Peu avant que ne se mette en place la préparation du volume des Actes, voici le dernier volet de présentation de cette manifestation inédite. [Lire/voir/écouter le volet 1] [Lire l’ouverture]

Au plan artistique, cette seconde partie du colloque de
Cerisy débuta avec un Leopold von Verschuer biface qui nous fit voir rouge dans son « Monologue d’Adramelech » loufoque, et se termina par un tonique « éloge du réel » (Sourdillon/Paccoud) – de la meilleure des façons qui soit, donc.
Des six séances de travail se dégagent, entre autres, ces quelques lignes de force et interrogations.
Les quatre sens de l’écriture sont au principe de l’intranquillité, de ces mouvements tourbillonnants qui conjurent l’angoisse de l’immobilité et constituent une rhapsodie, des multiples déterritorialisations et dépassements des limites, des tensions vers l’altérité et l’animalité – celle-là même qui habite les acteurs… Éric Eigenmann, quant à lui, met en regard les quatre sens de l’écriture et les quatre temps du respir. Reste, pour Céline Hersant, une extraordinaire inspiration : la découpe du territoire de/dans l’Å“uvre.
Terminons sur deux questions fondamentales : quelle place pour le silence dans un univers saturé ? Comment traduire un auteur réputé illisible ?

Extrait de la conclusion,
par Marion Chénetier-Alev et Fabrice Thumerel
Après une semaine intense, voici venu le moment de ressaisir les fils d’un colloque placé à l’enseigne de la générosité et de l’hospitalité – des hôtes comme de l’auteur, des acteurs et musiciens, des intervenants et participants. La ferveur et la bonne humeur qui ont marqué cette semaine sont à l’image d’une
Å“uvre dynamique et multiforme (théâtre, poésie, essai, peinture…) : réputée illisible parce qu’elle nous dépasse, elle nous arrache à notre tranquille humanité, à notre commode immobilité, pour nous entraîner dans un tourbillon de signes et de formes, dans un espace polyphonique et polymorphique animé par une perpétuelle tension entre parole et silence, humanité et animalité, vide et plein, représentable et irreprésentable, visible et invisible, respirable et irrespirable, fini et infini, même et Autre…
L’œuvre constituant un espace anthropoclastique, c’est habituellement en notre cella – dans notre espace du dedans – que nous la vivons ; l’ambition du Cerisy Novarina qui vient de s’achever était de la faire exister dans une agora Novarina. Rien moins que cela. Ainsi avons-nous arpenté le Novariland par monts et par vaux, des premières pièces à Voix Négative, en passant par La Loterie Pierrot, les écrits poétiques et théoriques ; parcouru les impossibles territoires novariniens en tous sens, ou plutôt en quatre sens, cherchant un « sens à l’arraché », une quadressence du cercle, une respiration, un vide, un silence, une musique, des rythmes, des (dis)harmonies…
La réussite et la chance de ce colloque auront été de faire se répondre chaque jour les analyses et les artistes ; les exposés d’un côté ; de l’autre les lectures et les performances, de Valère, de Marcon, de Léopold, d’Agnès, des musiciens ; d’un côté le chercheur universitaire – de l’autre côté le chercheur acteur ; d’un côté les penseurs assis ; de l’autre les penseurs debout.
Pour le volume qui paraîtra, nous formons le souhait que ce mouvement salutaire débouche sur une liberté de ton et une dynamique novarinienne visant à renverser les idoles.

Synopsis

Séance 7 : Tourbillons novariniens
â–º Laure Née : « Novarina – L’intranquillité » ;
â–º Marco Baschera : « Comment faut-il lire les textes théâtraux de Valère Novarina ? »
Séance 8 : Parole et silence dans l’espace novarinien
â–º Avec Leopold von Verschuer, retour sur le spectacle « Le Monologue d’Adramelech : auto automaticus » :
â–º Olivier Dubouclez : « « Un vide est au milieu du langage ». Valère Novarina et le sens de la prière.
► Lecture de Valère Novarina : prologue du Drame de la vie
Séance 9 : Novarina en langues
â–º Leopold von Verschuer (Allemagne) : « Traduire les listes » ;
â–º Angela Leite Lopes (Brésil) : « Traduire, penser, jouer. Valère Novarina et son vivier des langues » ;
► Zsofia Rideg (Hongrie) et Yuriko Inoue (Japon) nous ont fait part de leur expérience de traduction.
Séance 10 : Passages novariniens
â–º Éric Eigenmann : « Novarina : les quatre sens du respir » ;
â–º Patrick Suter : « Une écriture frontalière ».
Séance 11 : Expériences scéniques
â–º Louis Dieuzayde : « Faire l’animal. Quelques sorties de route de l’humanité dans le jeu d’acteur novarinien » :
â–º Rafaëlle Jolivet Pignon : « De la cour d’honneur à la cour d’école : la poétique novarinienne à l’épreuve de l’épreuve du bac théâtre ».
â–º Soirée : « Éloge du réel », textes de Valère Novarina, Christian Paccoud (accordéon) et Agnès Sourdillon (voix).
Séance 12. Arpenter l’œuvre : territoires et frontières
â–º Céline Hersant : « « Espace es-tu là ? » : cartographie des territoires novariniens.

et de peinture, de l’accord profond qui s’est produit lors des répétitions et du travail plastique. C’est un texte joyeux. La deuxième partie du livre, son deuxième acte, Voie négative, donne son titre au livre, donc. Elle développe cette idée de plus en plus ferme chez Valère Novarina que ‘l’esprit respire’. Et s’il respire, c’est parce qu’il renverse, parce qu’il passe par ce que l’auteur appelle le niement (quelque chose comme une négation positive, dialectique). Le lien entre la pensé et la respiration, Valère Novarina le ressent très concrètement. Pour lui, il saute aux yeux, lorsque l’on regarde de près travailler les acteurs, la respiration animale préfigure la pensée, l’annonce. La troisième partie s’intitule Désoubli. C’est un texte qui parle de la présence mystérieuse en nous de toutes les langues, la langue maternelle bien sûr, mais aussi d’autres langues, insolites, secrètes, apparemment mortes, vivant toujours au fond de nous… Valère Novarina tourne ici autour de l’idée que le langage est un fluide, une onde, une ondulation, un geste dans l’air, une eau…Chaque « parlant » porte en lui un peu de la mémoire de toutes les langues. La quatrième et dernière partie du livre, Entrée perpétuelle est une métamorphose, un déguisement, une autre version, en tout cas un regard nouveau sur la mystérieuse machinerie organique du Vivier des noms (P.O.L 2015). C’est une réduction – ou plutôt un précipité du livre (au sens chimique) – une nouvelle entrée, sous sa forme active, agissante. Et sa version nouvelle pour la scène.
Pierre LucerneÌ ou Antonin Artaud, peintres et poeÌ€tes, eÌcrivains ou dessinateurs tout comme lui, ou avec ces artistes qui, sous la bannieÌ€re de l’art brut, font de leur œuvre neÌcessiteÌ et souffle de vie. Alors oui, l’homme, son verbe, sa vie, motivent l’oeuvre de ValeÌ€re Novarina. Mais il les prend bel et bien aÌ€ l’envers, aÌ€ rebours, aÌ€ la recherche d’un autre langage, de formes inconnues, qui n’appartiennent aÌ€ personne, et surtout pas aÌ€
Quel est le point commun entre ces revues : Les Cancans (1830-1832), Le Monte-Cristo (1857-1860), L’Escarmouche (1893-1894), Perhindérion (1896), Le Sonnet (1897-1898), Le Sourire (1899-1900), Le Bloc (1901-1902), Le Poil civil (1915), Les Pavés de Paris (1938-1940), La Condition humaine. Calendrier des jours de honte, ou encore Le Petit Poète illustré (depuis 2000) ? Ce sont des revues d’un seul, revues uninominales ou encore revues personnelles : respectivement signées par Bérard, Alexandre Dumas, Georges Darien, Alfred Jarry, Charles Guérin, Paul Gauguin, Georges Clémenceau, Tristan Bernard, Emmanuel Berl, Roger Nimier et Jacques Réda. Dans son passionnant article (p. 46 à 105 !) qui ne recense que les publications sans aides majeures (sont donc ignorées The Mask de Craig ou Les Cahiers de la Quinzaine de Péguy), Éric Dussert analyse les motivations des auteurs : élaboration d’un outil stratégique ou satirique, création de formes, passion de l’information… Avant de distinguer divers types : les marginaux, les indifférents au pouvoir ou à l’actualité, les rétifs, les joueurs…