Libr-critique

17 janvier 2021

[NEWS] News du dimanche

Ces premières NEWS du dimanche de 2021 donnent d’emblée le ton : offensifs l’édito et les textes de CUHEL comme de Tristan Felix ! Suivent, en ce temps de médiocre rentrée-de-janvier, notre sélection rigoureuse (LIBR-6), nos Libr-brèves et notre avant-dernière Libr-rétrospective de 2020

Édito

♦ On n’arrête pas le Progrès : des files d’attente et de la flicaille partout, couvre-feu*, angoisse devant un Ennemi invisible… ça nous change la vie : c’est vrai quoi, ça met un peu de piment dans les vies monotones de nos démocraties-molles…  Et puis, c’est inédit au moins, non ?!

* La seule différence avec 1942, c’est que cette fois il concerne tous les (néo)pétainistes – et pas seulement les juifs…


♦ Pour mieux deviner où va cette « France en Marche », on lira l’édito du n° 6 de COCKPIT voice recorder (novembre 2020), signé Christophe Fiat : « Si au printemps, lors du premier confinement, on nous encourageait à faire les Robinson Crusoé : « Robinson Crusoé ne part pas avec de grandes idées de poésie et de récit. Il va chercher dans la cale ce qui va lui permettre de survivre » a-t-on entendu lors d’une visioconférence en direct de l’Élysée, nous n’avons pas d’autre choix, à l’occasion de ce second confinement, que d’être des Don Quichotte. Voilà, le délire du personnage de Cervantès en quête d’aventures tout azimut nous semble plus « adapt頻 – terme d’une Novlangue inépuisable – à la réalité de notre époque que la clarté zélée du personnage de Defoe »…

♦ Pour bien commencer l’An neuneuf, chantons avec La Vie manifeste :

« L’Etat noie, noie l’Etat
il n’y a pas d’argent magique, il n’y a que de l’argent tragique

Déboulonnons le récit officiel
Police abolie, bientôt le paradis
Etranglons les étrangleurs
Télétravail pour les CRS »…

CUHEL, Ode au Coronnard 

Ô Coronnard le Combinard
toi qui n’es pas né de la dernière pluie
MERCI de nous rappeler que nous sommes cuits
Toi l’ultra-libéraliste tu aimes la Liberté
de circuler
pour nous parasiter
tu chéris l’Égalité (et surtout son Boulevard !)
et la Fraternité
pour mieux nous parasiter

Ô Coronnard le Vicelard
qui nous mène la vie hard
tu es le meilleur coach de l’apocalypse
ô vice oh hisse au supplice !

Ô Coronnard le Cognard
tu vas nous débarrasser de tous les nullards
qui nuisent à la sécurité des démerdards
qui empêchent de tourner en rond
notre immonde où seul compte le pognon
un pognon de dingues

Ô Coronnard
toi qui as grandi sur la litière de nos idéaux
sur le terreau de l’immonde expansion des néo-fléaux
toi l’avant-garde des néo-libéraux
pour rassurer les secturitaires
tu vas ramener l’Ordre sur la Terre
l’Ordre en Marche
celui des marchands
à qui profitera le Grand Réchauffement
À bas les sans-dents !
Et vive le Résident de la Réputblik
décoré de l’Ordre du ÇaProfite !

 

Les nouvelles aventures d’Ovaine, par Tristan Felix

Pour prouver son innocence, Ovaine braque une baraque à frites, en plein soleil. 

Le fritier, désormais client, s’enquiert :

– Où en est ton procès ?
– État stationnaire. Preuve que j’ai rien fait. Et toi ?
– Bah, j’ai pas de preuves que tu m’as tout piqué.
– Veux-tu que je témoigne en ta faveur ? J’ai tout vu, tu sais.
– Tu seras inculpée pour faux témoignage, laisse tomber.

Ovaine, émue, lui double sa dose de mayo.

Transporté par ce vent de solidarité, il demande une barquette géante.

Et de sa langue prélève les cristaux de sel éclatant d’une vérité nouvelle.

 

Libr-6 (Livres reçus : hiver 2020-21)

► Jean-Pierre BOBILLOT, Dernières répliques avant la sieste [notes sur le risible – II & III], éditions Tinbad, coll. « Poésie », 88 pages, 14 €.

► Sophie COIFFIER, Tiroir central, éditions de l’Attente, 88 pages, 11,50 €.

► Suzanne DOPPELT, Meta donna, P.O.L, 80 pages, 13 €.

► Anne KAWALA, Les Aventures d’Orphée Foëne à Dos Romeiros, Série Discrète, 64 pages, 12 €.

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cassandre à bout portant, Flammarion, coll. « Poésie », 174 pages, 18 €.

► Patrick VARETZ, Deuxième mille, P.O.L, 528 pages, 32 €.

Libr-brèves

► On retrouvera ici la visio-lecture de La Sauvagerie qu’a donnée Pierre Vinclair mercredi dernier 13 janvier dans le cadre de Station d’arts poétiques (Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon).

â–º Peu après la publication du volume collectif issu du Colloque international de Cerisy sur son œuvre, Valère Novarina : Les Tourbillons de l’écriture, le poète, peintre, dramaturge et metteur en scène vient de recevoir le Grand Prix Paul Morand de l’Académie française, destiné « à l’auteur d’un ou plusieurs ouvrages remarquables par leurs qualités de pensée, de style, d’esprit d’indépendance et de liberté » – et doté de 45 000 €.

Libr-rétrospective 2020 (3)

â–º Créations : Joël Hubaut, « Ã‰pidémiK » [n° 1 ; série à terminer en 2021] ; Philippe Jaffeux, « John Coltrane » ; Julien Blaine, « (Y) » ; Laure Gauthier, « Transpoèmes »Â ; Tristan Felix, « Le Mâle dit de fine amor »

â–º Chroniques : Ahmed Slama sur Ivar Ch’vavar, La Vache d’entropie ; Patrick Beurard-Valdoye, « Fléau et théâtre social »Â [> 3 000 vues] ; Fabrice Thumerel, « Julien Blaine : fin de partie ? » [> 3 500 vues]…

â–º NEWS : Poesie is not dead, « Urgences poésies » [> 5 000 vues] ; « News du dimanche du 17/05 » [> 2 500 vues]…

► Entretien avec Christophe Fiat pour le lancement de la revue Cockpit voice recorder

1 janvier 2021

[News] Libr-fêtes (3)

En ce premier jour de l’année et même de la décennie, on pourra se laisser entraîner par nos « Libr-divagations » – qui au passage évoqueront des nouvelles parutions -, découvrir « Les Nouvelles aventures d’ovaine » par Tristan Felix et aussi le tout prochain livre de Sandra Moussempès…

Libr-divagations sur l’An neuneuf…

2020/2021 : Bis repetita ejecta est [On ne pourra pas dire qu’on ne vous avait pas prévenus pour 2020…]

Année 2021 dans tous ses états… dans tous ses éclats !

Bonne Année… gnagnagna… 
Les traders aux abois !?encore

Bref, de Charybde en Scylla, c’est la Bérézina…

Derechef, en 2021, Ah muse toi !

(Et va écouter le CD de Bruno Fern, dont on saluera la virtuosité dans la contrainte formelle : A dans tous ses états, Guillaume Anseaume à la guitare, Petit Label 2020)


♦ Je ne fais de voeux qu’au pieu, qu’il me dit… Mais ça ne se dit pas, hein ?

♦ Je consulte Maboule de tristal : 2021 commence bien, il faut prévoir au moins 10H pour regarder un résumé du Grand Bêtisier national 2020 (MERCI à notre gouverdément !)…

Allez la fRANCE, encore un effort en 2021 : le gouverdément vient de recevoir les félicitations du parti d’extrême-droite allemand AFD pour sa loi sur le séparatisme !

♦ Je consulte les 192 miroirs de Wilfrid Rouff pour janvier 2021 et tombe sur ces cascades de Daniel Cabanis : « […] tonnes de déchets par habitant tant va la cruche à l’eau alopécie galopante pente glissante […] entropie opinion publique lycanthropie » (Petits pains & concaténations)…

♦ Jupiter oblige, consultons le SOLEIL dans le tarot de Marseille, via Patrick Varetz :

« (?) te voilà bien avancé ton 
écorce transparente à tout
montrer avec certitude toi

qui ne crois ni au miracle ni
à la puissance de l’esprit à
tout montrer toi qui doutes

encore de pouvoir ériger des
remparts contre la barbarie
quand ce sont les barbares

qui dressent leurs barrières »

(Patrick VARETZ, Deuxième mille, P.O.L, décembre 2020, 1458).

♦ Et si l’on proposait une année-zéro = zéro temps / zéro tourment / zéro importun… Qu’en penses-tu Ovaine ?

Les nouvelles aventures d’Ovaine, par Tristan Felix

Après s’être versé une double dose d’Ovaine treize ans d’âge à 360 degrés, Ovaine demande à Jésus de nos Arêtes si elle peut le remplacer dans le calendrier. Elle le met au jus :
– C’est pour m’épater la galerie. Et pis, t’as une petite mine. Je peux te faire un mot, s’tu veux.
– Ah non ! Jure-moi de rien dire à Dieu. Il ne croirait plus en moi.
– Tope là, mon frère !
Tandis que Jésus sirote le reste de la bouteille, c’est l’avainement d’Ovaine.
En zéro avant Ovaine, rien n’était qu’un lent désœuvrement.
Pile au moment d’Ovaine, tout s’envenime. Zorro, ressuscité, surgit dans la nuit, transperce de son épée le cadavre du temps et emporte Ovaine, épatée.
En zéro après Ovaine, tout bascule dans l’Historie Collective, portée par des centaines de milliards de Riens enfin débarrassés de leur zéro (Jésus se pince pour y croire).

 

LIBR-CRITIQUE attend avec impatience…

Sandra Moussempès, Cassandre à bout portant, Flammarion, coll. « Poésie », parution le 20 janvier 2021, 160 pages, 18 €.

Présentation éditoriale. Cassandre à bout portant poursuit cette quête obstinée de Sandra Moussempès des objets féminins non identifiés à travers les clichés de l’imaginaire contemporain (celui des séries américaines en particulier), détournés avec une ironie teintée de tendresse. Le ciel s’est éclairci dans l’univers de l’autrice, l’humour semble désormais maintenir à distance les monstres du passé. Ce qui n’ôte rien à l’étrangeté des images que son écriture parvient à susciter, avec une innocence qui n’exclut pas un soupçon de perversité. Jusqu’où peut aller une pin-up assortie à sa fourchette, endormie sur le sol d’une maison hantée ? Telle est l’une des questions que pose ce livre grave, joyeusement décalé.

22 novembre 2020

[News] News du dimanche

En ces temps lugubres, choisissons notre Libr-confinement, qui s’accompagne de la présentation de deux livres qui viennent de paraître (signés Jacques Barbaut et Bruno Fern)…

Libr-confinement…

â–º Agenda POL :

En décembre 2020

·        Suzanne Doppelt Meta Donna (poésie)

·        Charles Pennequin Père ancien (poésie)

·        Patrick Varetz Deuxième mille (poésie)

·        Trafic 116 (revue de cinéma)

En janvier 2021

  • Marianne Alphant  César et toi
  • Olivier Cadiot Médecine générale
  • Mathieu Lindon Hervelino
  • Shane Haddad Toni tout court
  • Mathieu Lindon le livre de Jim-Courage #formatpoche

► On pourra découvrir le catalogue de publications numériques qu’offre La Marelle (Friche la Belle de Mai à Marseille).

► Ou sans attendre, rendre visite aux Fées Spinoza de Marc Perrin…

► Ou encore ouïvoir « Welcoming the Welcoming the Flowers » (performance de Jean-Michel Espitallier avec Anne-James Chaton et Thurston Moore), samedi 21, ars musica, Bruxelles.

â–º Mercredi 25 novembre 2020, de 9h30 à 18h, Station d’arts poétiques : Journée d’études consacrée à Séverine Daucourt, à la Villa Gillet le matin (25 rue Chazière 69004 Lyon) ; à l’ENSBA Lyon l’après-midi (8bis, quai Saint-Vincent 69001 Lyon).
La journée d’étude se conclut par une performance poétique en amphithéâtre à 17h.

Signalons au passage l’hommage que Patrick Beurard-Valdoye, qui enseigne à l’Ecole Nationale Supérieur des Beaux-Arts de Lyon, vient d’adresser à Bernard Noël à l’occasion de ses 90 ans : écouter.

 

LIBR-CRITIQUE vient de recevoir et recommande…

► Jacques BARBAUT, C’est du propre. Traité d’onomastique amusante, éditions NOUS, coll. « Disparate », Caen, 208 pages, 20 €.

Présentation éditoriale. Le poète explore la question du nom sous toutes ses formes, du patronyme au pseudonyme en passant par l’anthroponyme, le prénom et le patronyme. Les jeux typographiques, les listes, les calligrammes et les rapprochements fantaisistes accompagnent les citations de philosophes et de critiques littéraires comme Derrida, Starobinski, Barthes et Deleuze.

â–º Bruno FERN, Dans les roues, éditions Louise Bottu, coll. « Contraintes », Mugron (40), 66 pages, 8 €.

Présentation éditoriale. Voici les rêveries - ou plutôt les jeux de pensée, comme disait Arno Schmidt dans ses Calculs – d’un cycliste en solo. Ça roule mais l’image n’arrête pas de sauter et tout est emporté par la succession de divers mouvements giratoires : la lecture de chaque fragment, de même que l’ensemble du livre, doit être aussitôt recommencée avant de poursuivre. Cette spirale sans fin entraîne les multiples « impuretés » qui font que « la vie est un perpétuel détournement qui ne permet même pas de se rendre compte de quoi il détourne. » (Kafka, Journal)

24 juillet 2019

[Livres – News] Libr-vacance (2), par Fabrice Thumerel

Cette deuxième livraison vous invite, dans les Libr-brèves,  à revivre ou préparer des événements passés ou à venir (Massera, Prigent et Novarina) ; à lire en zigzaguant (« De la connerie à l’ère numérique ») ; à découvrir trois livres à méditer (de Sereine Berlottier, Julien Blaine, Elisabeth Filhol)… [Voir premier volet]

Libr-brèves

► Il vous reste jusque ce dimanche 28 juillet pour voir en gare de Montpellier cette installation de Jean-Charles Massera, « Maybe I should just… »

► Un événement à voir/écouter : Chino et les gilets jaunes de Christian Prigent, partie VI du Chino Rabelais lu en février dernier à la Bibliothèque de la Sorbonne.

â–º Valère Novarina, L’Animal imaginaire au Théâtre de la Colline du 20 septembre au 13 octobre (parution chez P.O.L fin septembre).

En lisant, en zigzaguant…

De la connerie à l’ère numérique…

♦ La post-vérité se nourrit donc d’agents individuels dont les croyances et le comportement sont largement mus par un rapport à la connaissance qui repose sur le recours à l’intuition et au ressenti, une forme de connerie qui se caractérise par un auto-aveuglement rendant impossible sa propre remise en question, mais qui s’efforce de ressembler à un souci rationnel, honnête et pertinent pour la vérité. De ce point de vue très général, il ressort que le bullshit, les fake news, les théories du complot, les « faits alternatifs », ainsi que leur « partage » intempestif, sont des manifestations contemporaines et exacerbées de la bonne vieille bêtise éternelle. […]

Étant donné le caractère de tel ou tel assertion ou événement, le con s’arrange immédiatement pour ressentir et manifester sa désapprobation, son rejet, son indignation, sa colère… […] Cette attitude induit un mécanisme d’auto-polarisation, puisque le nombre et les motifs d’une telle indignation exigent une vigilance de tous les instants et favorisent une escalade outrancière visant à se distinguer dans un environnement de plus en plus compétitif dans la connerie. D’où les trolls, les cabales, les rumeurs, les « clashes » et les « buzz » imbéciles qui doivent désormais lutter les uns contre les autres afin d’obtenir les faveurs du « clic » d’un public propulsé dans une course toujours plus absurde visant simplement à promouvoir l’ânerie du jour. »

Sebastian Dieguez, « Connerie et post-vérité », dans Psychologie de la connerie(collectif), Sciences Humaines éditions, 2019, pp. 260-262.

 

♦ Il y a sur Facebook une emprise grandissante de la mort, et j’en veux pour preuve ces avis nécrologiques qui envahissent régulièrement nos murs. Il suffit qu’une rock star des années soixante-dix ou quatre-vingt – David Bowie, Prince ou George Michael – disparaisse pour qu’aussitôt chacun se croie tenu de relayer l’information, contribuant ainsi à la propagation d’un chagrin collectif (comme s’il était possible, à force de partage, de combler le vide qui inexorablement s’installe).

Patrick Varetz, La Malédiction de Barcelone, P.O.L, 2019, p. 109.

 

Libr-3

► BERLOTTIER Sereine et LIRON Jérémy, Habiter, traces & trajets, Les Inaperçus,  juin 2019, 136 pages, 17 €, ISBN : 978-2-9541260-8-1.

Franchissons le seuil de la maison (in)solaire créée par Jérémy Liron…
La maison, bouquet d’impressions : habiter / être habité, passée / pensée / passive / pensive… souvenfance !
« Habiter, intransitif ? » (p. 96).
Et si on habitait entre ?
Maison du passé / du passage / maison de paille / maison de l’avenir
« Maison serait le lieu en moi d’une continuité d’expérience, d’une simple phrase, longue, enracinée, cousue à d’autres plus anciennes, vieillissantes et reprises, le lieu d’un lien éprouvé, d’une mémoire articulée, complexe, où se conserverait l’empreinte des gestes précédents » (116).

Qu’est-ce qu’un « lieu favorable » ? Celui où vous attendent vos pénates ? Dont vous rêvates ? Qui présente « les indices d’un futur possible » (17)… Une « maison où l’on existerait entièrement, où l’écriture pourrait s’accomplir » (51)…
« 144 fragments pour habiter » : sa mémoire, ses rêves, ses lectures…
Un lieu de déambulation poétique et onirique pour le lecteur !

► Julien BLAINE, Le Livre, Les Presses du réel/al dante, mai 2019, 196 pages, 17 €, ISBN : 978-2-37896-055-1.

Après Hugo et Guyotat, entre beaucoup d’autres, c’est étonnamment autour de Julien Blaine d’être habité par le Livre. De façon inattendue, certes, mais à sa manière, dont l’irrévérence et la provocation tonnent d’entrée : « IL EST TEMPS DE SE DÉCONNECTER des sectes monothéistes juives, chrétiennes et musulmanes. Certes toutes les religions sont mortelles, […] et celle-là, celle de notre Livre, celle du Livre de la ruchée ne fut pas ni n’est ni ne pourra être pire que celle des monothéistes de Jéhovah à Mahomet en passant par Jésus Christ et quelques autres illuminés, […] mais elle fut bien la plus barbare et criminelle. »
Parodie de la Genèse comme de tout récit primitif, cet apologue inventif et drôle regorge d’horreurs et abominations, rivalités claniques, paroles prophétiques, faits épiques et magiques… Un leitmotiv révèle l’instabilité, l’insatiabilité et l’incomplétude des humains : « Nombreux furent au cours des générations ceux qui n’aimaient et languissaient et devenaient morts-vivants » (p. 63).

► Élisabeth FILHOL, Doggerland, P.O.L, janvier 2019, 352 pages, 19,50 €, ISBN : 978-2-8180-4625-8.

De la naissance de Xaver le 5 décembre 2013, « bombe météorologique », côté experts, au tsunami qui engloutit une île en mer de Norvège il y a plus de 8 000 ans (épilogue) : « quelque chose s’est déréglé » (p. 339)… Cette amplitude diachronique qui confère au présent une certaine profondeur n’est pas sans produire un effet de distanciation, une relativisation des mondes et des destinées individuelles, et notamment celles de deux couples (Margaret/Marc et il/elle en – 6150). D’où l’architecture du roman en trois parties : « Margaret », « Marc » et « Storegga ». Les trajectoires de Margaret, géologue, et de Marc, ingénieur chez British Petroleum, se recroisent en effet une vingtaine d’années après leurs études : l’industrie pétrolière a désormais les moyens d’accéder au « Paradis perdu » submergé par les glissements de terrain de Storegga…

9 juin 2019

[News] News du dimanche

Retrouvez Laure Gauthier cette semaine à Paris (vendredi et samedi)… Vous pouvez encore vous inscrire au précieux Colloque de Cerisy sur la revue Critique… Entre autres RV de ce mois de juin : Ivy writers, Ciné08-19, Plans-reliefs à Lille….

► Mardi 11 juin à 19H30 :

â–º Du 14 au 21 juin 2019, Colloque de Cerisy / LA REVUE CRITIQUE : PASSIONS, PASSAGES

Direction : François BORDES, Sylvie PATRON, Philippe ROGER / Comité scientifique : Per BUVIK, Patrice CANIVEZ, Éric MARTY, Claire PAULHAN, Thomas PIEL.

C’est l’une des grandes revues de la seconde moitié du XXe et du début du XXIe siècles. Ce fut aussi pendant longtemps la plus discrète. En juin 1946 paraît le premier numéro de Critique, revue générale des publications françaises et étrangères. Après des débuts difficiles, marqués par deux changements d’éditeurs et une interruption d’un an, elle trouve son équilibre aux Éditions de Minuit. Dirigée par Georges Bataille, assisté pendant quelques années du philosophe Éric Weil, puis par Jean Piel, le beau-frère de Bataille, et à partir de 1996 par Philippe Roger, Critique se propose de recenser les ouvrages les plus importants parus en France et à l’étranger, dans tous les domaines de la connaissance. Ce faisant, elle permet, dans des proportions encore modestes au vu des évolutions ultérieures, la diffusion de la pensée allemande et anglo-saxonne de l’après-guerre, et accompagne les premiers développements des sciences humaines en France. Elle contribue ensuite à l’émergence du « nouveau roman » et de la « nouvelle critique ». Elle encourage le projet intellectuel d’auteurs comme Roland Barthes, Michel Deguy, Michel Foucault, Jacques Derrida, Michel Serres, et connaît son heure de gloire avec l’avènement du structuralisme. Année après année, elle réunit les éléments d’une « encyclopédie de l’esprit moderne » (Georges Bataille). Selon les mots de Philippe Roger, son directeur actuel, « [é]chappant tout à la fois à l’urgence inhérente au journalisme culturel et à l’inévitable spécialisation des revues savantes, Critique est un instrument d’information et un espace de réflexion plus indispensables que jamais ».

Cette rencontre s’inscrit dans la lignée des colloques de Cerisy consacrés à des revues (Tel Quel, Change), mais y ajoute une dimension historique. Elle propose une réflexion partagée autour de Philippe Roger, des membres du conseil de rédaction actuel, des figures de Georges Bataille et de Jean Piel, ainsi que de la revue Critique en tant qu’expression de la passion des livres et des idées. Elle réunit des chercheurs de différentes spécialités et de toutes les générations ainsi que des témoins des différentes époques de Critique. Au-delà des spécialistes, les lecteurs de Critique et toutes les personnes intéressées sont invités à élargir les débats qui suivront les communications, les tables rondes ou les témoignages d’intellectuels et d’écrivains.

Informations complémentaires et inscription obligatoire sur le site.

► Vendredi 14 juin à 20H :

► Samedi 15 juin à 19H, Soirée poésie à l’Achronique avec Laure Gauthier et Katia Bouchoueva (42, rue du Mont Cenis 75018 Paris).
Elles liront à deux voix je neige (entre les mots de villon) (LansKine, 2018) et Alger Celeste (Publie.net, 2019).

â–º Vendredi 21 juin, de 9H30 à 12H30, Séminaire ANR Ciné08-19 / Université Paris-Est Marne-la-Vallée, sur le site de la Centrif’.

9h30-10h : Espace de co-working
Ouverture par Gilles Roussel, Président de l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée

10h-11h : Salle de conférence
Carole Aurouet : La mise en abîme du cinéma en France entre 1908 et 1919

11h-12h : Salle de conférence
Laurent Véray : Les mots et les lettres d’admirateurs reçus par Musidora pendant la Grande Guerre. Une source précieuse pour l’étude du succès d’une actrice qui passe de la scène à l’écran

12h-12h30 : Salle de conférence = Discussion

* « La mise en abîme du cinéma en France entre 1908 et 1919 », par Carole Aurouet (Maître de conférences HDR à l’UPEM – Membre du consortium du projet ANR Ciné08-19).
Si le cinéma dans le cinéma est un sujet bien appréhendé pour la période hollywoodienne, il ne l’est en revanche que très peu entre 1908 et 1919 en France. Pourtant, cette mise en abîme est fréquente : 80 films de fiction ayant été exhumés à cette date pour ces onze années. Ce copieux corpus constitue une matière passionnante dont l’analyse permet de mettre en exergue trois points saillants : une valeur testimoniale qui contribue à éclairer l’histoire du cinéma, un processus habile de valorisation, donc d’institutionnalisation, et la question d’une stratégie auto-promotionnelle délibérée.

« Les mots et les lettres d’admirateurs reçus par Musidora pendant la Grande Guerre. Une source précieuse pour l’étude du succès d’une actrice qui passe de la scène à l’écran », par Laurent Véray (Professeur à l’Université Sorbonne nouvelle – Paris 3 – Porteur du projet ANR Ciné08-19).
L’examen de la carrière de Musidora, entre 1915 et 1919, montre que le processus d’identification à une actrice, sur lequel repose le cinéma populaire hollywoodien, était déjà présent en France au milieu des années 1910. Après ses rôles de femme gangster dans Les Vampires (1915) et Judex (1917) de Louis Feuillade, sa célébrité ne cessa de grandir. Une jeunesse tomba toute entière amoureuse de la sulfureuse Irma Vep, écrira plus tard Louis Aragon. De la scène à l’écran, du mélodrame patriotique au serial à la mode, on reconnaît son style de jeu, son allure, sa mimique, sa sensualité effrontée. Cela aboutit en pleine guerre à la construction d’une forme de vedettariat unique en son genre. Une source exceptionnelle d’environ 300 lettres récemment retrouvées atteste d’un succès public hors du commun. Ces lettres adressées à Musidora disent combien son impact fut alors considérable, à l’avant comme à l’arrière du front.

â–º Jeudi 27 juin au Palais des Beaux-Arts de Lille :

28 février 2019

[News] Libr-News

D’abord, 10 invitations à la lecture avec les Livres reçus ; puis, vos premiers RV de mars : avec les revues La Vie manifeste, Vacarme et Catastrophes… Et aussi Cécile Richard, Manon/Oberland, « Le Cinéma des poètes », Hans Limon, les Écrits du numérique #4…

Libr-10

â–º Pierre Albert-Birot (1876-1967). Un pyrogène des avant-gardes, sous la direction de Carole Aurouet et Marianne Simon-Oikawa, collection « Interférences », Presses Universitaires de Rennes, en librairie le 14 mars 2019, 254 pages, 24 €.

► Manuel CANDRÉ, Des voix suivi de Genèse du rabbi, Quidam éditeur, Meudon, hiver 2018-2019, 216 pages, 20 €.

► Guillaume CONTRÉ, Discernement, éditions Louise Bottu, Mugron, automne 2018, 120 pages, 14 €.

► Élisabeth FILHOL, Doggerland, P.O.L, 2019, 352 pages, 19,50 €.

► François LEPERLIER, Destination de la poésie, éditions Lurlure, Caen, en librairie le 5 mars, 192 pages, 19 €.

â–º Dawn LUNDY MARTIN, Discipline, traduit de l’américain par Benoît Berthelier, Maël Guesdon et Marie de Quatrebarbes, Joca Seria, 2019, 80 pages, 13,50 €.

â–º Robert MENASSE, La Capitale, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Verdier, 2019, 448 pages, 24 €.

► Ivan STRPKA, Un fragment de forêt (chevaleresque), traduit du slovaque et présenté par Sylvia Majerska, Le Castor Astral, mars 2019, 150 pages, 15 €.

► Patrick VARETZ, La Malédiction de Barcelone, P.O.L, en librairie le 7 mars, 176 pages, 18 €.

► Annabelle VERHAEGHE, Viens, Les Soudaines Editions Sauvages, Toulouse, 2019, 148 pages, 14 €.

Libr-événements

â–º Enragez-vous avec La Vie manifeste… On ne manquera pas non plus de lire le dernier dossier de la revue Vacarme et le n° 15 de Catastrophes (« L’Aleph et son double », février 2019).

â–º Vendredi 1er mars, La Chouette Librairie (72, rue de l’Hôpital Militaire à Lille) : Soirée-performance avec Cécile Richard.

► Mercredi 6 mars à 20H30, DAda (27, avenue Honoré Serres à Toulouse) : G.W Sok (the ex) • Christophe Manon & Frédéric D. Oberland.

â–º Lundi 18 mars à 21H, Cinéma Le Champo (51, rue des Ecoles 75005 Paris) : Le Cinéma des poètes – André Delons.

En lien avec la collection « Le cinéma des poètes » dirigée par Carole Aurouet aux Nouvelles éditions Place, le cycle trimestriel « Le cinéma des poètes » du Champo se propose d’éclairer les rapports qu’entretient la création littéraire avec le cinéma.
Au programme de ce lundi 18 mars : Carte blanche à Karine Abadie sur les rapports avec le cinéma de André Delons
projection-débat autour de TEMPÊTE SUR L’ASIE (Vsevolod Poudovkine – 1928).

► Mardi 19 mars à 18H, Le Bateau Livre (154, rue Gambetta à Lille), rencontre avec Hans Limon pour son Poéticide.

► Du 21 au 23 mars 2019, Friche Belle de Mai, salle Seita Marseille : Les écrits du numérique # 4 (Rencontres, démos, échanges, workshop)
Alphabetville / La Marelle

Pour cette quatrième édition des Ecrits du numérique, Alphabetville, laboratoire des écritures multimédia, avec La Marelle, littératures actuelles, proposent un focus sur l’édition expérimentale et alternative, tout en construisant un discours critique sur les modes opératoires et d’existence de ces formes, c’est-à-dire sur la publication.
Publication au sens large ou étymologique de mise en public, comprenant les contenus, les formes, les supports, les lieux, les interactions que cela implique, ce dans la culture numérique, avec ses technologies et l’appareillage qui s’y constitue, et en regard du nouvel espace public qu’est le web. Et qui devrait établir la possibilité d’un espace public expérimental.
L’expérimentation suppose une expérience, pratique et/ou théorique, intuitive ou rationnelle, ayant pour objet d’éprouver le réel, sa facture, de révéler sa ou ses vérité(s).
Traversant le domaine de l’art aussi bien que les sciences et les technologies, l’expérimentation en est un paradigme et informe le processus de production, passant par la recherche, le développement, la création, l’invention…

Les interventions présenteront des processus de recherche et leurs enjeux expérimentaux dans des domaines variés comme la création littéraire ou artistique, les revues d’arts et sciences, de critique ou de recherche scientifique. Et relateront les éventuelles hybridations, entre disciplines, entre technologies, entre espaces de publication.
Un workshop proposera de découvrir et d’expérimenter des processus de fabrication d’édition hybride avec des outils numériques libres.

21 et 22 mars : rencontres, présentations, échanges. Avec Antoine Hummel, Lucile Haute, Julie Blanc, Quentin Juhel, Lucas Friche, Laurence de La Fuente, Jean-Paul Fourmentraux (sous réserve), Vincent Puig, Roger Malina…
23 mars : workshop dirigé par Lucile Haute, Julie Blanc et Quentin Juhel

Tarif : gratuit pour les rencontres, forfait 15€ pour le workshop. Inscription obligatoire : alphabetville@orange.fr

2 janvier 2019

[Chronique – News] Hommage à P.O.L, par Fabrice Thumerel

Il y a un an aujourd’hui, disparaissait Paul Otchakovsky-Laurens (1944-2017), l’éditeur unanimement salué qui avait fondé sa maison P.O.L en 1983 : celui-là même qui a publié d’emblée Novarina, mais a répondu à Prigent qu’il ne serait jamais son éditeur, avant du reste de le publier en 1989… Qui a publié Novarina et Prigent, mais aussi des auteurs considérés comme beaucoup plus commerciaux…Celui-là même qui entretenait une relation tellement singulière à « ses » auteurs qu’il a participé à de nombreuses manifestations en leur présence – voire, financièrement, aux colloques internationaux de Cerisy sur les oeuvres de Prigent et de Novarina – et que sa mort a laissé un vide dont ont pu témoigner bon nombre d’entre eux (Christian Prigent, Dominique Fourcade, Patrick Varetz, entre beaucoup d’autres)…


Paul Otchakovsky-Laurens avec Christian Prigent en juin 2013

La kyrielle d’hommages a eu pour inévitable corollaire un certain nombre de réductions et simplifications. De sorte qu’il a été, est encore nécessaire d’établir quelques mises au point. Ci-dessous, quelques courts extraits d’un chapitre paru en 2002 dans Le Champ littéraire français au XXe siècle. Éléments pour une sociologie de la littérature (Armand Colin) : « La Dualité d’un éditeur de littérature générale singulier (P.O.L) » – étude pour laquelle j’avais réalisé deux entretiens semi-directifs (septembre et novembre 2001). Peu de temps auparavant, Paul Otchakovsky-Laurens n’avait pas trouvé de meilleure réponse à Pierre Bourdieu et son équipe, qui, à la suite d’une étude sur « la révolution conservatrice dans l’édition », l’avaient classé dans le « ventre mou » de l’édition, que de leur envoyer deux caisses de livres pour qu’ils se fassent une opinion de première main. Et l’éminent sociologue de le remercier dans une lettre quelque peu embarrassée…

*****

La diversité des choix éditoriaux correspond à une conception très souple, très éclectique de la littérature : l’éditeur partagé entre textes lisibles et textes illisibles les plus divers était un lecteur qui, après s’être nourri des classiques, a découvert différentes formes de « modernité ».
Les prises de position de Paul Otchakovsky-Laurens sont en harmonie avec sa position : loin de tout cynisme, ses options stratégiques sont plus ou moins confusément orientées en fonction de l’intérêt de sa maison comme de ses goûts. (Et ces choix subjectifs, au cours de notre entretien de septembre, il les a défendus avec conviction). […]

En fait, dès le début, P.O.L est structurellement ambivalent : « fou » de littérature sans pour autant, comme le confie Jean-Paul Hirsch, méconnaître « le principe de réalité », il fait appel aux Flammarion pour se donner les moyens de devenir un véritable éditeur de littérature générale — et d’éviter ainsi de se cantonner, comme de nombreux petits éditeurs, dans une « niche éditoriale » qui vise tout au plus la viabilité. Avec le soutien financier des Flammarion, puis d’Antoine Gallimard et de J.-J. Augier, il se consacre totalement à sa passion. Autrement dit, il investit dans son entreprise et son argent et son énergie. C’est ce qui le rapproche du petit éditeur. Autres points communs : l’absence de moyen de diffusion propre, sa façon de se définir comme « un chasseur solitaire », ses pratiques éditoriales. Et aussi les caractéristiques de sa production, et en particulier la place qu’il réserve à la poésie, placement très risqué. Pour le reste, P.O.L se situe dans un entre-deux : entre petites maisons et plus grandes.

Le plus frappant est que, tout en défendant les valeurs les plus nobles du métier, il se pose en commerçant contre tout discours éthéré (cf. entretien de septembre 2001). […] Rien d’étonnant, donc, à ce que Paul Otchakovsky-Laurens souscrive à la définition que Pierre Bourdieu donne de l’éditeur, personnage double qui, possédant une compétence à la fois artistique et commerciale, « doit savoir concilier l’art et l’argent, l’amour de la littérature et la recherche du profit, dans des stratégies qui se situent quelque part entre les deux extrêmes, la soumission réaliste ou cynique aux considérations commerciales et l’indifférence héroïque ou insensée aux nécessités de l’économie ». D’autant que, sans aucun cynisme, mais par nécessité — question de survie ! — autant que par inclination personnelle, il a toujours dû jouer double jeu.

[Ces analyses s’appuyaient sur une base de données (20 000 signes environ) et la reconstitution d’une trajectoire (12 000 signes environ).]

26 octobre 2018

[Chronique] Une automythographie au fer rouge (à propos de Patrick Varetz, Rougeville), par Fabrice Thumerel

Patrick Varetz, Rougeville. Promenade élégiaque, éditions La Contre Allée, été 2018, 96 pages, 8,50 €. [« Nouvelles d’outre monde » ; « Le Bas Monde de Patrick Varetz »(entretiens avec Patrick Varetz)]
[RV ce soir avec Patrick Varetz à Lille : cf. affiche à la fin de ce post]

« Tout au fond de moi, je m’appelle Rougeville » (exergue).

« Il n’est jamais bon de trop lire, surtout quand on souhaite
échapper à sa condition » (77)…

Rougeville, la ville rouge

Comment (res)susciter son passé, ou plutôt le soustraire au temps ? Chacun sa méthode : Proust avait sa petite madeleine ; absolument moderne, Patrick Varetz dispose de l’application Google Street View. Et rien de Rougeville en Rougeville n’aperçoit : « tout m’apparaît figé, comme reconstitué à la hâte dans l’intention de me laisser entrevoir un présent indécis. Je suis frappé par l’absence de vie autour de moi. Les façades des maisons, pour certaines vétustes, amoindries encore par une perspective faussée, ressemblent tout au plus à à un décor dépourvu de profondeur » (p. 9). Depuis un monde en crise qui n’offre plus qu’un bonheur à visage inhumain, l’auteur de Petite vie part à la recherche de sa ville perdue, Rougeville/Marles-les-Mines (62), « lieu désormais maudit » (87) qui n’est plus que l’ombre de lui-même après la disparition du monde industriel.

Rougeville, la ville rouge brique sur fond de terrils, la ville communiste comme « trou noir » de son origine (38) – qui a droit à une prosopopée (en italiques), tout comme le fameux chevalier de Rougeville… Rougeville, la ville rouge aux gueules noires, avec laquelle il a évolué en miroir : « nous serions sous peu appelés – la ville et moi – à nous installer dans une crise sans fin : moi dans une crise d’identité aux multiples rebondissements pour cause d’impostures successives ; et la ville, de son côté, dans une longue agonie économique (suite à l’arrêt de l’exploitation de ses puits de mine au milieu des années 70) » (31). D’où ces inéluctables conséquences politiques : « Au siècle dernier et au siècle d’avant, les puissants qui nous faisaient courber la tête habitaient encore de grandes maisons sous les fenêtres desquelles on pouvait – le cas échéant – aller défiler pour hurler sa colère. Mais aujourd’hui, vers qui se tourner ? On ignore jusqu’à l’endroit où se cachent ceux qui nous ont abandonnés. C’est sans doute pour cela que chacun peu à peu se replie dans le silence, occupé – faute de mieux – à cultiver la haine de l’étranger qu’il a cessé d’être » (44). Et la ville rouge, dont les trois quarts de la population étaient jadis venus de Pologne, de virer au bleu marine.

Rougeville… là où sont nés ses « démons intérieurs », qui ont constitué « la matière de [s]es premiers livres » (26)… Et justement, pour cela même, absente de l’Å“uvre : la ville natale comme tache aveugle de l’Å“uvre. Écrire, pour Patrick Varetz, c’est explorer cette tache aveugle, comme c’est échapper à ce Miroir totalitaire qu’est devenu le Monde-mondialisé.

« Nulle père », où aller ?

Et l’auteur de retrouver ses fantômes. À commencer par son « maître en imposture » (62), le chevalier Alexandre Dominique Joseph Gonzze de Rougeville, dont la « dépouille était censée reposer dans la crypte de [l’]ancienne chapelle » (25). Sans oublier les insupportables représentations de l’Autre : l’infernale figure tutélaire et l’inavouable « double famélique », son être-avorton (28)…

Si le dernier opus de Patrick Varetz est le plus court, il constitue néanmoins une étape fondamentale dans la geste de l’écrivain, avec précisément ce geste fondateur qui fait écho à Bas monde (2012) : « C’est dans cette église que j’ai abandonné, un certain soir de 2010, un carton à chaussures contenant mon premier livre (sans doute faut-il voir là une parodie de rite de passage, en lien avec la légende familiale qui prétend que j’ai passé mes premières heures dans une boîte d’escarpins pointure 41, le lendemain très précisément du fameux bal où ma mère – ignorante de son état – était allée danser pour étrenner lesdits escarpins) » (p. 23). C’est là que ce transfuge de classe abandonne son « double famélique » : « une espèce d’avorton qui se refusait toujours à grandir, recroquevillé dans le creux de mon ventre. Ce petit Pascal, tout craintif qu’il était, je l’avais donc abandonné là, dans un recoin sombre, derrière l’autel, au fond d’un carton à chaussures contenant mon premier roman » (p. 28-29).

Peut-on échapper à ses origines sans éprouver un sentiment d’imposture ? Et dès lors que l’on est de nulle part / « nulle père » (49), comment résister à l’appel du vide ? Et où aller ? Nulle part, dans un premier temps, après avoir brisé le miroir parental, dans un geste évidemment des plus symboliques (trop, peut-être ?) : on n’échappe pas si facilement à son milieu pour trouver sa place. On pourrait se croire en milieu ernausien, mais il n’en est rien puisque le narrateur s’avoue incapable de reconstruire l’espace des possibles de l’enfant qu’il était : « je ne sais plus rien du monde, tel qu’il s’imposait alors aux yeux d’un enfant de dix ans » (61). Au reste, ce n’est pas le monde réel qui intéresse Patrick Varetz, mais l’outremonde, l’autre monde, celui d’un espace imaginaire. Tout l’intérêt réside ici dans l’automythographie – une automythographie qui marque le sujet au fer rouge (le sujet écrivant comme le sujet lisant). La première étape du processus d’émancipation passe par le Nom. La figure légendaire Gonzze de Rougeville va en effet lui fournir la zébrure distinctive : entre le Nom du Père et le nom du fils, un Z (« Ouaté » / Wattez). Et bien entendu, lorsque le déclassé par le haut va se tourner vers l’écriture, il pratiquera une langue étrangère : « Chaque phrase que j’alignais à la suite des précédentes, avec le sentiment d’avancer au jugé, venait résonner étrangement à mon oreille (comme une langue inconnue) » (56). Mais cette entrée en littérature lui permet d’éviter le sort tragique de son frère d’infortune, José des Quatre As…

Au nom du Père, un vide.

Ainsi, dans ce palais de glaces animé par un perpétuel jeu de reflets entre réel et virtuel, réalité et imaginaire, Rougeville et Marles-les-Mines, Varetz et Wattez, Wattez et Gonzze de Rougeville, etc., pour cet écrivain mélancolique dont le Père est encrypté, écrire c’est habiter ce vide via une figure symbolique : « Je me sens vide, étrangement absent de ma vie après tout ce temps passé à devenir quelqu’un d’autre. Oui, vide. À l’image sans doute du tombeau d’Alexandre Dominique (enfin, tel que je l’imagine au fond de sa crypte désormais inaccessible) » (90). Écrire sous vide, en somme.

Photos en noir et blanc : © Claire Fasulo.

15 octobre 2018

[News] Libr-News

En cette seconde quinzaine d’octobre, à la UNE deux livres importants, de Patrick VARETZ et de Jean-Claude PINSON, qui vous donnent RV à Lille et à Nantes ; et aussi RV avec AOC, Ivy Writers…

UNE /Fabrice Thumerel/

► Patrick Varetz, Rougeville. Promenade élégiaque, éditions La Contre Allée, été 2018, 96 pages, 8,50 €.

Si le dernier opus de Patrick Varetz est le plus court, il constitue néanmoins une étape fondamentale dans la geste de l’écrivain, avec précisément ce geste fondateur : « C’est dans cette église que j’ai abandonné, un certain soir de 2010, un carton à chaussures contenant mon premier livre (sans doute faut-il voir là une parodie de rite de passage, en lien avec la légende familiale qui prétend que j’ai passé mes premières heures dans une boîte d’escarpins pointure 41, le lendemain très précisément du fameux bal où ma mère – ignorante de son état – était allée danser pour étrenner lesdits escarpins) » (p. 23). C’est là que ce transfuge de classe abandonne son « double famélique » : « une espèce d’avorton qui se refusait toujours à grandir, recroquevillé dans le creux de mon ventre. Ce petit Pascal, tout craintif qu’il était, je l’avais donc abandonné là, dans un recoin sombre, derrière l’autel, au fond d’un carton à chaussures contenant mon premier roman » (p. 28-29).

Peut-on échapper à ses origines sans éprouver un sentiment de trahison ? Et dès que cet être de nulle part / « nulle père » (49) se tourne vers l’écriture, c’est cet Autre qui réapparaît… Ce retour aux sources n’est pas des plus simples, puisque s’effectuant au travers d’un subtil jeu de miroirs entre l’écrivain et sa ville – qu’il revisite par le biais de Google Street -, l’écrivain et son double, le chevalier de Rougeville…

â–º Jean-Claude Pinson, Là (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, Joca Seria, Nantes, été 2018, 280 pages, 19,50 €.

C’est LÀ, en Loire-Atlantique, qu’a vécu et vit le poète et philosophe Jean-Claude Pinson : cette somme egogéographique rassemble souvenirs personnels et familiaux, des évocations de la Loire et des villes qui l’ont marqué, des retours sur l’oeuvre (comme « Habiter la couleur »)…

En ce monde où claironnent les identitarismes les plus fallacieux, on retiendra cette salutaire mise en garde : « je crois dangereux d’invoquer des racines. La métaphore, avec son « pathos tellurique », suggère que « l’identité, remarque le philologue Maurizio Bettini, viendrait justement de la terre« . Ce faisant, elle conduit à établir une dangereuse hiérarchie entre ceux qui seraient les seuls fils authentiques d’une certaine terre qui les aurait engendrés (les Grecs parlaient d’autochthonia) et ceux qui y seraient simplement « survenus » (autrement dit les immigrés) » (p. 27). Et aussi la réflexion qui suit : « Chacun est un palimpseste, et il y a en nous autant d’identités dans les limbes que de langues mortes enfouies dans nos archives intimes, à notre insu le plus souvent » (p. 28).

Libr-brèves

â–º À lire sur AOC, qu’il devient impossible de ne pas lire tant cette revue en ligne propose un indispensable regard aigu sur le monde, les intéressants articles de deux sociologues de premier plan, Bernard Lahire et Jean-Louis Fabiani.

â–º On lira, sur Diacritik, la réaction de Johan Faerber suite à l’appel à contributions pour le numéro 19 de la Revue critique de fixxion française contemporaine, Fictions « françaises » : « Contre la zemmourisation de la critique littéraire »… Et la polémique qui s’en est suivie, très instructive : lire le droit de réponse.

► Mardi 16 octobre, RV au Delaville Café avec Ivy Writers :

16 juillet 2018

[News] Libr-vacance 2018 / 1

Plus que jamais, en ce temps de saturation médiatique, c’est le moment d’entrer en vacance : ce premier volet de Libr-vacance vous invite à méditer avec Leslie Kaplan sur/avec Mai 68, à lire une sélection de livres très récents, à rendre hommage à Christophe Marchand-Kiss, et vous donne RV au festival de poésie Voix vives…
Face à la liesse de ce 14-Juillet à double révolution, faut-il suivre le flaubertien fleuve humain auquel fait allusion Jean-Claude Pinson dans son dernier livre, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique)  ? « Flaubert, qui n’aimait pas la foule, écrit à Louise Colet que, néanmoins, "les jours d’émeute", il se sent "enivré par une poésie humaine, aussi large que celle de la nature, et plus ardente" »…

UNE : le Mai 68 de Leslie Kaplan, du chaos au chantier…

Leslie Kaplan, Mai 68, le chaos peut être un chantier, P.O.L, mai 2018, 80 pages, 9 €.

Il était un temps où l’espace social français n’était pas saturé par une seule obsession, l’invasion des "Migrants", que seul peut chasser cet antidote magique, la Victoire-des-Bleus… Une Coupe du monde quand la coupe est pleine, des Bleus contre les bleus à l’âme, le Mondial contre les ravages de la mondialisation…

« Et alors "quelque chose se passe"
qui remet en cause l’ordre normal, habituel, les choses en l’état, le surplace, apparemment calme, en fait violent, la répétition du mensonge […]
en mai 1968, c’est l’absence de hiérarchie
au contraire, c’est l’égalité, la liberté réciproque
la parole est partout, dans tous les milieux, chez tout le monde » (p. 39).

« ET ALORS vient la question : tout ça s’est fait dans des mots, paroles, dialogues
est-ce suffisant pour une révolution ? certes non
une révolution suppose un changement du cadre de pensée établi
mai 1968 a été un mouvement de contestation du cadre actuel, de la société capitaliste marchande
un mouvement très fort, général
et après 68, il y a eu une "reprise en main" terrible
un retour en force de la société de consommation

les paroles vivantes ont été "récupérées", c’est-à-dire : sont devenues des clichés » (p. 47-48).

Ces clichés, nous les avons tous en tête sous forme de slogans : "Faites l’amour, pas la guerre !" ; "Il est interdit d’interdire !" ; "L’imagination au pouvoir !" ; "La beauté est dans la rue" ; "Prenons nos désirs pour des réalités !" ; "Soyons réalistes, demandons l’impossible"… Mais, dans sa conférence interrompue par quelques personnages tout droit issus de ses textes, Leslie Kaplan insiste autant sur la chape de plomb du régime gaulliste que sur la prise de parole : mutisme des dominés… silence sur les opprimés… silence sur la France de Vichy, la guerre d’Algérie… Contre une certaine doxa selon laquelle Mai 68 est avant tout une révolte hédoniste et consumériste, un soubresaut individualiste, l’auteure nous invite à penser 2018 grâce à ce mouvement anticapitaliste : plutôt que de nous laisser engluer dans un individualisme de masse et un identitarisme de mauvais augure, retrouvons notre puissance d’étonnement, un désir de singularité qui passe par l’altérité !

Libr-15 : LC a reçu, lu et vous recommande

♦ Philippe ANNOCQUE, Seule la nuit tombe dans ses bras, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 152 pages, 16 €.

♦ Julien BLAINE, De quelques tombeaux de feus mes amis & de feue mon amie, Au coin de la rue de l’Enfer (04), mai 2018, 54 pages, 13 €.

Julien BLAINE, Catalogue de l’Exposition 1968/2018 = 1/2 siècle & Julien Blaine = 3/4 de siècle, Marseille, édition im/paires et éditions Galerie Jean-François Meyer, mai 2018, 64 pages.

♦ Philippe BOISNARD, Vie et mort d’un transsexuel, éditions Supernova, juin 2018, 86 pages, 10 €.

♦ Comité restreint, L’Inclusion qui va, éditions Louise Bottu, mai 2018, 128 pages, 7 €.

♦ Christophe ESNAULT, Mordre l’essentiel, éditions Tinbad, printemps 2018, 336 pages, 26 €.

♦ Bruno FERN, Suites, éditions Louise Bottu, juin 2018, 162 pages, 14 €.

♦ Laurent GRISEL, Journal de la crise de 2008, éditions Publie.net, printemps 2018, 272 pages, 20 €.

♦ Pierre MÉNARD, Comment écrire au quotidien. 365 ateliers d’écriture, Publie.net, 2018, 450 pages, 24 €.

♦ Cécile PORTIER, De toutes pièces, Quidam éditeur, à paraître en août 2018, 180 pages, 18 €.

♦ Jean-Claude PINSON, LÀ (L. – A., Loire-Atlantique). Variations autobiographiques et départementales, éditions Joca Seria, Nantes, juin 2018, 280 pages, 19,50 €.

♦ Olivier QUINTYN, Implémentations/implantations : pragmatisme et théorie critique, Questions théoriques, 2018, 320 pages, 18 €.

Revue des Sciences Humaines, Université de Lille III, n° 329 : "Orphée dissipé. Poésie et musique aux XXe et XXIe siècles", printemps 2018, 296 pages, 28 €.

♦ Marc-Émile THINEZ, L’Éternité de Jean, éditions Louise Bottu, juillet 2018, 140 pages, 14 €.

♦ Patrick VARETZ, Rougeville, éditions La Contre Allée, Lille, printemps 2018, 96 pages, 8,50 €.

 Libr-brèves

â–º En hommage à notre ami Christophe Marchand-Kiss (1964-2018), qui nous a quittés trop tôt, sur Libr-critique on pourra (re)lire un extrait de Mère/instantanés et une chronique sur l’un de ses textes publié sur Publie.net en 2009.

â–º Bien que ce festival méditerranéen ait bien changé, RV à Sète du 20 au 28 juillet : avec notamment Béatrice Brérot, Sébastien Dicenaire, Frédérique Guétat-Liviani, Jean-Luc Parant et Pierre Tilman.

21 juillet 2017

[Chronique] Ecritures du vide : 3. Patrick Varetz, Sous vide, par Fabrice Thumerel

Dans notre société d’hyperconsommation, plus que jamais c’est sous vide qu’il faut écrire… En résonance avec notre bas monde, le troisième volet d’une entreprise singulière nous plonge dans un univers à la fois tragique et burlesque – beckettien… [Ecritures du vide 2. Jérôme Bertin]

Patrick Varetz, Sous vide, P.O.L, février 2017, 216 pages, 15 €, ISBN : 978-2-8180-4105-5.

"Les narrateurs de mes livres, dépassés par le réel, sont souvent – tout bien considéré –
dans un état proche de l’hallucination" (Matricule des Anges, n° 180, p. 22).

Dans Sous vide, nous retrouvons  Pascal Wattez, ce double de l’auteur qui poursuit sa petite vie, c’est-à-dire "l’histoire calamiteuse de [son] existence" (p. 208) : à la fin des années cinquante, Bas monde évoquait un début dans la vie de mauvais augure ; Petite vie, la fin de son enfance, avec en toile de fond Mai 68 ; au début des années quatre-vingt-dix, Sous vide nous présente un trentenaire que sa trajectoire a conduit à l’impasse. Comment aurait-il pu en être autrement ? Cette épave solitaire, ce spectateur de son existence (193) ne fait que reproduire la malédiction sociale qui a marqué sa "folle de mère" (Violette) et son "pauvre salaud de père" (Daniel) : "Pas plus que mon père, je ne possède d’emprise sur mon existence" (29). Ce vide véhicule en fait le poids de la fatalité : "Il y a là, logé dans le creux de ma poitrine, ce sentiment d’échec et d’humiliation qu’il est parvenu à me transmettre, et c’est comme un poids mort – un vide dévorant – qui m’interdit de me ressaisir" (133). Honte et culpabilité comme fardeau tragique : "Ainsi je porte en moi, tel un avorton, l’agglomérat de mon salaud de père et de ma folle de mère, et leur douleur à tous deux" (71)… Son histoire rejoint l’Histoire dans sa dimension tragique : "Tous, on nous a dépossédés d’un ressort essentiel, au point que nous apparaissons condamnés en masse par l’Histoire" (75). Telle est l’ambition du romancier anti-académique : "créer une langue suffisamment forte pour reconstituer le petit monde d’où je viens : un milieu encore assez peu exploré en littérature, celui des enfants d’ouvriers de l’après-guerre, qui – après avoir traversé les Trente Glorieuses – sont confrontés aux effets dévastateurs du néolibéralisme et des crises successives qu’il engendre" (Matricule, 24).

Quand on est un zéro social, on ne peut qu’être un antihéros : "On croit toujours que l’on va avaler le monde, mais c’est lui – au final – qui vous gobe sans attendre" (38). Avorton ravagé par l’angoisse, cet homoncule ne fait qu’un avec la Chose mélancolique qu’il rejette pour redevenir une "petite chose" méprisable : "Je redeviens – au creux de ce lit – cette petite chose, indétectable et inutile, et qui se laisse trop souvent porter par des courants immaîtrisables. Ma gorge se noue" (31). Comment échapper à cette angoisse, comment combler un tel vide ? Par voie orale : "Je me sens tellement démuni, inachevé, qu’il me faut sans relâche boire ou manger, ou fumer – ne serait-ce que pour empêcher ma gorge de se resserrer tout à fait" (14). Par la quête d’une "identité d’emprunt" (27), à savoir l’imitation grotesque de Blanc, cet avatar du docteur Kuzlik (Jusqu’au bonheur) et de Caudron (Bas monde)… Voies sans issue. Par l’amour ? Ce petit roseau bandant se tourne vers Claire, tous deux réunis par leur "part d’ombre" (85). Mais cet amour ne fait qu’exacerber son inexistence, alimenter son hontologie. Au reste, l’accouplement avec celle qui perd peu à peu la claire conscience de soi devient rapidement absurde : habitant près d’un théâtre, le couple se joue la comédie… Il n’y a pas jusqu’à l’acte sexuel qui ne soit grotesque : "Ce doit être ça l’amour, cette gesticulation de l’être, comme une tentative maladroite d’accéder aux zones éclatantes et censément plus bienveillantes de la félicité" (194-195). S’ensuit une scène digne d’un roman de Beckett comme Malone meurt. Beckett auquel renvoie l’incipit : "Où aller ? Quoi faire ?" Écrire, pour conjurer le vide. Une écriture du ressassement qui donne toute sa place à ce vide, qui le donne à voir par-delà la saturation. Une écriture du ressassement à laquelle ressortit l’incantation même : (r)appeler à l’existence l’amante – Claire – c’est trouer le présent, en appeler à l’inexistence.

18 mai 2017

[Chronique] Ecritures du vide : 2. Jérôme Bertin, Un homme pend, par Fabrice Thumerel

Trois textes récents, qui se présentent sous des formes variées, font du vide le noyau de l’écriture : après celui de Maud Basan, et avant celui de Patrick Varetz, penchons-nous sur celui de Jérôme Bertin, dont c’est le douzième livre. En route pour le vide : psychique, métaphysique, social, scriptural…

Jérôme Bertin, Un homme pend, éditions Le Feu sacré, janvier 2017, 48 pages, 9 €, ISBN : 979-10-96602-00-1.

"Je dirai le cancer de l’être-sans, de l’être-larve.
Je dirai la misère. J’écrirai avec mon sang s’il le faut, la certitude que l’on doit
se réveiller avant la nuit totale qui engendrera le chaos. J’écris pour tuer,
et pour que ces meurtres à l’encre sauvent ce qu’il y a encore de sauvable" (p. 41).

Non pas un homme qui dort… Un homme pend, dans le vide. Celui d’"une société où l’enseignement de l’ignorance forge des esprits soumis à la consommation à outrance et à l’égoïsme le plus lâche" : "Le lèche-vitrines devient art d’état. La pornographie une institution. L’individualisme fait de nous ces atomes parfaitement inconséquents et inoffensifs". D’où la révolte : "Je veux venger ma race écrivait Annie Ernaux. C’est effectivement tout un peuple qui a besoin des livres pour se libérer du joug de la bêtise ambiante, de la soumission" (40). Mais comment échapper à la pose de l’artiste rebelle ?

Un homme pend, dans le vide de la page – le vide de la poésie. Toute posture n’est-elle pas imposture ? "Poète maudit", "poète rebelle", homo absurdus… En un temps de saturation (de l’espace comme de l’espace social et culturel), le postpoète met en scène le vide auquel plus que jamais est confronté tout écrivain authentique. Si son éditeur a le feu sacré, Jérôme Bertin, lui, a un sacré foutre, un sacré foudre. Le bâtard du vide n’a en effet de cesse de compisser les "artistes du vide postmoderne" (15), les "petits rebelles de l’art" (46), la Beauté académique, les Parnassiens, les Muses… Sans illusions sur le rôle de l’écrivain aujourd’hui : "Qu’y a-t-il derrière l’habit de l’écrivain. Plus grand chose. Une machine à écrire et c’est tout. Que reste-t-il une fois éludé le masque. Un marasme infernal de solitude et de dégoût" (25). Mais dans le même temps, il met en scène son propre ratage : le "suicidé raté de la société" (11) est "un imposteur" (19), un "bouffe-varices" (8) qui fait partie des "fous de l’étron" (38)… Cette autobiographie du vide qui accumule les baisades – les cons et les fions – fait ainsi la nique au genre dominant de l’autofiction.

À défaut d’excéder le vide, le postpoète choisit la fuite en avant, optant pour l’excès. D’où une punch poésie dont le moteur à explosions repose sur un phrasé tonique et divers jeux sur le signifié et le signifiant (anadiploses, détournements, échos sonores, calembours et à-peu-près, paronomases…) : "Jouer carte sur étable" (19), "camarade de crasse" (21), "J’ai dépassé mille fois le mur du fion" (21), "contre la montre. Contre la mort" (26), "Vers d’autres corps. Vers d’autres forts à prendre encore" (26), "en avant la muse. Le museau dans le foutre, aveugle, j’écris la foudre" (30), "Les physiques de la marge font des barges au pieu" (32)…

30 mars 2017

[Livre-chronique] Ecritures du vide : 1. Maud Basan, Tout l’été, par Fabrice Thumerel

Trois textes récents, qui se présentent sous des formes variées, font du vide le noyau de l’écriture : avant de nous consacrer à ceux de Jérôme Bertin et de Patrick Varetz, commençons par celui de Maud Basan, qui constitue son deuxième livre. En route pour le vide : psychique, métaphysique, social, scriptural…

Présentation éditoriale

Une femme, une femme seule au long de tout un été parle. Elle parle pour conjurer la solitude, elle parle pour ne pas devenir folle, ne pas disparaître. Pour continuer. Des souvenirs, des espoirs, des regrets. Du désespoir. Mais aussi du bavardage et de l’ivresse à parler, parler dans un mouvement qui se nourrit de lui-même et suggère une invention infinie, une liberté sans limite : « Tu voyagerais dans des pays nouveaux, inexplorés, tu parlerais les langues. Tu voyagerais en haute mer, tu franchirais à pied les cols enneigés et venteux. Tu endurerais la route interminable, les nuits sans sommeil. Tu connaîtrais le temps suspendu, la parenthèse ouatée des voyages en train, en avion, moment de rémission, suspens de tout et attente de tout, un espace pour rassembler ses forces avant l’inconnu, comme ces vieux avions qui faisaient autrefois le point fixe, moteurs à fond, toutes tôles vibrantes, avant de s’élancer de tout leur poids pour décoller, se soulever dans les airs. »
Comme un patchwork littéraire, ce livre est composé de fragments qui peu à peu s’organisent à travers leurs récurrences, des correspondances, des échos, des appels. Des genres s’y entrecroisent (journal, lettres, récits, fictions), ainsi que des textes écrits sous de féroces contraintes oulipiennes (notamment la contrainte du prisonnier), des tonalités s’y mesurent, de l’humour au lyrisme, de la mélancolie à la gaieté, pour mieux montrer cette pulsion vitale du dire à tout prix, dire le malheur, la tristesse, la solitude mais aussi la vie imbattable.

Maud Basan, Tout l’été, P.O.L, mars 2017, 220 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-4168-0.

 

Chronique : To do or not to do… /FT/

"Attendre que ça finisse, est-ce que ce serait ça l’histoire ?" (p. 101).

En ces temps hypermodernes, l’aire du vide s’élargit exponentiellement : vide des êtres comme du monde mondialisé. Pour être devenu rare, le silence n’en est pas moins écrasant : celui de l’été, "saison violente" (22), est particulièrement oppressant. Entre un passé désormais interdit et un avenir problématique, non sans humour la narratrice Olga se heurte au temps dont la présence est insaisissable : "Je ne suis pas Pénélope, non plus Shahrâzâd, j’essaie seulement de prendre la mesure du temps, d’en trouver l’échelle, d’en saisir quelque chose. De saisir le temps qui est là, qu’on dirait immobile, et le temps qui arrive juste après, tout le temps qui vient, dont on ne sait pas la limite" (63). Et d’affronter le vide abyssal, celui de la solitude qui peut vous pousser à l’anéantissement. Conjuguer sa vie/son vide est une façon de les conjurer : "Avoir été, avoir eu, / a été, a eu, / est allée, est arrivée, est devenue" (125). Dans une perspective beckettienne, il n’y a pas d’autre issue que d’"attendre que ça finisse" : pas d’autre vie, pas d’autre histoire possible. Entre grammaire du verbe, TDL (To Do List), lettre d’adieu à ses proches et journal existentiel s’inscrit une écriture du vide sidérante. Sans oublier un discours macaronique destiné à la faire sortir de sa prison : "moi ninon vais vous causer en morse ou en russe, en araméen ancien, en romain suranné, en coréen, en saxon, en américain commun, comme serai à même, comme vous me suivrez" (29) ; "ô vos omnes, vous mes mêmes, si vous ne venez, au moins vous ouïrez mon ire, vous messieurs, mes women, mes cocos […]" (107)…

Que faire alors ? Écrire un roman ? "Un roman, c’est déjà fait, ça sert à quoi, il y en a tant, pourquoi passer tant de temps avec ça" (68). Au reste, non, la vie n’est pas un roman : "Alors, il ne se passera jamais rien ? […] Ne verra-t-on survenir soudain un nouveau personnage qui pourrait relancer l’affaire, apporter un peu de fraîcheur, de mystère ou suspense ?" (111). L’amour ? "De toute façon regardez, les couples, même les plus fameux, ça tourne mal, ça tourne au tragique" (36)… L’aventure ? Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Et le romanesque ? D’où le choix d’Olga de s’irréaliser dans un ailleurs utopique/eschatologique : "Tu serais libre, tu vivrais de rien […]. Tu voyagerais dans des pays nouveaux, inexplorés, tu parlerais les langues" (79 et 81) ; "Tu vivrais parmi les sauvages, les derniers habitants de la jungle amazonienne […]" (100) ; "Tu serais la dernière habitante de la planète" (157)…

5 février 2017

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de février, pleins feux sur Valère NOVARINA, regard sur le n° 56 de La Revue des revues et Libr-brèves (Varetz, Vazquez/Allonneau, Appel de Chamoiseau)…

UNE : Pleins feux sur Valère NOVARINA

â–º En ce mois de février va bientôt paraître La Voie négative aux éditions P.O.L (288 pages, 13 €).

Présentation éditoriale :

Valère Novarina a effectué deux séjours en Haïti pour préparer et jouer sa mise en scène de L’Acte inconnu (P.O.L 2007). Il relate cette expérience dans une première partie de Voie négative intitulée Ecrit dans l’air. Il y est question du travail avec les acteurs, de théâtre et de peinture, de l’accord profond qui s’est produit lors des répétitions et du travail plastique. C’est un texte joyeux. La deuxième partie du livre, son deuxième acte, Voie négative, donne son titre au livre, donc. Elle développe cette idée de plus en plus ferme chez Valère Novarina que ‘l’esprit respire’. Et s’il respire, c’est parce qu’il renverse, parce qu’il passe par ce que l’auteur appelle le niement (quelque chose comme une négation positive, dialectique). Le lien entre la pensé et la respiration, Valère Novarina le ressent très concrètement. Pour lui, il saute aux yeux, lorsque l’on regarde de près travailler les acteurs, la respiration animale préfigure la pensée, l’annonce. La troisième partie s’intitule Désoubli. C’est un texte qui parle de la présence mystérieuse en nous de toutes les langues, la langue maternelle bien sûr, mais aussi d’autres langues, insolites, secrètes, apparemment mortes, vivant toujours au fond de nous… Valère Novarina tourne ici autour de l’idée que le langage est un fluide, une onde, une ondulation, un geste dans l’air, une eau…Chaque « parlant » porte en lui un peu de la mémoire de toutes les langues. La quatrième et dernière partie du livre, Entrée perpétuelle est une métamorphose, un déguisement, une autre version, en tout cas un regard nouveau sur la mystérieuse machinerie organique du Vivier des noms (P.O.L 2015). C’est une réduction – ou plutôt un précipité du livre (au sens chimique) – une nouvelle entrée, sous sa forme active, agissante. Et sa version nouvelle pour la scène.

â–º PEINTURES ET DESSINS : DisparaiÌ‚tre sous toutes les formes : exposition Valère Novarina aux Sables d’Olonne, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix

Du 5 février au 28 mai 2017 – Les Sables d’Olonne, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix

ValeÌ€re Novarina peint, écrit, dessine et met en sceÌ€ne : le geste, le mouvement sont au centre de sa création. Selon lui, « l’organe de la pensée, c’est la main ». Il travaille l’espace comme de la matieÌ€re et les couleurs comme du langage. Son théaÌ‚tre cherche aÌ€ rendre la parole saisissable et visible par son déploiement dans l’espace. Il manie depuis le début des années 1970 une langue vitale, éruptive et fiévreuse : elle parle de l’homme, qui hante son univers, prolifeÌ€re, s’incarne en 2587 personnages dans son chef d’œuvre, Le Drame de la vie (1984). Par la plume, l’artiste appelle, dénomme, esquisse quelques silhouettes — ou creuse des corps ; il poursuit ses expériences d’inquiétude rythmique : renversements des sons des couleurs et des mots. Autant d’épreuves ; de variations d’un texte aÌ€ l’autre, jusqu’aÌ€ son tout récent opus, Le Vivier des noms, présenté en 2015 au Festival d’Avignon.
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On range volontiers ValeÌ€re Novarina parmi les artistes inclassables, sans doute parce qu’il progresse aÌ€ contre-courant, non seulement aÌ€ l’écart des autres mais aussi au-delaÌ€ de soi. Il se reconnaiÌ‚t pourtant quelques affinités électives, avec Jean Dubuffet, Louis Soutter, Pierre Lucerné ou Antonin Artaud, peintres et poeÌ€tes, écrivains ou dessinateurs tout comme lui, ou avec ces artistes qui, sous la bannieÌ€re de l’art brut, font de leur œuvre nécessité et souffle de vie. Alors oui, l’homme, son verbe, sa vie, motivent l’oeuvre de ValeÌ€re Novarina. Mais il les prend bel et bien aÌ€ l’envers, aÌ€ rebours, aÌ€ la recherche d’un autre langage, de formes inconnues, qui n’appartiennent aÌ€ personne, et surtout pas aÌ€

leur auteur, mais s’échappent et saisissent. Ainsi ValeÌ€re Novarina pratique-t-il un art paradoxal et tendu, qui fait rimer engagement et dessaisissement, organisation et précipitation, un art du geste, qui ne s’arreÌ‚te pas aÌ€ une discipline mais les convoque toutes et les fait circuler, de l’espace sans dimension de la sceÌ€ne au blanc de la toile ou du papier. Et au centre, donc, reste l’homme, sa main, son corps, sa voix, que Novarina traverse, égare ou dirige dans son théaÌ‚tre de « vrai sang » ouÌ€ une kyrielle de personnages, féroces ou cocasses, compose et se décompose comme autant d’apparitions et de métamorphoses d’une humanité captive et se délivrant : « Allez annoncer partout que l’homme n’a pas encore été capturé ! ».
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Exposition proposée en partenariat avec Le grand R, scène nationale de La Roche-sur-Yon.
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Visites guidées de l’exposition les 19 février, 12 mars, 16 avril et 14 mai aÌ€ 15h

Musée de l’abbaye sainte-croix
Ville des sables d’olonne
Rue de Verdun
85100 Les Sables d’ Olonne

Périodes scolaires
Du mardi au vendredi de 14h à 18h
Le week-end de 11h à 13h et de 14h à 18h

AUTOUR DE L’EXPOSITION

♦ Le jeudi 30 mars à 18h30

Conférence de Marion Chénetier-Alev, maître de conférences en études théâtrales – Université François Rabelais – Tours : « Nous n’avons pas de figure du tout » : les correspondances de Jean Dubuffet et Valère Novarina



♦ Le 20 mai à partir de 19h30
, à l’occasion de La Nuit des musées

Paysages parlés, suite pour voix (Agnès Sourdillon, comédienne) et cordes (Mathias Lévy, violon improvisé), sur des textes de Valère Novarina

♦ Visites guidées les 19 février, 12 mars, 16 avril et 14 mai à 15h

Parution du Cahier de l’Abbaye Sainte-Croix n° 133

Vacances scolaires (Toutes zones)
Tous les jours de 11h à 13h et de 14h à 18h (sauf les lundis)
Plus d’informations : http://www.lemasc.fr/masc/

La Revue des revues /Fabrice Thumerel/

La Revue des revues, Paris, Entrevues, n° 56, 907702-71-3.

Quel est le point commun entre ces revues : Les Cancans (1830-1832), Le Monte-Cristo (1857-1860), L’Escarmouche (1893-1894), Perhindérion (1896), Le Sonnet (1897-1898), Le Sourire (1899-1900), Le Bloc (1901-1902), Le Poil civil (1915), Les Pavés de Paris (1938-1940), La Condition humaine. Calendrier des jours de honte, ou encore Le Petit Poète illustré (depuis 2000) ? Ce sont des revues d’un seul, revues uninominales ou encore revues personnelles : respectivement signées par Bérard, Alexandre Dumas, Georges Darien, Alfred Jarry, Charles Guérin, Paul Gauguin, Georges Clémenceau, Tristan Bernard, Emmanuel Berl, Roger Nimier et Jacques Réda. Dans son passionnant article (p. 46 à 105 !) qui ne recense que les publications sans aides majeures (sont donc ignorées The Mask de Craig ou Les Cahiers de la Quinzaine de Péguy), Éric Dussert analyse les motivations des auteurs : élaboration d’un outil stratégique ou satirique, création de formes, passion de l’information… Avant de distinguer divers types : les marginaux, les indifférents au pouvoir ou à l’actualité, les rétifs, les joueurs…
Dans cette même riche livraison, notons l’article de Fanny Lorent sur l’hétérogène revue Poétique, du trio initial (Cixous, Genette et Hamon) à nos jours.

Libr-brèves

â–º Jeudi 9 février 2017 à 19H, Librairie Le Bateau Livre (154, rue Gambetta à Lille), rencontre avec Patrick VARETZ autour de son dernier livre Sous vide, qui paraît le jour même chez P.O.L (soirée animée par Patrice Robin).

â–º À écouter : Laura Vazquez – Simon Allonneau : "Ça va".

â–º À lire : Patrick Chamoiseau, "Frères migrants. Déclaration des poètes".

29 janvier 2017

[News] News du dimanche

Dernières NEWS de janvier, déjà tournées vers février : pleins feux sur ESPITALLIER ; on se met "sous vide" en attendant le prochain roman de Patrick Varetz ; soirée OB/SCÈNE à Databaz (Angoulême)…

 

â–º Pleins feux sur Jean-Michel ESPITALLIER : sur Les Archives du présent, découvrez l’entretien + vidéo…

Et le 16 février, on attend avec impatience la réédition du Syd Barrett (Le Mot et autres choses).

 

â–º Le 9 février prochain, on se rue en librairie : un nouveau Varetz, ça ne se manque pas ! On retrouvera un narrateur beckettien, fils de Violette, sa pauvre mère, et de Daniel, son salaud de père… Un antihéros hanté par le vide…

Patrick VARETZ, Sous vide, P.O.L, février 2017, 216 pages, 15 €.

Présentation éditoriale. Il ne supporte pas de vivre seul, alors il l’appelle, et elle s’empresse d’accourir. Ils font l’amour, elle s’installe chez lui. Cela pourrait s’apparenter à un roman sentimental, sauf que le livre s’ouvre – sans jamais se refermer – sur la vacuité de toute vie.

« L’amour. Je crois que cette ombre, sans forme, travaille sans relâche à creuser le vide sous mon existence. Cela s’apparente à un tiraillement sourd, et parfois à une gêne dans la gorge et derrière les yeux, une faim impossible à rassasier. Ce n’est jamais dirigé contre quelqu’un en particulier. C’est là, qui m’oblige à saisir l’opportunité qui se présente, à accepter n’importe quoi, par peur toujours de voir la situation empirer jusqu’à l’inacceptable. »

 

â–º Samedi 4 février à 20H30, soirée OB/SCÈNE à DATABAZ (100, rue du Gond à Angoulême : Philippe Boisnard et Hortense Gauthier).

Pour 2017, DATABAZ accueille une série de soirées OB/SCENE, concerts organisés par un jeune collectif défricheur de sons.
Ces soirées proposent des musiques empruntant des voies parallèles, peu présentes sur les scènes dominantes, des expériences sonores multiples et éclectiques, à suivre !

1ère soirée de l’année : DJELYBAND, concert de musique guinéenne, qui mélange traditionnel, afrobeat et afrojazz …

Entrée : 5 euros

14 février 2016

[News] News du dimanche

Après la disparition de Pierre Bourdieu en 2002, Annie Ernaux a écrit un magnifique texte, "Le Chagrin" : c’est ce que ressentent tous ceux qui ont connu Jacques SIVAN, autour de Libr-critique et ailleurs… Aussi commencera-t-on ces NEWS par un Hommage au poète de l’espace motléculaire (1955-2016). Suivront des Libr-brèves diverses : "St ValentinTM" de CUHEL ; abécédaires sur Diacritik ; festival Poés’arts ; RV avec la revue M U S C L E et avec Anne-James Chaton.

 

Hommage à Jacques SIVAN (1955-2016)

Portrait de Jacques SIVAN par Philippe Boisnard ("Time of poetry", 2012)

Côté revues, après avoir participé à TXT, Jacques Sivan a fondé Java avec Jean-Michel Espitallier.

Côté éditeurs, de l’Atelier de l’Agneau au Dernier Télégramme, en passant par Cadex, Trame Ouest, Derrière la salle de bains, Voix, ou encore Les Presses du réel. Mais surtout : Al dante.

Libr-critique a publié et chroniqué bon nombre de ses créations, parmi lesquelles : Mar / cel Duchamp en 2 temps 1 mouvement (Les Presses du réel, 2006) ; Le Bazar de l’Hôtel de ville (Al dante, 2006) ; écoutons "JAVA is not dead" (2007) ; Dernier télégramme d’Al Jack (2008) ; Similijake (Al dante, 2008) ; Pendant Smara suivi de Pissarro & C° (Al dante, 2015)…

L’entretien qu’il a donné courageusement à Emmanuèle Jawad en novembre dernier est à relire comme l’ultime retour sur une œuvre marquante : "L’espace motléculaire".

NON, Jacques SIVAN is not dead.

Libr-brèves

â–º  Dans ce TPP (Texte de Poésie Pratique) que constitue "St ValentinTM",  CUHEL et son Service World Image Nihil Gate (SWING) fêtent à leur façon la fête-des-amoureux / fête-à-neuneux.

â–º Sur Diacritik, on ne manquera ni l’Abécédaire de Liliane GIRAUDON ni ceux de Véronique BERGEN et de Patrick VARETZ.

â–º Poés’arts, festival de poésie et d’art contemporains, du 4 au 6 mars 2016 à l’abbaye de Baume-les-Dames.

La table-ronde, les lectures et les entretiens se dérouleront dans l’Abbaye de Baume-les-Dames.
Durée de chaque lecture : 30 à 40 minutes.
Les ateliers créatifs réunissant artistes et poètes se tiendront au sein même de l’atelier d’Æncrages & Co.
Entrée libre et gratuite à l’ensemble de la manifestation.

VENDREDI 4 mars

☞ 18h Lecture de Philippe Claudel

SAMEDI 5 MARS

☞ 10h30 Table Ronde : Les voix de la poésie. Avec la participation de Roland Chopard (éditeur), Claude-Louis Combet (poète), Jacques Moulin et Elodie Bouygues (animateurs des Poètes du Jeudi), Geneviève Peigné & Jean-François Seron (organisateurs de Samedi poésies dimanche aussi), Françoise Ascal (poète), Sabine Huynh (poète, traductrice), Manuel Daull (libraire, poète).

☞ 14h Entretien avec Michel Butor par Roland Chopard et Elodie Bouygues.

☞ 15h Signature du livre d’artiste de Michel Butor et Martine Jacquemet.

☞ 16h Lecture de Françoise Ascal

☞ 17h Lecture croisée de Déborah Heissler et Sabine Huynh (accompagnées au violon d’Agathe Lorcat)

☞ 18h Vernissage des expositions des artistes Jean-Michel Marchetti, Jean-Claude. Terrier, Aaron Clarke et Philippe Agostini

DIMANCHE 6 MARS

☞ 10h30 Ateliers de création avec les artistes présents dans l’atelier

☞ 14h Performance Michel Butor / Jean-Michel Marchetti / Olivier Toulemonde

☞ 16h Lecture de Jacques Moulin.

â–º Dimanche 21 février 2016, 17H-20H, à l’occasion de la parution du n° 8, présentation de la revue M U S C L E, par Arno Calleja et Laura Vazquez.

Lectures de Christophe Manon, Yuhang Li & Mathieu Brosseau.

M U S C L E est une feuille de papier pliée 4 fois qui fait 42 centimètres de long et 16 centimètres de haut. Tous les 2 mois, sur la feuille qui est la revue M U S C L E, il y a 2 textes, il y a 2 auteurs.

M U S C L E est une couleur qui change à chaque numéro, avec de l’écriture posée dessus à chaque fois. M U S C L E est composée, pliée et éditée par Laura Vazquez et Arno Calleja. 

â–º Mardi 23 février 2016 à 19H, Le Monte-en-l’air, rencontre avec Anne-James Chaton pour son dernier livre, Elle regarde passer les gens (Verticales).

« Elle reproche aux habitants de l’immeuble de l’espionner. Elle révèle des matières. Elle fait surgir des formes. Elle façonne des idées. Elle se fait tout voler. […] Elle doit fuir. Elle retournera à Paris. Elle y a des amis. Elle part pour la Suisse. Elle est arrêtée à la frontière. Elle n’a pas de papiers. […] Elle est de retour à New York. Elle danse. Elle parle. Elle choque. Elle a dû écourter son programme. Elle fait le bilan. Elle a perdu beaucoup d’argent. […] Elle soupçonne quelque chose. Elle ne lui fait pas confiance. Elle se méfie de cette Mary. Elle tourne autour de John. Elle lui plaît. Elle n’est pas la seule. »

Derrière ce «Elle» à identités multiples se cachent treize destins de femmes ayant marqué l’imaginaire du XXe siècle. Les vies de ces célébrités anonymes, saisies au plus près de leur quotidien, se chevauchent en une biographie sans temps mort qui réinvente l’épopée de notre modernité.

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