Libr-critique

1 janvier 2020

[NEWS] Libr-2020

Libr-critique commence 2020 par un vÅ“u singulier suivi d’un montage de Patrick BEURARD-VALDOYE : façon d’osciller entre comique et tragique… Et les premiers RV de l’année : à lire / voir / écouter…

Patrick BEURARD-VALDOYE : Passage en douce…

Libr-rétrospective 2019 (1)

► Hommages : à P.O.L ; à Emmanuel Hocquard ; à Antoine Émaz.

â–º Entretien : avec Jean-Charles Massera (1 – qui approche des 6 000 vues – et 2/2).

â–º Libr-événement : « Traces de langage : poésie numérique » (avec Philippe Boisnard et Jacques Donguy à la Maison de la poésie Paris).

â–º Création : Daniel Cabanis, « Réhabilitation des usines à gaz ».

► Chroniques : Patrick Beurard-Valdoye, Cycle des exils ; Christophe Manon, Pâture de vent ; Benoît Casas, Prévisions

LC recommande début 2020…

La nouvelle Délie pour que l’année ne se délite : Emmanuel Tugny crée un mélange détonant musique médiévale/rock, avec des textes lus par Christian Prigent, qui rend à sa façon un nouveau Salut aux Anciens [Inouïe diffusion]…

► Pierre CHOPINAUD, Enfant de perdition, P.O.L, à paraître le 3 janvier 2020, 576 pages, 24,90 €.

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, Bordeaux, à paraître le 13 janvier 2020, 104 pages, 13 €.

► Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, en librairie le 15 janvier 2020, 144 pages, 15,90 €.

â–º Jean-Claude PINSON : en février, essai sur Pierre Michon chez Fario ; en mars, Pastoral aux éditions Champ Vallon…

Prochains Libr-événements :

► 

► En résonance au spectacle L’Animal imaginaire de Valère Novarina : EXPOSITION DES OEUVRES DE VALERE NOVARINA, du mardi 14 janvier au dimanche 9 février 2020, la Chapelle du Quartier-Haut, Sète
Entrée libre, du lundi au dimanche, de 11h à 18h

Vernissage le jeudi 16 janvier 2020, 18h30

Mais que font donc les figures qui peuplent par milliers l’oeuvre immense de Valère Novarina ? Dans les livres comme sur les scènes, elles entrent, elles parlent, se nomment les unes les autres, elles pensent, elles sortent. Parfois elles dansent. Dans les dessins, rendues visibles par le geste élémentaire de la main, éclairées par les flashes de l’imagination dont elles proviennent et qui les sort un instant du vide où elles vivent, elles émerveillent par l’exceptionnelle liberté dont elles témoignent.

Représentations de L’Animal imaginaire au Théâtre Molière – Sète : Mardi 14 janvier, 20h30 + Mercredi 15 janvier, 19h

21 août 2018

[disparition] 1936-2018 Tibor Papp

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 12:49

C’est avec une immense tristesse que j’apprends la disparition de Tibor Papp.
Je l’ai connu au début des années 2000 à Arras grâce à Philippe Bootz, un de ses fidèles amis avec qui il avait créé la première revue de littérature sur disquette : Alire au milieu des années 1980.
Les soirées passées avec Tibor Papp aussi bien à Arras qu’ensuite à Angoulême où nous l’avions invité Hortense Gauthier et moi-même, notamment avec Jacques Donguy restent inoubliables, tant il avait de l’humour, tant il irradiait d’une culture profonde et pertinente.

Vous pouvez lire le beau témoignage de Patrick Beurard-Valdoye sur sitaudis ici, qui rappelle à quel point Tibor Papp a été novateur en poésie concrète grâce à l’outil informatique.
Ou bien regarder une performance que j’avais fikmée en 2007, lors du festival genealogi.Z 2.

3 septembre 2017

[News] News du dimanche

Au programme des premières NEWS de reprise : agendas de Jean-Michel Espitallier et de Lucien Suel ; "Penser l’émancipation" à Paris-VIII ; "Écrits/studio" ; le film de Frank Smith, Le Film de l’impossible

 

â–º Mardi 5 septembre, Christian PRIGENT sur FRANCE CULTURE pour Chino aime le sport :

Jacques Bonnaffé lit la poésie par Jacques Bonnaffé

FRANCE-CULTURE, du lundi au jeudi

Chino aime le sport  :  le  05/09/2017  de  15h55  à  16h

Au deuxième jour, deuxième entrée. Nous parlons sport ! C’est une matière qui ne manque pas d’éloquence, on peut la laisser parler par ses souvenirs et ses grandes heures, ou ses champions. On peut aussi collecter les chroniqueurs, après Blondin et tant d’autres, Christian Prigent.

Avec Chino aime le sport, Christian Prigent s’impose comme portraitiste ès gradins  et bords de route, accompagné de rumeurs et d’ambiances. Il choisit des champions anciens et d’aujourd’hui, superpose les temps, titille les mythes. Dans la continuité de ses derniers livres, sa langue sonore avance à coups de burins et par éclats vifs. Il sculpte sans vergogne, utilisant tous les matériaux, visages et détails physiques, traits caractéristiques, marques publicitaires, public et cris, spectacles, anecdotes. Chaque portrait est un concentré, dans le cahier de Chino, son héros quasi éponyme.

Lecture d’un extrait de : Chino aime le sport (P.O.L).

â–º RV avec Jean-Michel ESPITALLIER :
• 14 septembre 19h30, « She Was Dancing » (avec Valeria Giuga, Roméo Agid), Théâtre Saragosse, Pau (Festival "Poésie dans les chais").
• 17 septembre, Mac/Val (Vitry/Seine), Journées du Patrimoine, performance avec Aniol Busquets dans le cadre de l’exposition de Jean-Christophe Norman.

â–º L’Agenda de Lucien SUEL :

Voici les nouvelles dates de l’agenda de septembre à décembre 2017 :

MONTREUIL (93), le 21 septembre à 20 h, lecture-performance aux Instants Chavirés, 7 rue Richard Lenoir (métro Robespierre), entrée libre pour la soirée « The French Ticket That Exploded ».

MERLIEUX (02), le dimanche 24 septembre pour La Fête du Livre avec mon roman « Angèle ou le syndrome de la wassingue » aux éditions Cours-Toujours.

PUCHEVILLERS (80), le samedi 7 octobre, à 18h, rencontre-lecture-entretien-apéro en compagnie d’ Alexandra Oury, Dominique Brisson et Philippe Moreau-Sainz, autour de la collection « La vie rêvée des choses » à l’estaminet du village à l’invitation de la Bibliothèque d’Albert.

ALBERT, le samedi 14 octobre, de 10h à 18h, Salon du Livre avec les éditions Cours-Toujours.

LAMBERSART, le dimanche 15 octobre de 13h30 à 18h, au Castel Saint-Gérard, pour les 20 ans du Café Littéraire animé par Annie-France Belaval.

Tournée en Picardie dans le cadre des Rendez-Vous Lecture du CR2L, du 16 au 19 novembre

CHÂTEAU-THIERRY, le 16 novembre, le matin, à l’Adothèque, lecture-rencontre avec des élèves du Lycée Hôtelier.

AMIENS, le 16 novembre, en soirée, à la Librairie Pages d’encre, lecture musicale sur le thème de la gourmandise en compagnie du tubiste François Thuillier.

CORBIE, le 17 novembre, à la Médiathèque, lecture musicale sur le thème de la gourmandise en compagnie du tubiste François Thuillier.

CREIL, le samedi 18 et le dimanche 19 novembre, « La Ville aux Livres », de 9h à 19h sur le stand des éditions Cours-Toujours. Le dimanche après-midi, entretien en compagnie d’Alexandra Oury, Dominique Brisson et Philippe Moreau-Sainz, et à 17h30, lecture-performance sur le thème de la gourmandise.

LILLE, 1er et 2 décembre, Gare Saint-Sauveur, participation aux Escales Hivernales. Le vendredi 1er, de 20h à 21h30, scène partagée avec les écrivains du Nord ; le samedi 2, entre 15h et 17h, rencontre avec les éditions Invenit (collection Ekphrasis) et les éditions Cours-toujours (collection La vie rêvée des choses).

En prévision pour 2018, lectures à Arras et Saint-Omer.

A paraître en 2018, aux éditions Henry : « Sur ma route » (poésie)

L’ agenda est mis à jour sur ses blogs Silo-Académie23 et Lucien Suel’s Desk 

â–º Du 13 au 16 septembre 2017, Université Paris VIII-Vincennes : Penser l’émancipation (Appel à contribution)

Le réseau international Penser l’émancipation prévoit une nouvelle édition en automne 2017 à l’Université Paris 8. Ce réseau, qui regroupe chercheurs et chercheuses, militants et militantes, s’inscrit dans le long héritage de la politique d’émancipation, de la critique de la modernité, de l’anticapitalisme et de la transformation de l’ordre existant. Il propose un espace pluraliste, ouvrant à chacun et chacune la possibilité d’émettre des hypothèses théoriques, de les éprouver au contact des pratiques politiques, de soumettre les résultats d’une enquête (militante ou académique), pour affronter les problèmes du présent. La pratique émancipatrice a besoin de moments, de lieux, pour réfléchir sur elle-même, sur son sens et sa portée, à l’abri du rythme effréné des séquences politiques, des clivages entre traditions idéologiques ou des exigences du travail universitaire.

Ce besoin se fait particulièrement sentir en cette année 2017, qui marque l’anniversaire de l’un des événements majeurs de la politique d’émancipation. Il y a un siècle, les exploités de l’Empire russe ont en quelques jours changé la face du monde, renversé un État ; ils et elles ont demandé le pouvoir dans les usines, que l’on partage les terres, que cesse la boucherie impérialiste de 14-18. Les subalternes ont tenté l’inouï, tenté de s’approprier leur monde, d’interrompre le cours inéluctable de la modernisation capitaliste, de révolutionner la culture, les rapports de genre, de briser l’oppression nationale et le joug colonial. Les révolutions sont des phases d’accélération historique, mais aussi des séquences où tout ce qui semblait naturel, allant de soi ou inévitable, peut être changé, infléchi, au bénéfice des opprimés. En d’autres termes, les révolutions sont par excellence des moments de totalisation, des séquences où l’action collective peut espérer atteindre et bouleverser l’ensemble de la vie sociale, culturelle et politique d’un pays, d’une région, et même du monde.

Pour être à la hauteur du défi révolutionnaire aujourd’hui, des rébellions vaincues, des révoltes écrasées, des défaites les plus amères, la théorie doit pouvoir se hisser à son plus haut niveau et mener « la critique impitoyable de tout ce qui existe » (Marx). C’est pourquoi le réseau Penser l’émancipation sollicite des contributions sur l’ensemble des questions qui travaillent la pensée engagée dans la transformation de l’ordre existant.

Nous invitons militants et militantes, chercheurs et chercheuses, à soumettre des propositions de communications (un résumé de 3000 signes) sur l’un des thèmes suivants, ou tout autre ayant trait à la théorie sociale et à la pensée émancipatrice, avant le 5 mars 2017 au plus tard : penserlemancipation2017@gmail.com

Droit, oppression, émancipation ; pouvoir politique, stratégie, organisation ; écosocialisme, anthropocène, capitalisme fossile ; féminisme, travail reproductif, intersectionnalité ; théorie queer et révolution sexuelle ; Gramsci, hégémonie, philosophie de la praxis ; relations internationales, développement inégal et combiné ; racialisation et capitalisme postcolonial ; histoires du mouvement ouvrier et révolutionnaire ; précariat, travail immatériel, nouveaux salariats ; syndicalisme, grève générale, contrôle ouvrier ; autonomie, opéraïsme et nouvelles radicalités ; monnaie, marchandises, forme-valeur ; théologie et critique de la modernité ; colonialité du pouvoir et décolonialité ; marxisme culturel et structures de sensibilité ; impérialisme, guerres et libération nationale ; cinéma, théâtre, spectateur émancipé ; théorie critique, École de Francfort, réification ; hégélianismes et jeune-hégélianisme ; économie politique, dynamiques d’accumulation, crises ; Althusser, antihumanisme, lutte de classes dans la théorie ; éducation populaire, système scolaire, pédagogies révolutionnaires ; allocation universelle, salaire à vie, refus du travail ; occupation des places, émeutes, sabotage ; logistique et blocage des flux; immigration, réfugiés, populations excédentaires ; Europe, dette, souveraineté ; Lukács, totalité et subjectivité ; Henri Lefebvre, ville et espace ; urbanisme, architecture et droit à la ville ; géopolitique critique ; littérature, poésie et politique ; histoire globale et système monde ; corps exploités, corps révoltés et enclosures des corps ; internet, travail digital et réseaux sociaux ; néolibéralisme, financiarisation et nouvelles aliénations ; État d’urgence, antiterrorisme, violences policières et ennemis intérieurs ; lutte armée, guérilla urbaine et guerre populaire ; révolution culturelle et transition au socialisme ; mouvements sociaux, formations de classe, identités politiques ; masses, plèbes, multitudes ; communisation et restructuration capitaliste ; coopérative, autogestion, expropriation ; action antifasciste et état d’exception ; mobilisations lycéennes et luttes étudiantes ; critique des médias.

â–º Jeudi 14 septembre à 20H, Bibliothèque 2e arrt de Lyon : Écrits/Studio (poésie et nouvelles technologies du son).

Ecrits/Studio réunit des poètes qui travaillent avec les outils numériques du son. Neuf de ces poètes présenteront des poèmes sonores réalisés lors d’une session de création. Ils livreront là des formes poétiques nouvelles, à la fois polyphoniques et performatives.

Parmi ces poètes : Béatrice Machet, Alice Calm, Guillonne Balaguer, Jean-Baptiste Happe, Estelle Dumortier, Patrick Sapin, Patrick Dubost, Béatrice Brérot.

Bibliothèque municipale
13 rue de Condé
69002 Lyon

â–º Dimanche 17 septembre à 15H, Centre Pompidou (75004 Paris) :
Première de Frank Smith, LE FILM DE L’IMPOSSIBLE
Présenté dans le cadre du Festival Hors Pistes production et prolongement

Sur la bande-image du Film de l’impossible alternent deux séries. Tout d’abord, une lecture dialoguée entre François Bonenfant et Frank Smith se tient dans le cadre de la pièce-dispositif Un lieu-comme-œuvre., « un lieu d’art » conçu par François Laroche-Valière au Théâtre L’Échangeur, Bagnolet. Cet échange tente de cerner ce que serait un film qui s’intitule Le Film de l’impossible. Il est question du statut de l’image au cinéma, de celui de la représentation, de la politique actuelle — irréconciliable — et de la nécessité de recomposer aujourd’hui une nouvelle pensée de l’image — toujours impossible. En contrepoint, il y a des images prises dans le désert blanc du Chott-El-Jérid (Tunisie), faites d’éléments uniformes — ciel, terre, mirages — à travers des plans, constamment identiques à eux-mêmes, où la caméra tourne sur elle-même à 360 degrés.
Le film se fait en même temps qu’il se filme.

*
Le Film de l’impossible est aussi un livre, publié aux éditions Plaine page.



Un film écrit et réalisé par Frank Smith
Avec François Bonenfant et Frank Smith
Situations — Un lieu-comme-œuvre. François Laroche-Valière
Image et montage Arnold Pasquier
Son Marc Parazon
Mixage Ivan Gariel
Musique Philippe Langlois

31 mai 2014

[Chronique] Jean-Michel Espitallier, Caisse à outils [Libr-Java 9]

Dans un champ poétique caractérisé par une lutte des classements d’autant plus âpre que l’espace est symboliquement et économiquement restreint, le succès et donc la réédition de Caisse à outils – juste après l’anthologie Pièces détachées – signifient à quel point Jean-Michel Espitallier a réussi sa gageure d’offrir à chaque curieux "des plans et des modèles pour construire son propre engin d’exploration". C’est dire à quel point il nous faut (re)lire ce trois-en-un (essai-manuel-panorama). Cette réédition n’apportant qu’une réactualisation des références – très utile au demeurant -, on commencera par la version relue de la chronique publiée en 2006 par Philippe Boisnard ; et on terminera par le dialogue critique que propose Fabrice Thumerel à son auteur. [Lire Libr-Java 8]

Jean-Michel Espitallier, Caisse à outils. Un panorama de la poésie française aujourd’hui, Pocket, 2006 ; édition revue par l’auteur, Pocket, coll. "Agora", printemps 2014, 256 pages, 12 €, ISBN : 978-2-266-25041-2.

 

Un manifeste postmoderne (Philippe Boisnard)

Jean-Michel Espitallier publiant Caisse à outils aux éditions Pocket, prenait un risque certain : témoigner de la création de la poésie française contemporaine, dans une édition grand public, à savoir accessible à tous, alors que les enjeux de cette poésie semblent demander une certaine connaissance de l’histoire de la poésie du XXème siècle et des questions qui s’y sont tissées. Risque dont lui-même n’était pas dupe, tel qu’il en témoigne dans sa première partie Ouvre-boîte : « Le pari n’était pas facile étant donné la grande diversité des gestes artistiques, la complexité des questions, la multiplicité des formes et des pratiques (…) Si j’emprunte parfois la casquette de l’historien, c’est qu’il me paraît difficile de prendre la mesure des formes contemporaines sans les replacer dans la continuité et les ruptures qui les ont produites, les légitiment, en expliquent les mécanismes et les apports. »
Lire cet essai, car il s’agit davantage d’un essai que d’un panorama, nécessite alors de tenir compte de ce grand écart, de ne pas voiler cette tension sous les prétextes, soit de spécialistes, soit de chapelles, qui discréditeraient par avance son effort de clarté, voire de clarification de certaines questions.
Alors, quel est l’enjeu précis de cette caisse ? Tient-il seulement à rendre visible les compartiments de la poésie contemporaine, les différents outils mis à disposition par les pratiques et les créations ? Cela pourrait être le cas, si nous nous référions seulement à la table des matières, si nous prenions cet essai seulement comme une taxinomie des différentes expériences contemporaines.
Mais ce serait aussi se détourner certainement de ce qui le creuse, venant indiquer non plus la simple description neutre de poésies, mais témoigner de lignes qui se construisent, s’affrontent, viennent se contredire, selon un rapport au temps, à l’histoire, à la société. C’est de cela que je voudrai parler ici.
Alors que le champ poétique au niveau des essais est dominé sans nul doute possible, depuis plus de quinze ans, par les thèses de Christian Prigent, ce qu’accomplit ici Jean-Michel Espitallier, sans le dire explicitement, c’est une réévaluation critique de la modernité prigentienne, et l’ouverture à de nouveaux horizons, dont témoigne fort peu Christian Prigent.
Que cela soit dans Ce qui fait tenir, ou encore dans ses articles, comme celui publié dans Fusées n°8 sous le nom Encore un effort, Prigent n’a de cesse : 1/ de défendre la pensée d’une modernité poétique qui se structure sur la négativité des grandes irrégularités du langage, sur l’illisibilité (cf. ce qu’il écrit encore à propos de Scarron : « Écrire, c’est alors faire injure aux écrits droits (…) inoculer là-dedans épouventable peste gangrenne » (p.52), 2/ de mettre en critique les pensées post-modernes, qui ne s’affrontent plus à cette logique, 3/ ceci en tentant de rabattre certains des auteurs de ce tournant post-moderne dans le champ de la modernité (cf. Fusées °8 : « Tout cela est bien intéressant [il parle de Fiat et Hanna]. Un peu tartarin, sans doute, dans le genre ultra-avant-gardiste. Derrière insistent lourdement, l’ombre de Burroughs, le spectre de Gertrude Stein (…) Côté théorie cela fait beaucoup de scolarité »).
Jean-Michel Espitallier pose la possibilité de sortir de cette logique, il la met en critique en se positionnant en rapport à un tournant post-moderne, que l’on retrouve aussi bien chez Christophe Hanna que dans ce que je tente de même de mettre en place au plan de la réflexion [cf. "Hackt° theory(Z)" dans Doc(K)S]. Mais en quel sens établit-il cette réévaluation post-moderne ?
Il accomplit son analyse dans la partie centrale de son essai : « Chronomètre, horloge, agenda », à partir de la mise en évidence de ce que c’est qu’être contemporain : « C’est parce que je suis contemporain que je vis mon temps et non le contraire » (p.137). Les questions de la poésie se polarisent sur l’époque où elle apparaît à partir dès lors, ni de la recherche d’une langue propre (idiolectale), ni de la volonté de faire surgir une propriété extra-époquale (le corps, le singulier, la pulsion, le ça, la négativité) qui serait voilée par l’époque. Bien au contraire, être contemporain selon Jean-Michel Espitallier, c’est saisir un certain nombre de questions « qui se posent mais ne me sont pas posées » (rupture de l’obnubilation du sujet), c’est intensifier des rapports logiques, politiques, sociaux, non pas en vue de trouver une part maudite, une sorte d’ipséité que la modernité rationnelle aurait voilée, mais selon le projet de les décrypter, de les mettre à jour du point de vue de leurs stratégies de domination, de diffusion, d’imprégnation. C’est pourquoi cette contemporanéité se définit en tant que tournant post-moderne. La post-modernité, comme j’y reviendrai par ailleurs, ne définit pas d’abord et avant tout une réalité époquale (même si cela peut être le cas), mais surtout la réévaluation critique des héritages qui ont défini l’histoire, selon une logique de mise à distance des méta-vérités qui l’ont structurée. Alors que la modernité poétique a opposé à la téléologie de la raison issue du XIXème siècle (Hegel, puis Husserl) une téléologie du sujet compris comme singularité et tout à la fois vérité d’une possible communauté politique (d’où la récurrence du thème de la révolution), la post-modernité ne revendique plus aucune forme de vérité/communauté, mais situe son travail comme déchiffrement des mécanismes politiques, économiques ou communicationnels qui définissent chacune des micro-segmentarités de vérité relative qui constitue la réalité parcellisée du monde occidental. Contre la performation moderne, le post-moderne tendrait à un travail critique. Contre l’idiolectal lié à l’assomption du singulier, la post-modernité poserait des langages conventionnels, issus des pôles hégémoniques de la représentation, mais cela à partir de la remédiation de leurs logiques ou de leurs contenus, selon des déplacements circonstanciels ou événementiels, selon des stratégies de déterritorialisation, sans réelle reterritorialisation dans une dimension de vérité. C’est ainsi que Jean-Michel Espitallier peut écrire : « Faisant le deuil du clivage historique entre passé et présent, le post-moderne s’inscrit en faux contre tout messianisme. L’écrivain post-moderne retourne contre eux les phantasmes d’une inspiration créatrice, raille l’esprit de sérieux et les supposés vertus politico-thérapeutiques de son travail. » (p.126)
Il était nécessaire qu’une telle entreprise puisse enfin voir le jour. Non pas qu’il faille en finir avec la modernité, mais au sens où elle permet enfin d’avoir accès à des pratiques qui, hétérogènes à l’intention moderne, ne pouvaient apparaître au vu de la focalisation moderne qui caractérise encore les pratiques expérimentales. Ainsi, même si Espitallier a tendance à tomber dans le name-dropping, et par moment à citer des noms qui sont peu pertinents par rapport à ce qu’il développe, il réussit à rendre visible, si ce n’est lisible, les nouvelles intentionalités poétiques qui s’élaborent. Il ne reste plus qu’à attendre maintenant des essais qui réfléchissent et approfondissent ces nouveaux horizons, qui ne seront plus de l’ordre de la caisse à outils, mais plus certainement tiendront du mécano.

 

Bricolage et vagabondage (Fabrice Thumerel)

Nul point de vue de Sirius ici, nul voyage olympien ni parnassien : c’est en bricoleur que Jean-Michel Espitallier propose ses découvertes et expériences, tout comme ses réflexions sur le renouvellement de l’objet poétique, les mutations de l’espace poétique, ou encore les pratiques transartistiques et transgénériques. Et parce que le bricolage ressortit à la "pensée sauvage" (Lévi-Strauss), cette caisse à outils s’avère aussi pratique qu’originale. Indispensable par sa riche diversité et la clarté de ses synthèses. Indispensable pour ses prises de position vives ou mesurées, ses mises en garde salutaires : assurément, on pourrait très bien se passer de ce "téléthon annuel" que constitue le Printemps des poètes, tout comme de l’incontournable "transversalité", "nouveau sésame de la cuistrerie branchée"… Le poétisme ne frappe pas que la poésie "traditionnelle", pouvant "se manifester dans la pompe lyrique ou le stylisme boursouflé comme dans la littéralité ou l’avant-garde" ; il importe donc de "se méfier des hâtives sacralisations du nouveau" – tant "il ne suffit pas de piloter de gros logiciels et d’articuler images, sons, textes, hologrammes, etc., pour faire la révolution poétique" (p. 50-51)… Quant au fameux cut-up, pour être "devenu l’une des marques de fabrique de l’époque", il n’en est pas moins discutable : il a "tendance parfois à se faire un peu rouleur de mécaniques postmoderne, besogneux à force de se vouloir démonstratif, démonétisé comme valeur d’échange en ateliers d’écriture, conformiste à se croire naïvement visa de toutes les modernités" (198)…

Reste que l’on se serait attendu à une plus grande révision : si le paysage ne s’est pas métamorphosé en huit ans, il s’est tout de même enrichi de nouvelles formes et teintes. Par exemple, concernant les poésies du dispositif, comment ne pas rendre compte précisément des apports théoriques de Franck Leibovici, Olivier Quintyn, ou encore Christophe Hanna ? Comment traiter les "écritures à contraintes" sans évoquer les expériences actuelles de Philippe Jaffeux ou de Bruno Fern ? Comment réduire les poésies numérique et multimedia à deux seules pages ? Comment ignorer cette nouvelle ligne de force que représentent les objets poétiques en français fautif (OPFF), de Claude Favre à Corinne Lovera Vitali en passant par Alexander Dickow ? le renouveau multiforme du lyrisme : le lyrisme objectif, dramatique ou spirituel, de Suzanne Doppelt, Sandra Moussempès ou Jean-Luc Caizergues ; le lyrisme spiritualiste de Mathieu Brosseau ; le lyrisme poéthique de Jean-Claude Pinson ; le lyrisme utopique  de Christophe Manon ou héroï-comique de Vincent Tholomé ; les litanies de Laura Vazquez ? Mais sans doute ne doit-on pas confondre le libre vagabondage de Jean-Michel Espitallier avec une exploration scientifique exhaustive.
To be continued ?

Reste que l’on est dubitatif quand, à la page 151 exactement, l’auteur reprend à son compte sans nullement l’interroger le label "extrême contemporain", qui le conduit loin de sa base poétique… Juste pour titiller un peu le poète essayiste, on rappellera brièvement la généalogie de cette appellation. En 1986, au cours d’un colloque auquel participent également Dominique Fourcade, Michel Deguy et Jacques Roubaud, Michel Chaillou forge le concept d’"extrême contemporain", c’est-à-dire d’un contemporain englobant les extrêmes. L’opération symbolique vise à rien moins que labelliser une plateforme d’écritures exigeantes conçue comme une alternative au modèle avant-gardiste agonisant. Peu après la publication des Actes de ce colloque (1987) dans la revue Po&sie dirigée par Michel Deguy depuis 1977, naît chez le même éditeur Belin la collection du même nom, riche aujourd’hui de quelque soixante-quinze titres. Depuis, l’appellation est entrée dans l’usage courant en matière de littérature, employée dans des colloques de spécialistes comme dans divers panoramas et articles de presse. Arrêtons-nous sur le premier colloque international consacré à cette notion aussi vague que vaste, qui a eu lieu en mai 2007 à Toronto : trois jours durant, des chercheurs du monde entier ont débattu sur les "enjeux du roman de l’extrême contemporain : écritures, engagements, énonciations". La première remarque qui s’impose est l’extrême extension du "concept", puisqu’il recouvre aussi bien l’écriture de soi que "l’écriture du jeu, l’écriture des idées et l’écriture du réel". Quant à la liste des auteurs dont il est principalement question, elle laisse pour le moins perplexe : Angot, Chawaf, Darrieussecq, Duras, Germain, Grainville, Houellebecq, Laurens, Toussaint… Quels rapports établir objectivement entre ces écrivains dont les pratiques comme les capitaux symboliques sont aussi différents ? Le succès de ce label s’explique par son "utilité pratique". Mais la difficulté de penser ou d’objectiver le contemporain justifie-t-elle la réduction de l’"extrême contemporain" au seul genre narratif ou à la seule "esthétique du fragment" ? le recours à l’amalgame, courant dans les milieux médiatiques, au sein d’une liste alphabétique d’auteurs des plus hétéroclites (de Abécassis à Wajsbrot, en passant par Adely, Angot, Apperry, Assouline, Beigbeder, Bon, Despentes, Echenoz, Ernaux, Germain, Houellebecq, Laurens, Michon, Pennac, Quignard ou Volodine) ? Pourquoi publier dans une encyclopédie un objet qui ne saurait relever d’aucun savoir car non construit, si ce n’est pour tenter, grâce à un fallacieux bricolage pseudo-théorique, de légitimer des "valeurs littéraires" défendues par telle ou telle chapelle, voire par le Marché même ? Car, à l’évidence, le label "extrême contemporain" possède deux atouts majeurs : c’est un terme neuf pour désigner des valeurs proches de celles contenues dans "avant-garde" : appartenir à "l’extrême contemporain", c’est être en effet à la pointe du nouveau. Est-ce à dire que, vigilant quand il s’agit du concept d’"avant-garde", Jean-Michel Espitallier a baissé la garde devant ce label en vogue ?
To be continued

13 septembre 2013

[INTERVIEW VIDEO] JACQUES DONGUY [2/2]

Filed under: entretiens,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 5:31

Interview de Jacques Donguy fait lors de la soirée Ultra-Volte#2 à Databaz, où il est venu présenter le numéro 1 de la revue Célébrity Café, que nous allons présenter prochainement. Cet interview a été fait par Nathan Serrano.

9 septembre 2013

[poésie sonore] Jörg Piringer : Sloarg et robot mein

Filed under: audiocast poétique,créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 13:04

Nous présentons ici deux nouvelles pièces sonores composées par Jörg Piringer, La première Sloarg est faite seulement avec la voix, la seconde, robot main est composée avec : vhs-recorder, wok, alarm clock, computer case, voice.

7 septembre 2013

[interview video] Jacques Donguy [1/2]

Filed under: entretiens,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 9:09

Interview de Jacques Donguy fait lors de la soirée Ultra-Volte#2 à Databaz, où il est venu présenter le numéro 1 de la revue Célébrity Café, que nous allons présenter prochainement. Cet interview a été fait par Nathan Serrano

3 septembre 2013

[Entretien video] Jörg Piringer

Interview de Jörg Piringer fait lors de la soirée Ultra-Volte#2 à Databaz. Jörg Piringer est à la fois dans la recherche sonore et graphique de la poésie, poésie atomisée à la lettre. Dans cet entretien, il revient sur son travail, ses axes de recherche et montre ses innovations. Cet entretien a été mené par Nathan Serrano.

27 septembre 2012

[News] INTON’ACTION #2

INTON’ACTION #2 _ rencontres internationales de poésie et de performance, du 12 au 26 octobre 2012 à Angoulême.

Databaz (Philippe BOISNARD & Hortense GAUTIER) invite lors de cette 2e édition d’INTON’ACTION des artistes, performeurs et poètes internationaux pour deux soirées de performance, un rendez-vous dans l’espace public dans le centre ville d’Angoulême et une exposition. Ces rencontres ont pour objectif de faire découvrir une pratique de l’art contemporain encore peu connue du grand public : l’art action, et cela à travers le travail d’artistes intermédias et transdisciplinaires, qui échappent aux catégories artistiques pré-faites, en interrogeant les frontières de la poésie, de la performance, des arts visuels, du son, de la vidéo… Des artistes du corps et de la langue, qui tordent le son et le sens, des artistes du geste et du silence, dont les actions et les paroles questionnent nos représentations et nos croyances, mettent en critique nos comportements et nos sociétés, en se demandant : que faire ? comment agir ? comment parler ?

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16 mai 2007

[News] Festival E-Poetry du 20 au 23 mai – Paris

Du 20 au 23 mai 2OO7, se tiendra le festival E-Poetry, un des plus important festival international de poésie numérique. Créé en 2001 par l’Electronic Poetry Center de Buffalo qui en assure depuis la présidence, il permet aux chercheurs et aux auteurs de poésie numérique du monde entier de se rencontrer pendant trois jours et de présenter leurs conceptions et productions.Il joue un rôle essentiel dans l’émergence de ce nouveau champ littéraire et dans la circulation des conceptions et débats qui l’animent.
Biennale nomade, il a jusqu’ici été organisé exclusivement dans des pays anglo-saxons : Buffalo en 2001 – Morgantown en 2003 – Londres en 2005. Il se déroule pour la première fois à Paris, accueilli par le Laboratoire Paragraphe de l’Université Paris8 et l’association MOTS-VOIR, avec un volet universitaire et un volet artistique de spectacles et manifestations.
Le colloque réunissant plus d’une soixantaine d’auteurs et de chercheurs se tiendra à l’Université Paris 8 du 21 au 23 mai, et quatre soirées auront lieu pour découvrir des oeuvres multimédias et interactives, de la web poésie, des performances vidéos et numériques, de la vidéo-poésie … Elles se tiendront au Divan du Monde, au Point Ephémère et au Cube à Issy-les-Moulineaux, elles sont toutes en entrée libre.
Ce festival est organisé par Philippe Bootz, et Alexandre Gherban, pionniers de la poésie numérique en France. Le président de ce festival est Loss Glazier de l’université Suny Buffalo.

>>> Dimanche 20 mai – 19h
au DIVAN DU MONDE, 75 rue des Martyrs, 75018 Paris, station Pigalle :
Soirée d’ouverture du festival

Clemente Padin (Uruguay)
Lucio Agra (BR) & Paulo Hartmann (BR)
Lawrence Upton (UK)& John Drever (UK)
Gérard Giacchi (F) [collective Transitoire Observable]
Wilton Azevedo (BR) [collective Transitoire Observable]
Jeorg Piringer (Autriche)
HP Process – Philippe Boisnard (F) & Hortense Gauthier (F)
Chris Funkhouser (USA) & Daniela Franco (Mexique) & Alireza Khatami (Iran)
Philippe Castellin (F) [collective Transitoire Observable]
Loss Glazier (USA) [collective Transitoire Observable]
Alan Sondheim (USA) & Charles Baldwin (USA)
Jay Bolter (USA) & Karen Head (USA) & Maria Engberg (N)

>>>> Lundi 21 mai :

Symposium – Université de Paris 8( amphi X)

9h – ouverture du symposium
dépouillement de l’enquête Infolipo
10h30 – table ronde « Performances et rapports aux avant-gardes »
avec les auteurs intervenus la veille au Divan du monde.
Chairman : Alexandre Gherban

12 h -pause déjeuner et installation «  »Å“uvre pour un apéritif » »
de Cécile Buchet (Suisse) & Delphine Riss (Suisse) – salle Z1

# Approches esthétiques et philosophiques

13h30 – session « Historique and et approche philosophique de la poésie numérique ».
Chairman : Serge Bouchardon »
– Chris Funkhouser (New Jersey Institute of Technology)
– Pedro Reis (Université Fernando Pessoa)
– Komninos Zervos (Griffith University)
15h – 17h session « Sémiotique and esthetique »
Chairman : Jean Clément
– Alexandra Saemmer (Université Lyon 2)
– Serge Bouchardon (UTC)
– Pablo Gervás, Raquel Hervás, Jason Robinson (Universidad Complutense de Madrid)
– Eduardo Kac (School of the art Institute of Chicago)

Soirée Webpoetry

Le Point éphémère, 200 quai de Valmy, 75010 Paris, station Jaures :
Jim Rosenberg (USA)
A.Strid (F)
Benjamin Gomez (F)
Patricia Rydzok (F)
Aya Karpinska (USA)
Jason Nelson (Australie)
Agence Topo (Canada)
Xavier Malbreil (F)
Eugenio Tisselli (SP)< >>> Mardi 22 mai :
Symposium – Université de Paris 8( amphi X)

># Traduction et sémiotique
9h – session « Traduction ».
Chairman : Michel Bernard »
– Friedrich Block (Brueckner-Kuehner Foundation) & Rui Torres (Fernando Pessoa University)
– Giuliano Tosin (Universidade Estadual de Campinas – UNICAMP)
– Jim andrews (Vispo)

10h30 – table ronde « Hypertexte »
avec les auteurs intervenus la veille au Point Ephémère
Chairman : Loss Glazier

12h – pause déjeuner et installation dans l’amphi X « imposition » de John Cayley (UK)

13h30 – session « Experiences de traduction/transcription dans la poésie numérique »
avec Hélène Perrin (Université Paris8), Arnaud Regnauld (Université Paris8)
and Marcus Bastos (Pontificial Catholic University of São Paulo)

15h – session « Semiotique et dispositif »
Chairman : Sandy Baldwin »
– A. Strid
– Roberto Simanowski (Brown University)
– Janez Strehovec(University of Ljubljana)
– Loss Glazier (University SUNY Buffalo)

Soirée poésie animée interactive
Le Point éphémère, quai de Valmy, Paris 10e

Jim Andrews (Canada) [collective Transitoire Observable]
Jérôme Fletcher (UK)
Alexandre Gherban (F) [collective Transitoire Observable]
Maria Mencia (SP)
Tibor Papp (F) [collective Transitoire Observable] & Claude Maillard (F)
Zervos Komninos (Australie)
Alan Bigelow (USA)
Simon Biggs (UK)
Stéphanie Strickland (USA) & Cynthia Lawson Jaramillo (USA)

>>> Mercredi 23 mai :

Symposium – Université Paris 8 – amphi X

# Langage et dispositif

9h – session « Code et langage »
Chairman : Jean-Hugues Réty
– Jeorg Piringer
– Nam Shub
– Camille Paloque-Bergès (Paris8) & Justin Katko (Brown University)
– Jim Carpenter (University of Pennsylvania)

10h30 – table ronde « Langage et poésie »
avec les auteurs qui interviendront le soir au Cube
Chairman : Patrick Burgaud

12h – pause déjeuner

13h30 – Session « Le dispositif dans la poésie numérique »
Chairman : Loss Glazier
– Fanny Georges (Université Paris1)
– Laura Borràs & Joan Elies Adell (UOC )
– Giovanna di Rosario (Université de Genève) & Matteo Gilebbi (University of Madison)

15h – table ronde « Génération et animation »
avec les auteurs intervenus la veille au Point Ephémère
Chairman : Philippe Bootz

16h30 – présentation du site www.epoetry2007.net
avec Patrick Burgaud, Marc Veyrat and Alexandre Gherban

Soirée de clôture
Le Cube, 20 cours Saint Vincent, 92130 Issy-les-moulineaux

Annie Abrahams (NL) and the All Star GirlsBand (F)
Nick Monfort (USA) & Jim Carpenter (USA) & Anick Bergeron (USA)
Talan Memmott (USA)
Eduardo Kac (USA)
Serge Bouchardon (F) & Aymeric Brisse (F)
Ambroise Barras (Suisse)
Philippe Bootz (F) [collective Transitoire Observable]
Bjørn Magnhildøen (Norvège)
Luc Dall’armellina (F)

18 décembre 2006

[Videopoetry] Koundri /Boisnard + Sivan/ [9 mn]

Filed under: News,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 14:24

Koundri [zone intensité] provient d’une idée de Jacques Sivan, proposée à Philippe Boisnard. Le but était de lier deux matières organiques : l’une orale, la voix de Sivan lisant le texte Koundri, l’autre visuelle : le travail vidéo de Boisnard. Lors de la création vidéo, est devenu évident de lier à la lecture de Jacques Sivan, une troisième couche organique : el son de Cédric Pigot. C’est ainsi qu’est née, une version live de Koundri [war intensité], où le son est un mix-live de Cédric Pigot travaillant avec la voix de Jacques Sivan, de même que Philippe Boisnard mélange la captation en temps réel de Sivan et la vidéo Koundri créée pour cette version.
La version ici présentée est celle qui l’a été à Montevideo en octobre, où Jacques Sivan était invité. Le son a été créé à partir de morceaux de Cédric Pigot et remixé par Philippe Boisnard. Elle dure 9 mn.

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8 octobre 2006

[video] Loïc Robin, Saint-Malo

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 13:08

Suite à l’entretien que nous avons eu avec Loïc Robin, nous mettons en ligne un extrait de son CD-rom Eaux fortes : Saint-Malo.

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21 septembre 2006

[entretien] Loïc Robin avec Philippe Boisnard

Filed under: entretiens — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 3:42

Cet entretien s’est décidé suite à l’envoi par Loïc Robin de son Cd-rom Eaux Fortes. Ayant trouvé sa démarche intéressante, celle-ci allant je crois dans le sens d’une interrogation tant linguistique qu’esthétique de ce qui se produit avec certaines nouvelles poésies, je lui ai proposé de répondre à mes questions.

Début de l’entretien :

Philippe Boisnard : Tout d’abord, avant de parler de ton CD-Rom, d’où provient pour toi l’intérêt pour le verbi-visuel ?
Loïc Robin : Le verbi-visuel, c’est quand même l’histoire de la poésie. Il faut la connaître et la regarder pour la comprendre. C’est une question d’héritage. Après, il y a le goût pour les arts visuels et en particulier pour l’art conceptuel. L’image comme « représentation visuelle d’une idée » : cette expression me convient, enfin, je veux dire que j’essaie d’utiliser l’image comme cela.
Et puis le verbi-visuel, c’est avant tout les inscriptions, les affiches, les publicités, les panneaux, tous ces mots qui, dans l’espace public, sont devenus les véritables objets de nos sensations. La relation au paysage fait office d’exception. En exagérant un peu, on peut dire que le reste de la perception est régie par la langue. La langue se regarde elle-même.

[lire la suite]

23 octobre 2005

[Livre] Crevard [baises-sollers]

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , , , , , , — rédaction @ 21:37

Editions Cameras Animales

190 pages , ISBN : 2-9520493-4-3, 16 €

commander par internet

ou par chèque : Caméras Animales / 4 rue Victor Grossein / 37000 Tours (chèque à l’oordre de Caméras Animales)

Voir l’émission vidéopodcastée consacrée à THTH : [la littérature au réveil]

4ème de couverture :

crevard.jpg“REVARDS VS CREVURES : LA BOMBE TH
Soudain il y eut un trou noir qui s’est connecté et ce trou noir, c’était le web.
Un Intrus à l’intérieur de moi me lance des messages en morse… Il me dit : “Casse-les tous…”
Ma dernière échappatoire… Créer le site des casseurs2hype et enrôler les meilleurs casseurs…
Nous sommes le premier groupe punk sans instruments.
En juillet 2002, Thierry Théolier fonde le Syndicat du Hype, dont l’objectif est d’infiltrer les soirées « hype » et les open bars (« O.B. »), et parfois d’y produire un certain bordel, cherchant à court-circuiter par une méga-cuite générale un système basé sur l’envie, la séparation, la rétention et l’exclusion.
THTH porte son action sur deux terrains : le territoire de P.A.R.I.S., où il multiplie les incrustes et apparitions, et la toile de l’Internet où il crée une nébuleuse tentaculaire de sites, blogs et mailing listes (dont le site des Casseurs2hype et le Blackblog). Programme de hack culturel intuitif et libérateur, le SDH prend tout son sens dans cette interaction entre le Web et la topographie parisienne, qu’il appelle à se réapproprier.
Plus qu’un mouvement festif, au-delà de son aile open-bariste, le SDH est un mouvement poétique, à la jonction de l’imaginaire et du communautaire, une œuvre collective interactive proliférante d’écritures et d’images, rendue possible par la technologie Internet. Et il a l’immense avantage sur ceux qui l’ont précédé d’être immédiatement opératoire.
Transfert contre-nature du Web vers le papier, écrit au jour le jour depuis la création du SDH, CREVARD est le manifeste de cette langue chaotique et vivante issue de la liberté que donne la Toile, et c’est, surtout, une bombe d’énergie mentale, un retour du refoulé rock’n’roll, le miroir dignement monstrueux donné à une époque monstrueuse par son Frankenstein cyberpunkpostmondain : THTH.
Egocentrique partageur, « hyperlien humain » (reliant les personnes les plus improbables), mystique de la hype, des jeux vidéo et des O.B., pirate mondain et pirate médiatique (s’incrustant tant dans les soirées sélect que sur les pages de journaux en tout genre), casseur ultime mélancolique et roi fainéant nu des crevards de la hype, harangueur péteur de plombs s’abîmant en cascades d’accusations virales, toujours dans l’indécision casseur/sucker, dehors/dedans (en être ou ne pas en être), prophète de l’hypocalypse, THTH est, peut-être, « le pire de l’époque », l’aliéné-même (Internet pour Interné et la HyPe pour Hôpital Psychiatrique), mais c’est un aliéné qui se tape la tête contre les murs.
Somme fracassée d’invectives à la syntaxe précipitée (voire hasardeuse), d’aphorismes, de plagiats, de lexiques inventés, de cut-ups, de règlements de compte, crises de nerf et reports de soirées, de poèmes de merde en novlangue de nerd, d’imprécations en abré(dé)viations SMS, l’écriture de Théolier, jetée sur le Net sans un regard en arrière (discipline du « spamouraï »), semble répondre à cet appel de Foucault :
« Quand est-ce que je me mettrai à écrire sans qu’écrire soit « de l’écriture » ? Sans cette espèce de solennité qui sent l’huile. Je voudrais échapper à cette activité enfermée, solennelle, repliée sur soi qui est pour moi l’activité de mettre des mots sur le papier. J’aimerais que l’écriture soit un truc qui passe, qu’on jette comme ça, qu’on écrit sur un coin de table, qu’on donne, qui circule, qui aurait pu être un tract, une affiche, un fragment de film, un discours public, n’importe quoi… Je rêve d’une écriture discontinue, qui ne s’apercevrait pas qu’elle est une écriture, qui se servirait du papier blanc, ou de la machine, ou du porte-plume, ou du clavier, comme ça, au milieu de tas d’autres choses qui pourraient être le pinceau ou la caméra. Tout ça passant très rapidement de l’un à l’autre, une sorte de fébrilité et de chaos. »
De l’obsession du refus du littéraire naît, malgré tout, quelque chose, un style, un langage personnel, un amas de vitesses et d’intensités surgies du chaos, une musique lunatique qui est un appel à l’expérience immédiate et à la communauté.
CREVARD [baise-sollers], ou quand la haine de la littérature mène à la littérature la plus brute, la plus urgente, la plus nécessaire.”

Richard Mathias

Premières impressions : Nous avons vu THTH lors de l’une de ses premières lectures (22 octobre Les voûtes, 10 ans de La Femelle du Requin). Texte dynamique, rythmr endiablé, même si persistait un jeu de trop pour une lecture, et des pauses qui ressemblaient plus à des hésitations que des tensions. Mais on ne refait pas les K$$eurs de HYPE. Au-delà du phénomène médiatique qui accompagne la sortie de ce livre et d’autre part les éloges convenues que tous les hypeux associent à cette écriture, nous interrogerons dans notre future chronique la question de l’émergence de cette écriture. Car assurément, comme cela a été souligné lors du colloque sur la littérature et internet au CIPM (1er octobre 2005), il y a bien l’émergence de nouvelles littéralités, qui sont liées à la technologie et ses procédures de diffusion.

18 octobre 2005

[chronique] Tokyo de Eric Sadin

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , , , , — Philippe Boisnard @ 16:05

La société japonaise est l’un des laboratoires les plus développé de la mutation sociale liée aux technologies. Laboratoire grandeur nature, où après l’intégration du télévisuel via les publicités, le jeu et l’information en temps réel et taille surréelle, c’est depuis quelques années la dimension numérique et les connections wire-less qui se sont répandues, de l’i-mode développé par DOCOMO qui a généré une toute nouvelle approche de l’espace et de la liaison à autrui, jusqu’aux dernières avancées qui concernent la construction d’un espace totalement cybernétique grâce aux u-tags (étiquette électronique), à savoir la construction intégrée à la géographie matérielle, d’une deuxième dimension entièrement numérique, dans laquelle on navigue avec son téléphone portable, son palm, sa balise GPS, que cela soit à travers internet ou des bulles privées, dédiées à des localisations et impacts spécifiques.
Mais cette transformation rencontre la mémoire indélébile de la catastrophe de Hiroshima, mémoire obsédante non seulement dans la culture conventionnelle mais aussi dans les cultures émergentes, tels le manga ou bien encore le cinéma cyberpunk, et elle implique une transformation non seulement de cette mémoire mais aussi de ce sur quoi elle se focalisait. Tokyo, le dernier livre d’Eric Sadin, qui depuis quelques années observe le Japon, tente, à travers un ensemble de strates qui retranscrivent des dimensions de cette nouvelle réalité, de donner à voir cette mutation non seulement de l’espace et des comportements mais aussi peut-être des paradigmes qui déterminent la possibilité de comprendre une telle transformation.

Hiroshima, catastrophe atomique, a marqué le Japon, non seulement par la destruction qu’elle a entraîné, mais aussi par ses retombées dans le temps, à savoir les séquelles du nucléaire, la mutation organique des corps que l’anniversaire d’Hiroshima nous a rappelé : les hibakushas, discriminés, comme une trace que l’on voudrait effacer. C’est en ce sens que la littérature et le cinéma se sont attachés à penser la question de cette mutation. Tel Abe Kobo, dans son dernier livre, le Cahier kangourou (Gallimard, 1993), où un homme voit sur sa cheville pousser de l’alfalfa (kaiwaredaikon en japonais), sorte de salade. Dégénérescence incontrôlable, produisant non seulement, une mutation des rapports humains, mais aussi l’événement de la monstruosité du corps en tant que trace incicatrisable de ce qui a eu lieu. Depuis 20 ans, ce qui a pris le plus en charge cette obsession de la dégénérescence cancéreuse liée à la mutation du corps n’est autre que le cinéma et l’animation. De Akira de Oshii, où l’on voit Tetsuo, le personnage central, peu à peu se transfigurer en masse organique sans forme, à la série inoubliable de Tsukamoto : Tetsuo. Premier vrai film cyberpunk, où le corps se développe comme machine de guerre qui se métastase en composant biotechnologique, qui vient au final, du deuxième volet (body armor), pulvériser Tokyo, ne pouvant faire autre chose que de ravager, de décharger une violence incontrôlable. Le symptôme qui apparaît dans bon nombre de ces Å“uvres, plus que d’être celui de la viralité qui imprègne nombre d’auteurs occidentaux d’avant-garde, est celui du cancer, de la perturbation cellulaire et du déploiement des métastases. Toutefois, ces Å“uvres mettant en avant la mutation organique du corps, et donc ontologiquement la dimension matérielle, n’ont pensé la mutation qu’à partir de la monstruosité singulière, et d’autre part selon une logique matérielle de la prolifération : à savoir toute dégénérescence cellulaire est une perturbation du reste de la dimension matérielle, une catastrophe qui transforme l’espace, le détruit. Or, les dernières évolutions technologiques de la société japonaise, et simultanément de l’espace urbain, se posent en grande partie à l’extérieur du champ problématique posé par les Å“uvres liées à la dégénérescence cellulaire. En effet, les proliférations ne sont plus matérielles mais immatérielles, liées aux dimensions virtuelles déployées grâce aux numériques et aux réseaux. L’espace qui se multiplie n’est plus expérimentable matériellement d’abord, mais selon les implications numériques de réseaux, de signalétiques, qui n’apparaissent que par les médiations technologiques qui nous permettent de nous y relier. Eric Sadin s’est intéressé à ce tournant depuis la fin des années 90, notamment à travers ses recherches théoriques publiées dans Ec/art_S, mais aussi dans son livre 72(Les impresions nouvelles, 2002). Ce dernier livre décrit dans sa structure et ses expériences linguistiques ce qui se produit à l’angle de la 7ème avenue et de la 49ème rue à New-York. Suivant un fil narratif du point de vue logique, Sadin invitait à traverser une juxtaposition de strates de sens, déterminées par des logiques de captation intermêlées (signalétique urbaine, webcam, …). Dans Tokyo, Sadin, à travers une suite de strates descriptives, qui vont du bloc texte à la réappropriation du haiku (1), à travers une métamorphose de la dimension naturelle d’appartenance de l’homme, met en évidence comment s’est déplacé le lieu ontologique de l’existence humaine. Celle-ci, en totale rupture avec les ontologies traditionnelles, notamment avec l’une des dernières de ce siècle, celle de Heidegger et de son rapport à la Terre, pose que l’homme en son événement technologique, ne serait plus en rapport avec le champ ontique traditionnel, mais que son existence se déterminerait de plus en plus au croisement du matériel et de l’immatériel, voire même dans la seule dimension immatérielle permise par l’ère numérique. Dans Tokyo, peu à peu, le réel est absorbé par la dimension des écrans, le réel est en surimpression sur la dimension de l’écran qui devient la dimension originaire de la perception :
« Derrière la vitre du guichet
On surprend soir et matin
Les passagers se mouvoir sur
Fond de caisson lumineux
Publicitaire ou sans cesse
Le recomposer par les tracés
Des corps en mouvement » (p.71)
La réalité géographique dans laquelle s’inscrit l’homme n’est plus alors privilégiée, mais c’est cette seconde réalité, virtuelle, qui devient première, espace sans épaisseur où l’on s’oriente, où l’on crée son existence, où l’on projette ses aspirations, où « on voix de synthèse du navigateur GPS vous souhaite la bienvenue », où « on voix de synthèse du navigateur GPS annonce l’entrée de l’autoroute à mille cinq cent mètres » (pp.40-41).
Car si comme l’expliquait Castoriadis, rien dans le monde humain ne se détermine sans être signification, signification inter-reliée à un magma de significations imaginaires sociales, alors il est évident que l’espace géographique de Tokyo, ne vaut plus que par son double qui efface toute saisie immédiate du premier espace, car « muni de ses lunettes écran nano-résolution on comprend mieux Tokyo » (p.31).
De même les relations à l’autre se font par le double, par sa duplication numérique, sa constitution en tant qu’avatars avec lequel on partage aussi bien sa banque de Pokemon numérique, que des repas permis seulement par ce type de liaison : « dans la salle de cours ou la cour de récré de mobile à mobile on s’envoie Pokémon Massko Sharpedo ou Johto » (p.111) « au téléphone on s’invite à dîner / On expédie aussitôt par fax le plan d’accès à la maison (…) On sonne on se réjouit de vous apercevoir sur l’écran témoin de la porte » (p.147). Alors que Kafka, dans l’une de ses Lettres à Milena insistait sur la tragédie de la disparition de l’aura du corps en faveur du fantôme de celui-ci par la communication à distance (2), Sadin montre que tout dans cette société s’est dématérialisé, a glissé du côté de cette dimension immatérielle du numérique.
Tokyo, s’il décrit cette réalité qui imprègne et digère la dimension première de l’expérience, c’est pour mieux souligner la mutation comportementale de l’homme à son environnement. Ce qu’on appelle un espace cybernétique, ce n’est pas d’abord un espace lié aux technologies, c’est un espace, au sens propre de kubernèsis, de guidage, où l’agent est dirigé par un certain nombre de routines, qui lui imposent tout à la fois son sens, sa direction, et son comportement, à savoir qui lui impose une vectorialité. L’espace Tokyo décrit par Sadin, est un espace cybernétique, où de part en part, la masse humaine est inscrite dans des parcours qui sont prédéterminés selon des exigences commerciales, de consommation. Car ce qui ressort pleinement de ce texte, c’est la prégnance des marques, des logos, la sur-exposition commerciale à laquelle l’espace géographique est déterminée. « Au réveil on pilote sa douche automatique Mitsubishi » (p.19) « au-delà e la vitre on remarque une enseigne Kentuky Fried Chiecken » (p.15) « on hésite devant la télé-achat sur l’écran de sa Sony » (p.31) « on flâne à Shinjuku on tombe sur l’égalisation du Cameroun sur un écran géant Hitachi » (p.55) « on sort du collège on court o’ Printy_Club » (p.69) …
Logosphère de la ville, très bien rendu par la stratégie d’écriture, devenue espace déambulatoire contrôlé et structuré autour de la consommation et de sa réalité numérique. En conséquence, le comportement des hommes va se définir par rapport à ce tissu saturé des significations qui constituent l’espace cybernétique. Au lieu de la succession des actions, les actions s’empiètent, sont simultanées, et ne se font plus selon des gestes déterminés et ne relevant que de types de contextes (3), mais se réduisent à un clicking incessant, clicking de la connexion. Forme de stéréotypie comportementale face à toute contextualisation de l’action. Ceci Sadin l’analysait parfaitement dans le numéro 2 d’éc/art_S : « la dissémination technologique impose de tout autres structures, que je nomme le clicking, qui correspond au passage du régime de la successivité à celui de la prolifération ininterrompue de pulsations événementielles qui font circuler des flux d’éclosions et d’entropies selon une quasi-simultanéité, qui ébranle d’un point de vue symbolique et comportemental, les pouvoirs historiques de l’identification, de la nomination, de la classification ».

Par cette exploration sémiotique et comportementale, nous pouvons concevoir une transformation du paradigme du cancer. Comme je l’ai indiqué au commencement de cet article, le cancer est traditionnellement pensé en tant que phénomène matériel organique, qui au niveau de la dimension sociale implique certaine production matérielle et diffusion qui se situe dans l’espace physique. Ce qui est troublant quand on considère Tokyo, ces longues listes de marques, de repères, dans lesquels « on » agit, « on » se déplace, « on » interagit, « on » achète, c’est que la prolifération n’est plus de l’ordre matérielle, mais elle se situe dans un espace immatériel, comme une seconde géographie qui viendrait hanter, par ses champs d’onde, la première. Ce qui apparaît physiquement n’est qu’une infime part de cette réalité, tout est là virtuellement présent dans des réseaux, tout est indiqué, répété, martelé, du point de vue numérique, par l’espace virtuel qui s’incarne grâce aux interfaces. Cette prolifération sociale, cellulaire, organique, ne peut être comprise que selon le paradigme d’une cancérisation virtuelle (4). Cette cancérisation ne produit aucune catastrophe géographique car elle ne peut saturer que virtuellement (conflit de réseaux) et non pas matériellement. Dès lors, face à cette prolifération des dispositifs virtuels, l’individu à tout instant est traversé par ces métastases, totalement happé dans ces réseaux. Le livre d’Eric Sadin traduit bien cette inquiétude, au sens où il est perceptible que derrière cette description se déroule une forme de drame, de non-rencontre, de rupture peut-être, qui est en relation étroite avec une forme de déshumanisation.
En effet, Tokyo, n’est pas seulement un portrait de la ville, mais il est aussi le lieu où l’individu est désincarné en tant que sujet singulier et englouti dans l’unité synthétique d’un « on » qui se duplique, se multiplie, sans qu’il y ait parfois la possibilité de discerner quelle est la source de la parole. Or, c’est bien ce sur quoi Sadin revient à la fin de son livre : cet indiscernement dans lequel cette société s’est enfoncée au point que les hommes ne soient plus distinguables, mais aussi que plus rien ne puisse être discerné véritablement : « on claque nos pas seuls ou plus ou moins comme un seul homme remarque-t-on la panne de l’horloge s’imagine-t-on seulement visible ai-je bien répondu aperçoit-on quelques foulards rouges ou jaunes » (p.171) De même, alors que traditionnellement, c’est la monstruosité sur laquelle il y a focalisation, monstruosité qui est source de destruction, Tokyo nous livre un corps tramé, imprégné de cette dimension virtuelle, corps non pas conçu selon le singulier, mais selon la masse. Ce « on » qui revient sans cesse, qui est tout à la fois selon les passages : particulier ou général. Variation de ce que recouvre le sujet, non pas selon une logique paradoxale, mais selon une intention axiale, car que cela soit l’un ou le multiple, tous sont pris dans l’émergence et la prolifération de cette dimension numérique de l’espace.

Tokyo, apparaît alors comme un livre inquiet, certes objectif de part en part, mais inquiet de cette transformation pour et de l’homme. S’il évite la critique alarmiste, que l’on peut voir par exemple chez Virilio, toutefois, il est indéniable que dans ce nouvel écrit, par rapport à ses textes théoriques précédents ou bien encore 72, il y a un recul qui s’est créé, un recul qui demande peut-être une vigilance. Car certes, Tokyo est un laboratoire en temps réel et taille réelle de l’urbanité à venir, toutefois, Sadin nous le rappelle, cette mutation de l’espace et de l’orientation de l’existence peut coïncider avec des effets de désubjectivation et de conditionnement accomplissant pleinement le nihilisme, tel qu’il a été thématisé en occident.

(1) Dans Tokyo, Eric Sadin se réapproprie la forme courte du haiku : 3 vers (5 / 7 / 5), à part qu’au lieu de donner à lire des images liées à la nature, comme cela s’est déterminé à partir du XVIIème siècle à la suite du renga avec entre autres Baho Matsuo, l’ensemble des images sont issues de l’univers technologique de la technopole Tokyo. Alors que le haiku était lié à une forme raisonnée de morale, ou de réflexion sur la destinée humaine, les haikus de Sadin ne sont que circonstanciels et descriptifs : « Halls daéroport / Pas ininterrompus on / Tarmac enneigé » (p.103).

(2) Lettres à Milena, Kafka, Imaginaire-Gallimard, pp.266-267.

(3) Cf. Les Gestes, Vilem Flusser, Hors-Commerce, 1999, où Vilem Flusser décrit le rapport entre gestualité et monde, selon deux hyppothèses : « Primo, l’être dans le monde (l’existence) se manifeste par des gestes, et secundo, on peut observer aujourd’hui des gestes jamais observés jusqu’ici » (p.185). Or, force est de constater que les gestes, par l’immersion dans des espaces-écrans, dans des sites, se réduisent de plus en plus au clicking. De même que le mouvement de corps-physique se réduit à l’immobilité face à l’écran, alors que l’avatar du corps pour sa part est en mouvement de plus en plus rapide (cf. les paradigmes descriptifs du web : autoroutes de l’information, tube, etc…). Dès lors, alors que pour Flusser l’observation des gestes implique « une série de mouvements significatifs, c’est-à-dire dont le but est déchiffrable pour ceux qui en connaissent le code » (pp.187-188), apparaît que par le clicking, la gestualité n’indique plus rien : que fait devant son écran (celui plasma de son laptop, celui de son téléphone i-mode ou u-mode) la personne ? Quelle est son activité ?

(4) Sur la critique du paradigme de la viralité du point de vue de la littérature contemporaine, on peut se reporter à mon article paru dans DOC(K)S numéro sur l’Action.

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