sa logique de constitution (multipolaire, mais pourtant hyper-homogénéisé quant à certains de ses formats) s’oppose-t-elle aux exigences d’une certaine forme d’hétérogénéité et de singularité expérimentale liée à la littérature ? Je pense que nous avons connu une première période de la vie du monde médiatique que je qualifie de « Mcluhanienne » parce que son analyse y est opérationnelle (le médium c’est le message, média froids/média chauds etc.).

[LS] L’homogénéisation dont vous parlez est le fruit de cette relative disparition du message et de son mode de prolifération dans ce système. Les journaux, la radio, la télévision, dans leurs relations avec les productions de messages (textes, musiques, images) et des industries qui les accompagnent : édition, disque, cinéma etc., ont fonctionné pendant un siècle dans un système mcluhanien qui tendait à les vider de leur message au profit de la mise en circulation optimum.
L’arrivée d’internet bouleverse complètement ce système, puisque ce nouveau média devient l’infrastructure sur laquelle se construit la nouvelle économie, et où le message devient la matière première.
Ainsi, pour ce qui vous intéresse de près, c’est à dire les « singularité expérimentales liées à la littérature » cela change tout, car vous avez la possibilité de court-circuiter l’ensemble du dispositif de distribution et de circulation qui maintenait les anciennes avant-gardes dans un ghetto. On le voit depuis pas mal d’années dans le domaine de la musique dont la vie a été réactivée par Internet tandis que les structures anciennes de distribution étaient en train de mourir. Mais le message est plus ou moins soluble dans le Net avec, par ordre de rigidité croissante: la musique, l’image et enfin, le texte.

3. Si en effet, comme vous le précisez, le message au sens de Mc Luhan a été dissous par la structure techno-capitaliste de l’information (au sens de Lucien Sfez, à savoir par le caractère de redondance propre au dispositif informatif qui ne cherche pas d’abord à diffuser un contenu, mais à se constituer comme sa propre forme diffusée ), en quel sens avez-vous initié les Éditions Léo Scheer ? Quelle en est la visée, du point de vue justement du « message », face à un monde éditorial qui est en voie d’ultra-polarisation capitaliste (comme nous le voyons par le rachat des maisons d’éditions par 3 acteurs majeurs) ?

[LS] En 1993 j’ai participé à la Mission des Autoroutes de l’Information avec Gérard Théry au terme de laquelle nous avons remis un rapport au Premier Ministre de l’époque, pour lui proposer une politique ambitieuse dans ce domaine. Nous n’avons pas été suivis, et je me suis rendu compte au moment de la publication de « La Démocratie Virtuelle », l’année d’après, à quel point cet enjeu n’était pas compris. Durant les six années qui ont suivi, ça ne s’est pas arrangé, car je travaillais avec l’Aérospatiale, sur les nouveaux services Internet à haut débit par satellite. Là, il s’agissait d’imaginer ce que seraient les industries du disque, du cinéma, de la télévision etc. à l’horizon 2020/2030. C’est durant cette période que je me suis penché sur la prospective du secteur de l’édition et de la distribution du livre. Le livre m’est apparu comme un refuge, un îlot de civilisation, dans l’océan numérique.
En même temps j’avais l’intuition que l’Internet -nouvelle génération- devait créer une véritable opportunité pour la distribution du livre tel qu’il nous intéresse. Je crois que c’est à ce moment là que j’ai eu envie de passer aux travaux pratiques et de créer ma propre maison d’édition. Je pense que votre vision de l’ultra-polarisation capitaliste qui lamine les « messages » est un peu simpliste. Mettre sur le compte du capitalisme triomphant l’appauvrissement de la pensée ou de la création me semble être un bon prétexte cache misère. Tout ce que je connais de grand, dans ce domaine, s’est fait en dehors ou malgré des lois du marché.
Ce sont souvent les médiocres qui se réfugient derrière cette excuse, en essayant de se persuader et de convaincre les autres que le marché les empêche de penser ou de créer. Un grand livre peut sortir à 100 exemplaires, il finira toujours par s’imposer, même si la concentration capitaliste a produit 3 groupes d’édition dominant. C’est justement cette porosité du système dans laquelle vient s’insinuer le réseau numérique. Créer une maison d’édition est un acte souverain, peut-être un des derniers possibles. Je ne vois pas en quoi les groupes Hachette ou Editis peuvent être un obstacle. Que les libraires aient besoin de gagner leur vie en vendant des best-sellers ne les empêche pas, s’ils se passionnent pour d’autres livres, de les aider à se vendre aussi. C’est le rôle des éditeurs de leur transmettre cette passion. Les années 70 n’étaient pas moins capitalistes que la période actuelle et l’édition n’était pas moins concentrée, si Deleuze, Foucault, Derrida, Lyotard, Baudrillard etc…ont écrit, à cette époque là, des livres importants, si les vingt années qui ont suivi ressemblent à une traversée du désert pour la pensée en France, c’est certainement pour d’autres raisons qu’une soi-disant dictature du marché.
J’ai créé ma maison d’édition en 2000 parce que j’ai eu le sentiment qu’il y avait une véritable régénération de la création et de la pensée.

4. Consécutivement, comment avez-vous créé La Fédération et la Fédération-Diffusion et comment avez-vous choisi les éditions qui y ont été liées, celles-ci témoignant quand on es observe de parcours singuliers, que cela soit Al dante, Lignes, Farrago, Comp’act, Via Valeriano (si je me trompe sur certaines maisons d’éditions, rectifiez surtout) ? Etait-ce dans une logique de résistance et de création d’un plan parallèle de création-diffusion ?

[LS] Non. Ce n’était pas une logique de résistance. Les Éditions de Minuit ont été lancées dans une logique de résistance qui avait un sens à l’époque.
En 2000 ce n’était pas l’enjeu, je parlerais plutôt d’une logique de renaissance. L’enjeu, pour moi, ce n’est pas la Fédération, qui n’est qu’une métaphore de la résistance, l’enjeu, pour moi, ce sont les Éditions Léo Scheer comme signe d’une nouvelle dynamique. Ceux qui m’ont accompagné durant cette première période sont les héritiers de divers courants intellectuels et artistiques du passé. Ce que nous avons réalisé avec Michel Surya, Jean-Paul Curnier, Laurent Cauwet etc… est, me semble-t-il, remarquable, il suffit de regarder le catalogue de prés de 500 titres publiés en six ans, pour mesurer le phénomène surprenant qui s’est produit là. J’ai créé la Fédération-Diffusion pour permettre à ces titres d’exister dans les librairies. Aucun réseau de diffusion existant ne pouvait réaliser ce miracle, il a fallu le créer. Mais à partir du moment où cette première phase avait réussi, il fallait passer à la seconde, sortir de la transition, passer à de nouvelles générations d’auteurs, de créateurs, d’éditeurs, renforcer le dispositif de vente, affiner la pointe. C’est ce que nous sommes en train de faire avec Florent Georgesco, Laure Limongi, Mathieu Terence, Catherine Malabou, Mark Alizart etc… Pour moi, « Fresh Théorie » a plus de sens aujourd’hui que « Lignes » qui me semble d’arrière garde, empêtré dans la glue idéologique, « LaureLi » est plus pertinent pour l’avenir que « Al Dante » qui tourne en rond, bref, en tournant la page, j’ai le sentiment d’aller dans le sens de ma recherche de renaissance. Je pense qu’entre les années 70 et aujourd’hui, il y a une génération sacrifiée, qui n’a pas su rebondir.

5. Comment jugez-vous rétrospectivement cette expérience ? Pensez- vous que cela était possible au vue de la transformation (saturation et hégémonie capitalistique des circuits de diffusion) du monde littéraire ?

[LS] Votre question relève du contre-sens. D’abord, ce n’est pas une expérience, c’est une étape concrète obligatoire. Je n’ai rien expérimenté. J’ai juste doté un ensemble éditorial d’une force de vente dédiée pour faire vivre une marque. Ce n’est pas de la révolution culturelle, c’est du management et de la gestion commerciale. Pour moi, ça a marché (cf notre catalogue.) et si vous regardez notre structure actuelle et ce que nous publions, vous découvrirez que nous n’avons rien abandonné de nos objectifs. Il faut une vingtaine d’années pour construire une maison d’édition.

6. Si vous précisez, avec justesse il me semble, qu’internet est la possibilité d’une forme de surgissement d’une hétérogénéité de plus en plus effacée dans les circuits commerciaux traditionnels, est-ce que ce que vous aviez imaginé ne devrait pas rencontré de plus en plus ce type de dimension et de développement ?

[LS] C’est pour moi une évidence et notre site va dans cette direction. Si je m’étais entouré de gens plus jeunes, la Fédération, aujourd’hui, fonctionnerait sur le Net, mais essayez d’expliquer ça à Claude Galli. J’ai créé notre site en 2000, mais cela ne les a pas intéressé, en fait, ils ne comprenaient pas, et ceux, comme Chloé Delaume, qui comprenaient un peu, n’y voyaient qu’un outil de pouvoir personnel et de règlement de compte. Mais aujourd’hui, la question ne se pose même plus, notre développement se confond avec celui d’Internet, mais aussi avec le renforcement des librairies de premier niveau. C’est la nouvelle équation que nous devons résoudre.

7. Résoudre cette équation, dont vous parlez, cela passe-t-il — entre autres — par la création de LéoscheerTV ? Qu’envisagez-vous à travers cette initiative et comment pensez-vous développer ce projet ? Corrélativement, pourriez vous précisé, quel est – selon vous – l’impact de l’image et e la vidéo par rapport à la littérature, sachant que si certains par exemples y son très réfractaires (comme sitaudis de Pierre Lepillouer qui ne supporte pas le format vidéo) d’autres comme nous sur libr-critique avons toujours associé la textualité et la vidéo ?

[LS] Le projet de “leoscheerTV” peut, en effet, nous aider à résoudre l’équation. Le milieu de l’édition fait actuellement le constat de la perte d’influence du media télévision sur la vente des livres. Depuis la disparition des “grandes messes” comme “Bouillon de culture” de Bernard Pivot, rien ne va plus de ce côté là. Il existe une opportunité de “faire de la télé” autrement sur le web pour les livres. Je vais prendre un exemple concret pour que ce soit compréhensible. Vous avez retransmis, ce matin, 2 septembre 2007 à 11h un “live” d’une heure avec Hortense Gauthier. L’idée de leoscheerTV est de reprendre en “syndication” un direct comme celui ci. Je vous propose d’ailleurs de le faire concrètement pour votre prochain “live”. Dans ce concept, il y aurait d’autres sites qui participeraient à la discussion, chacun étant l’équivalent d’une caméra dans les émissions en direct de la télévision. C’est cette nouvelle forme de syndication que j’aimerais développer.

11 décembre 2006

[NEWS] Lettre collective aux amis de Comp’Act

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 7:53

[Alors que nous avons salué, il y a de cela quelques temps [ici], [ici] et [ici] la publication de deux livres de Véronique Vassiliou, quelle n’est pas notre tristesse de lire cette lettre diffusée par Poezibao, montrant les difficultés qu’éprouve actuellement Comp’act, suite à la fin de la diffusion Léo Scheer dont avions déjà parlé [ici]. Ce que nous avions signalé pour la revue Fusées se produit de même maintenant pour un édtiteur.]

Chers amis,

Comp’Act, avec une quinzaine d’autres éditeurs, vient de subir de plein fouet la suppression, par Léo Scheer, de la Fédération Diffusion, qui nous laisse dans les pires difficultés éditoriales et financières, au moment où le contexte est particulièrement dur pour l’édition de création.
Nous sommes sur le pont; nous nous battons de toutes nos forces, nous et notre entourage immédiat, pour défendre Comp’Act, réorganiser notre maison, élargir nos appuis.
Nous allons y parvenir. Cependant, nous avons un besoin urgent de soutien, notamment de la part de ceux qui sont les plus proches de nous, c’est-à-dire nos auteurs et leurs lecteurs.
La façon la plus efficace de nous apporter votre aide est d’acheter et de faire acheter quelques-uns des livres de notre fonds, de façon à nous apporter de l’air frais pendant que nous menons ce combat, et nous aider ainsi à le gagner.
Ce sera aussi l’occasion, pour beaucoup d’entre vous, de découvrir des livres qui ont connu une diffusion insuffisante du fait même des disparitions successives, depuis 1986, de Distique 1, Distique 2, puis Distique 3, Alterdis, Libredit, et aujourd’hui la Fédération Diffusion.
L’édition de création – secteur qui a toujours été très difficile – est devenue désormais, nous l’affirmons, une activité sinistrée, de plus en plus impossible. Il convient que tous les amis du livre en aient une conscience aigüe.
Merci de faire le geste que vous pourrez pour votre maison d’édition.
Amicalement à chacun d’entre vous.
Pour Comp’Act,
Henri Poncet

[télécharger le fichier PDF des titres]

2 novembre 2006

[News] La Fédération Diffusion semblerait arrêter fin 2006 …

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 16:59

Encore une triste nouvelle, parmi les tristes nouvelles déjà annoncées [ici] et [ici] : la Fédération Diffusion, semble devoir s’arrêter d’ici deux mois. La Fédération leo_scheer.jpgDiffusion créée par Léo Scheer, et qui un temps a réuni des catalogues aussi prestigieux qu’Al dante, Comp’act, Farrago, Dis voir, etc…, il est vrai avait été mise en critique, certainement avec raison, par certains qui en faisaient partie. Tel Laurent Cauwet, qui suite à cela, avait décidé qu’Al dante quitterait, aussi bien la Fédération, que la diffusion. Toutefois, au-delà des reproches légitimes ou moins légitimes qui peuvent être faits à Léo Scheer, et à sa manière de traiter l’édition, reste que sa diffusion permettait à un certain nombre de livres et de revues de pouvoir apparaître plus largement. C’est ainsi que la revue Fusées, dont on fêtait les 10 ans corrélativement au 10ème numéro, ici même [avec Pennequin, Prigent, Boute & Warin, Rat ou moi-même] ou sur France Culture, étant distribuée depuis quelques années par cette diffusion, se retrouve à devoir gérer seule, maintenant, sa propre circulation, visibilité.

Si des difficultés se posent avec le critère financier comme seul appréciateur des marchés, certaines s’incarnent par ce type d’effacement : celui des petits éditeurs, notamment et surtout de littératures ou de poésies contemporaines, qui peuvent difficilement trouver leur place dans une logique mercantile de diffusion. En prenant en compte ces difficultés, comment pourrait se structurer des modes de diffusion viable pour les revues de littératures contemporaines ? Que signifie une diffusion viable ? Quels sont les critères d’appréciation, s’ils ne répondent pas spécifiquement aux critères financiers ? Et de là, quelles sont les difficultés impliquées par ces critères d’appréciation ?

Avec ces dernières nouvelles, fin d’Al dante, de Lignes, de la Fédération Diffusion — il y en a certainement d’autres — ce qui s’ouvre, c’est peut-être un espace de réflexion s’interrogeant aussi bien sur la question de ces types de littérature, que sur la question de leur existence au sein d’une société.

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