Libr-critique

22 novembre 2015

[Chronique] Écrire après…, par Pierre Le Pillouër et Fabrice Thumerel

Face à des innocents lâchement assassinés par d’infâmes fanatiques, la poésie peut peu, pour le dire à la façon de Christian Prigent. Ça, le moderne ? Quoi, la modernité ? Cois, les Modernes… Face à l’innommable, seul le silence fait le poids ; comme à chaque hic de la contemporaine mécanique hystérique, ironie de l’histoire, l’écrivain devient de facto celui qui n’a rien à dire. Réduit au silence, anéanti par son impuissance, son illégitimité. Son être-là devient illico être-avec les victimes et leurs familles. Nous tous qui écrivons ne pouvons ainsi qu’être révoltés par l’injustifiable et nous joindre humblement à tous ceux qui condamnent les attentats du 13 novembre. Et tous de nous poser beaucoup de questions.

Surtout à l’écoute des discours extrémistes, qu’ils soient bellicistes, sécuritaires, islamophobes ou antisémites sous des apparences antisionistes.  C’est ici que ceux dont l’activité – et non pas la vocation – est de mettre en crise la langue comme la pensée, de passer les préjugés et les idéologies au crible de la raison critique, se ressaisissent : le peu poétique ne vaut-il pas d’être entendu autant que le popolitique ? Plutôt que de subir le bruit médiatico-politique, le spectacle pseudo-démocratique, les mises en scène scandaculaires – si l’on peut dire -, ne faut-il pas approfondir la brèche qu’a ouverte dans le Réel cet innommable, ne faut-il pas appréhender dans le symbolique cette atteinte à l’entendement, ce chaos qui nous laisse KO ? Allons-nous nous en laisser conter, en rester aux réactions immédiates, aux faux-semblants ?

Une seule chose est sûre, nous continuerons tous à faire ce que nous croyons devoir faire. Sans cesser de nous poser des questions. [Ci-dessous, "pense-bête idiot" signé Daniel Cabanis]

 

Ce communiqué, signé de Pierre Le Pillouër et Fabrice Thumerel, est publié simultanément sur les sites

Libr-critique

Littérature de partout

Sitaudis

 

 

1 avril 2011

[Manières de critiquer : le roman contemporain] Richard Millet et la postlittérature

Richard MILLET, L’Enfer du roman. Réflexions sur la postlittérature, Gallimard, automne 2010, 280 pages, 18,90 €, ISBN : 978-2-07-012969-0.

Trois ans après la publication des Actes du colloque international organisé à l’université d’Artois, Richard Millet, La Langue du roman, et à la veille de notre Rencontre Libr-critique sur les formes narratives actuelles, revenons sur l’intéressant essai de Richard Millet paru il y a six mois environ, dont le titre est tout à fait significatif.

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30 mars 2011

[Livre-chronique] Mathieu Brosseau, La Confusion de Faust

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 17:03

Mathieu Brosseau, La Confusion de Faust, Dernier Télégramme, mars 2011, 20 pages non numérotées, 6,50 €, ISBN : 978-2-917136-45-4. [Lire les extraits parus sur Libr-critique]

"Satan, sors-moi de cette langue affreuse qui n’est que du plomb dans ma tête, qui n’est que du poids d’os. De la chose elle-même. Et c’est pourquoi les animaux ressortiront. C’est le cycle" (p. 15).

Quel diable a-t-il poussé Mathieu Brosseau du côté de chez Faust ?

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2 février 2011

[Chronique] Guillaume Bergon, La spirale de la parole

Guillaume Bergon, La spirale de la parole, Caméras animales, novembre 2010, 132 pages, 12 €, ISBN : 978-2-9520493-7-5. [voir la vidéo sur le site de l’éditeur]

Dans une certaine mesure, écrire sur ce triptyque qui compte tout juste cent entrées revient à s’interroger sur la subversion aujourd’hui : une posture avant-gardiste datée suscite, au mieux le sourire, au pire l’agacement… Reste que ce jeune écrivain de 31 ans nous propose un opéra spiralique-alphabétique qui ne manque pas d’intérêt. On le verra, cette ambivalence se retrouve dans la quatrième de couverture, qui oscille entre autopromotion moderniste et mise en valeur d’une certaine singularité.

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2 septembre 2010

[Chronique] Olivier Cadiot, Un mage en été

Olivier Cadiot, Un mage en été, P.O.L, août 2010, 156 pages, 19,50 €, ISBN : 978-2-8180-0478-4.

Après avoir donné matière à un spectacle salué à Avignon – dont on pourra lire la présentation et en découvrir un extrait de trois minutes sur le site de Télérama –, le texte d’Olivier Cadiot est en librairie depuis jeudi dernier. On y retrouve Robinson, figure centrale de son œuvre ayant survécu au triptyque qui lui a été consacré (Futur, ancien, fugitif, 1993 ; Le Colonel des Zouaves, 1997 ; Retour définitif et durable de l’être aimé, 2002) puisque toujours présent dans Fairy Queen (2002) et Un nid pour quoi faire (2007). Sur le site de l’éditeur,  on ne manquera pas d’écouter la lecture de l’auteur et de s’informer sur la tournée d’un spectacle ressortissant au "théâtre sonore". [Lire sur Libr-critique "Olivier Cadiot au Festival d’Avignon"]

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21 décembre 2006

[Recherche] Darwin comme un roman, Philippe Castellin

Rapide- répons à 2 textes de C. Hanna [lire +] et Ph. Boisnard [lire +]
Musique : Keyboard Study #2 – Terry Riley

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À juste titre, me semble-t-il, Philippe Boisnard dans un article qu’il consacre à DOC(K)S, commence par constater qu’il existe un souci commun à beaucoup des contributions qui constituent ce numéro “théorique” , celui-ci les agençant (là encore PH. Boisnard voit juste) d’une manière significative, calculée ou se voulant-t-elle. Souci commun : l’action. Mais aussi matière à divergences et discordes, que Philippe Boisnard, dans la suite, propose de structurer à partir de la confrontation entre deux textes qu’il estime caractéristiques à cet égard, celui d’Alain Frontier et celui de Christophe Hanna. Il est vrai que le fait que les pages d’Alain Frontier concernent de manière polémique l’un des livres publiés par Hanna (Poésie action directe) rend plus patentes, à certains égards, ces divergences, vrai également que la dimension nominative des choses pourrait bien contribuer à obscurcir le débat. Pour moi, je tiens à souligner que les critiques, les débats « théoriques » voire, ne sont pas chose négative et stérile, au contraire – Même si, en définitive, ce sont les Å“uvres qui importent, et l’emportent. En tout cas si, maintenant, je tente de « répondre » à Ph. Boisnard et, indirectement, à C. Hanna, ne pas y voir le signe d’une animosité ou d’une hostilité mais au contraire celui de l’intérêt et de l’estime que j’éprouve à leur égard.

Comment donc A. Frontier, – Ph. Boisnard dixit – aborde-t-il l’action ? – Le socle « épistémique » de la position de Frontier serait constitué par une conception déterminée de la poésie que Ph. Boisnard rattache à la « modernité ». Dans cette conception, la poésie est envisagée comme langage visant à l’expression des limites mêmes du langage, rapporté au « Réel » donc. Pour citer Boisnard : « la poéticité mise en avant est donc celle de l’arrachement de la situation symbolique, sociale, politique qui détermine le sujet, en direction d’un réel voilé… nous comprenons que le langage doit faire trouée… ». Jusqu’ici, si l’on accepte d’oublier le texte même d’Alain Frontier (je me garde bien de demander s’il correspond ou pas aux assertions de Philippe Boisnard, Alain Frontier étant bien capable de se défendre ou de rectifier si besoin est) on peut convenir que le type de poétique évoquée se trouve effectivement formulée et présente dans l’histoire de la poésie, au XIX° et XX° siècle. On songera aux romantiques allemands, aux surréalistes. Et il est possible que certains des poètes réunis par « THÉORIES-DOC(K)S » soient également porteurs, dans leur poétique sinon dans leur pratique de la poésie – ce n’est pas nécessairement la même chose – de cette conception qui, structurée par le rapport poésie/Réel, est évidemment susceptible de multiples variantes selon « le » Réel (ou l’ « Etre ») dont on parle. En tous les cas cependant, la poésie s’y rattache à une thématique du forçage et de l’indicibilité. Il suffit, pour cela, qu’un référent absolu, un Réel Majuscule soit posé, hors d’atteinte sauf par Voie et Voix poétique.

Il est tentant d’approfondir cette structure afin d’y retrouver, ainsi que le fait Ph. Boisnard, la marque expressive d’une onto-théologie basée sur une transcendance verticalisée, entre zénith et nadir déclinable. Au poète, à l’Artiste, il appartient d’avoir relation privilégiée avec les cieux ou les abîmes, la chose est ancienne et connue, et chargée de conséquences précises dans les modalités de monstration (de « rencontre ») de l’art, ou dans les procédures éditoriales et le rapport au « livre » où elle s’exprime de manière concrète à travers ce que C. Hanna qualifie « d‘ hypocrisie », soit ce que j’ai appelé « l’ensemble des procédures très intéressées par lesquelles la poésie ou le poème neutralisent formellement leur insertion dans le monde, en occultant globalement la relation qu’ils entretiennent à l’univers des medias, des techniques, des circuits de diffusion et de production… » (« DOC(K)S mode d’emploi ») – Calme bloc ou météorite, le poème-alien tombe dans un monde qui lui serait étranger et, comme dans le film auquel je songe autant qu’à Mallarmé, la foule, mystérieusement instruite de l’événement, s’assemble muette, pour adorer la pierre noire. J’ajoute que, comme Ph. Boisnard, j’estime que nous sommes loin d‘en avoir fini avec cette vision théologique de l’art, toujours prompte à ressurgir malgré les coups qui lui ont été assénés, notamment, par les avant gardes du XX° siècle. Nul hasard si l’article que j’ai écrit dans le même numéro s’achève par l’injonction, ironique, d’avoir à « en finir avec le moyen Age » – sentence à laquelle je

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