Libr-critique

2 mai 2018

[News] Poésie et performance aujourd’hui

Libr-critique vous invite à une soirée organisée par Remue.net à la Maison de la poésie le mercredi 23 mai (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris : tarif : 5 € / adhérent : 0 €) : c’est dans trois semaines tout juste… il est donc temps de s’inscrire : ici

Rencontre & performance 

Mercredi 23 mai – 20h 

« Poésie & performance aujourd’hui »

Gaëlle Théval & Mathias Richard

Rencontre animée par Fabrice Thumerel 

En un XXIesiècle où tout festival et toute soirée poétique de bon ton affichent des performances, où tout tend à devenir performance, qu’en est-il véritablement de ce que l’on appelle « performance » dans l’espace poétique actuel ? En quoi se différencie-t-elle d’une simple lecture, d’un one-man-show, voire d’une saynète ? Toute action publique et éphémère est-elle performance ? « Que fait la performance à la poésie ? » (Abigail Lang).

 

Poésie sonore, poésie-action, poésie orale, happening, poésie pop, audio-poésie, vidéo-poésie, poésie sonique, poésie scénique, lecture-performance, poésie-performance… Que signifient ces appellations ? Quels sont leurs rapports effectifs à la performance poétique ?

Quelles pratiques aujourd’hui, verbales et non verbales ? Quelles lignées ? Quelles lignes de force ? Quels noms ?

 

C’est ce dont nous débattrons avec Gaëlle Théval, universitaire et critique spécialisée dans les poésies expérimentales, auteure de Poésies ready-made(2015), qui vient de publier avec Olivier Penot-Lacassagne le volume collectif Poésie & Performance (2018). Participera également à la discussion, après sa performance, Mathias Richard, chef de file du mutantisme, cet avant-gardisme qui se nourrit de nouveaux imaginaires (SF, jeux vidéos, etc.) et nouvelles techniques au carrefour de la performance, de la poésie sonore et de la poésie multimédia, tout en s’érigeant à l’encontre des dérives ultra modernistes : nous aurons le plaisir d’apprécier avec nos yeux, nos oreilles et notre imagination ces pratiques originales. 

 

À lire – Olivier Penot-Lacassagne & Gaëlle Théval, Poésie & Performance, éditions Cécile Defaut, 2018.

 

Mathias Richard et alii, Manifeste mutantiste1.1, Caméras animales, 2011 ;
Mathias Richard, Mutantisme : patch 1.2, Caméras animales, 2016 ;
– syn-t.ext, Tituli, 2016.

  

22 septembre 2017

[Texte] Mathias Richard, Tu te dis que tu devrais changer

Le changement, c’est maintenant ?… Voici un nouvel agencement répétitif qui fait partie du prochain livre – prometteur ! – de Mathias Richard : À travers tout.

Mathias Richard : "Cela pose question de le voir par écrit puisqu’il ne fut originellement pas conçu pour la lecture de l’œil, mais un matériau/partition avec des micros enregistreurs. Il faut donc voir cela comme une trace d’autre chose. (Et par extension cela pose la question de toute publication de texte créé pour l’oralité). La version pour voix seule n’existe pas en ligne, mais on peut écouter ici une version improvisée avec le musicien Antoine Herran".

 

tu penses que chacun a une marge de manœuvre par rapport à son point de départ

tu le penses, tu le travailles, tu le dis

tu penses que chacun a une marge de manœuvre, tu te dis ça, tu le dis aux autres, tu l’écris, tu penses que chacun a une marge, une petite marge, mais une marge, 20% peut-être, voilà 20%, une marge de manœuvre, de modification, de changement, par rapport à son point de départ, par rapport à ses vicissitudes, par rapport à ses défauts, par rapport à son passé, par rapport à son origine, par rapport à ses aberrations, par rapport à ses déterminismes

tu te dis, qu’il y a une marge, de manœuvre, il faut changer, évoluer, se modifier

tu te le dis, que c’est possible

tu te le dis, que c’est nécessaire, il le faut, tu te le dis souvent, tu te le dis tout le temps, changer, se modifier, écouter, s’adapter

pour moins

souffrir

car il le faut

 

maintenant, tout de suite, absolument

 

tu dois le faire, tu ne dois pas le faire, cela doit te traverser, cela doit être, cela doit être

 

 

***

 

 

tu te dis que tu devrais changer

tu te dis que tu devrais

te modifier

tu te le dis

souvent

tu te le dis

maintenant

tu le dis, tu l’écris, tu le penses, tu l’oublies, et ça revient, tu te dis que tu devrais changer, évoluer, t’adapter, tu te dis que tu devrais essayer, tu te dis que tu devrais y penser, tu te dis que tu devrais / changer, maintenant, c’est l’heure, c’est l’heure, changer, te modifier, c’est l’heure, tu le dois, il le faut, il est vrai / qu’il le faut, il est vrai que tu le dois, il est vrai qu’il le faille, car tu as une faille, plein de petites failles, par où tu fuis, par où l’air fuit de toi, par où la joie fuit de toi, par où / la vie fuit de toi, tu as plein de petites failles

tu te dis que tu devrais changer, évoluer, mais en attendant tu mets la main sur les failles, pour    que    cela ne fuit pas   trop vite, parfois tu rencontres des personnes  qui sont comme des rustines, et pendant quelques temps tu arrêtes de fuir mais dès que la personne s’éloigne / la vie à nouveau fuit de toi, la joie à nouveau fuit de toi et tu as beau en accumuler en aspirer à toute vitesse cela fuit de toi plus vite que cela ne t’arrive

tu te dis que tu dois changer, évoluer, maintenant, c’est l’heure, tu le dois, tu le bras, tu le jambes, tu le têtes, tu le bouches, tu le oreilles, tu le sens, tu le veux, t-tu le dois, tu te dis que tu n’as pas le choix, tu te dis qu’il le faut, il le faut, il est vrai qu’il le faut, il est vrai qu’il le faille, il est vrai que tu as une faille, des failles, plein de petites failles, c’est pour ça que tu fumes, parce que tu fuis, tu fumes et tu aspires et tu aspires (()) et tu aspires de l’air et tu te gonfles et tu te gonfles en aspirant et en aspirant tu te dis que tu vas être plein, mais plus tu aspires plus tu fuis par toutes tes petites failles, par tous tes petits trous invisibles, tu fuis de partout, tu fuis de partout, il te faut beaucoup de joie, beaucoup beaucoup de joie, beaucoup beaucoup de joie, car elle fuit de toi à toute vitesse, alors il faut en avoir encore plus, il faut devenir une usine à joie, ou alors arrêter de fuir, mais tu n’as pas compris comment arrêter de fuir, alors tu / deviens une usine, une usine à joie, tu te dis je dois changer, me modifier, me stabiliser, m’adapter, muter, me transformer, écouter, imiter, il faut essayer, tu le dois, c’est une question de vi ou de va ou de vou ou de vé ou de vou ou de vin ou de gin de vin, c’est une question de mer ou de mir ou de mor ou de mour ou de mur ou de mor ou de mer, tu dois, tu te le dis souvent, tu dois changer, changer, te modifier

allez maintenant tout de suite là !, change de costume, change de tête, change de cerveau, change de    planète, change d’espèce, change d-/ d’origine, change de destination, change de tenue, change de   posture, change de voix, change (()) de respiration, change  d’ami, change  d’ennemi, change  de tout, change tes chaussettes, change, change, modifie, change ! c’est l’heure, tu le dois, tu n’as pas le choix, tu le dois, tu te le dis souvent, tu le dis tout le temps, parfois tu l’oublies, ça va un peu mieux, tu l’oublies.., et ça revient et tu te dis je dois changer, me modifier, hein, et là-bas y a, hein  l’a pas l’air si mal là-bas, et pourquoi je suis pas comme ça moi, hein pourquoi je ne suis pas comme ça moi, héin j’aimerais bien être comme ça moi, hein j’aimerais bien être comme ci comme ça, mais je suis  comme moi, mais moi moi moi j’m’en fous je veux changer, me modifier, m’adapter, écouter, imiter, me transformer,  m’évoluer, muter, changer, c’est une question qui n’est pas une question car il le faut, il le faut, tu te dis c’est peut-être possible de changer, se modifier, tu te le dis, tu l’espères, tu n’y crois pas vraiment, mais tu te dis que c’est possible, que tu as déjà changé, tu as vu autour de toi des gens qui changent, alors il faut changer, se modifier, coûte que coûte, mais     quel est le chemin, s’oublier soi-même, aller à l’envers, être autre, hmm

 

c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure

c’est l’heure d’être autre, c’est l’heure d’être autre, c’est l’heure d’être autre

c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure

c’est l’heure de changer, c’est l’heure de changer, c’est l’heure de se modifier, c’est l’heure de se retourner, c’est l’heure de s’inverser, c’est l’heure d’être autre

c’est l’heure

de

voir

ailleurs

c’est l’heure d’être    ailleurs

c’est l’heure de vivre            ailleurs

c’est l’heure de vendre         ailleurs

c’est l’heure de sentir           ailleurs

c’est l’heure de penser         ailleurs

c’est l’heure de dire ailleurs

c’est l’heure de chanter        ailleurs

c’est l’heure de voir ailleurs

c’est l’heure de monter        ailleurs

c’est l’heure de sentir           ailleurs

c’est l’heure de dormir         ailleurs

c’est l’heure d’aller voir  ailleurs…

tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le mains, tu le bras, tu le torses, tu le bouches, tu l’œilles, tu le dois, tu le pieds, tu le jambes, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le bouches, tu le dents, tu le nez, tu l’œilles, tu l’oreilles, tu le cerveaux, tu le têtes, tu le dois, tu le dois – c’est l’heure !

 

change ! (x20) (tape mains au début)

change de vie, encore, aujourd’hui, par-dessus bord, t’en fout la mort, s’en fout, aller dehors, par-dessus bord, aller dehors, encore, j’ai tort, s’en fout la mort, aujourd’hui, voilà, tout est fini, tout est fini, tout change, il faut changer, tout est fini, aujourd’hui, c’est l’heure

tout est fini, aujourd’hui, maintenant, c’est l’heure

il faut changer, maintenant, immédiatement, c’est l’heure

aujourd’hui, tout est fini, aujourd’hui il faut, changer, se modifier, tout est fini, aller dehors, par-dessus bord, changer, se modifier, aujourd’hui, maintenant, immédiatement, il faut changer de vie – encore !, maintenant, immédiatement, changer, se modifier, muter, évoluer, s’adapter, muter, évoluer, s’adapter, changer, se modifier, imiter, changer, s’oublier, immédiatement, maintenant, immédiatement, maintenant, immédiatement, maintenant, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, accélère, c’est l’heure, accélère, c’est l’heure, accélère, c’est l’heure, il faut, aller dehors, par-dessus bord, changer, changer de corps, encore, changer de vie, aujourd’hui, immédiatement, c’est l’heure, changer de vie, aujourd’hui, immédiatement, c’est l’heure, changer de corps, j’ai tort, tromper la mort, encore, aller dehors, s’en fout la mort, par-dessus bord, immédiatement, C’EST L’HEURE !

 

c’est l’heure, de changer, se modifier, évoluer, s’oublier

c’est l’heure, accélère, c’est l’heure, accélère, c’est l’heure, c’est l’heure, il le faut, ce n’est plus une question, c’est une question qui n’est plus une question car il le faut car tu le dois, tu dois changer, évoluer, aujourd’hui, immédiatement, maintenant

tu dois le faire, c’est une question de mor, ou de mar, ou de mer, ou de mor ou de mir, ou de mor, ou de va, ou de vous, ou de vi, ou de vé, immédiatement, tout de suite, là, présentement, il le faut, changer, évoluer, s’adapter, changer, s’oublier, se retourner

aoh s’oublier

aoh se retourner

aoh s’étonner

aoh s’inverser

aoh ha

aoh hin

change tes pensées, change tes cellules, change ta bouche, change ta voix

change ta

change tes

change tout (x6)

change chtou chtou (x2)

change tout, change tout

chtou, chtou

allez c’est l’heure, c’est l’heure, maintenant c’est l’heure, accélère, change, voilà, vite, hé change ça et change les paramètres, et change la lumière, et change les couleurs, change le son, change, change, change, change la planète, change l’espèce, change tout, change tout, allez allez, allez allez allez, change de corps, encore, va dehors, par-dessus bord, aujourd’hui, maintenant, change de vie, change de tout, change de mort, change de chemin, change de parcours,

change, modifie (x3)

regarde, écoute, imite, oublie, transforme

change, modifie, immédiatement, allez accélère c’est l’heure, c’est l’heure là, tu entends la sonnerie ?, la sonnerie elle sonne elle sonne elle sonne elle sonne

c’est l’heure c’est l’heure, debout réveille-toi change, debout réveille-toi, debout réveille-toi endors-toi, debout endors-toi rêve, debout rêve envole-toi réveille-toi endors-toi rampe, ne sens plus ne pense plus change oublie-toi

c’est l’heure, c’est l’heure de changer, c’est l’heure de ne plus penser, c’est l’heure d’être autre, c’est l’heure d’être autre, c’est l’heure de devenir, c’est l’heure d’envir, c’est l’heure de devenir, c’est l’heure d’en vivre, c’est l’heure de vivre, c’est l’heure de vivre, c’est l’heure de vivre, tu entends la sonnerie ? C’est – l’heure – de – vivre, c’est l’heure de changer, d’évoluer, d’être autre, de tout oublier, tu entends la sonnerie ? C’est – l’heure – de – vivre

la sonnerie elle sonne elle sonne elle sonne elle sonne, tu entends la sonnerie ? elle sonne elle sonne elle sonne, tu entends ? C’est – l’heure – de – vivre

C’est – l’heure – de – vivre

C’est – l’heure

C’est – l’heure

14 juin 2017

[Texte] Mathias Richard, Prenssée #e

Suite des "prenssées" de Mathias Richard, l’auteur du Manifeste mutantiste : patch 1.2 et de syn-t. ext [sur LC]. [Lire "prenssée #d"]. Photo : © Khalid EL Morabethi.

C’est très difficile de réussir à ne rien dire. | Je couvre de noir uni les mots et toutes leurs significations. | En combinant tous les discours du monde, on aboutit à une voix qui articule quelque chose.

 

Notre service est indisponible tous les jours de 00:00 à 24:00.

Nous vous invitons à nous contacter ultérieurement.

À très bientôt.

 

La Terre est un gibet. | animhomm | pur vide | 1 million d’années pour se rendre à la planète habitable la plus proche. | La seule vérité à laquelle on accède par une conscience aiguë, c’est l’urgence et la nécessité du suicide. | Il n’y a pas de lumière. | Il y a toujours pire que pire. | Le héros finit sa vie seul, constamment couché, en regardant des vidéos de Laurel et Hardy. | Le monde pullule de sous-merdes et petites raclures protégées par la civilisation. | Il n’est pas possible d’être un héros quand il n’y a personne qui vaille la peine d’être sauvé. | Conçu et né dans des films X : un corps étranger à son propre corps : sort de son propre corps

 

Un homme se penche, haut d’un kilomètre. Il force à lire des livres traitant de l’évolution des espèces, de sociologie et d’anthropologie, de mythologie et de biologie. | Il y a des morceaux qui s’ajoutent. Je ne suis pas fini. Je veux un livre sur le genre d’animal que je suis, une fois qu’il est terminé. | Dans une revue, on dit que la prochaine étape de l’évolution chez l’homme est psychique plutôt que physique. | Être capable d’extraire ses rêves et les mécaniser.

 

Les services secrets, les agents de surveillance, eh ben moi je prends ça comme un public. 

Les services secrets, les agents de surveillance, tu sais ceux qui écoutent les conversations téléphoniques, qui lisent les mails et regardent ton ordinateur, eh ben moi j’aime bien, je me dis que ça me fait un public (un public captif, même).

 

Je me méfie un peu des gens qui veulent avoir des rapports sexuels politiquement corrects. | On a une belle manière de pas être ensemble. | Ici, je suis un sous-sous-locataire. | Toi qui dit ne pas m’aimer, tu m’aimes mieux que celles qui disent m’aimer. | Je voudrais que mes amis soient comme le soleil, la mer, ou la montagne : des certitudes, des choses solides. | maman me lavait les oreilles avec sa langue parfois | papa léchait mes blessures aux genoux parfois | Des corps dans les rues. Des corps sur les marches d’escalier. Des corps dans les photographies de journaux. | 48 décapitations à 13. Le vainqueur est… | Est-ce que je peux être plus en vie que ça svp ? | Je suis né quelque part et j’ai poussé comme de la mauvaise herbe, comme j’ai pu, en regardant ailleurs. | On confond sa tumeur avec une pensée. | Une sensation d’intimité avec les chiens m’envahit, quand le vent porte l’odeur d’une merde à mes narines. | Déjà fait, de dire : « déjà fait ». | Il articule "Quand est-ce qu’on baise ?", puis meurt.

11 septembre 2015

[Texte] Mathias Richard, Prenssée #c – complexité nouvelle

Nous sommes très heureux d’accueillir une nouvelle série de syntextes, "prenssées" – signées Mathias Richard, qui prépare une suite au Manifeste du mutantisme. Mathias Richard : celui que les poètes mêmes ont détourné de la poésie… Ici, le texte-machine – l’agencement répétitif – fonctionne comme interface critique entre l’espace du dedans et le monde ambiant.

 

Merci

de ne pas

 

pogoter

 

ou

 

slammer

 

ou

 

plonger dans la foule

 

pendant

 

la lecture :

 

1/ fuck les boches bande d’enculer peno non siffler viole leur mére a ses fils de pute qu’il se face trouer le cul par les brésillien

 

2/ Laurent Ruquier coup d’état |+| ignorance = élite |+| LS3D |+| Église : à louer. |+| né-mort =

Pense aux douleurs que tu n’as pas

et réjouis-toi.

Pense à toutes les douleurs que tu n’as pas

et réjouis-toi.

 

3/ du bruit. partout du bruit. de la vie partout, entassée.

C’est la vie la plus étrange que j’ai jamais eue.

Mettre des bouchons d’oreille développe mon ouïe, la rend encore plus aiguë.

le bruit de la rue couvre le bruit de ma tête

: bouchons d’oreille + musique agressive répétitive (aggrotech) + vrombissement de machine (climatiseur) : bruit continu de protection

Aidez-moi à ne pas penser.

Je n’ai pas de derniers mots. Je suis prêt.

 

4/ Je suis un artiste. Pour moi, cela veut dire que je sens tout très fort, et que je dois développer des techniques pour m’exprimer.

Je travaille mon corps, je travaille ma voix, je travaille mes mots, je travaille ma pensée, tout va ensemble.

 

5/ Tout le monde veut s’échapper de la liberté pour s’enfermer dans une bonne vieille prison.

Vive les territoires

non organisés.

Vive les personnes

non humaines.

 

Manifestation : CORPS, PARTOUT ! / VISAGE, NULLE PART !

Contre-manifestation : VISAGE, PARTOUT ! / CORPS, NULLE PART !

Tête-tentacule. Têtentacule.

Tête-tentacule. Têtentacules, têtentacules.

 

6/ Ce livre est un trou noir. A chaque fois tu l’ouvres en te disant que tu y passes une heure. A chaque fois tu te réveilles l’après-midi du lendemain en te demandant ce qu’il s’est passé.

 

Cette personne est un trou noir. A chaque fois tu la vois en te disant que c’est pour une heure. A chaque fois tu te réveilles l’après-midi du lendemain, mélangé de morceaux partis dans d’autres dimensions, en te demandant ce qu’il s’est passé.

 

Ce lieu est un trou noir. Tu en franchis la porte en te disant que tu y passes une heure. Tu te réveilles l’après-midi du lendemain, essayant de retrouver tes morceaux partis dans des dimensions parallèles.

 

Cette machine est un trou noir.

 

7/ Quand tu es là, cela calme une douleur. Une douleur que je ne savais pas que j’avais.

Une douleur à laquelle j’étais tant habitué, que je croyais qu’elle était toute la vie. Une douleur que je ne voyais pas, car je croyais qu’il n’y avait pas autre chose, elle était mon tout ; ma normalité.

Quand tu es là, je réalise que je souffrais.

 

Quand tu es là, cela calme une douleur dont je ne m’apercevais pas. Une douleur dont je n’avais pas conscience tant elle est continue, tant j’y suis habitué.

 

Tu es le remède à une maladie que je ne savais pas que j’avais.

Et quand tu disparais je m’effondre tout est déréglé.

 

Quand tu es là, cela révèle un manque que je ne savais pas que j’avais.

 

8/ Quand nous mourons, les autres, que nous avons intériorisés dans notre système nerveux, qui nous ont construits, qui ont construit notre cerveau, qui l’ont rempli, meurent.

Quand nous mourons, les autres meurent.

 

Chacun porte une histoire, une vie complexe comme un rêve. Chacun porte une expérience incommunicable justifiant ses actes et désirs, et disparaissant avec lui.

Quand quelqu’un meurt, le monde meurt.

Quand quelqu’un meurt, tout disparaît.

Nous évoluons parmi des milliards et milliards de mondes disparus, présents, apparaissants, des milliards d’expériences intérieures que nous n’imaginons pas, dans le passé, dans le présent, dans le futur.

 

9/ Émerge alors une nouvelle religion, la religion la plus jeune du monde. Elle rajeunit sans cesse, comme l’eau vive lumineuse d’une source ou d’une fontaine eximplosant dans une simultanéité de jaillissement et de retour immédiat vers l’origine de ce jaillissement.

 

10/ L’homme allume France Info et se suicide 7mn plus tard.

 

Ce peuple n’a pas été vaincu par la violence ou la coercition, mais par le confort.

Le Poème Pédagogique consiste à infliger une torture ininterrompue.

j’ai des fleurs partout à l’intérieur

rééduquées par la torture

 

11/ En résumé, on est né, on est mort.

Chuis né, chuis mort.

T’es née, t’es morte. T’es né, t’es mort.

La vie est de la survie

et la survie

est tout ce qu’on connaît.

On fait de la peinture avec la pollution.

France Info = Suicide, France Info Balle Dans La Tête !

Est-ce qu’on a déjà vu de la drogue se droguer elle-même ?

J’aimerais perdre la conscience : -ici-

faut faire pas penser

faut faire, pas penser

pas penser pas penser pas penser

faut faire, pas penser… (ad lib)

 

21 février 2015

[Texte] Mathias Richard, R.o.s.e

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 12:25

Avec cet agencement répétitif, Mathias Richard revisite le topos poétique par excellence… [Mathias Richard sera ce soir à DATA, 19H-22H : 44, rue des Bons Enfants à Marseille]

 

J’aime une rose. Elle mange des roses, elle fume des roses, elle se lave avec des roses, sa peau est couverte de roses, ses cheveux sentent différentes roses, elle chante des roses, quand elle chante des roses sortent de sa bouche, sa voix caresse le monde de roses.

Avec elle on fait l’amour parmi les roses, on se baigne de roses, on rit rose, on broie du rose, on brûle des roses, on éternue des roses, on a des roses dans les yeux, dans le blanc de l’œil, et dans le dos, et sous les pieds, et dans les mains, les lits explosent de roses, et les rues, les édredons, les enfants sont roses, ou presque, les paupières se closent, on sourit avec des langues roses derrière les bouches closes, tout se surexpose, la Terre est blanche comme une rose, sur tout le corps on a des pétales que l’on effeuille et que l’on sent, respire, renifle, partage, toute la peau est composée de pétales blancs, rouges, roses, même noirs, on les partage, on les lèche, on les mordille, partout sont des roses qui sont des sexes, la Terre est un sexe, la Terre est rouge comme une rose.

Faire l’amour avec une rose, parmi les roses, qui se lave avec des roses, parmi des cascades de roses, qui rit des roses, qui chante des roses. Des roses sortent de sa bouche et de sa voix. Avec elle on se met au rose, on crie des roses, on brûle des roses, on broie du rose, on parle de roses, on écrit des livres sur les roses, on élève des roses, on réfléchit rose, on caca rose, on voit la rose en vie, on a des sexes roses qui écrivent des mots roses, on rosit, on s’enrose, on ose, on a des rêves-sexes, des réflexes roses.

Je connais une rose. Avec elle, on rit rose, on jouit rose, on brûle des roses, on broie du rose, on voit la rose en vie. Avec elle, la Terre est rouge comme une rose.

 

avec elle

on se rase rose, on se rise rose, on se rouge rose,

avec elle on saute de pétale en pétale, on s’effeuille, on se file,

on s’enfile, on s’affole, s’essouffle, se souffle, se caresse,

on se baise, s’arrose, se love, s’enlève, s’olive, s’

on s’

on ssssssssss’

on sent

on sexe

on sixe

on soze

on saoûl

on sou

on sou

on suze

on sensasose

on sensachose

on sent ces choses

partout

de la mose

de la mouse

de louse

de milouse

de l’ose

de l’expose

de la sexpose

de la susurexpose

close n’ose se la chose

 

et

 

je vois rose

 

et

 

on crie rose

(on se câline de roses

on se chatouille avec des roses)

 

et

 

on boit des vins roses

on file rose

on panthère rose

on barbe rose

 

et

 

on chie rose

on voit rose

on crie rose

 

Avec elle on marche dans la rue, et la ville est une rose. On se fait des clins de rose. Même, on pleure rose.

Avec elle on crie des roses, on pleure plein de roses, on frit des roses, on grille des roses, on fait des pots aux roses, on croque des roses. On en crache, on en souffle, on les vaporise, on les déglutit ; le vent nous caresse de pétales, on les boit, avec joie ;

On désire, avec plaisir ; on sirote, des roses. On les mâche, on les digère, on les chie ; on les jouit, on les prie, on les crisse,

 

Je connais une fille, elle s’appelle Rose.

Dans un monde on l’on écorche des roses, où l’on étripe des roses, où l’on pend des roses, moi j’oseaime une rose dont je me couvre et que je couvre, qui m’arrose et que j’arrose, qui me boit et que je bois, qui me mâche et que je mâche, qui me mâchouille et que je mâchouille, on se terre, se terreau, on se roule, on s’engraisse, on se soleille, et ça brûle et ça pique et ça rit et ça sent bon : ça chose…

 

 

 

 

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