Libr-critique

3 juin 2010

[Libr-relecture] KILITO, Les Arabes et l’art du récit, par J.-N. Clamanges

Abdelfattah Kilito, Les Arabes et l’art du récit. Une étrange familiarité, Actes Sud, coll. "Sindbad", 2009, 23 €, ISBN 978-2-7427-8110-2.

Jean-Nicolas Clamanges

Voici un livre comme on en trouve finalement bien peu. Il plaira non seulement aux amateurs des Mille et Une Nuits ou à ceux qui cherchent un chemin vers la littérature arabe ancienne, mais aussi à tous ceux qui aiment que la littérature soit un secret sur un secret. C’est un essai dense mais limpide, où les problèmes de la culture lettrée arabe classique sont présentés dans la lumière de notre présent, au fil d’une dizaine de brefs chapitres écrits dans une langue simplement élégante.

Abdelfattah Kilito enseigne à l’université Mohammed V de Rabat. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont notamment : L’Auteur et son double (Seuil), Les Séances (Sindbad), sur un genre littéraire essentiel de la tradition classique arabe, L’Œil et l’Aiguille (La Découverte), un des plus beaux essais que j’aie jamais lus sur les Mille et Une Nuits, et Dites-moi le songe (Sindbad/Actes-Sud) ; il est aussi l’auteur d’un roman : La Querelle des images (1985) et d’un recueil de nouvelles qui sont publiés au Maroc. Les Arabes et l’art du récit poursuit une réflexion sur quelques chef d’œuvre de la littérature arabe ancienne envisagés tout autant dans leur portée au sein de leur propre culture que dans leurs rapports complexes avec le monde indo-persan et l’Occident. Il y est question de Kalila et Dimna (VIIIe siècle), du Livre des avares de Jârhiz (IXe siècle), du Collier de la colombe d’Inbn Hazm (XIe siècle), de l’indifférence constante des anciens lettrés pour les Mille et Une Nuits, des rapports de l’art d’écrire avec l’art du secret ou encore des connivences probables entre les procédés d’Harîri (l’auteur des Séances, XIe siècle) et ceux de Georges Perec. Le fil rouge qui relie cette méditation serait peut-être ce que l’épreuve de l’étranger révèle et occulte tout à la fois dans la culture littéraire arabe – un fil tressé à une intuition subtile de ce que comporte de paradoxal l’expérience littéraire, comme sorte de vocation fructueuse à la méconnaissance et au malentendu.

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