Libr-critique

27 mars 2011

[News] News du dimanche

En ce deuxième dimanche printanier, et à l’orée d’une semaine qui va nous conduire à notre Rencontre-débat sur les formes narratives actuelles via les entrées sur Mathieu Brosseau, La Confusion de Faust, Frédéric Valabrègue, Le Candidat et Richard Millet, L’Enfer du roman, passons en revue trois des nombreux livres reçus ces dernières semaines : Annie ERNAUX, L’Autre Fille ; Pierre JOURDE, C’est la culture qu’on assassine ; Daniel POZNER, La Danse. /FT/

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17 janvier 2007

[Chronique] Terrasse de la Kasbah d’Emmanuel Hocquard

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 17:41

Comme nous y reviendrons à plusieurs reprises, Tanger est un lieu de croisements, pas seulement de marchandises dans le port, mais aussi d’écrivains. hocquard.jpgDe Burroughs et des beat [cf. W. S. Burroughs et Brian Gysin, Le Colloque de Tanger, Christian Bourgois, 1976] lors du colloque de Tanger, immortalisés par une superbe photographie où ils sont allongés sur la plage, à Bernard Desportes, le commissaire de ce 11ème Salon du livre de Tanger, tombé sous la magie sauvage de cette ville, Tanger apparaît comme une ville qui appelle l’écriture.

C’est pourquoi nous présentons ce petit texte d’Emmanuel Hocquard ici, alors qu’il ne fait pas partie des invités du salon. Terrasse à la Kasbah est la publication de deux lettres, tapées à la machine à écrire, corrigées à la main. Deux lettres d’Emmanuel Hocquard datées du 3 et du 6 novembre 2006.
Ces lettres destinées à une femme, Elise, raconte l’installation à la Kasbah d’E. Hocquard. D’emblée, il énumère et détaille son nouveau lieu d’habitation, il en approfondit les figures présentes et ceci afin de découvrir ce qui lui avait « Ã©chappé alors ». « Echappé alors », à savoir ce qu’il n’avait pu exprimer, non pas quand au contenu, mais peut-être, et c’est ici que se trouve toute la force de ses deux lettres, davantage au niveau de la manière de s’exprimer, de la grammaire propre au langage, lorsqu’il y était auparavant, avant ce retour. S’installer à la Kasbah, lui semble devoir être nécessaire pour faire ce retour, pour trouver cela qui ne fut pas rencontré. Pour quelle raison ?

Du fait que la ville de Tanger implique non pas seulemet des images, ce qui serait parler de Tanger, tomber dans la représentation, mais impulse dans la langue même, sa propre dimension. Et dès lors il s’agit de parler Tanger, d’entendre parler Tanger dans la langue. En effet, comme il l’explique dans la première lettre : il ne pouvait pas retrouver ce qui lui avait échappé « Ã  distance, entouré par les vaches et les brebis des verts paturages de Mérolheu (Hautes Pyrénées). » Pour exprimer cela, il insiste sur le fait que pour voir et créer — et ceci en référence à Deleuze et Guattari — il faut entrer dans une certaine forme d’habitude, d’habiter, de penser qui se construit dans le mouvement même de son habitation. Heidegger exprime par exemple parfaitement cela dans la conférence Bâtir, habiter, penser : habiter ne se fait que si la pensée investit le lieu, se fait transpassible à ce qui survient de lui, à travers nous et la pensée. Lorsque l’on est passif par rapport au lieu : on ne fait que loger, y passer sa vie, oui on ne faut qu’y passer. Tel que l’exprime Hocquard : « au fil des années durant lesquelles j’ai habité Tanger — et même au-delà — la forme de la ville et de ma pensée ont tendu à ne plus faire qu’une ».

En cela, Tanger pose la question du sujet qui habite le lieu. Il est bien évident que l’on n’habite pas un lieu sans se transformer, sans se poser la question de celui que l’on est dans ce lieu là. Se pose alors, pour Hocquard, cette interrogation sur la manière de s’énoncer en rapport au lieu. On retrouve ici son atachement pour la grammaire. La question porte sur le sujet, celui qui voit, « je », qui en tant que sujet justement grammaticalement est toujours personnel. Et on retrouve ici une nouvelle mention à Deleuze et Guattari, de Mille Plateaux, mais cette fois implicites : « la grammaire donne des ordres, elle ne pose pas de questions ». Pour se laisser emplir par le lieu, pour que Tanger parle dans la langue, et non pas que l’on parle de Tanger, tel qu’il l’exprime, il faudrait grammaticalement un sujet non-personnel, immanent au sein de la langue, et non pas une polarité transcendante qui est le critère permanent de la perception. Ainsi, il l’énonce, ce qu’il est venu « chercher ici, sur place » ce ne sont pas des lieux, des endroits inconnus, mais la possibilité pour lui d’une langue qui parle Tanger et non pas de Tanger : « (…) grammaire de Tanger. Dire grammaire Tanger me paraît plus juste. Qu’est-ce qu’une grammaire Tanger peut bien vouloir dire ? ça pourrait être, non pas habiter à Tanger, mais habiter Tanger. »
Terrasse à la Kasbah, Emmanuel Hocquard, éditions CIPM, 5 €. [site]

23 septembre 2006

[chronique] Et on se demande pourquoi on quitte un pays, Fabrice Bothereau (Lettre)

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , — rédaction @ 15:21

[Nous publions ici une ici une lettre que nous a envoyée Fabrice Bothereau, car au-delà de ce qu’il énonce vis-à-vis de Pan Europa, ce qui est dit nous semble traduire un certain rapport à la poésie qui apparaît problématique quant à sa réception]



Et on se demande pourquoi on quitte un pays

Je m’appelle Fabrice Bothereau, j’ai 39 ans, je suis poète. J’écris de la poésie contemporaine. L’an dernier a paru mon troisième livre, Pan Europa. Personne n’en a parlé, à part Philippe Boisnard, sur son site.
Je m’appelle Fabrice Bothereau, je suis poète, mais je ne suis pas poète. J’écris de la poésie. De temps en temps. J’ai publié mon troisième livre, que j’ai mis six ans à écrire. Mais qui cela intéresse ?
Je m’appelle Fabrice Bothereau, je suis poète, pas VRP ; vendeur régulier de poésie. Pour être poète, ici, en France, il faut être VRP. Je ne suis pas VRP.
Pour être poète, il faut savoir se vendre. Je ne sais pas me vendre.
Pour être poète, il faut tout le temps téléphoner, rencontrer des gens, faire des lectures. Je ne fais pas tout ça.
Mais alors je me retrouve tout seul. Bien fait pour moi.
Mais j’aimerais comprendre pourquoi personne n’a parlé de mon livre.
Peut-être parce que tout le monde s’en fout.
Peut-être parce que c’est un livre de Bothereau, et Bothereau, c’est un con, un sale caractère, pas un VRP, un véritable représentant de la poésie ?
Mais je demande qu’on lise mon livre, et qu’on oublie le nom.
Je n’ai jamais écrit pour mon nom.
A contrario de beaucoup, qui n’écrivent que depuis leur nom, et pour leur nom.
Je demande qu’on lise mon livre, que personne ne lira.
Baudelaire disait que la France n’avait de grands hommes que malgré elle.
Je ne suis pas un grand homme. Je ne suis pas un grand poète. Mais je suis un poète. Pourquoi personne n’a parlé de mon livre à part une personne à qui je l’avais envoyé ?
Pourquoi certain site éminemment VRP n’a même jamais mentionné la parution de mon livre ?
Parce que j’ai une sale réputation ? Moi qui suis si peu mondain, mais qui a eu le mauvais goût de me chicorer un peu avec quelques personnes influentes dans le milieu de Lilipute ?
Je suis un poète contemporain, et personne ne me lit.
Je ne me prends pas pour un poète maudit, mais je ne comprends pas que personne n’ait parlé de mon livre.
Et personne n’en parlera plus.
Le milieu poétique est devenu un média comme un autre, une nouvelle chasse l’autre. Sauf que moi, je n’ai même pas eu droit à quelques lignes.
Qu’on n’aille pas dire que je veux qu’on parle de moi. Ce n’est pas à moi qu’il faut faire ce reproche. Si on me le fait, que faudra-t-il dire de ceux dont on parle tout le temps ? Qui sont tout le temps ici, et là, qui veulent toujours entendre parler d’eux ?
Non, je pose la question de la manière la plus littéraire qui soit.
Siegfried Plümper-Hüttenbrink m’avait dit une fois, dans une lettre, que mon écriture tendait à l’impersonnel, à se débarrasser du je, de l’auteur.
C’est bien cela.
C’est pourquoi cette lettre n’émane pas de Fabrice Bothereau tel que certains le connaissent ; mais de quelqu’un qui a produit un livre.
J’espère que tu publieras cette lettre, Philippe ; parce que j’ai le droit de demander ce que je demande. On pourrait préférer m’oublier, ou qu’on crève en silence. Mais avant de crever en silence j’aimerais comprendre pourquoi personne n’a pris la peine de publier quoi que ce soit sur mon livre.
Mon livre est un livre important, certains amis poètes me l’ont dit.
Alors, si mon livre est important, pourquoi personne n’a signalé sa parution ?
Je trouve ça injuste. Je fais mon Caliméro.
Mais pourquoi récriminé-je ? Ne pourrais-je pas juste la fermer ?
Ce serait plus simple. Mais ça ne l’est pas.
Si tu me lis, Sylvain, dis-moi quelque chose.

F..B

Fabrice Bothereau a publié aussi un très intéressant Rebond dans Libération en août 2006 [lire +]

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