Libr-critique

21 décembre 2006

[Recherche] Darwin comme un roman, Philippe Castellin

Rapide- répons à 2 textes de C. Hanna [lire +] et Ph. Boisnard [lire +]
Musique : Keyboard Study #2 – Terry Riley

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À juste titre, me semble-t-il, Philippe Boisnard dans un article qu’il consacre à DOC(K)S, commence par constater qu’il existe un souci commun à beaucoup des contributions qui constituent ce numéro “théorique” , celui-ci les agençant (là encore PH. Boisnard voit juste) d’une manière significative, calculée ou se voulant-t-elle. Souci commun : l’action. Mais aussi matière à divergences et discordes, que Philippe Boisnard, dans la suite, propose de structurer à partir de la confrontation entre deux textes qu’il estime caractéristiques à cet égard, celui d’Alain Frontier et celui de Christophe Hanna. Il est vrai que le fait que les pages d’Alain Frontier concernent de manière polémique l’un des livres publiés par Hanna (Poésie action directe) rend plus patentes, à certains égards, ces divergences, vrai également que la dimension nominative des choses pourrait bien contribuer à obscurcir le débat. Pour moi, je tiens à souligner que les critiques, les débats « théoriques » voire, ne sont pas chose négative et stérile, au contraire – Même si, en définitive, ce sont les Å“uvres qui importent, et l’emportent. En tout cas si, maintenant, je tente de « répondre » à Ph. Boisnard et, indirectement, à C. Hanna, ne pas y voir le signe d’une animosité ou d’une hostilité mais au contraire celui de l’intérêt et de l’estime que j’éprouve à leur égard.

Comment donc A. Frontier, – Ph. Boisnard dixit – aborde-t-il l’action ? – Le socle « épistémique » de la position de Frontier serait constitué par une conception déterminée de la poésie que Ph. Boisnard rattache à la « modernité ». Dans cette conception, la poésie est envisagée comme langage visant à l’expression des limites mêmes du langage, rapporté au « Réel » donc. Pour citer Boisnard : « la poéticité mise en avant est donc celle de l’arrachement de la situation symbolique, sociale, politique qui détermine le sujet, en direction d’un réel voilé… nous comprenons que le langage doit faire trouée… ». Jusqu’ici, si l’on accepte d’oublier le texte même d’Alain Frontier (je me garde bien de demander s’il correspond ou pas aux assertions de Philippe Boisnard, Alain Frontier étant bien capable de se défendre ou de rectifier si besoin est) on peut convenir que le type de poétique évoquée se trouve effectivement formulée et présente dans l’histoire de la poésie, au XIX° et XX° siècle. On songera aux romantiques allemands, aux surréalistes. Et il est possible que certains des poètes réunis par « THÉORIES-DOC(K)S » soient également porteurs, dans leur poétique sinon dans leur pratique de la poésie – ce n’est pas nécessairement la même chose – de cette conception qui, structurée par le rapport poésie/Réel, est évidemment susceptible de multiples variantes selon « le » Réel (ou l’ « Etre ») dont on parle. En tous les cas cependant, la poésie s’y rattache à une thématique du forçage et de l’indicibilité. Il suffit, pour cela, qu’un référent absolu, un Réel Majuscule soit posé, hors d’atteinte sauf par Voie et Voix poétique.

Il est tentant d’approfondir cette structure afin d’y retrouver, ainsi que le fait Ph. Boisnard, la marque expressive d’une onto-théologie basée sur une transcendance verticalisée, entre zénith et nadir déclinable. Au poète, à l’Artiste, il appartient d’avoir relation privilégiée avec les cieux ou les abîmes, la chose est ancienne et connue, et chargée de conséquences précises dans les modalités de monstration (de « rencontre ») de l’art, ou dans les procédures éditoriales et le rapport au « livre » où elle s’exprime de manière concrète à travers ce que C. Hanna qualifie « d‘ hypocrisie », soit ce que j’ai appelé « l’ensemble des procédures très intéressées par lesquelles la poésie ou le poème neutralisent formellement leur insertion dans le monde, en occultant globalement la relation qu’ils entretiennent à l’univers des medias, des techniques, des circuits de diffusion et de production… » (« DOC(K)S mode d’emploi ») – Calme bloc ou météorite, le poème-alien tombe dans un monde qui lui serait étranger et, comme dans le film auquel je songe autant qu’à Mallarmé, la foule, mystérieusement instruite de l’événement, s’assemble muette, pour adorer la pierre noire. J’ajoute que, comme Ph. Boisnard, j’estime que nous sommes loin d‘en avoir fini avec cette vision théologique de l’art, toujours prompte à ressurgir malgré les coups qui lui ont été assénés, notamment, par les avant gardes du XX° siècle. Nul hasard si l’article que j’ai écrit dans le même numéro s’achève par l’injonction, ironique, d’avoir à « en finir avec le moyen Age » – sentence à laquelle je

20 octobre 2006

[Revue] DOC(K)S POESIE(S)/THEORIE(S)

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 18:20

>> Revue DOC(K)S, Quatrième série, n°1/2/3/4, Poésie(s), théorie(s) + Film (DVD rom)[entre 2 siècles]

[site]

450 pages, 50 €

docks_theorie115.jpgPlutôt que de mettre un extrait, et avant de faire une chronique — travail qui raisonnablement sera impossible et qui demandera de choisir des lignes spécifiques — je préfère d’emblée marquer l’importance historique de ce numéro de DOC(K)S, sans doute, l’un des plus importants depuis sa création.
Il n’échappera à personne, qu’une nouvelle série commence, Julien Blaine revient de son long voyage à travers la performance (bye bye la perf), et voilà DOC(K)S qui se retrouve avec son créateur historique entouré des deux acolytes qui l’ont recueilli et amener à traverser les années 90 et le début du siècle. Si ce numéro a de l’importance, ce n’est cependant aucunement pour cela. Si une nouvelle série peut commencer, cela n’a je crois que peu de rapport avec ce retour, retour de Blaine, qui de fait n’a jamais quitté DOC(K)S son nom y étant attaché, aussi bien que celui de Jean Torregrosa et de Philippe Castellin maintenant.

Si une quatrième série peut commencer, c’est parce que DOC(K)S propose une réponse historique à un certain nombre de questions historiques sur la poésie. Réponse historique qui n’est pas donnée seulement par ses créateurs [thèse], mais qui fait intervenir l’ensemble des participants de la réalité qui fonde la poésie et la littérature contemmporaine. Qu’on lise les noms : Balpe, Blaine, Bootz, Burgaud, Boxon, Castellin, Christoffel, Darras, Dreyfus, Fontana, Frontier, Game, Garnier, Garvard Perret, Giroud, Hanna, Hémion, Hubaut, Kostelanetz, Lebel, Leibovici, Limongi, Malbreil… Qu’on lise et relise les noms, qu’on les poursuive : Maraux, Menoud, Meyer, Minarelli, Molinié, Pey, Prigent, Tanabé, Simon, Sivan… et j’en oublie… Ce numéro est historique, car il pose un répons possible à la mise en question théorique des pratiques poétiques, et ceci aussi bien, par des pratiques, ce qui rejoint en quelque sorte le travail qu’a effectué cette année Denis Ferdinande dans TheoRire actes (essai) en tant que suspension de réponse face à l’injonction prigentienne de Salut les modernes, que par des ouvertures théoriques. Ce répons n’est pas celui d’une école, n’est pas celui confiné d’une édition qui s’auto-promeut, mais il est celui entrecroisé d’une véritable anthologie critique, qui n’avait pas encore été faite en France, amenant — comme j’y reviendrai dans ma chronique — de véritables affrontements non seulement sur la question de la définition de la poésie, mais aussi plus largement sur des questions ontologiques portant aussi bien sur le sujet humain que l’espace politique. Seule une revue comme DOC(K)S pouvait accomplir un tel pari, et ceci du fait que DOC(K)S est une revue de croisement, non pas lieu de fixation idéologique sur la poésie, mais lieu d’ouverture(s) des pratiques.
Le dialogue ainsi ouvert par ce numéro, pris dans la dynamique d’une juxtaposition qui ne suit pas l’ordre alphabétique, met en jeu, en tension chacune des interventions. Un choix de trajectoire a été choisi, il y a un sens à cette édition. Ceci est redoublé par le DVD, véritable film, [Entre 2 siècles], où se croisent les interventions d’Akenaton, Blaine, Giroud, Menoud, Serge Pey … autour d’une ligne de structure qui est celle de trois interventions de Paul Virilio qui de fait met en question ce qui est dit dans ces différentes interviews ou créations.

Certes toutes les interventions ne sont pas de même qualité, mais la préciosité historique de ce numéro tient justement aussi à ces déséquilibres, aux lignes de fracture, qui séparent ces paroles, ou bien ces écrits. Les qualités varient : questionnement, affirmation, cynisme, copinage, errance, impertinence, egocentrique, publicitaire, décalée, à côté, ….

Ce numéro ainsi est historique car il propose, non pas un panorama de pratiques, mais le faisceau théorico-pratique qui détermine les formes de la poésie à partir de ceux qui se situe sur ces lignes généalogiques, et ceci depuis les futuristes (Les idées futuristes après la fin des futuristes, Giovani Lista) ou Dada (Théorie DADA, Michel Giroud), jusqu’à l’usage des micro-ordinateurs (Panorama de la poésie numérique : Vers une écriture verbi-voco-visuelle, Jacques Donguy).

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