Libr-critique

21 novembre 2018

[News] Exposition Poésie numérique

Exposition POÉSIE NUMÉRIQUE, Galerie Satellite : 7 rue François de Neufchâteau 75011 Paris, m° Charonne / ouvert du mardi au samedi de 14 h à 19 h / Tél : 01 43 29 80 20.
Franck ANCEL, Alain ARIAS-MISSON, Philippe BOISNARD, Augusto de CAMPOS, Sarah CASSENTI / Bernard BOUSQUET, Philippe CASTELLIN, Caterina DAVINIO, Jacques DONGUY, Giovanni FONTANA, Eduardo KAC, Alison KNOWLES, Claude MAILLARD.
Vernissage le jeudi 22 novembre 2018 à 18 heures. Du 22 novembre au 6 décembre 2018 / Du 12 au 22 janvier 2019.

La Poésie numérique est née avec le développement de l’ordinateur portable grand public (PC) à partir des années 1980. Mais l’exposition comprend aussi une œuvre pionnière d’Alison Knowles (U.S.A.) de 1968, « House of dust », sous forme de sortie imprimante signée, œuvre mythique montrée à CalArts et plus récemment au CNEAI. Mais le véritable démarrage de la Poésie numérique va se faire, il y a plus de trente ans, avec les premiers PC, avec, pour cette première génération, Philippe Castellin, Jacques Donguy, Eduardo Kac et Claude Maillard. Une émission Tracks sur Arte, en date du 12 octobre dernier, donc visible en replay, a été consacrée à la Poésie numérique, plus précisément « de Hugo Ball à la Poésie numérique ». Philippe Castellin présente la série « Fanfares », qui a été montrée au FRAC Corse. Sur fond de vidéo de carnaval à Compiègne, cette œuvre utilise le web pour aller chercher des données liées aux informations du jour qu’elle récupère parmi les FluxRss. Ces informations sont mises en forme d’un texte dont les attributs varient en fonction des données sonores. Soit une position critique à l’égard de la saturation des récepteurs par ce défilé permanent qui finit par leur ôter toute signification. De Philippe Castelin aussi, des œuvres plastiques à base de QR Codes : « Alias » et « Flanolula ». Jacques Donguy est représenté, outre par des tirages photo de captures d’écran d’ordinateur textes/images en Pure Data, son dernier travail, par des photos de Bernard Bousquet. Il s’agit d’une vidéo-projection d’un texte de lettres vert fluo, comme dans Matrix, produit aléatoirement par un Atari 520ST, disquette de 1993, miraculeusement encore en fonctionnement, sur le corps de Sarah Cassenti, à l’occasion d’une performance au Générateur à Gentilly le 6 juillet dernier. Eduardo Kac (U.S.A.) présente « Outrossim », un QR Code qui se révèle un poème après lecture anamorphique par un smartphone. Claude Maillard, auteur de « Machines vertige Sat.L. Robot » en 1994, présente des tirages numériques. Pour les années 1990, nous avons le brésilien Augusto de Campos, en Italie Caterina Davinio et en France Philippe Boisnard. Augusto de Campos, qui vient de recevoir le grand prix de poésie Janus Pannonius en Hongrie, montre des tirages d’œuvres numériques extraits de son dernier recueil « OUTRO », publié en traduction partielle dans la revue « Celebrity Cafe » #03. Caterina Davinio, qui a participé à la Biennale de Venise, montre des œuvres sur aluminium et des vidéos. Philippe Boisnard expose lui « Black Hole in the language », où, à l’aide d’une application sur smartphone, on peut envoyer un secret, qui apparaît, puis disparaît dans un vortex de millions de lettres tourbillonnant autour d’un trou noir. En échange, le spectateur reçoit le secret d’une autre personne sur son portable. Alain Arias-Misson montre une œuvre en plexi en 3D, nouveau travail qui a commencé il y a 4 ans. Franck Ancel fait le lien avec « Le Livre » de Mallarmé et Giovanni Fontana, avec son « réel symbolique imaginaire », fait le lien avec la Poésie sonore.

13 novembre 2014

[Chronique – news] Autour de DOC(K)S/Al dante

C’est ce soir que débute "Poésie action en Avignon", une série de rencontres autour de l’anthologie DOC(K)S que Al dante vient de publier : les dates des RV précèdent la présentation du gros volume.

 

Rencontres autour de l’anthologie Al dante

POÉSIE ACTION EN AVIGNON (autour de Doc(k)s morceaux choisis, 1976-1989) : novembre 13 @ 18 h décembre 20 @ 19 h

9782847617726Expositions / rencontres / performances /lectures

Jeudi 13 novembre
• 18h > La poésie à outrance
une introduction à la poésie élémentaire de Julien Blaine avec Jean-Charles Agboton-Jumeau
• 19h > L’ambiguïté est belle
Exposition de Julien Blaine
vernissage + Déclara©tion de Julien Blaine
• 20h > Interventions performatives de
Laura Vazquez
A.c. Hello
+ performance sonore de Sylvain Courtoux
• de 18h à minuit > « Temps/travail »
performance de Fabienne Letang

Vendredi 14 novembre
• 19h > Lectures de
Yannick Torlini
Liliane Giraudon 
Amandine André

Jeudi 20 novembre :
• 19h > Avava-ovava*
Rencontre avec le collectif La Voix des Rroms
sur le thème Violences contre les Rroms : résistances d’hier et d’aujourd’hui,
autour du livre Avava-ovava, (Al Dante 2014) en présence des auteurs Saïmir MileAnina CiuciuPierre Chopinaud, Lise Foisneau et Valentin Merlin.
+ Débat suivi d’un apéro festif au son
de DJ Rrom & Roll.

Jeudi 4 décembre
• 19h > Plan de situation #7 : Consolat-Mirabeau
Un conte documentaire de Till Roeskens.
« Nous mettrons quelques chaises en cercle, et je vous raconterai ce que j’ai vu et entendu là-bas, dans ce petit coin du grand nord de Marseille. Je prendrai un bout de craie et tracerai sur le sol une carte des espaces fragmentés que j’ai parcourus deux années durant, du port jusqu’au sommet de la colline. Je vous dirai les êtres que j’ai croisés là et ce qu’ils m’ont confié de leurs vies mouvementées ».
+ Présentation de son livre À propos de quelques points dans l’espace (Al Dante, 2014)

Vendredi 5 décembre
• 19h > La peau sur la table, lecture de Jérôme Bertin
suivi de lectures performées de
Stéphane Nowak Papantoniou
Anne Kawala

Détails

Début :
13 novembre 2014 18 h 00 min
Fin :
20 décembre 2014 19 h 00 min

Lieu

Centre européen de poésie
Téléphone :
04 90 82 90 66
4-6 rue Figuière, Avignon, 84000 France

Site Web :
http://www.poesieavignon.eu/

L’anthologie Al dante

 

DOC(K)S, morceaux choisis (1976-1989) : vers un langage de l’action, choix de Laurent Cauwet, préambule de Julien Blaine, postface de Stéphanie Éligert, Al dante, été 2014, 1008 pages, 30 €, ISBN : 978-2-84761-776-2. [Lire l’entretien avec Philippe Castellin en 2011]

 

"Chaque numéro de Doc(k(s est un recueil de poèmes,
  est un reportage
est un roman" (Julien Blaine, p. 432).

 

DOC(K)S est la quatrième revue de Julien Blaine, celle-là même qui, selon les propos de son fondateur dans son paradoxal préambule (placé en fin de volume !), lui sert de planche de salut après l’échec de 68. Fondé en 1976 et orchestré depuis 1990 par AKENATON (Philippe Castellin et Jean Torregrosa), DOC(K)S est, selon un autre créateur fondamental dans son histoire, un lieu de transit et de stockage de matières premières, de choses poétiques à l’état brut, « un chantier permanent et collectif », un « objet-sans-queue-ni-tête, qui impose recto-verso la richesse du stock inventorié, exprime par sa pléthore la hâte infinie à combler le retard pris et, par sa brutalité brouillonne, sa vandale rage face à la "culture" des métropoles nanties sur la table desquelles il déverse, muettement, ses "preuves", ses "documents" ». Ce qui fait dire à Philippe Castellin que DOC(K)S « n’invente pas mais inventorie » (cf. DOC(K)S : mode d’emploi, Al dante, 2002, pp. 449, 155 et 326). Se profile ici une suite d’antinomies sociologiquement intéressante : inventaire versus invention, entreprise collective vs mythe du créateur, culture provinciale vs culture métropolitaine, culture underground vs culture dominante, art populaire vs art élitiste, littérature périphérique vs littérature officielle, objet vulgaire (pauvre) vs objet sophistiqué (riche)… Si l’on suit Philippe Castellin dans son DOC(K)S : mode d’emploi, DOC(K)S se distingue dans l’espace des revues contemporaines par ses innovations conceptuelle, fonctionnelle, formelle et matérique. Sa structure rhizomatique – sa dimension fédérative et internationale – favorise la transgression des frontières artistiques ; s’inscrivant dans la mouvance de la postpoésie et de la sortie du livre, DOC(K)S est une revue multimédia qui défend les poésies expérimentales (poésie visuelle et sonore, poésie concrète, mail art, performance comme poésie action, écritures multimédia) et veille à l’autonomie de l’objet. Dans sa postface qui s’appuie sur le contenu de la revue pour filer la métaphore de la balistique, S. Éligert se réfère d’ailleurs à cet ouvrage clé afin de mieux cerner ce drôle d’objet : « la poétique de Doc(k)s consiste à "désécrire", puis à "icôniciser" » ; "la couverture (…) est déjà un poème"… Comme autres caractéristiques, elle ajoute le débordement, l’obscénité, l’explosivité

Cette anthologie qui offre des "morceaux choisis" extraits des deux premières séries (I. 1976-1986 ; II. 1986-1989) permet de retrouver ces principales lignes de force : prédominance de la poésie visuelle (montages divers, poésie spatiale, post cards), art de la performance… Parmi les curiosités : "poème signalistico-visuel", "poème laser", "art ouvert", "poésie signalétique", "poèmes à convictions"… L’avant-garde doc(k)sienne est avant tout poésie action, comme le souligne Bernard Heidsieck dès le début : "La poésie s’anémiait… Nous lui avons fait du bouche-à-bouche. Elle se confidentialisait… Nous l’avons restituée au cœur de la place publique" (p. 764). L’avant-garde doc(k)sienne est avant tout subversion, donc. Éclatante dans le "sans titre" (1979) de Sarmiento, qui affiche le slogan "ARgenT" ; dans le "poème-tueur" de Miccini et Sarenco ("La poésie tue le poète") ; dans l’anti-manifeste de Blaine, "Manifeste pour l’occupation des stèles et socles abandonnés" ; dans ces vers du Chinois Ma Desheng : "Toutes les prostituées du monde entier / s’unissent en s’embrassant / la république est née / la Constitution de la République ne comporte qu’un seul article / liberté du va et vient" (833)…

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Sur le projet Al dante autour de Doc(k)s, Laurent Cauwet a bien voulu nous donner précisions.

« Pour moi la lecture des anciens numéros de Doc(k)s provoque toujours une sorte de joie furieuse. Ce remuement, ce bruit à la fois typographique et visuel est riche de son nombre, mais surtout des singularités qui forme le nombre. Cela forme une langue "doc(k)s", unique, inégalée, qui n’efface pas ces singularités, celles-ci au contraire s’amplifiant au contact les unes des autres. Lorsque j’ai découvert "doc(k)s" (début des années 80), je ne savais pas grand chose de la poésie contemporaine, rien de la performance, rien de l’art contemporain… Ces espaces, je les ressentais comme réservés, voire interdits. De là où j’étais alors, je pensais que se tricotait "là-bas" des aventures qui se vivaient ailleurs, en dehors d’une population écartée dont je faisais partie – dont je fais toujours partie, sauf que ce sentiment d’illégitimité, s’il ne m’a jamais quitté, loin d’être un frein, un blocage, est devenu au contraire un moteur pour intervenir quand je veux là où je veux… Je m’étais plongé dans Doc(k)s, sans presque jamais chercher le nom des auteurs (à quoi bon). J’étais fasciné par cette émeute de papier aux voix multiples, toutes différentes, toutes riches différemment. Fasciné par cette colère grouillante qui exprimait aussi la joie d’être dans une énergie de vivant. Fasciné par cette façon, toute nouvelle pour moi, d’affirmer, de manifester son être au monde, et de lire qu’à chaque page se réinventaient les paroles de cette manifestation. Dans cet univers hors des slogans, des directives, des cloisonnements idéologiques j’apprenais d’autres possibles subversifs, d’autres formes de radicalité qui tenaient de la poésie mais aussi de la rue, de la philosophie mais aussi du rock… je découvrais des gestes poétiques où l’on sentait la puissance des corps, qui prétendaient être de la pensée en action, qui raccourcissaient l’espace entre l’hypothèse d’un futur et la crudité vive d’un présent. C’était il y a 30/35 ans.

Aujourd’hui encore, même si je comprends mieux comment fonctionnent ces dispositifs poétiques, je ressens toujours cette même joie insurrectionnelle. Ma conviction est que Doc(k)s dégage toujours cette énergie créative, cette puissance vitale qui s’affirme du côté de la vie ; je dirais même qu’à l’épreuve des expérimentations qui ont suivi, Doc(k)s n’a cessé de prouver dans sa modernité. Doc(k)s reste d’actualité quant à sa pertinence politique et sa propension à produire les outils pour mieux penser notre présent – d’autant plus aujourd’hui, où l’espace poétique s’est muté en "milieu" poétique, qui de plus en plus développe des règles et des réflexes de docilité fonctionnariale. C’est ce qui m’a décidé à me lancer dans cette aventure éditoriale : le but n’était pas de faire une anthologie de type "archive", qui renverrait Doc(k)s au passé, ni un outil analytique (qui existe déjà, brillamment réalisé par Philippe Castellin), mais plutôt un nouveau Doc(k)s fabriqué avec les anciens, en recueillant au fil de la lecture les gestes qui me paraissaient encore riches de cette pertinence citée plus haut, en jouant de nouvelles confrontations, en réinterprétant parfois typographiquement certains gestes (essayant ainsi d’imaginer quels codes visuels aujourd’hui seraient les plus proches, les plus justes en regard de ce que le poète a voulu signifier en utilisant les codes en vigueur à son époque – "jeu", manipulation que souvent les doc(k)ers espèrent chez les lecteurs, raccourcissant au maximum l’espace entre poète et récepteur), en prélevant parfois une page, une citation d’un ensemble, etc. Ce "Doc(k)s morceaux choisis" est en fait et "avant tout" l’aventure d’un lecteur de Doc(k)s, et d’un lecteur qui avait le recul nécessaire pour faire ce travail (2014 – 1989 = 25 ans !). Le lien avec Julien a été minimal : après acceptation – et joie semble-t-il – de ce projet, il n’a voulu participer ni au choix des interventions, ni aux réflexions qui ont donné naissance à l’objet. Fidèle en cela à son fonctionnement habituel : "Fais ce que tu veux, mais ensuite nous parlerons, car lecteur tu es autant responsable de ta lecture que moi poète de ce que j’ai donné à lire". Sa seule intervention a été d’écrire, en guise de postface… un préambule – ce dérèglement spatial déjà est une jolie façon de se situer : ni derrière, ni devant… mais en compagnonnage attentif, fidèle mais insubordonné. Le lien avec Stéphanie Éligert a été singulier : si elle connaissait bien entendu cette revue, elle n’en était pas une "spécialiste", ne l’ayant abordée jusqu’ici que par fragments, au hasard des rencontres et des lectures. Ma proposition était simple : je lui ai envoyé un jeu d’épreuves, en lui demandant si elle pensait que l’édition d’un tel ouvrage pouvait être opportun aujourd’hui, si en regard de notre actualité ce "Doc(k)s morceaux choisis" gardait sa pertinence… et son impertinence. Et, si tel était le cas, je lui demandais d’écrire sur ce qui, pour elle, rendait ce livre toujours "opérant" – ce qu’elle a fait, à ma plus grande joie, avec une approche de la lecture de Doc(k)s par le biais des sciences de la balistique. Le lien avec l’actuel Doc(k)s n’a pas existé. Car ce n’était pas le sujet. Si Philippe Castellin et Jean Torregrossa, doc(k)ers de la première heure, sont présents dans l’ouvrage ; si l’existence de la troisième série de Doc(k)s dirigée par eux, est bien entendu citée (par Julien Blaine, par Stéphanie Éligert et par moi-même) ; et si le travail théorique mené par Philippe Castellin a certainement participé à enrichir ma lecture de Doc(k)s (et par la même, incidemment, influer sur mon choix), Doc(k)s troisième vie, tout en s’inscrivant dans une continuation, signe aussi une positive rupture (positive en ce que Doc(k)s changeant de main, n’essaie pas de répéter mais propose autre chose) avec de nouvelles stratégies, de nouvelles collaborations, la prospection de nouveaux espaces, etc. Et ce n’était pas mon propos de parler de cela. De plus, comment intégrer ici une histoire qui est en train de s’écrire? Pour finir, et non sans avoir longuement hésité, j’ai préféré ne pas faire appel à aucun Doc(k)er de la première heure pour commenter l’aventure doc(k)sienne, de peur qu’ils ne pèsent et n’atténuent la vivacité des gestes poétiques, et pensant que ce n’était pas le lieu…

13 août 2014

[Libr-retour] Cinq mises à jour / Libr-critique dans l’espace littéraire numérique

 Après huit ans et quelque 1650 posts, il est crucial de mettre à jour des publications anciennes que les diverses refontes du site ont rendu inaccessibles ou qui nécessitaient une relecture/remise en forme : c’est ainsi que vous pouvez (re)découvrir ci-dessous – par ordre chronologique – cinq articles fondamentaux dont la première mise en ligne remonte à 2006-2007. C’est aussi l’occasion de refaire le point sur le projet de LIBR-CRITIQUE ("LC dans l’espace littéraire numérique").

 

Cinq articles mis à jour

â–º Fabrice THUMEREL, "De l’intellectuel critique" (20/01/2006) : long travail qui, centré sur la confrontation Sartre/Bourdieu, n’en livre pas moins une réflexion sur le rôle critique de l’intellectuel aujourd’hui.

â–º Philippe CASTELLIN, "La Guerre des préfixes : encore un effort pour penser la modernité" (26/01/2006 : avant-garde, modernité et post-modernité).

â–º Fabrice THUMEREL, longue chronique datée du 3 janvier 2007 sur un récit autobiographique que son auteur, Jacques Roubaud, nomme "multiroman" (Nous, les moins-que-rien, fils aînés de personne. 12 (+ 1) autobiographies, Fayard, 2006).

â–º Philippe FOREST, « Le "retour au réel" : un lieu commun critique, ses limites, ses usages » ("Manières de critiquer", 08/10/2007 : un point de vue important sur l’histoire de notre modernité).

â–º Isabelle ROUSSEL-GILLET, "L’Usage de la photo, de Annie Ernaux et Marc Marie. Échos et écarts avec Sophie Calle : quand il n’y a pas photo… au montage" (dossier "Annie Ernaux : une œuvre de l’entre-deux", 23/11/2007).

 

LIBR-CRITIQUE dans l’espace littéraire numérique

1. Revenons tout d’abord sur la mutation qu’introduit dans le champ pratique des internautes la collusion au sein du label choisi entre les champs sémantiques de "libr(e)" et de "critique".
Pour décrire synthétiquement les pratiques des internautes, y compris dans la sphère culturelle, on peut s’appuyer sur la trilogie conceptuelle : libertéimmédiatetégratuité. Sur internet, le sentiment de liberté explique la prédominance d’un discours spontané qui prend la forme d’écritures-exutoires (journal intime – que cette invention technologique permet d’illustrer facilement -, poésie sentimentale et naïve – pour reprendre la terminologie de Jean-Claude Pinson -, divanitations diverses…) ou de réactions épidermiques (commentaires "à chaud", polémiques, etc.). Quant à l’immédiateté, elle a souvent pour corollaire la facilité. Car la migration vers internet s’effectue avant tout au plan pragmatique, qu’il s’agisse de mettre en ligne des informations, de courtes chroniques, des documents écrits, sonores ou visuels (à consulter et/ou à télécharger). Il n’est évidemment pas question ici de nier l’intérêt de la libre circulation des savoirs (fonction didactique), mais plutôt de constater que, dans les domaines intellectuels et artistiques priment les fonctions de divertissement et de thérapie (expressions spontanées) ou les seules fonctions informative et documentaire. Cette relation immédiate à un medium de l’immédiateté s’accompagne en outre d’un sentiment de gratuité, au sens économique, certes, mais aussi philosophique : le flux numérique nuit à la densité doxique, au poids éthique et ontologique des prises de position ; autrement dit, sur internet, la quantité et la célérité des échanges favorisent la superficialité, le désengagement, voire l’irresponsabilité. Cette logique des flux permet de comprendre pourquoi l’espace des blogs répertoriés comme "littéraires" – labellisation qui, à elle seule, est un complexe objet d’étude sociogénétique – est en fin de compte régi par une puissance homogénéisante.

Le postulat en germe dans le label "Libr-critique" : il ne saurait y avoir de liberté sans médiation réflexive (sans réflexion ni réflexivité, donc) ; de projet créatif sans négativité critique. De sorte que les principales rubriques sont consacrées à des travaux très élaborés, qu’ils relèvent de la critique, de la recherche (universitaire ou non), ou encore de la création textuelle ou numérique ; qu’est requis l’engagement pleinement assumé de tous les auteurs ; que les membres de la rédaction sont censés prendre la distance critique nécessaire à toutes leurs prises de position, y compris dans les espaces réservés aux commentaires.

Comment prétendre offrir des "critiques libres" et être dans le Marché ? et donner dans la spontanéité irréfléchie ?

2. LIBR-CRITIQUE affirme sa résistance face aux trois lignes dérivantes qui nuisent à l’autonomie du champ littéraire, et en particulier à la spécificité de son espace de circulation restreinte (celui des écritures exigeantes et/ou expérimentales). Concentrons-nous sur la traduction dans cet espace-là  du consumérisme ambiant. La première forme spécieuse est une espèce de laisser-aller marchéiste  qui s’est développé à grande vitesse : mettons sur le Marché les produits labellisés "littéraires" les plus variés, et le Marché rendra son verdict, c’est-à-dire fera le tri. La deuxième ressortit à un fonctionnalisme esthétique primaire qui a pour corollaire un aquoibonisme critique : à quoi bon les élucubrations critiques, seul vaut ce constat = ça marche ou ça ne marche pas ; ça résiste ou ça ne résiste pas. Et basta ! La troisième n’est que l’accentuation de la précédente : le défaitisme critique, ou, pire, sa capitulation (que peut-on ajouter au simple plaisir de lecture ? aux propos de l’auteur, qui, n’est-ce pas, est le mieux placé ? à la quatrième de couverture et au dossier de presse, qui, non seulement sont produits par des personnels de plus en plus qualifiés, mais en outre arborent les recommandations les plus diverses ?)…

Le point commun entre ces trois positions – en partie favorisées par l’émergence d’une nouvelle génération d’acteurs (auteurs, commentateurs, attachés de presse, etc.) en phase avec la logique libérale et quasiment dépourvue de culture théorique – est le fantasme d’une communication directe entre auteurs/textes et lecteurs dont l’origine est à rechercher du côté de la pensée dominante. En ces temps de culture-pour-tous, non seulement le lecteur est un consommateur comme un autre, mais en outre sa modélisation est conforme à ce parangon que constitue l’homo economicus : doté de toutes les compétences et dispositions requises, il est autonome… en théorie, bien sûr.

Si, bien évidemment, la théorie ne génère pas forcément de la "bonne littérature", si la lecture n’est pas l’apanage de la critique et si, par ailleurs, le critique ne saurait être le détenteur patenté du sens de l’œuvre – ou de sa vérité, comme on voudra –, il n’en reste pas moins vrai que toute œuvre d’importance présuppose une nouvelle relation pratique et théorique aussi bien au monde sensible qu’au monde social et à la sphère littéraire, et qu’il est d’autant moins aisé d’en rendre compte qu’elle est le plus souvent complètement implicite et que l’auteur ne peut nous servir de recours puisque n’en ayant pas lui-même une conscience claire. Qui plus est, qu’appelle-t-on littérature si ce n’est l’ensemble des pratiques et des théories ? Qu’est-ce que la littérature sans une théorie poétique ou une théorie de l’histoire littéraire ?

LIBR-CRITIQUE n’est pas un simple inventaire de textes et de créations diverses ; son objectif n’est pas de mettre à disposition et de présenter des produits qui correspondent à l’éventail des goûts actuels – n’est ni d’être éclectique, ni de prétendre à l’exhaustivité.

3. Libr-critique a donc été créé contre les dérives liées à ce nouveau medium qu’est internet et aussi, comme toute véritable entreprise, pour combler un manque : celui d’un no man’s land libre & critique qui, en tant que lieu d’édition et de réception, défende les pensées atypiques et les écritures exigeantes ; d’un lieu alternatif interdisciplinaire qui soit ouvert, indépendamment de toute chapelle et de toute mode, à toute contribution inédite aux plans formel et thématique. C’est dire que, même si nous sommes sensibles à la modernité carnavalesque et nous optons pour une certaine conception du postmoderne (en particulier dans les domaines des créations sonores, visuelles et multimédia), nous n’avons pas d’a priori, et que notre seul refus concerne les formes usées, qu’elles soient "traditionnelles" ou "modernes", voire "postmodernes". Cette restriction n’est pas sans conséquence, puisque, de fait, elle élimine la majeure partie des œuvres produites – publiées ou à publier. Elle présuppose bien évidemment de notre part un jugement motivé : c’est en fonction de notre expérience, de nos savoirs et compétences que nous estimons caduques certaines formes-sens (je reviendrai ci-après sur le problème de la valeur). Mais le plus important c’est que Libr-critique, récusant systématisme, univocité et unidimentionnalité, crée un espace dont le mode de fonctionnement est décentralisé : non seulement les membres de la rédaction sont libres de leurs contributions, mais encore et surtout le chantier collectif qu’offre le site suit les lignes de fuite que constituent les projets et propositions d’intervenants extérieurs, les diverses manifestations auxquelles nous sommes invités, les works in progress… Aussi peut-on parler d’espace dialogique ou d’espace communicationnel (Habermas).

→ Contre les flux entropiques, Libr-critique est ainsi un lieu multipolaire – et non pas groupusculaire comme à l’époque des dernières avant-gardes – dont l’objectif est, tout en se gardant de l’éclectisme et en veillant à l’équilibre entre endogène et exogène, de faire circuler des objets formels et conceptuels, de produire des réactions polynucléaires, des interactions épiphaniques… On le voit, au moyen d’un mode de libre circulation, il s’agit d’éviter l’institutionnalisation qui guette toute revue, du moins à un moment donné : sa périodicité, sa reconnaissance, le fonctionnement de son comité de rédaction, ou encore le poids symbolique de ses membres, sont autant de facteurs qui la font souvent tomber dans une logique d’appareil, la transformant en machine factuelle et hégémonique (une fois réifiée sa finalité – esthétique, philosophique, etc. -, elle devient un objet sans objectif, objet commercial donc).
À une époque de restauration littéraire, dans le prolongement de toutes les initiatives qui, depuis la Belle Époque, proposent des alternatives au circuit de production commercial – des revues artisanales aux revues en ligne, en passant par le Mail Art -, Libr-critique résulte de la volonté d’opposer des machines désirantes et pensantes à la machinerie consumériste qui cancérise tous les mondes habitables, y compris l’univers culturel, la forte énergie dissolvante à la force d’inertie pétrifiante (le moléculaire au molaire, pour le dire à la façon de Deleuze et Guattari), les résistances vivisonnantes et centrifuges aux puissances homogénéisantes et centripètes.

4. Libr-critique doit encore sa raison d’être au vide laissé par la critique journalistique comme par la critique universitaire. Annexée par la logique et la logistique commerciales, la première se borne le plus souvent au seul faire-vendre, ignorant les productions du pôle de circulation restreinte, pratiquant l’amalgame ou défendant des produits interlopes, et devenant de plus en plus insignifiante, ne serait-ce que par la réduction de l’espace attribué dans un état du champ où la littérature est une valeur en chute libre. Quant à la seconde, bien qu’elle se soit considérablement développée et transformée, elle relève encore d’une temporalité différée, fait encore globalement prévaloir le savoir sur le savoir-faire et se révèle encore en partie affectée par cette double postulation : soit elle peine à opérer le passage des valeurs sûres de la littérature classique et moderne aux contemporains qui s’efforcent de s’extraire du système normatif pour construire l’horizon à venir, se réfugiant alors dans l’indifférence ou des postures conservatrices ; soit, pour s’être convertie trop rapidement à la littérature en train de se faire, elle tombe dans ces travers de prosélytes que sont l’enthousiasme naïf et le ralliement spontané aux valeurs dominantes, ou retombe dans un conservatisme endémique tendant à privilégier les œuvres lisibles.

→ Dans ces conditions, Libr-critique a pour vocation de mettre au service de la littérature actuelle, non seulement les savoirs les plus variés possibles (universitaires ou non), mais encore de véritables "manières de critiquer" (formule de Francis Marcoin avec qui j’ai lancé en 2001 la collection du même nom aux Presses de l’Artois). Ce qui revient à combler le déficit propre au double système critique en place par le fait même de combiner savoir et savoir-faire, actuel (chroniques approfondies sur les nouvelles parutions) et inactuel (dossiers et articles de recherche sur des problématiques plus générales, transhistoriques).
Ici encore, il faut se prémunir contre toute simplification abusive. C’est justement parce que nous nous inscrivons dans l’économie des biens symboliques que, dans un état du champ où, d’une part, la saturation du réseau entraîne l’invisibilité et l’éphémérité des œuvres non formatées, et d’autre part, la culture de la gratuité est devenue majoritaire, faire connaître (dimension économique) et reconnaître (dimension symbolique) une œuvre sont les deux aspects indissociables d’une même lutte en faveur d’une conception de la littérature fondée sur la valeur.
Avant que de revenir sur cette fameuse question de la valeur, précisons que, si nous sommes l’un des rares lieux à recenser de nombreux ouvrages publiés par ceux que l’on nomme les "petits éditeurs" – conformément au postulat selon lequel la valeur des œuvres n’est en rien proportionnelle à la surface médiaticommerciale de son lieu d’édition -, inversement, nous ne nous interdisons pas d’écrire sur des textes lancés par des lieux économiquement importants (filiales de grands groupes, "grands éditeurs").

5. Dans un monde anomique, en quoi peut bien consister la valeur littéraire ? Par valeur littéraire, j’entends, non pas la totalisation des qualités intrinsèques de l’œuvre, mais le jugement qualitatif que portent légitimement sur les productions et les positions les seuls acteurs spécifiques du champ (critiques et écrivains principalement), qui, en mettant à distance la doxa, en fonction de leurs seules dispositions et compétences, examinent dans quelle mesure telle ou telle posture modifie l’espace littéraire contemporain – c’est-à-dire la production auctoriale et éditoriale, la réception critique et publique -, voire se prononcent sur l’innovation formelle, éthologique ou conceptuelle de telle ou telle œuvre.
Reste qu’il nous faudra de plus en plus rendre compte d’objets non identifiés, car le processus de sortie de l’"œuvre" comme du label "littéraire" a tendance à s’accélérer depuis la fin du siècle dernier : s’ils échappent à la "valeur littéraire", ils n’en relèvent pas moins d’une description immanente, d’une évaluation sociogénétique, voire d’un premier jugement sur leur portée/originalité.

30 septembre 2013

[Agenda] Inton’action #3

Ne manquez pas, en fin de semaine, cet événement programmé en lien avec Libr-critique.

INTON’ACTION #3 _ rencontres internationales de poésie et d’art action du 4 au 27 octobre 2013 (DATABAZ, Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : 100, rue du Gond à Angoulême)

Pour sa troisième édition, DATABAZ poursuit son exploration des territoires audacieux de l’art action et de la poésie contemporaine, du sonore au numérique, de l’électronique au plastique, la performance sera explorée dans sa diversité et sa radicalité, durant deux jours de rencontres et un mois d’exposition.

Dans le sillage du Futurisme, de Dada et de Fluxus, les dix artistes présents artistes, qu’ils viennent d’Espagne, du Mexique, d’Italie ou de France, travaillent au coeur du contemporain, pour inventer un art actuel, une poésie en acte, dans l’action, en marche. Une parole debout, dans le corps, dans la voix, dans le geste …. Une poésie du faire, du vivre, vibrante et trépidante, qui prend le risque de l’instant, du moment, du contexte, qui travaille avec ce qui est là, ici et maintenant, debout, dans l’action du présent. Un art qui prend le risque du direct là devant, sans représentation, sans protection, un dire qui se donne dans la vie, pour faire, faire résonner, palpiter, ébranler, mettre en marche, en avant !

_ vendredi 4 octobre

DATABAZ – 20h30 – entrée : 5 euros // pass 2 soirées : 8 euros

/////// Pascale Barret (Belgique), Elvira Santamaria (Mexique), Eduard Escoffet (Espagne), Charles Dreyfus (France)

De la poésie sonore de Giovanni Fontana, grand poète italien, qui fait vibrer les sons et les mots en véritable maestro, à la poésie concrète du quotidien de Cécile Richard, en passant par le corps dansant et animal de Valentine Verhaeghe, et les install’actions du duo Akenaton (Philippe Castellin et Jean Torregrossa), en prise direct avec la matière et le politique, venez partager avec nous ces moments trépidants !

_ samedi 5 octobre

Marché des Halles et ses alentours – 11h

/////// performances dans l’espace public de Giovanni Fontana, Cécile Richard, Akenaton, Valentine Verhaeghe, Elvira Santamaria, Charles Dreyfus

DATABAZ – 20H30 – entrée : 5 euros // pass 2 soirées : 8 euros

/////// Pascale Barret (Belgique), Elvira Santamaria (Mexique), Eduard Escoffet (Espagne), Charles Dreyfus (France)

Deuxième soirée des rencontre INTON’ACTION pour découvrir l’art action et la poésie contemporaine, pratiques artistiques engagées et détonnantes, qui travaillent au coeur du réel et du corps. Des performances numériques de Pascal Barret qui interroge le corps cybernétique, à la poésie sonore percutante du catalan Eduard Escoffet, en passant par l’humour post-Fluxus de Charles Dreyfus et la force esthétique radicale d’Elvira Santamaria, venez vivre cette soirée performative et perforatrice!

Exposition////vidéos, poésie sonore et visuelle, installation et documents

Cécile Richard, Giovanni Fontana, Valentine Verhaeghe, Akenaton, Pascale Barret, Elvira Santamaria, Eduard Escoffet, Charles Dreyfus

du 4 au 27 octobre // vernissage samedi 4 octobre – 18h

horaires : du mercredi au dimanche – 15h – 19h + sur rendez-vous / entrée libre

Le festival sera retransmis en direct sur Internet sur Selfworld, motel numérique grâce à Ivan Chabanaud

14 décembre 2011

[Entretien] Chantier DOC(K)S, entretien avec Philippe Castellin

“Un poète tout seul c’est un clou sans marteau” (AKENATON).

Chantier, lieu de transit, revue nomade, work in progress, “nom générique d’une entreprise collective”… DOC(K)S c’est tout cela. Fondée en 1976 par Julien Blaine et orchestrée depuis 1990 par AKENATON (Philippe Castellin et Jean Torregrosa), si l’on suit Philippe Castellin dans son DOC(K)S : mode d’emploi (Al dante, 2002), DOC(K)S se distingue dans l’espace des revues contemporaines par ses innovations conceptuelle, fonctionnelle, formelle et matérique. Sa structure rhizomatique – sa dimension fédérative et internationale – favorise la transgression des frontières artistiques ; s’inscrivant dans la mouvance de la postpoésie et de la sortie du livre, DOC(K)S est une revue multimédia qui défend les poésies expérimentales (poésie visuelle et sonore, poésie concrète, mail art, performance comme poésie action, écritures multimédia) et veille à l’autonomie de l’objet par une singulière sérialisation et une “co-présence modulaire et systémique” (chaque numéro se présente sous la forme d’un volume accompagné d’un CD audio, d’un CD-Rom ou d’un DVD, le tout entrant en interrelation avec le site).

Suite à la présentation du numéro spécial HUBAUT, voici l’entretien que m’a accordé Philippe Castellin – que je remercie d’autant plus qu’il n’en donne pas très souvent et qu’il est rare de bénéficier de réponses d’une telle densité.

DOC(K)S, édition AKENATON, 4e série, numéro 13/14/15/16, 432 pages + DVD, 50 € le volume ; 80 € l’abonnement (4 numéros).
â–º Offre spéciale aux lecteurs de LIBR-CRITIQUE = 48 € + frais de port gratuits pour toutecommande avant la fin de l’année à l’adresse suivante : DOC(K)S, édition AKENATON, 7 rue Campbell 20 000 Ajaccio (akenaton.docks2A@gmail.com).

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6 novembre 2011

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche du mois, après un spécial Libr-Lille (Citéphilo, festival NEXT, Prigent aux Beaux-Arts et RV sur Radio Campus avec le groupe de slam On a slamé sur la lune), votre Libr-novembre (Bernard Desportes, Philippe Castellin, Annie Ernaux, Mathias Richard, Patrick Varetz, Al dante…) et vos prochains RV avec le Grand OS.

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2 novembre 2011

[News-revue] DOC(K)S, 4e série, numéro 13/14/15/16 : spécial Joël Hubaut

DOC(K)S, édition AKENATON, 4e série, numéro 13/14/15/16, 432 pages + DVD, 50 € le volume ; 80 € l’abonnement (4 numéros).

â–º Offre spéciale aux lecteurs de LIBR-CRITIQUE = 48 € + frais de port gratuits pour toute commande avant la fin de l’année à l’adresse suivante : DOC(K)S, édition AKENATON, 7 rue Campbell 20 000 Ajaccio (akenaton.docks2A@gmail.com).

Il y aura de cela bientôt un siècle – dans l’entre-deux guerres, donc –, Jean Prévost n’était pas le seul à estimer que le nombre de lettrés en France ne dépassait pas cinq cents… Et aujourd’hui, en matière d’écriture expérimentale, combien d’amateurs éclairés ? de vrais passionnés ? – au point, par exemple, de faire une petite folie en s’abonnant à une revue qui, soucieuse de son indépendance, ne prétend pas exister uniquement grâce à des subventions ; ou en acquérant un dernier numéro qui, centré sur la figure haute en couleurs de Joël HUBAUT, est évidemment à rattacher à notre dossier sur la subversion…

Revue de chantier, avant entretien avec Philippe Castellin…

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8 octobre 2008

[DVD] [petites annonces] de Philippe Boisnard

   Philippe Boisnard [Petites annonces],  ed. Incidences, #16, ISBN 978-2-916382-16-6, prix 20 €. Vous retrouverez les éditions Incidences au salon des revues Stand Incidences, à L’Espace des Blancs-Manteaux.

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18 avril 2008

[video] Akenaton + Dock(s) « Le son d’amour – Leçon d’amour »

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , — Hortense Gauthier @ 7:58

   Dans cette interview, Philippe Castellin et Jean Torregrossa nous parlent des motivations et désirs qui les ont animés pour réaliser le numéro de Dock(s) "Le son d’amour – Leçon d’amour", des enjeux qu’il sous-tend, ainsi que de leur travail de performance au sein de Akenaton. (more…)

24 février 2008

[vidéo] Philippe Castellin à propos de DOC(K)S (2/4)

Filed under: entretiens,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 18:20

  C’est en Corse que nous avons réalisé ce deuxième entretien avec Philippe Castellin (voir le premier). Dans celui-ci nous en revenons à la revue DOC(K)S que les éditions Akenaton éditent et réalisent depuis 1990, suite à son abandon par Julien Blaine et les éditions NèPe. Au cours de notre discussion nous mettons en perspective les enjeux des nouvelles technologies et leur apport pour la revue DOC(K)S. Mais aussi les futurs dossiers de celle-ci, notamment celui de Le son d’amour qui paraîtra en mars 2008, en collaboration avec Jean-Marc Montera. Cela permet parallèlement de mieux saisir encore les enjeux du travail de performance du groupe akenaton (Jean Torregrossa et Philippe Castellin).

12 février 2008

[Entretien vidéo] Philippe Castellin

  Dans le cadre du Festival Roaratorio de Genève, nous avons réalisé un entretien avec Philippe Castellin. Celui-ci est le premier d’une série de trois : le premier concerne les origines de la pratique de Philippe Castellin, et les questions généalogiques. Le second sera sur les pratiques contemporaines et actuelles, il aura lieu en Corse. Et le troisième portera sur les perspectives à venir, notamment la question politique en liaison aux pratiques esthético-poétiques.

10 décembre 2007

[Essai] Poésies expérimentales, Zones numériques, de Jacques Donguy

  Jacques Donguy, Poésies expérimentales — Zones numériques, (1953-2007), éditions Les Presses du réel, ADLM, 400 p. ISBN : 978-2-84066-202-0. Prix 30 €. [site des éditions]

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4 décembre 2007

[VIDEO] Entretien avec Laure Limongi : la collection & chez al dante

[Première partie de l’entretien. Nous commençons par les années al dante, lorsque Laure Limongi dirigeait la collection &, où ont publié leur essai, aussi bien Bernard Heidsieck (Notes convergentes), que Jean-Pierre Bobillot (Trois essais sur la poésie littérale), Philippe Castellin (Doc(K)s mode d’emploi) ou Christophe Hanna (Poésie action directe). Quel était l’enjeu de la création d’une telle collection ? Comment se sont faites les rencontres qui ont mené à cette collection ?]

31 octobre 2007

[Audio] Philippe Castellin, C’est quoi le match

Filed under: audiocast poétique,UNE — Étiquettes : , , , , — philippe castellin @ 11:31

band-castellin.jpg Alors que certains sont fiers d’annoncer qu’ils découvrent juste la possibilité de mettre de l’audio sur un site littéraire [ce qui prête à sourire après moult réticences qu’ils ont pu avoir]; nous vous proposons la dernière création de Philippe Castellin, en l’honneur de la défaite de l’équipe de France de rugby et de la médiocre saison de ligue pro française de football. Demander le programme : C’est quoi le match ?

16 octobre 2007

[Soirée] Jean-Marc Montera & Olivier Karol

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 7:39

band-montera.jpg Akenaton [Philippe Castellin et Jean Torregrosa] organise, sous la forme d’une résidence à Ajaccio, des sessions de travail qui s’achèvent par une soirée. Pour cette première session, Jean-Marc Montera a été invité. La seconde session de travail verra Jean-Michel Espitallier venir.
Il accomplira  avec Olivier Karol une performances musicales electro-acoustiques et électroniques au Palais Cyrnos : le 17 Octobre à 20h30.
[+ de renseignement]

11 octobre 2007

[Chronique-art] Brian Dettmer

Filed under: recherches,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 10:23

band-dettmer1.jpg Découvert via le site de Pierre Ménard, le blog-liminaire, le travail de Brian Dettmer s’il provient des arts plastiques, il croise de nombreuses expériences qui ont été faites dans la poésie contemporaine. Il s’apparente à une forme de sculpture du livre, via le découpage, le retrait, l’évidement. Un genre de ready-writing, qui se construirait non plus selon la logique de l’aplat, mais du volume.

Le collage en poésie, si on se réfère à ce qu’a pu en dire entre autres Philippe Castellin, se construit non pas comme volonté d’aller vers une exposition esthétique du travail, ce qui conduirait de fait à la dépolarisation poétique neutralis(s)ée par la logique de représentation lui étant hétérogène, mais tout au contraire, c’est par la sensibilité même au langage relié à un contexte déterminé que des formes visuelles de la poésie se créent. En ce sens que cela soit le cut-up, la poesia visiva, ce qui caractérise pour une part ces travaux, tient à la question de la langue, d’un devenir de celle-ci, de sa composition.
eugenio miccini Le collage — si on considère la poesia visiva — se construit comme une forme synthétique où se rencontrent des éléments provenant de supports différents. Si on considère ici cette poésie visive d’Eugenio Miccini de 1963 (L’arte tecnologica), est visible immédiatement que l’unité est synthétique, à savoir qu’il s’agit de réunir en un seul espace, des éléments qui proviennent d’espaces différents. Il s’agit d’une logique de télescopage d’énoncés et d’images qui n’étaient pas contextuellement reliés, afin de créer un nouveau sens. Ce qui joue, ce sont des rapports de tension entre ces éléments et ceci selon une logique époquale de la culture de l’écrit : 1/ les éléments proviennent essentiellement de journaux, de magazines 2/ la poésie visive se compose selon les codes de la publication de son époque : exploitation de la sur-représentation de l’image, et transformation concomitante des énoncés en impact esthético-visuel.
On perçoit que pour questionner une certaine forme de logique éditoriale, et corrélativement de sens lié à cette logique, cette création se construit comme la réalisation d’un visuel composé d’éléments distincts [pour davantage d’approfondissement : cf. Gaëlle Théval — revue Trans n°4].
Contrairement au collage le travail de ready-writing des poèmes express de Lucien Suel, se construit non pas par synthèse, mais biffures d’un texte pré-existant (par exemple des pagespoeme express lucien suel issues de la collection arlequin). Le questionnement du sens est opéré tout autrement. Si dans le collage, c’est la totalité d’une logique d’époque qui peut être interrogée grâce à la composition, ici c’est plutôt l’unité spatiale du sens qui est mise en perspective. On passe d’une approche macroscopique, à une approche microscopique. Autrement dit : par le travail sur le signifiant, matériellement présent, par son altération par le feutre, c’est directement le texte utilisé comme support qui est mis en question. Le collage crée du sens par collusion, le poème express crée du sens par l’effacement. Il fait apparaître ce qui a lieu dans un texte mais qui est caché du fait de la visibilité du texte lui-même. Biffant des mots, il crée une nouvelle série. Le poème express fait apparaître la virtualité d’un autre texte dans le texte. Il déplie les sens possibles. Il introduit une forme de vitalité dans le texte qui n’y était plus, qui d’ailleurs ne pouvait plus y être au vu de l’unité choisie : la page, le fragment. D’un point de vue critique, cette approche de Lucien Suel dévoile que dans toute forme de texte, il est possible de trouver d’autres formulations. De là, en reaffectant, une dynamique à une page de roman populaire comme c’est le cas avec Arlequin, il met en critique la distinction de langue riche et de langue populaire, en montrant qu’il est possible, dans l’oeuvre présentée d’ouvrir d’autres formes d’horizon littéraire.

brian-dettmerLe travail de Brian Dettmer ne part justement pas a priori des mêmes postulats littéraires, toutefois, il rejoint pour une part le travail de Lucien Suel.
Brian Dettmer est d’abord plasticien et non pas poète. Son travail, qui est en quelque sorte issu des recherches liées au ready-made, toutefois en est distinct. Car si pour une part il explicite lui-même qu’il prend des objets qui pré-existent (disques, livres, …) pour les recontextualiser, toutefois, cette recontextualisation ne fonctionne pas comme un déplacement de l’objet dans un contexte différent — logique de l’infra-mince — mais comme réinterprétation de l’objet par une opération plastique. Son but, en reprenant des livres qui sont désuets, c’est de leur ré-insuffler une forme de vie, de dynamique propre en les réinterprétant à coup de cutter. C’est là qu’il rencontre de fait Lucien Suel. Tous les deux se réapproprient un matériel textuel qui paraît sans intérêt, démodé, pour redonner une intensité non seulement esthétique mais aussi signifiante.
Mais le travail de Brian Dettmer se compose non pas comme aplat, mais selon une logique de stratification complexe en volume. Ses découpages et la répartition des strates n’est pas une création à proprement parlé, donc ce n’est pas un collage, mais il découpe et laisse exactement à la même place dans le repère tridimensionnel du livre chaque élément. Il travaille ainsi sur l’abstraction de motifs du contexte de chaque page afin de redonner à l’ensemble du livre une présence esthétique qui est tout autre, qui est réinterprétée par les choix qui président au découpage.
Comme pour Lucien Suel, il ouvre des plans de virtualité dans une unité donnée. Il élabore un autre livre par le livre. Mais son approche se détache de celle de Suel du fait de la question du volume.
Quand nous lisons un livre, nous tournons des pages. À savoir, l’unité que nous concevons du livre est un travail de mémoire et donc de recomposition. Je relie dans ma mémoire les différentes pages, je crée des liaisons, des combinaisons entre des images ou des textes qui sont séparés spatialement et temporellement quant à ma lecture. Le travail de Brian Dettmer justement remet en cause cette parcellisation en donnant d’un coup à voir un ensemble de pages distinctes qui par l’évidement sont reliées et mises sur un même plan perceptif. C’est aussi cela qui marque la force de son travail : la création d’une seul plan spatial et temporel de perception, par rapport à ce qui était disséminé. En ce sens, ses oeuvres peuvent être comprises comme projections matérielles du travail de composition synthétique de la pensée.

Pour découvrir davantage son travail :
[+] Galerie  Paker Schopf
[+] Bibliofrance.

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