Libr-critique

9 juillet 2019

[Chronique] Corinne Lovera Vitali, je jette le livre encore un

c’est leonardo padura pourtant il avait l’air pas mal son flic mario conde qui ne fait plus le flic mais qui vend des livres anciens j’avais piqué le gratuit que donne l’éditrice anne-marie métailié mais seulement à ses fidèles lecteurs je ne suis pas une fidèle lecteur aussi j’ai dû le piquer sous la caisse de la super libraire de la fnac qui était partie me chercher un livre que je ne pensais pas trouver à la fnac mais que de préjugés parce que tiens si il y était ce livre je ne sais plus lequel je ne l’ai pas acheté il était trop cher et des mois après j’ai mis le temps mais finalement j’ai lu le gratuit pas mal ce gratuit donc je suis allée acheter un padura-conde à 12 euro malgré la couv attrape-touristes ici-cuba et bon au bout de quelques pages à peine je commençais à sauter des pages oulalaLALA tant d’érudition en tartines alors c’est pour ça que mario conde vend des livres et padura idem mince alors il faut se taper toute la bibliographie des livres rares de la havane et toute la liste des club de jazz d’avant la révolution puis patapatapata ah oui myriam makeba la grande classe elle puis tiens justement le conde a une érection en écoutant la voix d’une chanteuse des temps anciens un temps il pense à se masturber puis non il décide qu’il est grand il dit qu’il a la cinquantaine par-là je ne suis pas à jour en fait padura a dépassé la soixantaine il dit que le conde c’est lui alors je le crois j’ai vu sa photo il a vraiment la soixantaine passée avec gros bide vêtements moulants crâne dégarni et bien sûr mega cigare tout quoi en tout cas quand il vient à paris aux frais de anne-marie métailié donc padura c’est le conde il se branle pas il se parfume et il va voir tamara la femme qu’il fréquente de temps à autre depuis vingt ans ça va être bientôt là que je jette le livre par terre fidèle lectrice fidèle lecteur si padura était seulement espagnol pour ne pas dire européen on laisserait pas passer comme ça on lui passe tout au cubain pourquoi c’est parce que c’est sa culture c’est dans ses gènes c’est pas de sa faute c’est ça c’est dans ses couilles c’est ça ? heureusement je crois qu’il ne s’est pas reproduit leonardo toujours ça parce que ça suffit amplement de lire cette merde dans les salles d’attente des docteurs de merde je vois pas pourquoi je la lirais chez les écrivains de merde écrivain cubain de merde ça va être bientôt là que je te jette ton livre par terre fernand me dit ben il aura pas duré padura c’est ça écoute fernand c’est vrai ici quasi on n’a plus le droit de parler comme ça des cochons voire du jambon on exagère mais bon il est traduit en français le cubain je le lis en français c’est une chance c’est ma langue qu’est-ce qu’elle fait l’éditrice elle parle quelle langue avec son domaine étranger et les lecteurs alors ils font du tourisme sexuel à 12 euro c’est ça ? c’est là que je jette le livre par terre c’est quand au lieu de bouffer du porc ou plutôt au lieu de oui se branler va donc te branler padura il dit “Le Conde la suivit jusque dans la cuisine, se régalant du rythme de la chair de tout premier choix qui se balançait sous la robe d’intérieur, imaginant déjà tout ce qu’il pouvait obtenir de ce corps, exploré tant de fois au cours de tant d’années. Le passage de Tamara le long du dangereux défilé de la quarantaine était harmonieux et agréable car elle savait le faciliter par des flexions, des marches et des crèmes destinées à donner plus de tonus à ses muscles et plus d’éclat à sa peau, et le Conde lui était reconnaissant de cette préoccupation féminine dont il était périodiquement le bénéficiaire direct.”

© Dessin de Fernand Fernandez, Les Salocrates

20 juin 2019

[Chronique] L’écriture toutàtrac de Corinne Lovera Vitali, par Fabrice Thumerel

Corinne Lovera Vitali, Ronette et Modine, éditions Abrüpt, Zürich, mai 2019, 72 pages, 7,50 €, ISBN : 978-3-0361-0046-3. [« La continuité de cet ouvrage se fabrique » ici…]

Pour Sandra, Virginie et les autres…

Ronette et Modine… ça ne vous dit rien ? Allez, froncez un peu les sourcils…

Écrit en pensée véloce, en fronçais toutàtrac, cette « notice ronet modin » (p. 24) vise rien moins que la manie fronçaise de la commémoration des Grands-Hommes, très vivace au XIXe siècle : Hugo, Anatole-France, Renoir, Monet, Rodin… La fronce, championne de « la grande pompe et la grande commémore » (31) ne cesse de célébrer ses « grands hommes », qui « sont tout le temps vieux à cause de la consécration que la photo appuie » (28)…

Et patatrac : sus aux cons sacrés de la fronce, et en particulier aux machistes qui ont su bien écraser leurs femmes, épouses ou maîtresses :
« puisqu’ils ont mené des vies de gros phallocrates avides de reconnaissance de gloire et d’officialité
puisqu’ils ont recherché ça et qu’on le leur a donné
puisqu’ils ont mené des vies de mâles dominants
pourquoi continuer de parler si peu dans les commémorations de leurs dominées » (40)…
D’où l’intérêt porté à Camille Doncieux, Alice Hoschedé, Camille Claudel… Peut-on appeler « Grand-Homme » celui qui a étouffé la talentueuse Camille Claudel ? Un frère qui a laissé sa soeur crever de faim en asile ?
Et aujourd’hui, le milieu de la poésie même ne recèle-t-il pas des Monet et Rodin qui exercent leur emprise phallocratique dans les instances de consécration (revues, prix, commissions et manifestations diverses) ?

Avec l’indomptable et l’imprévisible Corinne Lovera Vitali, la culture phallus est mal barrée : une contrepèterie féministe, et le (vilain) tour est joué ! Ronette et Modine, donc.

Reste une allusion à son histoire accidentée, qui peut expliquer son écriture toutàtrac : « je ne sais plus quand ni comment ça a commencé la contre pèterie la con traction la psus qui s’est déshinibée dans ma bouche qui parle comme qui écrit et elle embrasse aussi avec sa manière à elle de tout téter » (21). De quoi replacer dans l’Å“uvre cette « notice » irrévérencieuse.

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