Libr-critique

10 décembre 2020

[Chronique] François Crosnier, Mots aimantés par le silence (sur Serge Nunez Tolin, L’exercice du silence)

Serge Núñez Tolin, L’exercice du silence, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), septembre 2020, 68 pages, 14 €, ISBN : 978-2-9543696-2-7.

 

Le beau livre de Serge Núñez Tolin (né en 1961) porte en exergue cet aveu de l’auteur :

Aussi loin que je remonte dans mon souvenir, je ne connais pas un moment où j’ai pu être en accord complet avec la nécessité de parler, où je n’ai voulu, à chaque mot, le silence. Je ne peux démêler ce nœud : peser pour l’un, peser pour l’autre, constant échec de l’un et de l’autre. 

Cette tension entre parole et silence (il n’est pas indifférent qu’une référence du livre soit Louis-René des Forêts) structure l’ensemble du recueil et le place sous le signe de l’impossible et de l’échec. Mais il serait réducteur de s’en tenir là et d’omettre la dimension, indiquée dès le titre, de l’exercice. Celle-ci produit des effets de style qui ne peuvent que frapper le lecteur : l’implication personnelle attestée par le « Je » ; l’abondance de verbes à l’infinitif, à valeur de programmes que l’auteur se donne à lui-même ; l’attention aux détails ; le ressassement des mots et des thèmes comme mode de production du recueil ; enfin – même si plus discrète – l’adoption de la forme du récit :

J’avance vers ce point où fuit mon récit, conduit (…) vers le fond percé de ma propre histoire 

Récit dont la source s’alimente d’ailleurs à une béance dont on ne saura rien :

Tout tourne en rond dans mon esprit autour d’un mot qui n’a jamais été complètement dit. Aujourd’hui je m’attache au mot qui ne demande pas à être dit.

 

Dès lors, une poésie qu’on pourrait au premier abord croire désincarnée, d’une abstraction à la Blanchot, se révèle, à une lecture attentive, très concrète dans son économie de moyens :

 Les choses ont trouvé la forme pauvre qui leur convient

« L’organe du silence », c’est la vue, à travers laquelle les choses sont appréhendées et l’attention fixée : 

L’œil trouve devant soi un silence à respirer (…)

Se laisser posséder par la vue, en être tout entier l’organe. 

Les exemples (« expressions du silence ») sont pris dans la vie quotidienne la plus banale : un alignement de flacons et de bouteilles, un merle qui traverse le jardin, un écureuil qui file près de l’homme assis à la table de travail, un caillou tenu en main puis abandonné. 

J’ai appauvri ma langue et vidé la pensée. Il me reste quelques mots et deux ou trois images. Je suis une chose immobile où il n’y a pas de silence  

Un idéal de pauvreté, de dénuement, d’attente : 

Presque rien en somme, feuille de papier dans le brouillon des mots, crayon abandonné sur la table 

Mes doigts retracent les cernes du bois et s’arrêtent à ses nœuds : s’absorber ainsi dans la simplicité du toucher 

 

On songe parfois à Michaux (cité en exergue), ainsi dans ce vers :

Lenteur, encore ralentie, qui n’est plus le mouvement, sans être l’arrêt : vue révélée à elle-même 

La référence à Morandi, dans le poème Trouver en nous la force d’apparition du réel …, donne, selon moi, une clé de la genèse du livre. Comme les toiles de Morandi sont le produit de « l’infusion des choses dans l’espace qui les environne », le texte que nous avons sous les yeux est le produit du

Silence insinué dans les mots qui bientôt apparaît comme leur cause 

 Luigi Ghirri, Atelier de Giorgio Morandi, photographie 1970

 

Finalement, L’exercice du silence prend l’aspect d’un art poétique impossible : impossibilité d’ajuster le regard avec les choses, parallèle avec la jouissance (« comble introuvable ») et d’un projet d’ascèse à la manière du Flaubert de la Tentation (« être la matière ») sous la variante ici énoncée : « donner la réplique au silence ».

Serge Núñez Tolin, 1991

28 mai 2020

[Chronique] Christophe Stolowicki, L’enfer des bibliothèques

Depuis longtemps Sade, adopté comme le Vieux par Maupassant, pendant de Rousseau dans la généalogie d’André Breton, apprivoisé en bloc d’abyme poétiquement correct par Annie Lebrun, a cessé de remplir son office d’épouvantail à moinillons. « Attaquer le soleil » ? Au mieux, retarder d’un micron le big crunch dans notre banlieue stellaire.

Il a ses dévots qui ont achevé de le tirer d’enfer, Maurice Heine son premier éditeur moderne, Gilbert Lely surtout, auteur d’une monumentale Vie de Sade, mais d’un lyrisme parfois désuet (« le chant zénithal de Sade » ou « La Coste, ô naissance, ô ruines ! poussières qui m’avez fait prince. Dans la vallée du Calavon tous les amandiers sont en fleurs. Vous êtes là, Sade. Je sens s’infléchir contre ma bouche les rais de votre invisible sourire », Ma civilisation, 1961). Il a ses séides médiocres tel Hugues Rebell (Le fouet à Londres, 1905), son cuistre nomenclateur (Krafft-Ebing), un pertinent lecteur célèbre, Roland Barthes relevant sa parenté avec Proust, de composition rhapsodique plutôt que suivie, et sa délicatesse toujours pensée et transgressive ; un autre disert, discursif, asséché par la prise de distance obligée, Maurice Blanchot lisant La nouvelle Justine comme le scandale absolu alors que cette dernière mouture, systématique, excessive, ne communique pas l’émotion des simples infortunes de la vertu ni surtout de Justine ou les malheurs de la vertu, la version centrale, plusieurs fois rééditée du vivant de l’auteur ; le « son » d’une cloche, celle de l’église de « Sainte-Marie-des-bois » où l’héroïne sera prise au piège de sa piété, résonne davantage en moi que les « mugissements » d’une voix de victime déformée par un casque.

(Qu’Agnès Rouzier, de lyrisme exact, au plus près de « regarder le soleil ou la tache aveugle », qui a réinventé en genre le « nul part », d’écriture chauffée à blanc comme on tire à blanc à ballets rouges, ait pu se méconnaître jusqu’à envier la continuité de Barthes et Blanchot.)

Deux siècles ont passé. Désormais jubilatoire, brandes en feu et flammes, Sade est perçu tout en re dont danse, bien ivre sur l’escarpement de langue. Celle du siècle des Lumières qui culmine en lui rassure – déliée, alerte, gargantuesque en érotisme. De donjon en bastille une œuvre accomplie la tête contre les murs et le vit à la main, lais vite à l’âme, l’évite-alarme pour l’insatiable libertin, n’effraie plus et son idiome occulte  ce qu’en son temps elle eut de tragique, de sulfureux. « Ce n’est pas ma façon de penser qui fait mon malheur, écrit-il de prison à sa femme, c’est celle des autres. »

Vivre à hauteur de pensée, dit Nietzsche. Ou penser en descente de vivre ? En vrille ascensionnelle de désir transmué en art obsidional ?

Comme tout grand poète ou presque, Sade est inégal. La charge érotique et langagière des cent vingt journées de Sodome, de Justine ou les malheurs de la vertu, de l’Histoire de Juliette, sa sœur ou les prospérités du vice, ne se retrouve nulle part ailleurs dans son œuvre pourtant considérable. Rimbaud retour d’Abyssinie s’installe en homme de lettres, romancier, nouvelliste. Au début d’Aline et Valcour, un roman par ailleurs insipide, et dans maintes nouvelles des Crimes de l’amour ou esquisses des Historiettes, contes et fabliaux, l’autofiction fleurit avec une fraîcheur aussi naturelle que frelatée de nos jours, et en plusieurs versions l’on retrouve les aventures embellies d’un gentilhomme de bonne famille aux prises avec les parvenus fanatiques de la noblesse de robe. Quelques nouvelles font exception, surtout Augustine de Villeblanche (figurant on ne sait pourquoi dans les Historiettes) où impertinent d’un sexe en trompe-l’œil, pour une double séduction paradoxale Sade préfigure Wilde, et Eugénie de Franval dont l’héroïne éponyme, éduquée à dessein, est l’objet d’un amour plus total qu’incestueux où s’exprime toute la délicatesse relevée par Barthes.

Théâtre de la cruauté, impossible si les victimes ne tiennent pas leur rôle de composition en gémissant au moment opportun. Dans les prospérités du vice Juliette monte un couvent dans son parc pour que son amant le ministre Saint-Fond et son ami aient le plaisir de le dévaster, y loge une famille qu’il a déjà persécutée pour de lubriques retrouvailles.

La couleur, la charge. Ce mauve, ce trébuchement de Thelonious Monk. Ce susurrement à pointes de feu de Miles Davis. Le fer rouge imprimant sur l’épaule de Justine une fleur de lys est celui même à mille rebours et retours qui inscrit les lettres de feu de grâce perverse qu’exhale l’embastillé.

Sade l’homme pivot, dont les origines remontent aux croisades et à Laure chantée par Pétrarque, membre de la Section des Piques aux côtés de Robespierre (« Français, encore un effort si vous voulez être républicains ») ; son œuvre cardinale secouant l’aigrette tous azimuts, poussant ses antennes par delà Nietzsche, la psychanalyse et le surréalisme.

Tous à poil, dit-il, qui ne comprendrait rien au Japon.

Dans l’enfer des bibliothèques, un autre lui a succédé. La nouvelle ère glaciaire qui l’épargne et néglige les dits « scandales littéraires », telle Histoire à l’O de rose, telle lettre ouverte au colin froid, fusées d’artifice mouillées, qui préserve Céline et autres collabos de plume, y a précipité son descendant de moindre envergure, encore plus poète que lui, Tony Duvert.

Entretemps Alain Robbe-Grillet multiplie exhaustivement ses descriptions de minutie obsessionnelle avant d’abandonner le Nouveau Roman à son mauvais sort pour le cinéma, où il exerce plus efficacement sa filiation sadienne. Dès Portrait d’homme couteau (1969), Tony Duvert  fissure cet univers implacable sous la poussée d’un désir de l’enfant qui répare l’enfant soi. Alternés, indissociablement fusionnels imparfait et présent toujours indicatifs, première et troisième personne, troisième et tierce d’un singulier singulier vitrifient au scalpel, délassent en poésie la prose la plus sèche. Le descriptif sans mode d’emploi déploie un mode d’envoi. Cette liberté a un prix : le récit est le meurtre, tout en reprises et variations, d’un garçonnet de dix ans attiré dans une vaste maison isolée, parfois en ruines, qui rédime la blessure de l’enfant soi dont barrant le ventre est tapie l’inamovible cicatrice dès les premiers paragraphes – bientôt tourne en quelques laisses contemporaines sans autre ponctuation que de blancs. La violence sourd, n’éclate pas, le descriptif clinique s’embue : « Un courant d’air passe sur son corps ; la peau frissonnante se granule puis s’apaise » ; « Je me suis penché, mes mains fouillent sous les chiffons souillés de crasse qui me cachent sa peau, son ventre, ses cuisses blanches. Je ne veux pas l’apprivoiser, mais lui faire mal » ; « Une image belle comme une vie à refaire passe dans la rue. »

Dans Paysage de fantaisie (1973), une loupe concentre ses rayons sur « le dessous du gland l’échancrure en fer de lance que le frein partage filet mince étiré par les vagues de peau qu’il retient et qui roulent sous les deux volutes de ce cœur à l’envers ». Indiqué comme roman, le livre est un pur poème où la pornographie enfantine, fixée à un âge que l’auteur n’a pas quitté, parle avec la musicalité de comptines d’Arrabal la langue que nous avons perdue à tout jamais, échouée sur la grève où s’entrecroisent guerre des boutons et retour à Roissy : « ils me tuent vraiment et je ne verrai jamais les poils de zizi que j’aurais eu sauf au paradis si ça y pousse » ; « il a des bras pleins de biceps il les arrondit un peu à la costaud » ; « il se tripote avec nous et sa mère crème fouettée monte entre ses cuisses ». Sur fond d’un pensionnat de prostitution garçonnière, deux voix principales alternent, de vieillard et de garçonnet, également torturés, récits frappés à la demi-volée de l’entre-deux songes. D’enfant qui « usine contre [des murs] d’urine », les « yeux de menthe gris ». Par antiphrase enfants tortionnaires, vieillards victimes dont le vice versicolore vers ça rampa.

Las, Tony Duvert (1945 – 2008) ne s’est pas contenté d’être ce prosateur poète parmi les plus grands, il lui manquait d’être reconnu comme moraliste – d’un moralisme à rebours dénonçant « l’ordre hétérosexuel […] un système de mÅ“urs fondé sur l’exclusion de presque tout plaisir amoureux et sur l’instauration d’inégalités, de falsifications, de mutilations corporelles et mentales chez les hommes, les femmes, les enfants » (Journal d’un innocent, 1976). À prétendre nous normaliser se dénonçant comme pathologique, sombré dans le militantisme pédo-pornographique, il est mort complètement délaissé depuis longtemps.      

14 février 2020

[Chronique] Bernard Desportes, Saint Guyotat, forçat et martyr

Suite à la disparition de Pierre Guyotat vendredi dernier (1940-2020), qui suit d’un peu moins de deux ans celle de Bernard Desportes (1948-2018), grâce à Christophe Alix, voici un inédit de notre ami et collaborateur : une relecture inédite de Guyotat après la publication de Progénitures et d’Explications, qui sera publiée dans un volume intitulé L’Hospitalité. [Tous les livres de Guyotat sont parus chez Gallimard]

 

                                                           Pas de sexe privé, ici, c’est indigne de l’art
(Pierre Guyotat, Explications, Léo Scheer, 2000, p. 12).

 

Je me souvenais d’avoir aimé l’ample phrase du Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967), ses échos maldororiens, et plus encore l’éclatement du récit et cette abolition du temps dans le jaillissement superbe et violent de nombreuses scènes d’Eden, Eden, Eden…. Relisant cette œuvre, je ne renie pas cette séduction passée qui, souvent, perdure par sa capacité à renouveler l’essoufflement né de ces marches suffocantes dans l’obscène et au bord de la mort. Peu de textes contemporains ont cette âpreté obsédante d’Eden.

D’où vient alors, me suis-je dit, cette sensation – déjà ancienne quand même, mais amplifiée aujourd’hui – de lourdeur, de malaise teinté d’ennui, cette lassitude finalement à la relecture (partielle) d’Eden, Eden, Eden (1970), de Prostitution (1987), du Livre (1984), et plus encore du récent Progénitures (2000) ? Eh bien justement de la répétition morne et morte qu’entraîne cette abolition du temps qui d’abord, croyais-je, m’avait retenu. C’est bien cela, cette disparition de temps qui en supprimant la source majeure de l’angoisse humaine supprime du même coup dans cette œuvre le sentiment qu’on a affaire à des êtres autonomes et singuliers, vivants en un mot.

Que veux-je dire par abolition du temps ? Rien ici de comparable avec le bouleversement du temps dans l’œuvre de Faulkner (et l’analyse à mon avis erronée qu’en fait Sartre), il s’agit bien chez Guyotat d’une disparition.

Eden (comme les livres qui suivent[1]) n’est ni dans la chronologie (laquelle suppose une mémoire et la postulation d’un futur) ni même dans le présent dont il n’a ni le tremblement ni la fugacité ni surtout cette ouverture sur un inconnu à-venir qui le fonde seul comme possibilité vivante, avec toute sa violence et sa tragique beauté – ou son horreur. Fugacité et ouverture sont l’essence même du présent et la source fondamentale d’une « angoisse de penser »[2] qui nous place sans cesse et sans fin au bord du réel et de la vie dans l’inaccessibilité et de soi et du monde.

Ni chronologie historique ni « chronologie » mentale (pulvérisée en espace comme chez Faulkner), ni présent donc non plus : le lieu, le moment de Guyotat n’est pas dans l’hypothèse et l’attente d’un à-venir et du coup n’est pas non plus dans l’instant insaisissable : il est présent mort, immobile et statique, un instant qui est là de toute éternité – échappant au mouvement du temps aussi bien par l’absence de durée que par l’absence d’une perspective dans l’espace. Rien ne vient jamais nous arracher à ce « présent » statique qui semble nous chosifier. Les hommes, dans le monde de Guyotat, ne sont ni heureux ni malheureux, ni joyeux ni angoissés car ils sont intemporels – mais, intemporels, ils n’ont aucune conscience d’être car on ne peut dissocier conscience et temps, et « la conscience ne peut ‘être dans le temps’ qu’à condition de se faire temps dans le mouvement même qui la fait conscience »[3].

Dépourvus de conscience et ainsi chosifiés, les personnages de Guyotat semblent des pantins entre les mains d’un Dieu tout-puissant, leurs actes sont mécaniques, ils ne leur appartiennent pas, sans cause ni objet autres que d’être des actes toujours identiques et toujours recommencés. Actes qui, ne relevant pas d’une décision, sont le seul produit d’une fonction – avec toujours le même caractère obligatoire et insensé, répété et immuable, que les actes de celui qui, subissant un châtiment dont il ne connaît pas la raison, doit accomplir une peine qu’il ne comprend pas : « Dans Progénitures, nous dit Guyotat, le peuple apparaît comme soumis à cette obligation-là (la sexualité). On y voit des figures contraintes, obligées de forniquer comme on bêche (…). C’est sans cesse qu’on travaille (…) ; c’est une peine » (Explications, p. 41-42). Dans les livres de Guyotat, l’homme est un homme- forçat – dépossédé de toute liberté de décision.

L’alternative dès lors n’est plus, comme la sexualité le révèle, dans la fragilité des frontières entre l’homme et l’animal puisque les hommes, ici, n’ont pas d’alternative, ne disposent d’aucun libre choix et se posent d’autant moins de questions qu’ils ne sont pas d’abord pour eux-mêmes une question. Leur présent n’est pas d’abord une possibilité d’être, dans la permanence d’une interrogation ; et naturellement ils ne se situent pas davantage, car l’ailleurs n’existe pas pour eux, lequel renvoie à une mémoire du lieu et donc au temps. Le futur de même est absent qui supposerait la conscience d’un possible à-venir, une liberté d’être … En vérité, dépossédés de présent et dépossédés de liberté ils n’existent pas.

Pour Guyotat, le malheur de l’homme ne vient donc pas d’une temporalité dont il est dépourvu mais de sa sexualité – de la « fatalité sexuelle » nous dit-il :

Tout ce que je fais, je le fais pour me débarrasser de la sexualité, je n’en veux pas, je veux évacuer ça…

Cette obligation de la sexualité qu’il y a en l’homme, c’est une des tâches les plus terribles de l’homme (…). Je pense que c’est vraiment une des tâches les plus monstrueuses que le « Créateur » ait imposées à sa créature… (Explications, p. 41).

Ainsi l’acte sexuel est-il une malédiction, quoique que Guyotat s’en défende. Pas seulement une « peine », comme il le dit, mais bien une malédiction qui apparaît comme une fatalité imposée par le « créateur » à sa « créature ». Une créature là encore défaite de toute liberté décisionnelle, réduite à l’état d’objet, de pantin aux mains d’un Dieu tout-puissant.

*****

Au bord de l’obscène, disais-je plus haut. En effet, loin d’ouvrir sur un abîme toujours béant devant nous et toujours plus profond lorsqu’on s’y engage au point de nous faire abîme nous-même, gouffre infini dont l’appel vertigineux nous submerge et nous emporte aux confins du sensible, le sexe dans les livres de Pierre Guyotat est une donnée brute, un travail à accomplir qui s’accomplit, mécaniquement, immédiatement clos sur lui-même avant que d’être immédiatement et à l’infini recommencé. A l’acte sexuel succède le même acte sexuel, sans que celui-ci en rien – comme celui qui l’a précédé et celui qui va lui succéder inexorablement – ne modifie le présent ni de l’acte ni de l’être qui l’accomplit.

La sexualité dans cette œuvre n’est pas une angoisse qui, dépossédant momentanément l’être de son moi, l’ouvre aux abîmes de la mort et de l’impossible – elle n’est que cette fatalité à la cadence de métronome, cette obligation absurde, cette malédiction qui frappent le forçat enchaîné à son destin comme un bagnard à son bagne. De même que le présent n’est pas d’abord, ici, une possibilité d’à-venir mais simplement une masse brute de « temps » hors durée qui s’empile et s’entasse sur du « temps » figé, depuis toujours déjà là et donc depuis toujours déjà mort, de même la sexualité dans cette œuvre n’est pas une tension ouverte sur l’inconnu, un vertige, mais la production codifiée, calibrée, sempiternellement reproduite et prévisible d’une activité de sexe établie selon les mêmes schémas programmés, aliénés, obligatoires : un travail de forçat…. ou de martyr.

De martyr ou de saint – car l’obsédante et épuisante obligation de « fornication » (il est intéressant de remarquer que Guyotat choisit toujours de préférence des termes religieux ou à forte connotation religieuse) est subie comme une mission rédemptrice rédemptrice et salvatrice :

-  il faut absolument « évacuer ça », « en évacuer le plus possible », « on peut lire Progénitures comme mon cri de révolte maximum contre le sexe »… (p. 41) ;

– « je pense que je pourrai enfin vivre quand j’en aurai terminé avec ce devoir de produire ce chant, et cette scène. Il sera peut-être trop tard physiologiquement à ce moment-là, mais en tout cas, j’ai l’impression que je n’ai travaillé à tout ça que pour avoir les mains libres, si je puis dire, l’esprit et le cÅ“ur libres pour vivre enfin ! J’ai toujours pensé, et je le pense de plus en plus, que toute cette Å“uvre   n’est qu’une préparation à la vie que je pourrai mener après » (p. 96).

L’écriture ne vise pas à justifier les mots qui la constituent et lui font, parfois, aborder l’inconnaissable, elle n’a à rendre compte ni d’utilité ni de moralité ou de nobles desseins, elle ne saurait avoir une visée consolatrice : elle n’est pas chargée de mission. Mais Guyotat, lui, veut absolument nous montrer le bien-fondé et la mission de sa parole, la fonction sociale et spirituelle de sa langue, et nous faire part de ce qui justifie ses écrits.

Il est chargé (par qui – sinon par Dieu ?) d’accomplir une tâche surhumaine, et cette tâche l’accable, il y travaille sans cesse, il s’y sacrifie – martyr d’une cause dont le commun des mortels, dans son innocence ahurie, ne soupçonne ni l’importance ni l’enjeu. Seul, stoïque et dépourvu du moindre doute sur le caractère unique et quasi sacré de son sacerdoce, saint Guyotat porte sa croix. Après s’être comparé à Fra Angelico (béatifié il y a quelque trente ans) et à Sade (non béatifié encore), saint Guyotat, parlant de sa mission, nous dit modestement : « la rédaction d’une œuvre de ce genre exige, pendant des années, une abstinence, une chasteté totales ; je dis, totales. C’est-à-dire la privation de tout acte produisant de la matière sexuelle, si je puis dire, à l’extérieur comme à l’intérieur ; de tout épanchement. C’est comme ça que je l’ai vécu ; je n’en fais absolument pas une loi » (p. 47). On compatit, bien sûr. Certes, notre martyr en fait d’autant moins une loi qu’il sait son sacrifice hors de portée du profane – et cette chasteté totale de dix ans au moins (temps consacré, d’après Guyotat, à la rédaction de Progénitures), ce jeûne de soi en quelque sorte est en tout point comparable à l’extase des reclus en prière, à ses privations qui transportent le saint hors de soi et hors du monde sensible pour une communion directe avec Dieu.

« L’espace que dessine les écrits de Guyotat, nous dit Christian Prigent, (…) est un espace radicalement tragique…. »[4] – ah bon ? mais d’où naît le tragique si ce n’est de la conscience que prend l’être de sa fragilité, de la précarité, de l’éphémère de sa condition ? Or les personnages de Guyotat sont dépourvus de cette anticipation de soi qui détermine la conscience, l’être conscient d’être, ainsi que nous l’avons vu plus haut. Privés d’à-venir ils sont du même coup hors du présent de l’être où se noue sa tragédie et hors de l’angoisse qui l’entretient. « L’homme tragique, nous dit Blanchot, vit dans la tension extrême entre les contraires… »[5], « l’homme tragique, nous dit-il encore, est celui pour qui l’existence s’est soudain transformée »[6] – rien de tel chez les personnages de Guyotat.

Un aspect « tragique » d’inquiétude et de déstabilisation fut par contre ouvert par Pierre Guyotat avec Eden – et pour ce seul livre. Non que cette œuvre dessinât en elle-même un « espace tragique », mais parce que ce texte venait rompre historiquement dans la manière conventionnelle du récit. Par le dit, par la forme, par le rythme il insufflait une liberté nouvelle à l’écriture – qui s’inscrivait dès lors comme un paradoxe en regard de l’absence de liberté des personnages du récit. Et cette « liberté » formelle venait (en France, après mai 68) « coïncider avec la liberté réelle quand celle-ci entre en crise et provoque une vacance d’histoire » (Blanchot, ibid.). Or cette liberté appelée par Eden, Eden, Eden reste « tragiquement » en crise par une histoire désertée – ainsi Eden demeure-t-il, dans son projet, inacceptable : c’est cela, et cela seul, qui en fait sa force tragique. A contrario, les livres qui ont suivi – malgré leur tension, souvent – n’ont fait que s’empiler comme autant de pierres élevant un mur aveugle qui obstrue le présent d’hommes privés de la seule interrogation qui les fonde comme hommes présents parmi nous : celle de leur à-venir, celui-ci fût-il défait de tout espoir, fût-il étranger à tout alibi d’un lendemain.

« Y aurait-il, dans ce siècle du moins, des textes avec autant de couleur, autant de postures, autant de matières, etc, autant de son que dans celui-là ? » (Explications, p. 121-122), s’interroge Guyotat parlant de Progénitures…. En ces temps d’incertitude, ça fait plaisir à entendre : rarement un écrivain aura paru aussi pénétré de sa suprématie et aussi content de soi. Et sans doute n’est-on jamais si bien servi que par soi-même, mais cette « autocélébration » récurrente doublée « tantôt (d’) un sérieux pontifical fort peu fissuré d’humour, tantôt (d’) un ton de prédicateur cathare » (Prigent, op. cit., p. 187) qui sont la marque de Guyotat parlant de Guyotat ne manquent pas seulement d’humour, ils révèlent le manque cruel du rire, l’autre grand absent de cette œuvre. Sans doute parce que le rire n’appartient qu’au présent…. Le rire (le fameux rire de Bataille), écho tragique du moi, éclat sauvage, libre et obscène ouvrant sur la folie et l’abîme de celui qui échappe à son « destin » et forge lui-même sa propre perte en forgeant seul son existence d’homme libre. Toutes choses absolument étrangères à l’univers de Pierre Guyotat – car saint Guyotat ne se commet pas dans le présent ordinaire (« c’est indigne de l’art »), saint Guyotat ne rit pas : c’est un saint triste et laborieux, un abstinent douloureux, sérieux comme un pénitent sous le poids de sa tâche.

[1] Avec Coma (Mercure de France, Paris, 2006) puis Formation (NRF-Gallimard, Paris, 2007) et Arrière-fond (NRF-Gallimard, Paris, 2010), Guyotat change radicalement d’écriture, optant même pour une langue devenue sans doute de plus en plus « lisible » mais qui, surtout, perd de plus en plus toute radicalité.

[2] Je renvoie au bel ouvrage d’Evelyne Grossman : L’Angoisse de penser, Editions de Minuit, 2008.

[3] Jean-Paul Sartre : « A propos de Le Bruit et la Fureur, la temporalité chez Faulkner », in Situations I, « Idées », NRF-Gallimard, Paris, 1975, p. 96.

[4] Christian Prigent, Ceux qui merdRent, P.O.L, 1991, p. 198.

[5] Maurice Blanchot : « La pensée tragique », in L’Entretien infini, NRF-Gallimard, 1969, p. 141.

[6] Id., ibid., p. 142.

5 décembre 2019

[Chronique] D’un entretien forcément infini (à propos de S. Sangral, Préface à ce livre), par Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphane Sangral, Préface à ce livre, éditions Galilée, en librairie depuis le 21 novembre, 256 pages, 17 €, ISBN : 978-2-7186-0992-8.

 

Sangral est à sa manière un auteur voire un poète post-situationniste. Il crée, avec ses propres mots et ses propres phrases une dialectique d’une négativité bien comprise. Pour preuve la quadrature de sa fausse « Préface » qui est vrai livre et qu’il résume dans sa quatrième de converture (considérée par l’auteur comme une partie intégrante de son opus) : « Penser et écrire l’impossibilité de véritablement penser et écrire l’impossibilité de véritablement penser et écrire »).

il ne s’agit plus de muséifier le langage et la philosophie mais de rappeler que la seconde avance en prenant corps dans une langue qui opère de la même façon. Mais – et c’est bien là le problème – Sangral sait ce que les mots et leur syntaxe font : leur comment dire cache toujours un comment ne pas dire. De la langue il ne reste que « lalanque » chère à Lacan dont le « Ã§a' » parle n’est jamais le « bon ».

Néanmoins, évacuant toute démonstration, cette « Préface » devient un geste d’affirmation, un acte allègre et qui échappe à tout effet de logos admis ou de références livresques pesantes (elles ne sont que des commodités de la conversation des pédants un rien fainéants).

Surgissant par diverses entrées parfois inattendues de marches nocturnes, ce livre réactive la machinerie toujours partiellement inopérante de l’exercice de la pensée et de la langue. Tout créateur « bidouille », sinon dans l’inutile du moins dans des suites d’approximations. Si bien qu’à lire une telle « Préface » tous les corpus littéraires devraient être revus, corrigés, voire jetés…

La précision divagatoire et inquiète du texte hybride présente une remise en perspective des états de santé de la pensée et de la langue. Ce travail reste essentiel. L’alacrité est là afin de résister à la pensée et ses mots qui offrent, toujours, une approche a minima de toute vérité.

Le savoir de tout auteur reste en conséquence relatif et ne mérite ni le respect ni la révérence qui lui sont accordés. Existe là un exercice de défiance et de salubrité intellectuelle. Le statut de tout texte reste forcément déceptif, il permet néanmoins à tout discours de se construire afin d’avancer par ce qui ne peut être qu’une suite d’approximations.

Ce texte livre est donc la préface non d’un seul livre que Sangral serait sur le point d’écrire mais de tout contrat scriptural et philosophique. L’attente est toujours présente et légitime, mais il convient de faire – en ce qu’elle propose – la part du feu.

Certes, chaque « vrai » livre dévoile une dimension cachée de l’expérience littéraire ou de la conscience spéculative. Il se veut vecteur d’une vérité cachée, d’une richesse ignorée ou masquée par le flux ordinaire des logos. Bref, il offre au lecteur la possibilité d’une révélation. Mais elle demeure de l’ordre de la « rumeur » qui passe par les humeurs et la culture de l’écrivant.

Il s’agit d’éviter au lecteur de ne plus vivre aux dépens de ce qu’il découvre et croit croire. Certes, dans le meilleur des cas – comme dans ce livre – un pas au-delà est franchi : mais au dessus du vide. Chaque texte tente de le remplir. Toutefois, en relative pure perte. Si bien que la dernière page tournée d’un livre réclame à son horizon la première page d’un livre à venir. Sangral le signifie jusque dans le graphisme de ses « pièces » finales.

Une telle Préface et ses morceaux de bravoure quasiment poétiques remettent à nu l’usage de la langue et le contrat que toute lecture engage. Si bien que, comme Robert Montgomerry l’a écrit, « tous les palaces ne sont que temporaires et provisoires ». Sangral met donc en évidence la paréidolie de toute écriture et pensée : une forme d’illusion d’optique qui associe un stimulus ambigu à un élément qui se veut clair et identifiable en vue de transformations radicales.

Néanmoins, tout ensemble imaginé ne cessera pas d’être irréel, même si tout acte de création est de tenter une saisie d’un réel. Mais l’office des signes ne peut qu’offrir une vision approximative tant l’inconscient, cet éternel traître, crée des avancées relatives et qui doivent être réévaluées. Dès lors, ce livre comme tous les autres, appelle non une fin mais une suite. Bref, son entretien est infini. Blanchot et Jabès l’avaient senti, Sangral le précise dans cet efficient bain de jouvence propre à ragaillardir un bond en avant et une plongée dans les abîmes du sens où les grands auteurs et penseurs conduisent.

1 décembre 2017

[Chronique] Du désastre (à propos de Cyril Huot, Secret, le silence), par Jean-Paul Gavard-Perret

Cyril Huot, Secret, le silence, éditions Tinbad, novembre 2017, 154 pages, 18 €, ISBN : 979-10-96415-08-3.

Le héros de Secret, le silence est l’être qui rêve de fusion quoique sachant, dès le départ, la vanité de sa quête puisqu’il porte en lui la mort. Celle qu’on se donne et celle qui nous est donnée. Il n’y a donc pas d’issue. Ni pour lui ni pour l’aimée, l’autosacrifiée à la fois masochiste et sainte, sainte parce que masochiste.  

L’expérience amoureuse  devient un événement d’une certaine manière non vécu puisqu’elle remet en jeu la présence de la présence.  Tout se passe comme étant déjà dépassé dans l’excès et le vide. D’une certaine manière de l’expérience fusionnelle ne sera perçu que son éblouissement noir. Ne restent que cet éclat et son retentissement délétère. Il  brise un langage « sans entente » (Blanchot) et ne peut finir que dans le silence de mort où tout avait commencé.

L’incandescence de la passion, son expérience limite ne sont de fait que la marque de l’exclusion.  Joie ou douleur : les deux protagonistes cherchent à n’en garder que l’intensité – la plus haute comme la plus basse. Mais l’amour est confronté à ce qui devient par la sidération même un vide sidéral.

Le grand désir, le plus âpre est finalement plus religieux qu’orgasmique, moins cosmique que panique. Tout fait retour à une intensité nocturne, au silence sans nom. La fusion qui appelle le hors de soi ne peut ramener qu’au désastre signe de l’approche très approximative de ce qui était désiré.

En dépit de la  sollicitude masochiste de l’aimée, la nuit dernière rejoint la première. Là où même si les êtres ne dorment pas, ils demeurent exposés au sommeil le plus profond. Ce qui n’empêche pas d’entendre l’autre, le sujet d’une telle veille plus ou moins agissante mais aussi son vide.

Huot donne donc à lire une expérience limite et hystérique. Celle qui retire toute autorité aux épris. Ils ne seront rien et à jamais. Pour personne. Pour personne d’autre qu’eux. A l’exception peut-être de Dieu. Si l’on en croit l’histoire d’où le livre est tiré : celle d’une femme morte à 25 ans des affres de l’amour et que la religion canonisa. En guise de modèle. Ou pas.

23 octobre 2015

[Chronique] Je fêlé (à propos de Mathias Lair, Ainsi soit-je), par Jean-Paul Gavard-Perret

Mathias Lair, Ainsi soit je, Editions La Rumeur Libre, Sainte Colombe sur Gand, été 2015, 80 pages, 15 €, ISBN : 978-2-35577-093-7.

 

Reprenant la grande problématique beckettienne du "je qui ça / jamais là où"; Mathias Lair a suffisamment à faire avec ce pronom sans aller chercher à savoir si "je est un autre". Il faut en effet, si l’on peut dire, commencer par le début sans pour autant "tarauder du côté de la nuit sexuelle" chère à Quignard – qui d’une certaine manière est une vue de l’esprit. Même si c’est bien là que tout a commencé.

Loin de l’insouciance joyeuse d’une belle ode au "je" (qui fuit comme une anguille), il s’agit pour Mathias Lair sinon de le rassembler du moins de comprendre d’où il sort. Le texte est donc contemporain d’un éclatement, d’une aliénation insécable à l’être sans pour autant prétendre ne caresser que sa fracture. Pour autant l’auteur ne tente pas de guérir ce qui sépare mais de retourner à ce qui fonde la séparation vaguement cautérisée (le plus souvent – Beckett faisant exception) à travers la langue maternelle – langue en partie morte. Le tout selon une perspective contiguë aux travaux de Novarina et de Prigent.

Dès lors, la structure même des textes casse le discours pour rouvrir la relation au difficilement conceptualisable et à la sémantique. Les deux ne proposent à réduire que le "je" à un ensemble logique. Il efface la complexité de l’être, de sa pensée, de sa relation au non-être. En effet, dans le langage constitué existe une masse de cendres qu’il s’agit d’abord de « souffler ». Lair fait donc retour non seulement à Beckett déjà cité mais à celui qui lui fut proche : Blanchot en son écriture de désastre. C’est sur cette « catastrophe » que repose « Ainsi soit je » – notons au passage l’importance de la troisième personne dans le subjonctif du verbe être.

Mathias Lair tente d’identifier ce qui peut l’être afin de « parler     à son pas ». Où il n’y a pas de papa  ni de mère sans pour autant chercher à tuer cette dernière, même si c’est pour Lair d’où vient (en partie) le problème.  D’où cette langue en morceaux et fractures centrales (dans chaque vers) pour « castrer      le sens de / son natif utérus ». Le vœu est pieux mais il permet au discours non de continuer mais de trouver ce fameux « pas », voire ce « pas au-delà » (Blanchot).

Face à l’inidentifiable du « je » perdu (ou jamais né ?), Mathias Lair évoque comment  le disparu à la fois persiste, résiste et reste inaccessible. C’est donc autour de cette absence-présence que s’organise le poème et ses notations ouvertes. A travers elles Mathias Lair espère « Le désêtre     ouvert  / par le chant » tout en soulignant les limites de cet espoir : « vague / promesse », a-t-il soin de préciser.

Il ne s’agit donc pas de ramener dans et par le langage quelque chose qui serait enfoui. D’une part parce que ce magma reste difficilement extirpable et d’autre part parce qu’il ne s’agit pas de faire de la poésie un livre de clés qui permettrait d’atteindre une placidité discutable de l’être. Le texte tente surtout de « photographier »  l’état des lieux du « je » fondé sur une fracture première, d’une coupure. Elle donne la vie mais pousse parfois l’être à s’abstenir dans ce qu’on a nommé parfois « une présence in absentia ». En cet état le scénario existentiel tangue entre « y vais je » et « vient-il ». C’est donc ce « moi » douteux que Lair met sous les yeux. A nous d’en faire bon usage.

24 juillet 2013

[Entretien] La mort dans la langue, dialogue entre Mathieu Brosseau et Matthieu Gosztola [Dossier Brosseau 2/3]

Plutôt que ici, mais toujours dans ça… le dialogue exceptionnel entre deux poètes de talent.

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2 mai 2013

[News] Mai numérique #2

Du 3 mai au 3 juin 2013 se déroulera la 2e édition du Festival des arts numériques (Mai numérique #2) organisé à Carcassonne et ses environs par le GRAPH. Y partipent Philippe BOISNARD et Hortense GAUTHIER (HP-process), dont le dispositif se nomme "Words city" – sur lequel nous allons nous concentrer ci-dessous. [Télécharger le programme complet]

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