Libr-critique

2 février 2021

[Chronique] François Crosnier, La poésie réduite en poudre noire (à propos de Sandra Moussempès, Cassandre à bout portant)

Sandra Moussempès, Cassandre à bout portant, Flammarion, collection « Poésie », janvier 2021, 167 pages, 18 €, ISBN : 978-2-0802-3289-2.

 

Je n’en pouvais plus des thématiques je voulais écrire ce qui vient : une telle affirmation peut sembler paradoxale, tant le lecteur de Sandra Moussempès retrouve dans son dernier livre les objets féminins non identifiés qui parcourent toute l’œuvre. « Princesses filmiques » pour film fantôme réfugiées dans une maison hantée, « fillettes lucides de l’enfance », chanteuses à la « tessiture congelée dans le Museum des voix célèbres » …, ces héroïnes dominent les deux premières parties, sur les neuf qui composent le recueil. Cette impression de déjà-vu doit pourtant être dépassée et il faut convenir, au-delà des apparences, que nous ne sommes plus tout à fait dans le même univers que celui de Colloque des télépathes ou Cinéma de l’affect, les précédents titres publiés à l’Attente en 2017 et 2020.

Un titre n’est jamais innocent : ce Cassandre à bout portant introduit une figure convoquée à trois reprises, dès la couverture donc, puis comme titre de l’une des parties et encore comme celui du poème de la page 156. Une telle insistance conduit à interroger cette Cassandre que le peintre anglais George Romney (1734-1802), dans un magnifique portait de 1785, représente sous les traits de Lady Hamilton, tandis que Sandra Moussempès, qui a réalisé le visuel du livre, préfère l’évoquer quant à elle sous un masque victorien.

George Romney (1734-1802) Lady Hamilton as Cassandra (c. 1785-6)
Londres, Tate Britain

Envisagée comme un double, la fille de Priam à laquelle Apollon confère le don de prophétie avant de la punir comme on sait, a partie liée avec le monde de l’enfance et du père :

L’obsession reviendrait, se tiendrait à côté de Messaline, surnom que mon père me donnait enfant, parmi d’autres comme Salomé, Cassandre la bien nommée qui annonce la perte.

L’ancienne petite fille, identifiée à des figures hypersexuelle (Messaline) ou de séductrice (Salomé), choisit finalement d’endosser (bien nommée) le rôle de celle qui annonce le malheur, la perte, à la différence qu’ici elle est le propre objet de ses prophéties (à bout portant).

Dans La vierge au miroir, dernier poème du recueil et par conséquent conclusif, Sandra Moussempès, se décrivant comme « poétesse en kit composant un poème sous vos yeux », n’hésite pas à écrire

A chaque respiration tu recraches les tabous de ton enfance

nous autorisant ainsi à considérer l’inscription de son travail dans l’autobiographie.

C’est en effet cet aspect plus franchement revendiqué (« je me suis glissée dans une auto-biographie ») qui donne à ce livre un ton différent de ceux qui l’ont précédé. Sandra Moussempès s’engage très loin dans cette direction, ainsi par exemple, dans la section La maison des phrases liquides, le poème « Le temps de l’écriture » donne lieu à une assimilation du texte au corps même de l’autrice :

Voici la petite fille cornée comme une page (…)

Tu lui confies une page elle s’y étale et se replie avec la page

Tu l’écrases en refermant le livre

A priori elle n’est toujours pas morte elle se déplie avec les mots

De même, celle-ci va jusqu’à insérer à deux reprises des notes de bas de page pour évoquer des événements de sa propre vie (rencontres avec Olwyn Hughes ou Anie Besnard, toutes deux liées à la figure du père), au risque de produire une déchirure dans le discours poétique – et de susciter, avouons-le, une certaine surprise chez le lecteur – en y introduisant des éléments brutalement informatifs.

Dès lors, l’injonction « Ne pas mélanger la vie et le poème » qui apparaît dans La porte vivante semble un rappel quelque peu formel à soi-même, vite contredit par des notations comme celle-ci, parmi beaucoup d’autres :

Quand la fraîcheur d’une nuit sérigraphiée

Vient ici-bas me définir en fille aimée d’un père mort (…)

& paravent d’une mère-prothèse

Nobody’s Here But Me : placé en exergue du livre, le titre du documentaire réalisé par Cindy Sherman en 1994 apparaît donc avoir pour double fonction de signaler une référence majeure de l’autrice, à côté d’Unika, Sylvia, Emily, Gaspara, Virginia, et de définir, comme on l’a vu, l’un des axes de son projet d’écriture.

Le second axe que je distingue dans ce livre décidément riche est celui de la réflexion sur l’objet poétique lui-même. Le mouvement perceptible dans Cassandre à bout portant est celui de l’abolition d’un émerveillement ancien :

La poésie est une forêt remplie de songes précieux – c’était ma vision des choses

pour faire place à une perturbation dans l’ordre des idées :

Poésie est une idée du ciel noir et

Des pensées rouges qui le perturbent

Si le poème est « une façon de tresser des fissures / dans un hôtel rempli de fantômes », sa production est désormais violente comme une scène de guerre  :

Ce sonnet part dans tous les sens, c’est le moment de le faire exploser

En expirant par ma bouche toutes sortes de traumas murmurés

Je les expulse je les réinjecte, des années sortent avec des rapaces

Je suis assise mais pas maîtrisée j’ai un pistolet lance-roquette

Pour la première fois, le travail de l’autrice – l’engendrement des textes, « la folie entraînant le poème ou le poème entraînant la folie » – est situé explicitement, avec le risque que cela comporte en termes d’exposition personnelle, dans un processus post-traumatique :

 Livre après livre on restitue les traumas même s’ils ne font

Pas davantage comprendre ce qui s’échappe du poème

Les mots de Sandra Moussempès forment une « comptine vertigineuse » à la force d’évocation intacte, et communiquent au lecteur une part de ce vertige issu d’un « ciel rose et un ciel noir en moi ». Sous l’invocation de « Lilith et Cassandre encastrées », figures tutélaires incarnant le négatif, le livre procède ici à sa propre alchimie :

C’est la poésie réduite en poudre noire puis retravaillée en pâte vivante avec un peu d’eau

28 janvier 2020

[Chronique] Sandra Moussempès, Cinéma de l’affect, par François Crosnier

Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect. (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, janvier 2020, 104 pages, 13 €, ISBN : 978-2-36242-085-6. [Commander]

« La voix est la conscience »

Derrida, La voix et le phénomène

 

Le dédale que constitue le nouveau livre de Sandra Moussempès est organisé, comme l’indique le sous-titre, en sept « boucles » centrées sur le phénomène de la voix : la forme des mots que nous prononçons est le sujet principal de cette histoire. On sait l’importance du son pour l’auteure, elle-même chanteuse, ayant réalisé de nombreuses performances et dont vient de paraître un album qui convoque un langage purement sonore, sans aucun texte (Vox Museum).

J’ignore si cela sera remarqué, mais pour la première fois, Sandra Moussempès donne ici la clé de son travail d’interprète :

Tout l’aspect corporel de la pensée est ainsi remisé au fond de la glotte, c’est l’attirail des pensées journalières restées en travers de la gorge

Vertigineux de comprendre que le son de la voix est en fait la charge mentale de son environnement intuitif

Cinéma de l’affect prolonge Colloque des télépathes paru à l’Attente en 2017, dont il formerait un nouvel épisode ; on y retrouve les fantômes, le spiritisme, ainsi que la constellation familiale qui s’enrichit d’une nouvelle figure en la personne de l’arrière-grand-tante Angelica Pandolfini, cantatrice décédée en 1959 et dont le portrait orne la couverture du recueil. (…) un jour je découvris sur YouTube sa voix enregistrée en 1903 son timbre ressemblait au mien c’était troublant (…)

Le livre (du moins est-ce ainsi que je me le représente) est conçu comme une voix off qui accompagnerait une performance imaginaire au Museum des pas feutrés ou encore au Museum des tessitures flottantes. En phase pré-somnanbulique, l’auteure invente un univers où les voix ne se dispersent jamais tout à fait, peuplé de gramophones, de hauts-parleurs, de caméras vocales, de dictaphones, de vieilles K7, d’anciens répondeurs téléphoniques, le tout manipulé par des médiums ou des spirites.

On y trouve même une version postmoderne des « paroles gelées » de Rabelais (dans le Quart Livre) :

Si le son est empaillé il survit à de très basses températures, les textures vocales conservées dans du formol sont alors investies de propriétés euphorisantes à rapprocher du poppers ou de l’huile essentielle de menthe poivrée

Tous ces dispositifs, mémoires archivées de ce dont personne ne se souvient, constituent ultimement une machine à remonter le temps.

Le fil conducteur de ce bref mais dense recueil est en effet une histoire d’amour dont on devine qu’elle appartient à un passé récent. Si pour Sandra Moussempès la poésie est un moyen comme un autre de prendre du recul, le lecteur a plutôt le sentiment de se trouver en présence d’un impressionnant exercice cathartique (ou exorcisme ?), lequel, sans renoncer à la rigueur et à l’humour caractéristiques des précédents livres, manifeste la revanche du gramophone, ou la mise à distance de la relation amoureuse par les moyens mécaniques d’enregistrement :

Le micro par lequel j’enregistrais nos voix a fini par se consumer, la prise de son est une filiale de remords

La fonction « auto-envoûtement » de la touche « reverse » du magnétophone ne pouvait en aucun cas recoller les pots cassés constatés, néanmoins les amants bipolaires en clair-audience durent reprendre leurs cliques et leurs claques sans se soucier du noise reduction qui aurait pu sauver la mise (…).

5 août 2015

[Entretien] Sandra Moussempès ou la poétique de l’audio-poème, entretien avec Jean-Marc Baillieu

Suite à la parution du CD Vidéographia – disponible en édition limitée notamment chez les librairies Texture, Tschann (Paris) et l’Odeur du temps (Marseille) -, Jean-Marc Baillieu s’est entretenu avec l’auteure sur sa poétique de l’audio-poème. De ces quatre pistes émane une impression d’inquiétante étrangeté : murmures, boucles sonores, musique d’outre-tombe, voix lancinante et spectrale traduisent avec brio une envoûtante "pensée de rêve"… Aussi, de la même façon qu’à la lecture d’un texte de la poète, toute analyse devient spectrographie. /Fabrice Thumerel/

Sandra Moussempès, Vidéographia, performance sonore autour d’héroïnes filmiques, déplacements de corps et de voix, Violet Reason Record [violetreasonrecord@yahoo.fr], 2014, 10 €.

 

Sandra Moussempès est connue et reconnue pour soigner particulièrement et singulièrement ses lectures ou plutôt ses « dispositifs sonores » en public, dans des lieux dédiés à la poésie, mais aussi dans des structures d’art contemporain. Elle vient de publier Vidéographia chez Violet Reason Record, un CD qu’elle dit être « la bande-son matérialisée de Sunny Girls » un livre (coll. Poésie / Flammarion, 2015) unanimement salué par la critique. /Jean-Marc Baillieu/

 

J-M B. : A propos de votre pratique de l’oralité : existe-t-elle dès la conception des textes ou vient-elle (ensuite) comme une interprétation de la partition-texte ?

SM : En fait, il existe une musicalité intrinsèque à la création poétique, mais je ne peux pas vraiment parler d’oralité, plutôt de quelque chose qui m’échappe, se compose, s’écrit, avec une rythmique propre à la poésie ou ce qui pour moi fait sens poétique, des superpositions et des associations de pensées. L’oralité à proprement parler intervient bien après la fabrication du poème, lorsque du texte je décide de faire un nouvel objet, sonore cette fois-ci, que je nommerai audio-poème. Mais il y a des poèmes qui ne peuvent qu’être lus silencieusement ou de façon simple à voix haute.

Lorsque j’ai entrepris de composer le CD d’audio-poèmes Beauty Sitcom (inclus dans Acrobaties dessinées, éditions de l’Attente, 2012) en utilisant ma voix chantée, murmurée, distordue, stratifiée en écho à l’énonciation du poème, je souhaitais faire le lien entre ma pratique initiale du chant et mon travail d’écriture, avec sa jonction d’interface : les référents cinématographiques, ma relation aux films qui s’intègrent à l’énonciation du poème.

Je chante depuis 1984, je publie des poèmes depuis 1992, et je développe ce travail d’audio-poèmes depuis bientôt cinq ans, il a donc fallu tout ce temps pour que le lien entre ces deux pratiques fassent sens, pour que mon univers poétique puisse se matérialiser en une bandeson annexe, à écouter sur CD ou lors de lectures performées. Le dispositif sonore s’articule exclusivement autour de ma voix (je devrais dire mes voix), afin de coller au plus près de mon univers. Je souhaitais projeter le texte vers l’auditoire différemment car les lectures publiques où l’auteur se contente de lire son texte de façon linéaire m’ennuyaient un peu.

Dans Beauty Sitcom, la matérialisation des textes (enquêtes, fiction sentimentale, héroïnes filmées dans un environnement inquiétant, atmosphère vintage), s’incarne sous forme de bandeson annexe et autonome. C’est avant tout un travail sur la lecture augmentée vocalement, proposition qui n’est ni théâtre, ni concert, encore moins chanson. Central, le poème n’est jamais chanté. Mon chant crée une atmosphère filmique en bandeson annexe. Ce sont des Résurgences momentanées des sensations visuelles (poème et audio-poème inclus dans le CD Beauty sitcom, nouvelle version augmentée dans Vidéographia), en lien également avec des voix féminines qui ont pu m’influencer indirectement depuis l’enfance. Le chant est une réflexion du poème, un miroir sans tain.

La plupart de mes livres (principalement dans la collection Poésie / Flammarion, mais aussi aux éditions Fourbis et de L’Attente) questionnent la notion de temporalité et les sensations de déjàvu, à travers les façades sociales, les stéréotypes notamment autour du féminin, d’icônes cinématographiques mais aussi le paranormal, le sacré. De façon assez autobiographique, les expériences physiques et psychiques s’enchaînent en pensées plus ou moins rythmées. La forme est donc une préoccupation autant que le contenu, je compose une pièce sonore et vocale de la même façon qu’un poème. En cela l’oralité s’inscrit comme une interprétation de la partition-texte. J’ai toujours créé des mélodies, des onomatopées. J’ai ce besoin de travailler mes différentes voix, certains y retrouvent le côté japonisant de princesses manga, la voix éthérée-atmosphérique de Liz Fraser ou de Kate Bush, les bruitages de Meredith Monk ou encore l’opéra (il se trouve que mon arrièregrandtante Angelica Pandolfini était cantatrice). Tous ces référents m’ont effectivement influencée sans doute d’une façon inconsciente ; après l’écriture d’un livre, j’ai besoin de sensations plus organiques et tout peut me stimuler pour composer : un film, un dessin animé, des photos retrouvées, de la musique sacrée, du dubstep de Miami, conduire des heures la nuit sur l’autoroute. J’aime ce qui me perturbe, m’inquiète et m’envoûte. Les films que j’évoque dans Sunny Girls comme Zabriskie Point, Spring Breakers, Code inconnu, Sans soleil, … me correspondent, je les évoque, ainsi que des icônes pop, dans Vidéographia, bande-son matérialisée de Sunny Girls.

 

J-M B. : La collaboration avec un musicien fait-elle bouger les lignes ?

Oui bien évidemment, pour Beauty Sitcom il y a eu plusieurs collaborations, l’album s’est fait sur deux ans, s’est construit au fil des rencontres avec plusieurs musiciens sound designers venant de de la musique contemporaine et de l’electro. Ce CD de 9 titres m’a demandé beaucoup de travail car je ne suis pas productrice ni ingénieur du son, et je me suis retrouvée avec toutes ces casquettes à la fin du projet : devoir retravailler le son du mastering avec des audio-poèmes déjà mixés ou en impro, j’ai donc dû faire un travail méticuleux de rééquilibrage des basses, des aigus. Mais il est certain que la collaboration avec un musicien ou designer sonore est précieuse, les bases d’un son naissent à ce moment-là. J’amène mes mélodies de voix et l’idée générale du morceau, puis le musicien propose quelque chose, une façon de faire tourner en boucle un fragment vocal, donne une structure ; c’est le même travail que je fais en solo sur certains audio-poèmes que j’ai composés seule (Récipient de métal vert en duo avec Kristin Prévallet et Etudes d’interception dans Beauty Sitcom). Mais cela donne un son particulier à l’ensemble. Puis j’intègre les textes écrits, cela peut être toute une section ou seulement quelques mots, avec le musicien nous sélectionnons des boucles vocales qui se superposent avec mes autres voix off, les mots ainsi dits ou murmurés, stratifiés, s’extraient naturellement du poème comme une colone interne. J’aime bien alterner travail solo et collaborations musicales, aussi bien en lectures que sur mes CD. Mon nouveau CD Vidéographia (dont les textes sont extraits de Sunny girls paru récemment chez Poésie/Flammarion) a été entièrement réalisé en collaboration avec le musicien DJ Fred Daclon. Il a su donner une continuité à mon univers poétique dans son design sonore de ma voix de façon à donner une atmosphère un peu envoûtante ou perturbante. Et certains audio-poèmes de Beauty sitcom que j’ai composés et produits entièrement sont plus minimalistes, tout en gardant ce contraste entre douceur et effroi.

J’apprends de plus en plus à me débrouiller avec l’aspect technique de l’enregistrement, des logiciels. Sur scène, dans un dispositif avec un musicien sound designer, il y a une part d’improvisation, de dialogue entre nous (ce fut le cas notamment au festival Actoral 12 à Marseille) autour de la structure prédéfinie par avance, tandis que seule avec mon ordinateur et ma pédale d’effet, je suis un peu femme-orchestre. Le dialogue se fait autrement, avec l’auditoire plus directement. Je sais rapidement dans un lieu ou un événement les morceaux que je choisirai, si je lirai davantage de poésie (simplement à haute voix) ou si au contraire le contexte se prête davantage à chanter, par exemple à Paris, ma lecture performée à la Fondation Louis Vuitton dans un lieu si lumineux amenait une autre intensité que la soirée autour de mon travail à la Maison de la Poésie, plus intimiste, ou encore dans l’amphi-théâtre de l’ENSBA de Lyon devant les étudiants en conclusion d’un worshop, et lorsque j’interviens dans des endroits style usines désaffectées, c’est encore autre chose, selon l’acoustique aussi. Chaque partenaire musicien apporte en outre sa touche sonore à l’enregistrement et sur scène. Il faut qu’il y ait une sorte d’alchimie. Un peu comme dans un groupe de rock ou un duo, c’est ce qui se passait lorsque je faisais de la musique dans les années 80 et 90, je chantais sur des projets et avec des groupes, en France (Jay Alanski, Marc Collin) et en Angleterre (The Wolfgang Press sur le label 4AD, Kinky Roland sur label de Boy Georges More Protein), et je composais ou j’interprétais des chansons, avec un couplet, un refrain, des paroles qui collaient à la musique, ou encore je faisais des featurings comme avec The Wolfgang Press ; avec la poésie sonore je sens encore plus de liberté. C’est la différence avec la pop ou le rock, en poésie sonore je peux détourner la structure d’une mélodie, comme rester sur un silence là ou on attend une reprise, ou encore poser un fragment de vocalises de musique concrète puis enchaîner sur quelque chose d’atmosphérique, voire de "sacré" comme dans le rituel d’une cérémonie. Toutes ces expériences passées m’ont vraiment appris à trouver ma voix justement, c’est aussi à force d’avoir travaillé en studio avec des gens talentueux comme le producteur de Cocteaux Twins qui officiait sur le dernier album de The Wolfgang Press, ou Adrian Sherwood producteur british de dub, que je me suis passionnée pour tout ce qui est enregistrement et travail de la voix.

Cela étant dit, la musique, comme le dessin ou la photographie que je pratique aussi nourrissent mon travail mais le poème reste au centre. C’est le travail d’écriture qui est essentiel pour moi, livre après livre, dans la constitution de mon univers propre.

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