Libr-critique

21 avril 2016

[News] Libr-brèves

Libr-brèves très variées avant même ce week-end : S. Courtoux à la radio ; le site d’E. Msika ; des nouvelles des Vents d’ailleurs ; rencontres à lire de Dax ; soirée "Ici poésie" à Caen ; soirée Gruppen

 

â–º On écoutera la première émission radio de Sylvain Courtoux sur Soundcloud : "Les Poètes-vestiaires"

â–º On découvrira avec beaucoup d’intérêt le site d’Edith Msika.

â–º Des nouvelles des Vents d’ailleurs

♦ On découvrira bientôt le deuxième roman de Khaled Osman, La colombe et le moineau (à paraître le 26 avril), le recueil de poésie Mon nom est aube d’Abdourahman Waberi (10 mai) et les nouvelles Un passe-temps pour l’été de Martin MacIntyre, traduites du gaëlique et de l’anglais par Scadi Kaiser (26 mai).
♦ RV avec Bernardo Kucinski aux dates suivantes :
– Mercredi 27 avril à 20 h chez Tschann Libraire en présence de Jean-Pierre Orban (directeur de collection « Pulsations »), Antoine Chareyre (traducteur) et Leonardo Tonus (université Paris-Sorbonne) : 125 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (métro Raspail ou Notre-Dame-des-Champs).

– Dimanche 1er mai au Festival du Premier Roman organisé par Lecture en tête et parrainé par Yahia Belaskri : place de la Tremoille, 53000 Laval.
– Lundi 2 mai à 19 h à l’université Paris-Sorbonne, rencontre animée par Leonardo Tonus en présence de Antoine Chareyre et Jean-Pierre Orban.
En raison du plan Vigipirate et de l’état d’urgence, l’accès à la rencontre est uniquement autorisé aux personnes inscrites. Merci de bien vouloir vous inscrire en cliquant ici info@ventsdailleurs.com
amphithéâtre Chauchy, escalier F, 3e étage, 17 rue de la Sorbonne 75005 Paris
– Mardi 3 mai à 20 h Kathleen Evin reçoit Bernardo Kucinski dans son émission L’humeur vagabonde sur France Inter.

 

â–º Rencontres à lire, Dax : samedi 23 avril au Théâtre de l’Atrium, à 20H30 Jean-Michel Espitallier (poète et batteur) et Claude Barthélémy (guitariste) ; à 21H30, Marc-Alexandre Oho Bambé (poète slameur) et Jésus Aured (accordéoniste). Dimanche 24 à 15H : Frank Smith et Claude Barthélémy (hôtel de ville, salle René Dassé).

 

â–º Samedi 30 avril, à 17 h, à L’Artothèque – Espaces d’art contemporain, Palais Ducal, à Caen, l’association « ici poésie » proposera une lecture-rencontre avec Michaël Batalla, Charles Pennequin et Pascale Petit.

â–º Jeudi 5 mai, soirée organisée par la revue GRUPPEN à Paris.

21 avril 2015

[Chronique] Pascale Petit, Le Parfum du jour est fraise, par Bruno Fern

Ne nous fions ni à la couverture, ni au titre : Bruno Fern nous montre qu’il y a des fraises qui tournent au vinaigre…

 

Pascale Petit, Le Parfum du jour est fraise, éditions de l’Attente, coll. "Philox", avril 2015, 148 pages, 13 €, ISBN : 978-2-36242-052-8.

 

À force de feuilleter le livre, en tombe une carte de couleur rose où figurent quatre citations, les trois premières – dont le titre de l’ouvrage – étant issues de la série télévisée britannique The Prisoner1 et la dernière d’un album de Tintin, On a marché sur la Lune. La quatrième de couverture ajoute à ces références celle de L’Inquisitoire de Robert Pinget avant que l’on soit emporté dans une suite ininterrompue de consignes adressées par un nous – que l’on imagine désigner un jury qui demeurera indifférencié – à un individu dont le lecteur pourrait être un double.

L’objectif de la tâche est précisé d’emblée (« Vous allez avoir à construire un village. ») et ne peut évidemment qu’intriguer si l’on ignore que c’est là un test classique de personnalité2. Au-delà de l’allusion au village où le Prisonnier se retrouve retenu dans tous les épisodes, ce terme renvoie-t-il également à celui dit planétaire où chacun d’entre nous aurait la possibilité (technique) de connaître l’autre ? Car il s’agit bien ici d’acquérir la connaissance d’autrui, quel qu’en soit le coût. Au début, le ton des sujets supposés examinateurs se veut léger, rassurant et pédagogique à outrance par le recours à des répétitions qui frisent la tautologie, traduites dans un inévitable anglais basique : « La moitié droite est la moitié droite du village. La moitié gauche est la moitié gauche du village. L’entrée est en face de vous, la sortie est à l’opposé. The right half is the right half of the village. The left half is the left half of the village. The entrance is in front of you, the exit is on the opposite side.” Cependant, ce discours devient très vite inquiétant en raison de sa dimension normalisatrice et le malaise s’accentue quand, loin des prétentions originelles de clarté, l’énonciateur collectif s’empêtre progressivement dans le jargon d’une psychologie de management. D’ailleurs, le vernis finit par craquer en révélant les véritables intentions du discoureur : « Retenez qu’il s’agit d’un simple mode d’évaluation de vos capacités dans un climat de détente et de confiance en vue d’un diagnostic visant la meilleure utilisation et gestion de ces capacités au sein d’un système qu’il nous revient de rendre le plus efficace possible en même temps qu’il nous oblige à la mise en œuvre de certains moyens et méthodes dans un souci d’opérationnalité maximum. » De pseudo-bienveillante, l’ambiance tourne à l’intrusion tous azimuts (« Le moindre soupir, le moindre écart et nous débusquons, spécifions, quantifions, calibrons, classons, incorporons, assimilons, synchronisons. ») et au dressage comportemental dans les règles : « Vous devez être dé-ten-du, vous devez sentir votre corps s’apaiser, vous devez sentir votre respiration super-fluide. » Une fois le village censé être construit, commence un interrogatoire pour déceler le moindre défaut du cobaye, au moment même où le texte, lui, s’écarte de plus en plus d’une écriture normée – par exemple, en sortant des rails habituels de la syntaxe (« L’optimisation des fonctions n’est possible que par le contrôle et le renforcement des cadences, par l’enchaînement rapide des actions dans une harmonie maximum. Au sens de. Au sens de oui oui oui. Yes yes yes. We swim. […] L’axe é-ner-gé-tique qui.») et en accumulant les énoncés catégoriques jusqu’à saturation : « On ne dit pas que. L’important, c’est pas de participer. No. Yes. L’erreur est pas humaine : le fil rouge sur le bouton rouge et le fil bleu sur le bouton bleu. Les cris clouent pas le silence. » Peu à peu, les propos a priori rationnels se délitent tout en cherchant toujours à pénétrer plus avant dans l’intimité de celui dont on évalue les ressources (humaines) : les questions posées deviennent absurdes par décontextualisation (« Qui sait ? Qui con-naît ? »), en se focalisant sur des détails (« Que pensez-vous des plateaux-repas en général ? ») ou par impossibilité d’y répondre (« Pourquoi ou pourquoi pas ? » ou bien : « Mettez les mots qui manquent qui conviennent. […] Il vaut mieux mettre son … dans la … sans trouver de … que de trouver des … sans y mettre son … »). Le dérèglement de cette machine à dépersonnaliser est alors sensible jusque dans les pronoms qui désignaient les protagonistes et l’auteur multiplie les effets (de surprise), comme si l’ambiguïté fondamentale du discours initial (qui prétend favoriser l’épanouissement du candidat mais uniquement dans la perspective d’un meilleur rendement professionnel) ne pouvait que provoquer à la longue sa propre dislocation sur un infracassable noyau : « C’est une réaction typique de déclarer que tout va bien et qu’on désire rester seul. Dis-nous. Nous sommes là. Nous sommes là avec toi. » – ce qui permet au moins, en créant des espaces, de ménager d’éventuelles issues3.

Pascale Petit a donc plus d’un parfum dans son sac et propose ici un livre aux antipodes de ceux qui s’autoproclament politiquement forts mais sont parfois littérairement faibles, un livre à déguster même s’il laisse un goût doux-amer, tant la difficulté réside justement dans cet alliage réussi entre cette langue faussement soft qui, aujourd’hui omniprésente, tente de masquer la brutalité des rapports sociaux et son détournement grâce à une écriture où affleure souvent un humour efficace4.

 

3 « Non, ce n’était pas la liberté que je voulais. Une simple issue ; à droite, à gauche, où que ce fût ; […] » Rapport pour une académie, F. Kafka.

 

4 « Je ne plaisante jamais avec l’humour. » (Frigyes Karinthy) 

 

24 janvier 2010

[News] News du dimanche

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — rédaction @ 10:10

  Cette semaine découvrez : Programme d’Éric Arlix et de Simon Starling, Voyer en l’air d’Anne Portugal, et les objets poétiques publiés par Claudie Lenzi et Pascale Petit. Voir et lire sur le web : HAPAX. Découvrir et soutenir les éditions è®e. Découvrir le lauréat du Prix Hercule de Paris 2010.

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20 mai 2007

[LIVRE] Pascale Petit, Manière d’entrer dans un cercle & d’en sortir

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 8:40

pascale_petit.jpgManière d’entrer dans un cercle & d’en sortir, Pascale Petit, ed. Seuil, coll. Déplacements, 207 p. ISBN : 978-2-02-093053-6, 16 €
[site du seuil]
[site de François Bon présentant la collection Déplacements]
4ème de couverture :
Un éclatement de formes où interviennent des lettres, des phrases d’enfant, des descriptions d’objets scientifiques et des listes d’inventions à faire. Le monde : d’étranges jardins, parfois familiers, parfois fantastiques. Il ne s’agit plus d’un homme, d’une femme, et du témoin de leur relation, mais les personnages deviennent roi, reine, coiffeur. Un univers qui fait de notre quotidien le palais de notre relation à l’autre. En quoi le monde aujourd’hui modifie le plus élémentaire de cette relation d’un être à un autre. Pascale Petit n’invente pas de roman, ne décrit pas le monde, ne se réfugie jamais dans l’allégorie : elle met à l’épreuve ce qui nous lie à nos proches, dans le contexte le plus actuel de ce qu’est vivre aujourd’hui. F.B.

Pascale Petit a notamment publié Tu es un bombardier en piqué surdoué, aux éditions Bleu du Ciel en 2006, Salto Solo aux éditions L’Inventaire et des pièces de théâtre à L’École des Loisirs.

Premières impressions :
Pascale Petit, à travers cette relation triangulaire, du roi, de la reine et du coiffeur, explore non pas la relation directe, mais les relations possibles que chacun d’entre eux tisse aussi bien à eux-mêmes qu’aux autres. En effet, à travers leurs lettres, leur journal ou leurs messages, ce qui se constitue n’est pas le plan solide d’une mise en jeu relationnelle définissable, ni non plus un monde appréhendable, mais c’est l’indéfinissable des univers de chacun des protagonistes, qui sont pris, surtout pour le roi et la reine, dans l’impossible fixation de leur propre pensée et delà l’impossible de leur relation.
Ainsi on suit la multiplicité des inventions scientifiques et techniques du roi. Inventions relayées aussi bien par lui que par la reine ou leur témoin. Chacune d’entre elles, apparaît comme une mécanique plus ou moins absurde, aux fonctions parfois peu discernables. Et c’est bien tout l’univers de ce texte qui se révèle comme ces mécaniques : une forme d’assemblage mouvant, aux parties précises mais aux combinaisons précaires, que chaque protagoniste endure dans la solitude de sa propre parole.
Ce texte ne cherche pas tant à créer un univers qu’à montrer la fragilité des assemblages mentaux de l’humanité ici en jeu avec ces trois présences. La reine, femme, prise dans sa position de femme, qui tend vers le roi, toujours déjà absent, retiré dans l’amphithéâtre de sa pensée, obnubilé par lui-même, au point qu’il ne l’entende pas, de sorte que, comme elle l’écrit dans ses brouillons de lettre au roi : « Plus je vous appelle, moins je vous parle. Ce sont des cris d’appel qui signifient autre chose ». La reine prise dans les affres de ses désirs, notamment celui des enfants, qu’elle ne peut toutefois parvenir à imaginer, car tel que le dit le coiffeur : « Elle a essayé de compter tous les enfants qu’elle n’a pas eus. Mais elle n’y arrive jamais : »Ils bougent tout le temps, ils sont tellement vivants ».
Le roi, enfermé dans ses inventions, notamment son tricycle, élaborant un univers complexifié de poulies, de cordes et de ficelles, lui-même ne peut se saisir. Pris sans doute dans sa propre tentative d’agrandissement de l’espace, il ne peut maintenir son propre temps, le stabiliser dans ses souvenirs : « Il y a des cas où il est strictement impossible de pouvoir prendre des notes sur ce qui se passe dans sa propre vie & ce qu’on peut cependant recueillir s’avère parfaitement inutilisable. »
Ces univers donnés à lire par Pascale Petit sont ainsi non pas tant lapidaires, que fragmentaires, tout à la fois très concrets, et dans une certaine forme de dérive, où peu à peu ce qui insiste tient bien de la question de la relation, de sa possibilité : tout à la fois dans la parole et les secrets.
En lisant une première fois ce texte, m’est revenue une phrase de Godard, glissée dans Nouvelle Vague : « Les femmes sont amoureuses, les hommes solitaires ». Ce qui se noue et dénoue dans ces lettres destinées à l’autre, ces écrits donnés seulement pour soi, me semble entrer en écho avec cet énoncé. D’un côté une femme en tension vers l’homme et qui est submergée par son désir et l’univers en décomposition de ce désir toujours différé dans sa réalisation, et de l’autre la posture masculine du roi, tout à la fois ouvert à la reine, mais ouvert dans une forme de dénégation, au sens où toute relation du roi à la reine est inscrite dans une autre relation : celle qu’il a avec lui-même./PB/

27 mars 2007

[News de l’édition] Déplacements au Seuil, collection dirigée par François Bon

image-39.pngVient d’être présentée lors de ce salon du livre 2007, la nouvelle collection du Seuil, Déplacements, dirigée par François Bon. D’emblée, l’horizon est donné dans la plaquette de présentation : il s’agit d’une collection ouverte à l’expérimentation littéraire, et c’est pourquoi François Bon exprime le fait que le titre de cette collection est repris à Henri Michaux.
On le comprend immédiatement, et ceci par le pluriel qui marque le titre de la collection, il ne s’agit pas de marquer un mouvement, ou encore de faire école, mais bien de donner à lire, une diversité de lignes littéraires consistantes, qui peuvent tout à la fois se recouper et être hétérogènes.

Pour renforcer cette prégnance, François Bon a demandé à chaque auteur — ce qui est absent par exemple dans la collection Fiction & cie, dirigée actuellement par Bernard Comment et qui vient d’éditer Emmanuel Rabu dont nous avons parlé — d’écrire une postface libre qui vient expliquer, indiquer ou témoigner des enjeux d’écriture que l’auteur engage dans son texte. Ceci est à souligner, au sens où, il est vrai que certains textes parfois peuvent paraître se dérober de l’appréhension immédiate, mais aussi permet de comprendre comment, des enjeux littéraires interrogent notre monde, aussi bien politique, que social, technologique ou économique. On retrouve ici le souci de François Bon, qui s’indique dans le terme de contrer présent dans la présentation. La littérature comme lieu de mise en oeuvre et en crise de l’état du monde, en-deçà de ce que le monde et ses représentations conventionnelles représentent comme leur propre état.
De plus il va renforcer la présence de ces auteurs en leur laissant une place sur son propre site, présentant dès lors des travaux encours, ou de nouvelles voies explorées [tierslivre.net]
Livres prévus :

  • enfin on fera silence, Béatrice Rilos, 3 mai 2007.
  • manière d’entrer dans un cercle et en sortir, Pascale Petit, 3 mai 2007.
  • la loi des rendements décroissants, Jérôme Mauche, octobre 2007.
  • abadôn, Michèle Dujardin, octobre 2007.
  • où que je sois encore, Arnaud Maisetti, février 2008.
  • balayer fermer partir, lise beninca, février 2008.
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