Libr-critique

1 janvier 2021

[News] Libr-fêtes (3)

En ce premier jour de l’année et même de la décennie, on pourra se laisser entraîner par nos « Libr-divagations » – qui au passage évoqueront des nouvelles parutions -, découvrir « Les Nouvelles aventures d’ovaine » par Tristan Felix et aussi le tout prochain livre de Sandra Moussempès…

Libr-divagations sur l’An neuneuf…

2020/2021 : Bis repetita ejecta est [On ne pourra pas dire qu’on ne vous avait pas prévenus pour 2020…]

Année 2021 dans tous ses états… dans tous ses éclats !

Bonne Année… gnagnagna… 
Les traders aux abois !?encore

Bref, de Charybde en Scylla, c’est la Bérézina…

Derechef, en 2021, Ah muse toi !

(Et va écouter le CD de Bruno Fern, dont on saluera la virtuosité dans la contrainte formelle : A dans tous ses états, Guillaume Anseaume à la guitare, Petit Label 2020)


♦ Je ne fais de voeux qu’au pieu, qu’il me dit… Mais ça ne se dit pas, hein ?

♦ Je consulte Maboule de tristal : 2021 commence bien, il faut prévoir au moins 10H pour regarder un résumé du Grand Bêtisier national 2020 (MERCI à notre gouverdément !)…

Allez la fRANCE, encore un effort en 2021 : le gouverdément vient de recevoir les félicitations du parti d’extrême-droite allemand AFD pour sa loi sur le séparatisme !

♦ Je consulte les 192 miroirs de Wilfrid Rouff pour janvier 2021 et tombe sur ces cascades de Daniel Cabanis : « […] tonnes de déchets par habitant tant va la cruche à l’eau alopécie galopante pente glissante […] entropie opinion publique lycanthropie » (Petits pains & concaténations)…

♦ Jupiter oblige, consultons le SOLEIL dans le tarot de Marseille, via Patrick Varetz :

« (?) te voilà bien avancé ton 
écorce transparente à tout
montrer avec certitude toi

qui ne crois ni au miracle ni
à la puissance de l’esprit à
tout montrer toi qui doutes

encore de pouvoir ériger des
remparts contre la barbarie
quand ce sont les barbares

qui dressent leurs barrières »

(Patrick VARETZ, Deuxième mille, P.O.L, décembre 2020, 1458).

♦ Et si l’on proposait une année-zéro = zéro temps / zéro tourment / zéro importun… Qu’en penses-tu Ovaine ?

Les nouvelles aventures d’Ovaine, par Tristan Felix

Après s’être versé une double dose d’Ovaine treize ans d’âge à 360 degrés, Ovaine demande à Jésus de nos Arêtes si elle peut le remplacer dans le calendrier. Elle le met au jus :
– C’est pour m’épater la galerie. Et pis, t’as une petite mine. Je peux te faire un mot, s’tu veux.
– Ah non ! Jure-moi de rien dire à Dieu. Il ne croirait plus en moi.
– Tope là, mon frère !
Tandis que Jésus sirote le reste de la bouteille, c’est l’avainement d’Ovaine.
En zéro avant Ovaine, rien n’était qu’un lent désœuvrement.
Pile au moment d’Ovaine, tout s’envenime. Zorro, ressuscité, surgit dans la nuit, transperce de son épée le cadavre du temps et emporte Ovaine, épatée.
En zéro après Ovaine, tout bascule dans l’Historie Collective, portée par des centaines de milliards de Riens enfin débarrassés de leur zéro (Jésus se pince pour y croire).

 

LIBR-CRITIQUE attend avec impatience…

Sandra Moussempès, Cassandre à bout portant, Flammarion, coll. « Poésie », parution le 20 janvier 2021, 160 pages, 18 €.

Présentation éditoriale. Cassandre à bout portant poursuit cette quête obstinée de Sandra Moussempès des objets féminins non identifiés à travers les clichés de l’imaginaire contemporain (celui des séries américaines en particulier), détournés avec une ironie teintée de tendresse. Le ciel s’est éclairci dans l’univers de l’autrice, l’humour semble désormais maintenir à distance les monstres du passé. Ce qui n’ôte rien à l’étrangeté des images que son écriture parvient à susciter, avec une innocence qui n’exclut pas un soupçon de perversité. Jusqu’où peut aller une pin-up assortie à sa fourchette, endormie sur le sol d’une maison hantée ? Telle est l’une des questions que pose ce livre grave, joyeusement décalé.

26 décembre 2020

[Chronique] Wilfrid Rouff et Daniel Cabanis, PETITS PAINS & CONCATÉNATIONS, calendrier 2021, par Bruno Fern

PETITS PAINS & CONCATÉNATIONS, calendrier 2021, par Wilfrid Rouff et Daniel Cabanis. Pour tous renseignements et commandes (rencontre avec les auteurs le 9 janvier, de 15H à 19H, rue Darwin 75018 Paris) : site + mails [wilfrid.rouff@gmail.com] / [daniel.cabanis@wanadoo.fr]

 

Entre Daniel Cabanis, contre-producteur (sic), mais ayant pourtant déjà produit de nombreux textes, pense-bêtes idiots(re-sic) et autres bricoles, et Wilfrid Rouff, photographe et artiste conceptuel, existe une amitié faite de multiples collaborations depuis plus de quarante ans. « Rouff évoque Fluxus comme une vieille étagère et Cabanis est, par alliance, le neveu d’Oulipo et de la banalyse », écrit d’eux Pascal Letellier dans sa préface à ce qui est leur dernier ouvrage en commun, ce calendrier 2021 que l’on peut tout autant considérer comme un livre d’artiste.

Les 2496 photographies de Wilfrid Rouff sont celles d’objets banals mis en vente sur le net : globes terrestres, miroirs, chaises, boules, crucifix, poignées, échelles, etc. Pour chacun des douze mois, la même catégorie d’objet correspond à 192 petites photos disposées de façon à former un carré. Présentées ainsi, elles constituent autant de tableaux à l’unité hétéroclite où apparaît aussi bien une intimité, chaque d’objet dit d’occasion étant marqué par un usage personnel, qu’une dépersonnalisation, le déferlement marchand mondialisé générant uniformisation et donc anonymat.

À ces images Daniel Cabanis répond avec pertinence par douze textes construits selon le principe du dorica castra, c’est-à-dire celui ayant notamment engendré la fameuse comptine Trois p’tits chats, textes qui commencent tous par « J’ai… [des boules, des miroirs, etc.] ». C’est ainsi qu’il parvient à créer à son tour un univers où s’entrelacent un fond commun mêlant références savantes et populaires à travers un discours qui relève avant tout du non-sens par la logique strictement sonore du protocole choisi. Cela dit, le lecteur ne peut pas s’empêcher de rechercher une cohérence dans certains enchaînements, même si elle n’exclut heureusement pas la cocasserie – échantillons : « tant va la cruche à l’eau alopécie galopante pente glissante » ; « quartiers de noblesse blessures par balles Bal tragique à Colombey on baisse les bras » ; « serrons-nous la main maintenant ou jamais ah mais non nonobstant stand-by » ; « ouh là là Allah est grand Grandeur et Décadence danse du ventre »  Bref, on tient là une Å“uvre qui reflète à sa manière ce mélange d’ordonnancement et de foutoir que charrie dans nos vies la succession des jours.

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