Libr-critique

10 avril 2016

[News] Poésie & subversion

Dans la perspective de la rencontre qui aura lieu ce jeudi à la Maison de la poésie Paris, et suite au lancement du tuto "SubversionTM", voici quelques éléments d’information et de réflexion.

La rencontre à la Maison de la poésie Paris

Jeudi 14 avril à 20H, Maison de la Poésie Paris, "Poésie & subversion" : Bernard Desportes en conversation avec Fabrice Thumerel. [Vu le nombre de places limité, il est conseillé de réserver au plus vite : 5 €]

dans les chaos d’un monde où la violence est partout
où la barbarie menace
tandis que le réel n’en finit pas de se dissoudre
et que le devenir de l’homme semble toujours plus lui échapper
la poésie peut-elle quelque chose ?
quelle place, quel sens sont-ils les siens ?

Les différentes mouvances de la modernité la voulaient subversive : qu’en est-il
en un temps d’affrontement des conservatismes et des transgressions ?

Soirée proposée par Remue.net, en partenariat avec la Scène du Balcon : conférences, entretien, lectures, débat.

À lire – Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, coll. « Manières de critiquer », Artois Presses Université, 2008. Et aussi, plus récemment : "De l’abîme à l’éternité" (long entretien de B. Desportes avec F. Thumerel, 2014).

 

 Avant-rencontre

« Tous ceux qui cherchent à en remontrer du point de vue prétendu de la subversion
sont forts à soupçonner de jouer le jeu de ceux pour qui celle-ci est tenue
pour absurdement obsolète » (Michel Surya, Portrait de l’intermittent du spectacle en supplétif de la domination, éditions Lignes, 2007).

« Le subversif n’est que dans le présent et dans son impossible satisfaction.
[…] la force subversive d’une écriture réside justement dans sa capacité
à subvertir chez un autre une pensée soumise à la représentation commune,
et donc désingularisée, du monde, du présent » (Bernard Desportes,
Le Présent illégitime, La Lettre volée, 2011).

« La poésie, si elle est prise au sérieux, est dangereuse pour l’ordre,
les règles et les normes non seulement de la grammaire
mais aussi de la société » (Alessandro de Francesco, « La Poésie comme processus cognitif et subversif », décembre 2013).

« Le refus (textuel, aussi bien) de toute politique directe va si bien aux auteurs
post-modernes que cela peut leur ouvrir grandes les portes de l’institution,
à tous les sens du terme, sans que ça leur pose de problèmes insolubles
– puisqu’ils sont dans la "subversion" des signes »
(Sylvain Courtoux, "Slash’ n’ burn – poésie-sur-brûlis" (entretien avec F. Thumerel), 2014).

« Les révoltes aussi ont leurs conformismes :
tout comme il y a des banalités bourgeoises, il y a des banalités révolutionnaires.
La subversion, comme l’industrie textile, fabrique son prêt-à-porter,
ses éléments standard que l’on enfile sans qu’il soit besoin de les retravailler,
tout au plus d’y coudre un revers, d’y ajuster une longueur de la manche
et les effets qu’elle autorise » (Mathieu Larnaudie, Notre désir est sans remède, Actes Sud, 2015).

« Tremblez salopards, la poésie menace » (Julien d’Abrigeon, "La peste soit du fat", Sitaudis, 2016).

 

Cette rencontre s’inscrit dans le prolongement d’un work in progress que nous avons lancé il y a cinq ans, et dont voici la présentation.

Les avant-gardes, et plus généralement la modernité, nous ont transmis ce mot d’ordre qui nous paraît "naturel" aujourd’hui : il faut absolument être SUBVERSIF !

En ces temps où la fin du paradigme révolutionnaire a eu pour corollaire la dissociation entre subversion éthique/esthétique et subversion politique ;
où l’autorité s’est disséminée dans des formes impersonnelles et fluctuantes de pouvoir ;
où l’ordre symbolique régi par un système axiologique a cédé la place à une société anomique ;
où les frontières entre
mineur et majeur sont devenues poreuses ;
où la machinerie spectaculaire-marchande a annexé ces fondements mêmes de la subversion modernes que sont les notions d’"avant-garde", de "réforme", "changement", "nouveauté"…

En ces temps de ludisme généralisé où "l’art subversif" est subventionné ou sponsorisé, en ces temps de "subdiversion" et de "subdivertissement" où il n’y a rien qui ne soit détourné/retourné/renversé (énoncés, discours, images ou musiques), que peut-il bien rester de la subversion ? Peut-on et doit-on encore subvertir ? Cette notion est-elle totalement galvaudée ? Quelle est désormais sa portée ? Toute posture d’imprecator ou de "poète maudit" est-elle réellement subversive ? Quelles pratiques se révèlent-elles encore subversives aujourd’hui ? Est-il possible de distinguer de nouvelles formes de subversion ?

â–º On pourra (re)lire/voir les 21 posts publiés à ce jour, dont ceux-ci : Bernard Desportes, "Les failles d’un livre ambigu : retour sur Retour à Reims de Didier Eribon" ; Bruno Fern, "Sub" ; Cyril Vettorato, "Les États-Unis et la culture de la subversion – le syndrome Frankenstein" ; Jérôme Bertin, "Le grand amour de Karl Klause" ; Alexander Dickow, "Statut Liberté" ; Sébastien Ecorce, "Mécanique(s) de rupture(s)" ; Sylvain Courtoux, "Poète, c’est crevé" ; Romain le GéoGrave, "S.I.F (Sans Identité Fixe)" ; CUHEL, "ZAL / Near to Death Experience".

 

♦♦♦♦♦

Ce work in progress sur la subversion est lui-même à mettre en relation avec l’opération Libr-@ction, entamée en 2013.

 

Libr-lecteurs, forces vives,
allons-nous laisser le privilège aux seules puissances destructrices – qu’on les nomme capitalisme, fanatismes, racismes ou autrement – de provoquer des cataclysmes ? La littér@ction n’est-elle pas avant tout cataclysme ? La crise, n’est-ce pas à nous de la déclencher ?

Libr-lecteurs, forces vives,
qu’est-ce qui vous empêche de Libr-@gir ? En créant, criant, crisant…

Pourquoi la littérature ne serait-elle pas/plus apocalypse ? L’apocalypse, c’est maintenant. Toujours maintenant. Dans le présent illégitime (Desportes).

 

Pour peu que la littérature échappe aux cirques (merdiatique, spectenculaire) et aux circuits (éditorial, institutionnel),

à la lissetérature (Meens) des doctes et des schnocks, des ambitions et des nominations, du business is business, du cequilfaut/commilfaut/quantilfaut, du buzzing-hobbying-lobbying-marketing-advertising,

 

la littérature peut être éprouvante, galopante, dévorante…

ou plutôt inéchangeable, inqualifiable, incaractérisable…

ou plutôt dans le bord et le débord, l’infection virale, l’épidémie, la cancérisation… littér@ction…

 

Libr@ction vise à partager des ém@ctions, produire des électr@ctions, des manifest@ctions…

 

En clair, nous vous proposons des cré@ctions à télécharger, faire circuler, mettre en voix, en musique, en scène…

Distribuez-les, déclamez-les, activez-les où bon vous semblera (rues, zones, scènes, prisons, no man’s lands… sorties des établissements  acacadémiques/admisinistratifs/commerZiaux)…

 

â–º On pourra (re)lire/voir les 22 posts publiés à ce jour, dont ceux-ci : vidéos diverses ; Didier Calléja, "Je dors" ; Thomas Déjeammes, "… le lendemain, presque le même…" ; CUHEL, "Pourrissez vos enfants !" ; Marinella, "Gugusse a le chapeau V." ; Bernard Desportes, "extrait de Baal" ; Thierry Rat, "Canal libéral" ; Fred Griot, "Je ne me tairai plus" ; Edith Msika, "Tous ces trains tous ces rail" ; AnnaO, "D’après I don’t speak english / féroféroce" ; Alain Marc, "Je crève, je crie…" ; André Gaches, "Bauches (extrait)" ; Laura Vazquez, "Tout tombe" ; Romain le GéoGrave, "Lisse !"

 

12 février 2015

[Texte] Romain le GéoGrave, Lisse ! [Libr-@ction – 22]

L’une de ses lignes de force/fuite étant le carnavalesque et le satirique, Libr-critique s’est dès le début érigé à l’encontre de la lissetérature (D. Meens). Dans cette 22e livraison de Libr-@ction, le lisse est précisément la cible de Romain le GéoGrave… [Lire Libr-@ction 21]

 

les gens y z’aiment pas les insultes

z’ont peur de l’insulte comme si c’était pas du langage comme si c’était des mots z’inconnus

et l’inconnu Dieu (et toute sa compagnie qui ferait bien d’être créolisante) sait si on l’aime pas trop par ici

tu jures tu jures tu es vulgaire la vulgarité je veux bien mais elle nous colle au pourtour anal

et pas dans les mots pas dans l’exploration à mort du langage le vocabulaire de l’insulte c’est celui des comm’ qui sont pas des homm’ c’est celui des politRiques qui font pas bander c’est celui du professionnel du social qui veut l’intégraCHion c’est celui de l’univercimetière qui pontifie du haut de son pupitre c’est celui des ouakbars foufous d’Allah qui butent à tout va

et quand je dis bite couille nichon zboub j’insulte pas je pénètre la langue cette petite langue fouine qui s’immisce partout dans les boyaux

c’est quoi la Vérité Vocabulaire c’est quoi les bons mots c’est les mots lisses c’est faire du faux lisse Police du langage tout doit être LISSE !

tout doit être LISSE !

tout doit être LISSE !

et les mots qu’on dit vulgaires que les z’autres y z’aiment pas c’est les mots qui (s’)accrochent qui sonnent au fond de leur petit crâne obtus les grands z’esprits de la tévé qui les font péter de trouille à l’arrêt de bus qui leur foutent la chiasse à ces fions parce que si c’est pas LI-LISSE ! c’est dangereux ça fout la pétoche ça fout la mocheté du monde en l’air ça fait péter les mots LISSE !

c’est la marque déposée de la grande surface du bon mot LISSE !

c’est le copyright LISSE !

touche pas à mes mots touche pas à mon portable mon cloud mon apple ma clé usb mon parti pris bling vous déposerez cent euros dans la cagnotte de la bien-pensance LISSE !

faut surtout pas glisser dehors la route les gars les garde-chiourmes de la langue vous arrêtent bien avant LISSE !

comme le métal pour être plus LISSE !

que LISSE !

il faut mettre des émoticônasses un peu partout ces petits pacmans fascistes du LISSE ! injonction à la lisseur injonction à la non insulte injonction au propret au LISSE !

ce(ux) qui pue(nt) des pieds on n’en veut pas et alors ensuite on flippe dès que les déguisés de la religion parlent pas LISSE !

on s’excite entre gens bien tout pleins de la guéguerre qui est pas LISSE !

des attentats qui sont pas LISSES !

des otages qui se chient dessus des migrants qui surgissent et de toute la vie qui fait peur parce qu’elle est pas LISSE !

parce ça vibre ça tremble ça percute ça fouisse ça pince ça pique mais c’est surtout pas LISSE !

et parce que le système est vulgaire mais de la vulgarité qui emploie les bons mots de la vulgarité comme il faut de la vulgarité qui endort alors celle-là comme elle est LISSE !

on peut s’en beurrer le cul et se faire enfiler la paupiette allègrement c’est plutôt cool fun sympatoche trop bien mega extra top lol non mais t’as vu sa mère la pute ça c’est pas de l’insulte votons pour le vulgaire populaire le vulgaire joli le vulgaire prolétaire le vulgaire à l’ancienne contre le vulgaire de l’Iphone le vulgaire des communiqués de presse le vulgaire des discours politRiques le vulgaire des merde-à-triques le vulgaire des z’experts le vulgaire des 20 000 crevés de Boko ça rame pendant que tous ces cons se trouvaient Charlie ou Charlot de toutes façons ils font pas la différence le vulgaire de Choron et Siné et consort contre le vulgaire petit-bourgeois germano-pratin parce que tous les matins quand la poufiasse LISSE !

(je t’insulte, vulgaire) plongée dans son torchon torché LISSE !

(je t’insulte, vulgaire) par des vulgaires de la droite puante LISSE !

(je t’insulte, vulgaire) dit à sa grognasse de voisine LISSE !

(je t’insulte, vulgaire) qu’elle a lu l’hebdomadaire anciennement satirique LISSE !

(je t’insulte, vulgaire) on a tout de même envie de la punir en lui infligeant des pages de BHiéL ou de MoëlleBércq sauf qu’elle aimerait cela la cochonne LISSE !

(respect aux cochons !) ne soyons pas LISSE !

ne soyons pas LISSE !

fuyons la morale en LISSE !

fuyons les bonnes odeurs de la première chaîne du LISSE !

écartons-nous en courant du bio bobo bonbon gentil mignon LISSE !

au risque de se prendre des coups de trique dans la tronche mais au risque de pas penser LISSE ! au risque de rêver au risque de comprendre et de ne plus être heureusement LISSE !

6 janvier 2015

[Texte] Romain le GéoGrave, Concertation politique – juin 2016 à 2022 – synthèse des ébats [Libr-@ction – 21]

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En ce début d’année, la nouvelle Libr-@ction de Romain le GéoGrave s’oppose de façon carnavalesque à l’inaction popolytique… [Libr-@ction 20]

 

Concertation politique – juin 2016 à 2022 – synthèse des ébats

 

 

Politi-tic number ouane :

l’objectif de la concertation sera de réunir les acteurs du secteur afin de proposer des projets

LE CADRE (politique) EST AINSI (dé)POSÉ « comme son étron » dit le fourbe du fond

 

Politi-tic number tou répond :

l’objectif de la concertation sera de proposer des projets afin de réunir les acteurs du secteur

Un Ahhh de satisfaction du public en délire … Ahhhhhhhhhhhh ! Jet de foutre verbal global. Il y a du public, encore du public, les scènes politriques se jouent à guichet ouvert, on se foutre sur les fesses comme à la tévé en 2016

 

Politi-tic number thwii enchérit :

l’objectif des acteurs sera de réunir le secteur de la concertation afin de proposer des projets

Ouane et tou ne sont pas d’accord – du tout – « poil au cou » dit le fourbe du fond. Il n’a jamais été question de ce(ux)-là-la, lala, lala, lalalalala, lala, lala, I will survive, 1998, crétins du ballon rond gagnent, c’est une minute historique – hyper-hystoryque !!

2016 n’est plus une date, c’est un prolongement du désordre verbal, route tracée depuis les années 1980 selon les sex-perts – « poil au sexe », ça ne rime pas connard

 

L’expert, justement, qui sait – l’autre, qui sait pas, sera invité aux débats ultérieurs, lorsque les sachants auront fait le tour de la question :

l’objectif des acteurs du secteur sera de proposer des projets afin de réunir la concertation

– En effet – number one est okay, is okay too

– Soit/soit (ensemble) – number tou et twii itou, toutou you tou, toutou you tou, toutoutou tou toutou youtou

 

Reprise de volée d’un des tictic, on ne sait plus lequel, tout se brouille :

l’objectif du secteur sera de réunir les acteurs de la concertation afin de proposer des projets !! Je n’aurais de cesse de répéter, l’objecteur du sectif, sera de rire avec les actions du concertateur, afin de post-poser les projets !!

Seul l’immonde fourbe du fond de la salle commence à se rendre compte de la perte de pédale verbale du schnock-tictic

 

Pol(hips)tictic number ? complètement (l)ivre-mort :

en cette année de mille baises, l’objectif des projets sera de réunir la concertation afin de proposer des acteurs au secteur, c’est pourtant clair – et ce de ce jour d’aujourd’hui, à 2022, c’est dire comme on projette dans les cabinets

projection/mots merdiques sur le public, hilare, individus se roulent comme des fions, groupe totalement compact dans la connerie – des étrons, des étrons, des étrons – étron petit pas patron, c’est le fourbe qui le dit, celui du fion

 

=> à ce moment, il est temps de reprendre les choses en main, le preneur de texte, faiseur de pévé en chief, perd le nord, la boule, se coupe une couille, n’en peut plus, il note à toute vitesse, deux points ouvrez les guillemets, pour terminer le débat se clôt en deux lignes d’objectifs pour les prochaines réunions :

 

les putes s’unissent en contestation afin de se proposer aux acteurs, plus tard l’objet du concert sera de réunir les actes de la secte afin de poser des jets

10 mai 2014

[Texte] Jean-Louis Kuffer, Ceux qui sont accros [Libr-@ction – 20]

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Dans cette deuxième livraison de Jean-Louis Kuffer, la libr-@ction passe par la critique du langage et des us. [Lire Libr-@ction 19]

 

Celui qui ne jure que par les mangas / Celle qui est scotchée à son ordi même déconnecté et à vrai dire bon pour la casse / Ceux  qui ont appris par cœur toutes les  pubs de la firme apéritive Martini et par exemple : avec Martini, Martini,Martini, le monde entier chante et sourit / Celui qui prise tant les soutifs verts qu’il en offre à ses amie laboureuses dans le besoin / Celle qui est obsédée par la pureté de la race et ne met donc au monde que de jeune blonds bons à rien  / Ceux qui vont à Assouan chaque année via Louxor où il retrouvent les Pelletier également addicts / Celui qui est tellement absent de Facebook qu’on l’appelle le poisson girafe / Celle que son frère appelait sirène au cours de leurs déambulations au fond de l’étang où il se noya finalement de son plein gré / Ceux qui font partie d’une secte si secrète qu’ils n’en savent rien / Celui qui invoque Dieu comme un produit de nettoyage spécialement performant / Celle qui collectionne les clous tachés de sang / Ceux qui pèchent par cumul de mandales / Celui qui a laissé tomber la sèche pour se concentrer sur les zones humides / Celle qui est tellement attachée à ses domestiques que ça lui fait des marques / Ceux qui se surveillent mutuellement et se dénoncent quand ils dérogent au ramadan / Celui qui trouve inappropriée toute histoire dont il n’est pas le sujet principal et c’est à prendre ou à laisser Madame Cruchon / Celle qu’on dit obsédée alors qu’elle ne prend son pied qu’en cousant des glands aux rideaux / Ceux qui sont si inquiets de l’avenir qu’ils placent toute leur espérance dans l’invention d’un estomac artificiel qui digérera tous les soucis et autres couleuvres avalées au bureau / Celui qui est avide de savoir ce que pensent les filles de lui sur Facebook où il a posté une photo de minaret pour leur donner une idée / Celle qui affirme qu’elle a lu tous les romantiques allemands « à l’époque » /  Ceux qui ont lu jusqu’au bout la double page imbécile de La Tribune de Genève consacrée à l’apport littéraire des tweets / Celui qui dit qu’il fait le vide en lui au point qu’on lui voit le fond / Celle qui dit ses quatre vérités à la hotline et se fait vider en quatrième vitesse dans les cinq minutes qui suivent / Ceux qui sont hot sur toute la ligne / Celui qui revient sans cesse à son livre culte consacré aux Animaux et autres plantes du pourtour méditerranéen / Celle qui a pleuré en lisant Les douces années genre manga sentimental / Celui qui t’anvoit une cheminée qui fume pour te dire qu’y pense à toit / Celle qui change les objets de place dans le boudoir de Madame pour se faire remarquer enfin quoi / Ceux qui respectent le Vatican en tant que fisc de Dieu / Celui qui se présente à l’usine de fusils en conformité avec sa passion pour les romans de cow-boys / Celle qui ressemble à une vierge de pierre et ne répond donc rien à Paul quand il lui dit qu’il n’est pas de bois / Ceux qui donnent congé aux nuages genre le soleil revient les gars, etc.

22 avril 2014

[Texte] Jean-Louis Kuffer, Les Tours d’illusion [Libr-@ction – 19]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : — rédaction @ 16:08

Pour la 19e livraison de Libr-@ction, nous vous proposons une première contribution du très libr&critique Jean-Louis Kuffer – avec le blog duquel nous entamons un partenariat. [Lire/écouter Laura Vazquez – Libr-@ction 18]

 

62. Travaux à bord

 

Notre révolution douce se fera toute à l’insu des démagos à sourires mielleux autant que des furieux sans style. S’il y a du monde aux balcons : tant mieux. Il n’est point de raison de planquer l’argument ni ses applications vives. Laissons la reptation aux sentencieux de l’arrière-pensée et du sous-entendu lénifiant, et voyons plutôt les choses telles qu’elles sont, à savoir belles et bonnes au regard frais ! Cependant attention : la face claire n’est pas que, ni le panorama, ni la seule exultation de matinal aloi. Contempler n’élude pas colère !

En fureur alors mais stylée et d’humeur joyce, protestation et ruse d’exorcisme s’imposent aux terrasses, mais là non plus pas que. Car de là-haut s’imposera descente et détours jusqu’au pire, sans céder à l’abattemnent général.

Timbrer de nouveaux mots et de nouveaux modes de collaborer demain en relance d’antique sera notre réponse à l’époque hébétée. Soyons des aguets vifs à l’écoute de la douceur souterraine filant et faufilant sa fertile annonce.

Pour lors les couteaux papillons sèment la mort jusque dans les cours d’écoles à l’imitation des malfrats de tout en haut (le tout en bas selon l’axe de nos tourelles) et tout devient significatif de la même aberrance et jusque chez les mieux nantis mais pas que : partout où sont parqués les pauvres le crime les poursuit et les punit de leur prétention à pulluler. Ainsi, sous les mots blasphémés de la Tour du Vrai réunissant tous les Judas de parole et de dénigrement des libres pensers, tout a été dénaturé, mais le bafouement n’aura pas tout atteint, le vent porte les cris transverbérés, des visages ont résisté mais pas que : des regards dans les visages et des âmes dans les regards.  

Tu crois, petit, que tout est foutu, mais pas que. Là-dessous d’où sourdent les sources, là-bas dans le juvénil vacarme des torrents tombés du ciel, partout où il y a encore du ciel et des sources rebondissent les énergies attendues aux chantiers de réparation, sur l’Arche  mais pas que : aux jardins espérés de notre plus fertile illusion.   

Et ce n’est pas seulement qu’on y sera réparations faites : on y est. Les arbres poussent à l’insu des hommes-troncs aux évangiles défoliés par les pluies acides, et nous serons du même bois que les arbres, de la même eau que les sources, de la même alchimie que le ciel. 

 

 (La suite de ces 100 variations sur des images de Robert Indermnaur – ici, Casa Grande (2000) – se retrouve sur mon blog perso: http://carnetsdejlk.hautetfort.com)

5 avril 2014

[Création] Laura Vazquez, TOUT TOMBE [Libr-@ction – 18]

Cette dix-huitième livraison de Libr-@ction se présente sous la forme d’une vanité inédite : un agencement répétitif qui nous entraîne jusqu’au vertige dans une méditation sur la dégradation de toutes choses. Nulle action possible contre l’universelle entropie ; la libr-@ction poétique de Laura Vazquez nous invite donc à perdre toute chose, mais en mesure – lentement.
Selon le principe de Libr-@ction, écoutez/voyez/lisez et partagez de toutes les façons cette fascinante création de la talentueuse Laura Vazquez. /FT/ [Libr-@ction – 17]

Voir la vidéo (cliquez ici si vous n’arrivez pas à la voir) :

 

La maison tombe, lentement,
elle tombe lentement,
les enfants tombent lentement,
ils tombent lentement,
leurs bouches tombent lentement,
les bouches des enfants vont lentement,
et leurs jambes tombent lentement,
leurs jambes tombent lentement,
tout tombe lentement,
la ville tombe,
elle tombe, elle tombe lentement,
la ville tombe, elle tombe doucement,
depuis longtemps,
depuis beaucoup de temps,
la maison tombe et les gens tombent,
les bouches tombent et les gens tombent

et le dessus des yeux et le dessous du ventre et le dedans du ventre et le dedans des joues et le dessus des cils, et le dessus des mains et le dedans des pieds et le dessous des tables et le dessous des seins, et le dessus des tombes et le dessus des crânes et le dessous de soi et le dessus de soi, et le dedans des ventres et le dessus des ventres et le dessous des ventres et le dedans des ventres,

tout tombe tombe

tout tombe lentement,

les pierres tombent

et les échanges

et les histoires

et les objets

et les liquides

et les ruisseaux

et les vidanges

et les serpents

et les échanges

et les liquides

et les échanges

et les salives,

tout tombe tombe

tout tombe lentement,

dans les organes,

dans les maisons,

dans les chemins,

dans les échanges,

c’est la tournure,

c’est le chemin,

c’est la méthode,

c’est la mesure,

c’est un échange,

c’est une idée,

c’est un problème,

c’est une idée,

c’est un chemin,

c’est un échange,

c’est un rapport,

c’est un chemin,

c’est la tournure,

c’est la méthode,

c’est la mesure,

tout tombe tombe
tout tombe doucement,
tout tombe lentement,
tout tombe doucement,

dans les maisons,

dans les tournures,

dans les endroits,

dans les bordures,

dans les forêts,

dans les histoires,

dans les paroles

et sans arrêt
et sans vitesse et sans vacarme, et sans penser et sans souffrir, c’est la tournure.
C’est ce qui tombe

et le dessous des bras et l’idée des figures et l’idée de la mort et l’idée de la honte et l’idée de la fonte et l’idée des liquides et les liquides eux-mêmes et les personnes lentes et les personnes biens
et la vie est bien lente
et la vie est tombée
et la vie est bien calme
et la vie est bien lourde
et la vie est bien belle
et la vie est la vie
et la vie est tombée
et la vie est en train de tomber,
mais lentement

tout tombe lentement
dans les personnes et dans la gorge des personnes et dans les ventres des personnes
et tout avale et tout avale les personnes et dans la gorge et lentement et tout va dans la gorge mais lentement

dans la maison des hommes,

dans la maison des loups,

dans la maison des mères,

dans la maison très noire,

toutes les mères noires,

on se donne de l’eau,

on se donne des branches,

on se donne des ventres,

on se donne des langues,

on se donne du pain

et tout tombe dessus.

12 février 2014

[Texte] André Gache, bauches (extrait) [Libr-@ction – 17]

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Pour cette 17e livraison de Libr-@ction, André Gache nous confirme qu’agir sur la langue, c’est bien agir sur nos représentations. [Libr-@ction – 16 ; relire le projet]

 

n.f (patois haut-vivarois). Tiges aériennes de cet hurlubercule appelé aussi pomme de terre. Comestible. Risible. Très utilisé dans l’alimentation humaine et animale (base alimentaire des porcs).

 

le contempteur de parolat de masse médiati sant la troupe alignée de manchots sur la banque ise en recul tricycl éculaire contemple le taux réel de consonnes gutturales en regard du poids estimé de l’acteur pubescent disparu derrière son écharpe il voit le voile de soufre en forme de Q majuscule s’élever du pied du mont kugigschoffen et à cet instant unique jamais produit depuis le début du néo élithique le contempteur de parolat supérieur se met à califourchon sur une pierre et sort de sa manchette en or un biface ressourcé qu’il aiguise sur l’émail sidéré de ses incisives jusqu’à ses molaires

 

sur quoi prenant les devants se trouve derrière le derrière du devant prend sur soi un quoi allant de l’avant ce faisant tombe sur quoi aussitôt va de l’avant un parceque donnant par devant A VOTRE SERVICE de derrière le guichet répète À VOTRE SERVICE même s’il l’a quitté son guichet pour aller au devant de toutes les choses de derrière le derrière viennent devant vers vite dedans vers un quoi répétitif et compétitif

21 janvier 2014

[Texte] Alain Marc, je crève, je crie… [Libr-@ction – 16]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 18:04

Écrire le cri, telle est la spécificité d’Alain Marc. À vous de le relayer… ce qui est le propre de l’opér@ction Libr-@ction… [Découvrir Libr-@ction 15, création d’AnnaO]

 

mais je crève, je continue de crever : je crie je crie, mais personne ne répond, personne n’écoute. J’aligne les mots et tout le monde s’enfuit tout le monde rit tout le monde se tait. ET passe. Sans rien dire. Le silence m’étouffe ! Tout le monde s’amuse, et rit, et continue leur petite ronde. Entre eux. À s’amouracher les uns les autres, à se congratuler entre eux. Ils sont heureux. Ou croient l’être. Ils dansent. Ils vivent, ou croient vivre. Ils font les malins. Entre eux. Et se tirent dans les pattes, tout le temps : dans les pattes. Ils bouffent, tout, et bouffent, la terre entière. Entre eux. Ils se croient malins, et intelligents ils se croient. Les meilleurs, du monde. À se pavaner, obscènes. Tellement, obscènes. À se foutre royalement, de leurs voisins, qui crèvent pourtant, devant leur nez. Ils ont plein de fric et ont, tous les pouvoirs. Mais en veulent, encore plus : toujours, plus. À écraser tout, ce qui se trouve devant leur passage en travers, de leur route ! Et ils continuent, tous, de faire le coq, de humer leurs plumes. De paon. Dans les médias dans les télés les journaux partout ! Du moment qu’il y a toujours plus de fric, à se faire. Et tant pis si la société meurt et tant pis si la culture. S’écroule et tant pis si la moitié de la planète crève, et tant pis si la moitié des humains meurent. De faim. Et de froid. Toujours toujours. Plus. Toujours toujours. Plus vite. Et loin. Jusqu’à. Mourir. Jusqu’à ce qu’ils meurent. Tous. Mais ne le savent pas ne l’imaginent. Même pas. Les autres ont beau crier on leur envoie les tanks les autres ont beau se rebeller on les muselle. Et ferme. Le bec. Et moi je crève. Et continue de. Crever. Seul. Dans mon coin. À attendre. Une main. Tendue. Une toute petite main. Qui ne vient. Jamais !

11 janvier 2014

[Création] AnnaO, D’après I dont speak english / Férocéroce [Libr-@ction – 15]

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De la poésie comme critique du langage et du "réel" même… Cette 15e livraison ressortit à la visouïssance : agissez avec vos sens ! [Lire Libr-@ction – 14]

 

Et la télé qui grésille de gris infinis

danse virevolte en silence sur un nocturne de Chopin palpable.

 


Il y a quelqu’un comme ça dans ces gris-là

qui se jettent à la bouille d’interférences paisibles,

juste une histoire possible,

 


du pur réel embrouillé et surajouté,


 

comme nommément the human.


En anglais ça sonne plus nombreuxI don’t speak english.

 

Je ne s’en démêlera pas pour commencer,

comme dans les films de Zola.

 


Fatiguée and co, vivre à louer.

Face vif argent.

Au bord d’elle, sur l’erre d’unVeuillez agréer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et laisser les précautions pures peurs et autres encombrants à côté,

au profit du processus.

 

 

 

 

 

Les cheveux nus, le corps à côté


 et ça se complique comme ça s’assemble.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du verbe ventre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

T’es poupoupidou ou pas  ?

 

 

 

 

 

 

t’étaistoutepoupoupidou!

et le réel t’a rattrapée,

c’est pas fait pour,

et ça continue d’un je bizarre vire au vivre,

le sol ça guette facile comme ça existe, des mêmes-mots

reviennent en traces sur le corps, des mots venus du pays de la

perte, et on se fait tout agir des mots, c’est à cause des

définitions, et d’un hors lieu des mots c’est en même temps, de

ce lieu out-law et plus de lieu, le sol ça guette facile comme ça

existe, du pays de la perte, on n’en revient pas, on en reste. et

ça continue d’un je bizarre vire au vivre.

et on se dupe qui peut.

 

 

 

 

 

 

 

à corps et à travers.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

( D’après I don’t speak englishin english

Anne-Olivia Belzidsky (AnnaO)

 

Férocéroce, extrait de Trash-Beauty

texte & musique : AnnaO

guitare, voix & autres sons : AnnaO

Batterie : Camille Ollivier

 

She was a Princess, image : AnnaO )

 

 

11 décembre 2013

[Texte] Romain le GéoGrave, – la pièce – [Libr-@ction – 14]

À déclamer partout… cet extraordinaire agencement répétitif  – libre & critique… En cet avant-fête de dindes, faites vôtre cette Libr-@ction… [Lire Libr-@ction 13]

 

dans une pièce sans fenêtre

des mecs enfermés attendent des pièces

ce n’est pas une pièce sans fenêtre c’est la rue

mais le décor dans leur tête c’est sans fenêtre

parce que de toutes façons ils ne peuvent pas tirer le rideau pas de décor pas de jeu pas de pièce de théâtre

le théâtre n’est pas jeu n’est pas virtuel ou alors ils sont bons acteurs ces mecs leurs yeux ne sont plus des fenêtres

des yeux qui ne regardent pas par la fenêtre

des yeux fermés comme leur poing sur la petite pièce mais

fermé le poing n’accueille pas la petite pièce ils se renferment alors un peu les poings au fond des poches

vides parce que trouées le

vide remplit alors ils attendent les yeux dans le

vide qu’une bonne mère de famille passe mais aujourd’hui il n’y aura pas l’enchantement de la maman qui aime tout le monde

il n’y aura que désabusé et compagnie tristes sires la cravate au vent qui passent rapidement presque

ils marchent presque

ils sont presque

tout est presque

ils foulent le macadam mais le macadam bouge le macadam remue mais le macadam n’est pas macadam c’est un macchabée non une sorte de fusion entre l’être et le bitume

pas encore il faut pour que le macadam devienne macchabée la douce alchimie politique de l’hiver

pas l’hiver le temps le froid la bise la météo les feuilles l’humide non l’hiver des cabinets feutrés des chauds bureaux

il fait bon être dans ces cabinets les costumés pensent à leur panse mais un peu aussi à celle des mecs qui sont dehors qui se macadamisent

ceux qui n’ont plus de fenêtre dans leur tête pour s’évader et pour eux il n’y a guère que la fenêtre ouverte sur la pils

et donc ces braves gens heureux se soulèvent de leur siège pour se resservir un café avant de négocier avant de parlementer

parce que parlementaire ça parlemente avant de faire un bras de fer parce qu’il y a des enjeux et que les enjeux ça n’attend pas

et là les petites pièces elles tombent plus vite que les feuilles en automne et là il faut absolument que le fric sorte des poches

et là les poings ne sont pas fermés les mains s’ouvrent

et là les petites pièces sont plutôt grosses

et là les mains se referment plus vite que les fenêtres qui claquent dans la tête des mecs

et là plus question de récupérer son fric de taper un coup de grole dans la sébile

et là finalement le poing refermé demande encore du fric parce qu’il ne fait pas assez chaud dans ce bureau

parce que même s’il fait froid dehors et bah les mecs dehors ils s’en tapent qu’il fasse encore plus chaud dans les bureaux

parce que de toutes façons ces mecs laissent les fenêtres ouvertes alors pourquoi se plaindre parce qu’en plus ces mecs ils sont les machinistes les preneurs de son et les cadreurs de cette pièce audiovisuelle qu’ils ne savent même pas qu’ils jouent

parce qu’en fait on les baise ces mecs et ces mecs se faire baiser ça leur est finalement bien égal tout dépend de qui les baise et pour quel service après tout

parce que les poches vides les poings fermés les fenêtres qui claquent les vitres qui volent en éclat tout ça c’est de la littérature et on sait bien que la littérature ne nourrit pas ces mecs

 

ASSEZ ! je vais gueuler sinon ! je vais me mettre entre parenthèses (plantons-le ce putain de décor ! alors voilà ! c’est simple on prend des parvenus des vulgaires des irrespectueux des avides de pouvoir des poufiasses en blond des camés au pouvoir des abrutis du social ! on mélange mes amis on mélange ! et on concasse et on filtre ! et malheureusement il n’y a que de la bouillie d’anus qui en sort ! de la merde ! bref l’enchantement poétique c’est pas pour demain ! et on négochie on négochie on chie des convenchions ! à la pelle à merde qu’on en sort ! et tout ça se déroule dans une pièce pleine de fenêtres ! alors là pour le coup des fenêtres ! on voit on se voit on s’entrevoit on se revoit on fait plus que s’apercevoir ! on revient vers et on repart dans ! des poings aussi ! sur la gueule que les mecs pourraient les voir mais c’est sur la table qu’ils reposent ! en paix ! en paix bien fermés sur la petite pièce ici la pièce c’est du chèque en barre c’est pas du sang provision ! ici dans cette pièce à fenêtre les provisions avec le chèque on peut en faire pendant dix ans ! mais ce fric c’est pas du tout pour ça ! pour aider les qui ! les macadamisés les vieux les pauvres les pauvres vieux ! avec leur gueule de faux Christ abusés ! là maintenant juste maintenant il faut cesser les mots ! tous les mots ! les mots qui se disent dans les bureaux ! et ceux qui ne se disent surtout pas sur le macadam ! les mots ne sont plus nécessaires ! maintenant ! juste maintenant ! ils doivent disparaître progressivement ! les mots ! plus de mots pour dire ! de mots pour dire de mots pour dire ! les mots sont pourris ! les mots sont hâves ! les mots sont mal rasés ! les mots puent des pieds ! les mots sentent le picrate de derrière les fagots ! les mots princes de la mendicité ! les mots sont gelés ! les mots survivent sous les couvertures ! les mots c’est la queue à la soupe populaire ! les mots sont assuétude ! les mots tox ! les mots sans-papiers ! les mots mange-merde ! les mots parlent polak ! les mots sont des bougnoules et des niaks ! les mots squattent la langue ! les mots ont des projets ! les mots ironisent les situations ! les mots ne demandent plus rien ! les mots veulent tout ! les mots sont tout ce que ne sont pas ces mecs ! les mots les font disparaître dans des définitions des classements des recensements ! les mots sont enfumés ! les mots sont quotidiens ! les mots emmerdent tout le monde ! mot à mot les mots n’ont plus de sens alors voilà)

 

et maintenant que je sors de la gare et que je piétine sur le macad’homme, je me rends compte que je me fonds moi-même dans le bitume. je ne m’en fais pas, il fait froid mais je suis couvert. je ne crains rien à ce moment. j’observe, comme à mon habitude, les conditions de vie des mecs. je pourrais faire partie de ce groupe de mecs, puisque les mots peuvent le dire, alors je peux le faire. tu peux le faire, espèce d’esclave. au moment où je suis prêt de m’effondrer, une main me rattrape. cette même main a un bras et au bout du bras un mec. le mec me tient par la main. c’est bien la main d’un mec, d’un mec qui s’est macadamisé, d’un mec solide tout de même je sens sa poigne ferme presque douloureuse dans mon avant-bras. le mec a une voix, la voix me dit de me barrer de là, que je n’ai rien à foutre ici. pour une fois, je le prends au mot. si c’est un mec qui le dit, il faut le croire, il y a des moments où les mots vous sortent de la merde, vous ramènent chez vous. je sors de mes songes et je repars vers la gare. il y a belle lurette que je ne me rends plus compte de l’espace qui me sépare du macadam. cette fois encore je suis tiré d’affaire. par un mec. l’un d’eux.

23 novembre 2013

[Texte] Edith Msika, tous ces trains tous ces rails [Libr-@ction – 13]

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En lisant cette curieuse contribution d’Edith Msika, attention à ne pas dérailler… [Lire Libr-@ction 12]

 

tous ces trains tous ces rails

 

se remettre dans le temps, lorsque la vue de ce temps ridiculise absolument, définitivement, qui on a été dans ce qu‘on a été : n’est pas qui dans le nihil, est qui dans un ce que, dans le temps de ce que, dans ce ce que qui traverse ordinairement les qui

 

***

 

Les rails se dissolvent dans leurs trajectoires mêlées. Les rails font éprouver le fading de la trajectoire ; pour que les trains puissent circuler, les rails doivent s’évanouir dans d’autres rails. Le parallélisme des rails s’évapore parfois, mourant comme l’ombre d’un dessin, dans d’autres.

              Dans un taxi. Dans le métro. Devant des rails. Devant des trains à nouveau.

De la neige sur les rails. Plein soleil. Lentement un train entre en gare. Bercement des trains, freins crissant. L’absence de nécessité irradie le moment.

Des trains se croisent. Bruits métalliques. Un pont de chemin de fer. Et, depuis des quais de trains, de métro, un regard se pose sur les rails. La vue sur les rails accentue l’illusion de la cohérence.

Le train de Picardie, une nuit. Le train de Picardie fonce dans la nuit, il n’y a que le train de Picardie à rouler aussi vite. Le train de Picardie semble toujours pressé de rentrer chez lui.

De petites locomotives rouges circulent, jamais perdues, à vitesse constante, sur les rails refaits.

Mer de rails, mer de bruits, inlassablement de bruits attrapés, de bruits composés, mer au loin vue, mer de bruits chuintant avec voix affaiblies par la distance.

Ce qui s’écrit à côté des fruits jaunes n’ébruite rien du train qui passe, des coups de marteaux répétés sur des objets métalliques, des coups métalliques sur des objets minéraux, du béton, du ciment.

Les trains se croisent sur les traverses du temps.

 

***

le temps suspendu enclôt le temps revenu, le temps lorsqu’il a cessé d’être suspendu : le temps quand il revient du suspens, parce qu’il revient, qu’il a été suspendu, dans le souffle d’un ouragan net, d’une catastrophe, de quelque chose qui suspend aux portes du temps – le temps suspendu est le temps qu’il revienne, le temps qu’il revienne, on ne sait pas combien ça dure -,

le temps est revenu, après des jours des mois des années de suspens, la certitude arrive, le temps revenu comme il revient à lui après une absence, est le temps après une absence, le temps que prend le temps après sa propre absence, le temps ne disparaît pas mais s’absente, on ne le sait que parce qu’il revient, on ne sait pas quand, mais un jour il y a : le temps revenu,

le temps revenu apporte avec lui sa propre couleur, sa propre temporalité : le temps revient, mais autrement, il ne revient pas le même, ne revient pas au même,

le temps revenu serait le temps du possible, après le temps suspendu,

le temps revient de son suspens

 

 

 

 

 

17 novembre 2013

[Texte] Fred Griot, Je ne me tairai plus [Libr-@ction – 12]

Les temps sont revenus pour tout écrivain ou citoyen qui se respecte, non pour jouer aux bêle-âmes, mais parce que l’heure est grave, de sortir de ses gonds comme de son confort.
C’est ce qu’a choisi de faire Fred Griot – dont nous avons présenté récemment le dernier livre, Cabane d’hiver -, à la fois sur son blog et pour Libr-critique : comme toutes les autres contributions à Libr-@ction, "Je ne me tairai plus" vise à être lu, partagé, tonné, échangé, commenté. Un grand merci au satiriste Joël Heirman d’avoir accompagné de son talent ce texte que vous gagnerez à lire, relire et clamer. [Lire Libr-@ction 11 : texte de Thierry Rat]

 

Frères humains qui avec nous vivez,
et après nous vivrez encore,

Il est temps.
Aujourd’hui une gangrène, majeure, historiquement récurrente, à nouveau essaime : celle de la montée des mouvements identitaires, excluants par nature…
Il est temps alors de prendre voix, temps de dire avec force, publiquement et non plus seulement dans un entre-soi. Temps de ne plus se taire.
Il est temps, temps de se mettre debout, de lever la tête, de se soulever, de s’indigner. Temps d’hurler même, si nécessaire.
Il est temps de lutter, pied à pied, détail par détail.
Temps de dire notre opposition radicale, inébranlable, définitive.
Je n’aime guère cette expression préconisant qu’il est le moment de se compter, car il ne s’agit pas d’exclure à notre tour, mais il est toutefois temps d’avancer, de lutter, de s’opposer d’une voix commune contre cette nécrose, cette lèpre de la vie sociale libre, fraternelle.
Il est temps de parler.
Et parler commence par témoigner.

Longtemps je me suis tu… observant, silencieux… et pourtant voilà près de trente-cinq ans que ces périodes historiques de montée ou d’avènement des mouvements autoritaires me hantent, et que cette tentative de compréhension, fleuretant parfois avec les limites du dicible, m’a amené à me documenter consciencieusement sur le sujet.
Que cette conscience ait commencé par l’incapacité viscérale à supporter et à assister aux moqueries des cours d’école, aux jeux idiots de ceux qui tiraient plaisir de leur cruauté envers leurs camarades, cela est à peu près certain.
Puis j’ai vu, gamin, en montagne, sur les hauts plateaux de maquis, les tombes de ceux crevés pour que mes concitoyens, mes proches, tout comme moi-même, plus tard, puissions être affranchis de la terreur, pour que je puisse exercer ma liberté permettant un épanouissement d’individu.
J’ai vu, approché, adolescent, des groupuscules néo-nazis, à « l’esthétique » de cuir et de Totenköpfe, et j’ai vu leurs départs en ratonnades…
J’ai vu, de nombreuses années, le travail social de fond mené dans la déshérence des « cités », qui n’avaient de cité que le nom, tant le lien global qui la constitue habituellement était dissous.
Tout cela évidemment m’a non seulement marqué durablement, mais a également participé à me préoccuper, autant que faire se peut, de l’autre, du vivre ensemble.
Mon souci constant, depuis toujours, probablement depuis ce sentiment de la prime enfance mais aussi par mon histoire familiale, de résistance, de combat contre les pensées, les élans, les actes de discrédit, de désignation à la vindicte, d’exclusion, de racisme, voire de fanatisme, de destruction, de délire fasciste, doit désormais s’exprimer là, aussi.
Il est alors ce sentiment fort de prendre ici relais de ces morts, de ces ascendants, qui ont lutté, parfois péri, pour qu’adviennent et perdurent les conditions d’une fraternité dont, aujourd’hui, nous bénéficions tous. Tous, oui, malgré ce sentiment actuel d’abandon éprouvé par beaucoup.
En ces périodes d’extrêmes rugosité sociale, économique, nous sommes nombreux à avoir ressenti ce que nous pourrions appeler une violence sociétale ou d’état, et, s’il est possible de comprendre le processus de la déshérence actuelle de la croyance aux principes d’humanité, il n’est pourtant aucune excuse pour basculer dans de désespérantes idéologies.
Dans ces moments-là il faut être bien solide, ferme en pensée, en valeurs, je sais, pour ne pas sombrer dans les idées faciles et puantes des extrêmes, comme tant sont ces temps-ci tentés.

Oui, parfois l’on se sent interdit.
Oui, l’on se sent la gorge serrée, muette, ne sachant que dire, la langue nous en tombant d’ahurissement… Mais il faut désormais, à nouveau, et il y aura à le faire continuellement, dépasser cette sidération.
Nous sommes souvent dans une apathie, une aphasie d’abord. Quelle est donc cette angoisse, cette peur, cette paralysie qui nous poussent au calfeutrage, au silence, que nous n’arriverions à dépasser ?

Les idées nauséabondes ne se discutent pas, elles se combattent. L’histoire, récurrente souvenons-nous en, nous l’apprend.
Car c’est, bien malheureusement, bien tristement, bien résolument, tout d’une guerre dont il s’agit là… Et rien de l’histoire encore une fois ne nous a démontré les facultés de persuasion de la discussion, les capacités de conviction de la rhétorique pour avancer sur ce terrain-là.
On ne parlemente pas avec ces gens-là, on lutte. Ils nous y forcent.
Nous avons voulu encore un peu temporiser peut-être, ne pas rentrer dans la bagarre de suite. Ils voulaient dédiaboliser, continuer à nous faire croire à l’agneau qui déguiserait le loup… C’en est fini, le loup à nouveau a surgi, crocs et babines devant, il n’a pu recéler, réfréner sa nature plus longtemps. Il ressort, séduit, enivré.
Il est temps de dire comme Badinter en son époque, même si cela fut dans un contexte certes différent : « Taisez-vous ! Les morts vous écoutent. Je ne demande que le silence que les morts appellent ! Taisez-vous ! »

Il est, nous le savons, en l’homo sapiens la pulsion d’agressivité, de rejet, tout à côté de la pulsion d’empathie, car la pulsion d’empathie est elle aussi propre à l’homme et n’est pas qu’une « éducation ».
Il ne s’agit pas ici seulement de ce qui serait une lutte de la nature contre la culture. De la facilité, la pente de l’instinct, voire in fine de l’animalité parfois, contre la vision claire, réfléchie, compassionnelle, attentive, ouverte… Ceci dit nombre de citoyens tout de même, par souffrance, mais pas uniquement, par facilité de réflexion également, perte de mémoire historique, se mettent aujourd’hui, comme par le passé, à suivre en bêlant ce qui devient désormais un grand nombre, un trop grand nombre, si ce n’est le plus grand, et où le pulsionnel, le passionnel mènent la danse vers la pente la plus aisée, la plus abjecte…

C’est une libération de la pensée sordide, immonde qui, toujours, a poussé sur l’humus, le fumier, la merde des périodes âpres.
Mais pour que cette empathie puisse fleurir contre le rejet, encore faut-il ressentir pouvoir faire confiance en l’autre, pouvoir compter sur autrui, en avoir l’espace social… car en amont de la morbidité de la pulsion, de l’idéologie radicalisée, il y a un sentiment profond d’abandon…

Je pense ici, d’abord, surtout, à ceux qui ont basculé… à ceux-là, isolés, coupés du tissu d’épanouissement que devrait leur apporter la communauté… Oui je pense à eux dans leur sensation de délaissement, leur ressentiment qui les amènent à chercher, en désespoir, un lien identitaire qui pallierait une absence de lien social.
Mais il ne peut être acceptable qu’une sociabilisation se fasse, se construise sur l’exclusion, la ségrégation.
Le processus est le même toujours : appauvrie, déçue, se sentant déconsidérée, exténuée, dépouillée de ses anciens espoirs, donc malléable, entraînable, ce qui devient peu à peu une majorité est alors prête à suivre même les plus grossiers mensonges… Mensonges faisant miroiter à ces désespérés leur propre avènement, ils sont mûrs, prêts, prêts à suivre… Cela tourne alors en une agrégation massive parce qu’on leurs promet une socialisation nouvelle, qu’ils n’ont plus, qui historiquement dans ces mouvements ne pourrait leur être soi-disant donnée que par le rejet du différent, de la dissemblance… Et c’est une place frelatée, volée en définitive, que leurs chefs leurs voleront ensuite à leur tour quand il sera nécessaire. Mais cela, par presque tous, sera toujours consciencieusement occulté.
Le signe le plus alarmant c’est, qu’au-delà des leaders les plus convaincus, les plus durs, qui n’ont jamais eu honte eux de leur pensée puante, les suiveurs aussi, désormais, n’ont plus honte de se vautrer dans les plus basses idées, pleines de fange et de mépris, déconsidérant ce qui fait une partie de la noblesse de notre humanité, à savoir la compassion, l’attention, la concordance avec autrui, et osent même désormais afficher, revendiquer, se faire une fierté de leurs tentations morbides… Il n’est que d’écouter les discussions de comptoirs actuelles pour se rendre compte à quel point ce fléau, récurrent, répétitif, est revenu, à quel point « des inhibitions disparaissent, des digues sont éventrées » comme l’a dit notre Garde des Sceaux, avec grand recul sur les attaques personnelles dont elle a été l’objet…

S’il faut donc non seulement parler, il faut aussi agir, maintenant, tout autant. Construire ce lien, la condition du vivre ensemble, car il n’y a que cela qui puisse transformer les circonstances d’émergence, d’extension de ces mouvements nationaux, populistes, autoritaires, oppressifs.
Et si l’on peut, peut-être, pour certains, désespérer en un type de gouvernance, en les capacités de rémission d’une société fatiguée, on ne peut, on ne doit désespérer en ces valeurs-là !
Et l’on ne fait pas là de la politique mais de l’humanité !

Il est temps… Il y a des urgences. Demain il sera trop tard.
À nous de voir quel monde, quelle organisation humaine nous voulons affirmer, poursuivre, construire… celle de l’attention à l’autre, et nous ne sommes pas constitués d’autre chose que de l’altérité, nourricière, constitutive de l’individu ; ou bien celle de la trouille, de la peur, et donc de la défiance, de la volonté d’effacement d’une partie de la population que nous estimerions comme indésirable… alors, alors qu’elle est homme comme chacun de nous !

Je connais trop de familles proches dont la généalogie est peuplée de morts assassinés, de morts violentes, de meurtres lâches le long d’un fossé boueux ou au pied d’un wagon à bestiaux en route pour les camps. Et mes filles même en sont la miraculeuse, l’inespérée continuation. Je me souviens du sens vital, quasi résurrectionnel, qu’avait alors pris leur venue, leur naissance pour leur arrière-grand-mère, réchappée. Ainsi elles aussi sont, encore, des rescapées.

Car nous sommes des hommes, et d’une indivisible espèce !
Une devant les bêtes, les plantes. Une, indivisible, quelles que soient les couleurs. Une, née sur la terre africaine, mais capable visiblement aussi de s’inventer parfois un déni de cette unité fondamentale dans un délire singulier.
Et si les nazis, qui ont tenté de dénier à certains cette qualité d’homme, tenté de les expulser de la famille humaine, ont échoué, c’est que cette qualité est indéniable, irréfutable, irrécusable, ontologique. Qu’elle est.
Alors la colère !
La colère depuis trop longtemps face à ces montées de propos orduriers… Je n’ai aujourd’hui que la plume, la voix comme arme, et je souhaite n’avoir que celle-ci à prendre le plus longtemps possible, je décide donc désormais de m’en servir.

Il est temps.
Emparons-nous de ces outils qui nous servent si bien lorsque nous souhaitons mettre en avant nos petites individualités, nos petites créations communes, élémentaires, nos narcissismes dont nous sommes tous, on le sait porteurs…
Il y a une importance primordiale à s’emparer aujourd’hui du langage, et en particulier du nouveau, j’entends le langage numérique social, qui véhicule en l’époque une grande part de nos idées, de nos connaissances et de notre imaginaire. Car nous sommes là tous émetteurs, et qu’en tant que tels nous avons pour charge et responsabilité de transmettre ici de l’information et du savoir pertinents, attentifs, respectueux de l’autre, bien au-delà du simple média de divertissement… Ce sont ici, aujourd’hui, l’un des véhicules majeurs des bases, des outils de notre conscience, de notre lecture du monde, et par conséquence de notre liberté, personnelle, citoyenne, démocratique.
Alors utilisons-le.
Emettre ainsi publiquement son avis, sa conviction, a évidemment une portée politique, mais tout autant une portée poétique, celle de transporter le monde de l’autre avec soi, dans une communion, non pas idéale, idéalisée, mais possible, souhaitable, réalisable, améliorable en partie. Et cette partie-là, souhaitable, améliorable, humaine, suffit pour se lever, et parler dans une résistance ferme, écharnée.

J’ai donc décidé d’ouvrir ma gueule, de me servir de ce petit outil que j’ai depuis de nombreuses années, d’écrire, de savoir faire passer un peu la voix, qui est une tentative de nous dire, de nous comprendre, pour une cause plus vaste que la simple diffusion de mes petites constructions.
Et cet effort nous pouvons le porter, constant, tous.

Il n’est plus temps du silence, ou du souci exclusif de soi.
Dans toute la complexité de tels phénomènes, le geste ici est maladroit, imprécis peut-être, dérisoire, petit éventuellement, d’une portée bien modeste, mais le geste est nécessaire. Absolument nécessaire.
Je ne serai plus de ceux qui se taisent !

Alors à ceux qui seraient tentés au moment de voter pour des partis aux racines brunes, j’aimerais encore oser leurs demander de réfléchir, réfléchir quelques instants… seulement quelques instants… au-delà du ressenti… Voter c’est aller « donner sa voix », littéralement, alors ne la donnez pas aux bouches qui hurlent à la haine, n’allez pas vous jeter dans la gueule du loup. Cela n’a jamais, jamais, jamais sauvé quiconque.

Des lignées de morts, des « tas » de morts, des brouettes de morts, nous écoutent en silence… En leurs noms, en leurs mémoires, en leur humanité assassinée, saccagée, torturée, en leur ascendance dont nous sommes issus, qu’allons-nous dire, qu’allons-nous faire, qu’allons-nous mener comme rêve pour cette terre où il nous a été échu de vivre… et de vivre ensemble ?

Nous ne nous tairons plus.

23 octobre 2013

[Texte] Thierry Rat, Canal libéral [Libr-@ction – 11]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 8:03

Toujours en verve, Thierry Rat, pour sa deuxième contribution à Libr-@ction – qu’il a inaugurée [lire Libr-@ction 1] ! Reste à relayer/mettre en voix/partager…

 

Canal libéral

Libéral liberté anale de chier fée morale jambe bancale pisse pas mal par trou fécal artère d’arrière sale. N’est pas pâle qui empale bulbe papale à poil cardinal 0 coins carrés bestial libéral bulle rose des vents pue gland sorti du dedans des enfants du dortoir, voilà grand-père foutoir croque-mitaine signé bavoir, déambule aléatoire choisi crachoir 12 ans d’âge, appellation contrôlée par complices déjà essuyés. Cannibale libéral allez zo zoo voir bestiaux si t’as mal animal cage ton sort tourne en rond petit patapon à coup de bâton bergère règlera ton compte avant d’aller se faire foutre par pater ronron petit patapon morale pâte à patron sans vergogne ça cogne dans boîte à caca, fils de tulle dentelle abcès tisse ridules d’excitations pimentées émeraude fait danser séant turgescent lorsqu’il fleurira y aura des pommes et tout le monde en mangera sauf scélérats ratés du pâté dominical alléluia pour qui fait caca sans tracas patatras. Libéral mon amiral n’avale pas giclée rame sans faiblir vers terres libérales, patries corsaires des rois faussaires torche derche des forbans patentés, liberté chérie muse capitale l’état tas c’est ton dada l’état mine ta vitamine mettre à bas la vermine. Statue de lumière cœur des idées farces, dinde sidérante signale l’entrée du poussier, actions de graisses s’envolent à lipide city, in gode we trust bien fourré dans l’anal lustré, ça fait rêver torchon d’étoiles voie libérale du système salaire, circulez y a rien à voir prend ta part mon gaillard sinon crève au placard. Libéral canal ripe peau de banane gamelle patatras le chibre pensée du veiné dressé, caniche mumuse nonosse plastoche petits bonds saute-moutons condescendant l’escalier façon accordéon fête à neuneu du champ montent clameurs barbecue fanfare célèbrent nanar le briscard apothéose des névroses vite fait bien fait passe en caisse mon lascar. Hume la loque avachie de principes moraux vaches de taches meuglent au pré tendre pousse humus fertile des idées rectiles. Libéral trou de balle liberté des Huns crame steppe des autres avec application méthode et précision tout l’art du pyromane. Tout l’art du libéral.

14 octobre 2013

[Texte] Bernard Desportes, Baal – extrait [Libr-@ction – 10]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 19:40

Pour cette dixième livraison de Libr-@ction, nous sommes très heureux de vous donner à lire/déclamer en exclusivité un extrait du prochain roman de Bernard Desportes – dont la parution constituera un véritable événement. On retrouvera dans Baal la même géographie mentale que dans L’Éternité ou Une irritation.

 

Baal est une vaste cité en collines et terrasses qui surplombent l’océan, hauts fourneaux aciéries métallurgies tréfileries peausseries tannages fabriques de pneus de goudron de cordes plâtreries tuileries, fumées ocre rouille âcres, ville infinie industrieuse miséreuse ouvrière aux rues grises et noires d’émanations toxiques de suie de poussier aux mendiants croupissants amputés ou sans yeux, rues sans nom encavées encastrées au fond de hauts immeubles de brique ou de béton délavés battus par les pluies le grésil les vents de sable, rues couvertes de serviettes de draps sur des fils qui flottent comme des voiles et descendent de quartiers populeux en cités laborieuses sombres tristes en pente douce et rêveuse vers la mer aux abords de laquelle elles se transforment alors par une sorte de miracle barbare en un lacis de bidonvilles et minuscules ruelles violemment blanches ouvertes odorantes et criardes tout autour du port sous des éclairs soudains de soleil entre les grues et les mâts dans des quartiers de gouailles de rires et de putains au long de trouées grouillantes ivres et puantes qui chavirent et s’entrelacent, à l’est autour des chantiers navals des docks et du port, à l’ouest jusqu’à l’immense cimetière marin qui longe l’océan derrière des terrains vagues succédant à d’autres terrains vagues où campent au milieu de millions de tonnes d’ordures à ciel ouvert des gueux des errants des malades de vieilles putes et des travelos épaves des incurables logeant à dix douze ou quinze parmi des vieillards largués par leur famille des enfants nus venus de nulle part des aveugles des estropiés des mutilés des idiots ou des fous que l’abandon la solitude la douleur ont conduits à se réfugier ici, ultime étape dans le chaos de leur vie, parmi les leurs, avec ces hommes et ces femmes qui n’ont plus d’humain que ce qu’il leur reste de mémoire et ce fond de dignité invisible, si raillée, désuète, archaïque, grotesque aujourd’hui, qui parfois protège encore, comment est-ce possible ? les plus démunis de la folie des assauts voraces du monde,

ils vivent tous là ces intouchables, pour les plus chanceux dans des baraques de tôle ou de carton des abris de toile éternellement battus par les vents âpres et salés venus de l’océan, pour les autres à même le ciel où au milieu des immondices des rats des chiens et des oiseaux, hommes femmes enfants mangent dorment urinent défèquent et s’accouplent, chacun parmi tous, les hommes et les adolescents prenant indifféremment femmes ou enfants qu’ils engrossent ou possèdent sans répit, sans compter, sans autre regard sur l’avenir que la faim immédiate et la longue nuit qui marche et descend sur l’immense décharge comme elle descend sur la terre et la couvre, la recouvre, l’enserre dans ses peurs, ses rêves et ses cris, la mer les berce et les protège, le mer, la vaste mer qui quelquefois les appelle et les emporte en secret, elle leur offre alors en ses vagues l’accueil qu’ils n’ont pu trouver sur la terre, dans la lumière et les senteurs, les murmures, sous le soleil d’août ou les pluies de novembre, sous les grands vents de l’automne qui tant bouleversent les âges ou ceux du printemps qui tant affolent le sang l’esprit et le désir des hommes dans toute la pourriture, la sordide beauté du monde,

aux abords du cimetière de Baal, gigantesque usine de recyclage de cadavres pour nourrir la terre, se trouve sur l’un des tout derniers terrains vagues proches de l’océan parmi les monceaux d’ordures assaillis de mouettes et goélands le terrier de Majah, négresse décharnée sans âge édentée borgne qui fut jadis mère de deux adolescents de quinze et dix-sept ans, disparus un jour il y a près de vingt ans sans que nul ni en ville ni sur les décharges ne sache ni pourquoi ni comment, devenus putains esclaves ou transformés en pourvoyeurs d’organes, dans tous les cas morts aujourd’hui, forcément morts, elle persiste, elle, à croire qu’ils ont survécu jusqu’à ce jour et qu’elle les verra un matin venir vers elle du fond de ces terrains chaotiques où campent les charognards, du fond de ces routes désertes éventrées par le soleil, oui, ses fils reviendront arracher leur mère à la décharge du monde, ou peut-être sont-ils morts mais alors elle verra leur dépouille arriver jusqu’ici, au cimetière, par le camion qui chaque matin ramène tous les morts de la nuit ramassés dans la ville, et pour cela chaque jour à l’aube elle grimpe sur cet arbre centenaire sorte de baobab dressé à l’entrée du cimetière d’où elle peut voir tournés vers le ciel les visages des morts, tous ces corps entassés emmêlés les uns les autres dans la benne, quand celle-ci s’arrête quelques instants au pied de l’arbre attendant l’ouverture des grilles du cimetière, de son œil unique, étincelant, immobile, elle regarde, elle regarde, elle cherche ses fils, elle sait qu’elle doit revoir ses garçons avant que la terre les prenne, elle ne pourra à son tour offrir son corps aux vents aux saisons aux oiseaux qu’à ce moment-là,

en ce mois de septembre brûlant accablé exténué de soleil brûlé rongé par le sirocco et les insectes, la morgue qui jouxte le cimetière semble endormie,

mais il n’en est rien,

il est cinq heures de l’après-midi, on voit par les grilles du bâtiment ouvertes sur la route et l’étroit terre-plein qui le sépare de l’océan la cour déserte de la grande morgue de Baal,

les bourrasques font s’envoler par tourbillons le sable qui recouvre le sol de la cour et apporte emporte renvoie loin au-delà des murs d’enceinte du cimetière, couvrant en partie toute la ville, cette odeur venue d’une autre cour derrière, invisible d’ici, odeur fade et persistante, lancinante, obsédante qui tant aura imprégné la mémoire de Baal en liant irrémédiablement à ses années d’adolescence ces relents nauséeux dont il parlera longuement plus tard à Annah, un soir, dans un de ces instants si rares où la paix mon Dieu est-ce possible semble prendre possession du corps, lui parlera de cette odeur dont on ne pouvait se défaire, dira-t-il, et ce sera une des raisons qui l’auront forcé à fuir cette ville (raison aussi forte aussi dure que ce dont il savait déjà que la Fossoyeuse ne tarderait plus à exiger de lui), cette odeur comme celle des tourbières trop longtemps ouvertes et souillées, décomposées, odeur pitoyable et honteuse, odeur obscène des morts abandonnés depuis un jour ou deux en plein soleil, cadavres ou agonisants ramassés en ville et déposés là, nus, en vrac, à ciel ouvert, certains encore vivants mutilés blessés plaintifs les yeux crevés ou déjà morts, entassés les uns sur les autres, mêlés, exposés au soleil, épaves pourrissantes sur lesquelles s’acharnent les mouches et, déjà, hésitants mais revenant sans cesse à la charge, les oiseaux, les grands oiseaux blancs puissants et voraces que l’océan ramène avec la marée,

cinq heures en cet après-midi vibrant sous la chaleur, le silence étale et profond du ciel uniformément bleu, ciel brisé, hanté par le grondement sourd, violent, répété des vagues vertes et noires montées de l’océan à l’assaut du rivage, des rochers, des murs d’enceinte de l’immense cimetière marin de Baal,

sous les ordres secs et brefs de Kamal une dizaine de jeunes nègres de seize à dix-huit ans trient les vivants et les morts, ils prennent du tas grouillant, mouvant comme un nœud de vers, par une jambe un bras une tête les corps nus emmêlés les uns dans les autres, ils les dénouent, les séparent, tranchent parfois à coups de machette, ceux qui vivent encore sont immédiatement remis dans la benne et emportés plus loin dans un bâtiment fermé, secret, où l’on procède à la récupération des organes, trafic particulièrement lucratif ne bénéficiant qu’aux blancs les plus riches et à quelques noirs dont la collaboration active et sans faille constitue un atout essentiel à la survie du régime, tout est récupérable chez ces jeunes nègres : le sang, les yeux, la langue, le larynx, la trachée, les poumons, le cœur, le foie, la rate, les reins, les veines, l’estomac, les intestins, la vessie, le sexe, les testicules, les bras et les jambes, les pieds, les mains, la peau, le cerveau seul faute d’une connaissance scientifique suffisante échappe encore au recyclage pour la réparation le rajeunissement la prolongation permanente des nantis qui ainsi retrouvent l’éclatante jeunesse d’un corps recomposé prolongé d’une tête couverte d’implants, sans rides, hagarde et décérébrée au sourire immobile : la tête idéale d’un speaker d’informations télévisées,

les morts, anonymes pour la majorité d’entre eux, jetés en tas, sont envoyés au lavage, la plupart de ces anonymes, des adolescents, sont déjà amputés, ils ont été violés et torturés, égorgés, certains décapités, une fois lavés ils seront encore, pour les plus beaux et les plus jeunes, par ces adolescents perdus désœuvrés sans avenir à qui ils sont confiés pour qu’ils les lavent, longuement et collectivement violés, ouverts, découpés, saccagés, rendus méconnaissables avant d’être enfin, comme des jouets cassés, jetés indistinctement dans ces vastes fosses creusées dans la terre à cet endroit où elle est la plus meuble et tendre, au sud du cimetière, contre les murs qui font barrage à l’océan, ils s’écouleront là en paix, leurs restes seront drainés par les eaux, emportés par bribes dans les fonds marins où ils serviront de nourriture d’appoint aux grands poissons avides et muets,

les jeunes nègres employés au nettoyage des morts, comme ceux chargés de leur mise en terre, ont tous été abandonnés, enfants trouvés ramassés au hasard des rues et des rafles ils sont tous à présent les enfants de la Fossoyeuse qui se déclare la mère de chacun, c’est elle qui les a choisis à l’Assistance quand ils avaient dix ans, elle les a conduits à l’école jusqu’à la puberté puis ils ont été mis au travail, chez elle, à la grande usine du recyclage des morts, Kamal, aidé d’une douzaine de gardes-chiourmes armés d’un flingue et d’une matraque électrique, se charge de leur surveillance de leur obéissance de leur soumission, vers quatorze quinze ou seize ans selon leur taille et leur développement ils sont envoyés dans le lit de la Fossoyeuse, nus, le corps débordant de sève, ils doivent, sous le regard impassible de Kamal, gravir cet énorme tas de chair de graisse et de plis pour s’engouffrer entre les cuisses de leur mère et tâcher de la faire jouir, s’ils échouent ils seront mis au pain à l’eau et à une viande crue dont nul ne connaît la provenance, le corps fouetté pour aviver leur force, leur sang, leur laisser peut-être une seconde chance de monter quelques nuits durant ou quelques jours la Fossoyeuse, leur mère à tous,

la nuit, tandis que s’accomplit sans fin le viol silencieux des cadavres et le lourd labeur toujours recommencé acharné insatiable de l’impossible apaisement des chairs de la Fossoyeuse, on entend les cris et les hurlements de ceux qui, mis avec les morts, vivent encore et dont on arrache à vif les organes, et dans les rares moments de silence si l’on tend l’oreille on perçoit, du côté de l’océan, au-dessus de la morgue et au-dessus du cimetière, comme un vol lent parcourant la ville de Baal qui jamais ne s’endort, la longue plainte de ceux dont on vide le sang,

dans le basculement du monde au cœur de la nuit barbare monte vers le ciel le hurlement âpre sombre lent et sans joie de l’océan qui jamais ne s’endort,

au matin, à l’aube, le ciel est bleu pâle,

1 octobre 2013

[Texte] Hourra Marinella, Gugusse a le chapeau v. [Libr-@ction – 9]

La poésie comme art de vivre de l’émeute… C’est ce que vous propose aujourd’hui H. Marinella : à répandre comme une traînée de poudre…

 

le stade du développement économico-politique

le stade de la tête qui se dissout, du corps après qui se dissout dans les choses du développement économico-politique […] le corps qui va bosser, puis qui revient d’être allé bosser

[…] le corps dont le monde est la part tout entière qu’est dissoute

 

le silence de la mort de soi avec les déluges qui rentrent

[…] les bus et les métros qui rentrent

 

les richesses des choses, c’est ça que la création va pas être reconduite

 

le père noël du développement économico-politique […] dans la part tout entière du monde qu’est à nous, tous les corps ils déboulent en même temps avec toutes leurs têtes […] on y déboule tous en même temps que maintenant, on prend la parole du déboulement […] qui déboule de tous les coins de notre tête ou de nos mains, qui fait des bruits de cercueils qu’on ouvre de l’intérieur, de cohues de planches qui giclent de nos bouches. Les manifestations pour la défense des droits sociaux y aura un silence lié à leur disparition […] au lieu de quoi yara du vacarme d’émeutes […] le vacarme d’émeutes c’est ça qui constituera la substance du monde. Ne construisons aucun monde, faisons du dégât de monde, le monde sera le monde de son dégât […] tous les lieux du monde résonneront de son dégât, la musique de son dégât c’est ça qu’on entendra partout dans le monde. Y aura pas à attendre (l’apocaca ou le grand soir), y a tout qui s’ra là, y a tout qui s’ra sous tes yeux, tu s’ras sous tes yeux. Dans le monde où on aura supprimé l’appel à la négociation, parce qu’on l’aura remplacé par l’appel permanent au cri de l’émeute, t’auras rien à attendre qui n’est pas l’émeute en train d’avoir lieu, chaque heure ça sera l’heure de l’émeute, chacun il verra constamment midi à sa porte de l’émeute […] il se lèvera et il dira : tiens, c’est mon heure de l’émeute […] toujours t’appelleras tes potes pour leur dire que t’es en train de servir l’apéro de l’émeute, et tes potes ils voudront toujours bien venir de prendre l’apéro de l’émeute. L’émeute ça sera un art de vivre de l’émeute. Ça sera un art de vivre à la française de l’émeute

 

y a les poèmes qui passent à côté des endroits, et les poèmes qui passent en plein milieu des endroits

y a les poèmes où t’es en plein milieu des endroits, et tu les regardes passer en plein milieu eux aussi

[…] y a les poèmes qui se passent sous tes yeux, à l’intérieur et à l’extérieur de sous tes yeux

[…] qui charrient des plumes, du ciment, des élastiques, des bonnets en caoutchouc

des écailles retournées

ils charrient du ciment qu’on peut manger pour la tête

pour qu’après on lance sa tête pleine du ciment des poèmes

 

tout le corps des poèmes c’est dur comme du ciment (dur comme des têtes de taureau et baissé, dur comme des culottes) […] le monde de ciment de corne des poèmes, il est fait pour rentrer contre ta tête, il est fait pour que le monde de ta tête c’est exactement la même chose que le monde de corne des poèmes […] le monde à ras de terre des poèmes qui fonce dedans à fond la caisse. Les poèmes, ils foncent dans l’eau, ils foncent dans la gorge, et ils foncent dans le sable. On fait le feu avec les poèmes, le feu qu’est mis dans ta poche, le feu sous les nénuphars de ta poche […] et toi t’es planqué avec le feu sous les nénuphars, t’es là comme ça. Y a tout le monde qui sait pas que t’es là, alors il regarde l’eau et il sait pas qu’il regarde le feu de l’eau (car il est dans ta poche). Il regarde l’eau et il se dit je sais pas quoi […] il se dit peut-être que si il se penchait au-dessus de l’eau, il pourrait voir le feu de l’eau, ou le vent qui souffle sur le feu de l’eau, sur l’enclave du feu de l’eau. Il pourrait voir l’eau retournée, et le feu qu’il y a dedans, et lui aussi il serait dedans, il serait en train de foncer dedans […] avec sa bouche il est en train de foncer dedans […] avec sa vie, avec les tentacules sacrés de sa vie, avec les tuyaux de sa vie dans lesquels il est, dans lesquels il passe et il se repasse à travers, il ferait l’osmose entre foncer et foncer avec les tuyaux de sa vie, il se foncerait dans les bras de sa vie […] les bras de Danube de sa vie, les bras de Château-Thierry de sa vie, les bras de ponchos, de méduses, de cils et de survie de sa vie […] les vagues de bras […] la première vague de bras qu’a existé (au moment de l’avènement que l’existence existe). La vie complète, la vie qu’est pas amputée, la vie complète c’est quand tu rajoutes la mort avec, la vie où la mort elle est de son côté, et où ça s’embrasse […] où ça résiste à ne pas s’embrasser. La vie qu’est à l’aise quand y a tout qu’est emporté dans la résistance, quand la vie et la mort ça fait un, quand y a tout qui résiste à la dissolution de ce qui fait un. Tout ce qui fait un est entièrement embrassé sur lui-même, et l’ensemble des lui-mêmes ça n’a pour ainsi dire ni début ni fin. L’ensemble des lui-mêmes ça fait un […] le début ça fait un et la fin ça fait un aussi, car c’est entièrement embrassé ensemble […] c’est entièrement emporté dans l’action directe de faire un. Tout se joue une fois entièrement, tout n’a aucune possibilité de résurrection, tout sort de la scène et s’enfonce au fond du un […] pour ne faire plus qu’un avec le fond […] tout ce qui ne résiste pas à flotter à la surface, on va bien rigoler quand le moment viendra où ça va se mettre à s’enfoncer au fond de son un, quand ça va s’enfoncer comme un château de cartes. Ton sort de faire qu’un avec ton fond, c’est ton sort qu’est entre tes mains […] ton sort de vivre sur une planète où t’es au fond, où t’es un qu’est au fond […] où on peut te compter jusqu’à un, te compter à la lumière de ce qui est uniquement un, à la lumière qui fut venue toucher le fond. Nous sommes ce qui fut venu jusqu’à nous au fond. La vie que tu vis elle est d’accord avec les résistances possibles, c’est même ça qu’elle ne sait rien faire d’autre qu’être en accord

21 septembre 2013

[Texte] CUHEL, Pourrissez vos enfants ! [Libr-@ction – 8]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 8:02

En ces temps de rentrées, sont visées les "chairs-à-conso"…
Et alors, qu’attendez-vous ?
Avec CUHEL – dont vous connaissez le site Usinareva – Libr-@gissez ! – lisez sans lisser, distribuez, clamez…

 

 

Pourrissez vos enfants !

 

Programmer un-enfant-nommé-désir

Prévoir prédire diagnostiquer programmer beauté santé destinée identité immunité sanguinité généticité plasticité idéalité réactivité efficacité productivité flexibilité mutabilité communicabilité

Stimuler booster avec la PAO « spécial pré-natal »

Installer configurer vérifier corriger optimiser

Bichonner équiper contrôler

Programmer Tout-à-l’Ego

Programmer adaptateur social (AS™) accélérateur de croissance (AC™) optimisateur de performances (OP™) tutoriel de formation (TF™) Intelligence Artificiellement Développée (IAD™)

Autonomiser immuniser insensibiliser

 

Investissez dans votre PME1

Pas de meilleur placement !

 

Botrytruster votre PME !

Le paléomanisme est mort

Vive le HTA2 !

 

Doté d’un prodigieux CUL3

votre homoncule

est conçu pour être aréseaunné

Jamais sans mon GS (Global System) !

Botrytis Homonculis

lui assure une saine pourriture

le programme CHAROGNE

active la décomposition de ses défauts héréditaires

= Curiosité

= Humanité

= Affectivité

= Raisonnamabilité

= Organicité

= Générosité

= Naturalité

= Excentricité

 

Alors n’hésitez pas

Pensez à leur avenir

Pourrissez vos enfants !

Il faut être réaliste

Pourrissez vos enfants !

Ils vous le rendront bien…

 

Il faut être réaliste

l’Enfant-Pourri est le fruit

de votre mérite

l’Enfant-Pourri est votre réussite !

Tête-à-gnac

Chair-à-conso

Prêt-à-chauffer

Prêt-à-cheffer

Prêt-à-fonctionner

il croît

dopé à la croissance

dopé à l’obéissance

il croît

adepte de la croissance

addict à l’obéissance

il croit

fanatique de la croyance

il croit

marche droit devant

marche ou crève

taille droit dedans

trie crie chie

sans scrupule

il stipule

spécule

crapule

mandibule

somnambule

mais jamais ne recule

 

Bien adapté à la satiété

il réussira

il prospèrera

il se démerd®a

il vous dilapidera

 

Ego parmi les Egos

Gogo parmi les gogos

il vivra à gogo

s’éclatera à tire larigot

– vous rendra dingo

 

 

Alors n’hésitez pas

Pourrissez vos enfants !

Ils sont l’e-monde de demain

Pourrissez vos enfants !

Faites leur confiance

Ils sont votre perte de conscience

Pourrissez vos enfants !

Parce que vous le voulez bien

Parce que vous le valez bien

Parce qu’ils le valent bien

Parce qu’ils le veulent bien

 

 

 

1 Progéniture Modernement Éduquée.

2 Homoncule Technologiquement Augmenté.

3 Cerveau Universel Logique.

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