Libr-critique

16 juillet 2018

[News] Libr-vacance 2018 / 1

Plus que jamais, en ce temps de saturation médiatique, c’est le moment d’entrer en vacance : ce premier volet de Libr-vacance vous invite à méditer avec Leslie Kaplan sur/avec Mai 68, à lire une sélection de livres très récents, à rendre hommage à Christophe Marchand-Kiss, et vous donne RV au festival de poésie Voix vives…
Face à la liesse de ce 14-Juillet à double révolution, faut-il suivre le flaubertien fleuve humain auquel fait allusion Jean-Claude Pinson dans son dernier livre, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique)  ? « Flaubert, qui n’aimait pas la foule, écrit à Louise Colet que, néanmoins, "les jours d’émeute", il se sent "enivré par une poésie humaine, aussi large que celle de la nature, et plus ardente" »…

UNE : le Mai 68 de Leslie Kaplan, du chaos au chantier…

Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier, P.O.L, mai 2018, 80 pages, 9 €.

Il était un temps où l’espace social français n’était pas saturé par une seule obsession, l’invasion des "Migrants", que seul peut chasser cet antidote magique, la Victoire-des-Bleus… Une Coupe du monde quand la coupe est pleine, des Bleus contre les bleus à l’âme, le Mondial contre les ravages de la mondialisation…

« Et alors "quelque chose se passe"
qui remet en cause l’ordre normal, habituel, les choses en l’état, le surplace, apparemment calme, en fait violent, la répétition du mensonge […]
en mai 1968, c’est l’absence de hiérarchie
au contraire, c’est l’égalité, la liberté réciproque
la parole est partout, dans tous les milieux, chez tout le monde » (p. 39).

« ET ALORS vient la question : tout ça s’est fait dans des mots, paroles, dialogues
est-ce suffisant pour une révolution ? certes non
une révolution suppose un changement du cadre de pensée établi
mai 1968 a été un mouvement de contestation du cadre actuel, de la société capitaliste marchande
un mouvement très fort, général
et après 68, il y a eu une "reprise en main" terrible
un retour en force de la société de consommation

les paroles vivantes ont été "récupérées", c’est-à-dire : sont devenues des clichés » (p. 47-48).

Ces clichés, nous les avons tous en tête sous forme de slogans : "Faites l’amour, pas la guerre !" ; "Il est interdit d’interdire !" ; "L’imagination au pouvoir !" ; "La beauté est dans la rue" ; "Prenons nos désirs pour des réalités !" ; "Soyons réalistes, demandons l’impossible"… Mais, dans sa conférence interrompue par quelques personnages tout droit issus de ses textes, Leslie Kaplan insiste autant sur la chape de plomb du régime gaulliste que sur la prise de parole : mutisme des dominés… silence sur les opprimés… silence sur la France de Vichy, la guerre d’Algérie… Contre une certaine doxa selon laquelle Mai 68 est avant tout une révolte hédoniste et consumériste, un soubresaut individualiste, l’auteure nous invite à penser 2018 grâce à ce mouvement anticapitaliste : plutôt que de nous laisser engluer dans un individualisme de masse et un identitarisme de mauvais augure, retrouvons notre puissance d’étonnement, un désir de singularité qui passe par l’altérité !

Libr-15 : LC a reçu, lu et vous recommande

♦ Philippe ANNOCQUE, Seule la nuit tombe dans ses bras, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 152 pages, 16 €.

♦ Julien BLAINE, De quelques tombeaux de feus mes amis & de feue mon amie, Au coin de la rue de l’Enfer (04), mai 2018, 54 pages, 13 €.

Julien BLAINE, Catalogue de l’Exposition 1968/2018 = 1/2 siècle & Julien Blaine = 3/4 de siècle, Marseille, édition im/paires et éditions Galerie Jean-François Meyer, mai 2018, 64 pages.

♦ Philippe BOISNARD, Vie et mort d’un transsexuel, éditions Supernova, juin 2018, 86 pages, 10 €.

♦ Comité restreint, L’Inclusion qui va, éditions Louise Bottu, mai 2018, 128 pages, 7 €.

♦ Christophe ESNAULT, Mordre l’essentiel, éditions Tinbad, printemps 2018, 336 pages, 26 €.

♦ Bruno FERN, Suites, éditions Louise Bottu, juin 2018, 162 pages, 14 €.

♦ Laurent GRISEL, Journal de la crise de 2008, éditions Publie.net, printemps 2018, 272 pages, 20 €.

♦ Pierre MÉNARD, Comment écrire au quotidien. 365 ateliers d’écriture, Publie.net, 2018, 450 pages, 24 €.

♦ Cécile PORTIER, De toutes pièces, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 180 pages, 18 €.

♦ Jean-Claude PINSON, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, éditions Joca Seria, Nantes, juin 2018, 280 pages, 19,50 €.

♦ Olivier QUINTYN, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €.

Revue des Sciences Humaines, Université de Lille III, n° 329 : "Orphée dissipé. Poésie et musique aux XXe et XXIe siècles", printemps 2018, 296 pages, 28 €.

♦ Marc-Émile THINEZ, L’Éternité de Jean, éditions Louise Bottu, juillet 2018, 140 pages, 14 €.

♦ Patrick VARETZ, Rougeville, éditions La Contre Allée, Lille, printemps 2018, 96 pages, 8,50 €.

 Libr-brèves

â–º En hommage à notre ami Christophe Marchand-Kiss (1964-2018), qui nous a quittés trop tôt, sur Libr-critique on pourra (re)lire un extrait de Mère/instantanés et une chronique sur l’un de ses textes publié sur Publie.net en 2009.

â–º Bien que ce festival méditerranéen ait bien changé, RV à Sète du 20 au 28 juillet : avec notamment Béatrice Brérot, Sébastien Dicenaire, Frédérique Guétat-Liviani, Jean-Luc Parant et Pierre Tilman.

1 mai 2018

[News] De mai en mais…

En ce 1er mai ô combien commémoré, on retrouvera avec plaisir le duo Cuhel/Heirman : "Mais il est où mai ?" De Mai 68 à mai 2018 : par le biais de deux extraits, tirés du livre de Boris Gobille (Le Mai 68 des écrivains) et de celui à paraître dans deux jours, signé Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier (POL). Mais 68 : on (re)lira cet article publié il y a dix ans, "Pensée anti-68 ou révolution conservatrice ?", dans un dossier intitulé "Autour de mai 68".

CUHEL (texte) / HEIRMAN (dessins) : Mais il est où mai ?

Toi qui cherches mai en mai
Et rien de mai en mai n’aperçois…
Rien que la commémoration de mai…
que la consommation de mai…

Fini le temps d’Emmanuelle, reine des braguettes
Avec Frère Emmanuel à la baguette
et Père Blanquer à l’Éducation
plus de rêvolution
tous à l’unisson
Il n’y a pas de mai/mais ballot
Faut s’tenir à carreau !

 

En lisant, en zigzaguant : de Mai 68 à mai 2018…

« La situation des avant-gardes littéraires en mai-juin 1968 est donc paradoxale : tandis qu’elles sont obligées et autorisées par le mouvement critique à prendre position, elles ne peuvent le faire qu’en se dépouillant, comme tout "auteur", de leur statut. Un nouveau pouvoir prophétique est attribué à la créativité, mais ce pouvoir prophétique est d’une nature singulière : il n’admet pas de prophètes, il n’admet pas d’élus. Il n’est la propriété de personne. Il est détaché de tout statut, de tout nom. Il est anonyme et démocratique » (Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, CNRS éditions, 2018, p. 21).

Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier (à paraître jeudi 3 mai chez P.O.L) :

« Et alors "quelque chose se passe"
qui remet en cause l’ordre normal, habituel, les choses en l’état, le surplace, apparemment calme, en fait violent, la répétition du mensonge […]
en mai 1968, c’est l’absence de hiérarchie
au contraire, c’est l’égalité, la liberté réciproque
la parole est partout, dans tous les milieux, chez tout le monde » (p. 39).

« ET ALORS vient la question : tout ça s’est fait dans des mots, paroles, dialogues
est-ce suffisant pour une révolution ? certes non
une révolution suppose un changement du cadre de pensée établi
mai 1968 a été un mouvement de contestation du cadre actuel, de la société capitaliste marchande
un mouvement très fort, général
et après 68, il y a eu une "reprise en main" terrible
un retour en force de la société de consommation
les paroles vivantes ont été "récupérées", c’est-à-dire : sont devenues des clichés » (p. 47-48).

1 avril 2018

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche d’avril, RV avec Eric Arlix, la revue Fourbi et Marina Skalova. À ces Libr-événements succède un Libr-7 : 7 invitations à une lecture passionnante…

Libr-événements 

â–º Jeudi 5 avril à 18H30 : Lecture d’Éric Arlix, Terreur, saison 1.

â–º Mardi 10 avril à 19H15, ENT’REVUES (4, rue Marceau 75008 Paris) : Lectures, rencontres, surprises.  Le Fourbi fête son N° 7 : "Le bout de la langue"
Avec Frédéric Fiolof, Hugues Leroy, Zoé Balthus, Anne Maurel, Tristan Felix, Camille Loivier, Laure Samama & Carl Frayne, Adam David, Fidelia Muto Rubio, Emmanuel Benito (as Prince).

â–º Mercredi 11 avril à 18H, Librairie Les Abbesses (Paris) // Samedi 14 avril à 12H, Librairie Le Parnasse à Genève : Marina Skalova, Exploration du flux / vernissage.

Quatrième de couverture. A partir de la notion de flux, si employée, si dévoyée dans le grand bavardage, Marina Skalova retrace l´emballement qui a conduit l´Europe à abandonner sa politique d´asile, et ce faisant à renoncer à elle-même, elle qui s’est construite sur l’idée du " plus jamais ça ". Flux migratoires, flux des échanges financiers, flux corporels et flux marins se trouvent tous pris dans le même mouvement – un flux qui nous déborde et dans lequel on pourrait bien un jour se noyer. Il est difficile de trouver une terre ferme sur laquelle poser ses chaussures. On cherche des mots auxquels se raccrocher. Mais les mots ne sont pas des bouées. Pourtant, les mots de ce livre nous réveillent, et nous rappellent de quoi, jour après jour, nous sommes devenus, souvent malgré nous, les complices. C’est parfois le sens de la littérature : réveiller. 

Libr-7 (LC a lu et recommande ces 7 livres parus au premier trimestre 2018)

 

â–º Julien Boutonnier, M.E.R.E, éditions Publie.net, coll. "Poésie/L’esquif", 496 pages, 25 €.

Après Ma mère est lamentable, parue chez le même éditeur en 2014, M.E.R.E est un abécédaire lacunaire (manquent les lettres Q, V et X) pour dire le manque dans les blancs et jeux typographiques. Un exercice de virtuose !

â–º Aurélien Marion, AdolescenZ, biotoputopie, Caméras animales, 72 pages, 10 €.

AdolescenZ, comme en son temps ExistenZ de David Cronenberg (1999)…
Adolescence : aptitude à la désertion…
Ados : "Les ados font p/utopie : rencontres excessives de présences, / joyeuse mousse d’affects, urgentes trouées orgiaques" (p. 22). Guerriants, mutireurs, piroètes dont les "putopies font respirer l’imaginaire" (61-62)…

â–º Philippe Maurel, Mélancolie des données, Publie.net, coll. "Poésie/L’esquif", 80 pages, 11 €.

La disparition du poème a cette fois une cause : "Comment meurent les poèmes ? / De panne logique ou physique" (13).
Dans ce triptyque ("Récupération des données", "Reset" et "Hyperpoèmes"), il est question, entre autres, de la poésie, des données et des activités du trader.
L’hyperpoème comme un mixage des données.

â–º Joachim Séné, La Crise, suivie de Je ne me souviens pas (réédition), Publie.net, 142 pages, 12 €.

Anaphores, polyptotes ou épanadiploses ressortissent à un dispositif critique que l’on peut nommer ARN (Agencement Répétitif Neutralisant). Cette neutralisation de l’idéologie dominante – y compris dans ses effets projetés – s’avère des plus salutaires :
"LA CRISE est la seule réponse possible à LA CRISE" (19).
"JE NE ME SOUVIENS PAS du dernier glacier, ni de la dernière île" (105).

â–º Joachim Séné, C’était (réédition), Publie.net, 122 pages, 14 €.
Retour sur une année de travail sous la forme d’une litanie : 53 semaines évoquées… TODO or not TODO, that is the question… Une charge terrible contre le monde du travail.

â–º Marina Skalova, Exploration du flux, Seuil, en librairie le 5 avril 2018, 78 pages, 12 €. [Extrait sur Libr-critique]

Notre XXIe siècle conjugue les flux pour le meilleur, mais surtout pour le pire : flux financiers, migratoires, communicationnels… En fin de compte, dans la forteresse de notre corps comme de notre monde, "tout circule, le sang, le sperme, les eaux, la merde" (18)…
La crise migratoire est traitée du 11 septembre 2015 au 8 mars 2016 dans cet apologue critique qui télescope les isotopies pour faire déraper les significations.

â–º Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, CNRS éditions, 400 pages, 25 €.

Une approche bourdieusienne pointue sur un moment trouble de l’histoire littéraire peu étudié : la crise politique de Mai 68 relance les stratégies révolutionnaires des avant-gardes (revues, comités, groupes… positionnements politiques divers).

3 mars 2009

[Entretien] Jean-Claude PINSON : poéthiquement impur… (1)

Voici la première partie d’un entretien dont vous pourrez trouver l’intégralité dans le volume numérique disponible fin avril sur publie.net. Bien que de sensibilité différente et ne revendiquant pas les mêmes héritages, j’ai tenu à rendre hommage à celui qui nous aide à mieux penser la poésie (et en particulier la poésie contemporaine) et à mieux la vivre au quotidien.

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11 septembre 2008

[Dossier : « Autour de 68 »] Jean-Luc Nancy, Vérité de la démocratie

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 7:31

  Jean-Luc Nancy, Vérité de la démocratie, Galilée, 2008, 66 pages, 12 €  ISBN : 978-2-7186-0772-6

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3 septembre 2008

[Dossier : Autour de 68] Pensée anti-68 ou révolution conservatrice ?

C’est libr-critiquement qu’en cette "Rentrée littéraire" nous avons choisi d’ouvrir un dossier intitulé "Autour de 68", histoire de montrer notre décalage par rapport à l’actualité immédiate – et aussi qu’il ne saurait y avoir de Rentrée que critique. On ignorera donc bon nombre de productions diverses, des dossiers de magazine aux films documentaires, en passant par les nombreux ouvrages de circonstance, pour traiter le sujet par les marges.

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10 janvier 2008

[Livre] Jean-Claude Pinson, Drapeau rouge

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 7:44

  Jean-Claude Pinson, Drapeau rouge, Champ Vallon, 2008, 155 pages, 15 € ISBN : 978-2-87673-475-3

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