Libr-critique

22 mars 2019

[Livre – news] Patrick Beurard-Valdoye, Cycle des exils VII

Patrick Beurard-Valdoye, Flache d’Europe aimants garde-fous, Flammarion, en librairie depuis le 13 mars 2019, 344 pages, 22 €, ISBN : 978-2-0814-6150-5.

Quatrième de couverture

« L’Europe penche. Ses penchants sont irrésistibles. BABORD TRIBORD BABORD TRIBORD. Quoi entre ?
Quoi : entre Albrecht Dürer peignant l’insensé signe d’une chute de météorite, et Joseph Beuys au cœur d’un carnaval, ayant écrit au tableau noir « The Brain of Europe » ? Quoi : entre neuf jours d’Aphrodisies à Paphos, et les neuvaines d’un village où les pèlerins venaient en traitement pour leur folie ?
Les barges tanguent. Les bargeots ne sont pas toujours ceux qu’on croise. Les croisés, ils sont livrés à leurs nefs folles.
Les mythologies du temps présent se conjuguent avec l’histoire des antiques. Le sel y met un peu de piment.
On a localisé le clitoris de l’Europe, pas encore son cerveau. Complètement à l’Ouest ? L’oncle d’Amérique, de retour, pencherait pour.
Qu’est-ce que l’Europe, vue du mur à Chypre, gentiment nommé : ligne verte ?
Qu’est-ce que l’Europe, vue par les écrivains Jean-Paul de Dadelsen et Denis de Rougemont, qui se mouillent au Centre européen de la Culture ? Quand la confédération européenne devient leurre, Dadelsen fait résonner son poème dans le ventre de la baleine, traduit le livre d’un juge américain, frôle la poète Hilda Doolittle, succombe d’une tumeur au cerveau.
La langue c’est de la lave. C’est fou ce qu’on la préfère refroidie, solidifiée, figée. Parfois de l’énergie s’évade encore de l’encre asséchée : celle de l’énigme atteinte. Qu’y peuvent les arts poétiques ? Mais.
Parier sur l’inconnu. Inventer des narrés, avec ligatures et raccords à distance. Bousculer l’ordre causal. Modéliser l’hétérogène. Ne pas nous mener en bateau, ni céder aux vieilles lunes. Syncrétiser. Croiser les doigts.»

Premières impressions /Fabrice Thumerel/

Après Allemandes (MEM / Arte Facts, 1985),
Diaire (Al dante, 2000), Mossa (Léo Scheer/Al dante, 2002), La Fugue inachevée (Léo Scheer/Al dante, 2004), Le Narré des îles Schwitters (Al dante, 2007) et Gadjo-Migrandt (Flammarion, 2014), voici le septième volume du « Cycle des exils », qui se rattache aux précédents livres par un subtil système de reprises et variations : de cahots en chaos, la nef des fous nous emmène du XVIe siècle aux temps modernes, la « folie migratoire » (p. 46) étant consubstantielle aux soubresauts de l’Histoire, avec pour compagnons Joseph Beuys, James Joyce ou encore Antonin Artaud… Cette « Ã©trange nef à contre-courant – la stultifera navis – » (200) emporte également « les insurgés de la langue », « les malades-du-narré » (199)… Dans cette nouvelle épopée des opprimés, Patrick Beurard-Valdoye dépasse les antinomies histoire/modernité, esprit/matière, poésie/prose, etc., dans un phrasé qui ressortit à une poétique disruptive : « faire du poème un laps vertical où la / durée se rompt pour résoudre / la lutte des contraires » (42)… S’y entrechoquent les sons et les sens, les parlers et parlures dans un vertigineux tohu-bohu, un nouvel opéra fabuleux. Regardécoutez ces mots-valises (« démenciels », « livreraison »…), un enchaînement phonique comme celui-ci : « FRAGE FRAGE frage saxifrage » (70)… Regardécoutez cette fulguration verbale, ce carnaval langagier : « plus question de faire du grabuge à l’aka les étudiants défilent démontrent KEIN ERSATZ FÜR BEUYS l’art est un fleuve qui jaillit des dilemmes des maux d’une époque tourbillonnante wirbelante et de sa schizophrénie schlitten luges urschlitten urbuys colonne vertébrale de traineaux chevauchés d’âmes migrantes laissant place aux tableaux noirs DEMOCRATIE IST LUSTIG » (143)…

Spéciale sur le Cycle des exils à la Maison de la poésie de Paris le samedi 23 mars, de 17H30 à 21H30

La soirée à la Maison de la poésie en 2015 était présentée ainsi : « L’oralité est présente et agissante à tout moment dans le “Cycle des exils” de Patrick Beurard-Valdoye : à ses origines (les paroles recueillies auprès d’anciens dans Mossa ou La fugue inachevée, la culture orale des Rromani dans Gadjo-Migrandt…) ; par les recherches sur des figures historiques de l’oralité poétique (Kurt Schwitters, Ghérasim Luca, Charles Olson) et dans la lecture-performance et le récital. Une oralité qui emporte avec elle le « narré » et le narré, une forme poétique longue qui interroge tous les savoirs, qui les contient tous, qui les fait jouer par coïncidences. Et le récital à son tour réagit sur l’écriture, l’informe, la forme. L’expérimentation par la voix est liée à l’expérimentation par l’écriture ».

Cette fois, salle Lautréamont, lors d’une rencontre animée par Gaëlle Théval, on aura la chance d’écouter des trouées dans ce cycle époustouflant :
– Cyrille Bret : « Entre historia poetica de l’art européen et histoire artistique de l’Europe ;
– Elke de Rijcke : « PBV, poésie & méthodologie » ;
– Cyril Vettorato : « Papillonner entre le français : le Cycle des exils, une écriture Schmetterlingue » ;
– Pierre Drogi : « Schwitters l’anonyme ».

29 mai 2016

[News] News du dimanche

Pour passer le cap de juin, RV sur la radio de Sylvain Courtoux ; à Paris (Librairie Texture), Clermont-Ferrand (2e Salon des Voix mortes), Nice (expo Supports/Surfaces)…

 

â–º À écouter, par Sylvain Courtoux : La poésie/Vestiaires #3 – Les filles de la poésie : https://soundcloud.com/sylvain-courtoux/les-poetesvestiaires-3-les-filles-de-la-poesie-emission-du-13-mai-2016

â–º Jeudi 2 juin à 19h30, lecture à Texture (Librairie Texture, 94 boulevard Jean Jaurès Paris 19e), avec notamment Pierre Drogi (Anémomachia, ed.Lanskine) et Emmanuèle Jawad (Faire le mur, ed.Lanskine).

â–º 2e Salon des Voix mortes à Clermont-Ferrand (Raymond Bar : 1, rue du Pré la Reine), 3 et 4 juin 2016.

La littérature FNAC-Cultura-Télérama vous emmerde ? Nous aussi !
Venez découvrir de vrais auteurs qui écrivent de vrais bouquins, publiés par de vrais éditeurs.
Stands, Lectures, Concerts, Bouffe & Picole sur place.


AU PROGRAMME :

VENDREDI 3 JUIN

21h15 – Luna Baruta, Louise Pothier et Astrid Toulon du collectif Dans la bouche d’une fille
22h – Henri Clerc & Luna Baruta
22h45 – Marlene Tissot
23h30 – Baptiste Brunello
00h15 – Cougar Discipline

SAMEDI 4 JUIN

21h15 – Christophe Siébert + Horse Gives Birth to Fly
22h – Sylvain Courtoux
22h45 – Bibi Konspire (alias Charles Pennequin et son big band)
23h45 – Boris-Crack
00h30 – Mathias Richard + Antoine Herran

+ Vidéos, rencontres, etc.

EDITEURS PRESENTS :

Gros Textes
Caméras Animales
Al Dante
Trash
Lunatique
La Belle Epoque

EXPOSANTS :

MARC BRUNIER MESTAS
http://print-temps.over-blog.com/
ANNE VAN DER LINDEN
http://www.annevanderlinden.net/
TOM DE PEKIN
http://tomdepekin.tumblr.com/
CLOTHILDE SOURDEVAL
http://clothilde-sourdeval.tumblr.com/
SUPER DETERGENT
http://superdetergent.tumblr.com/
LILAS
http://lalilas.over-blog.com/
THIERRY TOTH
http://thierry-toth.tumblr.com/
JOEL HUBAUT
http://joelhubaut.jujuart.com/
MAVADO CHARON
http://mavadocharon.blogspot.fr/
FANNY HO
https://deuxrien.wordpress.com/
TOM RECK

â–º S U P P O R T S / S U R F A C E S / Exposition dans le cadre de la Carte Blanche à Ben. Vernissage le vendredi 10 juin 2016 à partir de 18h.
André Pierre Arnal  – Vincent Bioulès – Louis Cane – Marc Devade – Daniel Dezeuze  – Noël Dolla –Toni Grand – Bernard Pagès – Jean-Pierre Pincemin – Patrick Saytour – André Valensi – Claude Viallat

Pincemin
Jean-Pierre Pincemin, « Sans titre », 1969, 250 X 206 cm, Technique mixte

Le mouvement Supports / Surfaces, fondé officiellement en France en 1971, met en avant l’idée que ce n’est plus seulement le sujet mais également les éléments constitutifs de la peinture (supports, méthodes et techniques de réalisation) qui ont une importance dans la réalisation artistique. Le but est ainsi de tenter de faire de la peinture autrement en utilisant de nouveaux moyens picturaux.
La Galerie Eva Vautier souhaite, à travers cette exposition, rendre hommage à ce groupe d’artistes qui a contribué à de nouvelles approches artistiques que les générations suivantes continuent d’explorer.

L’exposition présentera plusieurs oeuvres de l’époque ainsi que des documents historiques.

Galerie Eva vautier
2 rue vernier
06000 Nice
France
Du mardi au samedi de 14h à 19h
 et sur rendez-vous
contact: galerie@eva-vautier.com
tel: 09.80.84.96.73
www.eva-vautier.com

30 janvier 2014

[Chronique] Pierre Drogi, Animales, par Emmanuèle Jawad

Ce livre publié dans la collection dirigée par Mickaël Batalla rassemble trois séquences écrites à plusieurs années d’intervalle, dont la plus récente est portée par le titre.

 

Pierre Drogi, ANIMALES, éditions Le clou dans le fer, coll. « expériences poétiques », 2013, 184 pages, 20 euros.

Ce titre nous oriente du côté du féminin. Animales provient d’un adjectif latin ne présentant pas de différence morphologique entre masculin et féminin. L’hésitation grammaticale s’en trouve perçue par l’auteur comme une invitation à entendre le pluriel comme féminin plutôt que masculin. L’adjectif désigne ici des (pièces) animales ou des (poèmes) animaux.

Le travail sur la mise en espace du vers retient d’emblée l’attention dans sa singularité, une disposition produisant sa propre répartition sur la page, dans le souci d’une spatialisation aérée du texte le plus souvent, resserrements par endroits, rythmant des espaces entre les fragments et dessinant des marges libres, ce qui peut apparaître comme un « blanc syntaxique » constitutif du discours.

A cette organisation qui laisse les bribes sonores par éclats, dans des associations fulgurantes et des glissements homophoniques, s’adjoint une ponctuation constitutive d’une typographie sous-tendue par un souci visuel. La virgule se trouve ainsi à l’occasion placée en début de vers, le point d’interrogation décalé, laissé vide sur ses côtés, deux points en retrait de ce qui précède et de ce qui vient, crochets, parenthèses, barres obliques, tirets, jusqu’à la présence d’une double marque de ponctuation, point sous la strophe, l’articulation des vers s’opère dans leurs marques de réserve, de suspension, de coupe et d’ouverture.

Le volume se clôture en bas de page par la mention : Ponctuation et orthographe : tout a sa raison. 

L’attention se porte également sur l’émancipation des formes du vers dans leur irrégularité, souvent brefs, avec coupes récurrentes, qui associent amorces de dialogues rapportés, phrases interrogatives, mode impératif et interjections, et qui soutiennent le rythme, densifiant la matière même du poème. On notera dans la construction des vers la fréquence des assemblages de mots présentant des proximités dans leurs sonorités.

Le motif "animal", dans cette première séquence importante, ouvre sur un bestiaire propre à l’auteur. On y côtoie références mythologiques et historiques (Hermès, Hérodote, Hérode, Aristote…). Jointe à cette première séquence animales, Hassana et l’ouvrier d’Yport, écrit en 2012, poursuit le travail de mise en espace, agençant le texte autrement, le partageant sur la partie supérieure et inférieure de la page, avant de la couvrir plus largement étirant les fragments. Les deux dernières séquences du livre, écrites seize ans plus tôt, permettent de saisir l’écriture de Pierre Drogi dans son parcours, rendu alors dans son déroulé chronologique, et d’en dresser ainsi la particularité, dans son travail de composition sonore des vers et de leur spatialisation.

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