Suite à notre présentation du colloque international qui s’est déroulé à Bologne (Italie) les 17 et 18 septembre 2009, voici le compte rendu qu’en propose l’une des participantes, Maria Chiara Gnocchi. Vu l’intérêt du sujet, il nous semble capital d’en évoquer les grandes lignes avant même de recenser les Actes dès leur publication.
12 novembre 2009
[Recherche] Les Manifestes littéraires au tournant du XXIe siècle, synthèse du Colloque de Bologne (sept. 2009), par Maria Chiara Gnocchi
6 novembre 2009
[News-colloque] KOLTÈS MAINTENANT (Paris VII, 12-14 novembre 2009)

Du jeudi 12 au samedi 14 novembre, se tiendra à l’Université Paris VII un colloque international autour de l’oeuvre de Bernard-Marie Koltès, organisé par Christophe Bident, Christophe Triau et Arnaud Maïsetti.
"Dans une lettre adressée à sa mère en 1968, à vingt ans, Koltès parlait de cet âge comme l’âge de la décision, l’âge où il s’agit de prendre des risques : "n’est-ce pas cela, avoir toujours vingt ans." 1989-2009 : vingt ans après la mort de l’écrivain, la critique doit elle-même prendre ce risque en retour, le risque de ces textes – le risque de se saisir de cette œuvre mouvante et contemporaine sans tomber dans le piège de la projection facile dans une époque donnée, sans non plus la réduire au masque qu’on a trop souvent voulu faire porter à B.-M. Koltès. Ses lettres parues récemment témoignent pour elle-même d’une vie éprouvée dans l’acquiescement, et les textes continuent de dire, encore et encore, un bout de notre monde dans l’appartenance et le désir" (Arnaud Maïsetti).
28 octobre 2009
[Texte] SALON D’ALGER : manifeste pour un salon « off », par Mustapha BENFODIL
Pour la réflexion salutaire qu’il nous offre et pour ce qu’il dévoile de la situation politico-culturelle dans un pays francophone très proche, Libr-critique ne peut que relayer l’appel de cet écrivain ô combien libre et critique, dont nous avons déjà publié une nouvelle époustouflante.
17 octobre 2009
[News] 19e SALON DE LA REVUE
L’événement de ce week-end, c’est le 19e Salon de la revue : cette année, sont exposées plus de 800 revues et sont proposées trente animations et deux séances professionnelles…
Libr-critique vous propose un petit balisage…
Espace d’animation des Blancs-Manteaux, 48 rue Vieille-du-Temple 75004 Paris.
Samedi 17 octobre 2009, de 10H à 20H ; dimanche 18, de 10H à 19H30.
20 mai 2009
[News] (s)édition et terrorisme…, par Thierry Guichard
Nous avons décidé de faire nôtre l’appel de Thierry Guichard, directeur du Matricule des Anges, abasourdis par cette nouvelle pièce au dossier antidémocratique en France… Les dernières nouvelles, plutôt meilleures, ne changent rien aux faits.
31 mars 2009
[Livre-chronique] Maccheroni/Jourde, La Quadrature du sexe

La Quadrature du sexe, photomontages de Henri Maccheroni et texte de Pierre Jourde, Voix d’encre, 2009, 64 pages (non numérotées), 16 euros, ISBN : 978-2-35128-048-5.
Depuis L’Origine du monde de Courbet, et en cette époque où triomphe la marchandisation spectaculaire – époque qui, panoptique puisque anomique, conjugue donc consumérisme et voyeurisme –, que dire/montrer encore de la chose ? Telle est l’ambition de cet objet né de la rencontre entre deux planètes esthétiques, celles du peintre-photographe Henri Maccheroni et de l’écrivain-critique Pierre Jourde : dépasser et déplacer les frontières étroites des représentations conventionnelles.
25 février 2009
[Chronique-Revue] La Revue Internationale des Livres et des Idées, n° 9
La Revue Internationale des Livres et des Idées, n°9, ISSN :1959-6758, 5 €.
Comment présenter, sans la trahir, cette revue hors-norme dans le paysage éditorial français. Revue hors norme, tant dans son projet que dans son résultat éditorial.
21 août 2008
[Texte] Pierre Jourde, Le Maréchal absolu (1)
Le Maréchal absolu de Pierre Jourde, le premier chapitre en épisodes.
"Le dictateur d’un pays imaginaire est assiégé dans sa capitale, coupée du reste du pays plongé dans l’anarchie, par une armée rebelle. Dans ce morceau de territoire, complots et coups d’état continuent à proliférer. Le Maréchal confie ses soucis à son seul homme de confiance, un vieux domestique qui lui sert également de barbier. En réalité, cette situation n’est que le résultat d’un long cheminement que déroule le reste du récit, à savoir l’occultation progressive du véritable dictateur, et son remplacement par un système de doublures proliférantes" (PJ).
8 janvier 2008
[Recherche] Trois expériences de publication littéraire sur le net (publie.net, m@nuscrits de Léo Scheer et Inventaire/invention)
François Bon, dans un entretien vidéo accordé à auteurs.tv, explique que si pour une part le monde ne se soucie pas de la littérature, à savoir n’éprouve pas le besoin de son déchiffrage ou de son frayage de sens pour en constituer son sens, toutefois, celle-ci permet encore certains types d’expériences, non pas "utiles", mais radicales, pour "nommer le monde". Cependant, si la littérature semble en crise quant à sa diffusion en livre, malgré l’augmentation de 9% en 2007 des ventes de livres, sa place devenant de plus en plus incongrue dans le réseau des librairies, comme nous l’avions souligné lors du colloque de la SGDL d’octobre, est-ce qu’internet pourrait devenir le lieu permettant sa diffusion ? En quel sens le déplacement de la diffusion pourrait offrir une possibilité aux textes — et à quel texte — de trouver accès à des lecteurs ?
15 juin 2007
[Livre] Schwitters en exil à Oslo de Patrick Beurard-Valdoye
Patrick Beurard-Valdoye, Schwitters à Oslo NARRÉ, éditions Contre-Pied, 34 p., ISBN : 2-916252-06-1 / ISSN : 1263-9729. 4 €.
[site de l’association Autres et Pareils]
4ème de couverture :
Le Narré des îles Schwitters (à paraître), dont sont extraites ces pages, est le cinquième volume du « Cycle des exils », entrepris en 1982, où s’enchevêtrent les strates d’une histoire de l’Europe, et plus particulièrement des rapports franco-allemands » (E. Laugier, Le matricule des Anges) : Allemandes (MEM / Arte Facts, 1985); Diaire (Al Dante, 2000); Mossa (Al Dante, 2002); La Fugue inachevée (Al Dante, 2004).
Patrick Beurard-Valdoye est né dans le Territoire de Belfort et vit à Paris. Lors d’un séjour prolongé à Cork (Irlande) en 1974, il décide de se consacrer aux arts poétiques. Parmi d’autres publications récentes, signalons : Itinerrance (Obsidianne, 2004); Théorie des noms (l’oeil du poète, Textuels, 2006); L’Europe en capsaille (Al Dante, 2006).
Premières impressions :
Le fragment qui nous est donné à lire porte sur la période Norvégienne de l’exil de Kurt Schwitters. Période fragile pour celui-ci, tel que d’emblée Patrick Beurard-Valdoye le fait dire à Reich rencontré par Schwitters et Lehman un soir après la projection du film d’Abel Gance « Un grand amour de Beethoven » : « Vous avez raison Monsieur Schwitters nous devons nous préparer à une invasion de la Norvège par des cohortes de cuirasses d’armures à chenille et tourelles incarcérant cette race de soldats ayons nos valises prêtes ». Phrase annonciatrice de la fin de cet extrait, puisqu’ils seront dans l’obligation de repartir. Ce fragment narré se tient ainsi dans la fragilité d’une situation d’exil où l’incertitude de ce qui a lieu gouverne tout à la fois le destin de Schwitters et la langue de Beurard-Valdoye. La langue narrée est fuite en avant sans ponctuation, exil de tout positionnement, croisée perpétuelle des lieux et du temps, variation toponymique, de même que cette période de vie de Schwitters, qui apparaît dans ce reflet de la narration.
Le monde de Schwitters apparaît ainsi dans le flux de la langue, une forme de nomadisme, et cette langue de Beurard-Valdoye est tout à la fois dans l’invention de son rythme, et dans la déclinaison des saillies des poèmes de Schwitters. Le narré est ponctué des sidérations phoniques issues de l’Ursonate entre autres : LANKE TRRL GGLL, Pii pii pii Züücka Züücka, Fümms bö wö tää zää Uu pögiff. Le narré est un ensemble lignes qui se croisent : biographie, fiction, recherche esthétique, recherche théorique, déclinaison historique, cartographie phonético-toponymique. Le narré de Beurard-Valdoye est à l’image de la manière dont il décrit le monde où vit Schwitters qui se décompose dans la création de son « atelier nomade » : Merzbau 2, qui poursuit la première Merzbau : « le monde est plein, de lignes le monde est un zèbre, mon atelier quant à lui est strié de lattes, sur, ces lignes, il y a, tout un monde écrit, aussi telle une feuille vierge, erre le zèbre dans le monde écrit de gauche à droite ».
La tension qui transparaît dans ce texte est celle qui tient dans l’oscillaton entre le singulier, son oeuvre, son existence affective et un monde de guerre. Ainsi sans cesse toute tentation de réduire le narré à la seule réalité de Schwitters est court-circuitée. /PB/
20 mai 2007
[LIVRE] Pascale Petit, Manière d’entrer dans un cercle & d’en sortir
Manière d’entrer dans un cercle & d’en sortir, Pascale Petit, ed. Seuil, coll. Déplacements, 207 p. ISBN : 978-2-02-093053-6, 16 €
[site du seuil]
[site de François Bon présentant la collection Déplacements]
4ème de couverture :
Un éclatement de formes où interviennent des lettres, des phrases d’enfant, des descriptions d’objets scientifiques et des listes d’inventions à faire. Le monde : d’étranges jardins, parfois familiers, parfois fantastiques. Il ne s’agit plus d’un homme, d’une femme, et du témoin de leur relation, mais les personnages deviennent roi, reine, coiffeur. Un univers qui fait de notre quotidien le palais de notre relation à l’autre. En quoi le monde aujourd’hui modifie le plus élémentaire de cette relation d’un être à un autre. Pascale Petit n’invente pas de roman, ne décrit pas le monde, ne se réfugie jamais dans l’allégorie : elle met à l’épreuve ce qui nous lie à nos proches, dans le contexte le plus actuel de ce qu’est vivre aujourd’hui. F.B.
Pascale Petit a notamment publié Tu es un bombardier en piqué surdoué, aux éditions Bleu du Ciel en 2006, Salto Solo aux éditions L’Inventaire et des pièces de théâtre à L’École des Loisirs.
Premières impressions :
Pascale Petit, à travers cette relation triangulaire, du roi, de la reine et du coiffeur, explore non pas la relation directe, mais les relations possibles que chacun d’entre eux tisse aussi bien à eux-mêmes qu’aux autres. En effet, à travers leurs lettres, leur journal ou leurs messages, ce qui se constitue n’est pas le plan solide d’une mise en jeu relationnelle définissable, ni non plus un monde appréhendable, mais c’est l’indéfinissable des univers de chacun des protagonistes, qui sont pris, surtout pour le roi et la reine, dans l’impossible fixation de leur propre pensée et delà l’impossible de leur relation.
Ainsi on suit la multiplicité des inventions scientifiques et techniques du roi. Inventions relayées aussi bien par lui que par la reine ou leur témoin. Chacune d’entre elles, apparaît comme une mécanique plus ou moins absurde, aux fonctions parfois peu discernables. Et c’est bien tout l’univers de ce texte qui se révèle comme ces mécaniques : une forme d’assemblage mouvant, aux parties précises mais aux combinaisons précaires, que chaque protagoniste endure dans la solitude de sa propre parole.
Ce texte ne cherche pas tant à créer un univers qu’à montrer la fragilité des assemblages mentaux de l’humanité ici en jeu avec ces trois présences. La reine, femme, prise dans sa position de femme, qui tend vers le roi, toujours déjà absent, retiré dans l’amphithéâtre de sa pensée, obnubilé par lui-même, au point qu’il ne l’entende pas, de sorte que, comme elle l’écrit dans ses brouillons de lettre au roi : « Plus je vous appelle, moins je vous parle. Ce sont des cris d’appel qui signifient autre chose ». La reine prise dans les affres de ses désirs, notamment celui des enfants, qu’elle ne peut toutefois parvenir à imaginer, car tel que le dit le coiffeur : « Elle a essayé de compter tous les enfants qu’elle n’a pas eus. Mais elle n’y arrive jamais : »Ils bougent tout le temps, ils sont tellement vivants ».
Le roi, enfermé dans ses inventions, notamment son tricycle, élaborant un univers complexifié de poulies, de cordes et de ficelles, lui-même ne peut se saisir. Pris sans doute dans sa propre tentative d’agrandissement de l’espace, il ne peut maintenir son propre temps, le stabiliser dans ses souvenirs : « Il y a des cas où il est strictement impossible de pouvoir prendre des notes sur ce qui se passe dans sa propre vie & ce qu’on peut cependant recueillir s’avère parfaitement inutilisable. »
Ces univers donnés à lire par Pascale Petit sont ainsi non pas tant lapidaires, que fragmentaires, tout à la fois très concrets, et dans une certaine forme de dérive, où peu à peu ce qui insiste tient bien de la question de la relation, de sa possibilité : tout à la fois dans la parole et les secrets.
En lisant une première fois ce texte, m’est revenue une phrase de Godard, glissée dans Nouvelle Vague : « Les femmes sont amoureuses, les hommes solitaires ». Ce qui se noue et dénoue dans ces lettres destinées à l’autre, ces écrits donnés seulement pour soi, me semble entrer en écho avec cet énoncé. D’un côté une femme en tension vers l’homme et qui est submergée par son désir et l’univers en décomposition de ce désir toujours différé dans sa réalisation, et de l’autre la posture masculine du roi, tout à la fois ouvert à la reine, mais ouvert dans une forme de dénégation, au sens où toute relation du roi à la reine est inscrite dans une autre relation : celle qu’il a avec lui-même./PB/
21 avril 2007
[chronique spéciale élections] à propos de Changer tranquillement la France et de avril-22
[présentation générale de Changer tranquillement la France de toutes nos forces, c’est possible, du coll. Inculte]
[présentation générale de Avril-22, ceux qui préfèrent ne pas, coord. par Alain Jugnon]
[Cette chronique, qui problématise Changer tranquillement la France et Avril-22, est en fait une analyse de certains enjeux du rapport entre littérature, politique et peut-être démocratie]
Engagement ? — François Bégaudeau dans Devenirs Roman, exprime dans son article Les engagés ne sont pas légion, que la littérature a un problème face à la question politique, au sens où la question du politique dépasserait “le seuil de tolérance†que la littérature pourrait accepter, et en ce sens elle en serait trop “hétérogèneâ€, au point que la littérature ne pourrait pas “suturer†l’écart qui pose en distance cette problématique.
Avec la sortie d’une part de Changer tranquillement la France de toutes nos forces c’est possible, par le collectif Inculte dont F. Bégaudeau fait partie, et d’autre part Avril-22, ceux qui ne préfèrent, aux éditions Le grand souffle, apparaît justement deux formes possibles de compréhension du rapport entre la littérature et le politique.
Lorsque l’on fait face d’un côté au livre publié par Inculte, de l’autre au livre publié par les éditions Le grand souffle, si tous les deux posent à la fois l’exigence d’une forme d’engagement politique et le rapport entre politique et littérature voire philosophie pour le second, toutefois, ils se présentent chacun d’une manière différente. Il me semble, et c’est ce que je vais essayer de montrer, que ces deux démarches hétérogènes dans la forme, toutefois rejoignent une même question qui pourrait se poser en rapport à celle de la démocratie liée à la littérature tel que Derrida l’a posée, au sens où “l’affirmation sans limite de ce droit inconditionnel à une pense affranchie de tout pouvoir, et justifiée à dire ce qu’elle pense publiquement […], c’est une figure de la démocratie, sans doute, de la démocratie toujours à venir, par delà ce qui lie la démocratie à la souveraineté de l’État-nation et de la citoyenneté†[Inconditionnalité ou souveraineté, ed. Patakis].
Donc, il va s’agir de comprendre en quoi, l’expression tant critiquée de F. Bégaudeau, de littérature engagée aurait peut-être un sens, à réfléchir ici historiquement, au lieu de renvoyer à la fin des avant-gardes. En quoi l’engagement de la littérature : 1/ ouvre une condition de possibilité de compréhension du politique, une condition peut-être même nécessaire à toute forme de pensée démocratique, 2/ implique aussi simultanément, une forme d’effet, de performativité, certes infime, mais réelle, par rapport à la manière dont s’articule le langage au niveau politique ?
littérature et politique : la reprise de la question du roman — Le livre d’Inculte, s’il laisse apparaître quelques saillies liées à la signature d’auteurs [mais j’y reviens], cependant tient davantage de la création collective d’un objet que l’on pourrait définir comme une fiction politique. Ce livre n’est pas en-dehors de la littérature, de même que le dernier livre publié par F. Bégaudeau, A. Bertina et O. Rohe chez Gallimard : Une année en France. En ce sens, parlant d’Une année en France — qui porte sur trois événements qui ont marqué la société française entre 2006 et 2005 — face à la première question de Thierry Guichard pour Le matricule des anges (“Pourquoi avoir fait ce livre, qui vous éloigne un peu (encore que…) de la littérature ?â€), leur réponse commence par cette reprise du doute : “tout est dans le encore que… Nous n’avons pas le sentiment que ce livre nous éloigne de la littératureâ€. Cette indication entre en écho avec ce qu’énonce F. Bégaudeau dans Devenirs Roman, alors qu’il semblerait entendu que dès lors qu’il y a écriture sur l’époque, sur la question de la société, sur la politique, on s’échapperait en quelque sorte de la littérature pour se positionner dans l’essai, la critique sociale, la réflexion philosophique, il serait possible selon lui de suturer l’écart entre littérature et politique. Ainsi les trois auteurs exposent que la question politique peut être abordée au coeur même du travail littéraire, et ceci impliquant alors sans doute d’expérimenter de nouvelles formes de fictionnalisation.
Le livre sur les élections, Changer Tranquillement la France, correspond à une même perspective, tout à la fois dans l’écriture, liaison entre plusieurs écrivains sous le mode de la disparition des signatures, donc suite fragmentaire dans le flux, et construction d’une fiction. S’agit-il d’un roman ? Approfondissons …
19 avril 2007
[Revue/chronique] Carbone n°2 : FIN
Carbone n°2, ed. Le mort qui trompe, 126 p. ISSN: 1953-681X . ISBN : 978-é-916502-01-4, 8 €.
[site de la revue]
Présentation :
Pour ce nouveau numéro, la revue Carbone s’attaque à la fin. Davantage classique par rapport au premier numéro au niveau des contributions, cependant le thème permet de faire d’intéressantes découvertes…
Tout d’abord l’entretien avec Jean-Pierre Andreuon, qui à travers ses quarante années d’écriture SF, interroge la possible fin de l’homme, s’anéantissant lui-même par son propre essor. On découvre comment cet auteur lie problématique SF, voire plutôt anticipation, et une forme de militantisme écologique.
Au niveau des articles critiques, le premier article qui a retenu mon attention, est celui de Théophile de Giraud, La fin de l’immonde, qui à travers une analyse de la question de la fin, de la destruction, en rapport à un désir sous-tendu dans les religions, attendant le découvrement final (apocalypse), montre comment la destinée de l’homme est dans l’horizon de son rpopre effacement, et ceci notamment par les armes de destruction massive. Cet article, très rythmé dans son écriture, a de plus le mérite de donner à lire des citations peu connues, et même parfois jubilatoires, comme celle de Wittgenstein posant que la bombe atomique est à considérer comme un médicament. À noter que Théophile de Giraud est l’auteur de L’art de guillotiner les procrérateurs, une des rares perles à découvrir dans ce qui se fait comme écriture pamphlétaire, trop souvent gratuite, sans culture, éructant seulement des anathèmes. J’ai été de même sensible à ce retour à Louis Althusser, mais non pas le philosophe de Lire le Capital, mais le philosophe posé dans la solitude de son existence et de son rapport à Hélène, sa femme, qu’il strangula. L’article de Frédéric Saenen, Le philosophe aux mains nues, réfléchit le texte L’avenir dure longtemps, où Althusser tente de comprendre quasi-cliniquement, la construction de la causalité le conduisant à la mort d’Hélène.
Au niveau des fictions et récits, c’est là que la revue est plus classique, et pourrait gagner à s’ouvrir ou à inviter des travaux plus contemporains dans leur dynamique d’écriture. On y trouvera cependant des fictions bien menées, comme celle d’Helena De Angelis, Illusion, qui décrit la perspective logique du joueur, de sa trajectoire, de ses anticipations, de ses contradictions. Texte fort quant à ce qu’il analyse, où le jeu décrit enveloppe tout jeu possible, où l’auteur amène à comprendre le processus cognitif du joueur. De même Laurent Schang donne à lire How the West was won (part II), qui traverse, relie, informations historiques et textes philosophiques ou manuel d’art de guerre. Partant de 1972 et de la « poignée de main historique échangée à Pékin entre Richard Nixon et Mao Zedong », il traverse les 30 ans d’histoire qui séparent du 11 septembre 2001, pour montrer une certaine forme d’absurdité de la puissance américaine, à travers une très belle citation de Sun Zi, extraite de L’Art de la guerre, qui vient conclure son texte : « celui qui remporte cent victoires en cent combats n’est pas le plus grand; le plus grand est celui qui remporte la victoire sans combattre ».
Dans l’ensemble, Carbone, revue d’histoire potentielle, est une revue à suivre. Son angle tout à la fois théorique et littéraire permet de bien apercevoir les thèmes abordés. Le prochain qui sortira en mai-juin portera sur le Sabotage. Il semblerait qu’il y ait certaines surprises.
10 février 2007
[Livre] Devenirs du roman, collectif,
Devenirs du roman, collectif, éditions Inculte/naïve, 356 p., ISBN : 978-2-35021-078-0, 20 €.
[site Inculte]
4ème de couverture :
Comment penser le roman contemporain ? De quelle(s) façon(s) la littérature contemporaine investit-elle la représentation du réel ? Quels sont les enjeux de l’écriture fictionnelle d’aujourd’hui ? Autour du comité éditorial de la revue Inculte, un ensemble d’écrivains esquisses les possibles et les devenirs du roman, évoquant pratique et théorie de cette forme littéraire multiple, en perpétuelle mutation.
Textes et entretiens :
Emmanuel Adely, Stéphane Audeguy, François >Bégaudeau, Arno Bertin, Étienne Celmare, Éric Chevillard, Claro Louise Desbrusses, Philippe Forest, Jean-Hubert Gailliot, Bastien Gallet, Thierry Hesse, Hubert Lucot, William Marx, Jean-Christophe Millois, Yves Pagès, Pierre Parlant, Emmanuelle Pireyre, Olivier Rohe, Pierre Senges, Olivier de Solminihac, Joy Sorman, Philippe Vasset et Antoine Volodine.
Premières impressions :
La précédente chronique de Fabrice Thumerel, portant sur Qu’est-il arrivé aux écrivains français ? de Jean Bessière, indique avec précision, l’une des parties du débat qui est ici en question, et qui chez Bessière apparaît à partir de la distinction entre d’un côté une littérature autotélique, qui renvoie à elle-même à travers une expérience du sujet [stigmatisée en tant qu’auto-fiction], faisant l’expérience de lui-même et de sa langue, et de l’autre, une littérature ouverte à la fiction, faisant l’économie pour une part de l’auto-réflexivité des modernes, pour construire son objet : le récit.
Tel que le titre l’indique, le parti pris est celui du pluriel. Non pas singulier, ce qui serait réduire afin de n’indiquer qu’un seul sens, mais bien un pluriel au sens où le roman semble prendre à lire les différents intervenants plusieurs directions. Car, contrairement à ce que pense Bessière, le roman ne se tient pas dans une dualité de forme, mais bien au contraire, à lire par exemple Philippe Vasset ou bien Emmanuel Adely, il semblerait davantage que le roman soit, et ait toujours été, dans une certain forme de question par rapport à lui-même, question aussi bien de son rapport au réel et au monde historique, que question par rapport à sa propre poétique [à comprendre dans le sens strict de sa manière d’être construit, produit], impliquant le geste singulier d’une responsabilité d’écriture. En effet, tel qu’ils le disent respectivement : « les alliages dont nos livres sont faits sont trop fragiles et incertains pour que l’on puisse à leur sujet parler d’un quelconque retour des conventions »(P.V), « je pose qu’il existe des dizaines d’écritures de littératures de romans qui se tentent et s’écrivent aujourd’hui » (E.A) et les deux de préciser que cette fragilité qui permet des dizaines d’écriture se construit en rapport à la société, à l’histoire au flux humain historique.
C’est pour cela, que le titre est très bien choisi, car il ne s’établit pas sur le constat symptomatique à l’heure actuelle par rapport à toute chose ou phénomène de la crise, mais il offre cet espace d’un dire spécifique : pour quelle(s) raison(s) le « roman » ou du moins les écritures qui sont rangées sous la catégorie « roman », est(sont) -elle(s) nécessitée(s) pour un certain nombre d’écrivains. /PB/
30 novembre 2006
[revues] La revue Action Restreinte
Action Restreinte, théories & expériences de la fiction, revue menée par Mathias Lavin, Aurélie Soulatges et Isabelle Zribi, sort son huitième numéro, autour du thème « en tenir à l’impossible ». 104 pages. Prix : 12,5 euros. ISSN 1638-7473. Adresse : Action Restreinte – 25, rue de la demi-lune – 93100 Montreuil. actionrestreinte(at)hotmail.com
Sommaire n°8 : Dominique Quélen, Savine Dosda, Fernand Combet, Arno Calleja, Arélie Soutlages, Isabelle Garron, Isabelle Zribi, Robert Musil, Amélie Lavin, Ralph Böhlke, Valérie Meyer, Florence Pazzotu, Mathias Lavin, Maria Gabriela Llansol, Eric Arlix, Guida Marqués.
24 octobre 2006
[chronique] La blondeur, de Cécile Mainardi
La blondeur, de Cécile Mainardi, publié aux éditions Les petits matins, dans l’intéressante collection les Grands soirs, dirigée par Jérôme Mauche, est un texte en prose étrange, déroutant et superbe. Divisé en neufs chapitres, ce long poème à la trajectoire ondoyante se lit en une seule fois, ce qui est assez rare en poésie, et se relit encore aussi, dans le désordre, chaque page, chaque paragraphe pouvant se suffire à lui-même. Cécile Mainardi parle de la blondeur, de la blondeur de quelqu’un, c’est plutôt énigmatique a priori, mais très vite on entend la voix d’une femme qui parle d’un homme, qui s’adresse à un homme, blond, qui n’est plus là , mais dont la blondeur à la fois recouvre tout, dont la blondeur contient, se déplie en toutes les couleurs possibles, en une foule d’images, de sensations, d’odeurs, d’idées, possibles…
Après avoir été « réduite en charpie dans le broyeur électrique » de l’amour, et par la séparation, La blondeur apparaît comme une tentative de reprise de soi par l’écriture. Les mots sont un moyen de saisir ce qui reste, mais sont aussi ce reste, et ce qui émerge de cette restance, c’est-à -dire de l’absence, du vide, de dissolution de soi et des choses… La blondeur semble être ainsi le nom qui lui est donnée, sorte de matérialisation immatérielle de la vacance de l’autre ; car ce blond, cette blondeur n’est pas vraiment une couleur, c’est un reste, une trace, un évanouissement de couleur, une sorte de brume, de spectre, dans tous les sens du terme (fantasme, lumière), un halo fantomatique de l’être perdu, qui ne cessent de revenir, d’apparaître sous de multiples formes, métaphorisées. Ce manque, cette absence a produit paradoxalement une « anomalie de la vue », l’auteur voit du blond partout, tout est teinté, saturé de blondeur, (« le daltonisme est une anomalie de la vue, liée au sexe »), et avec cette blondeur, qui produit à la fois aveuglement et hyper-vision, émerge « une rétine au fond du langage », la blondeur est alors le prisme par lequel Mainardi voit et déplie le réel, « oui les mots sont aussi une affaire de dégradé ».
Ainsi, de la blondeur affluent de multiples formes, êtres, objets, sensations, car quand un être vous quitte et que tout semble vous quitter à sa suite, cette absence devient aussi hyper-présence, obsession :
« un seul être vous manque est tout est repeuplé, horriblement, partout, à chaque coin de rue, tous membres d’une même espèce, paradoxale, qui t’exclut
un seul être vous manque et nous ne sommes plus nous et tous les autres pronom augmentent dans la conjugaison de la ville ».
Cette absence produit une saturation de présence, une hypertrophie de signes, de manifestations de blondeurs, de souvenirs, de liaisons, de connections entre les éléments du monde, comme si la rupture amoureuse, cassure violente mais re-créatrice, avait permis d’ouvrir le réel et avait fécondé par pollinisations la moindre de choses, comme on brise un et que tous les spores se dispersent et prolifèrent. Comme si de cette destruction, de cette espèce de mort à soi-même qu’une rupture engendre, renaissait toute une profusion de sensations, de couleurs, de formes. Ainsi, c’est « dans l’impossibilité de nommer autant que dans celle de voir » que naît le poème, et dans l’impossibilité aussi à être dans le temps et l’espace, à se positionner parmi les choses quand quelqu’un vous quitte, comment tout à coup plus rien n’est évident, et que l’absence produit une irrémédiable disjonction entre soi et le monde.
Ce blond n’est pas non plus une vraie personne, comme elle le répète plusieurs fois dans le livre (« ô ma fausse vraie fausse blonde oxygénée dans les mots, vous n’êtes pas une vraie personne », « vous n’êtes pas une vraie personne, plutôt un phénomène qui me fuit, qui ne m’entretient plus que de tonalités »), c’est le souvenir, la sublimation, ou la détérioration d’une personne, produite par l’alchimie des mots, c’est les métamorphoses qu’elle subit dans le langage. La blondeur, trace évanescente de l’autre, dont le poème se fait l’écho, le reflet, dans cette instabilité et cette altération de l’image et du sentiment qu’elle provoque, est l’insaisissabilité du flux, même à travers la profusion de métaphores (« ta blondeur qu’aucune métaphore n’obtient en image nette, mais une image-nette une image floue, en surface noyée, ta blondeur sulfate-ophélia »). Les métaphores ne sont pas des descriptions, mais des inventions, des recréations fantasmées, évolutives, éphémères, ce sont les formes floues et déformées qu’emprunte provisoirement et furtivement le fantôme de l’homme parti.
« ta blondeur moissonneuse-lieuse-batteuse à débiter des bottes de visibilité ».
« Sous un ciel bleu supersonique
où le sillage d’un avion découvre la marque de deux reins de fumées blanches
plane sur ta blondeur dobble-blind
sur ta blondeur dobble-bound
que j’arrive à capter sur les fréquences courtes
l’ombre de l’hélicoptère qui la filme »
Toutes ces métaphores sont aussi une façon de convoquer le fantôme de l’autre pour mieux le faire danser dans les circonvolutions du langage __ seul mode de saisissement possible de ce qui n’est plus __ et ainsi le déconstruire, le désamorcer. Le poème, et la nomination proliférante de la blondeur, est une façon d’épuiser ce spectre qui n’en finit pas de partir et de rester, afin de s’en débarrasser, mais c’est aussi une façon de le « maintenir en réanimation », et de redonner vie à ce qui passe, meurt, s’évapore, car de son maintien semble dépendre la propre présence aux choses, au monde, et surtout au langage de l’auteur. La blondeur est un adieu sans cesse retardé, ou qui ne veut, ne peut se clore, c’est le langage dans cette situation instable, fragile, douloureuse, en perpétuelle ouverture, au mouvement fluvial, incessant, mais toujours identique, dont l’écoulement répétitif dit cette impossibilité à se défaire complètement de l’empreinte des amours passées.
La blondeur est alors le canal d’exploration, de dépliement du langage pour en activer les différents spectres de lumières, les multiples potentialités et tonalités. La blondeur est en fait le prisme, le filtre par lequel Mainardi semble voir le monde et les choses, « ta blondeur n’existe pas, c’est moi qui l’ai inventée pour la refléter dans le Tibre, c’est moi qui l’ai inventée pour que les choses est un reflet ». Et le poème se fait fleuve, chevelure, simple écoulement, matière ondoyante, dont chaque mot constitue un éclat. Jamais de fixation, ni de captation, ou de circonscription, Mainardi maintient « les choses dans un état d’éclat », dans « leur constant clignotement », car « la poésie n’arrête pas le va-et-vient », « ni ne le bloque », « elle relance continûment la mise et maintient le monde en état de double/hallucination/rotatoire ».
Ainsi le livre est cette tentative de saisie et de dé-saisie simultanée de ce qui apparaît quand tout s’évanouit, se décompose, car cet évanouissement, cette dissolution de soi et des choses quand quelqu’un vous quitte produit certains effets dans la perception et dans le langage, comme des déformations, des altérations des sens, des distorsions de réels, des hallucinations. Le poème est donc le jaillissement même de cette dissolution, « certains phénomènes ne se manifestent pleinement que dans leur extinction », et le langage dans ce délitement survient donc dans un mode oscillatoire, dans une spectralité.
C’est à travers cette expérience du manque, de l’absence qui hante, que se produit une véritable expérience avec le langage, Mainardi laisse se déployer toutes les potentialités que cet affect lui ouvre dans l’écriture. Sans romantisme, sans sentimentalisme, c’est plus quelque chose de l’ordre de l’opération chimique et physique qui se produit, dans ce que CM nous dit du passage du temps qui ne passe pas, dans cette infinie tristesse qui l’accompagne et emplie l’espace vide de l’être aimé. Et ce n’est plus tant la question de ce blond, de cet autre qui n’est plus là qui est importante, mais plutôt ce que fait naître son empreinte crépusculaire, ce que fait émerger son absence dans la langue. La blondeur n’est plus seulement trace de l’absent, mais l’énergie même du poème (« le négatif phrasé de cette déperdition »), son mode d’apparition et de dépliement, sa matière changeante, évolutive. La blondeur serait ce vide qui creuse la langue, pour en extraire les multiples possibles, et dans la profusion de définitions de la blondeur, c’est la multiplicité des ouvertures du langage qui se déploient. Et la langueur, la furtivité, l’improbabilité même de cette blondeur n’est que la surface de réflexion où se projette la fragilité du mouvement des phrases, de leur impossible écoulement, de leur impossible suspension, surface où se cogne l’impossibilité du dire quand il s’agit de parler d’amour.
Il y a une véritable beauté dans l’écriture de Mainardi, à la fois expérience de ressaisie de soi et du monde, squelette reptilien, corde souple et tendue pour se tenir dans l’espace et dans le temps et en accompagner ses mouvements difficiles. Il faut souligner cette façon très tenue, sans pathos, ni épanchements qu’elle a d’évoquer la perte, l’absence et la hantise que produit l’amour. Le poème malgré la profusion d’inventions et d’images, et la précision de la nomination, qui permet justement la pudeur, ne dit rien vraiment de cet absent qui emplie tout, mais dit avec justesse l’impossibilité même qu’il y a à parler de l’être aimé. Le poème est circonvolutions, méandres, il parle ne parle pas de lui, mais de ce qui se produit autour, à côté, matériellement, dans la perception de l’auteur, dans la langue qu’elle tente de parler, il préserve cet indicible, ne force pas le langage, mais crée au cœur même de cet impossible la possibilité de la poésie.