Libr-critique

2 avril 2017

[News] News du dimanche

Ce soir, découvrez le premier numéro de la revue Babel heureuse, mais aussi le colloque sur les excentricités… RV avec la revue GRUPPEN en fin de mois… Après-demain, RV avec Lisa Robertson…

 

â–º Découvrez le premier numéro de la revue Babel heureuse : ici

â–º Lisa Robertson / Contrat maint, le mardi 4 avril 2017 à 19H, à l’Adresse du Printemps de septembre (2, quai de la Daurade, Toulouse).

« Une jeune femme regarde ouvertement hors du tableau. »

En avril, contrat maint invite Lisa Robertson, poète et essayiste canadienne. Dans ses livres, 
poème et essai ne sont pas deux genres imperméables l’un à l’autre. Chaque texte est une pensée inventant sa forme,
s’y mêlent le registre conceptuel à la transcription des perceptions, l’expérimentation textuelle et l’engagement féministe.

Alternant anglais et français, cette lecture avec Pascal Poyet sera aussi l’occasion de poser la question de la traduction.

â–º 12 et 13 avril 2017, colloque international "Excentricités : Enjeux et pouvoirs des anormalités en sciences humaines"

Mercredi 12 avril

Maison de la Recherche, Université Bordeaux Montaigne

9h-9h30 Ouverture du Colloque

9h30-10h30 Explorations identitaires de soi et questionnements de genre dans le cinéma contemporain – modération Vincent Jaunas

  • Arnaud Alessandrin (Université de Bordeaux) et Marielle Toulze (Université de St-Etienne) : « Le désir d’horizon dans le devenir genré. Pour une extériorité à réinventer ».
  • Maylis Asté (Université Toulouse Jean Jaurès) : « Alain Guiraudie, sur les traces d’un cinéma "excentraliste"».

10h30-11h Pause

11h-12h Mettre en question des normes classiques dans la narration – modération Julie Gay

  • Diane Gagneret (ENS de Lyon) : « Folies et excentricité(s) de l’écriture dans 4.48 Psychose de Sarah Kane ».
  • Nicolas Lahaye (Université de Versailles Saint-Quentin) : « Le goût du nanar, pierre d’angle d’une cinéphilie alternative. »

12h-14h Pause déjeuner

14h-15h Thanatologie, excentricité et décentrement – modération Patrick Baudry

  • Albain le Garroy (Université Bordeaux Montaigne) : « Tuer pour vivre. Une étude thanatologique de Le corps exquis de Poppy Z. Brite ».
  • June Pham (Université Paris IV Sorbonne) : « Le pessimisme philosophique comme pratique excentrique dans True Detective ».

15h-15h30 Pause

15h30-16h30 Pratiques culturelles du corps excentrique – modération Arnaud Alessandrin

  • Carolane Sanchez (Université de Franche-Comté) : « Juan Carlos Lérida, artiste iconoclaste de la tradition flamenca ».
  • Laure Carbonnel (Université Paris Nanterre) : « Le bouffon rituel est-il un personnage excentrique ? Etude comparative à partir du Mali ».

18h « LANORMALITE : normes, discours, identités ». Stéphanie Pahud (Linguiste, Docteure ès Lettres, Maître d’Enseignement et de Recherche à l’École de Français Langue Etrangère, Université de Lausanne). Salons Albert Mollat – 11, rue Vital-Carles – Bordeaux.

                                                         Jeudi 13 avril

                     Maison de la Recherche, Université Bordeaux Montaigne

9h-10h30 Excentricité et créolisation dans les arts contemporains – modération Charlotte Blanchard

  • Nicolas Nercam (Université Bordeaux Montaigne) : « De l’excentricité au cosmopolitisme. Un trajet des arts extra-occidentaux du XXIe siècle. »
  • Sébastien Galland (Université Montpellier III) : « Excentricité, hétérarchie et déterritorialisation dans les arts palestiniens contemporains ».
  • Manon Boukhroufa-Trijaud (Université Paris IV Sorbonne) : « Bombay/Mumbai, ville des extrêmes aux poètes excentriques ».

10h30-11h Pause

11h-12h Interroger l’usage d’« objets » excentriques – modération Hélène Crombet

  • Anne-Cécile Lenoël (Université Bordeaux Montaigne) : « Un design excentrique ? Topologie et perspectives de compréhension du terrain de jeu méthodologique d’une pensée expérimentale de la conception ».
  • Pierre-Yves Halin (Université Paris IV Sorbonne) : « La relation de couple sous le prisme de l’excentricité. Etude de la relation homme – poupée de compagnie. »

12h-14h Pause déjeuner

14h-14h30 L’excentricité du langage dans une approche philosophique – Vidéo Véronique Bergen (Philosophe et écrivain, Bruxelles) : « Ecritures de l’excentricité : Hélène Cixous, Clarice Lispector et Alejandra Pizarnik ».

14h30-15h30 Corps contemporains et représentations normées – modération Patrick Baudry

  • Philippe Liotard (Université Lyon 1) : « Excentricité : les innovations de la chair travaillée ».  
  • Andrea Sagni (Université Jean Moulin Lyon 3) : « "Ces corps qui dérangent". Formes d’excentricité entre Troubles du Comportement Alimentaire et obésité ».

15h30-16h Pause

16h-17h L’entrave corporelle comme potentialité créative – modération Marielle Toulze

  • Guillaume Baychelier (Université Panthéon-Sorbonne Paris I) : « Repenser le corps humain à l’aune de l’excentricité. Corps contraints et corps mutants dans l’œuvre de Matthew Barney ».
  • Sylvain Brétéché (Université d’Aix-Marseille) : « Périphérie de l’ordinaire. De l’excentricité au handicap : les sourds en exemple »

adresse : Maison de la Recherche – Université Bordeaux Montaigne.

 

â–º Soirée de lancement pour la parution de GRUPPEN deux mille dix sept samedi 29 avril 2017, 19h à SYNESTHÉSIE 1 place du Caquet, 93200 Saint Denis
www.synesthesie.com

avec
MATHIEU BELLAHSEN psychiatre
& le G.E.M Saint Denis
ALICE DOUBLIER anthropologue
IVAN SEGRÉ philosophe

projection – un film de YANN BEAUVAIS

lecture du poète MANUEL JOSEPH
avec le musicien Stéphane Chalumeau
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GRUPPEN deux mille dix sept
Arts, Sciences Humaines, Philosophie



avec
Patrizia Atzei / Mathieu Bellahsen / Jacob Bromberg /
Yann Beauvais / Jean-Michel Bouhours / Bernard Bourrit
Grégory Chambat / Sébastien Charbonnier / Pierre Déléage /
Alice Doublier / Laurence Gatti / Laurent Jarfer / Florence Johsua / Manuel Joseph / Ilan Kaddouch / Charles Pennequin / Max Roach
Marco Saraceno / Ivan Segré / José Antonio Sistiaga / Patrick Tort

http://www.revuegruppen.com/gruppen/gruppen-deux-mille-dix-sept/

20 mars 2017

[Chronique] Lisa Robertson, Le Temps, par Tristan Hordé

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 21:41

Lisa Robertson, Le Temps, traduction de l’anglais (Canada) par Éric Suchère, NOUS, 2016, 80 pages, 14 €, ISBN : 978-2-370840-31-8.

 

Deux ensembles alternent dans le livre, l’un formé de proses sur les jours de la semaine (dimanche, lundi, etc.), chacun caractérisé par une météo particulière. L’autre, constitué de vers libres, est plutôt lié aux faits et gestes du "je" présent ; chaque pièce est titrée "Résidence à C [Cambridge]", sauf la dernière, "Porchevers" (après "samedi"), et le livre s’achève par une "Introduction au Temps". En exergue, une citation de Walter Benjamin oriente la lecture : le temps, la mode et l’architecture « se tiennent dans le cycle du même éternellement, jusqu’à ce que le collectif s’en saisisse dans la vie politique et que l’histoire émerge. » Parler du temps qu’il fait est en effet souvent un moyen d’engager la conversation avec quelqu’un que l’on ne connaît pas, et les conversations entre familiers débutent régulièrement par des considérations sur la couleur du ciel, le froid, etc. Ce caractère social du temps est abordé de manière complexe par Robertson.

   Est d’abord défini un lieu, « ici », qui peut être n’importe où, « Ici il y a des dermes et des manoirs et des mines et des bois et des forêts et des maisons et des rues [etc.] », et s’y installe un "je". Il faut entendre que les ciels et leurs transformations (vocabulaire abondant et précis concernant les nuages), point de départ du discours de la météorologie, sont aussi figure du temps comme durée, support des fictions. Donc, quoi qui puisse être dit la variabilité du ciel (weather) s’appliquera autant à la succession des jours (time), « Les jours s’amoncellent sur nous » : la phrase est reprise plusieurs fois. Le caractère à peu près imprévisible de l’état du ciel et de ce qui se produira au cours des mois accompagne les mouvements du sujet parlant. La description du ciel en tant que telle n’est pas ce qui importe, mais la relation entre les changements observés par celle qui regarde et ce qu’elle vit, ressent.

   L’intrication du temps météorologique et du temps compté est restituée dans la dynamique, fort complexe, du livre.  À la succession des deux ensembles en alternance fait écho constamment la construction, à plusieurs niveaux, d’oppositions de forme A vs B, ou A incompatible avec B ; ainsi, deux noms, ou deux adjectifs : « frais et brillants », « crêté et trouble », etc. Aussi souvent, deux domaines hétérogènes sont en même temps liés et séparés : « Un vent vif ; nous sommes du papier projeté contre la barrière » ; il s’agit le plus souvent de formulations renvoyant à la nature et à la culture, associées et opposées, comme weather et time. La répétition (A puis B) est également fréquente, tout comme l’accumulation ou la syntaxe brisée, manières également d’exprimer à la fois la diversité du temps météorologique et la complexité du vécu, le réel et l’imaginé. Le choix de la semaine signifie elle-même la possibilité de la répétition, de la reproduction indéfinie — parallèlement, le compte rendu d’une résidence se termine par une virgule : l’inachèvement et l’inachevable.

   L’ensemble des séquences titrées « Résidence à C. », construit autour du "je", n’est pas seulement parallèle aux développements autour du temps, ciel et jour. Outre la présence de la narratrice dans les deux ensembles, d’autres éléments les lient. Quand est relatée la lecture de La bâtarde (de Violette Leduc), lui sont associés des termes relatifs à la météorologie (vent, air) ; par ailleurs la bâtardise, c’est-à-dire l’image d’un temps sans origine, peut être rapprochée d’un passage du premier ensemble constitué d’une interrogation sur des femmes absentes suivie d’une série de prénoms féminins (sans patronyme).

   Il faut louer le travail du traducteur qui restitue la vigueur du texte de Lisa Robertson : c’est le poète Éric Suchère qui est ici à l’œuvre, avec le même bonheur que dans sa traduction de Jack Spicer.

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