Libr-critique

18 février 2018

[News] Rencontre-lecture avec Bernard Desportes : une œuvre majeure

Dès le lancement de Libr-critique, nous avons signalé l’œuvre comme l’une des plus exigeantes et des plus originales dans le champ littéraire actuel.

Le dernier livre de Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie, dans lequel la figure centrale est à la fois "mendiant putain fossoyeur écrivain", condense toute l’œuvre, "où se côtoient tous les peuples du monde, tous les métiers, tous les trafics, tous les abîmes, mais aussi […] toutes les enfances rêveuses, lascives, inassouvies, et les putains adolescents". Son esthétique : "un roman qui ne raconterait rien, un roman sans autre sujet que la vie même qui n’est faite d’aucune histoire naturellement mais d’une réalité où tout se perd"… Desportes ou l’impossible récit – fût-il autobiographique.
Dans ce texte qui charrie de blancs ruisseaux de foutre et de mécréants, on retrouve le vert paradis de l’enfance cévenole, une quête dynamisée par le couple antinomique Eros/Thanatos, et aussi la Bibliothèque portésienne : Artaud, Bataille, Blanchard, Du Bouchet, Duvert, Faulkner, Kafka, Koltès, Lautréamont, Reverdy, Rimbaud… /FT/

â–º À lire :
– Entretien avec Bernard Desportes : "De l’abîme à l’éternité" ;
– Un autre article de Francis Marcoin sur Bernard Desportes : à propos d’Une irritation ;
– Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes" ;
– Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008.

RENCONTRE / LECTURE

Bernard DESPORTES
s’entretiendra sur son œuvre
avec Esther Tellermann et Pierre-Yves Soucy
Lectures par Bernard Desportes d’extraits de ses derniers livres

Samedi  3 mars à 15 heures, entrée libre

Halle Saint Pierre – à l’auditorium
Réservation conseillée : 01 42 58 72 89

19 novembre 2017

[News] News du dimanche

En cet avant-dernier dimanche de novembre, vos RV de la semaine : Emmanuèle Jawad et Tracie Morris à Paris ; Laurent de Sutter à Lille ; autour de Pierre-Yves Soucy à Paris ; Vincent Kaufmann et Gisèle Sapiro à la Maison de la poésie Paris ; le Festival des Non-Alignés à La Générale (Paris 11e)…

â–º A l’occasion de la parution Hard Korè, Poèmes de Tracie Morris aux éditions Joca Seria, et dans le cadre du colloque « Le corps du traducteur », Double Change et la Fondation des Etats-Unis vous invitent à une lecture de Emmanuèle Jawad &Tracie Morris : jeudi 23 novembre à 19h
Grand Salon de la Fondation des Etats-Unis
15 Boulevard Jourdan
75015 Paris
(RER Cité Universitaire / tram cité universitaire)

Entrée libre

Tracie Morris sera traduite en français par Abigail Lang, Vincent Broqua et les étudiants de Master de traduction littéraire de Paris Diderot

Emmanuèle Jawad sera traduite en anglais par Barbara Beck

La lecture est organisée par Double Change (www.doublechange.org) dans le cadre du colloque « Le corps du traducteur » (programme ci-dessous)

Tracie Morris lira également dans le cadre du festival MidiMinuitPoésie à Nantes, le 25 novembre 2017.

â–º Samedi 25 novembre : rencontres à Paris (15H-17H) et à Lille (17H30)

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â–º Samedi 25 novembre, Maison de la poésie Paris à 17H30 : Vincent Kaufmann et Gisèle Sapiro, Profession écrivain : ce que les médias font à la littérature

« Profession écrivain : ce que les médias font à la littérature »Dans son essai, Vincent Kaufmann développe une approche volontairement corrosive : si l’écrivain veut exister sur la scène littéraire, sommé de se conformer aux impératifs du spectacle, il doit accepter de comparaître devant les médias, d’avouer ce qu’il est, d’attester son authenticité. Or, ce choc culturel intervient au moment même où l’auteur se trouve « déprofessionnalisé » par l’émergence des réseaux sociaux et l’injonction qui lui est faite de se soumettre au jeu de l’interactivité. En contrepoint, la vaste enquête dirigée par Gisèle Sapiro et Cécile Rabot apporte une somme de renseignements sur les conditions d’exercice du métier d’écrivain aujourd’hui en France. Alors même que l’activité d’écrivain tend à se professionnaliser, les auteurs connaissent une précarisation. Pour subvenir à leurs besoins certains exercent un autre métier, d’autres multiplient les activités connexes : lectures, débats, résidences, ateliers… Ces activités impliquent des échanges avec d’autres médias, théâtre, cinéma, musique… Quel est le rôle de ces interactions dans le processus de reconnaissance littéraire ?

À lire – Vincent Kaufmann, Dernières nouvelles du spectacle – (Ce que les médias font à la littérature), Seuil 2017. Profession ? Ecrivain, sous la direction de Gisèle Sapiro et Cécile Rabot, CNRS éditions, 2017.

â–º Samedi 25 et dimanche 26 novembre : salon, discussions, débats, présentations, exposition, happening autour des pratiques artistiques non alignées.

  • La Générale, 14 avenue Parmentier 75011 Paris. A partir de 14h le samedi, jusqu’à 23h. Le dimanche de 10h à 21h.
  • Entrée libre
L’AN 0 du festival non-aligné(e)s [FNA] sous-titré Cellule(s) dormante(s), lève un coin du voile sur une partie immergée ou sous-exposée des pratiques symboliques contemporaines, pour autant qu’en effet, « seul peut se dire contemporain celui qui ne se laisse pas aveugler par les lumières du siècle et parvient à saisir en elles la part de l’ombre, leur sombre intimité et reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps. »
Ergo, poursuit Giorgio Agamben, la « voie d’accès au présent a nécessairement la forme d’une archéologie » qui, détourne intempestivement « la lumière, hors de sa fonction d’illumination du présent, vers l’assignation de l’infini, de l’invisible, de l’inatteignable », comme Jean-Luc Marion en convient lui aussi.Le [FNA] prend acte de ce que les institutions (et le marché dont elles dépendent sous peine de mort désormais), sont respectivement l’arbre et son ombre qui cachent la forêt. Le festival inventorie donc, dans un lieu coopératif par excellence, des pratiques artistiques, symboliques ou savantes, minoritaires ou dissidentes qui, inscrites à la limite de la lisibilité institutionnelle et/ou de la solvabilité marchande, s’avèrent indifféremment :
alternatives (an)alphabètes anaparachroniques – autonomes – émancipatrices – expérimentales – (im)personnelles marginales – singulières, &c.Le [FNA] veut ainsi rendre possibles des :
 agencements – complicités – dé(con)structions – perruques – sabotages – rhizomes – solidarités – subversions – &c.
qui, inactuels, inédits & cosmopolites, s’étendent à perte de vue quelque part dans l’inachevé ou dans l’ineffectué…

Une proposition mise en scène
par Jean-Charles Agboton-Jumeau, critique d’art,
& Laurent Marissal, peintre.

Aucun texte alternatif disponible.

avec :

Carla Adra
Amicale franco-chinoise Echanges
et développement (AFCED)
Edith Azam
Alexandre Balcaen
Luc Bénazet
Hervé Binet
Laurent Buffet
Markus Butkereit
Benoit Casas
Laurent Cauwet
Sandrine-Malika Charlemagne
Guillaume Clermont
Melissa Correia
Davyctoire
Pierre Déléage
Alain Deneault
Christian Edziré Déquesnes
Damien Dion
Pierre-Olivier Dittmar
Pierre-Evariste Douaire
Bruno Elble
Anais Enjalbert
Epos257
Et n’est-ce* &/et
Emmanuel Ferrand
Jérome Fino & Antoine Rivière
Free Fermentology Foundation (FFF)
Steve Giasson
Jérôme Gontier
Grosso Modo
AC Hello
Cathy Heyden
Isidore Isou
January 5-31, 2009
Benjamin Jean
Laurent Lacotte
Liu Jin’an
Djamel Kokene
Clara Lecadet
antoine lefebvre éditions
Lefevre Jean Claude

les lemms
Sébastien Levassort
Patrice Loubier
Christophe Manon
Tom Marioni
André Marissal
Carole Marissal & David Foucaud
Richard Martel
Emo de Medeiros
Antoine Moreau
Laura Morsch-Kihn
Muscle
Olivier Nourisson
Aurélie Noury
Joseph Paris
Pierre Phillibert
François Potier
François Poyet
Anne Querrien
Claude Queyrel & Pascale Stauth
Hubert Renard
David Renault
Research and Destroy
Alexandre Rolla
Evan Roth
Roland Sabatier
Aurore Scotet
Zalia Sékai
Marie Sénat
Bagayogo Souleymane
karen elaine spencer
Jean-Marie Straub & Danièle Huillet
Myriam Suchet
Tai-Luc & C°
Tian Hua
Mathieu Tremblin
Vladimir Turner & OndÅ™ej Mladý
David Vasse
Vincent & Feria
Moo-Chew Wong
Benjamin Chaignon Zariel

(liste non exhaustive à ce jour…)

29 août 2017

[Livres] Libr-vacance (2)

On profite de la fin de l’été pour prendre le temps de faire le point : qu’a-t-on pu manquer ces derniers temps comme lectures importantes ?… Une Libr-sélection de 5 livres vous est d’abord présentée, puis 30 titres vous sont recommandés. [Libr-vacance 1]

Libr-sélection /FT/

â–º Jacques BARBAUT, H ! Hache ! Hasch !, Nous, Caen, 2016, 112 pages, 16 €.

On connaît l’attrait des Lettristes et des Oulipiens pour les lettres de l’alphabet. Dans cet opus plein de fantaisie, qui ressortit à la fois à l’ouvroir poétique, au dictionnaire de littérature, des formes et des symboles, l’auteur alterne divagations, graphismes et citations passionnantes et érudites.

â–º Guy BENNETT, Ce livre, traduit de l’américain par Frédéric Forte et l’auteur, éditions de l’Attente, 2017, 96 pages, 11 €.

À la suite des Poèmes évidents, Ce livre fonctionne de façon ironique, dévoilant les stratégies scripturales / éditoriales. N’est pas épargné « le monde de l’édition en ligne, où l’écriture se dit simplement "contenu", les écrivains "fournisseurs de contenu" et les plateformes d’édition en ligne […] "systèmes de gestion de contenu" » (35)… Vous y attend tout l’outillage moderne et contemporain : réflexivité, autoréflexivité, post-littérature, édition post-matérielle

â–º Jérôme BERTIN, Lettre à Nina, Atelier de l’Agneau, St-Quentin-de-Caplong (33), été 2017, 20 pages, 9 €.

Moins légère que les rimbaldiennes "Réparties de Nina", cette Lettre à Nina – Nina, "garçonne à cheveux corbeau" – qui commence par "Cher Amour" constitue un oasis azuré dans l’œuvre de Jérôme Bertin : le romantisme noir se fait bleu-rose et l’écriture tire un peu du côté du symbolisme, voire du surréalisme :

"que je vertige en ré mi
sol tranché par
ta pro-

messe masse noire
de tes che-
veux fous" (14).

â–º Paul de BRANCION, L’Ogre du Vaterland, éditions Bruno Doucey, été 2017, 120 pages, 14,50 €.

Où il est question d’un père "retors jusqu’à la fellation du monde", de "Ich" que ne peut supporter Léon Jacques S., d’une configuration familiale digne du conte – d’un récit qui dialogue avec des extraits des contes de Perrault. Un bonheur de lecture vous attend avec cette autofiction fantaisiste en double bande.

"Ich aimais Platon et Socrate car ces deux pédérastes-là ne trouvaient pas grâce aux yeux de Léon Jacques" (43).

â–º Laurent GRISEL, Climats, Publie.net, hiver 2015-2016, 88 pages, 9,50 €.

Voici "une épopée" du climat, avec chiffres, histoires et Histoire… Et ce type d’agencement répétitif pour mettre en évidence les mécanismes implacables : "la lutte entraîne la répression / qui entraîne la lutte / qui entraîne la répression / qui entraîne la lutte" (p. 13) ; "moins d’eau donc moins d’arbres / donc moins d’eau des nuages accrochée par les arbres / donc moins d’arbres / donc, de saison en saison / de moins en moins / d’eau" (27)…

Libr-critique a reçu, a lu et recommande

♦ Nadine AGOSTINI, Ariane, éditions Contre-Pied, coll. "Autres & Pareils", Martigues, automne 2015, 28 pages, 4 €.

♦ Jean-Luc BAYARD, P.O.L nid d’espions, P.O.L, été 2015, 222 pages, 16 €.

♦ Sereine BERLOTTIER, Louis sous la terre, Argol, 104 pages, 18 €.

♦ Jean-Pierre BOBILLOT et Sylvie NÈVE, Vers de l’âme-hors, Plaine page, Barjols, automne 2016, 54 pages, 10 €.

♦ Nicolas BOUYSSI, Décembre, P.O.L, printemps 2016, 496 pages, 22 €.

♦ Mircea CARTARESCU, La Nostalgie, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, P.O.L, février 2017, 496 pages, 29,90 €.

♦ Angela CARTER, Les Machines à désir infernales du Dr. Hoffman, éditions de l’Ogre, hiver 2015-2016, 356 pages, 23 €.

♦ Franck DOYEN, Collines, ratures, La Lettre volée, Bruxelles, automne 2016, 58 pages, 14 €.

♦ Virginie GAUTIER, Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, Publie.net [version papier + numérique], 2014, 84 pages, 12 €.

♦ Liliane GIRAUDON, L’Amour est plus froid que le lac, P.O.L, décembre 2016, 106 pages, 13 €.

♦ Rada IVEKOVIC, Réfugié-e-s. Les Jetables, Al dante, Marseille, été 2016, 88 pages, 13 €.

♦ Gabriel JOSIPOVICI, Infini. L’histoire d’un moment, traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, Quidam éditeur, Meudon, hiver 2015-2016, 158 pages, 18 €.

♦ Anne KAWALA, Le Déficit indispensable, Al dante, 2016, 152 pages, 17 €.

♦ Claudie LENZI, Elle t’enceinte, Plaine page, 32 pages, 5 €.

♦ Cédric LERIBLE, Giratoires, Plaine page, Barjols, printemps 2015, 70 pages, 5 €.

♦ Cécile MAINARDI, L’Histoire très véridique et très émouvante de ma voix de ma naissance à ma dernière chose prononcée, éditions Contre-Pied, hiver 2016-2017, 36 pages, 4 €.

♦ NATYOT, Je suis d’accord, Plaine page, "Les Oublies", été 2017, 28 pages, 5 €.

♦ Leopoldo María PANERO, Ainsi fut fondée Carnaby street, Le Grand Os, Toulouse, automne 2015, 88 pages, 12 €.

♦ Anne PORTUGAL, Et comment nous voilà moins épais, P.O.L, mai 2017, 124 pages, 13 €.

♦ Dominique QUÉLEN, Éléments de langage, Publie.net, coll. "L’Inadvertance" dirigée par François Rannou, automne 2016, 272 pages, 20,50 €.

♦ Jacques REBOTIER, Black is black, Plaine page, coll. "Les Oublies", 14 pages ([petit coffret original], 5 €.

♦ Jean Louis SCHEFER, Squelettes et autres fantaisies, Main courante 5, P.O.L, printemps 2016, 160 pages, 14 € ; L’Image et l’Occident. Sur la notion d’image en Europe latine, ibid., printemps 2017, 142 pages, 13 €.

♦ Patrick SIROT, Procès verbal, Plaine page, 110 pages, 10 €.

♦ Pierre-Yves SOUCY, Neiges. On ne voit que dehors, La Lettre volée, Bruxelles, hiver 2015-2016, 80 pages, 15 €.

♦ Juliana SPAHR et David BUUCK, Une armée d’amants, traduit de l’anglais (USA) par Philippe Aigrain, Publie.net, 2016, 150 pages, 15 €.

♦ Anne de STAËL, Le Cahier océanique, La Lettre volée, hiver 2015-2016, 160 pages, 19 €.

♦ Rudolf di STEFANO, Vive le cinématographe !, Al dante, hiver 2014-2015, 200 pages, 17 €.

♦ Jean-Jacques VITON, Cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra, P.O.L, hiver 2016-2017, 80 pages, 13 €.

♦ Julie WOLKENSTEIN, Le Mystère du tapis d’Ardabil, P.O.L, hiver 2015-2016, 384 pages, 23 €.

31 août 2014

[News] Libr-vacance (2/2)

Et si l’on prolongeait un peu ce temps de Libr-vacance, pour mieux résister au tsunami de la "rentrée littéraire" ? Prenez donc le temps de vous (re)plonger dans Esther Tellermann, Serge Pey, Philippe Guénin, Corinne Lovera Vitali ; les revues L’Étrangère et Place de la Sorbonne. [voir Libr-vacance 1/2]

 

â–º Esther TELLERMANN, Bruxelles, éditions La lettre volée, printemps 2014 : Nous ne sommes jamais assez poète, 208 pages, 22 €, ISBN : 978-2-87317-426-2 ; Carnets à bruire, 104 pages, 16 €, ISBN : 978-2-87317-425-5.

Qui ne crie / marche     rêve /      au front ?

Sensible à "la spatialité sonore du poème" (essai, p. 23), Esther Tellermann tire de ces répertoires de formes que constituent les carnets d’André du Bouchet (1924-2001) des poèmes "à ciel ouvert" (Carnets, 84) qui confrontent langue, matière et espace, conformément au principe esthétique exposé : "le poème comme la marche du vivant est passage où le sensible métamorphosé dans le prisme de la langue se complexifie dans un jeu de superpositions et de correspondances qui tout à la fois le réduisent à une épure, lui font perdre sa spatialité perceptive" (24).

Dans la lignée des Modernes, Esther Tellermann prend acte de l’inadéquation du langage au monde et, aussi proche de Rimbaud et de Bataille que de son ami Bernard Desportes, se concentre sur la quête de l’impossible. Pourquoi nous faut-il toujours être davantage poète ? Précisément, pour explorer notre part du feu, de l’inhumain, de l’extrême. D’où l’attention qu’elle porte, dans des textes plus ou moins concis qui attestent l’acuité de son regard critique, aux poètes de la modernité négative – à la poésie blanche ou surréflexive (Du Bouchet, Dupin, Royet-Journoud, Grandmont, Daive) -, mais aussi à Baudelaire, Mallarmé, Artaud, Glissant… On y retrouve par ailleurs avec plaisir ses articles sur Christian Prigent ("Tuer la mère") et Bernard Desportes ("La Langue de Vlad").

 

â–º Serge PEY, Agenda rouge de la résistance chilienne, Al dante, 2e trimestre 2014, 424 pages, 27 €, ISBN : 978-2-84761-774-0.

Aux propos d’Esther Tellermann dans son essai semble faire écho cette phrase extraite du "Journal de Miguel Enriquez", l’un des dirigeants du MIR (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire), assassiné le 5 octobre 1974 : "La poésie est la caractéristique de tout ce qui est humain et aussi non humain" (p. 21). Autres fulgurations : "La propriété est une maladie incurable. Le seul médicament possible contre cette maladie reste la poésie" ; "nous sommes des pohèmiens et non des militants" ; "La poésie dépasse la poésie des livres"…

Avec ce volume qui allie textes très divers écrits entre 1974 et 1986 (y compr, fais manuscrits), images et dessins (montages irrésistibles !), Serge Pey, ancien militant du MIR et partisan de l’art-action, nous livre un polyptyque poétique-politique qu’on laisse à portée de main pour savourer peu à peu.

 

â–º Philippe GUÉNIN, Anatomies du néant, éditions Dumerchez, printemps 2014, 110 pages, 15 €, ISBN : 978-2-84791-182-4.

Ressortissant à une poésie de négation, une cancérisation lyrique, Anatomies du néant s’érige à l’encontre du réelisme et du littéralisme, l’objectif étant de retrouver/renouveler le métaphorisme sans pour autant viser l’inatteignable réel ("la vie en soi"). Dialogue, polyphonie, cut-up, poésie spatiale, écriture sismographique s’alternent pour cancériser un monde sursaturé d’images et de discours – pour nous donner à voir/entendre de curieuses anatomies du néant… Voyez un peu : "OS DE CHAOS PERLE DERRIÈRE LES PORTES BATTANTES À Paris le bottin des courtisanes du gratin était plus épais qu’un annuaire de téléphone. 220 diamants dans l’estomac d’un homme interpellé à l’aéroport" (p. 15).

 

â–º Corinne LOVERA VITALI, Tout ce que je veux, les éditions précipitées (83), 2011, 28 pages + CD, 10 €, ISBN : 978-2-915971-18-7.

Retour sur un fascicule-cd de Corinne Lovera Vitali qui met en perspective les dernières créations que nous avons mises en ligne : avec en exergue une citation de Virginia Woolf ("Il me vient une idée délicieuse : / j’écrirai tout ce que je veux écrire") qui explique le titre, cet agencement répétitif-réflexif est mis en valeur par une fascinante diction naïve.

 

â–º L’Étrangère, éditions La Lettre volée, Bruxelles, n° 35-36 : "Théorie et poétique du fragment", été 2014, 224 pages, 15 €, ISBN : 978-2-87317-441-5.

"Indispensable si on ne veut pas tomber dans la représentation" (Bresson), la fragmentation est le propre de la (post)modernité : contre la pensée continuiste, la conception de l’œuvre et du monde comme totalité close et cohérente, elle permet de rendre compte de l’étrangeté du réel, fil rouge de cette revue majeure. Est ainsi examinée l’écriture fragmentaire des romantiques (Novalis, Schlegel, Baudelaire) à Deleuze et au cinéma expérimental contemporain, en passant par Nietzsche, Valéry, Benjamin, ou encore Cage.

Parce qu’elle est le lieu de l’intensité et de la fulgurance (cf. Pierre-Yves Soucy), la poésie est privilégié dans ce dossier indispensable : "le poème, seul, accepte les incohérences, les failles, les intègre en tant que telles, sans les résoudre parce que son mouvement fait sens au-delà et contre les sens donnés établis, il crée son sens, multiple, ouvert" (François Rannou, p. 88).

 

â–º Place de la Sorbonne, éditions du relief, n° 3, printemps 2013, 264 pages, 15 €, ISBN : 978-2-35904-049-4.

Saluons la troisième livraison de cette revue riche et élégante qui, sous l’impulsion de Laurent Fourcaut, se distingue surtout par sa rubrique "Poésie contemporaine de langue française" : pensez donc, l’éventail de textes d’auteurs très divers est accompagné de notices analytiques sans équivalent dans l’espace des revues français.

 

 

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