Libr-critique

1 février 2018

[News] Libr-News

En ce début d’année dense, la mauvaise nouvelle est l’arrêt définitif des éditions Al dante… Des RV à ne pas manquer : à la Friche de Mai sur le travail ; à Calais avec Thierry Rat ; à Toulouse autour de la revue Babel heureuse ; à Nantes avec les éditions Publie.net

Édition : fin d’Al dante

Nous avons le regret de vous annoncer que les éditions Al Dante ont stoppé leurs activités au 1er janvier 2018. [Entretien avec Laurent Cauwet]

Dorénavant, la totalité du catalogue Aldantien – probablement le plus riche en matière d’écritures expérimentales ! – sera disponible aux Presses du réel (intégration en cours).

Vous pouvez continuer à vous procurer les livres sur le site des
éditions Al Dante jusqu’au 15 février 2018 (c’est même conseillé et désiré). –> http://al-dante.org/

Ensuite, le site sera fermé, et les Presses du réel prendront le relais. –> http://www.lespressesdureel.com/

Une collection Al Dante est créée au sein des Presses du réel, qui sera composée de trois sections :

– La section «Pli» (sous la responsabilité de Justin Delareux et de Jean-Marie Gleize) qui, plus que jamais, restera vigilante à la création poétique actuelle dans ce qu’elle a de plus pertinente en terme d’inventivité et de volonté critique.
[contact : ad.sectionpli@gmail.com]

– La section «Anthologie» (sous la responsabilité de Laurent Cauwet et de Julien Blaine) qui, de publication en publication, constituera une anthologie internationale de poésie contemporaine (les premiers volumes seront dédiés à la Palestine, au Maroc, à la communauté Mapuche et à la France).

– La section «Les Irréconciliables» où seront publiées des œuvres singulières oubliées, peu connues, inclassables ou considérées comme impubliables (parmi les premiers projets : Kurt Schwitters, Jacques Sivan, Sylvain Courtoux, Michel Crozatier).

Dans cette configuration, cette collection commencera son cycle éditorial en octobre 2018.

Mais d’ores et déjà, en préfiguration de cette collection Al Dante en construction, et parce que rien ne saurait s’arrêter jamais, trois ouvrages paraissent au mois de mars :

– "Terreur, saison 1" d’Éric Arlix (récit)
– "Ce que je n’ai pas dit à Bob Dylan" de Jalal El Hakmaoui (poésie traduit de l’arabe – Maroc – par l’auteur)
– "2017" de Julien Blaine (chronique poétique)

 Libr-événements

â–º TRAVAILLER / OEUVRER

avec Harun Farocki

Un programme conférences et tables rondes conçu et proposé par Alphabetville

En lien avec l’exposition Harun Farocki : « Empathie »

Sur une proposition de Alain Arnaudet. Commissariat : Antje Eihmann

Coproduction Friche Belle de Mai et Goethe Institut

Du 25 novembre 2017 au 18 mars 2018, à la Friche Belle de Mai à Marseille

 

Ce qui travaille, conférence de Bernard Stiegler, philosophe

Jeudi 1er février 2018 à 18h30, le Grand Plateau

Il y a quatre ans le MIT publiait une étude soutenant que 47% des emplois aux Etats-Unis pourraient être intégralement automatisés au cours des vingt prochaines années. Ces emplois ne sont automatisables que parce qu’ils sont dénués de tout travail – si l’on considère que travailler consiste à inscrire dans le monde une réalité nouvelle, fruit du génie humain. 
L’Anthropocène est une impasse qui a été provoquée par une prolétarisation généralisée détruisant le travail. L’avenir est le Néguanthropocène, qui reposera sur une économie mettant les automatismes au service de la désautomatisation, c’est-à-dire du génie humain – ceci sur la base d’une extension progressive de ce qu’Ars Indutrialis appelle le revenu contributif. Celui-ci s’inspire à la fois de l’organisation contributive du travail inventée par les producteurs de logiciel libre et du régime des intermittents du spectacle – qui sont des producteurs d’anti-entropie (ce que l’on appelle aussi la "culture).

Philosophe, auteur d’une trentaine d’ouvrages, Bernard Stiegler est président de l’association Ars Industrialis, directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Georges Pompidou, professeur associé à l’Université de Technologie de Compiègne. Son travail analyse les systèmes techniques dans leur relation aux systèmes sociaux, économiques, politiques, culturels, dans la perspective d’un monde « non-inhumain ». Dernières publications : La société automatique I, L’avenir du travail (Fayard, 2015) ; L’emploi est mort, vive le travail, entretiens avec Ariel Kyrou (Les mille et une nuits, 2015) ; Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? (Les liens qui libèrent, 2016). A paraître : La société automatique II, L’avenir du savoir.

A venir

Table ronde Une économie des gestes

Jeudi 8 février à 18h30, le Petit Plateau

Avec Sylvie Boulanger, eRikm, plasticien et musicien, Pierre Parlant, écrivain et philosophe, Olivier Quintyn, philosophe et éditeur…

Plus d’informations : http://www.alphabetville.org/rubrique.php3?id_rubrique=65

Entrée libre sur réservation au 0495049595

Lieu :

Friche Belle de Mai

41, rue Jobin

13003 Marseille

www.lafriche.org

â–º Figures fragiles
Thierry Rat, février 2018 au Bar la BETTERAVE
(17, Rue Félix Cadras – Calais)
Vernissage vendredi 2 février 2018 à partir de 20h00
20h lecture de Thierry Rat sur une proposition sonore de Greg Bruchet & Frédéric Gregson. A l’occasion de l’exposition / lecture un livret est édité à 20 exemplaires contenant chacun un dessin original numéroté, daté et signé par l’artiste. Il est accompagné d’un DVD vidéo-poème intitulé "résurgence".

â–º Samedi 3 février à 18H30 :  Rencontre autour du numéro 2 de la revue Babel heureuse à la Librairie Ombres Blanches de Toulouse.

â–º Mercredi 7 février à 19H30 : Rencontre sur les éditions Publie.net au Lieu unique de Nantes (Quai Ferdinand Favre).

1 mai 2017

[News] Libr-News

En ce 1er Mai, accordons-nous un temps de Libr-réflexion… Et notons des RV stimulants : à Bruxelles autour de la pop culture ; à Paris, avec P. Bouvet et S. Bourmeau ; à Apt, avec J.-M. Gleize ; à la Maison de la poésie Paris, avec F. Matton ; à Caen pour le festival Ici poésie…

Libr-carnet critique /Fabrice Thumerel/

♦ En ce 1er mai, on méditera l’article de Nicolas Roméas, "Bref résumé de la situation (contagion de la maladie psychosociale)".

♦ Larmes des Marie en ce jour de Muguet
                Demos gratos
Fi des grigris républicains
des flonflons et des clochettes
fini de conter fleurette à Marianne
À bas bandeaux et bandits !

♦ En ces temps d’eaux troubles, l’avenir est aux malins ! (1) Rien d’étonnant, donc, à ce que tous les candidats à la présidentielle s’autoproclament anti-système

♦ Que penser d’une République dans laquelle les journalistes qualifient de "battles" aussi bien les matchs de foot que les débats politiques ? D’une République dans laquelle des escrocs peuvent être plébiscités par des citoyens qui confondent cécité et nécessité ? D’une République dans laquelle ces citoyens ont le choix entre la dictature économique et la dictature totale (autoritariste, moraliste… et économique !) ? Car le lepénisme père & fille est à la fois un capitalisme et un nationalisme extrêmes et réactionnaires.
Comme souvent, le désarroi peut pousser un troupeau à se jeter dans la gueule du loup…

♦ Le moralisme anti-FN n’est pas de mise : seules la réflexion et l’action d’un NOUS à refonder sont de nature à endiguer les racines du mal social.

♦ La violence anti-FN n’est pas de mise : elle ne fait que renforcer la violence de l’ordre dominant.

♦ Si le choix du candidat le moins extrême s’impose, il ne permet pas pour autant de faire l’économie d’une réflexion et d’une action cruciales.

♦ Le capitalisme étant entré dans la phase critique de la crise systémique, il ne faut pas compter sur la classe politique pour y remédier. Soit les peuples pèsent de tout leur poids et inventent d’ingénieux moyens d’action, soit l’Ordre néolibéral – celui de la Goldman Sachs et consorts – trouvera comme issue un pouvoir extrême-droitiste.
Sans vertu, il n’y a pas de démocratie, affirmait déjà Montesquieu.

(1) Clin d’œil à Bel-Ami de Maupassant.

Libr-événements

â–º  SYNC! Part 2
➨ HANNAH HOFFMAN par Clovis XV
Du 2.05 au 22.05
Activation Vendredi 5.05 / 18h30-21h
+ Performance Clément Delhomme

➨ Pour la deuxième partie de SYNC!, Clovis XV propose un univers lié au monde de la pop culture. Fiction Pop est à l’origine une édition réalisée par Anastasia Bay et Clément Delhomme. Ces deux artistes ont invité des plasticiens, écrivains ou performeurs à imaginer un univers de papier commun mais purement fictif autour de la figure d’Hannah Hoffman. Un moyen de montrer ce qu’incarne pour le collectif, la notion d’idole. Concept où chacun projette ses envies comme ses névroses. Cette invitation à un imaginaire collectif fera surgir des thèmes qui gravitent autour de la culture pop : la musique, le fanatisme, le féminisme ou encore les psychotropes,…

➨ Cette édition servira de point de départ à la mise en espace d’une exposition activée lors de 3 soirées performatives prenant corps hors de la publication. De plus, une invitation sera faite à d’autres types de communautés rassemblées autour d’une passion commune (archers, joueurs,…) d’amener des indices de leur présence, voire de leur effervescence, au sein des espaces de l’ISELP transformés pour l’occasion en lendemain de meeting ou de messe évangéliste…. à suivre donc !

➨ Clovis XV est un espace dédié à l’art contemporain, ouvert en novembre 2014 à Bruxelles par Anastasia Bay et Julien Saudubray, issus du collectif IDIOM, sur un modèle de galerie non-profit. Ce lieu donne carte blanche à des artistes et commissaires d’expositions afin de découvrir la jeune création actuelle dans des expositions individuelles ou collectives.

➨ Vendredi 12 mai / 18h30: Performance 这是中国 de aalliicceelleessccaannnnee&ssoonniiaaddeerrzzyyppoollsskkii

➨Vendredi 19 mai / 18h30: Performances Antoine Boute et Benoît Toqué

Plus d’infos:
➨ http://bit.ly/2qimmPE
➨ iselp.be
➨ clovisXV.com

â–º Vendredi 5 mai à 19H, Maison de la poésie Paris : Archéologie des médias, Patrick Bouvet & Sylvain Bourmeau ; musique : Térence Meunier.

Avec sa Petite histoire du spectacle industriel, Patrick Bouvet immerge le lecteur au cœur d’une expérience sensorielle singulière : emprunter un roller coaster littéraire pour vivre à vive allure l’implacable avancée des techniques médiatico-politiques, de l’invention de la guillotine aux expositions de Jeff Koons, en passant par la rencontre entre Disney et l’inventeur des V2.

Avec son Bâtonnage, Sylvain Bourmeau tente de faire advenir la poésie à travers ce que Mallarmé considérait comme son envers : « l’universel reportage ». Geste littéraire mais aussi regard critique porté sur l’évolution d’un l’espace public désormais saturé d’informations. L’un comme l’autre procèdent d’une forme poétique d’archéologie des médias.

À lire – Patrick Bouvet, Petite histoire du spectacle industriel, éd. de l’Olivier, 2017 – Sylvain Bourmeau, Bâtonnage, Stock, 2017.

 

â–º Ve 5 mai, de 20H à 23H, Apt : Soirée Cris poétiques, avec Sacha Steurer & Jean-Marie Gleize.

Lectures de Sacha Steurer et de Jean-Marie Gleize, avec une video-projection conçue et réalisée par Giney Ayme. Soirée présentée par Jean de Breyne et Florence Pazzottu. Un partenariat Vélo-Théâtre, l’Ollave et Alt(r)a Voce. Tarif unique 5 euros. Restauration sur place. Réservations au 04 90 04 85 25 ou velos@velotheatre.com. Le Vélo Théâtre Pépinière d’entreprises Route de Buoux 84400 Apt

Ci-dessous le visuel de Giney Aymé, extrait de L’Histoire de la poussière, livre d’artiste constitué uniquement d’originaux et de manuscrits. Ce vendredi, Giney Aymé va projeter une vidéo à l’aveugle, découvrant en même temps que le public la voix de Jean-Marie Gleize.

 â–º Jeudi 18 mai à 19H, François Matton à la Maison de la poésie Paris
François Matton – Exercices de poésie pratique
Rencontre avec l’auteur & lecture par Pierre Baux

« Votre existence manque cruellement de poésie. Ce n’est plus tenable, il est urgent de vous ressaisir. Pour cela, suivez le guide. » Avec ses délicieux Exercices de poésie pratique, François Matton déconcerte en proposant au lecteur de se prêter à de véritables expériences, minimes mais bouleversantes : par exemple retourner le sens ordinaire de la perception, se désidentifier de son corps, disparaître un instant, ronronner d’aise sans plus penser à rien, revenir à notre béatitude première, prendre un bain de présence et devenir l’océan. Avec la même distance amusée que dans ses précédents livres dessinés, il nous invite à « devenir le maître du monde, sa source enchantée, le poète des poètes ».
Le comédien Pierre Baux se fera pour l’occasion professeur-gourou et lira plusieurs de ces exercices de poésie pratique, que François Matton commentera en les reliant à sa pratique si singulière de l’observation et du dessin. Ne vous laissez pas faire : « il est plus que temps de reprendre place dans une vie poétique digne de votre excellence » !

À lire – François Matton, Exercices de poésie pratique, Editions POL, 2017.
À voir – Des aquarelles de François Matton réalisées durant une résidence à Québec seront exposées pendant le mois de mai à la Maison de la Poésie – Scène littéraire.

tarif : 5 € / adhérent : 0 €

â–º Les samedi 13 et dimanche 14 mai, Festival Ici poésie à Caen

 

27 mars 2016

[News] News du dimanche

En ce jour de Pâques, on pourra commencer par relire la chronique de Bernard Desportes sur un revenant dans l’actualité : Mgr Barbarin… Notre UNE, quant à elle, portera sur l’état d’urgence intellectuel que met en exergue le dernier numéro de la Revue du Crieur ; enfin, nos Libr-événements : festival Déklamons à Rennes, rencontre au Bateau Livre de Lille avec J. Liron et D. Vazemsky, RV au N’a qu’un œil de Bordeaux et à la Maison de la poésie Paris (Emmanuel Régniez ; Annie Ernaux ; Bernard Desportes avec Fabrice Thumerel)…

UNE : État d’urgence intellectuel /F. Thumerel/

Selon l’édito du dernier Crieur, si état d’urgence il y a il est bien d’ordre intellectuel : « Pour que la déflagration du 13 novembre ne se transforme pas en une "stratégie du choc" tissée d’hystérie sécuritaire, de régime d’exception et de replis identitaires, il est essentiel d’ouvrir grands les yeux sur la césure révélée par un tel moment ».

Sont ainsi étudiés l’apparition d’une pseudo-science humaine, l’islamologie, pour répondre à la demande sociale et sécuritaire (L. Dahkli) ; l’idéologie wahhabite, puritanisme extrême élargi par le salafisme, qui ne conduit que rarement au radicalisme terroriste (L. Bonnefoy et S. Lacroix) ; la résurgence du nationalisme culturaliste dans une France qui voit l’essor de l’identitarisme (B. Wilfert-Portal) ; la stratégie de l’EI pour fédérer les humiliés (M. Benraad)…

L’état d’urgence est d’autant plus de mise que ce ne sont plus seulement les professeurs qui sont devenus des techniciens du savoir pratique (Sartre) : les philosophes s’assurent de nouveaux débouchés – des plus rentables ! – en s’engageant dans les think tanks libéraux ou en répondant favorablement aux propositions des entreprises (entre 5 et 10 000 € la conférence pour les Serres, Ferry, Comte-Sponville, ou encore R. Enthoven !).

Revue du Crieur, Mediapart – La Découverte, n° 3, mars 2016, 160 pages, 15 €, ISBN : 978-2-7071-8863-2.

Libr-événements

â–ºLectures Performances festival Déklamons à l’Université de Rennes 2.

 Mardi 29 mars / 19h30 / auditorium Le Tambour : Maxime H. Pascal, Pierre Parlant, Thomas Desjammes.

Informations pratiques

Maison de la Poésie de Rennes (allée Armand Rebillon)

Le Triangle (Boulevard de Yougoslavie)

Maison des associations (cours des alliés)

La Péniche Spectacle (Quai Saint Cyr)

Auditorium Le Tambour (Campus Villejean-Université Rennes 2)

â–º Mercredi 30 mars à 19H, Librairie Le Bateau Livre à Lille (154, rue Gambetta), rencontre avec Jérémy Liron, peintre et écrivain, et Dimitri Vazemsky, éditeur et auteur à la Nuit Myrtide. La discussion se fera autour de l’ouvrage Récits de paysages : une somme de textes écrits par une bande de 18 auteurs autour, avec, et dans les paysages peints par Jeremy Liron.
On évoquera aussi le bricolage en Art, en partant notamment d’un autre livre de Jeremy Liron paru chez Nuit Myrtide: L’humble usage des objets.

"Au début était donc l’image. L’image par-devant l’inconcevable abiÌ‚me du monde sans nous. Logique alors ensuite que l’histoire continue sous l’égide des images. Les Nouveaux Imagistes donc, puisque Williams, Pound et quelques autres avant. La paternité pourrait en revenir aÌ€ Vazemsky qui a lancé les premieÌ€res phrases avec l’idée de faire groupe. En suivra cet ouvrage aÌ€ quatre teÌ‚tes sur les images d’Olivier de Sépibus. Puis l’envie de collaborer de nouveau, en Imagistes. Cette fois Liron fournira les images, invitant Vazemsky, Vinau, Siaudeau aÌ€ écrire depuis elles les récits qu’elles pourraient leur suggérer, puisqu’on le dit – elles suggeÌ€rent.
Et l’envie d’inviter encore parce qu’entre nous on se lit et, par laÌ€ meÌ‚me, s’accompagne. Le monde se déploie aÌ€ proportion de ce qu’on le peuple. On laisserait aux images le soin de faire colonne vertébrale quand les textes, autonomes, libres, diffracteraient un récit plus vaste en fragments disjoints. Les échos entre eux, au hasard laissés, enfantent une forme plus libre de nécessité.
Ainsi sont nés ces récits, des paysages."
Jérémy Liron.

Avec les textes de Pierre Bergounioux, Léa Bismuth, François Bon, Anne Collongues, Marie Cosnay, Emmanuel Delabranche, Armand Dupuy, Sabine Huynh, Arnaud Maïsetti, Eric Pessan, Béatrice Rilos, Dominique Sampiero, Joachim Séné, Guillaume Siaudeau, Fabienne Swiatly, Dimitri Vazemsky & Thomas Vinau, sur des paysages de Jérémy Liron.

â–º Jeudi 31 mars à 20H, Maison de la poésie Paris : Emmanuel Régniez, Notre château. Lecture par Lucie Eple, Julien Jolly (composition, synthétiseurs) & Sébastien Maire (contrebasse).

Tarif : 10 € / adhérent : 5 € RÉSERVER

Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre-ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une de ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa sœur dans un bus de la ligne 39. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer.

On pourrait penser aux films Les Autres de Alejandro Amenábar, Shining de Kubrick, ou à La Maison des feuilles de Danielewski. Emmanuel Régniez reprend à son compte l’héritage de la littérature gothique et l’épure de certains auteurs du nouveau roman. La lecture musicale nous plongera dans cette atmosphère étrange et hypnotique.

Une rencontre avec l’auteur suivra la lecture musicale. À lire – Emmanuel Régniez, Notre château, Le Tripode, 2016.

â–º Samedi 2 avril, 22H, Librairie-maison d’édition N’a qu’un œil à Bordeaux (19, rue Bouquière) : Claro, Julien d’Abrigeon, Bruce Bégout, Patrice Luchet et Laura Vazquez.


â–º Lundi 11 avril à 19H, Maison de la poésie Paris, rencontre avec Annie ERNAUX animée par Michel Abescat.

Tarif : 5 € / adhérent : 0 € RÉSERVER

« J’ai voulu l’oublier cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et  son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue. » Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux replonge dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S. dans l’Orne. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années. S’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient implacable entre hier et aujourd’hui.

À lire : Annie Ernaux, Mémoire de fille, Gallimard, à paraître en avril 2016.

â–º Jeudi 14 avril à 20H, Maison de la Poésie Paris, "Poésie & subversion" : Bernard Desportes en conversation avec Fabrice Thumerel. [Vu le nombre de places limité, il est conseillé de réserver au plus vite : 5 €]

dans les chaos d’un monde où la violence est partout

où la barbarie menace

tandis que le réel n’en finit pas de se dissoudre

et que le devenir de l’homme semble toujours plus lui échapper

la poésie peut-elle quelque chose ?

quelle place, quel sens sont-ils les siens ?

 

Les différentes mouvances de la modernité la voulaient subversive : qu’en est-il

en un temps d’affrontement des conservatismes et des transgressions ?

 

Soirée proposée par Remue.net, en partenariat avec la Scène du Balcon.

À lire – Fabrice Thumerel, Bernard Desportes autrement, coll. « Manières de critiquer », Artois Presses Université, 2008.

 

7 août 2015

[Livres – news] Libr-vacance (2)

Après une Spéciale Libr-vacance, notre Libr-sélection (Bergen, Verheggen, G. Mar, Guesdon, Parlant, Gare Maritime 2015)… De quoi attendre fin août la reprise de Libr-critique. (Vous pouvez également remonter les pages LC et vous servir du moteur de recherche en haut à droite : vous attendent près de 2000 posts !).

 

Spéciale Libr-vacance

â–º Marie-Christine Masset (poète, membre du conseil de rédaction de la revue Phoenix cahiers littéraires internationaux ; collaboratrice de Libr-critique) :

♦ Du 2 au 5 juillet a participé à la deuxième édition du Festival C’Mouvoir dans le Cantal. A découvert avec bonheur le poète Antoine Mouton et écouté Raphaël Monticelli. Est en train de travailler à la traduction d’un recueil de poésie aborigène.

Lectures Libr-juillet :
Osiris 80, Contemporary Poetry/ Poésie Contemporaine (106 Meadow Lane Greenfield Massachusetts 01301 USA)
Estuaire, numéro 161 (Outremont Québec)
Contre-Allées, 35/36
Les Cahiers du Sens, n°25 : Le Feu
Ce qui est écrit change à chaque instant, anthologie quarante ans de poésie, Le Castor Astral
Elise Turcotte, Dark Menagerie, Guernica Editions
Tim Winton, Eyrie
Antoine Mouton : Les Chevals morts, Les Effarées
Raphaël Monticelli : Les mers intérieures, Motus

Relectures prévues :
William Faulkner, Lumière d’Août, Folio
Angèle Paoli : Les Feuillets de la Minotaure, Editions de Corlevour/Revue Terres de Femmes
Tim Winton : Cloudstreet, Pinguin Books

â–º Corinne Lovera Vitali, poète qui participe ponctuellement à LC (prochaine contribution : "Monsieur Rabbit"), va publier à la rentrée : Absence des cowboys, dessins de Stéphane Korvin, Ripopée ; "Apnée" aux éditions Contre-Mur.

 

Libr-sélection /FT/

â–º Véronique BERGEN, Le Cri de la poupée, Al dante, Marseille, été 2015, 248 pages, 17 €, ISBN : 978-2-84761-742-9.

Après Edie. La Danse d’Icare, épopée trash de 2013 consacrée à Edie Sedgwick (1943-1971) – l’actrice et mannequin qui a représenté "la Marilyn Monroe de la contre-culture", celle dont l’"état naturel, c’est le manque" – et la biofiction portant justement sur MM (Marylin. Naissance, année zéro, 2014), toutes deux parues chez Al dante, voici une tout aussi sidérante anti-narration, au centre de laquelle gît la femme-marionnette Unica Zürn, artiste et écrivaine allemande (1916-1970) qui s’est défenestrée après un destin tragique fait de "résidus de fragmentations atomiques".

Rappelons l’enjeu de ce type de texte : "passer le matériau brut de vies au travers du prisme de la fiction […] redonner vie, couleurs, voix, étoffe à des personnes réelles coulées dans les eaux de l’imaginaire ne va pas sans le souci de laisser intacte leur part d’ombre" (Edie). C’est ici à travers le regard d’entomologiste de sa rivale Christa (anagramme de "Trichas"), qui fut également la maîtresse de Hans Bellmer, que, à coups de mots-torpilles et de bégaiements syntaxiques – caractéristiques de l’écriture-crachat -, prennent vie les schizogrammes de celle qui n’a pu "ni vivre ni mourir sans bourreau".

Après ce troisième volume de la série, nul doute que Véronique Bergen fait déjà partie des voix actuelles les plus singulières.

 

â–º Jean-Pierre VERHEGGEN, Ça n’langage que moi, Gallimard, printemps 2015, 128 pages, 13,90 €, ISBN : 978-2-07-014924-7.

De quoi ci-gît-il ?
En retraite, ce docteur horroris causa du langagement envisage avec "humort" ses activités de septuagénaire, avec "conjugaison gaga" et craductions latines à la Prigent, et même sa façon de quitter cette terre complètement "calembourré" pour mériter un "monument funérire"… Ce qui ne l’empêche pas de s’en prendre avec verve aux snobinards, aux ultra-contemporains, à "Madame Supermarché", ou encore aux technophiles – "télédéchargeurs précoces"… C’est dire que, pour notre plus grand plaisir, nous assistons une fois de plus à un carnaval des mots (mots-valises, calembours et à-peu-près, etc.).

 

â–º G. MAR, Nocturama, textes-rêves & hypnagogies, Toulouse, Le Grand Os, coll. "poc !", hiver 2014-2015, 96 pages, 12 €, ISBN : 978-2-912528-21-6.

Les meilleurs passages de ce livre qu’il faut absolument découvrir ne résident pas tant dans l’inventivité surréaliste que dans les jeux avec le temps et les codes : l’agencement répétitif va jusqu’à alterner réel et virtuel, la narration étant informée par le jeu électronique. Entre deux mondes, les lecteurs ébahis peuvent contempler leur devenir, le parcage de l’humanité : "Le parc a pour objectif de préserver cette forme ancienne de l’humanité et l’offrir en spectacle à nos contemporains afin d’en entretenir la mémoire vivante […] le Monde Nouveau est là qui nous attend avec ses promesses d’harmonie sociale […] une forme très futuriste (postmoderne) de zoo humain…" (p. 25-26).

 

â–º Maël GUESDON, Voire, Corti, hiver 2014-2015, 88 pages, 14 €, ISBN : 978-2-7143-1143-6.

Pour Maël Guesdon, jeune poète de 28 ans, la poésie n’est ni dans le voir, ni dans le savoir, mais dans l’insu, le voire. À même les choses. Et même sans figures – littérale. "Soumise aux choses inanimées", elle "défait le lien de vivre et raconter". D’où sa poétique : "coupes où le flux n’a pas de reprise". Le texte présente ici un type d’illisibilité particulier lié à l’indétermination pronominale et énonciative, aux apocopes et juxtapositions syntaxiques…

 

â–º Pierre PARLANT, Exposer l’inobservable, Contre-Pied, coll. "Autres & Pareils", hiver 2014-15, 32 pages, 4 €, ISBN : 978-2-916252-46-9.

Examinant le travail du "bricoleur-artiste-photographe" Denis Bernard, Pierre Parlant est frappé par sa façon paradoxale d’"exposer l’inobservable" : ses recherches expérimentales visent à rien moins qu’à montrer l’au-delà du voir, ce qui échappe à l’œil en tant qu’organe, mais non en tant qu’éclaireur de l’imagination. Car "l’œil, sitôt ouvert, est un faiseur d’intrigue."

 

â–º Gare maritime, anthologie écrite et sonore de poésie contemporaine, Maison de la poésie de Nantes, été 2015, 108 pages + CD, 17 €.

Liée à la programmation des diverses manifestations que cette institution a organisées en 2014, cette publication nous offre un bon cru 2015 : en plus de lieux poétiques cruciaux (Le Bleu du Ciel, Héros-Limite, Plaine Page, La Barque, la revue Espace(s)), sont présentés par d’autres auteurs – avec extraits textuels et sonores -, entre autres, quelques-unes des voix poétiques actuelles des plus singulières, dont Libr-critique vous entretient régulièrement (Valère Novarina, Patrick Beurard-Valdoye, Claude Favre, Mathias Richard, Philippe Jaffeux, Marie de Quatrebarbes…).

29 mars 2009

[News] News du dimanche

  Rappelons, suite à la sortie de TARNAC de Jean-Marie Gleize, quel scandale représente en France la dérive du pouvoir policier menée par Sarkozy et ses sbires. Julien Coupat est toujours l’otage de l’État Français, sans que cela ne transpire maintenant au niveau des médias-con[v/c]en(tra)tionnels. S’il est une urgence, c’est bien de poursuivre l’écriture critique, et de trouver dans cette ère de communication généralisée les moyens de l’expression d’un dire, comme a su le faire par exemple l’équipe de la RILI, dont le dernier numéro témoigne, en cette époque d’auto-censure du politiquement correct, d’un courage médiatique rare. Qu’on en juge par ce seul intitulé, qui signe la couverture : "Les mensonges d’Israël". Il ne s’agit pas seulement de dire, mais bien de trouver l’intensité des possibles expressions pouvant permettre à nos vies de ne pas s’effondrer, de ne pas se laisser disloquer, comme cela vient d’être le cas avec le suicide de Jean-Jacques Mignot qui allait être expulsé de chez lui. Écriture au couteau dans la chair même de la vie, pour refuser le désespoir, pour aviver le désir d’exister. Alors que Sarkozy en appelle à l’espoir de tous et donc à la passivité, opposons-lui, le désir et sa force plastique, son intensité créatrice de ligne de fuite et de nouveaux horizons pour nos existences. Chaque texte ici communiqué, chaque geste d’édition que nous souhaitons représenter, est l’amorce, non pas seulement d’une résistance, mais aussi de la réalité d’un autre lieu de vie, d’un autre lieu pour le sens de nos existences. Tel que l’énonçait dans son entretien avec Chloé Delaume, Lydie Salvayre (TINA n°2), il faut rompre avec "la langue moyenne dont nous sommes abreuvés". Non pas qu’elle soit réductible à la novlangue (vieux paradigme orwellien répété à l’envie qu’il faudrait aussi mettre en critique), mais au sens où cette langue est surtout imbibée des valeurs imaginaires propres aux instances de représentation hégémoniques qui en structurent a priori les potentialités d’expression. Ainsi la défense de la littérature contemporaine est-elle d’abord et avant tout le témoignage d’une autre possibilité d’existence, créant ses propres repères et affrontant sans aucun soupçon les territoires de l’étranger (de l’étranger de la langue dans nos propres bouches), bien plus prônant le dépaysement de la pensée dans ces contrées parfois inconnues et difficiles à pénétrer, elle s’évertue dans son immanence à suivre les accidents du sol./PB/

À découvrir dans ces news du dimanche : Jean-Marie Gleize, Pierre Parlant, Patrick Sainton, Philippe Annocque, la RILI n°10, et l’incroyable Écrivains en séries publié chez Léo Scheer.

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10 septembre 2007

[Lettre ouverte] Pas de deux = 1, Pierre Parlant

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , — rédaction @ 12:10

pierre-parlant.jpg [Lettre ouverte de Pierre Parlant, transmise par Jean-Marc Baillieu qui nous a demandé de la communiquer.]
Pas de deux = 1
Les tables des libraires débordent déjà de nouveaux livres contingentés sous la bannière de la “rentrée littéraire”. Dans quelques semaines, il en est un à paraître qu’il m’importe de signaler. Je ne sais rien de lui ni du talent de son auteur. Mon intervention ne relève donc pas d’une appréciation critique.
Je n’ai pas lu ce livre. Sans doute, ne le lirai-je pas.
Je souhaite évoquer son existence pour l’unique raison qu’il portera un titre qui est celui d’un de mes livres, Pas de deux.

Mon livre a été publié en 2005 par les Éditions MF. L’autre sera publié prochainement par les Éditions Verticales. Le mien est une fiction. Il semble bien que l’autre aussi.
Fin juillet, une simple carte postale adressée par les Éditions Verticales m’a fait savoir la chose. Je ne dirai rien ici de la désinvolture du procédé. Le contenu du courrier, quant à lui, se contentait de dire un certain embarras et formulait des regrets. Il n’y avait eu en l’espèce aucune malveillance, m’assurait-on (ce qui est bien le moins!), mais un concours de circonstances incontestablement fâcheux. On ne savait pas. On n’avait pas bien compris qu’il s’agissait aussi d’un ouvrage appartenant au même genre. On était désolé.
Je pris acte mais remarquai tout de même qu’à aucun moment l’hypothèse d’un changement de titre pour le nouveau-venu n’avait été évoquée, peut-être pas même envisagée. Il y aurait un second Pas de deux, l’affaire était entendue. Elle a évidemment occupé un peu de mon temps estival. L’idée d’éventuelles poursuites m’a entrouvert l’arrière-cuisine de l’officine éditoriale. J’y ai perçu d’étonnants remugles. Je me suis écarté. Je me suis interrogé. Les choses auraient-elles connu le même cours si mon livre avait été publié chez un éditeur ayant p(i/o)gnon sur rue ? Se serait-on contenté d’une missive aussi peu formelle si mon infortune, adossée à une éventuelle notoriété, avait pu immédiatement émouvoir le Landerneau littéraire (l’ensemble flou de ceux que JLG appelle les “professionnels de la profession”) ?
Cette histoire n’ayant rien dit que nous ne saurions déjà, j’ai laissé là ces questions. J’en ai tiré malgré moi quelques motifs de réflexion. Je les évoque ici, sans plus. Ils intéressent la question du titre. Je la crois décisive.
«Qui connaît les noms connaît aussi les choses». On se souvient que c’est par cette formule que Cratyle défend, dans le dialogue éponyme de Platon, l’idée d’une imitation de la chose par le mot, révoquant du même coup le conventionnalisme de son interlocuteur Hermogène. L’institution du langage ne relèverait donc ni du hasard ni de l’arbitraire ; la condition des mots renverrait principiellement à celle des choses. Dans une telle perspective, qui ne vaut probablement pas pour l’opinion, intituler un livre n’est certainement pas une décision sans portée. Pour s’en faire une idée, sans doute faudrait-il prendre le temps de se poser une première question : à quel moment (et, j’allais dire, “à quel titre”) le titre vient-il à l’idée ? Procure-t-il confusément un horizon à l’écriture en s’instituant d’entrée de jeu ? S’impose-t-il, métonymiquement, une fois la chose achevée ? En somme, comment faut-il penser la nature du rapport entre son énoncé et l’objet qu’il va relever ? Je me garde de répondre ici. Je pressens néanmoins que Cratyle se tient souvent derrière l’épaule de qui écrit. Le titre est en effet, et dans son ordre, au livre ce que le mot est à cette portion du réel que notre perception se plaît à découper ou à désirer (ce qui revient souvent au même), un des modes les plus essentiels de notre expérience, ledit réel n’acquérant pour nous une quelconque consistance qu’à condition d’avoir été nommé (c’est-à-dire fictionné). Ignorerait-il encore les attendus précis et la teneur de sa propre légitimité, c’est toujours contre l’arbitraire (autre degré d’une nécessité insue) qu’un titre nous convainc et voit le jour. Bien sûr, aucun titre n’atteint l’exactitude imaginée mais certains font encore mieux en étant vraiment, c’est-a-dire follement, anexacts. Tandis que le label ou la marque désignent une chose éculée travestie en merveille (il faudrait avertir sur ce point tous les communicants, leur dire que leur fortune ne change rien au fait qu’ils ne trouveront jamais que du clos), le titre d’un livre a le culot, pour l’avoir singulièrement désiré, d’inaugurer un monde parmi tous les possibles, invitant du même coup le lecteur à y entrer sans prévention. Et c’est peut-être d’une manière proche, le plus souvent au nom d’une affectivité naïve, qu’est enroulé sous la double inscription du nom et du prénom — l’une confirmant la règle de la lignée, l’autre exposant l’exception subjective — le nouveau-né dans la communauté des animaux humains. Reprise et passion de l’origine. Ahurissement ou puissance adamique. Tout nom désigne et, ce faisant, cache comme il peut ce qu’il saisit trop mal. En lui s’impliquent mutuellement la grâce et un certain malheur que d’autres noms, moyennant d’inouïes combinaisons, s’efforceront de conjurer.
Demeure l’essentiel, tout nom rend connaissable. Ce qui signifie, à la lettre, qu’il autorise l’interminable et nécessaire procés de la reconnaissance. En sorte qu’on ne s’empare pas d’un nom qui n’est pas sien sans dommages. Le geste est trop lesté. Le fait-on, c’est l’être lui-même, dans son altérité, qu’on somme de disparaître. Qui méconnaît le singulier du nom dénie, quoi qu’il en dise, la chose en son mystère.
On parle quelquefois d’usurpation à propos du fait de prendre et faire usage sans droit (usus – us ; rapere – ravir, emporter violemment (rapt)). Autrefois, le mot signifiait également l’acte d’«employer» et même de «surnommer». Impossible ici de faire le tour de ces occurrences. Il le faudrait pourtant. On éclairerait peut-être d’un jour suggestif et cruel une dimension de nos affairements.
Enfin ceci. Hormis l’adéquation avec l’intrigue et la référence à la chose chorégraphique que j’approuvais, Pas de deux m’était apparu comme un fieffé performatif. À mes yeux, Pas de deux affirmait en effet: «Ceci est un livre», formule que tout titre, à la façon d’un pauvre idiot, brûle simplement de dire. Qu’un autre ouvrage surgisse aujourd’hui se réclamant du même titre, de ce titre même, mais pas au même titre, agit sur moi à la façon d’une plaisanterie ratée. Je veux bien croire qu’il s’agit là d’un comique hautement involontaire, qu’il n’y a pas eu d’intention de nuire, je suis pourtant gêné et de surcroit gêné de l’être. Le fait du préjudice, positivement constitué et qui m’institue en “victime”, l’excuse, le simulacre de réparation, rien ne parvient à dissiper l’effet de ce mauvais gag : voici un second Pas de deux.
Reste qu’après ces quelques semaines, l’incident m’aurait presque donné l’idée d’en faire la relation. J’aurais à l’évidence matière à raconter, à décrire, à commenter, jusqu’à tirer quelques leçons sur le monde tout petit des éditeurs de livres et des promoteurs d’idées nobles. Je pourrais appeler ça, mettons, La comédie humaine.
Il faudrait tout de même qu’entre-temps je pense à vérifier si le titre n’est pas déjà pris.
Pierre Parlant

10 février 2007

[Livre] Devenirs du roman, collectif,

devenir_roman189.jpgDevenirs du roman, collectif, éditions Inculte/naïve, 356 p., ISBN : 978-2-35021-078-0, 20 €.
[site Inculte]
4ème de couverture :
Comment penser le roman contemporain ? De quelle(s) façon(s) la littérature contemporaine investit-elle la représentation du réel ? Quels sont les enjeux de l’écriture fictionnelle d’aujourd’hui ? Autour du comité éditorial de la revue Inculte, un ensemble d’écrivains esquisses les possibles et les devenirs du roman, évoquant pratique et théorie de cette forme littéraire multiple, en perpétuelle mutation.

Textes et entretiens :
Emmanuel Adely, Stéphane Audeguy, François >Bégaudeau, Arno Bertin, Étienne Celmare, Éric Chevillard, Claro Louise Desbrusses, Philippe Forest, Jean-Hubert Gailliot, Bastien Gallet, Thierry Hesse, Hubert Lucot, William Marx, Jean-Christophe Millois, Yves Pagès, Pierre Parlant, Emmanuelle Pireyre, Olivier Rohe, Pierre Senges, Olivier de Solminihac, Joy Sorman, Philippe Vasset et Antoine Volodine.

Premières impressions :
La précédente chronique de Fabrice Thumerel, portant sur Qu’est-il arrivé aux écrivains français ? de Jean Bessière, indique avec précision, l’une des parties du débat qui est ici en question, et qui chez Bessière apparaît à partir de la distinction entre d’un côté une littérature autotélique, qui renvoie à elle-même à travers une expérience du sujet [stigmatisée en tant qu’auto-fiction], faisant l’expérience de lui-même et de sa langue, et de l’autre, une littérature ouverte à la fiction, faisant l’économie pour une part de l’auto-réflexivité des modernes, pour construire son objet : le récit.
Tel que le titre l’indique, le parti pris est celui du pluriel. Non pas singulier, ce qui serait réduire afin de n’indiquer qu’un seul sens, mais bien un pluriel au sens où le roman semble prendre à lire les différents intervenants plusieurs directions. Car, contrairement à ce que pense Bessière, le roman ne se tient pas dans une dualité de forme, mais bien au contraire, à lire par exemple Philippe Vasset ou bien Emmanuel Adely, il semblerait davantage que le roman soit, et ait toujours été, dans une certain forme de question par rapport à lui-même, question aussi bien de son rapport au réel et au monde historique, que question par rapport à sa propre poétique [à comprendre dans le sens strict de sa manière d’être construit, produit], impliquant le geste singulier d’une responsabilité d’écriture. En effet, tel qu’ils le disent respectivement : « les alliages dont nos livres sont faits sont trop fragiles et incertains pour que l’on puisse à leur sujet parler d’un quelconque retour des conventions »(P.V), « je pose qu’il existe des dizaines d’écritures de littératures de romans qui se tentent et s’écrivent aujourd’hui » (E.A) et les deux de préciser que cette fragilité qui permet des dizaines d’écriture se construit en rapport à la société, à l’histoire au flux humain historique.
C’est pour cela, que le titre est très bien choisi, car il ne s’établit pas sur le constat symptomatique à l’heure actuelle par rapport à toute chose ou phénomène de la crise, mais il offre cet espace d’un dire spécifique : pour quelle(s) raison(s) le « roman » ou du moins les écritures qui sont rangées sous la catégorie « roman », est(sont) -elle(s) nécessitée(s) pour un certain nombre d’écrivains. /PB/

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