Boris Wolowiec, Nuages, Le Cadran ligné, 48 pages, 10 €, 2014, ISBN : 978-2-9543696-1-7.
Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? – Ni père ni mère, ni amis ni patrie, ni beauté ni or mais les nuages … les nuages qui passent … là -bas … là -bas … les merveilleux nuages !
Soit, après un siècle et demi : « Nuages, géants, gisants, métamorphose, joie, vulnérabilité, extase, candeur, lenteur […] envol, silence, vent, insinuation, aisance, inouï, inconnu, imminence, sac, cinéma, âge, jusqu’à , somnambule […] beaucoup, beaucoup blanc […] gris blanc, trampoline […] orgie, aura, orgie d’auras […] coma, immortalité, aujourd’hui, coma de l’immortalité […] embrasser, boire embrasser, nager, nager le ciel, nager le silence du ciel […] démesure de la clandestinité, neiger, neiger la démesure de la clandestinité […] azurage […] innocence du gris […] nimbes, béance, nimbes béants […] transposer reposer, transposer reposer l’espace jusqu’à la blancheur du temps. »
Où le poète citadin appose en fluide prose son baiser de chat sur la langue saisie au vif d’un genre radicalement nouveau ou presque, l’antipoète ermite musse, mousse, masse, amasse et met en place une hoquetante combinatoire qui d’anaphore en épistrophe happe tout ce qu’un test de Rorschach, au « vide anthropomorphe des apparences », décape et estampille, escarpolette de bénignité. Jouant de deux trois instruments sur une note unique, un maximalisme de nimbes, parfois de limbes, dévoie la syntaxe en parataxe, transitif et labile.
Quand « les nuages entassent des tourbillons de tendresse à blanc, de tendresse à gris blanc », on entre dans l’ouate de la nébulosité comme on traverse en avion l’épaisseur d’une mer de nuages. L’ « étrange lenteur des nuages […] de leur existence jusqu’à leur apparition » se double d’une vélocité de vif-argent mercuriel sur talents ailés, une dialectique viscérale croise décroise des genoux d’ange. « Les nuages contemplent le ciel à illisible et sauve voix », à claire-voie, en passe à gué d’une impasse plus pensée que sonore dont s’honore le lecteur volontiers abusé. Une cosmologie, une ontologie malmènent démènent l’espace-temps du « destin à tu » à toi.
« Les nuages dénudent la transhumance du ciel. » Les décrire ? Oui mais comme de son corps une courbe, celle de l’espace-temps.
À « bousculades bues », une récurrente commode « amnésie » espace, ajoure une économie tenace de la gravitation, en plus de souvenirs que si j’avais mille ans. La position des nuages sur la planisphère de lit du délit favorise une culture de l’oubli sur fond d’ « immanence », seule astronomie à portée de poète. « Les nuages bégaient les nuances. Les nuages bégaient la démesure. Les nuages bégaient les nuances de la démesure. » La réversibilité exhaustive du lanceur de dés tire pêle-mêle de l’abysse quinte flush et carré d’as, soulier crevé et poissons morts. Paroli de perles en nage huîtrière.
Sur le dos satiné des molles avalanches, une lune triste se livre aux longues pâmoisons. En un siècle et demi, les « avalanches » se sont étoffées d’une dialectique.
Le poète consacré fait le point sur sa poétique de la lecture dans un volume/CD qui regroupe quatorze créations datées de 1977 à 2018 – dont trois inédites. Il nous appartient donc de lire en écoutant ou d’écouter en lisant ces « partitions composées pour des lectures-performances » : « La Leçon de chinois » (1977), « Litanies » (1981), « Pnigos » (1985), « Liste des langues que je parle » (1997), « Mon trésor » (1985), « Je ne suis pas un monstre » (1985), « Ex-fan des seventies » (1981 et 2016), « Marche pour les sans-papier » (inédit, 2014), « Clélie avec Sade » (inédit, 1984), « Le Rhétoricien malade » (inédit, 1985), « NCIS » (2010), « 11 x 11 » (2009), « 104 slogans » (2008), « Zoorthographe d’usage » (2018).
fuyant les malsaines moiteurs pour privilégier le lisse, l’inodore et l’insipide, celui qui incarne haut et fort la modernité avant-gardiste ne pouvait que réagir au mouvement #balanceton porc et fustiger une névrose puritaine qui n’est que la face moralisatrice de l’immoral capitalisme.







un fichu de femme, escaladent un jaune une île, citrons verts de son écharpe, broient du noir, s’angularisent, portraits pyramidaux de l’un dans la coupe de l’œil, dissections ailleurs de bruns mystères, rapts de profils, dérélictions de nez, abréviations de bouches, réductions de tête, où le peintre est un arracheur de dents, coupez, couper en deux, en quatre, en mille un cheveu sur la langue ne multiplie pas les petits pains foisons de la palette qui n’en a cure : la peinture en ses abstractions est seule, souverainement seul son timbre d’altérité qui d’altitude ne croise jamais que les sommets, pèlerins silencieux aux pieds desquels à carreaux se tiennent, pieds aux poings liés, pétards mouillés tête-bêche, bouche bée, les poètes.
C’est en Giacometti de l’écorché-dire et en homme de bouche qui écrit volontiers comme l’on parle qu’Alain Marc ligote de plaquette numérique en livre de matières ses bâtons de vanille en regard des peintres, lyophilisations parcimonieuses de papiers qu’il fait flamber sur scène en laisses d’oralité réhydratées de chair, feux d’artifice exultés du cri de l’en-bouche d’une gestuelle donquichottesque du dit manifesté de l’encre sèche, pattes de mouches du peu en regard d’une verve de paroles si ce n’était que, comme dit le dicton, les paroles s’envolent et les écrits restent. Marionnettiste de papier donc, économe minutieux de la miette, graveur de l’ombre portée des peintres, Rastignac du génie poétique de l’offsight, arpenteur de l’interligne, écorcheur de sons, orpaillant les oeuvres, scrutant les croûtes, faisant jeuner les mots en marge de la scène, brodeur de futaies équarrissant ici l’en-creux de l’entre-deux du moins à la lettre, provided less is more, amor de la mort du sujet, haine de la poésie, délitement vertueux au profit de l’idée que l’on s’en fait (le visage la poésie), langue de bois de la roue versatile de la vue, cône de pure méditation (portrait de l’arracheur de dents en méditant délivrant le visage en autant de haïkus de l’insight).
sublime d’un unique trait de pinceau, oscillant sillon des cadavres chauds de l’enfer, ciel impur de la forme abjecte de ses anecdotes, proposition de chair sous le nœud coulant des molles verdures de la lèvre, vu de dos dans l’éther invertébré des peintres, le ciel intérieur de la vitesse d’exécution de cela qui tranche l’élan mauve de la fratrie hoquetant vers sa résolution : visage du sein, visage de la main, visage du pas de cou, tranchée de cendres de la fièvre, chirurgie esthétique de l’ablation, pauvre musique de guingois redressée de l’ange déchu de ses non-dits, portée d’oubli des yeux de l’envers, nenni d’orgueil du masque en déni de luxure, ainsi lesté de ses beaux habits de vers (la poésie le visage).
Suite pour calligrammes et poésie concrète, non comme fugue ni contre-appoint, de verve visuelle panoptique initiée d’Afrique. « Sous le pont dit faidherbe du fleuve sén/égal » Mirabeau a beau mirer « les eaux sal/ées de l’océan 












Armand DUPUY et Jérémy LIRON, Faire-monde & papillons, Centrifuges, janvier 2012, 40 pages, 10 €, ISBN : 978-2-6918841-03-6.