Alain Kamal Martial, Cicatrices, Vents d’ailleurs, été 2011, 64 pages, 8 €, ISBN : 978-2-911412-86-8.
Parce que "notre époque est moins attentive au discours engagé contre nos barbaries" (p. 31), l’écrivain mahorais (né en 1974 à Mayotte, devenu territoire français d’Outre-Mer) s’/nous interroge : "est-il encore possible aujourd’hui qu’un homme parle à un autre homme ? comment convaincre par l’usage de la langue dans un monde où les armes sont un argument, le plomb qui frappe la tête, la lame qui tue de suite, le mot est stérile" (32)…
La mémoire traumatique suscite deux usages de la parole, social ou poétique, molaire ou moléculaire : l’un n’est que spirale tragique, perpétuation-malédiction-aliénation ; l’autre est débordement des limites de la langue, flux rythmique faisant sortir la langue de ses gonds, tourbillon extatique et hypnotique. Autrement dit, les cicatrices résultant d’une politique de la machette ne s’effacent pas par le sang, mais par l’invention d’une langue poétique : telle est, non pas la morale, mais l’impression de lecture qui se dégage de ce récit poétique fascinant.
Parce que ce livre nous apporte un vent d’ailleurs, provenant de ces territoires inouïs que constituent ceux de Césaire et de Raharimanana – et aussi que, parmi les courants d’air critiques soufflés par quelques blogs, il en est même un à contresens –, traçons notre propre sillage en ce territoire singulier.