Gilles Weinzaepflen, Soleil Grigri, éditions Lanskine, février 2018, 112 pages, 12 €, ISBN : 979-10-90491-49-6.
Gilles Weinzaepflen n’est pas de ceux qui laissent la poésie à l’état de prolégomènes et d’expériences d’écriture sans que l’on sache encore où cela peut bien mener. Il permet à l’inverse de comprendre divers types d’animaux machines – communément nommés être humains. Tous montrent une certaine ivresse pour des flacons interdits.
Cela n’empêche pas – bien au contraire – de transformer les chauds lapins en lupins de garenne sans que l’articulation entre les deux soit forcément visible là où telle poésie tire souvent sa force d’éléments biographiques. La représentation du monde y explose en quatre temps et quatre voyages entre cécité et voyance, tourisme et sexualité, cinéma et métaphysique. Mais l’humour reste toujours présent.
Redevenant vernaculaire la poésie ne se contente pas de constater que qui embrasse trop, mal éteint. La lumière vient d’ailleurs. De l’attrait d’une écriture radicale à l’intersection de diverses influences géographiques (Yémen) qu’humaine (Klaus Kinski ou père de l’auteur). Se mélange, dans un travail dynamique et halluciné, une foule de figurations hétéroclites et souvent drôles.
S’éloignant de la représentation purement réaliste, l’artiste mixte Pasolini, La Reine de Saba et divers motocyclistes au sein de fragments qui deviennent des meringues flottantes. Elles interrogent la perception du réel. Métamorphoses, distorsions, anamorphoses trompent les habitudes de lecture là où l’auteur se fait le magicien d’os de ses propres illusions d’optique comme de celles des autres (Rimbaud compris).
Elles offrent en outre l’occasion de poser les problèmes fondamentaux de la représentation humaine en formats déformants au sein d’une réflexion sur le « devant-être » des choses et de ceux qui les agitent (motos comprises). Sont donc mis à jour le pour et le contre, le tout et le rien là où la finalité n’est que peu de chose par rapport à ce va-et-vient entre deux états opposés. Parfois, en effectuant quelques pas, ou parfois par le reflet d’un miroir, une tête se renverse pour regarder les choses se défaire et se reconstruire. Cela revient à vivre des moments d’indécision qui en définitive font le peu que nous sommes tout en laissant parler autrement le quotidien. Le tout par ce qui devient dans ce livre non seulement des passages obligés mais des aventures.
par accumulation de traits caractéristiques, détails qui campent une époque, un type d’éducation, une condition féminine, et font écho à une histoire individuelle dans une mémoire des représentations et de l’intime, mettant en situation, provoquant l’éveil de « souvenirs collectifs ». Cela appuyé par différentes interpellations, regards-caméra, adresses au lecteur (et en particulier à la lectrice) sous forme d’interrogations-retours instaurant un véritable lien entre l’auteure et son lecteur.
critique. « La lutte des classes est détournée au profit d’un enjeu sentimental, mais une fois la princesse délivrée, que reste-t-il au peuple ? ». Sous forme de fragments, sont rapportés dans Schrek, des références aux contes (la Belle au Bois Dormant, la Belle et la Bête..), objets rituels décontextualisés (le miroir, le fuseau), des éléments de morale, préceptes, formules, expressions toutes faites (« beau comme le jour »). Dans le travail d’actualisation critique des personnages, l’aspect formel et graphique sert le discours (mots clés, éléments emblématiques d’une phrase rapportés en caractères gras).