Libr-critique

5 novembre 2016

[Texte] Claire Hurrimbarte, Un singé siliconé (1/2)

À sa façon, en ces courts énoncés qui dépassent le post-surréalisme ou la poésie à contraintes auxquels ils peuvent faire songer, Claire Hurrimbarte pose ici le problème de l’illisible…

« Ainsi, j’ai aimé un porc »
A.Rimbaud

             Vous a dit Garde-à-vous, argumentez vos vertèbres ” !

 

       Conséquence dépourvue de queue d’un ordonné à l’anatomie composée

d’excroissances.

 

*

 

             Un parasite d’humanisant dit : « Je vais partager vos épurations ».

 

       Ici envoyé, Diagnostiqué se ressouviendra de ces autobiographiques convives,

t’en dis-je !

*

 

             Le rien s’auditionne alors en considérant le problème de la

« Ménagerie Cérébrale ». Déformatrice la vision en strates continuelles sous l’action quasi

d’une divination par des ganglions intéressés, en résulte cet agglomérat roteur craignant
de

ne plus rien avoir à admettre.

 

*

 

             Éon Rodrigo, fils d’un marchand de synonymes et d’une caresse à la

cuisse : rapport d’une Isomère à comment savoir. Discipline qui résulte d’une puissance

entretenant le doute au sujet de son agenda mais qui se rompt habituellement pendant sa
première relation avec l’impuissance,
en appelant la tubée légitimité par des
beuglements
particuliers.

 

*

 

             Le corbeau a du serpent.

 

       Un m’enfonçant alors, cherchant le replacer en cet augural dedans, les jours

fluors s’enchaînaient. Contentements dédouanés que m’appliquai l’Officieux, ma Face

résinée voulait cet indiquant : de liquidateurs ébats.

 

       Quid de ce gai faire !

10 septembre 2015

[Chronique] Deux Messieurs presque tranquilles, par Jean-Paul Gavard-Perret

Daniel Nadaud, Jean-Claude Silbermann, La langue du chat, coll. Hrdle, Editions URDLA, Villeurbanne, 2015.

 

Daniel Nadaud et Jean-Claude Silbermann sont des quasi duettistes de la mouvance post-surréaliste. L’amitié les réunit depuis très longtemps. Adeptes du cadavre exquis, ils pratiquent une de ses variations : « le jeu des réponses à des questions cachées ». L’un pose une question qu’il cache, l’autre répond à l’aveugle. Avec deux bémols à la règle de base : chaque réponse concerne la vie des deux auteurs « comme si cette question la mettait en cause », précisent des joueurs qui, par ailleurs, ont exclu questions académiques, futiles ou artistiques. Fidèles à l’esprit surréalisteils sont ainsi sortis de « l’étroitesse de la geôle mentale » pour jouir d’une « incroyable liberté ». Mais le texte vaut mieux que cette position basique de principe.
 
Disons-le tout de go, les textes sont remarquables, le jeu s’efface au profit de la qualité littéraire du sens des « réponses », si bien que chaque coup de dés, n’en déplaise à Mallarmé, fait bien abolir le hasard – à moins que celui-ci ne fasse bien les choses. Certes, et pour reprendre l’affirmation de Silbermann : « La disparition du groupe n’a en rien changé ce que j’étais, ce que je suis. Pour moi, comme pour tous ceux qui, de près ou de loin, j’en suis convaincu, s’y sont trouvés embarqués, être surréaliste, c’est être ». Et c’est bien d’être et de l’être dont il s’agit ici.
 
Daniel Nadaud comme Silbermann  pratiquent autant l’art que l’écriture. Par exemple, dans sa série "Les Écervelées" (inspirée par les opérations chirurgicales du cerveau), le premier a  libéré les crânes et les fantasmes de plusieurs jeunes filles. Le second a multiplié les « farces » en diverses matières (dont la mousse). Leurs textes sont toujours guidés par une certaine forme d’ « automatisme » dont (on l’oublie trop souvent) le sens n’est pas exclu. Et même si les deux créateurs feignent de commencer par faire n’importe quoi. Ce dernier n‘est pas  facile, ni anodin :  : il finit toujours par être quelque chose.
 
La langue du chat le prouve en son excellence.  A la question de Nadaud  « Suffit-il d’écouter pour entendre et de regarder pour voir » Silbermann « répond » par un texte aussi lumineux que crépusculaire où la nudité découverte subrepticement au jeune enfant à la fin de la guerre fait qu’elle se termine pour lui « triomphalement dans le désastre, et en beauté ». Une double autobiographie se remonte par fragments loin de l’auto-fiction dans ce qui devient divers brûlots qui firent oublier aux auteurs d’être tristes. A leurs lecteurs aussi.

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