Libr-critique

23 juin 2009

[Recherhe] Meccano, sans mode d’emploi [2 : D’une écriture de la fin du sujet]

Filed under: recherches,UNE — Étiquettes : , , , , , , — Philippe Boisnard @ 7:14

  [Deuxième partie de la publication de Meccano, sans mode d’emploi. La première version de ce texte a été publié initialement dans Fusées n°7, 2003.]

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10 janvier 2008

[Livre] Jean-Claude Pinson, Drapeau rouge

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 7:44

  Jean-Claude Pinson, Drapeau rouge, Champ Vallon, 2008, 155 pages, 15 € ISBN : 978-2-87673-475-3

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2 janvier 2008

[Chronique] Claude Royet-Journoud, Théorie des prépositions

Claude Royet-Journoud, Théorie des prépositions, P.O.L, 2007, 80 pages, 11 € ISBN : 978-2-84682-200-8 // [site des éditions]

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6 novembre 2007

[Chronique-Joyeux Jarryversaire 5] Patrick Besnier dir., Jarry. Monstres et merveilles

Patrick Besnier dir., Jarry. Monstres et merveilles, Presses Universitaires de Rennes, "La Licorne", 2007, 131 pages
ISBN : 978-2-7535-0403-5 // 15 €

[Quatrième de couverture] :
Jarry appartient exactement à la même génération que Gide, Valéry ou Claudel. Il reçoit comme eux l’ineffaçable influence de Mallarmé et participe aux mêmes revues. Pourtant, Jarry demeure inclassable, irréductible : serait-ce parce que son oeuvre oscille entre deux pôles, le monstre et la merveille ? Il en a exploré à la fois l’opposition et la complémentarité au long de son existence créatrice, en particulier dans L’Ymagier, la revue qu’il anima pendant deux ans en compagnie de Remy de Gourmont. Du monstre, faut-il encore parler ? En ses diverses méta-morphoses, Ubu en assure la pérennité, introduisant son "mufle infâme" jusque dans les livres les plus élaborés, les plus savants, tel que César-Antéchrist – ce qui rend définitivement impossible toute lecture univoque. Avec non moins de constance, Jarry recherche les merveilles, en particulier dans la mémoire de l’enfance : l’illumination née du plus lointain passé est au coeur de trois de ses romans, Les Jours et les Nuits, de L’Amour absolu ou de La Dragonne. Le dialogue avec Paul Valéry, la bibliothèque énigmatique du Docteur Faustroll permettent aussi un autre émerveillement, celui des constructions de l’esprit humain. Les articles ici réunis explorent ces diverses dimensions d’une oeuvre encore souvent méconnue.

[Chronique]
Jarry, défoRmateur et découvreur

Le titre de cet ouvrage collectif se trouve en parfaite conformité avec l’esthétique carnavalesque de Jarry, qui réside dans l’union des contraires, dans la réunion d’éléments composites. À cet égard, une célèbre définition nous vient immédiatement à l’esprit : "Il est d’usage d’appeler MONSTRE l’accord inaccoutumé d’éléments dissonants […]. J’appelle monstre toute originale inépuisable beauté" [1]Alfred Jarry, L’Ymagier, n° 2, janvier 1895 ; repris dans Oeuvres complètes, Gallimard, "La Pléiade", t. I, 1972, p. 972. . La double inclination de Jarry pour le merveilleux et le monstrueux font de lui un iconologue et un tératologue, un découvreur – en tant que passionné d’images sublimes – et un déformateur, pour reprendre la formule qu’il emploie à propos du pein-tre Filiger dans une chronique de septembre 1894 (Mercure de France, n° 57, p. 73-77). Le point de convergence entre ces deux postulations simultanées est à chercher dans une double quête des origines : celle de l’enfance comme celle des temps primitifs. Un précédent ouvrage collectif, traitant du "monstre 1900", permettait déjà de ne pas réduire au seul cycle d’Ubu l’oeuvre de Jarry : une fois replacée dans le siècle "la logique de la déviance", le chapitre sur "le monstre dans la littérature" était l’occasion d’étudier le pan romanesque, tout en proposant de pertinentes ouvertures sur Hugo et Huysmans ; enfin, étaient abordés les rapports du microcosme jarryque aux arts en général, et aux avant-gardes en particulier [2]Cf. Beate Ochsner dir., Jarry. Le Monstre 1900, Shaker Verlag, Aix-la-Chapelle, 2002, 246 pages.. Mais dans la première partie du présent livre , qui manque pour le moins d’homogénéité malgré les efforts de Patrick Besnier dans l’Avant-propos, il s’agit d’abord de comprendre l’intégration d’Ubu roi dans César-Antechrist : incongrue ou logique ? Pourquoi un tel monstre dans un tel univers religieux ? (Au reste, le frontispice d’Ubu roi introduit la première image de monstre au sein de César-Antechrist). Et Julien Schuh de "montrer que César-Antechrist n’est pas la machine destructrice de toute signification qu’on a voulu en faire" : "Le vrai but de cette pièce, c’est de donner un sens à Ubu roi". Pour lui, c’est bel et bien la clé occultiste qui transfigure "Ubu en héraut du symbolisme" (p. 15). L’occultisme cède ensuite le pas à la science : Matthieu Gosztola examine la façon dont Jarry, comme Valéry, se réfère en poète à la science qui le fascine – mais différemment : loin d’apporter la lumière, la science convoquée par le pataphysicien opère la passage à l’obscur, à la surréalité, au fantastique. La seconde partie, intitulée "Recherches", sans que l’on puisse vraiment la distinguer de la première, appelée "Études", est deux fois plus courte, mais tout aussi disparate : elle porte essentiellement sur l’iconographie religieuse de L’Ymagier (Jill Fell), sur la dé-figuration grotesque que constitue le vers de mallarmirliton (Jacques Jouet) comme sur cette forme de monstruosité que représente une écriture de l’hétérogénéité (Ben Fischer).

 

9 avril 2007

[Recherche] Poésie et vérité, Jean-Claude Pinson

pinson.jpgPoésie et vérité
(Concept et métaphore dans la poésie contemporaine)
[Jean-Claude Pinson est Maître de conférence à l’Université de Nantes ]
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Parce que son médium est le langage au sens propre, c’est bien, comparativement aux autres arts, dans la poésie, dans son « discours », que concept et métaphore sembleraient devoir se rencontrer en un sens lui aussi propre (et non pas figuré). Ils apparaissent pourtant aujourd’hui plutôt comme deux écueils majeurs du « jeu de langage » (plutôt que « discours ») de la poésie : le concept (le discours conceptuel), parce qu’il déporte le poème du côté de la « poisse du sens », alors que la poésie aspire, comme la peinture moderne, à devenir « composition picturale pure » ; la métaphore, parce qu’elle participe de l’illusion métaphysique – parce qu’aussi elle contribue à la « vieillerie poétique » quand vient à s’user l’imagerie surréaliste.
Pas plus que n’importe quel autre « jeu de langage », la poésie n’échappe à la variabilité historique. Parmi d’autres traits, on peut dire que c’est en se dégageant de l’emprise du concept et du discours, en se « poétisant » pleinement, en se dépouillant de ce qui venait altérer sa « pureté », qu’elle se constitue comme moderne : on se souviendra ici de la remarque fameuse de Mallarmé à Degas : « ce n’est pas avec des idées mais avec des mots qu’on écrit de la poésie ». Il se peut qu’elle soit aujourd’hui au commencement d’une nouvelle époque. Il se peut même que le regain de vitalité dont témoigne son activité multiforme soit l’indice de ce que véritablement elle recommence. Mais si elle le fait, c’est assurément autrement, parce que, dans ce recommencement, comme le note Jean-Luc Nancy, elle semble paradoxalement se « dépoétiser ». Or, cette tendance à la « dépoétisation » prend tout particulièrement la forme, dans la poésie telle qu’elle s’écrit et se réfléchit aujourd’hui, d’un renoncement à la métaphore au profit d’un régime de langue qui privilégie les formes diverses de la littéralité.

L’existence et le parti pris de sa « part maudite »
Le moderne désenchantement du monde (l’Entzauberung de Max Weber) signifie pour l’humanité la fin d’un (hypothétique) âge poétique (mythique, fabuleux, religieux) et le règne sans partage du Logos au détriment du Muthos. Le premier romantisme allemand, en cherchant les voies d’un réenchantement, allume néanmoins un contre-feu où la poésie (la littérature) se voit conférer une place éminente. Et ce contre-feu sera d’autant plus durable que le devenir-science de la Raison triomphante conduit au positivisme le plus borné, en même temps que son devenir-monde donne lieu, comme le montrera Adorno, à une dialectique où sont tour à tour démentis les idéaux issus du siècle des Lumières.
C’est dans tel contexte, celui donc du positivisme, que se répand la critique du concept, jugé mortifère, et que le philosophe est perçu avant tout, selon le mot d’Anatole France, comme un « poète triste ». Ce moment correspond grosso modo à ce qu’Alain Badiou a appelé « l’âge des poètes » (de Hölderlin, « vigie anticipante », à Celan). Il a pour contrepoint une critique récurrente du système hégélien, menée, selon des modalités multiples (d’Adorno à Bataille), au nom d’une existence dont il rendrait impossible qu’elle soit portée au langage en sa réalité toujours singulière. L’argument de cette critique pourrait être, quant au langage, ainsi reconstitué : d’une part toute diction est déjà « malédiction », dire boiteux, dans la mesure où tout langage est « cimetière des intuitions » (Nietzsche) et du même coup suppressio veri (Adorno) ; mais d’autre part le concept redouble cette malédiction (le malheur du langage de n’être ni adamique ni johannique), dans la mesure où, par principe, dans son usage philosophique, il tourne le dos à la réalité simplement particulière. Non seulement, dira en substance Adorno, il ne saisit, ne transit plus rien (au sens fort, spéculatif, du begreifen hégélien), mais il manque et mutile le réel, sa contingence irréductible.
On retrouve plus près de nous une semblable critique de la rationalité philosophique chez deux auteurs, Georges Bataille et Yves Bonnefoy, qui ont en commun d’avoir forgé leur pensée propre au double contact du surréalisme et de l’hégélianisme (dans la version du moins qu’en a fournie Kojève) et de sa critique. Mais si l’un et l’autre opposent bien l’existence au concept, c’est pour en tirer des « poéthiques » bien différentes. Pour Bataille, s’il y a une insuffisance du concept et de la raison, c’est d’abord au regard d’une « part maudite » de l’existence dont la raison signifie l’« annulation » et que l’homme ne peut atteindre qu’à travers une « expérience intérieure » qui est « voyage au bout du possible », égarement du côté du non-sens et de l’idiotie. Dans cette perspective, Bataille oppose à la voie tautologique du système, qui toujours rapporte l’inconnu au connu, celle, hétérologique, extatique, « nesciente », de la poésie qui, elle, fait « incessamment glisser la vie dans le sens contraire, allant du connu à l’inconnu ». Par là elle rejoint la mystique pour s’affronter à l’extrême et à l’impossible, un « impossible » que Bataille oppose à la science et au « monde réel de l’utilité ». Mais c’est une mystique athéologique, non « confessionnelle », une mystique « noire » où la poésie (la poésie « véritable ») est d’abord un autre nom pour la perte de soi dans un « impossible », auquel on ne peut accéder qu’au moyen de ces opérations « souveraines » (i. e. échappant à la logique de l’utilité) que sont aussi bien l’expérience de l’horreur que celle de la « fureur voluptueuse ».

21 décembre 2006

[Recherche] Darwin comme un roman, Philippe Castellin

Rapide- répons à 2 textes de C. Hanna [lire +] et Ph. Boisnard [lire +]
Musique : Keyboard Study #2 – Terry Riley

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À juste titre, me semble-t-il, Philippe Boisnard dans un article qu’il consacre à DOC(K)S, commence par constater qu’il existe un souci commun à beaucoup des contributions qui constituent ce numéro “théorique” , celui-ci les agençant (là encore PH. Boisnard voit juste) d’une manière significative, calculée ou se voulant-t-elle. Souci commun : l’action. Mais aussi matière à divergences et discordes, que Philippe Boisnard, dans la suite, propose de structurer à partir de la confrontation entre deux textes qu’il estime caractéristiques à cet égard, celui d’Alain Frontier et celui de Christophe Hanna. Il est vrai que le fait que les pages d’Alain Frontier concernent de manière polémique l’un des livres publiés par Hanna (Poésie action directe) rend plus patentes, à certains égards, ces divergences, vrai également que la dimension nominative des choses pourrait bien contribuer à obscurcir le débat. Pour moi, je tiens à souligner que les critiques, les débats « théoriques » voire, ne sont pas chose négative et stérile, au contraire – Même si, en définitive, ce sont les Å“uvres qui importent, et l’emportent. En tout cas si, maintenant, je tente de « répondre » à Ph. Boisnard et, indirectement, à C. Hanna, ne pas y voir le signe d’une animosité ou d’une hostilité mais au contraire celui de l’intérêt et de l’estime que j’éprouve à leur égard.

Comment donc A. Frontier, – Ph. Boisnard dixit – aborde-t-il l’action ? – Le socle « épistémique » de la position de Frontier serait constitué par une conception déterminée de la poésie que Ph. Boisnard rattache à la « modernité ». Dans cette conception, la poésie est envisagée comme langage visant à l’expression des limites mêmes du langage, rapporté au « Réel » donc. Pour citer Boisnard : « la poéticité mise en avant est donc celle de l’arrachement de la situation symbolique, sociale, politique qui détermine le sujet, en direction d’un réel voilé… nous comprenons que le langage doit faire trouée… ». Jusqu’ici, si l’on accepte d’oublier le texte même d’Alain Frontier (je me garde bien de demander s’il correspond ou pas aux assertions de Philippe Boisnard, Alain Frontier étant bien capable de se défendre ou de rectifier si besoin est) on peut convenir que le type de poétique évoquée se trouve effectivement formulée et présente dans l’histoire de la poésie, au XIX° et XX° siècle. On songera aux romantiques allemands, aux surréalistes. Et il est possible que certains des poètes réunis par « THÉORIES-DOC(K)S » soient également porteurs, dans leur poétique sinon dans leur pratique de la poésie – ce n’est pas nécessairement la même chose – de cette conception qui, structurée par le rapport poésie/Réel, est évidemment susceptible de multiples variantes selon « le » Réel (ou l’ « Etre ») dont on parle. En tous les cas cependant, la poésie s’y rattache à une thématique du forçage et de l’indicibilité. Il suffit, pour cela, qu’un référent absolu, un Réel Majuscule soit posé, hors d’atteinte sauf par Voie et Voix poétique.

Il est tentant d’approfondir cette structure afin d’y retrouver, ainsi que le fait Ph. Boisnard, la marque expressive d’une onto-théologie basée sur une transcendance verticalisée, entre zénith et nadir déclinable. Au poète, à l’Artiste, il appartient d’avoir relation privilégiée avec les cieux ou les abîmes, la chose est ancienne et connue, et chargée de conséquences précises dans les modalités de monstration (de « rencontre ») de l’art, ou dans les procédures éditoriales et le rapport au « livre » où elle s’exprime de manière concrète à travers ce que C. Hanna qualifie « d‘ hypocrisie », soit ce que j’ai appelé « l’ensemble des procédures très intéressées par lesquelles la poésie ou le poème neutralisent formellement leur insertion dans le monde, en occultant globalement la relation qu’ils entretiennent à l’univers des medias, des techniques, des circuits de diffusion et de production… » (« DOC(K)S mode d’emploi ») – Calme bloc ou météorite, le poème-alien tombe dans un monde qui lui serait étranger et, comme dans le film auquel je songe autant qu’à Mallarmé, la foule, mystérieusement instruite de l’événement, s’assemble muette, pour adorer la pierre noire. J’ajoute que, comme Ph. Boisnard, j’estime que nous sommes loin d‘en avoir fini avec cette vision théologique de l’art, toujours prompte à ressurgir malgré les coups qui lui ont été assénés, notamment, par les avant gardes du XX° siècle. Nul hasard si l’article que j’ai écrit dans le même numéro s’achève par l’injonction, ironique, d’avoir à « en finir avec le moyen Age » – sentence à laquelle je

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