Libr-critique

31 août 2014

[News] Libr-vacance (2/2)

Et si l’on prolongeait un peu ce temps de Libr-vacance, pour mieux résister au tsunami de la "rentrée littéraire" ? Prenez donc le temps de vous (re)plonger dans Esther Tellermann, Serge Pey, Philippe Guénin, Corinne Lovera Vitali ; les revues L’Étrangère et Place de la Sorbonne. [voir Libr-vacance 1/2]

 

â–º Esther TELLERMANN, Bruxelles, éditions La lettre volée, printemps 2014 : Nous ne sommes jamais assez poète, 208 pages, 22 €, ISBN : 978-2-87317-426-2 ; Carnets à bruire, 104 pages, 16 €, ISBN : 978-2-87317-425-5.

Qui ne crie / marche     rêve /      au front ?

Sensible à "la spatialité sonore du poème" (essai, p. 23), Esther Tellermann tire de ces répertoires de formes que constituent les carnets d’André du Bouchet (1924-2001) des poèmes "à ciel ouvert" (Carnets, 84) qui confrontent langue, matière et espace, conformément au principe esthétique exposé : "le poème comme la marche du vivant est passage où le sensible métamorphosé dans le prisme de la langue se complexifie dans un jeu de superpositions et de correspondances qui tout à la fois le réduisent à une épure, lui font perdre sa spatialité perceptive" (24).

Dans la lignée des Modernes, Esther Tellermann prend acte de l’inadéquation du langage au monde et, aussi proche de Rimbaud et de Bataille que de son ami Bernard Desportes, se concentre sur la quête de l’impossible. Pourquoi nous faut-il toujours être davantage poète ? Précisément, pour explorer notre part du feu, de l’inhumain, de l’extrême. D’où l’attention qu’elle porte, dans des textes plus ou moins concis qui attestent l’acuité de son regard critique, aux poètes de la modernité négative – à la poésie blanche ou surréflexive (Du Bouchet, Dupin, Royet-Journoud, Grandmont, Daive) -, mais aussi à Baudelaire, Mallarmé, Artaud, Glissant… On y retrouve par ailleurs avec plaisir ses articles sur Christian Prigent ("Tuer la mère") et Bernard Desportes ("La Langue de Vlad").

 

â–º Serge PEY, Agenda rouge de la résistance chilienne, Al dante, 2e trimestre 2014, 424 pages, 27 €, ISBN : 978-2-84761-774-0.

Aux propos d’Esther Tellermann dans son essai semble faire écho cette phrase extraite du "Journal de Miguel Enriquez", l’un des dirigeants du MIR (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire), assassiné le 5 octobre 1974 : "La poésie est la caractéristique de tout ce qui est humain et aussi non humain" (p. 21). Autres fulgurations : "La propriété est une maladie incurable. Le seul médicament possible contre cette maladie reste la poésie" ; "nous sommes des pohèmiens et non des militants" ; "La poésie dépasse la poésie des livres"…

Avec ce volume qui allie textes très divers écrits entre 1974 et 1986 (y compr, fais manuscrits), images et dessins (montages irrésistibles !), Serge Pey, ancien militant du MIR et partisan de l’art-action, nous livre un polyptyque poétique-politique qu’on laisse à portée de main pour savourer peu à peu.

 

â–º Philippe GUÉNIN, Anatomies du néant, éditions Dumerchez, printemps 2014, 110 pages, 15 €, ISBN : 978-2-84791-182-4.

Ressortissant à une poésie de négation, une cancérisation lyrique, Anatomies du néant s’érige à l’encontre du réelisme et du littéralisme, l’objectif étant de retrouver/renouveler le métaphorisme sans pour autant viser l’inatteignable réel ("la vie en soi"). Dialogue, polyphonie, cut-up, poésie spatiale, écriture sismographique s’alternent pour cancériser un monde sursaturé d’images et de discours – pour nous donner à voir/entendre de curieuses anatomies du néant… Voyez un peu : "OS DE CHAOS PERLE DERRIÈRE LES PORTES BATTANTES À Paris le bottin des courtisanes du gratin était plus épais qu’un annuaire de téléphone. 220 diamants dans l’estomac d’un homme interpellé à l’aéroport" (p. 15).

 

â–º Corinne LOVERA VITALI, Tout ce que je veux, les éditions précipitées (83), 2011, 28 pages + CD, 10 €, ISBN : 978-2-915971-18-7.

Retour sur un fascicule-cd de Corinne Lovera Vitali qui met en perspective les dernières créations que nous avons mises en ligne : avec en exergue une citation de Virginia Woolf ("Il me vient une idée délicieuse : / j’écrirai tout ce que je veux écrire") qui explique le titre, cet agencement répétitif-réflexif est mis en valeur par une fascinante diction naïve.

 

â–º L’Étrangère, éditions La Lettre volée, Bruxelles, n° 35-36 : "Théorie et poétique du fragment", été 2014, 224 pages, 15 €, ISBN : 978-2-87317-441-5.

"Indispensable si on ne veut pas tomber dans la représentation" (Bresson), la fragmentation est le propre de la (post)modernité : contre la pensée continuiste, la conception de l’œuvre et du monde comme totalité close et cohérente, elle permet de rendre compte de l’étrangeté du réel, fil rouge de cette revue majeure. Est ainsi examinée l’écriture fragmentaire des romantiques (Novalis, Schlegel, Baudelaire) à Deleuze et au cinéma expérimental contemporain, en passant par Nietzsche, Valéry, Benjamin, ou encore Cage.

Parce qu’elle est le lieu de l’intensité et de la fulgurance (cf. Pierre-Yves Soucy), la poésie est privilégié dans ce dossier indispensable : "le poème, seul, accepte les incohérences, les failles, les intègre en tant que telles, sans les résoudre parce que son mouvement fait sens au-delà et contre les sens donnés établis, il crée son sens, multiple, ouvert" (François Rannou, p. 88).

 

â–º Place de la Sorbonne, éditions du relief, n° 3, printemps 2013, 264 pages, 15 €, ISBN : 978-2-35904-049-4.

Saluons la troisième livraison de cette revue riche et élégante qui, sous l’impulsion de Laurent Fourcaut, se distingue surtout par sa rubrique "Poésie contemporaine de langue française" : pensez donc, l’éventail de textes d’auteurs très divers est accompagné de notices analytiques sans équivalent dans l’espace des revues français.

 

 

11 juin 2007

[Texte] CUHEL, Une ère nouvelle commence

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — Fabrice Thumerel @ 13:57

Une ère nouvelle commence
qui se réclame
qui se réclame de la République
qui se réclame de la politique
qui se réclame du marketing
qui se réclame du marketing républicain
qui se réclame du marketing politique
qui se réclame de la République française
qui se réclame de la République française à l’Américaine
qui se réclame de tant d’années

Une ère nouvelle commence
qui se réclame
qui se réclame de la Troisième République
= République bourgeoise
= République narquoise
Vive donc la Troisième République, qui garantit l’instruction obligatoire, forme des citoyens dignes de ce nom, et qui assure enfin aux classes laborieuses le bénéfice des principes de stricte solidarité humaine qui sont les legs les plus précieux de la Révolution
TRAVAIL-HYGIÈNE-PROPRETÉ
TRAVAIL-FAMILLE-PATRIE

Patrie-des-Droits-de-l’Homme
et de tous les moyens
tous les moyens sont bons
Travail des avilizélateurs
Travail des étronizateurs

ARBEIT MACHT FREI

La France au travail
Travail du corps
Travail du corps social
Travail au corps
Travail de
Monsieur Propre
Préservons la France propre
Préservons la frange propre
La France aux MonsieurPropre
La France aux MessieursPropriétaires

Travail de hyène pour la propreté
Travail de hyène pour la propriété

Préservons la famille
Préservons la famine
Nettoyons la vermine
Préservons la famille des EX
Préservons la famille des exclus
Préservons la famille des Zélus

Une ère nouvelle commence
qui se réclame
qui se réclame de la Troisième République
= Liberté des Uns, égalité des autres
= Liberté des Huns, égalité des nains

Vive la Troisième Réputblik
aux sandales de vent
Vive les scandales d’avant
Vive les Marchands de vent

Troisième Réputblik
= scandales polydingo-financhiers
= moralisme : art de masquer les rapports de force – Le moralisme est un Carnaval

Une ère nouvelle commence
qui se réclame
qui se réclame de tant d’années

Une ère nouvelle commence
qui se réclame
tant de damnés
tant d’années de damnés

Une ère nouvelle commence
Vive la Révolution
Vive la Révolution populaire
Vive la Révolution patibulaire

La Roue tourne
La Fortune des Huns
L’Infortune des nains

La Roue tourne
Retour du pays fatal

Une ère nouvelle commence
Vive la Révolution
= Libriniquité
= Étalité
= Fraterniqué

Un nouvel air commence
qui se réclame
qui se réclame de la Maryonnaise
Un nerf nouveau commence
Vive la FrANGE bleus-beurk-rouge !

Une ère nouvelle commence
une ère de démence
Une nouvelle ère commence
Vive la fRANCE !

8 mai 2007

[Texte] OPIUM-DE-PEUPLE de Cuhel

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — Fabrice Thumerel @ 14:07

Vous ne savez pas quoi faire de votre liberté…mieux : la LIBERTÉ vous ennuie
Vous pensez que l’égalité vous nuit… mieux : que trop d’égalité tue l’ÉGALITÉ
Vous êtes indifférent à la fraternité…mieux : vous pensez que la FRATERNITÉ vous nuit
Avec OPIUM-DE-PEUPLE, changez-vous la vie !

Vous avez peur des erreurs des rumeurs des penseurs des chômeurs des blackbeurs des profiteurs des agitateurs
Avec OPIUM-DE-PEUPLE, changez-vous la vie !

Mare des gauchistes salafistes élitistes féministes repentistes défaitistes immoralistes homonculistes antiracistes antinationalistes anticapitalistes altermondialistes ?
Avec OPIUM-DE-PEUPLE, changez-vous la vie !

Venez et croyez !
Avec OPIUM-DE-PEUPLE, changez-vous la vie !

Avec OPIUM-DE-PEUPLE, venez et entrez dans l’UNimonde
Là, tout n’est qu’ordre et secturité
Luxe, calme et secturité
Là, l’homo informatus peut être informé par l’UNculture démomerdiatique
Là, l’homo economicus peut participer à la Course-à-la-crotte, voire à la Crotte-en-bourse
Là, l’homo caddicus peut enfin jouir du karmapitralisme
(karmapitralisme = religion innoculée par la secte çaprofite
= virus caméléonesque qui, depuis deux siècles, s’est développé, adapté, transformé et renforcé pour devenir invincible
– il faut être réaliste, le karmapitralisme est l’avenir de l’Hommoderne)
Là, l’homo caddicus peut enfin rejoindre la foule des élus, çaprofiteurs et secturitaires
la Terre promise partagée entre preneurs (de profits, de devis, de vie…) et entrepreneurs, ces bienfouteurs de l’Humanité

Avec OPIUM-DE-PEUPLE, venez et entrez dans l’UNimonde
Là, tout n’est qu’ordre et secturité,
Luxe, calme et secturité
Là, l’homoncUNiste devient Goldenclowner
supercadré
superbranché
superdynamique
superélectrique

supergéreur
supersourieur
superpositiveur
superenjoliveur
superbateleur
supermarcheur
supermarketeur
superdémarcheur
supervendeur
superventeur
supergagneur
superperformeur
supermerdeur

superadaptable
superjetable
supermarchandisable
superspectacularisable

Là, l’homonculibre devient roi de la transgression
(transgression = faire un pied de nez à la culture officielle grâce aux chaînes divertichiantes, débiletorrentielles et délireconculrancielles
= looker un psyshow, un varietyshow, un footshow, un banalmovy, ou encore un hotparade, plutôt qu’un film primé ou un docuprisedetête
= pénétrer dans un supermarché un jour férié
= faire le rebelle pour mille merdrons grâce à Rimboloock et Chequivaloock
= dire OUI à la commuNIQaction, au COMindividualisme, à la démocrachie, au démogâchis, à la digniniquité, à la paxidéfécation…)

Avec OPIUM-DE-PEUPLE, venez et entrez dans l’UNimonde
(UNimonde = monde uni et lisse comme une belle image, grâce aux technichiens de la comNIKreptation, aux informastichiens, ectonomiculs et étronomistes, aux politichiens et polytiques, aux iconolâtres et homo viandeurs – et autres merdateurs)

Avec OPIUM-DE-PEUPLE, quel Progrès, quelle difféRANCE !

Avec OPIUM-DE-PEUPLE, osez !
Recevez le cadeau du nouvel aderrant…notre DKANALOGUE
1. Enfin le monde se fit UN
2. Enfin le monde se fit UN
3. Enfin le monde se fit UN
4. Enfin le monde se fit UN
5. Enfin le monde se fit UN
6. Enfin le monde se fit UN
7. Enfin le monde se fit UN
8. Enfin le monde se fit UN
9. Enfin le monde se fit UN
10. Enfin le monde se fit UN

CUHEL

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