Libr-critique

23 novembre 2012

[Dossier Bernard Desportes : 1. chronique] De l’abîme à l’éther : l’Éternité…

Bernard Desportes, L’Éternité, Al dante, novembre 2012, 96 pages, 15 €, ISBN : 978-2-84761-808-2.

caves / villes / usines

tortures / souffrances / angoisses

guerres / pillages / viols

désolation / plaisirs / misère / jouissances
(L’Éternité, p. 87-88).

"Toute vraie poésie laisse, d’abord, interdit devant cette alliance inextricable de splendeur et de désastre" (Bernard Desportes, Le Présent illégitime, La Lettre volée, automne 2011, p. 65).

La phrase en exergue extraite du dernier essai de l’impossible écrivain s’applique parfaitement à cette autopoéfiction qui pousse à son paroxysme l’une des lignes de force de l’œuvre : l’éternité s’offre à quiconque accepte de s’irréaliser avec Bernard Desportes

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28 septembre 2011

[Dossier sur la subversion – 18] Chris Beighton, Qu’en est-il de la subversion dans le système éducatif anglais actuel ?

En ce lendemain du mouvement de protestation pour la libération – plutôt que la libéralisation – de l’Ecole, on peut remonter la Une jusqu’aux avant-dernières News du dimanche, relire les deux derniers articles sur la question ("L’Ecole française : harmonisation ou harmonie ?" et "A bas les murs ! Vers une économie scolaire ouverte…") ou le récent rapport de l’OCDE (Regards sur l’éducation)… ou encore et surtout cette réflexion deleuziennement stimulante d’un chercheur anglais, Chris Beighton, qui constitue la 18e livraison du Dossier sur la subversion. [Lire la précédente ; lire la présentation du Dossier].

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22 juin 2011

[Manières de critiquer] Sébastien Ecorce, Note sur UNS de Mathieu Brosseau (2/2)

Voici la seconde partie de la longue analyse philosophique de Sébastien Ecorce, qu’on gagnera à lire en regard du texte de Mathieu Brosseau. [Lire la première]

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23 février 2011

[Chronique] Jean-Louis Fabiani, Qu’est-ce qu’un philosophe français ?

Jean-Louis Fabiani, Qu’est-ce qu’un philosophe français ? La Vie sociale des concepts (1880-1980), éditions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, automne 2010, 320 pages, 17 €, ISBN : 978-2-7132-2267-2.

Pendant un siècle, la vie socioculturelle française a été dominée par la figure du philosophe, et, paradoxalement, la discipline qui prétendait à l’universalité manifestait en fait une certaine "francité". Au moyen d’une approche pluridimensionnelle, le sociologue Jean-Louis Fabiani revient sur ce phénomène spécifique dans un livre qui retient d’autant plus l’attention que le style ne manque pas de vivacité.

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5 novembre 2010

[Chronique] Valère NOVARINA, Devant la parole

Valère NOVARINA, Devant la parole, P.O.L, réédition poche, été 2010 (édition première, 1999), 184 pages, 7 €, ISBN : 978-2-8180-0491-3.

"Le livre devrait reposer sur quatre pieds, comme une table ou un animal" (p. 72).

"Quatre est le chiffre auquel la parole a été liée : elle a été attachée à l’espace" (p. 105).

Avec comme enseigne-couverture l’un des 2587 personnages du Drame de la vie (dessins de 1983), Jean Vérifice – celui dont la vérité sort de l’orifice rouge par où s’effectue le sacrifice de soi dans le Verbe –, Devant la parole paraît en poche onze ans après sa publication originelle (P.O.L, 1999) : est ainsi mis à la disposition d’un public élargi le deuxième titre de Valère NOVARINA, après l’excellente édition de L’Acte inconnu par les soins de Michel Corvin (Gallimard, "Folio/Théâtre", 2009) – qui arborait en couverture un autre des 2587 dessins du Drame. Pourra donc plus facilement devenir objet d’étude ce tétralogaèdre ("Devant la parole", "Opérette réversible", "Le Débat avec l’espace" et "Demeure fragile") qui vient alimenter la matière en fusion du creuset novarinien, prendre sa place dans ce palais de glaces qu’est l’œuvre.

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10 septembre 2009

[Chronique] Martin Rueff, Différence et Identité. Michel Deguy, situation d’un poète lyrique à l’apogée du capitalisme culturel, par Jean-Claude Pinson

Martin Rueff, Différence et Identité. Michel Deguy, situation d’un poète lyrique à l’apogée du capitalisme culturel, Hermann, coll. "Le Bel Aujourd’hui", juillet 2009, 460 pages, 32 €, ISBN : 978-2-7056-6730-6..

Jean-Claude PINSON

Si Michel Deguy, parmi les poètes de sa génération, n’est ni le plus immédiatement lyrique ni le plus avant-gardiste, il est cependant, nous dit Martin Rueff, le « plus décisif ». Or, pour qu’une œuvre puisse être envisagée à hauteur de ses enjeux et de son ambition propres (de sa décisive incidence), il ne lui suffit pas de persister dans son être. Il faut encore qu’elle soit vraiment comprise et lue. C’est seulement alors qu’elle peut opérer dans l’époque, une époque où plus rien de va de soi quant à la poésie. Et la chose est d’autant moins aisée que l’œuvre, assurément difficile, déconcerte l’idée moyenne de la poésie que façonnent les habituels outils de sa réception. Dans cette perspective, en proposant l’approche la plus fouillée et synoptique que l’on connaisse à ce jour de l’œuvre considérable de Deguy, le premier grand mérite de l’essai de Martin Rueff est de fournir les cadres conceptuels d’une réception à la hauteur d’une poésie et d’une pensée poétique d’une rare exigence.

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10 mars 2009

[Entretien] Jean-Claude PINSON : poéthiquement impur… (2)

Voici donc la seconde partie de l’entretien avec Jean-Claude Pinson. [Lire la première]

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25 février 2009

[Chronique-Revue] La Revue Internationale des Livres et des Idées, n° 9

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 20:25

La Revue Internationale des Livres et des Idées, n°9, ISSN :1959-6758, 5 €.

Comment présenter, sans la trahir, cette revue hors-norme dans le paysage éditorial français. Revue hors norme, tant dans son projet que dans son résultat éditorial.

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11 septembre 2008

[Dossier : « Autour de 68 »] Jean-Luc Nancy, Vérité de la démocratie

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 7:31

  Jean-Luc Nancy, Vérité de la démocratie, Galilée, 2008, 66 pages, 12 €  ISBN : 978-2-7186-0772-6

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26 juin 2008

[Livre-chronique] Alain Gauthier, Jean Baudrillard, une pensée singulière

  Alain Gauthier, Jean Baudrillard, une pensée singulière, Nouvelles Éditions Lignes, 2008, 192 pages, 14 €  ISBN : 978-2-35526-012-4. [ Voir le site de l’éditeur : http://www.editions-lignes.com].

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5 mars 2007

[Salon du livre de Tanger] 4ème jour, interview de Jean-Luc Nancy

Filed under: entretiens,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 19:38

image-13.pngInterview de Jean-Luc Nancy, nous mettons sur libr-critique.com seulement la première partie. Vous pouvez trouver sur vlog-trotter.org la seconde et la troisième partie. Cet entretien a duré une heure, et JL Nancy revient sur la question du langage, de la poésie, et de l’altérité de l’autre.
2nde partie : [voir +]
3ème partie : [voir +]

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7 décembre 2006

[chronique] Etrangement seuls de Jean-Pascal Princiaux

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 7:19

Les éditions PPT publient des livres d’une grande qualité et y apportent un soin méticuleux. Etrangement seuls de Jean-Pascal Princiaux ne dément pas cette réputation : croisement entre des travaux photographiques réalisés avec soins, et une forme de récit entre des protagonistes improbables, dont chaque parole mêle tout à la fois théorie du réel et rencontre humaine.

principiaux140.jpgPour comprendre ce livre, il est nécessaire tout d’abord d’expliquer le travail de Jean-Pascal Princiaux : ses réalisations photographiques se composent d’images qui sont abstraites de séries b, ou bien de films, qu’il se réapproprie et qu’il retravaille numériquement. Ses installations, dont celles constitutives de ce livre [Galerie éof, exposition « JPPPPT », Paris, avril 2004 et « CostumeGris – pièces à conviction » galerie michèle chomette, Paris, janvier-avril 2004], sont des assemblages d’éléments hétérogènes : ici d’une manière explicitée par la 4ème de couverture, nous sommes dans le croisement de la réflexion de la construction/déconstruction du réel à partir du philosophe Clément Rosset [Le réel et son double, ed. de Minuit] et de la grammaire propre à la fiction liée aux fictions cinématographiques ou bien de séries.
Jean-Pascal Princiaux interroge en effet, depuis pas mal d’années les genres et notamment les rythmes et les stratégies de construction de l’image selon certaines formes de représentation. Lors du festival d’animation d’Annecy de 2002, il avait ainsi suscité une certaine surprise avec son film Iceberg club, de 31 minutes. Mettant en image, selon un contre-point absolu : le point de vue de l’iceberg, la fin du Titanic, loin de ne faire qu’un simple détournement, il expliquait lui-même les axes critiques par rapport à la logique de construction rythmique de l’image : « En fait c’est une remise en cause de notre rapport à l’image : dans les films à grand spectacle ou les séries TV, nous sommes sans cesse sollicités, voire agressés, par une activité extrêmement intense. Iceberg club est tout le contraire : nous pouvons vaquer à nos propres occupations mentales pendant le film, flâner, et d’une certaine manière être plus actifs face à l’image Lors de la projection du film, certains spectateurs sont montés sur la scène pour mimer une nage… Pourquoi pas ? ».
Avec Etrangement seuls, à partir d’un travail photographique s’établissant sur deux logiques : 1/ l’opacification totale de la scène, et donc la disparition de l’éclat; 2/ la mise en lumière/éclat d’un seul détail, voire d’un visage, Jean-Pascal Princiaux établit une fiction où des personnages analysent leur présence, leur rapport au réel selon les conditions de l’effacement de celui-ci par leur inclusion dans une logique de fiction. Ces analyses, reprises de Clément Rosset, qui combinent aussi bien théorie libidinale [construction du sentiment et de la part irréductible du mal] que réflexion dialectique sur la circularité de la représentation et de l’effacement de la présence, se construisent à partir d’une mise en situation sexuelle des protagonistes, au sens où ce qui excède la représentation semble bien tenir dans l’acte même de jouissance spontanée. Toutefois, comme le fait remarquer l’un des personnages, l’ingénieur, « toute force, toute parole libérée, est un tour de plus dans la spirale du pouvoir! ».
Ainsi le réel des personnages, de la fictionnalisation, n’est que le résultat d’une construction mentale d’une réalité, qui par oubli de son propre processus, se substitue à ce que pourrait être le réel, à savoir n’est autre que son double, parvenant à devenir l’original, en évinçant l’original, en le remisant dans le seul jeu d’un possible expulsé de toute représentation. Loin d’un simple travail esthétique de la photographie, nous l’aurons compris, Princiaux invite à une réflexion tout à la fois philosophique et politique sur le rapport à l’autre. Et c’est dans cette perspective que doivent être compris les enjeux du titre.
Quand on lit le texte, une chose étrange apparaît, tout à la fois nous faisons face à une continuité dialoguée et d’autre part, semblerait-il, seulement à une juxtaposition de monologues, comme si les paroles des protagonistes étaient totalement désajointées les unes des autres, comme s’ils répétaient un texte ne pouvant entrer en contact avec celui des autres, comme s’ils étaient enfermés dans leur crâne, tout monde commun implosant dans la seule représentation autistique en quelque sorte qu’ils s’en font. C’est bien ce qu’énonce d’ailleurs le médecin :
« Disons qu’il existe deux univers, expliqua le médecin. Le premier se trouve à l’intérieur de nos crânes… Une sorte de monde unique… Le second est ce que l’on nomme « univers phénoménologique ». Mais il n’est en fait que la somme consensuelle de tous les univers privés, augmentée à la rigueur des relevés objectifs des machines de tout poil. En conclusion, l’univers consensuel — parfois qualifié de « réel » — n’est lui aussi qu’un produit de la conscience. »
Et c’est ce dernier univers qui est atrophié par les liaisons entre les protagonistes, malgré la liaison à l’autre, Blanche, qui a lieu par la sexualité : éclat de réel immédiat et qui s’affranchit de toute reprise, étant immédiatement dialectisé dans un jeu de pouvoir et de représentation. principiaux139.jpgL’ensemble des photographies vient dès lors renforcer cette solitude de chaque protagoniste, ceux-ci étant isolés dans l’ensemble de scènes floutées, irréductiblement disparues. Les photographies montrent à quel point le réel n’est à considérer qu’en tant que « trace sur un écran ».
Ce livre paru en 2004, est indéniablement à redécouvrir, et à mettre en perspective avec l’ensemble des questions qui se posent actuellement quant à la représentation médiatique et à la construction de la réalité. De même il s’agit d’une invitation à redécouvrir Clément Rosset, dont les analyses n’ont aucunement perdu leur pertinence.

3 décembre 2006

[News de la blogosphère#3] Ecritures numériques, Grégory Chatonsky

Parmi la profusion de blogs d’artistes, de blogs littéraires, de blogs d’écrivains qui s’exposent sans réfléchir sur les spécificités du vecteur d’exposition et de circulation de leur travail qu’ils utilisent, nous avons envie de faire remarquer non pas des blogs d’écrivains, mais ceux de deux artistes numériques ou multimédias, Grégory Chatonsky , qui interroge la question de l’écriture à travers leur exploration des nouvelles technologies. En effet, son travail qui n’est pas littéraire au sens strict nous semble être cependant de l’ordre de l’écriture, écriture à travers la vidéo, les nouveaux médias, les installations, les dispositifs numériques sur Internet et en interaction, écritures trans-medium, ou intermédia qui trace des lignes dans le temps et construit des architectures… Et l’on retrouve écrite, retranscrite cette écriture poly-matérielle sur leur blog respectif, technologie liée à l’écriture numérique en écho des autres technologies qu’ils utilisent dans ses œuvres, technologie qui contient une économie particulière en relation __ et qui interroge __ la relation avec d’autres économies matérielles que ce sont celles de la vidéo, d’Internet, etc… Cet artiste, très fins connaisseur des aventures avant-gardistes du XXème siècle, de la littérature et de la philosophie, mène à la fois une réflexion théorique et un travail artistique sur et à travers les nouvelles technologies, et interrogent avec les médias numériques le cinéma, l’architecture, la vidéo, la littérature, la musique ; nous les avions d’ailleurs tous les deux invités au 2ème festival Terminal X-périenZ, littératures et nouvelles technologies, organisés par Trame Ouest au centre Noroit à Arras en décembre 2004.

Le blog de Chatonsky, est très dense, les archives remontent à 1989, et l’on trouve l’ensemble de son travail depuis 15 ans.
L’utilisation qu’il fait du blog est, il me semble, très pertinente vis-à-vis de son travail de création, car elle donne à voir le processus de création à la fois en amont, dans son élaboration théorique, puis dans son effectuation, à la façon d’un work in progress, et en aval, il donne des traces, des fragments de sa réalisation. Ces blogs donnent accès à des œuvres qui ne sont pas facilement visibles ou accessibles, (réalisées à l’étranger, dans des espaces peu connus, durant des périodes brèves, …), mais permettent surtout de comprendre le travail de leur auteur à la fois dans son ensemble (car y sont recensés tous les travaux des artistes) et de manière fragmentaire (car ce ne sont que des traces, bribes, preuves de l’œuvre qui s’y retrouvent retranscrites). On peut remarquer que le blog inverse le rapport que le spectateur/lecteur a de façon général au méta-discours d’une oeuvre, d’un artiste, la plupart du temps, on découvre d’abord l’œuvre, puis on en lit des commentaires, des explications, on découvre le journal d’écriture d’un écrivain, sa correspondance, etc…Mais avec les blogs, on peut d’abord avoir accès au méta-discours, au commentaire, avant de découvrir l’œuvre, on peut découvrir l’œuvre à travers celui-ci.
Cependant, les blogs de Chatonskyne sont pas seulement des commentaires, des vitrines d’expositions, ni de simples méta-discours explicatifs de leur travail, ils semblent plutôt en être des extensions spécifiques, ils constituent une écriture, de l’ordre du journal de création, ou une sorte d’atelier ouvert en permanence, mais dont la dimension numérique bouleverse la narrativité classique, et le rapport à l’œuvre de l’artiste. En effet, ces blogs posent la question d’une participation de cette méta-écriture du blog au processus créatif, voire à l’œuvre. En effet, de quelle façon le blog participe à l’œuvre, participe de l’œuvre ? Et de quelle façon cette pratique du blog transforme le rapport qu’a l’artiste, l’écrivain en général, à sa pratique créative ? Car s’il n’est qu’un simple journal de retranscription du travail effectué, ou une fenêtre de news, ou encore l’espace d’étalement d’une egologie qui tente de faire de la littérature en mélangeant subjectif et objectif, le blog n’est pas utilisé pour sa spécificité, qui est son caractère numérique, ainsi que la question de la publicité, du dialogue, du partage avec les internautes, à travers les commentaires ; ainsi, à travers le blog, l’artiste cherche ou accepte des interventions extérieures au cœur même de sa création, comment en tient-il compte ou non ? comment influent-elles, travaillent-elles le processus créatif ? Il faudrait voir avec le temps si la pratique du blog a transformé la façon dont les artistes ou écrivains avait de travailer.
De plus, actuellement le blog est une interface complexe, aux fonctions multiples, à l’esthétique variée et variable, fonctionnalités et esthétique étant très pauvrement exploitées par la plupart des blogs littéraires, qui ont, et c’est bien dommage, presque tous la même apparence, et très peu de fonctions (du fait des plate-formes sur lesquelles ils se situent qui restreignent les fonctionnalités). Quand les écrivains déplorent le formatage des supports médiatiques (TV, radio, Internet, livres, etc…), ils sont pourtant eux aussi formatés par Blogspot et compagnie. Car la question du format est bien une question esthétique et politique cruciale, puisqu’elle détermine en très grande partie la circulation des contenus, le format donne une forme, forme jamais dépourvue de sens, qui codifie, encadre de repères identifiables et déterminant de plusieurs façons le contenu, idée bien banale, mais que de nombreux utilisateurs de blogs semblent oublier quand ils utilisent ce médium. Comprendre les spécificités techniques d’un médium, ce n’est pas être un technicien fanatique, mais c’est pouvoir en utiliser de façon pertinente les potentialités, afin de servir le contenu que l’on veut défendre, tout cinéaste connaît de la technique cinématographique, tout écrivain connaît la grammaire, et sans pour autant être un ingénieur informatique, on peut réfléchir aux implications techniques et esthétiques qui découlent du blog et d’Internet.

Chatonsky est dans cette logique, il mêle aux traces de son travail, des réflexions esthétiques, des extraits d’œuvres d’autres artistes ou écrivains, des citations, qui ne constituent pas seulement, là non plus, un méta-discours, un commentaire, des explications sur leur travail, mais plutôt des réflexions, des données incluent à l’intérieur même de leur écriture, qui participent de l’élaboration théorique et pratique de l’oeuvre. L’hétérogénéité des matériaux, des médias utilisés et leur assemblage à la fois ordonné et non hiérarchique sur un même plan à travers le blog donne à voir de façon particulière la création artistique et les divers éléments qui la constituent, et établissent des réseaux de sens multiples tout en croisements et en interceptions.
Enfin, à travers ces blogs se pose la question de l’auto-archivage que pose Chatonsky dans un de ses posts :
« La multiplication des supports de mémoire entraîne une mise en crise des autorités traditionelles de mise en mémoire, le sentiment d’un flux permanent dans lequel il est difficile de faire le tri.
Les artistes doivent de plus en plus souvent procéder à un auto-archivage de leurs activités. » (le 27 octobre 2006).
[ Cette question de l’archivage, de l’enregistrement, de la conservation d’une donnée, d’un contenu, est, il me semble, une des question essentielle que pose le blog, et non pas la question de l’intime, question rarement interrogée de façon stimulante et novatrice (ce n’est pas parce que la plupart des utilisations du blog sont tournés ver l’intime, que cette utilisation est la plus pertinente, les blogs les plus importants à la fois en terme d’influence, de qualité des contenus, de réflexions sur la forme ne sont pas du tout pour la plupart des « blogs intimes »). ]
Cet archivage et cette traçablité particulière à travers le blog permet aussi de donner à un travail une lisibilité, traçabilité et lisibilité dans le temps qui ne sont pas facilitées par les institutions, les médias, qui fragmentent, plus qu’ils ne créent des liens, qui séparent dans des cases et catégories au lieu de souligner les généalogies et les réseaux de correspondances.

Comment les NTIC et le numérique pose cette question de la trace, de la recension, du document ? Nous avons ici avec ces blogs, il me semble, aucunement une présentation égocentrique de soi, ni un simple espace d’informations sur l’actualité d’un artiste, mais bien un espace de liaison, et d’élaboration d’une pensée, d’une œuvre, de façon dense, complexe de l’ordre du journal, à la fois intime et public, dont le caractère numérique permet une construction labyrinthique, une actualisation permanente, et une diffusion particulière selon les principes du web, et non selon les lois de la presse, de la critique officielle.
Ainsi, chez cet artiste, le blog est bien un journal numérique, espace feuilleté et ramifié en perpétuelle reconfiguration, qui permet une traçabilité et une visibilité de leur travail différente que celle proposé par les musée, galerie, journaux, centre de ressources et autres…
Si Borgés était encore vivant, peut-être aurait-il utilisé le blog ?

9 novembre 2006

[chronique] Ce qu’on dit au poète en propos de fleurs de Fabrice Bothereau

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Le texte de J.C Pinson dévolu à l’éloge de P. Beck [NDLR : paru dans Le monde du 3 novembre 2006] pose au moins un ou deux problèmes. Ces problèmes ne concernent pas la qualité de l’œuvre (déjà) de Beck. Beck est un poète, personne n’en disconvient. S’il est un poète, pourquoi vouloir l’éloigner de ceux qui font office de poésie (sonore, actée, performée…), et le rapprocher de ce que n’est pas le poète ; un philosophe ? Les poètes sont fort peu lus. Même les plus connus ont des chiffres de vente totalement dérisoires (qu’importe). Aussi ne risque-t-on pas, à dire qu’un poète est philosophe, d’éloigner le lecteur ? Si le poète est philosophe, de quelle philosophie est-il le philosophe ? Autrement dit, où est la philosophie de Beck ? Cette question est absurde ; puisqu’il n’y a pas, à ce jour, de philosophie de Beck. Tandis que nous avons la poésie de Beck. N’est-ce pas suffisant ? Pourquoi vouloir toujours ramener le poète à un philosophe ? Ce qu’il n’est pas, et qu’il ne peut pas être. Et pourquoi donc ? Parce que, tout bêtement, ce n’est pas la même chose. Comme dirait Badiou, ce sont deux « procédures de vérité » distinctes. Il n’est pas possible de rabattre l’une sur l’autre.

On nous fait croire, spécialement en France, et depuis des décennies, que c’est possible, puisque le poète peut être interprété par le philosophe, quand le philosophe se met lui aussi à poétiser. L’exemple le plus illustre, celui qui fait trembler des générations d’étudiants et de thuriféraires, est évidemment Heidegger. Mais il serait temps d’arrêter le massacre ; tant de la philosophie, que de la poésie. On continue de rendre un très mauvais service à la philosophie et à la poésie tant que l’on mélange allègrement les disciplines, et, dirions-nous, les ascèses. L’ascèse du poète n’est pas du tout la même que celle du philosophe. La construction non plus. Il n’y a pas de concept chez un poète ; tandis qu’il y en a chez le philosophe. Il y a tant de différences qu’il est même inconcevable de vouloir les mêler, au point de les confondre. Ce mauvais service est un service funèbre. Nietzsche lui-même, lui le philosophe si métaphorique, avait bien distingué deux sortes de discours, le discours métaphorique, et le discours rationnel. N’est-ce pas clair ? Il n’y a pas de métaphore chez un philosophe. La métaphore, c’est le concept du poète. Ce n’est pas la même chose. On sent bien chez Pinson cette homogénéité du poétique et du philosophique ; ils se compénètrent. Cette compénétration étant — avec la musique — le but suprême que doit se fixer la poésie. Mais pas du tout.
Que l’on lise autre chose que Heidegger dans ce pays, et que l’on redécouvre enfin ce qu’est la philosophie. On arrêtera de mélanger deux disciplines très vitales, mais distinctes. Bien sûr, il n’y a pas que Heidegger, il y a aussi Derrida, mais aussi Deleuze ; des auteurs qui ont allègrement claironné pendant des années ce qu’il en était de la littérature, de l’écriture, de la poésie. Avec toujours cet air mystagogue de celui qui sait, parce qu’il a beaucoup pensé. La pensée ! L’affaire du poète. Il faut que le poète pense. Là encore, lignage heideggerien. La pensée ; employé dans le registre heideggerien, est un mot-ascenseur, comme dirait Ian Hacking. Un mot qui, sitôt énoncé, n’attend plus que l’encens et le recueillement solennel. Qui pense ? Qu’appelle-t-on penser ? Cette stupide question rendue si vénérable par cet idiot de souabe qui se prenait pour un oracle.
Le poète pense. Qu’on se le dise. Philippe Beck pense ! Qu’on se le tienne pour dit. Et ne venez pas vous y frotter ! Tout cela est assez grotesque. Evidemment que Beck pense. Si nous le lisons, c’est parce que ça pense. Mais comment ça pense, ici, n’est pas l’affaire d’une philosophie ; mais d’une poésie. Comment décrire la pensée de la poésie ? Affaire d’écriture. Il faut se débrouiller avec ça ; avec la pensée asymbolique que le poète nous donne à penser avec des symboles. Pensée asymbolique, parce que non-objectivable. On ne peut pas objectiver la poésie ; c’est ce qui fait sa force, sa résistance, et sa particularité spécifique (la poésie en tant qu’espèce technique de l’appareil moteur humain). L’inobjectivable, c’est la métaphore. A l’inverse, le discours du philosophe est objectivable ; il sert justement à ça.
Arrêtez de dire que le poète est philosophe. Le dire, c’est une monstruosité. De la même manière qu’un philosophe poète serait une monstruosité. Nous en connaissons au moins un (qui plus est mauvais philosophe et mauvais poète) ; et c’est bien assez.
Enfin, on nous permettra de nous étonner de l’exclusion, par Pinson, de la poésie sonore, performative, etc. Apparemment, là n’est pas la vraie poésie. Mais alors Jaufré Rudel, Guillaume d’Aquitaine, Guillaume de Machaut ? Ce ne sont pas des poètes ? Ils chantaient leurs poèmes. Le canso était plus important que l’écrit. Mais alors Homère ? Pas un poète ? Mais alors Tristan Tzara, qui déclamait au Cavalier Bleu ? Il est dommage qu’un poète écarte d’entrée de jeu ce qui fait pourtant partie intégrante de la poésie ; son chant, sa diction, son élocution, sa sonorité. Comme s’il fallait encore ramener ça du côté du théologique ; l’Ecriture. Le poème s’écrit, c’est là qu’il est le plus poème. N’est-ce pas que cette vision de la poésie est quelque peu étriquée ? Mallarmé donnait-il à lire ses poèmes à ses fameux Mardis ? Non. Il les disait. Mallarmé avait une idée très négative de l’écriture, de l’écriture en tant que matérielle — de l’encre sur du papier —, c’est pourquoi il est si articulé et sonore — le Coup de dé étant une tentative justement inouïe pour tenter de remédier à l’inesthétique journalisme de la mise en page. Mallarmé, pas un poète ?

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