Libr-critique

17 mai 2020

[News] News du dimanche

Si l’on cherche coûte que coûte à faire les fonds de tiroir de l’espoir, à défaut de voir la fin du tunnel, au moins ceci : faute de livres nouveaux, certains chercheurs d’or sont allés naviguer de la belle aube au libre soir, ivres de pépites… D’où une belle activité numérique – qu’encouragent nos Libr-brèves… Qui précèdent les désormais fameux « Mots-croisés insolubles » de Marcel Navas…

Libr-brèves

â–º Dans la dernière livraison de son VITAL JOURNAL VIRAL (Déboîtements #9 : 10-16 mai 2020), la veille du déconfinement, Christophe Grossi constate un revirement des pratiques de lecture : « Je remarque que les lectrices et lecteurs de ce journal sont deux fois moins nombreux depuis deux semaines. Est-ce dû à la fin du confinement qui se précise ? Trop de propositions à lire ? Un ras-le-bol général ? Un manque d’intérêt soudain pour les écritures personnelles ? Envie de lire des textes qui seraient moins reliés à l’actualité ? Ou est-ce moins bien écrit ? Est-ce moins intéressant ? Comme la ville, vous ai-je soûlé.e.s ? Dans le même temps, de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux annoncent qu’elles arrêteront d’écrire, de publier et de partager à partir de ce soir. C’est dommage. Nous ne sommes qu’en liberté provisoire et surveillée. Et même si le pire n’est jamais certain, j’ai de bonnes raisons de penser que ce qui arrive ne sera pas toujours beau à vivre et qu’il serait bon de continuer à témoigner. »

 

â–º Sur YouTube mais surtout La Vie manifeste, signalons la série de Philippe Maurel, « RUN RUN RUN » : pour l’instant, la saison 1 compte 6 épisodes, dont le 3e « Contrôle des flux » (« Survivre, c’est discriminer… »).

 

â–º On découvrira le blog de Thomas Seto, en commençant par « Limite (2020) – Mr & Me Impérieux »

 

► Ne pas manquer la troisième partie du long et passionnant entretien de Laure Gauthier avec Guillaume Richez sur Les Imposteurs.

Installation sonore de T. Saraceno (décembre 2018)

 

â–º La réouverture des écoles vue par La Vie manifeste dans « Les Quatre Côtés d’un carré. Les jeux de l’empire » : Comment rendre bêtes les enfants en les faisant tourner en rond dans le pré carré de la République ? Une dizaine de minutes durant, la Parole-Cucul – chansons incluses – montre comment les enfants sont conditionnés au Nouvel Ordre hygiéniste qu’impose un Empire néo-libéral responsable de la mondialisation économico-sanitaire : « la réouverture des écoles à la Blanquer » tente la gageure d’opérer « l’introjection/gestion du flic par le corps professoral »…

 

Marcel Navas, Mots-croisés insolubles
Problème n° 5

Horizontalement

  1. Il ne tient pas en place et par conséquent il n’y est pour personne. – II. La même légende mais jamais sous les mêmes images. – III. Font des étincelles en versant de l’huile sur le feu sacré. Figure par laquelle sont rompues les amours platoniques. – IV. Ils travaillent dans des trous qui ne sont pas tous dans des trous. Feuilles volantes qui tombent à l’eau. – V. Tout simplement jaloux de lui-même. Dose de somnifère. Lui au moins il ne se cache pas derrière l’apparence. – VI. Voyage dans le temps. Tourne à vide. -VII. Il trompe la faim de la femme, et l’homme par la même occasion. Broie du noir avec du gris. – VIII. Tirent les ficelles et finissent par s’embrouiller dans les cordes. Bouquet fatal. – IX. En voilà des manières ! Pas le seul zouave qui travaille dans la presse, mais certainement le plus doux. – X. Ils visent à l’objectivité mais ne sauraient jamais l’atteindre. – XI. Pas moyen de lui en vendre treize à la douzaine. – XII. Il est du bois dont on fait les portemanteaux à défaut des flûtes. Il se prend pour un trait d’union et n’est qu’une pomme de discorde.

Verticalement

  1. Quand on s’y attache, il ne faut plus espérer s’en décoller. – 2. Une couverture sous laquelle on risque de perdre sa chemise de nuit. Chameaux ! – 3. D’un rien ils se font un monde où la vie est invivable. – 4. Petits porteurs de valises. Décore les pots de chambre et les assiettes à soupe. – 5. Au début il fait le service, après il dessert, et à la fin il ne sert plus à rien. Plaisir solitaire qu’on se donne en public. – 6. Un drôle de cas. Une drôle de tête. Ce n’est pas à eux qu’il faut faire l’aumône d’une plaisanterie. – 7. Quelles que soient les routes qu’elles empruntent, elles se laissent griser par la vitesse. – 8. On connaît son adresse mais pas son domicile. Elle est mise à toutes les sauces. Pont suspendu. – 9. Brune piquante dont les piquants se sont émoussés. Détective privé de travail. – 10. Il n’a vraiment aucune tenue ! Mélange d’états d’âme et de sons de cloches. – 11. Pas une grosse perte. Planche de salut qui peut être mortelle. – 12. Paradis du parfait petit conformiste. Déteint après un lavage de cerveau.

1 avril 2018

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche d’avril, RV avec Eric Arlix, la revue Fourbi et Marina Skalova. À ces Libr-événements succède un Libr-7 : 7 invitations à une lecture passionnante…

Libr-événements 

â–º Jeudi 5 avril à 18H30 : Lecture d’Éric Arlix, Terreur, saison 1.

â–º Mardi 10 avril à 19H15, ENT’REVUES (4, rue Marceau 75008 Paris) : Lectures, rencontres, surprises.  Le Fourbi fête son N° 7 : "Le bout de la langue"
Avec Frédéric Fiolof, Hugues Leroy, Zoé Balthus, Anne Maurel, Tristan Felix, Camille Loivier, Laure Samama & Carl Frayne, Adam David, Fidelia Muto Rubio, Emmanuel Benito (as Prince).

â–º Mercredi 11 avril à 18H, Librairie Les Abbesses (Paris) // Samedi 14 avril à 12H, Librairie Le Parnasse à Genève : Marina Skalova, Exploration du flux / vernissage.

Quatrième de couverture. A partir de la notion de flux, si employée, si dévoyée dans le grand bavardage, Marina Skalova retrace l´emballement qui a conduit l´Europe à abandonner sa politique d´asile, et ce faisant à renoncer à elle-même, elle qui s’est construite sur l’idée du " plus jamais ça ". Flux migratoires, flux des échanges financiers, flux corporels et flux marins se trouvent tous pris dans le même mouvement – un flux qui nous déborde et dans lequel on pourrait bien un jour se noyer. Il est difficile de trouver une terre ferme sur laquelle poser ses chaussures. On cherche des mots auxquels se raccrocher. Mais les mots ne sont pas des bouées. Pourtant, les mots de ce livre nous réveillent, et nous rappellent de quoi, jour après jour, nous sommes devenus, souvent malgré nous, les complices. C’est parfois le sens de la littérature : réveiller. 

Libr-7 (LC a lu et recommande ces 7 livres parus au premier trimestre 2018)

 

â–º Julien Boutonnier, M.E.R.E, éditions Publie.net, coll. "Poésie/L’esquif", 496 pages, 25 €.

Après Ma mère est lamentable, parue chez le même éditeur en 2014, M.E.R.E est un abécédaire lacunaire (manquent les lettres Q, V et X) pour dire le manque dans les blancs et jeux typographiques. Un exercice de virtuose !

â–º Aurélien Marion, AdolescenZ, biotoputopie, Caméras animales, 72 pages, 10 €.

AdolescenZ, comme en son temps ExistenZ de David Cronenberg (1999)…
Adolescence : aptitude à la désertion…
Ados : "Les ados font p/utopie : rencontres excessives de présences, / joyeuse mousse d’affects, urgentes trouées orgiaques" (p. 22). Guerriants, mutireurs, piroètes dont les "putopies font respirer l’imaginaire" (61-62)…

â–º Philippe Maurel, Mélancolie des données, Publie.net, coll. "Poésie/L’esquif", 80 pages, 11 €.

La disparition du poème a cette fois une cause : "Comment meurent les poèmes ? / De panne logique ou physique" (13).
Dans ce triptyque ("Récupération des données", "Reset" et "Hyperpoèmes"), il est question, entre autres, de la poésie, des données et des activités du trader.
L’hyperpoème comme un mixage des données.

â–º Joachim Séné, La Crise, suivie de Je ne me souviens pas (réédition), Publie.net, 142 pages, 12 €.

Anaphores, polyptotes ou épanadiploses ressortissent à un dispositif critique que l’on peut nommer ARN (Agencement Répétitif Neutralisant). Cette neutralisation de l’idéologie dominante – y compris dans ses effets projetés – s’avère des plus salutaires :
"LA CRISE est la seule réponse possible à LA CRISE" (19).
"JE NE ME SOUVIENS PAS du dernier glacier, ni de la dernière île" (105).

â–º Joachim Séné, C’était (réédition), Publie.net, 122 pages, 14 €.
Retour sur une année de travail sous la forme d’une litanie : 53 semaines évoquées… TODO or not TODO, that is the question… Une charge terrible contre le monde du travail.

â–º Marina Skalova, Exploration du flux, Seuil, en librairie le 5 avril 2018, 78 pages, 12 €. [Extrait sur Libr-critique]

Notre XXIe siècle conjugue les flux pour le meilleur, mais surtout pour le pire : flux financiers, migratoires, communicationnels… En fin de compte, dans la forteresse de notre corps comme de notre monde, "tout circule, le sang, le sperme, les eaux, la merde" (18)…
La crise migratoire est traitée du 11 septembre 2015 au 8 mars 2016 dans cet apologue critique qui télescope les isotopies pour faire déraper les significations.

â–º Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, CNRS éditions, 400 pages, 25 €.

Une approche bourdieusienne pointue sur un moment trouble de l’histoire littéraire peu étudié : la crise politique de Mai 68 relance les stratégies révolutionnaires des avant-gardes (revues, comités, groupes… positionnements politiques divers).

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