Libr-critique

15 juillet 2019

[Libr-retour] Olivier Domerg, La Somme de ce que nous sommes, par Christophe Stolowicki

Olivier Domerg, La somme de ce que nous sommes, Lanskine, avril 2018, 112 pages, 14 €, ISBN : 979-10-90491-63-2. [Grand prix de la poésie de la S.G.D.L 2019].

Le livre débute comme une hagiographie de l’enfance heureuse, immergée en nature : dans « une large anfractuosité, une chambre d’échos, un abri de fortune, entre théâtre et grotte, dans (et au-dessus de) laquelle, comme il est dit dans une chanson, “nous vîmes passer notre enfance” » : le repaire de corsaires, la corsetée de bonheur enfance sur laquelle aucun freudisme n’a prise, le jardin d’Éden clos et illimité, aussi peu localisable sur une carte que la bouche des Enfers – sinon sur une colline non loin de la Sainte-Victoire, entre deux restanques dont s’effritent les pans de pierres sèches ; « un espace à la fois réel et imaginaire où prédominent le pin d’Alep, le chêne kermès, la garrigue crochue et fragrante, la caillasse blanche et grise, l’omniprésence du calcaire provençal – un espace dans lequel nous vivions à plein et nous projetons encore ». Enfants des villes, de parents désunis, lisez et enviez, il vous en remontera toujours, nutritive, thérapeutique, quelque bouffée d’enchantement.

Ouvrage en trois parties, la première de souffle égal, tombée de versets réconciliant prose et poème, où le poème reposé de tout lyrisme, déposé labile, s’étoffe en prose jusqu’à disparition complète, ne cligne que par des reprises – vrille au pénultième feuillet, annonçant la frêle, émotive péroraison ; les deux autres tout en blancs, l’une régulièrement à deux distiques par page et formelles astérisques ; la dernière en monostiches tel un amerrissage, le blanc s’étend, son épaisseur varie, délassant, comprimant la Recherche d’un Temps qui ne s’égare, présent omniprésent jamais lâché.

La somme de ce que nous sommes, qui cogitons donc sommes dans l’ergastule de notre mémoire récente, appelle une Recherche tôt ou tard. Ce très beau livre, atypique en gageure dans l’œuvre implacablement visuelle et descriptive (encore que sonore à raison, et nourrie de concepts) d’Olivier Domerg, attente, attempts, plus tentative qu’attentat de gamin « forban » – au sou-venir que gauchit un survenir tenace. « Pour toucher davantage / au réel [dans] la rage d’y parvenir », des vers inversent en escalier un decrescendo : rage, for(ç)age, fors âge. Aux « souvenirs courts, exempts de remords », tout en saccades visuelles ; aux « récifs à fleur d’eau ; de peau » où la mémoire prend ô, en porte-à-faux elle chavire, traquée à fleur de flottaison dans ses œuvres vives – décrué d’espace-temps celui à trois dimensions où l’œil excelle.

Aveu d’un « répertoire de sensations plus que de souvenirs » : dans ce présent perpétuel vif-argent, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes entre soi et soi – un soi collectif, les souvenirs saisis à la troisième personne du pluriel d’une « ribambelle de gosses guillerets, tout à la joie d’être ensemble », « captifs d’un regard ou saisis par la déflagration d’un sourire. Ce qui s’ouvre alors en eux ! » ; « l’émerveillement que leur procure l’île ». On ne perce pas l’écran des jours en porte-parole d’une fratrie de cousins, de compains. Dans ce jardin d’Éden manquent la pomme et le serpent et Ève n’est jamais évoquée, sinon comme féminin d’« île » ou comme dédicataire.

Mais j’ai mauvaise grâce à relever ces « quelques tulipes dans une forêt d’iris ». D’un tel bonheur d’un seul tenant, merveille d’anachronisme servi par une écriture du grain le plus contemporain, je ne trouve pas d’équivalent dans la littérature française mais dans la russe : Tourgeniev, et surtout Tolstoï : ce « garçon intelligent et bon » postulé dans Enfance, adolescence, jeunesse, que deviendra Pierre à la maturité de Guerre et paix. Je n’ai rencontré ce « très fort sentiment géographique », et un tel génie poétique de l’orientation, que chez Gracq, et sur la fin de sa vie seulement (Les Carnets du grand chemin, 1992), alors qu’il a enseigné la matière. Qui a connu le jardin d’enfance (« générateur d’une longue et vibrante imprégnation », « notre expérience essentielle, celle qui prévaut sur les autres ») en est irrigué, aimanté telle, illuminée dans Zarathoustra par le couchant de Nietzsche, la barque du plus pauvre pêcheur.

2 mars 2019

[Chronique] Olivier Domerg, La Méthode Vassivière, par Christophe Stolowicki

Olivier Domerg, La méthode Vassivière, Dernier Télégramme, Limoges, 2018, 208 pages, 15 €, ISBN : 979-10-97146-09-2.

Décrire, un arc de cercle, sa trajectoire, de sa personne non de son regard, décrire resté transitif dans un halo pronominal, décrire de toute sa personne concentrée dans le regard, corps et âme, âme corps, et cependant décrire le paysage, s’y immerger, s’en transfuser. Anti-Robbe-Grillet, décrire en vers (de prose), décalés, en strophes ajourées pleine page : serait-ce cela la méthode Vassivière ?

À jeux de mots d’enjeu brassé corps accord, Domerg lance ses boutades lettrées qui touchent à présent à l’essentiel. Venu le temps de dresser de sa vue, de sa vie le mode d’emploi ?

De sa vue, de sa vision, ce que visionne en clairvoyance un sens que son contexte abstrait en concrétudes. En contre-ut de tous ses dièses. Entre ce qu’il voit, ce qu’il conçoit et ce qu’il imagine, les lignes de force et de fracture. Tout ce que l’ouïe plutôt en appoint (« hormis les chants d’oiseaux / […] et les rameaux brisés », « le froufrou de leurs ailes / dans les futaies ») l’odorat (presque) passé sous silence, ont infusé dans le regard. Purs poèmes, imprimés sur le blanc immense d’un paysage ouvert – en regard de l’œuvre de George Oppen. En résidence d’écriture au Centre international d’art et du paysage de l’île lacustre de Vassivière, sur le plateau de Millevaches en Limousin – reliée toutefois au rivage par une route, pas le château des cent-vingt journées.

« Dehors, / une telle beauté. » « Un arbre et non rien » – on ne se pose plus avec Leibnitz la question des questions qui réfute la vanité des vanités. Pourquoi quelque chose plutôt que rien tombe sous le sens, sous l’essaim des sens que prodigue le sens premier, la vue. « Platonique du plateau », non tectonique des plaques ni sa mise à plat. Platonicienne de plain-pied aplanissant Socrate.

Où « un paysage s’approfondit / de colline en colline », « la lumière semble sourdre du vert, / de sa diffraction / et de la qualité de ses nuances », du « duvet moelleux de la vêture limousine » – en un hymne à la vivante clarté qui rappelle celui de l’œuvre de Matisse dans une autre géographie. « Les arbres s’écoulent // et l’herbe est comme de l’eau / le long de l’asphalte. » À plein être pénètrent quelques « pépiements tôt le matin ». « Le lac, // réserve du ciel / en condensé ».

À force de se diffuser dans un paysage ouvert sur le moutonnement de collines par delà un lac, de réinventer l’horizon, le regard décrit une ellipse géante dont remontent des phrases denses, non elliptiques, qui déplacent les pions du réel ; décrire devient l’acte même d’écrire ; quelque chose a bougé, il y a poésie, la tautologie se fait suivant l’étymologie.

« Tu lançais ta ligne tels ces pêcheurs / le paysage prenait ou pas ». La relation au réel du poète démiurge s’est inversée, a tourné en caillé généreux, de cailloux de Poucet a semé l’itinéraire des saisons. Dans « les choses vêtues de ciel », « le lac éteint / couleur étain », au « Savoir incrusté / dans les collines massives », à « poèmes précis / comme le ciel bas », « Le mot / limpide comme les bois », « Yeux écarquillés comme les fleurs de cerisier ». En deux décennies d’écriture le paysage, ce vin vieux d’éternelle jeunesse, nectar cul sec dans l’ambroisie frayant son boyau entre deux talus, grand cru classé ou vin de soif qui désaltère l’inaltérable, a infusé en Domerg, pris de la bouteille, robe sépia ambrée de roux dans l’ambre gris du temps vécu, du temps retrouvé.

« Tu ne te perds pas dans la forêt, / c’est la forêt qui te trouve / perdu. » « Les arbres s’écartent ou cessent // et on débouche. » « L’abstraction, / tel un zoom avant. » « Toute cette enfance enviait / la rumeur de la forêt et du lac. » Deux mois d’immersion.

Des nombreuses citations de George Oppen qui parsèment l’ouvrage, peu ressortent (« le vide de voir » rapporté à la plénitude des choses), beaucoup rappellent du déjà lu.

4 décembre 2018

[Chronique] Olivier Domerg, En lieu et place, par Christophe Stolowicki

Olivier Domerg, En lieu et place, postface de Michael Foucat, L’Atelier contemporain, juin 2018, 142 pages, 20 €, ISBN : 979-10-92444-69-8. [Après Guillaume Basquin, c’est au tour de Christophe Stolowicki de rendre compte de ce livre fascinant].

La photographie de couverture (de Brigitte Palaggi), d’un fauteuil (de jardin public ? de café attenant ?) campé sur les pavés déserts de ce qu’on imagine une place, annonce la couleur (en sépia & sépia) – d’un surréalisme dans son cliché si entré dans les mœurs sinon désuet, qu’un parti pris des choses le bouscule négligemment, le chosifie, Dali revu par Magritte.

Olivier Domerg incarne à l’imperfection dans la poésie contemporaine le retour en grâce du décrit, du narré sur le motif, du gravé dans l’œil intérieur autant qu’externe, dans l’œil doté des vertus de l’oreille, dans l’œil vertigineusement éveillé. Il est un Ponge qui éponge la sécheresse de son devancier. Tant dans les circonvolutions carrées de New York que cérébrales de la Sainte-Victoire, il est un Van Gogh à Cézanne, un hyperréaliste fougueux, un voyant visionneur dans son viseur happant à tours de langue la nature tant citadine que cyclopéenne paysagée.

Est venue l’heure de théoriser un peu (si peu) le thésaurisé (en vingt-sept ans) à foison d’or ni car, de jaser, de jazzer en Argonaute d’une mer intérieure, urbaine ce coup-ci.

D’envergure titanesque un petit chose adresse aux choses sa « supplication muette », en la cause de la cause qui les a faites choses. En quinze mouvements et un final entrecoupés d’oratorios, « la liesse est cuite », la messe amissa est au nord d’une boussole hors sol. À Charleville-Mézières ou à Nevers, any never hors de ce monde. Comme carrefour aboli exponentiel la place met en place « En premier lieu, le lieu. / En second lieu, le lieu » – comme tout immobilier qui se respecte et la Ville et fort peu ses clients vante en premier le site, en second le site et en son tout la situation, la si tue action.

(Nevers fausse piste, autre fief du duc Gonzague qui a fondé Charleville en 1606.)

Où théorisation est fête de l’esprit, appelant prose sur prose, et quelques départs de poème ou chutes en parachute ouvert à bout touchant. Où théories procèdent et processionnent à grands écarts de ce qui a désormais remplacé la philosophie. La verve lettrée de Domerg si contagieuse que d’yeuses dépeuplée la Ville à ses lecteurs anime une langue détourée à sa main d’un siècle à pognes.

Il en est de plus célèbres, munificentes ou condamnées. Celle de l’étoile sur une poitrine juive. Pourquoi s’étendre sur le hasard (résidence d’écriture) qui a conduit Domerg à élire cette place Ducale en Ardennes, en pente de sa prison à son palais fictif, lyre de ses élytres à soulever la chitineuse carapace – cela seul qui importe emporte sa vision sur tapis volant en son fébrile lieu.

De cette place dans son placet en quête « moins des virtualités géométriques que de celles, plus impures et disharmoniques, de la métrique “moderne” ». Développant en coda d’une démonstration visuelle et sonore lourdement, répétitivement rimée, en performance du contraste maximal obtenu entre l’abstrait d’équation et le dispositif verbal – d’abyme en abyme une poétique de la plus intense poésie.

Fort de la liberté de désécrire comme on déconstruit (« la place, qui enjambe un bras du fleuve […] la phrase n’a que faire des lois de l’anatomie, elle se soucie, en revanche, beaucoup plus de la syntaxe de la Meuse »), désécrire superlatif de décrire qui convulse le frelaté de relater et met dans sa poche Michel Leiris ; didactique si ses dactyles ne lissaient l’aire – « au ras du pavé, là où d’autres n’ont cessé de le battre » – ; déhanchant de proses le décalé conclusif en faconde que fécondent ses réticences aux tapageurs musiques et flonflons, et du carrousel « les échos fanés de […] bande-son » ; dans l’opulence en fer de lance d’une Histoire qui tourne court, « pissant de l’intempestif à jet intermittent ou dru », Domerg retourne en chausse de non-lieu toute épithète de poésie.

Maître d’un art nouveau qui à la pointe sèche grave dans l’aigu, humain, trop humain, le paysage minéral et peint à la détrempe de siècles – quatre – le chaos urbain, noyant dans l’eau du bain d’algues d’impacts le pacte social dont s’allège la poésie.

En « instance de l’intense », en « fugue traversière » d’une « clairière de ville », en symphonie de justes outrances au gré d’une respiration – célébrant jusqu’à la cohue automobile (« complexité du bruit […] ralentissements, freinages, brusques arrêts et relances […] / Et aussi ceux couplés […] de ce qui chuinte et crépite […] lorsque les pneumatiques collent à la pierre ; aux ressauts et reliefs nombreux des pavés. / Être devant la place comme devant une p(l)age musicale ») : à force de pianoter, trompeter sur la vue et l’ouïe, illusionniste évacuant la puanteur.

Chantre d’une ville haute surplombant de ses quelques siècles tout « l’anarchitectural contemporain », de son blues il invite à « jouir de l’aire du Temps », à « tutoy[er] la liberté rendue, la liberté montée à crue, la liberté qui rue. »

28 septembre 2018

[Chronique] Olivier Domerg, En lieu et place, par Guillaume Basquin

Olivier Domerg, En lieu et place, postface de Michael Foucat, L’Atelier contemporain, juin 2018, 142 pages, 20 €, ISBN : 979-10-92444-69-8.

Je lis de moins en moins les pré- ou postfaces ; ce ne sont le plus souvent qu’argument de vente et/ou plus-value marketing, voire « image de marque » (si le préfacier est prestigieux). Ici, dans ce « plus-que-vingtième » livre du poète Olivier Domerg, Michael Foucat va carrément jusqu’au contresens, écrivant : « Pour autant, si cette place n’est pas n’importe laquelle, elle vaut et vaudra pour toutes les autres. Et ce livre, parle et parlera, à travers elle, de toute place. De toutes les places. » Confondrait-il valeur d’usage et valeur marchande ? Que non ! Ce livre, comme quasiment tous ceux de l’auteur, est celui d’un arpenteur dont le beau souci est donc de « mesurer une terre » bien précise : celle-là, et pas une autre (1) ! À l’instar du cinéaste-photographe Christian Lebrat dans ses Rubans photographiques (fig. 1), Domerg semble vouloir rendre un lieu jusqu’à son épuisement (symbolique et illusoire (« Le naufrage d’une telle entreprise dans la durée »)). Autrement dit : faire rendre gorge au réel. Que rien ne leur échappe. Jusqu’à créer une mythographie du lieu (voir les nombreux essais d’Olivier Domerg sur la montage Sainte-Victoire). Rien n’a eu lieu que le lieu, disait le poète ; ainsi chez Domerg :

La Charleville-Mesure
de la place Ducale ;

autant dire, cette RESPIRATION,
qui en est la marque
& la signature

Car oui, ce livre de Domerg est une réponse à une invitation de Julien Knebusch et « ARTIFICE poésie » à écrire autour du paysage des Ardennes en novembre 2013. Fidèle à son habitude/habitus, le poète-arpenteur qui déclare écrire sur ou dans le paysage s’est placé devant la place Ducale de Charleville-Mézières, voire au-devant d’icelle (fig. 2). Cela donne, par exemple, ceci : « La grande respiration visuelle, architecturale et urbaine, que l’on rencontre et ressent ici, sur cette place, à quelque endroit de sa surface où l’on se tienne, dos au côté ou à l’angle le plus proche, se délectant littéralement de cela, pour lequel on s’arrête, en pivotant lentement, très lentement même, pour bien se laisser le temps de s’en pénétrer, de s’en imprégner, tandis qu’on l’embrasse progressivement du regard. » (Toute ressemblance avec l’art et la méthode de Christian Lebrat en ses rubans photographiques qui entourent (embrassent) littéralement le paysage choisi pour l’embaumer (comme une momie) d’une bobine de film Kodak 125, serait totalement fortuit…) Il faut « être lucide et précis en cette affaire » pour « exhausser » la place, voire la « parfaire », et afin de l’ancrer et l’incarner « sensiblement, pour nous, dans la matérialité des jours et du visible ». Les travaux et les jours… Ô vous dont les chants immortalisent !

On n’a pas encore dit que ce livre est composé d’un prologue, de quinze mouvements, et d’un épilogue (ou final) : c’est une symphonie, LA Symphonie d’une grande place : la Ducale de Charleville-Mézières. C’est un « agoratorio », nous dit le poète. « Le tempo de la place, sa mesure, cette construction jazzistique du thème et de ses variations, cette architecture de l’élan et du rythme, ce hymne à l’horizon, à l’improvisation » : Olivier Domerg aurait-il construit (composé) un équivalent écrit à Berlin, Symphonie d’une grande ville, ce film 35mm de 1927 de Walter Ruttmann ? Son texte fait-il image ? Allez-y voir par vous même, si vous ne voulez pas me croire !…

(1) C’est une question de la plus haute importance pour quiconque a vraiment écouté Jean-Luc Godard : « Dans un roman, une maison ou une personne tient entièrement sa signification de l’écrivain ; sa vraie signification est bien plus grande, gigantesque, elle est d’exister ici et maintenant comme aucun personnage d’imagination ne peut exister » (in For Ever Mozart, film 35mm de 1996).

Titre des illustrations :
– fig. 1 : Piazza de Ferrari (Gênes), 1978 © Christian Lebrat
– fig. 2 : Carte postale ancienne de la place Ducale de Charleville © La Cigogne

4 mai 2018

[Chronique] Olivier Domerg, Onze tableaux sauvés du zoo, par Christophe Stolowicki

Olivier Domerg, Onze tableaux sauvés du zoo, Atelier de l’Agneau, Limoges, mars 2018, 108 pages, 16 €, ISBN : 978-2-37428-012-7. [Christophe Stolowicki sur La Sainte-Victoire de trois quarts]

La Sainte-Victoire, « serpent de terre » d’un éternel resurgissement, propriété inaliénable de Domerg que seul Cézanne peut lui disputer ; gamin il y courait ; altière qu’une pollution altère, allitère, entame ; toute en « nervures variqueuses », par son aridité minérale réchappée de l’autre pollution, celle des « folliculaires » et photographes « sur le poncif », en onze tableaux sauvés du zoo et de l’ô touristiques.

 

Le paysage, ce que d’humain, trop humain, surhumain il recèle ou décèle ou descelle quand l’aplat, quand la plaque tectonique se reconstitue. La Sainte bien en bouche, articulée à pleins caillots, une trigonométrie de la montagne traque de grand angle son à pic. Seule la poésie peut décrire d’un corps d’haleine la courbe, l’arc, l’angle obtus ou diffus, l’objet transitif premier, en prosimètre, en prosiprose, en pause à pose d’instantanés, en multipliant les points de vue, par le flanc, par le travers, vu d’avion, en « répliques » non sismiques d’un théâtre muet, en zoom avant à deux temps comme Xavier Dolan.

 

Excessivement, exquisément monstratif, bonimenteur brassant tout l’interjectif trivial et « le stupre métaphysique », de truculence ontologique millimétrée ; pamphlétaire, sa puissance verbale tenue en réserve, qui sporadiquement irise, arase la roche dure, marée l’amarre à la passion, l’articule au plus explicite, au plus offrant, au plus friand, au plus friable ; d’(hy)performance perforant l’abrupt ; alternant prosaïques vers et prose à son avers, à son adret, à son endroit au droit de ses falaises, de ses à pics & colegram ; dans une double page remontant deux goulets, deux cheminées entre crochets ; la mise en ligne vers à vers décalés imitant les vaguelettes d’eau croupie ainsi sauvée des ô ; tout en déferlement de paronomases vécues, d’approximations déboîtées, d’émaux de calcaire, de cals qu’errements lissent en délice ; à l’imparti des mots parti pris pour la cause, surmultiplicateur de Ponge épris, réconciliant les mots et la cause à l’accore d’accord primordial, le visuel et le verbal se renvoyant la balle.  

 

À l’énorme volume de La phénoménologie de la perception de Maurice Merleau-Ponty qu’on fait lire aux petits, je préfère quelques pages de ce Domerg ; les gens sérieux, qui ne savent pas lire, préfèrent Merleau-Ponty ; Domerg voit, parle & pense d’un même mouvement quand M.P. pense en aveugle, d’où son jargon ; le poète apophatique dans sa démonstration. 

5 avril 2018

[Chronique] Olivier Domerg, Treize jours à New York, voyage compris, par Guillaume Basquin

Olivier Domerg, Treize jours à New York, voyage compris, avec treize photographies de Brigitte Palaggi, Le Bleu du ciel, Libourne, 2003 ; rééd. hiver 2017-2018, 164 pages, 15 €, ISBN : 978-2-915232-04-0.

Ce livre, qui est une réédition (première édition en 2003), est présentée comme un « événement éditorial » par son éditeur ; voyons ça.

Ayant écouté une émission de radio avec l’auteur sur France Culture à l’occasion de la sortie aux éditions de l’Arpenteur de Portrait de Manse en Sainte-Victoire molle, en juin 2011 (Ça rime à quoi, avec Sophie Nauleau), j’ai tout de suite senti (si j’avais lu ce livre, j’aurais écrit « retrouvé ») l’arpenteur chez Olivier Domerg. Arpenteur de la Montagne Sainte-Victoire ici, arpenteur des rues de New York là-bas. « Arpenteur » : Agent dont la tâche est de mesurer et d’arpenter les terres, de faire des relevés de terrain au moyen de certains instruments de mesure et d’optique, dit le dictionnaire. Dès les premières pages, l’auteur arpente l’aéroport de départ de son voyage vers New York, Marseille Marignane (c’est ainsi que l’on doit comprendre son sous-titre, « voyage compris »). Son instrument n’est pas optique (nulle caméra ici) ; mais c’est tout comme : sa plume en a la précision sans pathos, quasi documentaire : tout est décrit avec une précision extrême, au plus près du corps de l’écrivant (« Quelques détails travaillés très près du corps », nous dit l’un des sous-titres (extrêmement importants dans ce recueil, qui n’est « pas un journal de voyage », mais un relevé d’apprenti)). Ainsi, durant le survol du Groenland, durant la 2e étape du voyage, de Munich à New York : « l’aérodynamique n’est plus ce joli néologisme mais le point de résistance (point d’échauffement, point critique), de frappe, de brûlure (coefficient de pénétration dans le réel) […] plus tard, au-dessus du groenland, sensation de glace sur les ailes… » Tout est enregistré avec l’indifférence objective d’une caméra : « je reviens sur les moments qui suivent le décollage […] / très vite […], la baie de marseille et les îles du frioul (cailloux posés à plat, sur les eaux étales), plates, sans relief, l’estaque, la joliette, l’étagement de la ville […]. puis, dans un éclair, la barre rocheuse de la sainte-victoire rutilante au soleil. » Petites touches posées à plat. Comme LE peintre de ladite montagne, Cézanne. Peinture en aplats. Sans profondeur. Petits coups de plume-couteau pour forer le réel. Termes techniques, très précis, sans fioritures. On est loin, loin des « descriptions mièvres ou kitsch » que la littérature a produites à foison quant aux voyages aériens (si grandiloquentes, souvent) ; ainsi, « atterrir, c’est passer séance tenante du mythe à la réalité ». Et la réalité première du sol américain, c’est l’argent, la « monnaie locale » : « mise en garde sur les taxes (à ajouter mentalement pour connaître le prix exact) […] commencer par là, l’élément le plus prosaïque. en faire quelque chose : une phrase. » (Cette phrase.) « premier dépaysement : la monnaie. payons pour voir. » (Le livre coûte 15 euros, c’est « rien ».)

Les premières impressions de l’écrivain à New York sont les bonnes : la ville est une grille ; Domerg rejoint ainsi, sans le savoir (mais peut-être le sait-il ?), les théories du plus fameux théoricien de l’urbanisme de la Big Apple, Rem Koolhas : « Manhattan is a Grid […] and it turns into a dry archipelago of blocks » (Delirious New York, The Monacelli Press, 1978). Mais il y a plus : Koolhas écrivait de son livre qu’il était un « simulacre de la Grille de Manhattan » : « a collection of blocks whose proximity and juxtaposition reinfore their separate meanings ». Ainsi, le livre de Domerg : chaque « action (ou poème) » renforce l’architecture de la ville en archipels : « blocs des blocs des blocs brique des blocs de brique / chaque pâté d’immeuble s délimité par une rue chaque rue coupée par une avenue perpendiculaire à elle chaque avenue elle-même parallèle […] à d’autres avenues coupant elles aussi d’autres rues (parfois les mêmes) des rues elles-mêmes constituées d’une succession de pâtés d’immeubles lesquels (on l’aura compris) sont formés de blocs de briques rouges etc. » ; quand ce n’est pas la forme même du livre qui devient une métaphore de la grille new-yorkaise : ainsi, pages 28 à 31, le texte s’insérant dans des carrés ou damiers ; ou bien, pages 69 et 70, le texte devenant vertical tel un gratte-ciel, et zébré de « Z » rappelant les escaliers de secours des iron buildings de SoHo.

Treize jours à New York devient une tentative d’épuisement documentaire d’un lieu ; cela semble impossible de « rendre » la ville (« Faudrait être en mesure de restituer la multitude des lieux rues altitudes architectures ; la bigarrure des populations ; l’étendue saturée, le gigantisme de la ville »), ou alors « sur un mode mineur », par une succession de petites touches plates alla Cézanne, travaillées (« très près du corps ») comme un synopsis de film, en séquences (« séquence A – Le montreur de serpent » ; « séquence F – Le dormeur de la promenade ») ; et pourtant, Domerg, faisant œuvre anthropologique, comme autrefois Raymond Depardon dans Correspondance new-yorkaise (éd. de l’Étoile, avec un texte d’Alain Bergala), y arrive malgré tout : il nous fait très bien sentir que « le pouvoir (la puissance) s’[y] mesure à l’aune de l’altitude atteinte et de la montagne de dollars engloutis » ; il a vu que la « devise en vigueur » dans la ville est le calcul : « on calcule tout, car tout peut être calculé […] tenez, même pour circuler, on comptera en “rues” et en “avenues” ! » La différence entre le livre de Depardon et celui de Domerg, c’est que dans le livre de Depardon, il y avait un équilibre entre les images et le texte, l’un complétant l’autre, dialoguant ; là, chez Domerg, le texte a tout phagocyté, puisqu’il est déjà comme un film (documentaire), avec ses poses dans des squares, loin du bruit et de la pulsation de la ville, sa « traque du ciel entre les tours » ; et c’est alors que les photographies de Brigitte Palaggi semblent impuissantes à rajouter au texte, devenant de simples faire-valoir (au nombre de treize, comme le titre, c’est à noter). Le topographe fau(x)tographe, avec sa suite de prises et re-prises (comme dans son sous-chapitre « (ré)action (ou remake) n°7 ») comme autant de relevés topographiques, a éclipsé la photographe (de toute façon, « la répétition de l’image [de New York en particulier] annihile sa teneur ») ; sa méthode « PerecPonge » (« s’exercer à / noter le “déroulé banal” / de ce qui arrive et de ce qui est ») a rendu l’image superfétatoire : les « formes sensations matières » sont écrites : « pavés de lignes, morceaux de prose ramassée, phrasées en tas, vers disséminés ou coulés dans la masse, lambeaux de fresque ; du fragmenté palpable […], inachevé, et sans doute, inachevable. » Comme ce texte, qu’il me faut pourtant décider de couper ici.

11 février 2018

[Livre – chronique] Olivier Domerg, La Sainte-Victoire de trois-quarts, par Christophe Stolowicki

Olivier Domerg, La Sainte-Victoire de trois-quarts, La Lettre volée, Bruxelles, automne 2017, 120 pages, 18 €, ISBN : 978-2-87317-502-3.

Domerg a la veine calcaire, rocheuse, tarpéienne. Une Sainte-Victoire à son nom lève de demi-profil, de trois-quarts dos, son étendard de solitude, la savante, l’immergée dans le levant, la petite sœur des riches des réseaux sociaux de la poésie. La solitude vue comme un métier de vivre, descriptif, programme son charme sans alarme, contreforts et soubassements basculent dans le maculé. « Le bellâtre, le bleuâtre du lointain » quand « la ligne bleue déroge » et que « La Sainte, plus claire, se découpe sur l’horizon », savent en dérogation expresse dévoyée déployer leurs couches de repeint. Ceux dont les pics tutoient l’enfer du ciel ne savent que récrire, brosser de toutes leurs époques un sempiternel tableau, ne savent plus parler ; à l’encontre de son œuvre habituellement intense (« pour toute poétique et pour toute morale » scandait-il dans Le temps fait rage paru il y a deux ans), Domerg affiche ici sa profession : poète, s’y réserve de beaux jours.

31 juillet 2017

[News/Livres] Libr-vacance (1)

Voici de quoi réussir votre mois d’août : deux festivals à ne pas manquer ; notre Libr-sélection (5 livres présentés) ; LC a reçu, lu et recommande 25 livres.

Libr-événements

â–º Du 1er au 5 août 2017, festival TOURNEZ LA PLAGE à La Ciotat. L’Art Hic&Hoc lance cet été son tout premier festival d’écritures contemporaines : l’événement se déroulera donc simultanément avec le festival de Jazz.
Les événements se dérouleront entre La Boutique, Le Cercle de La Renaissance, la Place Gauthier, La Librairie "Au Poivre d’Âne" et l’angle de la Rue Foch (Arnoux).

On pourra apprécier/découvrir les œuvres de nombreux artistes locaux :
Stéphane Nowak Papantoniou, Julien Blaine, André Robèr, Maxime Hortense Pascal, Claudie Lenzi, Eric Blanco, Nadine Agostini, Cédric Lerible, François Bladier, Patrick Sirot, Lili le Gouvello, Françoise Donadieu, Frédérique Guétat-Liviani, Laurence Denimal, Dominique Cerf, Olivia Rivet (exposition à la Boutique) ainsi que Cassandra Felgueiras, Caroline Derniaux et Zagros Mehrkian, étudiants à l’École Supèrieur d’Art de Toulon, et l’association "Lignes de Partage".

â–º Le Bruit de la Musique #5, Festival d’aventures sonores et artistiques, du 17 au 19 août 2017 à Saint-Silvain-sous-Toulx, Toulx-Sainte-Croix, Domeyrot et La Spouze (Creuse) : avec notamment Laurent Bigot, Lionel Marchetti, Arnaud Paquotte, Sébastien Lespinasse… Pour plus d’informations : ici.

Libr-sélection /FT/

â–º Bohumil Hrabal, La Grande vie, poèmes 1949-1952, traduit du tchèque par Jean-Gaspard Pálenicek, éditions Fissile, Les Cabannes (09), printemps 2017, 136 pages, 24 €, ISBN : 978-2-37171-019-1.

Retour aux origines de l’œuvre, c’est-à-dire à la poésie : "Parce que la société moderne s’est accoutumée aux sensations et aux singularités, le poète mourant se fichera ses lunettes dans le cou et filtrera sa vie à travers le verre embué" (p. 43)… Des formes variées retenons "SUPERSEXDADAISME ?" : "Recherchons vacanciers bénévoles / Séjour payant à Founetainebleau / Entrée génitale amaigrissante" (63)… La belle vie, en somme !

â–º Yoann Thommerel, Mon corps n’obéit plus, éditions Nous, Caen, hiver 2016-2017, 80 pages, 12 €.

Le lecteur est averti : "Il serait bien plus prudent de voir dans ce fatras graphique la manifestation de troubles réactionnels sévères, une forme de défense face aux exigences d’application et de lisibilité imposées par la norme, un poème-refus, allant à l’encontre du modèle attendu" (p. 33). De façon symptomatique, dans ce poème-refus, le corps refuse d’obéir… Un corps qui est lieu de vie, d’envie, d’ennui… lieu de tentation consumériste… et de poésie ! Une poésie litanique et visuelle.

â–º Alain Jugnon, Artaud in Amerika. La Place de la femme dans le plan américain, Dernier Télégramme, Limoges, mai 2017, 80 pages, 12 €.

Ce cinémArtaud met en scène quatre "personnages conceptuels" : "La dame de Shanghai ou Rita Hayworth, André Bazin, Orson Welles et Antonin Artaud". Ces voix se mêlent à celle de l’essayiste pour évoquer/analyser avec brio, entre autres éléments passionnants, telle image-cristal, la langue jaune du fascisme, le rôle de "la femme blanche chez Welles et Artaud" : "c’était la révolution permanente à l’écran et en direct" (p. 69)…

â–º Michel Deguy, Noir, impair et manque, dialogue avec Bénédicte Gorrillot, Argol, coll. "Les Singuliers", hiver 2016-2017, 292 pages, 29 €, ISBN : 978-2-37069-012-8.

Quel animal est donc Michel Deguy ? Détour par l’œuvre de ce poète et revuiste qui figure parmi les écrivains contemporains les plus importants, dans un dialogue dense et intense avec une spécialiste du genre. Une nouvelle pièce de choix dans cette superbe collection qui associe entretiens, inédits et documents divers. Clôturée de fort belle manière par un abécédaire signé par l’auteur lui-même.

â–º Carole Aurouet, Prévert et le cinéma, Les Nouvelles éditions, avril 2017, 128 pages, 10 €.

En quatre chapitres, la spécialiste de Prévert évoque la poésie cinématographique de l’illustre écrivain qui était fasciné par les burlesques américains et par Fantômas : les ciné-textes des années 20-30, son cinéma visible (les grands films des frères Prévert et de Carné/Prévert) et invisible ("scénarios détournés", c’est-à-dire qui n’ont pas abouti à des films tournés). Humour et détournement surréaliste au programme ! Sans oublier que Carole Aurouet a su faire revivre pour nous tout un monde fascinant.

LC a reçu, a lu et recommande

♦ Christian PRIGENT : Chino aime le sport (P.O.L, juin 2017, 176 pages, 18 €) et Ça tourne, notes de régie (L’Ollave, coll. "Préoccupations", été 2017, 70 pages, 14 €) ; La Contre-Attaque, éditions Pontcerq (Rennes), printemps 2017 : dossier Prigent, p. 65-73 et 127-194. [On pourra découvrir leur présentation fin août sur le blog Autour de Christian Prigent]

 

♦ Pierre Bergounioux, Esthétique du machinisme agricole, suivi de Petit danseur par Pierre Michon, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), été 2016, 48 pages, 13 €.

♦ Eric Brognier, Tutti cadaveri, traduit de l’italien par Rio di Maria et Cristiana Panella, L’Arbre à paroles, Amay (45), juin 2017, 48 pages, 10 €.

♦ Hervé Brunaux, Homo presque sapiens, éditions PLAINE Page, Barjols (83), coll. "Connexions", 2015, 44 pages, 5 €.

♦ Rémi Checchetto, Le Gué, Dernier Télégramme, Limoges, printemps 2017, 64 pages, 10 €.

♦ David Christoffel, Argus du cannibalisme, Publie.net, printemps 2017, 104 pages, 12,50 €.

♦ Claro, Crash-test, Actes Sud, août 2015, 236 pages,19,50 €.

♦ Olivier Domerg, Rhônéo-Rodéo, poème-fleuve avec quinze photographies de Brigitte Palaggi, Un comptoir d’édition, Sainte-Eulalie en Royans (26), juin 2017, 144 pages, 15 €.

♦ Jacques Dupin, Discorde, P.O.L, édition établie par Jean Frémon, Nicolas Pesquès et Dominique Viart, juin 2017, 240 pages, 23 €.

♦ Frédéric Forte, Dire ouf, P.O.L, mai 2017, 96 pages, 11 €.

♦ Mihàlis Ganas, Marâtre patrie, traduit du grec par Michel Volkovitch, Publie.net, 2017, 80 pages, 13 €.

♦ Jean-Marie Gleize, La Grille, Contre-Pied (Martigues), coll. "Autres & Pareils", hiver 2016-2017, 32 pages, 4 €.

♦ Mary Heuze-Bern, Rendez-vous à Biarritz, éditions Louise Bottu (Mugron), coll. "Contraintes", juin 2016, 36 pages, 4,50 €.

♦ David Lespiau, Équilibre libellule niveau, P.O.L, mai 2017, 112 pages, 11 €.

♦ Patrick Louguet, Jean, Antoine, Mouchette et les autres… Sur quelques films d’enfance, Artois Presses Université, hiver 2015-2016, 268 pages, 20 €.

♦ Dominique Meens, Mes langues ocelles, P.O.L, novembre 2016, 384 pages, 21 €.

♦ Emmanuelle Pagano, Sauf riverains, Trilogie des rives II, P.O.L, janvier 2017, 400 pages, 19,50 €.

♦ Dominique Quélen, Avers, éditions Louise Bottu, Mugron (40), mai 2017, 116 pages, 14 €.

♦ Sébastien Rongier, Cinématière. Arts et Cinéma, Klincksieck, 2015, 252 pages, 23 €.

♦ Claude Royet-Journoud, La Finitude des corps simples, P.O.L, mai 2016, 96 pages, 13 €.

♦ Robine-Langlois, […], éditions Nous, Caen, octobre 2016, 96 pages, 14 €.

♦ Ana Tot, Méca, Le Cadran ligné, Saint-Clément (19), juin 2016, 72 pages, 13 €.

♦ Antoine Wauters, Nos mères, Verdier, hiver 2013-2014, 154 pages, 14,60 €.

 Bientôt sur LC…

De fin août à fin septembre, vous découvrirez, entre autres :

♦ Créations : Daniel Cabanis, CUHEL, Olivier Matuszewski, Mathias Richard…

Entretiens : Véronique Pittolo, Bernard Desportes, Claude Favre…

Recensions/chroniques : des spéciales sur Véronique BERGEN et sur Philippe JAFFEUX (à propos de leurs trois derniers livres)…
Vous attendent encore : Dictionnaire de l’autobiographie (Champion) ; La Poésie motléculaire de Jacques Sivan (Al dante) ; Patrick Bouvet, Petite histoire du spectacle industriel (L’Olivier) ; Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie (tentative d’autobiographie), La Lettre volée ; Sébastien Lespinasse, Esthétique de la noyade (PLAINE Page) ; Valère Novarina, Voix négative (P.O.L) ; Nadège Prugnard, MAMAE (Al dante) ; Sébastien Rongier, Les Désordres du monde. Walter Benjamin à Port-Bou (Pauvert) ; Martin Winckler, Les Histoires de Franz (P.O.L)…

28 février 2016

[News] News du dimanche

Ce soir, mars en vue : lectures au Vent d’ouest (Nantes) ; lecture-rencontre à Marseille avec M. Batalla et O. Domerg ; festival Expoésie ; HP process…

 

â–º Mercredi 2 mars à 19H30, à la librairie Vent d’ouest, place du bon pasteur à Nantes. Entre autres, lecture des textes de : Anna Kavan, Anne Kawala, Antoine Boute, Barbara Cassin, Baruch Spinoza, Comité invisible, Marguerite Duras, Marc Perrin, Michel Surya, Oscarine Bosquet, Nathalie Quintane, Virginia Woolf, Yannick Haenel…

â–º Jeudi 3 mars à 19H, librairie L’Odeur du Temps (35, rue Pavillon à Marseille), lecture-rencontre avec Michaël Batalla et Olivier Domerg (tél. : 04 91 54 81 56).

â–º Du 3 au 12 mars 2016, Festival Expoésie [voir le programme complet] à Périgueux, avec notamment Fabrice Caravaca, Rémi Chechetto, Anne-Laure Pigache et Gwénaëlle Rébillard… Exposition des éditions Dernier Télégramme. [Voir l’affiche en arrière-plan]

â–º Nouvelle création de HP Process (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier), ALPHA_LAB (digital performance)

ALPHA_LAB est une expérience d’écriture numérique ( installation et performance) sur l’infini combinatoire de l’alphabet, envisagé comme une matière donnant corps et forme aux discours et à la pensée, et comme un labyrinthe à parcourir grâce au son et au mouvement. Dans ce poème génératif et interactif, HP Process envisage les outils informatiques à la fois comme un microscope et un télescope afin de traverser les multiples dimensions du réel de l’infiniment petit vers l’infiniment grand.

Au sein d’une scénographie vidéo fragmentée, la matière textuelle et informationnelle, tel un organisme, repliée sur lui-même, statique et inerte, va se déployer pour trouver, dans sa complexification, des devenirs possibles et des architectures d’univers. C’est le corps qui se fera vecteur d’exploration et principe dynamique de cette géographie textuelle vibratoire, faites de mo(t)lécules et autres particules, de fragments et d’extraits de textes scientifiques, techniques, politiques ou philosophiques, et dont les mouvements nous conduiront à chercher de nouvelles trajectoires dans le dédale du sens.

Alpha-lab est une recherche sur la matérialité et la virtualité du texte et du langage, envisagé en tant que code et ensemble de données informationnelles.
Le réel étant constitué d’architectures complexes de discours et d’informations, de quelle façon pouvons-nous réagencer ces matrices et leur donner d’autres configurations ? De quelle façon pouvons nous rester vibrants au sein des systèmes de codifications et revivifier texte et langage ? Comment le corps peut-il être à la fois l’agent et le lieu de cette exploration infinie afin d’inventer de nouveaux agencements poétiques ?

♦ Festival VIDEOFORMES (Clermont-Ferrand)
17.03 _ Maison de la Culture _ 20:30

> plus d’infos

♦ Festival ZER01 _ festival des arts et cultures numériques 
(La Rochelle)

24.03 > 27.03Tour de la Lanterne
> festivalzero1.com

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