Libr-critique

23 décembre 2009

[Chronique] Ana TOT, Traités et vanités

Ana TOT, Traités et vanités, Le Grand Os, collection "Qoi", Toulouse, novembre 2009, 128 pages, 15 €, ISBN : 978-2-912528-10-0.

Après avoir collaboré à la revue Hélice (1992-1994) et publié Mottes, Mottes, Mottes (2009), avec Traités et vanités Ana Tot (1968, Uruguay) rassemble la quasi-totalité de ses écrits poétiques en un triptyque édité par les bons soins d’Aurelio Diaz Ronda – dont on ne peut, en ces temps difficiles, que saluer la sagacité et la ténacité.

Si l’écriture d’Ana Tot se révèle fascinante, c’est parce qu’elle est animée d’une perpétuelle tension entre fini et infini, dedans et dehors, matière et esprit, humain et non humain, poésie savante et poésie enfantine… qu’elle réussit à conjuguer la légèreté critique de Prévert (cf. "Chair à canon"), la loufoquerie de Michaux (cf. "Notes sur les hommes-sans-anus"), la singulière immanence des objectivistes…

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17 décembre 2009

[Livre-chronique] Suzanne DOPPELT ou l’art géopoétique

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 21:32

Suzanne DOPPELT, Lazy Suzie, POL, novembre 2009, 80 pages non numérotées, 11,50 €, ISBN : 978-2-84682-369-2.

Avec son Lazy Suzie, titre emblématique puisqu’il renvoie à un objet à la fois réel ("plateau super rotatif") et poétique (IDO : Installation Déréalisante d’Objet), l’auteure nous livre un art poétique baroque qui allie non seulement le repos et le mouvement, le mobile et l’immobile, mais encore l’objectif et le subjectif. Autrement dit, l’effet-Doppelt – sa magie – consiste à conjuguer géométrie, optique et poétique pour mieux parler à nos sens comme à notre esprit : d’une part, nous captive une subtile réflexion sur le VOIR qui opère, entre autres, la confrontation entre peinture et cinéma, nous emmenant d’Aristote à Deleuze en passant par Leibniz et Nietzsche, de Vinci à Antonioni via Dürer, Delaunay, Chirico et Calder, ou encore de Nerval à Michaux via Baudelaire, Tchékhov, Proust, Apollinaire et Büchner ; d’autre part, nous donnent à voir l’infini dans le fini, le cosmos dans les choses, et par là même le tournis, des créations kaléidoscopiques et des effets de miroir qui nous rappellent que la vue est vision et la monstration hallucination.

[Vu l’importance de l’œuvre, nous lui consacrons une étude en deux volets, le second paraissant à la Rentrée de janvier].

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25 juin 2009

[Texte] François Bon, « Carnets de travail » (2), L’Incendie du Hilton

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 7:51

Voici le deuxième extrait (lire le premier) des "Carnets de travail" qui vont être regroupés à la fin du prochain livre de François Bon, L’Incendie du Hilton, à paraître en septembre chez Albin Michel (les premiers ont paru sur le site de l’écrivain, Le Tiers Livre).

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7 mai 2008

[Chronique] Réception asiatique de La Ville est un trou de Charles Pennequin par Clément Bulle

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 6:36

  Longtemps je me suis couché en me demandant : quand vais-je enfin pouvoir lire La Villes est un trou ? Pas toujours si simple de s’approvisionner en livres du Japon. Pourquoi préciser le lieu de réception ? Pour une autre question : Qu’est-ce qui, d’Asie, fait résonnance avec ce texte ? Sans être ni un spécialiste de la civilisation et des arts japonais, ni de l’oeuvre de Pennequin ; juste ici faire part de comment je me suis disputé La Ville est un trou.

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12 décembre 2006

[chronique] L’aile a dit une chose … de Virgile Novarina

Filed under: chroniques,News — Étiquettes : , , , , , , — Philippe Boisnard @ 13:08

Freud bien évidemment insistait sur la question des rêves. Toute la Traumdeutung explique cela : en quel sens l’inconscent travaille, et ceci selon une dynamique multiple de directions pulsionnelles et symboliques, et se révèle par l’inhibition de la pensée consciente, mais surtout la mise entre parenthèse de la censure exercée par le surmoi. Toutefois, la psychanalyse vient de l’extérieur ouvrir cette dynamique de champ, elle n’est pas ce qui s’exprime dans le rêve, mais la traduction, selon une différence sémiotique marquée, de ce qui a déjà eu lieu. Ainsi comment laisser apparaître cette pensée latente, cette pensée qui est pensée sans qu’il n’y ait le moi pensant qui vienne interférer, jouer la censure sans le savoir ?

Ce qu’a entrepris Virgile Novarina depuis 1995, entre dans cette recherche de cette scène en-deçà de la conscience, entre en quelque sorte en écho, avec cette autre tentative, celle de Michaux, pouvant dire à la fin de la Connaissance par les gouffres : « Quitter la fâcheuse habitude de tout faire par soi-même. L’important (dans l’ordre de la pensée), il faut au contraire toujours le laisser inachevé. Attendre son éclairage. Sacrifier l’homme premier qui nous fait vivre en mutilé. Faire revenir le daimon. Rétablir les relations ».
Virgile Novarina, entreprend ce lâcher prise, et comme le précise bien Daniel Leuwers dans sa préface, lâcher prise qui n’est pas artificiellement déterminé comme dans les entreprises d’écriture automatique ou bien de sommeil sous hypnose, car tel que le préfacier l’énonce : « le rapport que Virgile entretient avec le sommeil (chez lui régulier, heureux, profond sans aucune tendance à l’insomnie) est emprunt à la fois de fragilité et d’originalité ».
C’est davantage, et ceci n’est pas explicité, vers Bachelard qu’il faut aller chercher, pour saisir ce lâcher prise de la conscience sur l’écriture, Bachelard qui écrit dans La poétique de la rêverie, « que le rêve de la nuit ne nous appartient pas », que « les nuits n’ont pas d’histoire », que ‘nous devenons insaisissables à nous-mêmes, car nous donnons des morceaux de nous-mêmes », au point que « le rêve nocturne disperse notre être sur des fantômes d’être hétéroclites qui ne sont même plus des ombres de nous-mêmes ».
C’est pourquoi, lorsque l’on traverse ses couches de feuilles numérotées, si certes on pourrait penser que Virgile Novarina « doit se collectionner lui-même » [3922], toutefois cette collection est faite d’hétérogènes fragments de sens qui n’ont de liens que le corps déssaisi de sonrapport à la conscience, la transpassibilité du sommeil.
C’ets pourquoi il est important de comprendre que le lâcher prise qui donne lieu au surgissement de ces fragments, qui sont comme des copeaux de pensée, des esquisses d’image, est lui-même redoublé par le second lâcher prise : celui de donner à voir pour Virgile Novarina, non pas une reconstruction des fragments, mais le flux intégral et chronologiquement apparu. Pour le lecteur, il ne s’agit plus alors de tenter de reconstituer une trame, mais d’accepter une errance dans ce tissu sans trame des îlots sémiotiques et graphiques qui résultent des phases de sommeil.
[lire la présentation du livre]

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