Libr-critique

31 mai 2020

[News] News du dimanche

Tandis que les forces du désordre raciste ont chargé hier dans plusieurs villes made in USA…
que les forces du désordre néolibéral ont lancé leur offensive restauratrice…
que les librairies réelles viennent de rouvrir avec des destinées plus ou moins tragiques…

On trouvera ci-dessous une Libr-sélection de 12 livres à ravir (Libr-Printemps), des Libr-brèves pour les curieux… et la dernière grille de cette première série de mots-croisés insolubles (Marcel Navas) !

Libr-brèves

â–º On méditera grâce au récent article de Sébastien Ecorce et Thomas Branthöme (Diacritik, 29 mai), « De l’idée de reconstruire un état »

► Découvrez sur YouTube les émissions au regard libr&critique de notre contributeur Ahmed Slama : Littéralutte, tout un programme !

â–º Écouter le 2e ciné-poème de Christophe Manon, « Poèmes pour les temps présents #2 » / Ciclic.

 

Libr-12 (printemps 2020)

â–º Patrick BEURARD-VALDOYE, Le Purgatoire irlandé d’Artaud, dessins de Jean-François Demeure, éditions Au coin de la rue de l’Enfer, Saint-Etienne-les-Orgues (04), 68 pages, 13 €.

â–º Julien BLAINE, Introd@ction à la performance, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 84 pages, 9 €.

► Anne-James CHATON, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, P.O.L, 248 pages, 18,90 €.

► Éric CHEVILLARD, Monotobio, Minuit, 176 pages, 17 €.

► Dominique FOURCADE, Magdaléniennement, P.O.L, 192 pages, 21 €.

► Andrea INGLESE, Mes adieux à Andromède, Art&Fiction, Lausanne, 88 pages, 12 €.

â–º Isidore ISOU, Antonin Artaud torturé par les psychiatres, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 144 pages, 13 €.

► Petr KRÁL, Déploiement, éditions Lurlure, Caen, 80 pages, 15 €.

â–º Arnaud LABELLE-ROJOUX, Récits de la vie de Michelangelo Merisi, dit « Le Caravage », Les Presses du réel, coll. « Al dante », 72 pages, 8 €.

â–º Clemente PADÍN, Horizons ouverts, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 96 pages, 10 €.

â–º Jean-Claude PINSON, Sur Pierre Michon. Trois chemins dans l’Å“uvre, Fario éditeur, 108 pages, 14 €.

â–º Poesiue, Les Presses du réel, coll. « Al dante », 64 pages, 8 €.

 

Mots-croisés insolubles de Marcel Navas
Problème n° 6

Horizontalement

  1. Si seulement elles avaient dit la vérité ! – II. Innocent qui n’a pas que les mains pleines. Il a fait une belle chute mais c’est d’un accident qu’il est mort. – III. Complications qui surgissent quand Dieu se met à faire le malin. – IV. Il a réussi à s’enfuir comme un dératé. Assistance respiratoire. Jamais à sa place. – V. Il n’y a rien de profond chez lui, surtout pas le sommeil. En poudre ou en granulés. – VI. Un moment de distraction qui dure longtemps. Machine à fabriquer des trucs en série. – VII. À force de fréquenter tout le monde et n’importe qui, voilà le résultat ! – VIII. Elle a perdu sa table. Fleurit quand les autres fanent. On a vu pire. – IX. Victimes de blagues désopilantes. Visibles derrière des écrans de fumée. – X. Introuvable pour cause de pénurie. Quand on l’a pris on ne peut plus le rendre, et on risque un châtiment. Il a la vocation du sacrifice et en abuse. – XI. Ce n’est pas un mauvais cheval mais il est incapable de faire les courses. – XII. Plus on leur crache dessus plus ils se croient indispensables.

Verticalement

  1. S’il est généreux, c’est bien pour se faire plaisir. – 2. Toile de fond dont on n’a pas fini d’explorer les motifs. Figure de rhétorique assez fumeuse. – 3. Décision généralement suivie d’effets malheureux. Dans le plus pur style néogothique. – 4. Difficile de lui couper l’appétit, mais après tout s’il a faim ! Porté en triomphe. – 5. Attentat à la pudeur. Pour faire trempette et pour faire signe. – 6. Ce n’est pas à la poubelle qu’on les jette. À la baguette ! Il n’a jamais raison, ni jamais tort. – 7. Elles n’ont pas la moindre idée, encore moins d’idées fixes. – 8. Parfois elles n’attendent rien dans la salle d’attente, elles sont simplement là. Surpris en plein vol. – 9. Les éponges y font bon ménage. Complète sans rien ajouter. Il n’a plus assez de dents pour mâcher ses mots. – 10. Enveloppe sans timbre. D’autant plus facile à découvrir qu’il est le seul immobile du crime. – 11. Moteur qui produit des bananes à plein régime. La moitié d’un âne, et même un peu plus. – 12. Il a d’autant plus besoin de gardes du corps que son esprit se dédouble à son insu.

17 mai 2020

[News] News du dimanche

Si l’on cherche coûte que coûte à faire les fonds de tiroir de l’espoir, à défaut de voir la fin du tunnel, au moins ceci : faute de livres nouveaux, certains chercheurs d’or sont allés naviguer de la belle aube au libre soir, ivres de pépites… D’où une belle activité numérique – qu’encouragent nos Libr-brèves… Qui précèdent les désormais fameux « Mots-croisés insolubles » de Marcel Navas…

Libr-brèves

â–º Dans la dernière livraison de son VITAL JOURNAL VIRAL (Déboîtements #9 : 10-16 mai 2020), la veille du déconfinement, Christophe Grossi constate un revirement des pratiques de lecture : « Je remarque que les lectrices et lecteurs de ce journal sont deux fois moins nombreux depuis deux semaines. Est-ce dû à la fin du confinement qui se précise ? Trop de propositions à lire ? Un ras-le-bol général ? Un manque d’intérêt soudain pour les écritures personnelles ? Envie de lire des textes qui seraient moins reliés à l’actualité ? Ou est-ce moins bien écrit ? Est-ce moins intéressant ? Comme la ville, vous ai-je soûlé.e.s ? Dans le même temps, de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux annoncent qu’elles arrêteront d’écrire, de publier et de partager à partir de ce soir. C’est dommage. Nous ne sommes qu’en liberté provisoire et surveillée. Et même si le pire n’est jamais certain, j’ai de bonnes raisons de penser que ce qui arrive ne sera pas toujours beau à vivre et qu’il serait bon de continuer à témoigner. »

 

â–º Sur YouTube mais surtout La Vie manifeste, signalons la série de Philippe Maurel, « RUN RUN RUN » : pour l’instant, la saison 1 compte 6 épisodes, dont le 3e « Contrôle des flux » (« Survivre, c’est discriminer… »).

 

â–º On découvrira le blog de Thomas Seto, en commençant par « Limite (2020) – Mr & Me Impérieux »

 

► Ne pas manquer la troisième partie du long et passionnant entretien de Laure Gauthier avec Guillaume Richez sur Les Imposteurs.

Installation sonore de T. Saraceno (décembre 2018)

 

â–º La réouverture des écoles vue par La Vie manifeste dans « Les Quatre Côtés d’un carré. Les jeux de l’empire » : Comment rendre bêtes les enfants en les faisant tourner en rond dans le pré carré de la République ? Une dizaine de minutes durant, la Parole-Cucul – chansons incluses – montre comment les enfants sont conditionnés au Nouvel Ordre hygiéniste qu’impose un Empire néo-libéral responsable de la mondialisation économico-sanitaire : « la réouverture des écoles à la Blanquer » tente la gageure d’opérer « l’introjection/gestion du flic par le corps professoral »…

 

Marcel Navas, Mots-croisés insolubles
Problème n° 5

Horizontalement

  1. Il ne tient pas en place et par conséquent il n’y est pour personne. – II. La même légende mais jamais sous les mêmes images. – III. Font des étincelles en versant de l’huile sur le feu sacré. Figure par laquelle sont rompues les amours platoniques. – IV. Ils travaillent dans des trous qui ne sont pas tous dans des trous. Feuilles volantes qui tombent à l’eau. – V. Tout simplement jaloux de lui-même. Dose de somnifère. Lui au moins il ne se cache pas derrière l’apparence. – VI. Voyage dans le temps. Tourne à vide. -VII. Il trompe la faim de la femme, et l’homme par la même occasion. Broie du noir avec du gris. – VIII. Tirent les ficelles et finissent par s’embrouiller dans les cordes. Bouquet fatal. – IX. En voilà des manières ! Pas le seul zouave qui travaille dans la presse, mais certainement le plus doux. – X. Ils visent à l’objectivité mais ne sauraient jamais l’atteindre. – XI. Pas moyen de lui en vendre treize à la douzaine. – XII. Il est du bois dont on fait les portemanteaux à défaut des flûtes. Il se prend pour un trait d’union et n’est qu’une pomme de discorde.

Verticalement

  1. Quand on s’y attache, il ne faut plus espérer s’en décoller. – 2. Une couverture sous laquelle on risque de perdre sa chemise de nuit. Chameaux ! – 3. D’un rien ils se font un monde où la vie est invivable. – 4. Petits porteurs de valises. Décore les pots de chambre et les assiettes à soupe. – 5. Au début il fait le service, après il dessert, et à la fin il ne sert plus à rien. Plaisir solitaire qu’on se donne en public. – 6. Un drôle de cas. Une drôle de tête. Ce n’est pas à eux qu’il faut faire l’aumône d’une plaisanterie. – 7. Quelles que soient les routes qu’elles empruntent, elles se laissent griser par la vitesse. – 8. On connaît son adresse mais pas son domicile. Elle est mise à toutes les sauces. Pont suspendu. – 9. Brune piquante dont les piquants se sont émoussés. Détective privé de travail. – 10. Il n’a vraiment aucune tenue ! Mélange d’états d’âme et de sons de cloches. – 11. Pas une grosse perte. Planche de salut qui peut être mortelle. – 12. Paradis du parfait petit conformiste. Déteint après un lavage de cerveau.

3 mai 2020

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de mai, quelques Libr-brèves avant nos rubriques « En lisant, en zigzaguant » et les « Mots croisés insolubles » de Marcel Navas…

Libr-brèves

â–º Sur la crise de l’édition, lire cette intéressante tribune dans L’Humanité.

â–º Ne pas manquer, en deux parties, le long et passionnant entretien entre Laure Gauthier et Guillaume Richez sur Les Imposteurs.

â–º Le numéro 1 de la prometteuse revue COCKPIT créée par Christophe Fiat vient de sortir : « Ici, ça enregistre plein pot. Il y a des dissonances, des larsens, beaucoup d’échos… » Vous y retrouverez, outre le fondateur, Jean-Michel Espitallier, Antoine Dufeu, Thomas Hirschhorn, Manuel Joseph…
Revue COCKPIT : 30 pages, 5 € – 21 passage Dumas 75011 Paris / troisccc@free.fr (sur Facebook : @Asso3C).

En lisant, en zigzaguant…

« Les grandes entreprises se veulent toutes à la pointe de l’innovation ; et insistent en même temps sur leurs lointaines origines […] » (p. 69).

« C’est là une énigme qui intéresse la librairie, la statistique, le féminisme et la logique. D’une part, toutes les enquêtes démontrent que le lecteur d’aujourd’hui – celui qui fait le succès d’un livre – est une lectrice de 50 ans ou plus. D’autre part – nous préférerions l’ignorer mais nous le savons quand même puisqu’il s’en est ouvert à son de trompe –, Yann Moix a peu d’inclination pour les femmes de cet âge. Or le nouveau livre de ce goujat cartonne en librairie » (95).

« L’émotion suscitée par l’incendie de Notre-Dame aussitôt attisée, tisonnée, orchestrée, confisquée, instrumentalisée par les médias et les officiels… les Français unis dans le deuil et les larmes… communion des cÅ“urs… élan collectif… pâââtrimoine… peuple de bâtisseurs… quelle émotion résisterait à tant de mômeries ? Pas le temps de nous étreindre que déjà elle nous écÅ“ure » (137).

« Le risque désormais bien réel – pour ne pas dire la perspective imminente – de l’apocalypse nous empêche de jouir pleinement de notre petite angoisse de mort individuelle. Mais sans doute suis-je trop orgueilleux pour me complaire jamais aux phénomènes de masse » (160).

« Nous n’avons pas besoin d’une intelligence artificielle pour écrire des romans. Il serait plus urgent d’en concevoir une capable de les lire » (197).

Éric Chevillard, L’Autofictif incendie Notre-Dame, éditions de l’Arbre vengeur, 2020, 234 pages, 15 €.

 

Marcel Navas, Mots croisés insolubles

Problème n° 4

Horizontalement

  1. Le plus sûr moyen de percer le secret de la pyramide des âges. – II. Il noie son chien aussi bien que le poisson. Difficile de mettre un nom sur son visage mais on peut toujours lui jeter un verre d’eau à la figure. – III. Il en voit de toutes les couleurs car il a la vue basse. Ne manque pas de reliefs en dépit de sa grande platitude. – IV. Exercice fait à dessein. Décourage les mauvaises volontés. – V. Rares sont ceux qui n’y sont pas passés, fût-ce en force. Désenchantement. – VI. Poils à gratter des moines. Aide à faire des coupes. – VII. Spectaculaire chez les unijambistes. – VIII. Grain à moudre. En un éclair. On peut la tourner en ridicule dès qu’elle a perdu sa virginité. – IX. À force de se faire avoir, elles pourraient bien tomber dans les pommes. Obéit volontiers au doigt mais pas à l’œil. – X. Bon pour les enfants, mauvais pour les vieux. Pas donné aux sourds. – XI. Petite bête très recherchée. Se produit souvent à un croisement très dangereux. – XII. Non seulement elle vous envoie dans le décor mais elle vous y assigne à résidence.

Verticalement

  1. Insensibles aux offres les plus séduisantes. – 2. Ne laissent rien derrière eux quand ils vont de l’avant. – 3. Un faux dur qui pantoufle dans l’ovaire. Lieu imaginaire où se retrouvent les nomades et les exilés. – 4. Il était dans le dénuement mais maintenant il aime le confort par-dessus tout. – 5. Corvéables et taillables à merci mais pas éternellement. On l’a dans le jambon mais pas dans l’os. – 6. Encore un avorton ! Il se débrouille très bien tout seul. – 7. Se dépense beaucoup pour faire rire la galerie. Mode de vie. – 8. Pas franchement olé olé. D’une façon ou d’une autre, il faut le prendre en main. Branche coupée. – 9. Même s’ils contiennent du fer, ils sont difficiles à manger en potage. Tour de piste qui tient du tour force. – 10. À défaut d’avoir les clefs, il fait sauter les verrous. Termine pitoyablement. – 11. Il n’existe que s’il est grand, ou alors c’est un mineur. Se cache parfois très loin en dessous des sous-vêtements, ou ailleurs. – 12. Mortelle surtout pour les blessés légers. Il ne disjoncte que s’il n’est pas au courant.

 

 

 

13 avril 2020

[News] Libr-News

L’interdiction de tout événement in vivo n’empêche pas les RV intéressants, et même galvanise la créativité des acteurs de l’espace culturel : en témoignent nos Libr-brèves… Ensuite, nos rubriques « Libr-ludique » et « Mots-croisés insolubles » (Marcel Navas)…

Libr-brèves

â–º Sur le site de Poema, découvrez « In situ », avec chaque semaine un écrivain à l’honneur : après Christophe Manon, Anne-James Chaton…

â–º Quelques liens pour d’infinies lectures confinées : L’autofictif de CHEVILLARD abrite également un Journal de confinement, Sine die, chronique du confinement (à ce jour, 24 livraisons, en plus d’une « Lettre de Prosper Brouillon ») ; l’atelier ouvert de Joachim Séné, avec plus de 1 100 textes (« Journal éclaté », « Nuits », etc.) ; le blog de Christophe Grossi,  parmi ses Déboîtements, vous propose un « VITAL JOURNAL VIRAL » (pour l’instant, du 15 mars au 11 avril 2020)…

â–º Le dernier numéro de La Vie manifeste, « Comment s’en sortir sans sortir ? » – dont le titre est à la fois un clin d’Å“il à Ghérasim Luca et à un slogan actuel –, vous propose dix Objets poétiques critiques montés et mixés par Emmanuel Moreira : un journal de confinement débouche sur un univers carcéral… une liste de to-do/not to do… De la confrontation des pratiques du pouvoir en France, en Italie, en Russie, en Israël, ou encore aux USA, résulte la constatation que l’état libéral-sécuritaire est devenu la norme occidentale, la lutte contre le covid-19 ayant succédé à la lutte contre le terrorisme… la prosopopée coronarienne permet une diatribe contre la mondialisation… On y trouve encore un montage de voix critique, des chansons, avec en particulier deux détournements (une comptine et le Chant des partisans)… Bref, dans la position de son choix, vite on écoute…

â–º Évidemment, si vous tapez le nom de ce lieu, même correctement orthographié en deux mots, vous allez immanquablement tomber sur des pratiques agréables certes, mais qui n’ont rien à voir… Or, ce serait bien dommage, car il y a à voir et à écouter dans cette nouvelle revue lancée par six femmes créatrices (Brigitte Baumié, Béatrice Brérot, Flora Moricet, Madeleine Pénigaud, Fanny Riou aka Farhann et Esther Salmona) : « Curieuse de toutes tentatives littéraires pour faire bouger ces lignes, cunni lingus, est une revue poétique, queer et féministe pour laquelle le corps, la langue, la poésie émettent des messages éminemment politiques que personne ne peut ignorer ». Cette phrase est extraite d’un manifeste, pratique poétique qui revient peu à peu – qu’on se doit de lire.

Du masculin et du féminin, donc, mais plus largement : de la multiplicité et de l’inventivité du vivant… Du point de vue poétique, biologique et linguistique. N’oubliez pas d’écouter les textes de Gertrude Stein, Virginia Woolf et Béatrice Brérot.

« Mais que font le genre et la langue à la poésie ? »Â â€“ oui !

Libr-ludique…

â–º Devinette proposée par notre contributeur Daniel Corona – dont la série « Essor de la fourmilière d’art » va se poursuivre jusqu’en mai.

Mis à l’isolement forcé pour cause d’épidémie, ce roi est devenu fou… il s’agit de
1 – Louis II de Bavière
2 – King Lear de Stratford sur Avon
3 – Marcel 1er de Navacelles

â–º Patrick Beurard-Valdoye recommande ces deux modèles de masques pour courses en grandes surfaces, en cas de pénurie en pharmacies, et dans l’attente de la réouverture des cabarets. [© Marcel Janco]

 

Marcel Navas, MOTS CROISÉS INSOLUBLES

Problème n° 3

Horizontalement

  1. On ne les verra pas davantage si on les prie d’aller se faire voir ailleurs. – II. Grand-père soi-disant fondateur de la maison mère. Divertissement qui a surtout la valeur d’un avertissement. – III. Liste des commissions. Commissures des lèvres. N’a pas pris une ride. – IV. Objet d’usage courant qui pourtant ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. – V. Il ne perd pas son temps mais il ne le donne pas non plus. Liaison capitale. – VI. Même coupé, la barbe ! Dès lors qu’il fait souche, il n’est plus tout à fait un homme-tronc. Bas morceau du cochon. – VII. S’il n’était pas tombé de la dernière pluie, il ne se serait pas évaporé comme ça dans la nature. – VIII. Sa laideur ne l’a pas empêché de finir en beauté. – IX. Propos de table qui ressemblent à des salades d’avocats. – X. Il ne faut pas manquer d’air pour penser à y faire son trou. Chemin de croix de la couturière. – XI. Une fois qu’ils ont la bague au doigt ils perdent la tête et s’en est fini pour eux de la belle vie. Espéranto des bovidés. – XII. Même gâteux, il est encore capable de créer la surprise.

Verticalement

  1. Elles rongent leurs freins dans des goulots d’étranglement. – 2. Grand amateur de professionnelles. Produit du soulagement. – 3. Elle prétend souvent qu’elle n’est pas cuite mais elle est rarement crue. Conquête spéciale. – 4. Auteur de romans policés. Il n’a rien dans le crâne mais se permet quand même de faire front. – 5. Vieux sacs où le tapissier garde ses semences. – 6. Rend fiévreux les chercheurs. Quand on ne l’a pas sur les bras, on l’a dans le dos et ce n’est pas mieux. Début d’un amour fou. – 7. Pas réputées pour se serrer la ceinture de chasteté, au contraire. Spécialiste en généralités. – 8. Poussé à la roue. À peu près aussi utile qu’un gynécologue chez les anges. – 9. Brillant sujet. Il faut qu’ils prennent des gants mais sûrement pas des moufles. – 10. Éclaire les égarés de jour comme de nuit. Il n’a jamais assommé personne en dehors de ses heures de service. – 11. Il faut les multiplier pour aboutir à une conclusion. – 12. Il a compétence pour chapeauter les manÅ“uvres du général hiver. Vin de kermesse.

29 mars 2020

[News] News du dimanche

Afin de résumer la situation, on peut rappeler ce constat d’Ivar Ch’Vavar, cité dans le post d’hier : nous vivons dans un « monde qui a déjà bien avancé dans son recul… Dans sa Dévastation »… Et pour ce qui est de la situation française, on n’arrête pas le progrès : de l’état exceptionnellement autoritaire on est passé à un liberticide état d’exception – qui du reste ignore désormais la sacro-sainte exception culturelle française : vu l’effondrement économique prévisible du monde de l’édition, on peut signer cette pétition « Pour un soutien massif au secteur du livre »
Ce soir, après un très sérieux (hic !) Salut de CUHEL aux confinés, pleins feux sur deux des livres reçus en mars, puis les mots-croisés insolubles de Marcel Navas.

CUHEL : Salut les confinés !

En distanciel, confinément à la législation RGPD en vigueur,
je vous souhaite une bonne survie !

© Julien Blaine

Aux rêveurs…


 UTOPIA

Se délester de l’inessentiel = détester l’inné sans ciel = Nous marchons vers l’A 16, l’autoroute-du-Bonheur…

Sans métro-boulot-agendo-claudo-dingo, sans shopping-outing-running-meeting-profitising-merchandising, etceterasing = ZEN !

L’humoins va repartir d’un bon pas sur l’humus… Virus humanum est ! Pensum humanum est !

Sur le Mont Golgotha, même le gotha revient aux Vraies-Valeurs – et même les voleurs…

 

God dam, toute BellÂme, toute GrandÉcrivaine et tout GrandÉcrivain est un homo-confinus.


Aux pragmatiques…


TO DO (or not to do, that is the question…)

 

  1. Après avoir tondu son gazon, s’occuper de sa toison (du moins, de celle dont s’occupe habituellement la coiffeuse / le coiffeur) – sinon dans deux mois, le remède sera pire que le mal : avec une invasion de moutons hirsutes et décolorés, le déconfinement sera une déconfiture !
  2. Après s’être lavé moult fois les menottes, s’attaquer à la quadrature du cercle de sa cellule, à savoir aux façons de tourner en rond dans un carré… Avec Simone, en route pour un voyage-autour-de-ma-chambre : sachant que la plus grande pièce de l’appartement mesure 5,50 m x 7,50 m, combien de tours faudra-t-il faire pour atteindre 1 KM ?
  3. Autre problème pour occuper les enfants…
    En s’appuyant sur une image satellite quelconque (car l’important, n’est-ce pas, c’est de voir le réel !), partir de la maison comme point de départ et tracer un cercle de 1 000 m de rayon : quel sera le diamètre de ce cercle ? Son périmètre ?
    Quelles sont les chances (!) d’être contrôlé par la police à l’intérieur de ce périmètre ? En dehors ?
  4. Encore un autre, soyons fous !
    Chercher les statistiques du jour : nombre de personnes testées positives, hospitalisées, en réanimation, décédées… Quelles sont vos chances de survie ?
  5. Un p’tit dernier pour la route…
    Se renseigner sur l’état-du-monde : quelles sont les chances pour que la pandémie soit suivie d’un krach boursico-économique ? pour que d’autres virus déclenchent d’autres pandémies ? pour que réapparaisse la grippe espagnole ? pour que surviennent cet été des catastrophes liées au réchauffement climatique ? pour qu’une nouvelle catastrophe nucléaire se produise dans le monde ? en fRANCE, qui n’a pas de pétrole, pas d’idées, pas de moyens, mais qui a de nombreuses centrales vétustes ? pour que l’on assiste à l’effondrement du monde numérique ? du monde tout court ?
  6. Relisez la fable de notre La Fontaine national, « Le Lion et le Moucheron »… Qu’en déduisez-vous sur la situation actuelle ?
  7. Avec Emmanuelle en huis clos, en rut vers l’Empire des Sens !

Allez, bonne semaine les confinés !


Deux livres reçus en mars 2020 /FT/

► Benoît TOQUÉ, Entartête, performances, Les Éditions extensibles, 110 pages, 12 €, ISBN : 979-10-96187-08-9.

« La tarte à la crème porte une vérité.
Cette vérité pénètre dans une tête.
La mémoire  de la tête se brouille. L’archive
vidéo est là pour parler.
Subrepticement, la vérité que porte la tarte à
la crème a pénétré le réel : et elle lui explose
à la face » (p. 31).

Quel rapport entre le titre du livre et l' »art dégénéré » ? Lorsqu’on ne parle pas allemand, dans « entartete Kunst » on lit « entartête »… Dans la lignée du dadaïsme et du surréalisme (belge), de façon têtue et pointue Benoît Toqué s’interroge sur ce « geste burlesque » d’entarter des têtes (ou tout aussi bien de les enfariner ou de les enfriter !), qui transite de l’espace artistique à l’espace social dans son intégralité : sa trajectoire le conduit de Noël Godin à l’entartauteur de Cosmopolis, Don Delillo, en passant par Laurel et Hardy ou Patrick Sébastien.

Avec brio et humour, le poète et performeur analyse les manières dont on entartête une réalité, exercices pratiques à l’appui.

Mais, bien évidemment, « l’important est de maintenir sa propre idiotie à un taux raisonnable »…

 

 

► Christophe ESNAULT, Ville ou jouir, et autres textes navrants, éditions Louise Bottu, 164 pages, 14 €, ISBN : 979-10-92723-36-6. [Commander]

Quelques topos mis à part – ressortissant au cynisme et romantisme noir de l’homme seul –, on pourra apprécier cette vision de la ville comme « dégénérescence »qui « contamine les corps de son poison », de la cité qui favorise la « confrérie des corps aléatoires ». Mais surtout on retiendra de ce recueil les brèves qui offrent d’irrésistibles saillies satiriques sur notre condition, à méditer en ce temps de confinement : « Qu’est-ce qu’il peut être merveilleux / De penser à tous ces gens / Qu’on a la chance / De ne pas connaître » (85) ; « Se reconstituer, cette urgence de se reconstituer quand on a trop côtoyé l’autre » (95)… Quant à « La Tombe éditoriale », elle est à mettre dans les mains de ceux qui se font encore des illusions sur l’actuel espace littéraire.

Marcel Navas, MOTS CROISÉS INSOLUBLES
Problème n° 2

 Horizontalement

  1. Autrefois elle faisait tapisserie, maintenant elle tricote pour les déshérités. – II. Bruits sourds que font les vieux qui retombent en enfance. Autopsie d’une langue morte. – III. Demi-frère. Jeu narcissique à gain nul. Sanction de père sévère. – IV. Se donne du mal pour avoir l’air authentiquement masochiste. – V. Peut fournir la palette et le pinceau mais pas l’encre. Pas de tout repos pour le guerrier. – VI. Institution qui soutient la famille et console les solitaires. – VII. Va-nu-pieds auquel on refuse le confort des pompes funèbres. Canapé convertible en dollars. – VIII. Vice cruciforme. Fait du tort pendant le sommeil, et parfois tue au grand jour. Période difficile à vivre. – IX. Elle n’a pas eu le temps de faire des conjectures. Sort parfois de son lit mais ne dort jamais sous les ponts. – X. On l’a battu comme plâtre et tiré par les cheveux et pourtant il a survécu. – XI. Animal qui finit mal dans les contes de fées. Panier qui peut servir de chaise quand il est percé. -XII. S’habillent d’un rien et se déshabillent de la même façon.

Verticalement

  1. Homme d’intérieur même quand il se produit à l’extérieur. – 2. Sorte de génuflexion très difficile à faire avec le coude. Font figure de loups dans les bals masqués. – 3. Portion incongrue. Dépenses destinées à faire des économies et qui finalement ruinent. – 4. Pour lui, l’heure de vérité est arrivée très en avance. Histoires d’homoncules. – 5. Tantôt il bat la mesure, tantôt la semelle, et dans les deux cas il est perdant. On suppose qu’elle a un bon fond mais sa forme est indéfinissable. Gros lot dont personne ne veut. – 6. On le copie parce qu’il n’a pas son pareil pour faire l’original. – 7. Point de non-retour dont on revient quand même. – 8. Porté à l’exagération. Moins il en fait et plus il est obscène. – 9. À bout de nerf. Pas le genre de père à boire ni à aboyer. Ils cherchent longtemps et finissent par trouver midi à quatorze heures. – 10. Race de chiens qui ont un air d’homme battu. – 11. A fait ses preuves comme soporifique. Tremblement de mer. – 12. Toujours occupé à faire dérailler le train-train quotidien. Écorchent les oreilles.

 

 

22 mars 2020

[News] News du dimanche

Dans cette spéciale : après un Edito de circonstance, de drôles de Libr-brèves et une ingénieuse Libr-(ré)création…

 

Edito /Fabrice Thumerel/

Face à l’innommable, toute littérature fait-elle le poids ? Assurément pas ces journaux coronavirussés où il est question de vaines préoccupations de nantis. (Les grands-écrivains dominants du siècle dernier donnaient dans l’exotisme, le voyage, les expériences gratuites ; les actuelles têtes de gondoles des grands-éditeurs nous offrent au rabais le repli nombriliste).

L’exception cuculturelle française ne fait du reste pas le poids : le circuit de production-distribution de livres est quasiment à l’arrêt (voir l’article récent de Guillaume Basquin). À croire qu’il est plus contagieux de toucher les livres que les denrées alimentaires… De toute façon, les livres ne constituent nullement une nécessité première, n’est-ce pas.

Heureusement, certaines plateformes commerciales ou de libraires indépendants présentent encore certains livres ou leur version numérique (Decitre, Les Libraires.fr, Place des libraires, FNAC, La Librairie.com…). Et il reste le riche catalogue de nos amis de Publie.net : parmi les titres plus ou moins récents, mentionnons L’Homme heureux de Joachim Séné ; Virginie Gautier/Mathilde Roux, Paysage augmenté ; Laurent Grisel, Journal de la crise, 2008… Ou encore, qui vient de paraître, Christophe Grossi, La Ville soûle , qui nous emmène de Paris (« Métropismes » et « Notes du dehors ») à Berlin et Barcelone, nous offrant en outre une « promenade littéraire, musicale, artistique et cinématographique ».

C’est dire que LIBR-CRITIQUE, même à court de Libr-événements, entre dans une période d’intense activité, comme on dit d’un volcan : nous allons vous proposer non seulement des lectures passionnantes – quels qu’en soient les supports –, mais encore des libr-créations et libr-réflexions à goûter et méditer – sans oublier de libr-zigzaguer de site en site et de blog en blog.

 

Libr-brèves

♦ Deux très bonnes nouvelles dans cette ambiance anxiogène.
1. L’armée américaine a annoncé avoir testé avec succès un prototype de missile hypersonique qu’elle espère déployer dans les cinq ans pour concurrencer des armes similaires développées par la Chine et la Russie.
2. L’Eglise catholique a décidé d’accorder, sous certaines conditions, « l’indulgence plénière » ou pardon des péchés aux croyants frappés par le Covid-19. /Jean-Michel Espitallier/

♦ CUHEL, Tourbillons absurdologiques

Le libéralisme, c’est récolter le rien après avoir cherché et semé le plusx ; c’est abandonner la recherche pour mieux trouver le Néant ; c’est libérer l’état de ses responsabilités pour les offrir en fardeaux aux vovotants-consuméristes ; c’est virer des lits dans les hôpitaux pour faire place aux virus ; c’est étendre aux hôpitaux le tri sélectif pour faire de la place ; c’est libérer des flics dans les rues pour répandre la Bonne-Parole ; c’est libérer les humoins de leur fardeau existentiel…

La fRANCE est la 7e puissance économique, donc elle p(and)énurique.

Il faut tousser dans le coude pour mieux se saluer : c’est ainsi qu’on s’allie en fRANCE, où l’on a les coudées franches.

En fRANCE, le travail rend libres ceux qui n’ont pas le choix.

En fRANCE, la liberté c’est se mettre sur orbite, les yeux exorbités, dans son propre quartier, avec à la main un pis-aller.

En fRANCE, lorsque le personnel de santé manifeste pour plus de moyens, on emploie les grands moyens : le pouvoir les salit et les CRS les accueille ; mais lorsque ça sent le cercueil par manque de moyens, on trouve le moyen de les enrôler comme moyens, et le président les salue !

En fRANCE, on a du bon sens, mais ça n’a pas de sens.

La fRANCE arbore l’exception culturelle, mais la mort cruelle ne fait pas d’exception.

La fRANCE a viré ses tests pour donner du lest au virus.

En fRANCE, tests de dépistage, tests d’apprentissage, même combat : vive le PIS-Aller !

En fRANCE, on n’a pas de masques, mais on avance masqués.

En fRANCE, on a des banderoles, mais on n’a pas d’idées.
En fRANCE, on a des casseroles, mais on n’a pas d’idées.
En fRANCE, on a des véroles, mais on n’a pas d’idées.

Libr-(ré)création

Marcel Navas, MOTS CROISÉS INSOLUBLES
Problème n° 1

Horizontalement

  1. Avec elle c’est toujours la même chose, il faut qu’elle fasse remarquer son indifférence. – II. Plus ça dure et plus ça ramollit. Se fâche tout rouge sans changer de couleur. – III. Bien sûr qu’il était un homme d’expérience ! Preuve de mauvaise foi. – IV. Elle fait ce qu’elle peut et défait davantage encore. À la pointe du combat. Tout en délicatesse. – V. Il faut le boire cul sec pour connaître ses vertus aphrodisiaques. – VI. Pas du genre à se laisser faire, ni à repasser. Agent de texture recommandé aux écrivains dispersés. Il s’imagine qu’il impressionne. – VII. Publicité pour la duplicité. Rattrapage nocturne. - VIII. Pièges à oiseaux. Compliment bien mérité après une interminable série de blâmes. – IX. Sablier impérissable. Clôture des contes. - X. Absences répétées et finalement définitive. Nom usuel des anonymes. Artisan d’un projet irréalisable. – XI. Marques d’affection indélébiles. – XII. Aveugle aux beautés de la peinture, et sourd par dessus le marché de l’art. Dans le cadre du jeu et pourtant hors sujet.

Verticalement

  1. Douleur que seule guérit une longue habitude de la souffrance. – 2. Cet argument serait solide s’il n’avait le défaut d’être liquide. – 3. Il a brillé longtemps par son absence d’esprit puis s’est éteint. – 4. Facilite le divorce des vieux couples italiens. Méandres de la pensée. – 5. Ne peut survivre qu’au prix d’une baisse de revenu. Se donne des airs d’hôtesse. Puissant par sa capacité de nuisance. – 6. Cette manie qu’il a de violer les consciences ! – 7. Meuble d’angle sans grande utilité. Gourmandise jamais punie. Association d’idées sans autre but que récréatif. – 8. Aptitude à passer inaperçu sans pour autant disparaître. Fait le plein avant de vider son sac à malices. Du gaspillage mais pas pour tout le monde. – 9. Elles sont mises en scène ou alors mises en boite. – 10. Remplace avantageusement le remplaçant défaillant. Forme d’ennui à plein temps. – 11. Individu qui joue aux dominos avec sa mère et aux abdominaux avec sa femme. – 12. Lettres retournées à l’envoyeur avec promesse de correction.
Marcel Navas est critique d’art privé et collectionneur. 
Il propose ici des mots croisés qui durent longtemps.
Pour lutter contre la déprime, pour gagner du temps…

 

 

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